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Enceinte de l'Alpha Interdit

Enceinte de l'Alpha Interdit

Auteur:: Bless Gallery
Genre: Milliardaire
Après une erreur médicale, Lyra se retrouve enceinte de l'Alpha milliardaire Raven Duskbane, héritier d'une lignée maudite et prêt à tout pour devenir le Roi des Ombres. Il refuse de la laisser partir : elle porte son enfant. Mais pourquoi la regarde-t-il comme s'il voulait la dévorer ? Et si, au lieu d'un simple héritier... elle venait de réveiller son obsession la plus dangereuse ?

Chapitre 1 Chapitre 1

La vie a parfois ce talent cruel de basculer en une fraction de seconde, comme si le destin attendait le moment exact où l'on se sent enfin stable pour venir tout renverser. Lyra se souvenait encore du matin où tout avait commencé. Le soleil filtrait à travers les stores fatigués de sa petite chambre d'étudiante en médecine, déposant des éclats dorés sur ses livres éparpillés. Rien, absolument rien, ne la préparait à ce que la journée allait lui révéler.

Elle s'était rendue à l'hôpital par habitude, un simple rendez-vous de contrôle après une infection tenace qui l'avait obligée à suivre un traitement expérimental quelques semaines plus tôt. Elle pensait que tout irait vite, qu'elle rentrerait chez elle avec une ordonnance anodine et l'assurance que son corps avait retrouvé son équilibre. Mais lorsque l'infirmière prononça son nom et l'invita à entrer dans le bureau, un frisson d'inquiétude lui traversa la peau.

Le médecin leva à peine les yeux de son dossier. C'était un homme aux tempes grisonnantes, d'ordinaire impassible, qui, ce jour-là, semblait étrangement nerveux. Ses doigts tapotaient le bureau comme s'ils cherchaient un rythme pour retarder une vérité inconfortable.

- Asseyez-vous, mademoiselle Lyra.

Elle obéit, le cœur déjà serré, ses mains nouées sur ses genoux.

- Je vais aller droit au but, dit-il après un silence beaucoup trop long. Les résultats que nous avons reçus sont... inattendus.

Elle fronça les sourcils.

- Inattendus comment ?

Il retira ses lunettes, les posa sur la table, puis inspira profondément.

- Vous êtes enceinte.

Le mot claqua dans l'air, brutal, irréel. Lyra eut l'impression que les murs se resserraient autour d'elle. Enceinte ? Comment était-ce possible ? Son esprit chercha désespérément une explication rationnelle. Elle n'avait pas de partenaire, pas de vie intime depuis des mois. Sa gorge se serra, incapable d'articuler une réponse.

- Ce... ce n'est pas possible, balbutia-t-elle. Vous devez vous tromper.

Le médecin secoua la tête.

- Nous avons vérifié plusieurs fois. L'analyse est formelle.

Un silence pesant tomba, troublé seulement par le bourdonnement du néon au-dessus d'eux. Lyra sentit ses mains devenir moites, son estomac se nouer.

- Mais... comment ?

Le médecin détourna le regard, comme s'il portait un fardeau trop lourd.

- C'est là que les choses se compliquent. Vous vous souvenez du traitement expérimental que vous avez suivi ici, il y a trois semaines ?

- Oui, répondit-elle d'une voix brisée. On m'avait dit que c'était sûr.

- Sur le plan médical, oui. Mais il semble qu'une erreur se soit produite dans le protocole. Un mélange d'ADN a eu lieu dans le laboratoire. Votre corps a été fécondé... accidentellement.

Les mots tombèrent comme des lames. Mélange d'ADN. Fécondé. Accidentellement. Lyra sentit le sol se dérober sous ses pieds.

- Vous êtes en train de dire... que quelqu'un... qu'on m'a...

- Non, coupa le médecin rapidement. Ce n'était pas une intervention volontaire. Personne ne vous a touchée. Mais l'échantillon utilisé n'était pas stérile. Nous avons découvert qu'il appartenait à un donneur précis.

Elle leva les yeux, terrifiée par ce qui allait suivre.

- Quel donneur ?

Il hésita, ses lèvres tremblant légèrement. Puis il lâcha le nom comme une condamnation.

- Raven Duskbane.

Un froid glacial parcourut l'échine de Lyra. Elle avait déjà entendu ce nom. Tout le monde l'avait entendu. Héritier d'une fortune colossale, homme d'affaires redouté, Alpha d'une lignée ancienne et controversée. Son image hantait les journaux, ses yeux d'un noir surnaturel fixant le monde avec une intensité dérangeante.

- C'est une blague, murmura-t-elle.

- J'aimerais pouvoir vous dire que oui, répondit le médecin, mais ce serait mentir. Nous avons vérifié l'ADN. Il n'y a aucun doute.

Lyra se leva d'un bond, incapable de rester assise. Son cœur battait si fort qu'elle craignait qu'il n'explose.

- Vous... vous réalisez ce que vous dites ? Vous avez fait de moi... la mère de l'enfant d'un inconnu ! D'un monstre que je n'ai jamais rencontré !

Le médecin resta muet, incapable de soutenir son regard.

- Vous ne pouvez pas simplement... effacer ça ? protesta-t-elle, désespérée. Trouvez un moyen, un antidote, je ne sais pas moi...

- C'est impossible. La grossesse est enclenchée.

Lyra porta ses mains à son ventre encore plat, comme pour nier cette réalité qui la dépassait. Chaque battement de son cœur résonnait comme une sentence irrévocable.

- Pourquoi moi ? souffla-t-elle, presque pour elle-même.

Le médecin tenta de prendre une voix plus douce.

- Ce n'était pas volontaire. C'est une tragique erreur, mais... cet enfant est bien vivant.

Lyra releva les yeux, brûlants de larmes.

- Vous croyez vraiment que Raven Duskbane laissera passer ça ? Vous savez qui il est, ce qu'il est ?

Le médecin garda le silence, mais dans son regard se lisait une peur muette.

Lyra sortit précipitamment du bureau, sans attendre davantage d'explications. Les couloirs de l'hôpital devinrent flous, ses pas résonnant comme des coups de tonnerre dans ses oreilles. Elle traversa la foule sans vraiment la voir, chaque respiration douloureuse, chaque battement de cœur un rappel de l'horreur qu'on venait de lui annoncer.

Dehors, l'air glacé la frappa, mais n'apaisa rien. Elle serra son manteau contre elle, tremblante. Son esprit se bousculait d'images et de questions. Raven Duskbane. Pourquoi lui ? Pourquoi cet homme, dont la simple réputation suffisait à glacer le sang ?

Elle s'arrêta au bord de la rue, les mains toujours posées sur son ventre, comme si elle pouvait repousser cette vie naissante. Elle n'avait rien demandé. Elle voulait juste guérir, retrouver une existence normale. Et maintenant, elle portait le fruit d'une malédiction.

Le soir, dans son appartement, elle resta assise des heures entières sans bouger, fixant le vide. Ses pensées tournaient en boucle. Avorter ? Mais le médecin avait parlé de complications, d'une implantation déjà trop avancée pour être interrompue sans risques graves. Prévenir Raven ? L'idée même lui donna la nausée. Cet homme n'était pas connu pour sa clémence. S'il apprenait qu'elle portait son enfant, il viendrait la chercher, et rien ni personne ne l'arrêterait.

Elle se leva brusquement et alla fouiller dans un tiroir. Son passeport. De l'argent liquide. Quelques affaires essentielles. Une seule idée s'imposait à elle : fuir. Disparaître avant que ce secret n'éclate, avant que l'Alpha aux yeux d'ombre ne la retrouve.

Pourtant, une voix sourde résonnait au fond d'elle, un écho presque animal qu'elle n'avait jamais entendu auparavant. Était-ce sa peur qui parlait ? Ou... l'enfant ?

Elle secoua la tête, refusant de sombrer dans la folie. Mais en s'observant dans le miroir, elle vit une lueur étrange dans ses propres yeux, comme si quelque chose d'invisible commençait déjà à transformer son existence.

Elle posa une dernière fois la main sur son ventre, cette fois avec une tendresse mêlée d'effroi.

- Je ne sais pas qui tu es, ni pourquoi tu es là... mais je jure que personne ne te prendra à moi.

Ce serment, fragile mais brûlant, devint la flamme qui guida sa décision. Elle allait fuir, se cacher, protéger ce secret coûte que coûte. Même si cela signifiait affronter l'homme le plus dangereux qu'elle ait jamais connu.

Chapitre 2 Chapitre 2

La vérité, parfois, ne s'impose pas comme une révélation soudaine, mais comme un poison lent qui s'insinue dans les veines. Pour Lyra, ce poison avait un nom, et ce nom résonnait partout autour d'elle : Raven Duskbane. Elle n'avait jamais cherché à s'intéresser à ce monde d'hommes riches et arrogants, aux gros titres des magazines qui affichaient leurs sourires impeccables et leurs villas inaccessibles. Elle avait toujours vécu dans l'ombre, discrète, concentrée sur ses études et ses petits rêves ordinaires.

Mais depuis l'erreur médicale, depuis ce mot maudit - enceinte -, chaque murmure de la ville semblait se tourner vers lui, vers cet homme dont l'existence se superposait brutalement à la sienne.

Elle avait d'abord essayé de ne pas lier ce nom à une réalité. Elle s'était dit qu'il devait exister d'autres "Raven", que la ressemblance n'était qu'un hasard. Mais ses recherches, impulsives et tremblantes, balayèrent vite ce fragile espoir. Une simple frappe sur le clavier et les pages défilaient, saturées de son visage : un profil austère, des yeux d'un noir d'encre qui semblaient juger le monde entier, une silhouette élancée toujours drapée de costumes sombres. On le décrivait comme Alpha, héritier d'un empire financier tentaculaire, mais surtout comme l'homme d'une lignée entourée de malédictions.

Chaque article portait son lot de rumeurs : des ancêtres morts mystérieusement, des pactes secrets avec des forces obscures, des réceptions où les invités disparaissaient sans explication. Certains parlaient d'un culte ancien, d'autres d'une dynastie vouée aux Ombres. Lyra lisait, page après page, incapable de s'arrêter malgré l'angoisse qui s'accrochait à sa poitrine. Elle avait beau être rationnelle, formée à la science et à la logique, quelque chose en elle frémissait à chaque mot. Comme si une part primitive de son être reconnaissait, dans ces récits étranges, un danger qui la concernait directement.

Assise au bord de son lit, les volets clos, son ordinateur projetant une lumière blafarde sur son visage, elle chuchota pour elle-même :

- Pourquoi toi ? Pourquoi moi ?

Son reflet dans l'écran lui renvoya une expression qu'elle ne se connaissait pas : mélange d'effroi et de fascination. Car au-delà de la peur, il y avait autre chose, une curiosité brûlante qui la dérangeait. Qu'avait-il de si particulier, cet homme, pour qu'elle sente son cœur battre plus vite rien qu'à la lecture de son nom ? Était-ce l'enfant en elle qui réagissait ? Ou bien un lien invisible qu'elle n'avait pas encore le courage de nommer ?

Cette nuit-là, elle dormit peu. Ses rêves étaient troublés par des images qui ne lui appartenaient pas. Un manoir entouré de brume. Des silhouettes d'ombre se prosternant devant une couronne invisible. Et toujours ces yeux, ces yeux noirs qui semblaient la transpercer, comme si Raven lui-même observait son sommeil.

Au petit matin, elle tenta de reprendre pied dans la réalité. Elle se prépara mécaniquement, enfila un manteau trop grand pour elle, et sortit acheter de quoi tenir quelques jours. La rue, pourtant familière, lui parut différente. Comme si chaque pas l'éloignait d'une vie normale pour la jeter dans une toile qu'elle ne voyait pas encore entièrement.

À la supérette du coin, deux clientes discutaient près de la caisse, leurs voix excitées.

- Tu as entendu ? Raven Duskbane a encore racheté une société en faillite. Il contrôle tout, maintenant.

- Oui, mais tu sais ce qu'on raconte... qu'il n'est pas comme les autres.

Lyra s'arrêta net, son cœur bondissant. Les murmures des deux femmes prenaient soudain une importance démesurée.

- Pas comme les autres ? demanda la première.

- Ma tante travaillait dans l'un de ses hôtels. Elle a juré avoir vu des choses... impossibles. Des ombres qui bougeaient toutes seules, des invités qui juraient sentir un souffle glacé dans leur nuque. Et lui... toujours là, impassible, comme s'il contrôlait tout.

Un frisson traversa Lyra. Elle détourna les yeux, paya en silence, et sortit sans un mot. Le nom de Raven s'invitait partout, jusque dans les conversations banales du quartier. C'était comme si le monde entier voulait la prévenir.

Dans son appartement, elle s'effondra sur le canapé, serrant ses courses contre elle comme une protection dérisoire. Elle porta la main à son ventre. Toujours plat, toujours imperceptible... et pourtant déjà habité.

- Tu n'aurais jamais dû exister, souffla-t-elle. Mais maintenant que tu es là... je dois te protéger.

Un battement sourd résonna alors en elle, pas physique, pas médical... autre chose. Comme une pulsation étrangère, profonde, qui lui donna la chair de poule. Elle se redressa, le souffle court. Et si ce n'était pas seulement une grossesse ? Et si quelque chose d'autre grandissait, quelque chose qui appartenait autant aux Ombres qu'à la chair ?

Elle tenta de chasser l'idée, mais son esprit restait hanté par l'image de Raven.

Pendant ce temps, à des kilomètres de là, dans une tour de verre dominant la ville, un homme aux yeux noirs parcourait un dossier d'un calme glacial. Raven Duskbane avait appris la nouvelle. On lui avait remis un rapport discret : une jeune femme inconnue portait en elle son enfant. Il ne montra aucune émotion en lisant les détails, mais ceux qui le connaissaient savaient lire dans ses silences. Le moindre frémissement de ses lèvres, le léger resserrement de sa mâchoire, tout indiquait une tension contenue.

- Trouvez-la, ordonna-t-il d'une voix basse, presque caressante.

Ses hommes, vêtus de noir, inclinèrent la tête. Ils savaient que ce n'était pas une requête, mais un ordre absolu. Aucun d'entre eux ne se permettrait de désobéir.

Raven referma le dossier et se leva. Ses pas résonnèrent sur le marbre poli de son bureau, chaque mouvement mesuré, calculé. Il n'était pas homme à laisser le hasard gouverner son existence. Et l'idée que quelqu'un, quelque part, portait une partie de lui sans qu'il l'ait décidé éveillait en lui une faim qu'il n'avait jamais ressentie.

- Mon héritier, murmura-t-il, comme pour goûter au mot.

Son reflet dans la vitre lui renvoya une ombre plus grande que lui, un spectre qui l'accompagnait toujours. Dans ses yeux, une étincelle brillait, mélange de désir et de menace.

Au même instant, Lyra, seule dans son appartement, sentit un frisson parcourir son échine. Elle leva les yeux, convaincue que quelqu'un l'observait. La pièce était vide, silencieuse. Pourtant, l'air semblait plus lourd, saturé d'une présence invisible.

Elle ferma les volets d'un geste brusque, verrouilla la porte, mais rien n'apaisa cette sensation. Comme si des yeux invisibles s'étaient fixés sur elle et refusaient de cligner.

Son téléphone vibra. Un numéro inconnu. Elle hésita, la gorge serrée, puis décrocha.

- Mademoiselle Lyra ?

Une voix masculine, grave, parfaitement posée. Pas celle du médecin. Pas une voix familière.

- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle d'un ton sec.

Un léger silence, puis un souffle qui fit trembler son cœur.

- Tu sais très bien qui je suis.

Elle raccrocha immédiatement, le téléphone glissant de ses mains tremblantes. Son corps entier était parcouru de chair de poule. Comment ? Comment avait-il déjà trouvé son nom ?

La pièce sembla se refermer sur elle. Elle porta ses mains à ses tempes, tentant de respirer. Mais chaque inspiration lui donnait l'impression d'aspirer une ombre.

Ce soir-là, elle ne dormit pas. Chaque bruit lui paraissait suspect, chaque ombre plus longue que d'ordinaire. Et à chaque battement de son cœur, elle sentait cette présence - lui - s'inviter un peu plus dans son monde, comme si la distance physique n'avait plus aucune importance.

Elle n'était déjà plus seule.

Chapitre 3 Chapitre 3

Elle avait cru pouvoir lui échapper, se cacher dans la foule comme une ombre parmi les ombres. Depuis la veille, Lyra évitait les appels, les regards insistants dans la rue, et même son propre miroir, de peur d'y voir quelque chose qui ne lui appartenait plus. Pourtant, le matin venu, elle avait osé sortir. Les trottoirs grouillaient de monde, les vitrines brillaient sous un soleil indifférent, et pendant un instant, elle s'était persuadée qu'il lui suffisait de marcher assez vite pour que le danger s'efface derrière elle.

Mais la présence, ce poids invisible sur ses épaules, ne l'avait jamais quittée. Et quand elle entra dans la galerie marchande, avec ses couloirs de verre et ses étages suspendus, la sensation devint insupportable. Chaque pas résonnait comme un écho d'avertissement. Chaque visage dans la foule lui paraissait suspect. Elle serrait son sac contre elle, le cœur battant trop fort, comme si son corps tout entier hurlait que quelque chose approchait.

Puis elle le vit.

Il ne faisait rien pour se cacher. Bien au contraire, il se tenait là, debout au milieu du passage, immobile, comme une pierre noire plantée dans la lumière artificielle des néons. Raven Duskbane. Son nom vibra dans l'esprit de Lyra comme une prière inversée, un appel interdit. Les passants continuaient leur route, certains s'écartaient machinalement de lui sans comprendre pourquoi, d'autres le regardaient du coin de l'œil avant de détourner vite la tête. Mais elle, elle resta figée, incapable de détourner le regard.

Il était plus grand que sur les photos, plus réel, terriblement vivant. Son costume sombre épousait son corps avec une élégance froide, et ses yeux... ces yeux semblaient avaler toute la lumière autour d'eux. Pas seulement noirs, mais habités, traversés par une intensité animale qui rendait chaque battement de son cœur douloureux.

Elle voulut reculer, mais ses jambes refusèrent de lui obéir. La foule passait entre eux, créant une barrière mouvante, mais il ne quittait pas sa place, ni son regard. C'était elle qu'il voyait, et rien d'autre. Comme si l'univers s'était réduit à cette ligne invisible qui les reliait.

- Lyra.

Il n'avait pas crié, pas haussé le ton. Une simple voix basse, prononcée dans le vacarme du centre commercial, et pourtant elle l'entendit distinctement. Son nom roula dans l'air comme une promesse, ou une menace. Elle sentit ses doigts se crisper sur la sangle de son sac, son souffle s'étrangler dans sa gorge.

Elle força ses jambes à bouger. Un pas. Puis un autre. Pas vers lui, non, mais de travers, essayant de se perdre dans la marée humaine. Mais il était déjà là. Comme s'il avait traversé l'espace en un clin d'œil, ses pas fluides, presque silencieux, le ramenant à ses côtés.

Il se pencha légèrement, assez pour qu'elle sente son souffle contre sa tempe, et murmura :

- Tu as vraiment cru que tu pourrais me fuir ?

Son corps se raidit. Elle voulait répondre, crier, protester. Mais ses mots restaient coincés, étouffés par une peur qu'elle n'avait jamais connue. Pourtant, au milieu de cette peur, il y avait autre chose. Un frisson de chaleur, un trouble incompréhensible qui l'irritait autant qu'il la désarmait.

Elle leva enfin les yeux vers lui. Et ce qu'elle y lut la cloua sur place. Ce n'était pas seulement de la possession, ni de la colère. C'était une faim, brute, primitive. Son regard n'avait rien d'humain à cet instant, ou peut-être trop. On y lisait l'animal, le prédateur, mais aussi l'homme blessé qui voyait dans ce ventre qu'elle portait un morceau de lui, un héritage qu'il ne laisserait à personne d'autre.

- Laissez-moi, souffla-t-elle, sa voix brisée mais ferme.

Un sourire effleura ses lèvres, sombre et presque tendre.

- Laisser ? Quand tu portes ce qui est à moi ?

Il fit un pas de plus, réduisant l'espace entre eux à presque rien. La foule continuait de circuler, indifférente, comme si un sort les enveloppait, les isolait du reste du monde. Lyra sentit ses épaules frôlées par sa présence, son parfum à la fois métallique et boisé envahir ses sens. Elle eut l'impression de se noyer, d'être aspirée dans une profondeur où elle perdrait toute notion de volonté.

Elle rassembla le peu de courage qui lui restait et planta ses yeux dans les siens.

- Cet enfant est autant le mien que le vôtre. Je ne suis pas une proie que l'on garde en cage.

Ses mots tremblaient, mais ils étaient vrais. Elle voulait croire à sa force, à son libre arbitre. Pourtant, en voyant la façon dont ses yeux s'assombrissaient, elle comprit qu'il ne reculerait pas.

Raven se pencha, son murmure à peine audible mais tranchant comme une lame :

- Tu ne comprends pas encore, Lyra. Tu n'es pas ma prisonnière. Tu es déjà une partie de moi. Et personne, pas même toi, ne peut briser ça.

Elle ferma les yeux, prise entre l'envie de s'enfuir et celle, inexplicable, de céder à cette attraction. Son cœur battait si fort qu'elle craignait qu'il n'explose. Quand elle rouvrit les paupières, il la fixait toujours, l'air de celui qui venait de marquer son territoire en plein milieu de la foule.

Et dans ce silence tendu, elle sut une chose : sa vie venait de basculer pour de bon. Plus de fuite possible. L'ombre avait trouvé sa lumière.

Il ne bougeait pas, mais son regard suffisait à la clouer sur place. Dans ce tumulte de voix, de pas et de rires autour d'eux, Lyra n'entendait plus que cette voix basse qui venait de s'insinuer en elle, comme un serment gravé au fer rouge. Il ne criait pas, il ne menaçait pas. Il affirmait simplement, avec la froide certitude de celui qui ne doute jamais.

- Tu peux reculer, tu peux détourner les yeux, Lyra, mais tu ne pourras pas échapper à ce que tu es en train de devenir. Tu portes mon héritier. Et ça, aucun monde ne peut l'effacer.

Les mots lui frappèrent la poitrine comme un coup. "Mon héritier." Deux syllabes lourdes qui lui firent perdre l'air une seconde. Elle avait déjà imaginé cette confrontation mille fois depuis qu'elle connaissait son nom, mais jamais ainsi. Elle aurait préféré la colère, une menace, quelque chose de tangible contre lequel se dresser. Mais il parlait comme s'il énonçait une loi naturelle, un destin contre lequel elle ne pouvait rien.

Elle sentit sa gorge se serrer. Elle aurait voulu rire, cracher son refus, briser cette cage qu'il essayait de tisser autour d'elle avec des mots. Mais son corps tremblait, pas seulement de peur. Ce qui l'effrayait le plus, c'était cette chaleur sourde, ce trouble coupable qu'elle ressentait en le regardant. Ce magnétisme animal, ce mélange de fascination et de répulsion qui menaçait de la désarmer.

Elle prit une grande inspiration, le regardant droit dans ses yeux noirs.

- Vous n'avez aucun droit sur moi. Aucun. Je ne suis pas votre possession. Cet enfant... il est peut-être né d'une erreur, mais je choisirai seule la vie que je veux pour lui.

Sa voix n'était pas stable, mais ses mots vibraient d'une force nouvelle. Elle n'avait pas réfléchi, elle avait parlé avec ses tripes, avec cette urgence de ne pas se laisser avaler par ses ténèbres.

Raven ne cilla pas. Un silence s'installa, presque irréel. Puis, lentement, un sourire passa sur ses lèvres. Pas moqueur. Intrigué. Comme si elle venait de briser un scénario qu'il croyait déjà écrit.

- Tu es différente, murmura-t-il. Les autres auraient baissé la tête. Toi, tu oses lever les yeux.

Elle recula d'un pas, surprise par le calme étrange de sa voix.

- Ne vous avisez pas de me suivre.

Il aurait pu rire, mais il se contenta de la fixer encore un instant, avec cette intensité qui faisait vibrer l'air autour d'eux. Son silence était pire qu'une menace. Elle n'attendit pas davantage : ses jambes, enfin libérées, se mirent à courir. Elle traversa la galerie, bousculant des passants, ignorant les protestations, le cœur battant à lui déchirer la poitrine.

Elle n'osa pas se retourner avant d'avoir franchi les portes automatiques et senti l'air extérieur la gifler. Dans la rue, elle accéléra encore, comme si la vitesse pouvait effacer l'ombre qui la suivait. Elle se perdit dans des ruelles, grimpa des escaliers, changea de trottoir. Chaque pas sonnait comme une rébellion, chaque respiration comme une victoire fragile.

Quand enfin elle s'arrêta, haletante, adossée à un mur décrépit, elle osa jeter un regard derrière elle. Personne. Ni lui, ni ses hommes. Rien que la ville indifférente.

Un rire nerveux lui échappa. Comment était-ce possible ? Elle avait fui... et il ne l'avait pas arrêtée. Elle avait senti, dans ses yeux, qu'il en avait le pouvoir. Mais il l'avait laissée partir.

Elle ferma les yeux, posant une main tremblante sur son ventre. Était-ce un piège ? Une stratégie ? Ou bien... un choix ?

De son côté, resté dans la galerie, Raven suivait du regard l'endroit où elle avait disparu. Ses hommes attendaient un ordre, prêts à la poursuivre. Mais il leva une main, imposant le silence et l'immobilité.

Un éclat particulier brillait dans ses yeux.

- Laissez-la, dit-il d'une voix basse mais ferme.

L'incompréhension passa sur les visages autour de lui, mais aucun n'osa protester. Raven détourna enfin les yeux, son sourire discret revenant hanter ses lèvres.

- Elle est audacieuse. Bien plus que je ne l'imaginais.

Dans son esprit, il n'y avait pas d'échec. Elle pouvait courir, se cacher, se débattre. Elle ne faisait que rendre le jeu plus intéressant. Car tôt ou tard, elle comprendrait ce qu'il savait déjà : son destin était scellé.

Et plus elle résistait, plus il brûlait d'envie de la posséder entièrement.

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