Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Romance > Elle s'appelait Alèthe
Elle s'appelait Alèthe

Elle s'appelait Alèthe

Auteur:: promotion
Genre: Romance
Elle s'appelait Alèthe relate l'histoire d'une jeune femme qui ose enfin porter plainte contre son père pour des faits d'inceste. Après un long travail de reconstruction interne, de reconstitution d'images et de souvenirs, elle décide de hurler la vérité. Tout au long du récit, elle énonce le cheminement douloureux, courageux et salvateur parcouru avec beaucoup de patience et de résilience. L'actualité de ce sujet montre également le délaissement des victimes face à ce combat. À PROPOS DE L'AUTEURE Inspirée des grands poètes comme Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Prévert, véritables ouvertures vers l'art poétique, Stéphanie Brochot se lance dans l'écriture. Sa sensibilité, son intuition, l'observation des rapports humains, des paysages et surtout son amour des mots ont davantage nourri et développé son essence lyrique.

Chapitre 1 No.1

Préface

Alèthe a grandi dans une famille où le silence se confond avec les mots, où la tendresse et l'amour se fusionnent avec la tristesse et les non-dits.

Alèthe a souvent cru être aimée mais plus elle grandit, plus elle vieillit et plus elle a conscience de l'impact psychologique et de l'enfermement qu'elle a pu subir dans son enfance.

Traumatismes, désamour, oppression... Sans crier gare, le poison a fait son œuvre tout au long de son enfance, son adolescence et même le début de son entrée dans le monde des adultes.

Vers l'âge de 23 ans, des flashs lui ont transpercé le cœur, les entrailles. Tout était encore flou mais les images étaient bien là.

Son père ! Comment est-ce possible !

Alèthe oscille entre dégoût et tristesse, elle a le cœur enchaîné,la voix tremblante. Elle se souvient. Elle a le regard qui se ferme,les mots qui se perdent, elle se souvient. Elle a son visage sur son corps et sa voix dans ses pores. Elle se souvient.

Voilà son histoire... Entre inceste, agressions et malfaçons. Son père est comme cette ombre brumeuse qui étouffe et voile l'horizon.

En grandissant, Alèthe a été enfin prête à percevoir ce qui se cachait derrière ce brouillard qu'avait minutieusement créé depuis toutes ces années son père.

Elle avait compris tous les mensonges, les silences, les mots qui avaient contribué à façonner ce brouillard opaque et lugubre.

Son frère, lui, est toujours derrière ce mur brumeux, en sortira-t-il indemne

Alèthe, symbole de vérité et de courage doit sortir de ces mensonges avec ou sans son frère, elle doit arriver à passer par-delà ce paysage monstrueux pour sa survie, pour simplement vivre et exister.

Et sa mère qui a largement contribué à développer les ardeurs meurtrières inavouées d'un père au double visage.

Alèthe a maintenant 36 ans, une blessure béante lui sied le corps, les flashs en boucle lui compriment le cœur. Pourtant, chaque jour son courage et sa détermination lui ont permis de devenir une personne ambitieuse, pleine d'amour et de bonté.

Son adage devenu l'emblème de sa vie « Petit à petit, l'oiseau fait son nid »

Tout ce qu'elle possède elle se le doit à elle... Elle seule ! Tout ce qu'elle a construit, c'est grâce à son tempérament d'acier, son énergie de vie, ses capacités qui parsèment son être.

Pour tous ceux et celles qui ont survécu à ce terrible crime « Croyez-en vous, croyez en votre énergie »

Pour tous ceux et celles, malgré leur courage n'ont pas pu, survire à ce crime « Vous êtes un Lys blanc qui renaît chaque printemps ».

Chapitre 2 No.2

1

Un trop long silence

Mars 2019

Alèthe est âgée de 34 ans. Ses premières réminiscences ont ressurgi depuis une dizaine d'années.

Effrayée, tremblante, ça y est !

Elle va le faire, elle va le dire... Ce silence qui l'accablait depuis tant d'années

Les mots étaient là, à vouloir transpercer sa gorge, se faufiler à travers sa bouche pour enfin hurler sa douleur, sa tristesse.

Elle arrive, devant le parvis du commissariat. Elle regarde timidement la devanture du lieu.

Il est écrit « Commissariat de police ».

La porte est fermée alors elle regarde autour d'elle et s'aperçoit qu'un interphone se trouve sur sa gauche.

D'une main tremblotante, elle appuie sur le bouton de l'interphone, un policier répond « oui ».

Alèthe sursaute, elle ne s'attendait pas à entendre une voix aussi forte mêlée d'une certaine froideur.

Elle répond timidement « Je viens pour déposer une plainte ».

« Je vous ouvre, entrez »

Les portes du commissariat de police s'ouvrent, Alèthe entre avec hésitation tout en étant déterminée. Elle doit le faire, elle doit le dire. Si elle ne le fait pas qui le fera pour elle...

Maintenant, adulte, elle est consciente qu'il faut qu'elle se batte pour que sa parole soit prise en compte. Mineure, personne n'a rien fait... Alors, maintenant majeure, elle le sait qu'elle sera seule face à tous.

La porte automatique se referme. Elle entre à l'intérieur du commissariat en regardant autour d'elle. Le hall d'attente lui paraît grand, des panneaux d'affichage sont disposés près d'une table. Des affiches, des dépliants avec comme slogan « stop violences », « face à l'inceste ». Des chaises en métal de couleurs vertes sont soudées au mur. Quatre personnes attendent leur tour.

Alèthe observe le hall d'accueil du commissariat de police, un professionnel en tenue civile accueille les personnes. Le policier se tient derrière un long comptoir. Sur sa gauche une porte est fermée, un homme vient de sortir et se dirige vers la sortie.

Sur la droite de l'entrée une autre porte fermée et à sa gauche un escalier qui permet d'accéder à un étage qu'Alèthe peut voir d'en bas et derrière au pied de l'escalier une porte encore fermée.

Alèthe, regarde partout, effrayée elle attend son tour. L'agent d'accueil lui fait signe de venir.

Son cœur bat si vite, si fort, elle se lève en se donnant du courage pour avancer jusqu'à lui.

Elle arrive au niveau du comptoir, l'agent d'accueil lui demande « Dites-moi c'est par rapport à quoi ».

Alèthe a peur, elle hésite mais elle se dit qu'elle ne peut pas reculer, qu'il faut qu'elle en parle, enfin, pour poser les choses, les mettre à plat sur ce comptoir.

« Je viens porter plainte contre mon père, je suis venue avec ça » elle montre en même temps un texte de huit pages.

« Vous pouvez m'en dire plus » rétorque le policier.

Alèthe poursuit « J'ai préféré l'écrire parce que c'est trop difficile d'en parler ».

À cet instant, une angoisse si intense lui a traversé le corps, elle n'a pas pu en dire plus. Elle était comme figée sans voix.

Voyant la jeune femme se crisper, le policier de l'accueil a commencé à poser des questions simples et claires pour qu'Alèthe puisse répondre par oui ou non de la tête.

Se rajoute une honte, une gêne très forte par rapport au faitqu'elle soit à la vue de tous devant les autres personnes qui attendent.

Le policier prend le texte « Je vais voir qui peut vous recevoir, c'est courageux ce que vous faites, vous savez ». Rassurant, Alèthe s'est sentie écoutée.

Le temps qu'un policier puisse la recevoir, Alèthe attend devant l'accueil. Elle est à la fois effrayée et rassurée, tout s'emmêle dans son corps et son esprit. Continuant de trembler, elle essaye de se contenir, de respirer pour évacuer le stress, l'angoisse qui la gagnaient.

Enfin, une policière en tenue civile vient vers elle « Bonjour, Madame j'ai été informée de votre demande de déposer plainte, je vais vous recevoir. Venez ! ».

La policière la dirige vers la pièce sous les escaliers à gauche de l'entrée, elle lui ouvre la porte et lui propose de s'asseoir.

Dès son entrée, Alèthe se sent mal dans cette pièce si exiguë, austère sans lumière extérieure ni couleur. Tout est sombre.

Un bureau et trois chaises avec une petite étagère sont là, pour combler le vide des mots, le vide de la douleur.

La policière demande si elle veut bien lui expliquer ce qui l'amène à porter plainte contre son père.

« Vous préférez me raconter votre histoire ou que je lise votre texte, c'est comme vous le souhaitez ».

« Je préfère que vous lisiez ce que j'ai écrit ».

Vingt minutes interminables s'écoulent. Alèthe sent son cœur se serrer comme un étau, la gorge lourde de sanglots mais toujours elle se contient. Elle se dit que ce n'est que le début alors il faut qu'elle soit forte et courageuse pour la suite.

Elle observe la policière lire son texte et essaye de percevoir l'attitude du professionnel. Alèthe est accrochée à son regard, elle retient son souffle. De longues minutes d'attentes figent cet instant.

Sa parole sera-t-elle prise en compte et enfin entendue

Chapitre 3 No.3

La policière finit de lire « Un agent de police judiciaire va prendre votre déposition et nous mettrons en annexe votre document si vous le souhaitez ».

Elle explique à Alèthe de quelle manière va se dérouler la procédure ainsi que l'enquête si une enquête est diligentée par le Procureur de la République.

Alèthe écoute, essaye de se concentrer pour retenir les informations mais elle ne mémorise pratiquement rien.

Elle comprendra plus tard que le fait de parler de ses traumatismes la plonge de nouveau dans un état d'angoisse infantile. Entre traumatismes et réminiscences, tout se bouscule dans sa tête, tout se met en veille, effrayée, apeurée par les souvenirs.

Pourtant, elle est adulte, elle ne comprend pas ce qui se passe en elle, elle n'arrive plus à réfléchir, à parler, à mémoriser. Elle n'arrive pas à comprendre cet état tellement perturbant et déroutant alors que d'habitude, Alèthe est une femme déterminée, pleine de répartie et de courage... Là, elle redevient une enfant, celle qui a été maltraitée, mal-aimée.

La policière la dirige vers l'officier de police judiciaire qui va prendre sa déposition.

Un homme plantureux se tient devant elle avec une grosse voix et une démarche avertie. Ce personnage ne rassure pas beaucoup Alèthe qui déjà a été secouée comme un pauvre sablier entre des allers-retours passé et présents qui ont mis son corps et son esprit à rude épreuve.

L'état d'Alèthe ne change pas, elle sursaute au moindre bruit et cela ne s'arrange pas avec la voix du policier

La pièce est plus lumineuse que la précédente, il y a des étagères désordonnées et un bureau avec des documents dessus. Il lui fait signe de s'asseoir et prend place à son tour devant son bureau.

Un ordinateur se tient droit face à elle comme un bon petit soldat, il va recueillir ses mots et ses maux gardaient, muselaient depuis tant d'années.

Mars 2019 – Agression sexuelle par ascendant sur mineur de moins de 15 ans.

Alèthe avait 6 ans ou peut-être plus ou peut-être moins.

Régulièrement, sa mère vérifiait, si son frère et elle, avaient « des vers dans les fesses ». Elle regardait régulièrement à l'intérieur de leurs fesses « pour enlever les vers ».

Un jour peut-être plus marquant que les autres vu que Alèthe s'en souvient.

Son père entre et dit à sa mère « ça suffit, je prends le relais ».

Son père lui demande de montrer ses fesses, elle lui dit qu'elle en a assez et qu'elle n'a pas envie.

Il commence à crier et de peur elle s'exécute. Il dit d'un ton agacé « arrête de bouger ».

Elle sent quelque chose qui rentre dans ses fesses mais elle ne sait pas ce que sait, elle a mal et elle lui dit d'arrêter mais son père continue et rétorque « c'est malin maintenant tu saignes, je t'avais dit de ne pas bouger ».

1re

À la suite de sa déposition, Alèthe remet son document d'environ huit pages en complément pour énoncer chaque flash, chaque souvenir, chaque émotion, chaque sensation avec une description la plus exhaustive possible, la plus détaillée possible. Le policier lui remet aussi les coordonnées de l'association d'aide aux victimes.

Ce jour de mars 2019, Alèthe s'en souviendra à jamais. Elle se souviendra de l'agent d'accueil qui a su trouver les mots justes, elle se souviendra de la dame qui aura pris en compte ce qu'elle a écrit et elle se souviendra du policier enquêteur ayant pris sa déposition parfois de manière maladroite mais qui a été empathique malgré tout.

Alèthe se rappellera, également de la sensation de libération qu'elle a pu ressentir quand elle est sortie du commissariat de police et aussi une sensation terrible de gouffre perforant son corps comme si plus rien ni personne ne pouvait la protéger, comme si elle était toute petite et vulnérable.

Elle a eu tant de courage, ah ça oui !

Mais elle s'est exposée en donnant toute sa vie, toute sa détresse qu'elle a subie tant d'années.

Malgré tout cela, elle se souviendra de l'immense énergie de vie qui a parcouru son enfance et son adolescence pour combattre l'impensable, l'indicible. Cette force en elle n'a pas de prix ni d'épuisement, elle a compris en sortant du commissariat de police que cette force, cette détermination, cette énergie, elle l'aura tout le temps parce que cela fait partie d'elle, cela fait partie de son âme !

À la suite de sa déposition et durant quelques semaines, régulièrement, Alèthe sort de son porte-carte les coordonnées de l'association d'aide aux victimes mais chaque fois elle la range et n'ose pas appeler.

Un matin, son téléphone sonne mais comme elle ne connaît pas le numéro qui s'affiche, elle ne décroche pas.

Un message sur le répondeur apparaît, elle écoute. C'est la personne de l'aide aux victimes. Alèthe se sent mal, elle tremble mais elle arrive à se calmer et rappelle.

La personne semble très à l'écoute et lui explique qu'elle voulait avoir un premier contact avec elle. Alèthe a pu lui dire qu'elle n'était pas arrivée à la joindre parce qu'elle n'osait pas le faire.

La personne de l'association lui indique qu'elle peut répondre à toutes questions relatives à la procédure et si besoin effectuer un suivi psychologique. Alèthe explique qu'elle a déjà un accompagnement dans ce cadre. Elle lui demande des informations concernant la procédure parce qu'elle n'avait pas pu mémoriser les explications de la policière.

Après cet appel, Alèthe se sent bien, elle s'est sentie écoutée, réconfortée.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022