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Enchaînée au vilain milliardaire défiguré

Enchaînée au vilain milliardaire défiguré

Auteur:: HERMANN
Genre: Romance
Elisa est brisée... mais surtout invisible. Toute sa vie, elle a grandi dans l'ombre de sa sœur parfaite. Celle qu'on admire. Celle qu'on choisit. Pas elle. Alors quand son nom est prononcé... ce n'est pas une chance. C'est une condamnation. Mariée de force à un homme qu'elle n'a jamais vu. Un homme qui ne montre jamais son visage. Un homme que tout le monde craint... et méprise en silence. Liam Utterhood. Milliardaire. Intouchable. Mystérieux. Et surtout... défiguré. Le jour du mariage, la haute société est réunie. Les sourires sont éclatants, les regards admiratifs... Mais derrière les masques, les murmures sont cruels. - Qui voudrait d'un homme comme lui ? - Mr U... pour Utterhood... ou pour Ugly ? Mais Elisa n'a pas le choix. Elle devient Madame Elisa Liam Utterhood.

Chapitre 1 01

La fête battait son plein. Les lumières étaient tamisées et l'atmosphère était plutôt douce et sereine. Dans un coin de la pièce, un orchestre s'acharnait à jouer de ses instruments, emporté par la musique classique. Les invités, vêtus de leurs plus beaux atours, dansaient et échangeaient des salutations polies ainsi que des plaisanteries mondaines. Les femmes se pavanaient dans leurs robes, et les hommes, dans leurs costumes qui semblaient avoir été faits sur mesure. Tous tenaient un verre d'alcool à la main.

Je me tenais dans un coin de la pièce et laissais mes doigts glisser le long du délicat cristal de mon verre de jus. L'alcool n'avait jamais été mon fort. Ma robe verte, magnifiquement ornée de dentelle, épousait chaque courbe de mon corps, renforcée par la chaleur étouffante qui régnait dans la pièce. Les volants de tissu flottaient tout autour de moi. Malgré l'élégance de ma tenue, je me sentais légèrement mal à l'aise. Je ne me sentais pas vraiment à ma place.

- M'accordez-vous une danse ? entendis-je soudainement.

Je me retournai et me trouvai face à un homme grand, séduisant, à la silhouette élancée, un sourire charmeur plaqué sur le visage. Ses yeux étaient d'un bleu profond. Je baissai le regard vers sa main tendue vers moi. Un frisson de méfiance me parcourut la colonne vertébrale. Mes souvenirs les plus sombres revinrent soudainement à la surface. Des moments où ma confiance avait été trahie, où l'on avait tenté de profiter de mon innocence, de ma naïveté, pour obtenir quelque chose de plus intime.

Je sentis mon cœur s'emballer. Ces hommes qui se pavanaient avec arrogance et assurance, tout en dissimulant leurs véritables intentions derrière des masques de courtoisie et de galanterie, faisaient remonter en moi des souvenirs douloureux que je préférais enfouir au plus profond de mon être.

- Je suis désolée, murmurai-je.

Il parut surpris par mon refus, puis se contenta d'un sourire.

- Si vous changez d'avis, vous saurez où me retrouver.

Je me contentai d'un sourire. Il s'inclina légèrement, puis se fondit à nouveau dans la foule de l'élite.

« C'est le quinzième, Elisa », soupirai-je intérieurement.

Quinze beaux jeunes hommes m'avaient invitée à danser, et j'avais décliné toutes leurs invitations.

Je me retrouvai de nouveau seule dans mon coin, enveloppée par le silence, mes pensées bourdonnant sans cesse dans ma tête.

La chaleur devint soudainement oppressante et commença à m'envahir peu à peu. De grosses gouttes de sueur perlèrent sur mon front. Ma main se leva instinctivement pour essuyer l'humidité qui s'était immiscée, mais à chaque geste que je faisais, j'avais l'impression d'aggraver la situation. Je tentai de me rafraîchir en agitant mon éventail avec frénésie, mais l'air stagnant de la pièce était trop coriace pour résister à toutes mes tentatives de « refroidissement ».

J'avais l'impression que la robe que je portais était collée à ma peau. Ce bustier était trop serré et me tuait de l'intérieur. Je sentais mes côtes se comprimer à travers ma chair. Un four me brûlait la gorge.

Je traînai mes pieds jusqu'au balcon. Dès que mes mains se saisirent du rebord de pierre froide, un soupir de soulagement s'échappa involontairement de ma gorge. Le vent frais de la nuit caressa ma peau et envoya des frissons tout le long de mon échine.

La demeure des Utterhood...

C'était un immense manoir. Tout y était si grand, si luxueux, si beau. Il était rare que les Utterhood organisent des fêtes. C'était une famille très respectée. Ils possédaient de grandes entreprises aux quatre coins du monde. Tout le monde mangeait dans leur main. Personne n'osait leur tenir tête. Cette famille se composait d'Helena Utterhood, la mère, de Jackson Utterhood, le père, et enfin, de leur fils unique, Liam Utterhood.

Appuyée contre la balustrade, je laissai mon regard errer sur le paysage nocturne qui s'étendait devant moi. Les étoiles scintillaient dans le ciel obscur comme des joyaux éparpillés. Le silence apaisant de la nuit n'était rompu que par le doux murmure du vent. Une bouffée d'air frais emplit mes poumons et dissipa instantanément la chaleur étouffante qui régnait à l'intérieur du manoir.

Pour la première fois depuis le début de la soirée, je sentis mes muscles se détendre, libérés de la tension que je ressentais depuis que j'avais mis les pieds dans cette maison, comme si un danger m'y attendait. Mes paupières se fermèrent un instant. La brise nocturne soufflait légèrement, et je me mis à la savourer, la laissant glisser sur ma peau comme une caresse.

Le jardin des Utterhood s'étendait sur plusieurs hectares. Mes yeux erraient distraitement sur le paysage, profitant de la beauté des lieux, quand un bruit attira soudainement mon attention. Intriguée, je baissai les yeux vers le sol et vis à quelques pas de moi une femme vêtue d'une robe bleu nuit assez courte, ses cheveux aussi sombres que les miens. Elle était engagée dans une conversation animée avec un homme.

Il se tenait nonchalamment debout, une main dans la poche de son pantalon, l'autre se balançant le long de son corps. Immobile, il affichait une posture décontractée. Je ne pouvais pas voir son visage, puisqu'il était dos à moi. Son costume semblait de qualité, peut-être même fait sur mesure, avec des nuances de gris argenté et de noir.

- Crois-tu vraiment que tu peux vivre avec moi ? Supporteras-tu la vue de mon visage ?

Sa voix grave résonna dans l'air. Sa question était froide et dépourvue d'émotions.

La jeune femme fit la moue et posa sa main sur son avant-bras.

- Je ne suis pas comme toutes ces filles que tu as croisées. Je suis capable de t'aimer au-delà de ta beauté, déclara-t-elle.

Elle avait l'air déterminée.

L'homme demeura silencieux. Il se contenta de rester inerte, impassible. À l'évidence, cette femme ne l'intéressait pas.

- Tu ne me crois pas ? Demanda-t-elle.

Elle s'approcha, tendit lentement la main vers son visage. Mais il la repoussa en interceptant brusquement sa main.

- Personne n'a le droit de voir mon visage sans ma permission, déclara-t-il d'un ton sec. Mais puisque tu te crois capable de m'aimer... je te laisse l'honneur de retirer ce masque.

Un silence tendu s'installa. La femme sembla hésiter. Puis, elle prit une profonde inspiration, un sourire triomphant s'esquissant sur ses lèvres. Ses doigts glissèrent sur le masque, qu'elle retira avec précaution. J'avais même l'impression qu'elle retenait son souffle.

Un hoquet de stupeur s'échappa de sa bouche. Le masque lui échappa des mains et s'écrasa lourdement au sol. Elle porta ses mains à ses lèvres, une expression d'horreur se dessinant sur son visage.

- Tu es... immonde. Je n'ai jamais rien vu d'aussi affreux, grimaça-t-elle.

Sans un mot de plus, elle tourna les talons, ses jambes tremblantes la portant loin de l'homme. Elle fuyait comme si sa vie en dépendait, comme si rester là une seconde de plus signifiait sa fin.

Comme si elle avait vu... un monstre.

Comment pouvait-elle réagir avec une telle puérilité ? Il y avait l'art... et la manière. Et pourtant, elle l'avait abandonné. Il était désormais seul.

Mes yeux restèrent fixés sur l'homme, maintenant agenouillé. Une étrange aura de malaise flottait dans l'air. Lentement, il ramassa son masque argenté du sol, le tenant entre ses doigts avec délicatesse, comme s'il s'agissait d'un trésor. Son regard se perdit dans les reflets froids du métal poli.

Puis, dans un mouvement fluide, il se redressa. Et nos regards se croisèrent.

Un frisson glacial me parcourut l'échine. J'étais face à ce visage défiguré. Un visage que personne n'aurait su oublier. Sa peau semblait ondulée, parcourue de motifs étranges, comme ravagée par de l'acide. Ses traits étaient distordus, grotesques. Ses yeux, brillaient d'une certaine intensité et paraissaient scruter directement mon âme.

Ses lèvres tordues, à moitié fondues, semblaient prêtes à vomir toute la haine du monde. Ses joues étaient marquées de creux profonds et de bosses informes.

La bile me monta à la gorge. Tous les mets que j'avais avalés depuis le début de la soirée voulaient quitter mon estomac. D'un geste fébrile, je portai ma main à mes lèvres, terrifiée. Mon cœur s'emballa, résonna dans ma poitrine avec une telle violence que je crus un instant qu'il allait jaillir hors de moi... telle Athéna surgissant du crâne de Zeus.

Je restai figée, incapable de détourner le regard de ce spectacle. Jamais encore, je n'avais vu une telle laideur, jamais, je n'avais été confrontée à une aberration aussi déroutante de la nature.

C'était la première fois de ma vie que je voyais le visage de Liam Utterhood.

Chapitre 2 02

Je n'eus pas le temps de cligner des yeux qu'il avait déjà disparu de mon champ de vision. Le jardin était désormais vide, comme si sa présence n'avait été qu'une hallucination. Je portai une main à ma poitrine et poussai un soupir de soulagement. Je devais retourner à la fête maintenant. De toute façon, je risquais fort de ne plus jamais croiser cet homme. Ce genre de réception n'était pas vraiment ma tasse de thé. J'aurais préféré être dans mon lit, emmitouflée dans une couverture, à regarder un film ou à lire un bon roman.

Lire et écrire, c'était toute ma vie. Des textes, des poèmes, j'en avais écrit des dizaines. Petite, je rêvais de devenir poète.

Je pris une profonde inspiration et m'apprêtai à rejoindre la salle de bal. Mais à l'instant même où je fis un pas vers la sortie, une silhouette surgit et s'empara brutalement de mon espace vital.

Vue de face, il semblait encore plus grand. Sa carrure me dominait. Je me sentais minuscule face à lui.

Son masque argenté luisait sous les rayons de la lune. Il fit un pas dans ma direction. Instinctivement, je reculai. Chaque pas me rapprochait dangereusement du bord du balcon. Je sentis le métal glacé de la rambarde dans mon dos, ses bras m'encerclaient sans me toucher. Un étrange parfum vint chatouiller mes narines.

Je n'osai prononcer un mot. Ma gorge se serra. Je déglutis simplement, les lèvres tremblantes.

Liam Utterhood se tenait devant moi.

- Qui t'a donné la permission ? demanda-t-il d'une voix grave.

Ses mains se refermèrent brusquement autour de mes poignets, me clouant sur place.

- P... Pardon ?

La terreur m'envahit aussitôt. Je me sentis piégée, comme une simple proie prise entre les griffes d'un prédateur impitoyable. Mon souffle se bloqua dans ma gorge, et mes pensées s'emballèrent. J'étais paniquée. D'un geste sec, il saisit mon menton. Un cri, que je retins de justesse, menaça de m'échapper.

Ses doigts agrippèrent ma peau avec force. Un frisson d'effroi parcourut mon échine alors que sa prise se raffermissait sur mon visage. J'étais prisonnière. Vulnérable. Son regard, transperça le mien.

- Qui t'a donné la permission ? grogna-t-il de nouveau, le regard encore plus sombre.

- De... de quoi ? articulai-je péniblement.

Ma gorge était sèche. Le contact de sa main sur mon visage me brûlait. C'était comme si ses doigts libéraient de la fraîcheur qui s'infiltrait dans mes os, jusqu'à geler mon sang. Mon cœur battait à tout rompre. C'était une peur primitive et viscérale qui prenait racine au plus profond de moi.

- Qui t'a permis de voir mon visage sans mon consentement ?

Je restai figée. Mon esprit embrouillé tentait désespérément de comprendre ce que j'avais fait de mal. C'était lui qui s'était tourné vers moi. Moi... je ne faisais qu'admirer le paysage.

La scène se figea lorsqu'il retira lentement son masque, dévoilant son visage défiguré dans toute son horreur. Sa peau ravagée se révéla sous mes yeux. Un frisson de dégoût me parcourut tandis que je luttais pour ne pas absorber l'image cauchemardesque qui s'imposait à moi. La bile me remonta à la gorge, et je dus mobiliser toute ma volonté pour ne pas céder à la panique.

Je fermai les yeux un instant, espérant fuir, ne serait-ce qu'un fragment de seconde, cette réalité insupportable. Lorsque je les rouvris... il avait disparu. Plus aucune trace. J'étais à la fois soulagée et profondément troublée.

Cet homme était complètement fou.

De retour dans la salle de bal, je pris place sur l'une des chaises disposées le long du mur, destinées à accueillir ceux que la fatigue éloignait momentanément de la piste. Mon regard se perdit sur une jeune fille aux cheveux bruns, qui se balançait élégamment au bras d'un homme en costume. Ses longs cheveux soyeux dansaient au rythme de ses pas, flottant autour d'elle comme un magnifique voile.

Je reconnus Lana, ma demi-sœur. Et son cavalier n'était autre que l'homme qui, plus tôt, m'avait invité à danser.

Soudain, la musique s'arrêta net. Le silence tomba.

Chapitre 3 03

Tous les regards se tournèrent vers la scène. L'obscurité enveloppa la pièce un court instant, avant qu'un fin halo de lumière ne vienne découper l'espace. Une silhouette masculine apparut élégamment vêtue d'un costume noir. Dans sa main, il tenait un verre de vin. À ses côtés se tenait une femme, magnifique, parée d'une robe somptueuse.

À leur vue, un silence s'installa dans la salle.

L'homme porta lentement le micro à ses lèvres. C'était Jackson Utterhood, le patriarche de la famille. Le père de Liam.

- Mesdames et Messieurs, déclara-t-il d'une voix calme. J'espère que cette soirée est à votre goût. Vous le savez, nous organisons rarement des réceptions de cette ampleur... Mais ce soir n'est pas une nuit comme les autres. Ce soir marque un tournant décisif dans la vie de mon fils.

À cet instant précis, une silhouette masculine émergea de l'ombre et vint se tenir aux côtés de Jackson sur la scène.

Liam Utterhood.

Toujours dissimulé derrière ce masque argenté.

Je sentis mon cœur s'emballer, je fus brutalement ramenée à notre confrontation sur le balcon. Ce regard brûlant, ce visage ravagé... Ce souvenir s'imposa à moi comme une gifle. Un frisson glacial serpenta le long de mon dos. La salle se tut instantanément. Le silence était lourd. Tous les regards convergèrent vers Liam.

Une boule d'appréhension se forma dans ma gorge tandis que mes yeux demeuraient fixés sur lui. Son allure, son calme étrange, cette présence magnétique... Il était là, au centre de toutes les attentions, mais en même temps, il avait l'air si distant.

- Les entreprises Utterhood, poursuivit Jackson, prospèrent plus que jamais. Nous avons conquis plus de la moitié des richesses mondiales. Il n'existe plus de véritable concurrence. Les Utterhood sont désormais implantés sur chaque continent, dans chaque grande nation. Et ce soir, je fais une annonce officielle.

Il marqua une pause, balayant la salle d'un regard triomphant.

- Moi, Jackson Utterhood, je lègue la totalité de mon empire à ma fierté, ma force, mon bouclier... mon fils. Liam Utterhood.

Il se tourna vers lui et posa une main sur l'épaule de Liam d'un geste paternel.

- Liam, à toi la parole.

Un silence enveloppa la scène. Père et fils se faisaient face. Puis Liam porta le micro à ses lèvres. Sa voix s'éleva tout doucement à travers la pièce.

- Je suis profondément reconnaissant envers mon père, commença Liam d'une voix posée. Ce geste qu'il m'accorde aujourd'hui... cette transmission de tout un empire, je ne le prends pas à la légère. Je promets d'en être digne. De porter ce nom avec honneur. D'utiliser cette richesse non pas pour me glorifier, mais pour continuer l'œuvre qu'il a bâtie avec une force que je n'aurai, peut-être, jamais.

Il marqua une courte pause. Sa voix trembla légèrement lorsqu'il reprit :

- Je pourrais déployer toute mon énergie, consacrer chaque seconde de ma vie à tenter de suivre ses pas... Je sais, au fond, que je ne l'égalerai jamais. Mon père est un modèle. Mon modèle. Il est la rigueur, l'intelligence, la grandeur. Et je l'admire autant que je l'aime.

Un murmure d'émotion traversa la salle.

- Je ne serais jamais parfait, reprit-il plus doucement. Lui, il l'est.

Liam tourna lentement la tête vers ses parents. Ses yeux brillèrent sous les reflets des lustres et, malgré le masque qui dissimulait encore son visage, on devinait l'émotion. Il s'approcha d'eux. D'abord de son père, qu'il salua d'un simple hochement de tête, mais avec respect. Puis, de sa mère.

Il se pencha légèrement, posa une main délicate sur la joue d'Helena Utterhood, et, du bout des doigts, essuya la larme qui roulait sur sa peau.

- Et sans oublier... la reine de mon cœur. Ma mère.

Un souffle de tendresse flotta dans l'air.

- Cette fortune... tout ce pouvoir... ce ne sont que des chiffres. Des bâtiments. Des actions. Ce n'est rien. Rien comparé à l'amour et au sacrifice de mes parents. Ils ont tant donné. Tant souffert. Tant porté en silence.

Il s'interrompit. Un silence s'installa. Ses yeux restèrent accrochés à ceux de sa mère.

- Mais je serai leur fierté, et je ne leur laisserai jamais aucune raison de douter de moi. Bien sûr, si un jour je fais des bêtises, si je gère mal l'entreprise... n'hésitez pas à me gronder, à me tirer les oreilles... pourquoi pas me mettre au coin ou me priver de dîner ?

Un rire général s'éleva de l'assemblée.

Il semblait que Liam Utterhood savait aussi manier les mots.

La personne qui se tenait là, sous les projecteurs, avec cette éloquence calme et maîtrisée, n'avait rien à voir avec la brute froide et autoritaire qui m'avait presque clouée contre la balustrade quelques instants plus tôt.

Je restais figée, observant ce contraste étrange. Il reprit, cette fois avec tendresse :

- Car peu importe l'âge que j'ai. Quinze, trente, soixante ans... je resterai toujours votre fils. À jamais.

Sa mère s'approcha lentement, submergée par l'émotion. Elle avait cette élégance propre aux femmes de grande lignée. Avec une infinie délicatesse, elle posa un baiser sur le front de son fils, qui s'inclina légèrement pour accueillir ce geste d'amour.

Puis, Jackson Utterhood s'avança à son tour. Il posa sa large main sur l'épaule de Liam, dans un geste à la fois protecteur et paternel.

Une peinture de la famille parfaite. Une famille unie, soudée, invincible.

Je ne pus m'empêcher de ressentir un pincement au cœur. Ce tableau semblait si loin de la réalité dans laquelle j'avais grandi. J'aurais voulu, ne serait-ce qu'une fois, vivre une scène comme celle-ci.

Puis, doucement, Jackson reprit le micro.

- Ce n'est pas tout, ajouta-t-il. Je me suis assuré que les entreprises Utterhood soient à mon fils. Mais il ne les possédera pas éternellement, malheureusement. C'est pour cela qu'il est temps que Liam, dit-il en se tournant vers son fils... Se trouve une épouse.

Cette nouvelle sembla tomber comme une bombe dans les oreilles de Liam. Il se tourna subitement vers son père, on pouvait deviner qu'il était choqué. Il semblerait qu'il n'était pas au courant des intentions de son paternel.

- C'est la deuxième raison pour laquelle nous avons organisé cette fête. Peu importe le rang de la jeune fille. Nous voulons simplement un héritier. Et bien sûr, une belle fille de confiance.

- Père... repris Liam.

Jackson Utterhood éloigna le micro sans doute afin de convaincre son fils sans que la discussion puisse être entendue par tous les invités présents.

« Liam, tu ne pourras pas vivre seul éternellement. » Moi et ta mère, un jour, nous allons mourir. C'est une décision réfléchie que ta mère et moi avions prise. Bien sûr, avec ton accord et celui de la fille que tu auras choisie. Liam, tu sais que je ne ferais jamais rien contre ton gré. »

Liam parut réfléchir un moment. Peut-être pesant le pour et le contre, se demandant si c'était réellement une bonne chose qu'il se marie maintenant. Pourquoi ne pas retarder l'échéance à plus tard ? Son regard croisa de nouveau celui de son père. Il venait de lui léguer sa fortune, à présent ses parents veulent un héritier. Il n'avait jamais dit non à ses géniteurs et il ne le fera jamais, et surtout pas pour une fille qui n'avait pas encore fait son entrée dans sa vie. Et puis, accepter de l'épouser ne voulait pas dire qu'il allait l'aimer.

« Très bien. Je ferai confiance à votre choix. La jeune fille que vous choisirez, je l'épouserais, dit-il en tournant ses talons et en quittant la scène. »

Jackson Utterhood sourit à son fils, puis reprit son discours.

- Néanmoins, nous ne voulons pas simplement d'un héritier. La jeune fille doit satisfaire au besoin de mon fils, l'aimer et le chérir, et ne pas uniquement aimer son argent, sa richesse et sa gloire. Et bien sûr, nous ne forçons personne, il nous faut également l'accord des deux concernés. Liam a déjà accepté, le reste, c'est à vous d'en décider.

- Ils veulent une nounou pour le fils et une poule pondeuse pour la famille.

Je rigolais lorsque j'entendais cela venir de ma droite.

- C'est d'un ridicule, affirmai-je.

Je me retournais et croisai une jeune fille à peine plus âgée que moi. Ces cheveux étaient coupés en une coupe carrée courte et sa robe au décolleté plongeant faisait honneur à sa poitrine volumineuse.

- Je m'appelle Amandine, sourit-elle.

- Moi, c'est Elisa.

Amandine porta de nouveau son attention sur la scène.

- Riche ou milliardaire, jamais je n'épouserais un homme avec un tel physique. Il paraît que certaines filles se mettent à vomir après avoir vu son visage. Tu imagines à quel point ça doit être horrible, pouffa-t-elle. C'est bien dommage, puisque mis à part le visage, j'adore son charisme. Tu veux que je te dise un secret ? demanda-t-elle en se penchant vers moi.

Je ne répondis rien.

- En dessous de ce costume se cachent de très beaux abdos, termina-t-elle d'un clin d'œil.

- Abdos ou pas, seule une fille qui n'a aucune estime de soi l'épouserait. De toute façon, personne ne va se porter volontaire.

La jeune fille claqua la langue.

- Je n'en suis pas si sûr, dit-elle en regardant en direction de la scène.

À peine que monsieur et madame Utterhood aient quitté l'estrade qu'ils furent submergés par des femmes et des hommes avec, à leur bras, leurs filles pour les présenter à eux. Dire que tout le monde parlait dans leur dos il y a quelques minutes de cela et affirmait que jamais ils ne s'approcheraient de leur fils, même si leur vie en dépendait. Il a suffi de parler d'argent et tout le monde change d'avis. J'en avais marre de rester au milieu de tous ces hypocrites. Seul l'air du dehors pouvait me faire le plus grand bien. Et puis ce corset m'étouffait. Je m'excusais auprès d'Amandine et me dirigeais vers la sortie.

J'arrivais devant l'immense jardin et trainais des pieds. Mes talons m'empêchaient de marcher convenablement et me donnaient des ampoules à en faire frémir les cieux. D'un geste brusque, je décidais de les retirer. Mes pas me portèrent jusqu'à un banc sur lequel une silhouette était assise. Je reconnus immédiatement cette brute épaisse. Liam. Le reflet de la lune ronde brillait sur son masque. Je fis demi-tour lorsque je l'entendis soudainement parler.

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