PROLOGUE
Elle était mon Yseult.
Celle qui a embrasé chaque parcelle de mon être. La passion à l'état brut. Un aimant. Une drogue.
La flamme s'est instantanément ravivée quand sa route a de nouveau croisé la mienne.
Je la contemple, stupéfait de la revoir après autant de temps. Stupéfait oui, mais plus que satisfait.
Les rayons chauds du soleil illuminent sa magnifique chevelure brune et créent de doux reflets châtains. Un léger rictus dévoile ses petites fossettes sexy dont j'étais éperdument tombé amoureux. Elle est plongée dans sa lecture comme lors de notre dernier rendez-vous. Ce livre réussit à éclairer son visage heureux et il attise ma jalousie. Deux ans auparavant, j'étais celui qui lui dérobait d'immenses sourires, celui qui éclairait son regard, celui qu'elle touchait. Je m'imagine être entre ses doigts, caressé comme les douces pages de son roman d'amour. Un souvenir agréable resurgit alors aussitôt. Ma tête posée sur son ventre, elle me chatouillait les cheveux et les entortillait avec délicatesse. Un moment magique et d'une tendresse incroyable. À cette simple idée, mon cœur se serre. Renoncer à elle avait été le choix le plus difficile de toute ma vie et elle m'avait manqué à chaque instant depuis.
Elle était mon Yseult malgré le fait que je n'étais pas son preux chevalier Tristan. J'en étais bien loin même et je n'avais pas cette prétention. Elle méritait tellement plus qu'un simple écuyer. Elle aurait dû être traitée comme la reine qu'elle était et non comme une vulgaire servante de la cour royale.
J'ai longtemps pensé que notre liaison n'avait été que le fruit de mon imagination débordante, une histoire dont je rêve encore, deux ans après, une addiction en veille qui me hante, un goût d'inachevé. Et pourtant, elle est là, assise droit devant, face à moi, à cette table, seule avec ses pensées, toujours aussi superbe et mystérieuse.
Alors qu'elle évite soigneusement mon regard, le mien s'attarde sur ses longues jambes bronzées et dénudées. Sa manière de les croiser et de balancer son pied chaussé d'un joli escarpin à talon très haut m'hypnotise. Sa cheville fine effectue des petits cercles avec une certaine élégance.
Mes yeux remontent peu à peu vers sa poitrine qui me plaisait tant. Petits seins certes, mais parfaitement symétriques et qui tiennent sans l'aide d'un soutien-gorge, un bonnet B, largement suffisant pour ma part. Son décolleté léger laisse apparaître un tatouage discret qui n'existait pas auparavant, une sorte d'inscription. Je fronce les sourcils, tentant de deviner ce qui est écrit sans pouvoir y arriver, bien trop éloigné de ma cible. Mes poils se hérissent à l'idée de parcourir de mes doigts cette partie de son anatomie. Des pensées lubriques envahissent mon esprit et refusent de le quitter.
Oui, elle m'avait vu mais avait aussitôt détourné les yeux, visiblement décontenancée par ma présence. Elle rougit. Elle sait que je suis en train de la contempler. Je ne peux faire autrement, elle irradie autant que le soleil au zénith à cette heure de la journée. Son petit air innocent me fait toujours autant d'effet, surtout alors que je sais qu'il est en complète opposition avec la réalité. Une femme mature, farouche et qui connaît ses principaux atouts. Une femme impossible à apprivoiser. Malgré son sex-appeal évident, elle ne remarque même pas qu'elle plaît. Le peu d'hommes qui passent par là n'hésite pas à la reluquer sans aucune discrétion. Ce qu'ils ignorent, c'est que moi, j'ai eu le privilège de l'embrasser, de la prendre dans mes bras et de lui faire l'amour de nombreuses fois. J'en éprouve une petite fierté et satisfaction personnelle.
Mon cœur bat la chamade. Il me faut lui parler. Je m'empare donc de mon téléphone et lui pianote un rapide message pour attirer son attention.
[Intéressant ton livre ? Rassure-moi, le mec ne prend pas encore une balle pour sa copine ?]
Ma respiration se coupe quand je comprends que non, elle n'a pas changé de numéro de portable car il a vibré avec vigueur sur la table face à elle. Même cachée derrière ses lunettes de soleil, je devine que ses yeux rient à la lecture de mon petit sms. Je la comprends mieux que personne d'autre. Elle aime ce genre de taquineries. Elle aime qu'on la titille, qu'on la convoite, qu'on la chasse. Je suis plutôt ravi de ne pas avoir perdu la main.
[Et... je suis ravi que tu n'aies pas changé de numéro.]
Mon deuxième message fait de nouveau trembler son téléphone. Je lui souris, elle est visiblement troublée. Ses doigts sont prêts à taper une réponse mais une jeune et jolie jeune femme, probablement une amie à elle, la rejoint à cet instant. Elles se saluent, s'embrassent et rient ensemble. Elle en oublie ma présence. Et à ma grande déception, les deux ne restent pas pour le déjeuner. Elle empoigne son sac et passe suffisamment près de moi pour que j'entende un fragment de leur conversation, conversation qui m'est en partie destinée.
- Non, je t'assure, tu n'as pas à t'en faire Laure. C'est juste que... je crois que les prochaines semaines risquent d'être... intenses.
Intenses... cela ne peut être le fruit du hasard, mais plutôt un message subliminal. Je ferme les yeux, profitant de son doux parfum fleuri balayé par une brise fraîche qui caresse délicatement mes narines et m'envoûte en l'espace de quelques secondes. Seulement pendant quelques secondes, car il me faut revenir ensuite à la réalité. Mon ex-amante s'est déjà volatilisée et je me retrouve nez à nez avec Alice.
- À quoi tu pensais ? m'interroge-t-elle un sourire aux lèvres.
- À rien ! rétorqué-je innocemment. Tu as commandé nos boissons ?
- Le serveur nous rejoint dans quelques minutes. Il ramène les cartes, me répondit-elle. J'ai super mal au dos, j'en peux plus. Je suis une grosse baleine. Une grosse baleine qui va finir par exploser.
Je lui souris.
- Mais non, tu n'es pas une grosse baleine... juste un petit cachalot ! la charrié-je finement en guise de représailles pour m'avoir traîné dans toutes ces boutiques contre ma volonté.
Alice a l'habitude de mon humour décalé et ne s'en formalise plus, elle ne réagit même plus.
- J'ai mal au dos, mes pieds sont gonflés, c'est atroce, se plaint-elle.
Je ne sais combien de fois j'ai entendu cette rengaine depuis plusieurs mois. Mais je fais avec. J'affiche ma mine la plus compatissante et je tente de la divertir. Et ça fonctionne, c'est l'essentiel. J'essaie de faire passer ma frustration par des touches d'ironie et pointes de sarcasme qu'elle ne détecte cependant pas forcément à mon grand désarroi... ou pas.
- Allez, assieds-toi mon petit cachalot ! plaisanté-je en tapant sur son assise.
Elle s'efforce de ne pas rire à ma bêtise sans succès. Elle est belle, bien plus que d'habitude. Ses cheveux châtains ont blondi au soleil et des taches de rousseur sont apparues sur son visage fatigué. La grossesse lui va bien. Son ventre énorme attire souvent le regard des autres femmes. Elle est radieuse même lorsqu'elle râle. Alice partage ma vie depuis près de six ans maintenant. Je l'aime, c'est une évidence.
Pourtant, elle n'est pas mon Yseult. Elle ne le sera jamais.
CHAPITRE 1
- Hey, salut gros ! Alors ça avance ?
Jérémy. Mon ami d'enfance. Ce grand blond au look de faux surfeur joue de son apparence physique de tombeur pour entuber toutes les femmes qu'il croise. Après sa rupture deux ans plus tôt avec Olivia, il a pété littéralement un câble et a fait n'importe quoi. Il a enchaîné pendant des mois les histoires sans lendemain. Il refuse de s'avouer qu'elle lui manque. Il a merdé. Il l'a trompée, elle l'a découvert et elle l'a quitté. Contrairement à moi, lui s'est fait prendre. J'ai eu de la chance, je pense. Jérémy a tout fait pour se racheter, il l'a suppliée, l'a harcelée, mais elle avait pris sa décision. Il était trop tard.
- Putain, c'est le bordel ici ! T'as rien foutu depuis hier ! s'exclamet-il en claquant la porte d'entrée.
La franchise est d'ordinaire une qualité, mais seulement si cette dernière va de pair avec le tact. Terme qu'il ne saisit visiblement pas.
Bon, ok, notre nouvel appart est un véritable chantier. Il y a des cartons dans chaque recoin. Mais pour notre défense, nous venons à peine d'emménager. Il le fallait pour le bébé. Nous avions besoin de plus d'espace et de nous rapprocher du nouveau lieu de travail d'Alice. L'école n'était qu'à cinq cents mètres. La seule chose qu'elle regrettait, c'était de ne pas pouvoir assurer cette rentrée scolaire. Elle n'était qu'à deux mois de son terme et ne pouvait assurément pas envisager de reprendre en septembre. Après les congés d'été, elle a donc enchaîné directement sur un arrêt pour grossesse pathologique. Son rôle d'institutrice qui lui tient à cœur devra attendre début d'année prochaine.
- Tu rigoles ou quoi ? Regarde, y'a un carton en moins sur la pile là- bas ! le taquiné-je.
- Arrête, ça fait une semaine que c'est comme ça ! rétorque-t-il du tac au tac.
Sans demander la permission, il se dirige vers la cuisine et ouvre le frigo à la volée.
- T'en veux une ? me lance-t-il en brandissant une bière.
Je refuse d'un hochement de tête.
- Putain ! Il est où le décapsuleur, sérieux ! T'as vraiment rien rangé, t'abuses ! Elle est pas là, Alice ?
- Nan, elle est partie faire les magasins avec sa mère pour le bébé, encore. Regarde, dans les cartons derrière toi, t'en trouveras peut-être un dedans !
Pendant que Jérémy commence à fouiller en râlant, je scrute mon téléphone. Pas de message. Sa silhouette, son visage radieux ne me quittent plus depuis ce midi. Je déverrouille un dossier sécurisé dans mon téléphone et admire la seule photo que j'ai gardée d'elle depuis tout ce temps. Je n'avais jamais pu me résoudre à l'effacer définitivement. Je ne pouvais ou je ne voulais pas l'oublier. C'était une manière de me rappeler qu'elle n'avait jamais été un rêve mais bel et bien une réalité. Même si ses cheveux ont poussé, elle n'a pas changé. Elle est même encore plus magnifique.
- Oh, oh, oh ! Putain de merde ! rigole Jérémy subitement, me tirant hors de mes pensées.
J'appuie sur le bouton de la tranche de mon téléphone pour le mettre en veille et le glisse dans ma poche. Même si mon ami est au courant de mon infidélité tout comme j'étais au courant de la sienne, je préfère cette fois-ci éviter de lui en parler, cela lui rappellerait de mauvais souvenirs.
- Qu'est-ce que t'as ? T'as trouvé le décapsuleur ? lui demandé-je en slalomant entre les cartons.
- Ouais c'est bon mais c'est pas ça ! Regarde !
Eh merde, il a trouvé ce fichu poster. Comme un con, il imite cet homme à la chemise violette et au nœud papillon vert croquant dans une banane. Je souris bêtement et balance la tête de gauche à droite avec un air blasé.
- Tu vas le remettre dans ton salon, dis ? Allez !
- Y'a pas moyen, Alice en a marre de ce poster. Elle me dit que le bébé va être traumatisé avec la tronche de ce mec. Et puis, c'est bon, j'ai perdu un pari, j'ai assumé le gage, ça fait plus de deux ans ! Y'a prescription ! répliqué-je.
- T'es vraiment beaucoup moins fun Tristan !
- Si tu l'aimes tant que ça, prends-le chez toi !
- Tu rigoles ou quoi, comment je vais faire avec mes plans cul ? Elles vont croire que j'ai pas que des tendances hétéro. C'est mort ! J'vais perdre en crédibilité.
- Toi aussi t'es moins fun, tu vois ! Ce poster, même si je m'y suis habitué, Alice n'en veut plus, elle voulait même le jeter. Je voulais le garder au moins en souvenir. Donc, je n'ai pas le choix, on va changer de style.
Jérémy fait la grimace. Un voile de tristesse lui obscurcit soudain le visage. Lorsqu'il a appris la grossesse d'Alice, il a été le premier heureux de la nouvelle, mais il s'est vite rendu compte que notre vie ne serait plus la même. J'allais avoir une famille alors que lui avait laissé échapper la possibilité d'en fonder une avec Olivia.
Il s'affale dans le canapé encombré de cadres à accrocher et vide la moitié de sa bouteille de bière pour faire fi de ses regrets.
- Alice a des nouvelles de Liv ? s'enquiert-il.
Je ne sais plus quoi lui dire quand il lance le sujet. Je me sens mal pour lui, même si ces derniers temps, il s'est ressaisi et a arrêté les conneries. Finis les coups d'un soir, cependant, il noie encore quelques fois son chagrin dans la boisson. Quand je le vois ainsi, je me dis que je ne peux replonger dans mes travers. Mais revoir mon amante après deux ans m'a fait l'effet d'un électrochoc. De toute évidence, si elle avait vraiment envie de me retrouver, elle m'aurait déjà répondu. Cela vaut peut-être mieux.
- Oui, Olivia organise sa baby shower dans quinze jours.
- Ah... et... tu sais si elle a quelqu'un en ce moment ? m'interroget-il.
- Je crois pas... mais tu sais, on ne parle pas trop de Liv avec Alice, elle sait qu'on se voit toujours. Elle veut pas que tu saches quoi que ce soit de sa vie.
- Même après deux ans, elle m'en veut toujours autant, soupire Jérémy. J'l'aimais pas en plus cette foutue nana du site... J'en avais rien à foutre. Contrairement à toi... Toi, t'es tombée sur celle qui t'a retourné le cerveau. Et de nous deux, t'es celui qui s'en est sorti. J'ai joué, j'ai perdu. C'est comme ça.
Son air défaitiste me fend le cœur. Je déteste le voir dans cet état de déprime.
- Tu l'aimes Alice ? me demande-t-il tout à coup. T'as jamais pu l'oublier l'autre, hein ?
Ses questions me perturbent. Je suis incapable d'y répondre sans devoir y réfléchir avant. Le bip de mon portable m'indique l'arrivée d'un message. J'en profite pour y jeter un œil et mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Je ne peux réprimer un immense sourire.
[Salut Tristan... Non, j'ai arrêté de lire des romances, trop barbant ! Je me suis remise dans une valeur sûre, les thrillers !]
- Qu'est-ce que t'as à sourire comme un con ? me lance Jérémy. Alice t'a envoyé une photo coquine ou quoi ?
Mon ami est bien loin du compte. Si seulement il savait.
Mais dans quoi allais-je me réembarquer ?
CHAPITRE 2
Deux ans et demi plus tôt
Ce soir-là, sortie entre potes sans nos nanas pour nous surveiller. Jérémy ne cessait de se plaindre du fait qu'Olivia ne soit pas sexuellement entreprenante. Les deux étaient ensemble depuis le lycée, autrement dit, une éternité. Il n'en avait jamais testé une autre qu'elle et visiblement, cela le démangeait. Il voulait absolument connaître tous les détails de mes ébats avec Alice, pour comparer et inciter sa copine à prendre un peu plus de risques. Il en avait plus que ras-le-bol de la position du missionnaire.
Je compatissais. Je vivais plus ou moins la même chose. J'aimais Alice. Mais son éducation guindée, son style de petite bourge et de sainte nitouche ne cachaient malheureusement pas un tempérament de petite cochonne. Elle était un bon parti et était issue d'une famille de richards que j'adorais détester et critiquer. Jolie, bosseuse, pas prise de tête. La copine idéale.
Je ne pouvais résolument pas en espérer plus. J'étais chanceux.
Olivia me l'avait présentée trois ans et demi plus tôt. Elle et Alice s'étaient rencontrées à la fac. Jérémy ressentait le besoin de me caser et avait harcelé sa moitié pour organiser un rendez-vous arrangé. Rendezvous qui s'était soldé par une nuit des plus torrides. Mais il était loin le temps où le sexe entre nous était excitant et original. À présent, il était routinier, sans surprise, sans saveur. Mais je l'aimais. La douceur et l'attention dont elle faisait preuve à mon égard m'indiquaient clairement que j'étais tombé sur la femme parfaite. Enfin presque.
Malgré cela, je l'avais trompée. Une seule fois, en octobre de cette année. Une gonzesse rencontrée dans un bar. Cette dernière m'avait dragué. J'étais bourré, c'était une erreur. Une erreur vite oubliée. Elle ne m'avait même pas réellement fait d'effet. J'avais tout juste bandé. Je lui
avais donné un faux numéro le lendemain matin en partant de chez elle et ne l'avais jamais revue. Jérémy m'avait couvert auprès d'Alice. Nous avions officiellement bien trop bu. Elle n'avait pas voulu en savoir plus et me faisait confiance. J'avais honte mais je ne culpabilisais pas. Ce qui était fait, était fait.
- Putain Tristan, arrête de faire ton asocial et ramène tes fesses ! me cria Jérémy.
Le grand blond me rejoignit à l'extérieur du bar dans lequel nous passions la soirée. J'étais sorti quelques minutes pour prendre l'appel d'Alice qui me rappelait gentiment de boire avec modération vu comment s'était terminé notre dernière soirée entre mecs.
- J'fais pas mon asocial, Alice m'a appelé. On s'entend pas dans ce bar !
- Alice, Alice ! Elle peut pas te lâcher la grappe pour une fois !?
La porte principale s'ouvrit derrière lui pour laisser apparaître un homme de grande taille, les cheveux châtains et ondulés tombants dans les yeux. Un style classique, jean noir parfaitement ajusté, chemise blanche et veste de costard. Impeccablement rasé, il affichait toujours ce putain de sourire à la Colgate.
Benjamin. Un de mes collègues du centre sportif d'escalade. Il était de ceux qui ne laissaient aucune femme indifférente. Elles auraient été presque capables de se taper dessus pour avoir le privilège de l'avoir en coach. Et ce grand gaillard en profitait. Les nénettes se trémoussaient en grimpant les parois et lui offraient une vue splendide sur leur fessier ferme et plus qu'agréable à mater. J'en profitais aussi, fallait bien se l'avouer. Mais pour ma part, j'étais maqué. Lui ne voulait pas s'embarrasser d'une copine qui, je cite, « lui péterait les couilles ». Il nous rabâchait sans cesse à Jérémy et à moi notre manque de jugeote à ce sujet.
- Bon, Tris. Je discutais avec Ben à l'intérieur. Et sérieux, toutes les meufs dans le bar veulent le pécho ! Y'a moyen d'avoir des plans ce soir !
- Jérém, j'sais pas si c'est une bonne idée, tu sais. Imagine Liv l'apprend ?
- Bah Alice l'a jamais su pour toi !
- J'ai eu de la chance. Simplement de la chance. C'est trop risqué. C'est sans moi sur ce coup-là.
Benjamin me scrutait un rictus plaqué sur les lèvres. Il avait cet air sûr de lui qui émanait de tout son être. Cette aura particulière qui attirait les femmes comme des mouches. Les sorties avec lui finissaient rarement sans qu'on soit soumis à la tentation. Ce mec était une vraie star internationale.
- Si tu flippes de te faire choper, ou que la meuf balance tout à ta copine, je te conseille les sites de rencontres extraconjugales. Tu peux tomber sur des femmes un peu plus matures, mariées, qui ne demandent que de la discrétion. Aucune prise de tête, juste des moments agréables. Après, faut tomber sur la bonne. Un peu plus compliqué. J'ai essayé et ça n'a pas marché avec la seule qui m'ait répondu. C'est le loto là-dessus. Mais bon, qui tente rien n'a rien.
- J'vais me créer un profil sur le site... ricana Jérémy. C'est vrai qu'au moins avec ce genre de plan, logiquement, pas de souci avec sa copine, vu que l'autre est aussi en couple.
- On peut finir la soirée chez moi si vous voulez. Pas de trace de vos historiques sur vos ordis perso du coup... Si ça vous plaît, y'a des applis qui vont avec, poursuivit Benjamin.
J'avais beau avoir essayé à plusieurs reprises de détourner Jérémy de son obsession actuelle, rien n'y faisait. Il s'était donné pour mission de se taper une autre nana que la sienne pour voir ce que cela faisait. Le problème là-dedans, c'était que j'étais son pote. Son meilleur pote. Et entre potes, on était solidaires. Valait mieux que je le surveille de toute façon. Quitte à ce qu'il aille au bout de son projet, autant que je sois derrière lui pour vérifier ce qu'il trafiquait.
Je les avais suivis dans leur délire de mecs en manque.
Pourquoi ?
Sûrement par curiosité. Sûrement pour les imiter. Sûrement pour me sentir moins con. Je m'étais laissé embarquer dans leur idée pas des plus ingénieuses.
J'aurais dû dire stop. J'aurais dû empêcher mon meilleur pote de suivre les conneries de mon collègue. Mais en lâche que j'étais, je n'avais pas osé intervenir. J'avais laissé faire et y avais participé, y avais pris plaisir. Si ma raison avait été plus forte que mon appétit sexuel à contenter, je ne me serais pas propulsé dans une situation dont j'aurais du mal à me dépêtrer, une situation à laquelle je ne m'attendais pas.
Putain, mais pourquoi ? Pourquoi avait-il fallu que je m'inscrive sur ce site ?
Sans mes deux comparses, jamais je ne l'aurais rencontrée. Jamais je ne serais tombé amoureux d'une autre qu'Alice, et Jérémy, quant à lui, serait probablement toujours avec Olivia.
La vie aurait été certes bien plus tranquille... mais pour ma part, surtout bien plus fade.