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Elle a divorcé. Il s'est réveillé

Elle a divorcé. Il s'est réveillé

Auteur:: MILENA
Genre: Milliardaire
Corinne Tine découvre que son mari, le puissant Arman Amez, la trompe... avec sa propre sœur, Cassy, célèbre danseuse surnommée la Rose Écarlate. Trois ans plus tôt, Corinne avait été mariée à Arman pendant qu'il était dans le coma, après un accident qui avait fait disparaître Cassy. Elle avait tout sacrifié pour lui. Mais dès son réveil, il ne voit plus qu'une femme : Cassy. Humiliée par sa famille, méprisée par Arman et haïe par les amis du PDG, Corinne finit par offrir à Arman un dernier cadeau : le divorce. Mais lorsqu'elle réapparaît, transformée, lumineuse, sûre d'elle, tous ceux qui la méprisaient se retrouvent déstabilisés - Arman le premier. Qui est réellement Corinne ? Pourquoi sa présence déclenche-t-elle tant de réactions violentes ? Et surtout : est-elle vraiment la femme simple que tout le monde croit... ou cache-t-elle une identité secrète, immense, capable d'ébranler tout Mercity ? Comment réagira Arman lorsque la vérité éclatera - lorsqu'il découvrira que la mystérieuse prodige surnommée Dr C, qu'il supplie pour sauver Cassy... est en réalité Corinne elle-même ? Et surtout : quand l'amour renaîtra entre eux, sera-t-il déjà trop tard ?

Chapitre 1

Corinne Tine venait d'apprendre que son mari, Arman Amez, la trompait.

La maîtresse ? Une étudiante.

Ce jour-là, c'était l'anniversaire d'Arman. Corinne avait passé la journée entière à lui préparer un dîner, voulant que tout soit parfait. Tandis qu'elle terminait la table, un léger bourdonnement attira son attention : le téléphone d'Arman vibrait sur le plan de travail. Il avait dû l'oublier avant de sortir.

Elle le prit machinalement. L'écran affichait un message :

Je suis tombée en essayant d'attraper le gâteau. J'ai si mal...

Un cliché accompagnait le texte. Pas de visage, juste une paire de jambes.

Des chaussettes blanches tirées jusqu'aux mollets, des chaussures noires vernies, et une jupe à carreaux bleus et blancs relevée juste assez pour dévoiler des genoux rougis. Une photo à la fois innocente et provocante.

Cette fille avait la fraîcheur et la spontanéité de la jeunesse, un mélange d'ingénuité et de sensualité qui donnait à l'image un caractère presque irréel. Le genre d'attrait discret mais irrésistible.

On disait souvent que les hommes riches finissaient toujours par céder à ce genre de tentation.

Les doigts de Corinne se crispèrent sur le téléphone. Ses jointures blanchirent.

Un autre message s'afficha aussitôt :

M. Amez, retrouvons-nous à l'hôtel Elysian ce soir. J'aimerais célébrer votre anniversaire.

L'anniversaire d'Arman. Et c'est sa maîtresse qui lui organisait sa fête.

Sans réfléchir davantage, Corinne attrapa son sac et quitta la maison. Elle devait savoir qui était cette fille.

L'hôtel Elysian se dressait au bout de la grande avenue, éclatant sous les néons. En arrivant, Corinne se sentit bouillir. Elle était prête à tout détruire.

Mais avant même de franchir les portes vitrées, une silhouette familière la figea : ses parents. Hadrien Tine et Lilly Garcia.

Elle s'avança, incrédule.

- Papa ? Maman ? Qu'est-ce que vous faites ici ?

Ils échangèrent un bref regard avant de répondre, nerveux :

- Oh, Corinne... ta sœur est revenue de l'étranger. Nous sommes venus la déposer.

Sa sœur ? Cassy Tine ?

Le sang de Corinne se glaça. Elle se tourna vers la grande baie vitrée de l'hôtel, et là, à l'intérieur, elle la vit. Cassy.

Et sur elle... la même jupe bleue et blanche.

Le monde de Corinne s'écroula.

Cassy, l'éternelle favorite, surnommée « la Rose Écarlate » de Mercity, la beauté dont les jambes parfaites avaient fait la réputation. Ces jambes-là, celles qui faisaient tourner toutes les têtes... c'étaient les mêmes que sur la photo.

Et maintenant, ces jambes appartenaient à la maîtresse de son mari.

Un rire nerveux échappa à Corinne. Elle se tourna vers ses parents, amère.

- Donc, tout le monde était au courant sauf moi.

Le visage de son père se crispa.

- Corinne, il faut être lucide. Arman n'a jamais eu de sentiments pour toi.

Sa mère ajouta d'un ton sec :

- Et puis, regarde les choses en face. Combien de femmes à Mercity donneraient tout pour être à la place de Cassy ? C'est mieux que ce soit ta sœur, non ?

Corinne sentit la colère monter.

- Je suis aussi votre fille ! cria-t-elle, la voix tremblante.

Elle tourna les talons, mais la voix de sa mère la retint.

- Dis-moi, Corinne... est-ce qu'Arman t'a seulement touchée ?

Le pas de Corinne se suspendit.

Son père soupira, fatigué.

- Tu fais comme si on t'avait trahie, mais rappelle-toi : à l'origine, c'est Cassy qu'il devait épouser. Ils formaient le couple parfait. Ce mariage n'a eu lieu qu'après l'accident, quand Arman était dans le coma.

Lilly haussa les épaules avec dédain.

- Regarde-toi. Trois ans enfermée à jouer la parfaite épouse, pendant que ta sœur danse sur toutes les scènes. Elle est devenue un cygne. Toi, tu n'as jamais été qu'un vilain petit canard. Sois raisonnable. Rends-lui Arman.

Ces mots furent comme des coups de couteau. Corinne ne répondit pas. Elle s'éloigna lentement, le cœur brisé.

Quand elle rentra à la villa, la nuit était tombée depuis longtemps. Elle avait renvoyé la gouvernante pour la soirée. La maison était silencieuse, glaciale.

Corinne s'assit seule devant la table dressée. Le repas était froid. Les bougies éteintes. Le gâteau, intact. Sur la crème, on lisait encore les mots : Joyeux anniversaire, mon amour.

Elle resta là, à fixer cette inscription ridicule, l'esprit vide. Tout lui paraissait grotesque.

Trois ans plus tôt, Arman et Cassy étaient inséparables. Leur histoire faisait rêver tout Mercity. Jusqu'à cet accident. Arman, dans le coma. Cassy, disparue.

La famille Tine avait alors sorti Corinne de la campagne pour la marier à Arman, inconscient, sous prétexte de sauver la réputation de tous.

Mais pour Corinne, c'était une bénédiction. Elle aimait Arman depuis toujours. Elle avait accepté sans hésiter.

Pendant trois ans, elle s'était dévouée à lui, jour et nuit. Pas un seul jour sans le veiller, sans espérer son réveil. Elle avait abandonné tout le reste.

Et un matin, miracle : Arman avait ouvert les yeux.

Corinne alluma les bougies du gâteau. La flamme tremblotante illumina son reflet dans le miroir. Une femme en robe terne, fatiguée, sans éclat.

Cassy, elle, brillait sur scène, belle et sûre d'elle.

Arman s'était réveillé, avait retrouvé Cassy, et avait aussitôt oublié Corinne.

Trois ans d'amour, de soins, de sacrifices... effacés d'un souffle.

Elle souffla les bougies. La pièce retomba dans le noir.

Puis des phares traversèrent les vitres. Une voiture s'arrêta devant la maison. La Rolls-Royce d'Arman.

Son cœur s'emballa. Il était rentré.

La porte s'ouvrit brusquement. Arman entra, grand, impeccablement vêtu, une aura froide autour de lui.

- Pourquoi t'es dans le noir ? demanda-t-il, la voix calme, presque lassée.

Il alluma une lampe. La lumière blanche fit mal aux yeux de Corinne.

Elle leva la tête. Il portait un costume sombre parfaitement ajusté. Toujours aussi beau. Toujours aussi lointain.

- C'est ton anniversaire, dit-elle simplement.

Arman jeta un regard à la table dressée.

- J'ai pas besoin de ça. Les anniversaires ne m'intéressent pas.

Corinne esquissa un rire sans joie.

- Ou alors c'est juste avec moi que tu ne veux pas les fêter ?

Il haussa les épaules, déjà prêt à partir.

- Fais comme tu veux.

Il se détourna vers l'escalier. C'était toujours ainsi : elle essayait de le retenir, lui s'éloignait.

- Arman, attends. Je veux te faire un cadeau, dit-elle d'une voix tremblante.

- Garde-le. J'en veux pas.

Elle inspira, puis lâcha d'un ton calme :

- Mon cadeau, c'est le divorce.

Il s'arrêta net sur la première marche. Lentement, il se retourna. Son regard, sombre et perçant, se planta dans le sien.

Corinne fixa Arman, sa voix tranquille mais déterminée.

- Divorçons, Arman. Joyeux anniversaire, d'ailleurs. Tu l'aimes, mon cadeau ?

Arman resta impassible.

- Tu veux divorcer juste parce que je n'ai pas fêté mon anniversaire avec toi ?

- Cassy est revenue, n'est-ce pas ? murmura-t-elle.

Un rictus traversa les lèvres d'Arman. Il s'approcha d'elle d'un pas décidé.

- Elle t'ennuie à ce point ?

Dans tout Mercity, Arman Amez était connu comme l'un des plus jeunes chefs d'entreprise les plus puissants du pays. Il imposait le respect, naturellement, sans élever la voix. En le voyant avancer, Corinne eut un mouvement de recul. Son dos heurta le mur froid.

La pièce sembla se rétrécir. Arman leva le bras et appuya sa main contre le mur, la bloquant entre lui et la cloison. Son regard, dur et moqueur, plongea dans le sien.

- Tout le monde sait que je vais épouser Cassy. Tu l'ignorais quand tu t'es arrangée pour devenir ma femme ? Ça ne te gênait pas, à l'époque. Alors, pourquoi maintenant ?

Chapitre 2

Le teint de Corinne se vida de sa couleur.

Oui, Arman devait épouser Cassy. Si l'accident n'avait pas eu lieu, elle ne serait jamais devenue sa femme.

Elle revit encore ce jour où il avait ouvert les yeux à l'hôpital. Son premier regard, vide et glacé, avait suffi : il ne voulait pas d'elle. Depuis, il n'avait jamais dormi à ses côtés, jamais cherché sa présence.

Il n'avait jamais cessé d'aimer Cassy.

Corinne le savait, depuis toujours. Mais une part d'elle s'était accrochée malgré tout.

Elle observa les traits d'Arman, si proches. Dans son esprit, ils se mêlaient à ceux du garçon qu'elle avait connu autrefois.

Tu ne te rappelles vraiment pas de moi, Arman ? pensa-t-elle avec amertume.

Elle seule était restée prisonnière du passé.

Peu importe. Ces trois années lui avaient suffi pour solder son rêve inutile.

Elle inspira profondément, retint ses larmes et déclara :

- Arman, il est temps de mettre un terme à ce mariage vide.

Arman leva un sourcil, son ton railleur :

- Vide ?

Il saisit son menton du bout des doigts, effleurant ses lèvres de son pouce.

- C'est ça, ton vrai problème ? Tu veux que je te touche ?

La honte envahit Corinne, son visage brûlant de rouge. Ce n'était pas ce qu'elle voulait dire.

Mais Arman, lui, continuait son jeu cruel. Son pouce traçait la courbe de ses lèvres, les caressant lentement, avec un mélange de mépris et de désir. Corinne n'aurait jamais imaginé qu'un homme aussi froid puisse avoir un regard pareil.

De près, il découvrait un visage qu'il n'avait jamais vraiment observé : sous les lunettes larges, les traits fins, la peau douce, les yeux clairs et les lèvres délicates.

Ses lèvres... oui, elles étaient douces. Là où son doigt pressait, la couleur s'effaçait avant de revenir, rosée, attirante. Une envie soudaine lui traversa l'esprit : l'embrasser.

Son regard s'assombrit.

- Je ne pensais pas que tu cachais un tel feu, Corinne. Tu rêves tant que ça d'un homme dans ton lit ?

Le claquement fut sec, violent.

Arman eut la tête rejetée sur le côté.

Corinne tremblait de rage, la main encore levée. Trop longtemps, elle avait plié devant lui. Trop longtemps, elle s'était laissée piétiner.

- Tu veux savoir ? dit-elle d'une voix glaciale. Très bien. Puisque Cassy compte encore pour toi, je vais te libérer. Tu pourras la récupérer, ta place de Mme Amez.

Le visage d'Arman se ferma aussitôt, son regard devint tranchant comme la glace. Personne ne l'avait jamais frappé. Jamais.

- Tu crois pouvoir m'épouser quand ça te chante, puis me jeter comme bon te semble ? cracha-t-il. Tu me prends pour quoi, exactement ?

Corinne esquissa un sourire amer.

- Un passe-temps, peut-être.

Arman resta interdit, les yeux écarquillés.

Elle força les mots à sortir, la voix brisée mais fière :

- Tu n'étais qu'un jouet volé à Cassy. Maintenant, je n'ai plus envie de jouer.

Le visage d'Arman se durcit.

- Très bien. Tu veux divorcer ? Parfait. Mais ne viens pas ramper ensuite en me suppliant de te reprendre.

Il tourna les talons, monta les escaliers et claqua violemment la porte derrière lui.

Corinne resta seule. Ses jambes fléchirent, elle glissa lentement contre le mur jusqu'à s'accroupir sur le tapis, les bras serrés autour d'elle.

Je ne t'aimerai plus, Arman.

Le lendemain matin, Sylvia entra dans le bureau d'Arman.

Il était assis derrière son bureau, concentré sur une pile de documents, l'air fermé.

- Monsieur Amez, dit-elle timidement.

Pas de réponse. L'atmosphère semblait figée. Elle posa prudemment une tasse fumante sur le coin du bureau.

- Madame Amez a préparé ce café pour vous.

La main d'Arman, qui tenait son stylo, trembla légèrement. Sa mâchoire se détendit.

Elle essaie de se racheter ? pensa-t-il.

Il fallait admettre que Corinne avait toujours été une épouse attentionnée : elle cuisinait ses plats préférés, s'occupait de ses chemises, veillait à tout sans jamais se plaindre.

Il prit la tasse et goûta. Le café était parfait, comme il l'aimait.

Pourtant, la colère de la veille brûlait encore. Une gifle ne s'efface pas avec un café.

- Elle a compris son erreur ? demanda-t-il enfin.

Sylvia hésita, puis répondit :

- Madame Amez... est partie.

Arman releva brusquement la tête.

Sylvia sortit alors un dossier plié.

- Elle est partie avec sa valise, monsieur. Et elle m'a chargée de vous remettre ça.

Arman prit la feuille. Les mots, nets et froids, lui sautèrent aux yeux : Accord de divorce.

Il resta muet, abasourdi. Il avait cru qu'elle voulait se réconcilier.

- Elle a aussi dit, ajouta Sylvia d'une voix prudente, que vous devriez finir votre café avant de signer.

Arman fixa la tasse.

- Jette ça. Tout de suite.

Sylvia, déconcertée, s'exécuta sans discuter.

Le visage d'Arman s'assombrit à mesure qu'il parcourait les pages. Corinne renonçait à tout : ni argent, ni biens, rien.

Il eut un rire amer. Quelle audace. Une fille sans fortune qui quittait un empire sans réclamer un centime ?

Il repensa à ces années où elle avait tout fait pour devenir sa femme. Était-ce vraiment par amour ?

Puis il lut la ligne du motif de divorce. Les mots, écrits d'une main fine, lui brûlèrent les yeux :

« Le mari souffre d'une incapacité à remplir ses devoirs conjugaux. »

Le sang lui monta à la tête.

- Cette... -

Il saisit son téléphone, tapa le numéro de Corinne, les mâchoires serrées.

Après plusieurs sonneries, sa voix claire retentit à l'autre bout du fil :

- Allô ?

Arman la retint brusquement contre lui.

- Corinne Tine, reviens immédiatement !

Elle s'étouffa presque de rire.

- Tu crois que je vais rappliquer parce que tu l'ordonnes ? On n'est plus mariés, Arman. Et ton fils ne te supporte plus.

Il serra la mâchoire.

- Merci d'avoir prouvé que j'avais raison de te donner une dernière chance.

Un sourire ironique étira les lèvres de Corinne.

- Une dernière chance ? Tu réalises au moins que tu t'es réveillé depuis six mois, et que, pendant tout ce temps, tu n'as pas une seule fois pris ma main ?

Elle poursuivit, glaciale :

- Tu es resté trois ans dans le coma. Et même si ton corps a l'air de fonctionner, je me demande franchement si ta virilité a survécu. Tu devrais peut-être aller consulter. J'espère, pour toi, que tu pourras encore tenir debout.

Arman resta muet, incapable d'articuler le moindre mot. La colère lui montait à la tête, brûlante, presque insupportable.

Cette femme est devenue folle.

- Un jour, Corinne Tine, je te prouverai que je suis encore un homme, grogna-t-il.

- Désolé, Arman. Cette occasion, tu l'as perdue.

Des bips résonnèrent, puis la ligne coupa net.

Il resta là, les poings serrés, bouillonnant. Avant même qu'il ait pu déverser sa rage, la tonalité monotone du téléphone lui rappela qu'elle avait vraiment raccroché.

Corinne, elle, venait d'arriver chez sa meilleure amie, Raven Smith.

Dès qu'elle posa son téléphone, Raven éclata de rire.

- Mon dieu, Corinne, c'était parfait ! Il doit être hors de lui, j'en suis sûre.

Corinne esquissa un sourire fatigué. Depuis quelque temps, elle trouvait qu'Arman s'était perdu dans son propre orgueil, comme s'il avait oublié ce qu'était l'humilité.

- Les gens devraient d'abord apprendre à s'aimer avant de prétendre aimer quelqu'un d'autre, souffla-t-elle.

Raven hocha la tête, puis, tout en croquant dans un biscuit, ajouta :

- Tu sais, quand Cassy a découvert que M. Amez était déjà marié, elle l'a quitté sans un mot. Mais maintenant qu'il est revenu dans les affaires, il la poursuit de nouveau. Franchement, à sa place, je le laisserais tomber pour de bon.

Chapitre 3

Corinne prit un bonbon dans le bol et le glissa dans sa bouche. Le sucre se mélangea à une amertume familière.

- C'est la différence entre être aimé et ne pas l'être, murmura-t-elle.

Celui qui aime agit sans crainte. Celui qui n'est pas aimé reste sur la défensive, toujours incertain.

Raven la fixa un instant avant de se lever.

- Allez, Corinne. Arrête de te morfondre. Lâche enfin cet arbre mort et regarde autour de toi : tu découvriras peut-être une forêt entière. Ce soir, on sort. Tes huit amies t'organisent une soirée de célibataire, que tu le veuilles ou non.

Corinne rit, baissant la tête.

- Une fête, vraiment ?

- Absolument. Et avant ça, on s'occupe de toi.

Raven attrapa brusquement les lunettes que Corinne portait et les jeta à la poubelle.

- Raven ! Mes lunettes !

- Non, pas de ça ce soir, répondit-elle fermement. Ces lunettes te collent à la peau depuis trop longtemps. Tu passes ta vie derrière ton écran à corriger des textes. Ce soir, tu te refais une beauté.

Corinne resta immobile, repensant à son enfance. Ses parents avaient toujours comparé sa sœur Cassy au cygne, et elle, au vilain petit canard. Et Arman, lui aussi, avait fini par la voir de la même manière.

Raven attrapa son sac.

- Viens. On file au salon. On change tout : coupe, maquillage, vêtements. Ce soir, je veux que tout le monde voie ce que cet idiot a perdu.

Elles sortirent ensemble. Puis, comme si une idée venait de la frapper, Raven demanda :

- Au fait, Corinne, tu refuses toujours l'argent de M. Amez ?

- J'ai ce qu'il me faut, répondit-elle sèchement.

- Eh bien, tant mieux. Cassy sera ravie de le récupérer, celle-là.

Corinne ne répondit pas.

- Tu as encore sa carte, non ? Celle qu'il t'avait offerte ?

Corinne fouilla dans son sac et en sortit une carte bancaire noire bordée d'or.

- On va dire que M. Amez paiera notre relooking, lança-t-elle avec un clin d'œil.

Le Club 19H Dongboom était le repaire favori de la haute société de Mercy. Un lieu où les riches héritiers et les femmes du monde noyaient leurs ennuis dans le champagne et la musique.

Ce soir-là, le DJ faisait vibrer la salle d'un rythme frénétique. Les lumières stroboscopiques dansaient sur les visages exaltés.

Dans une loge privée, Arman Amez sirotait un verre, vêtu d'une chemise noire impeccablement repassée. Les manches retroussées dévoilaient ses avant-bras nerveux, et sa montre hors de prix brillait sous la lumière. Il avait tout du type que les femmes ne pouvaient s'empêcher de regarder.

À sa droite, Brandon Goods, l'héritier du groupe Goodwin Luxury, lui tapotait l'épaule en riant.

- Sérieusement, Arman, c'est quoi cette histoire ? Corinne veut s'amuser en boîte de nuit maintenant ?

Les autres éclatèrent de rire.

- Tout le monde sait qu'elle t'adore, reprit l'un d'eux. Elle voulait même t'épouser pendant ton coma, non ? Elle ne tiendra jamais sans toi.

Un autre ajouta, moqueur :

- On parie combien de jours avant qu'elle te rappelle en pleurant ?

Arman se contenta de sourire, sans rien dire. Mais sous ce masque calme, une colère froide grondait déjà.

Après avoir traîné toute la journée dans les magasins, Raven Wheel termina son marathon de shopping en rejoignant la soirée organisée pour célébrer les femmes célibataires de 1996.

Corinne, elle, ne s'attendait pas à tomber sur Arman et sa bande. Et bien sûr, dès qu'elle s'approcha, elle entendit leurs ricanements.

Elle reconnut presque tout le monde : c'étaient les amis d'Arman. Parmi eux, Tenmi, sa confidente la plus proche.

Quand Arman sortait avec Cassy, leur histoire faisait la une partout. Tout le monde adorait Cassy. Brandon, lui, la traitait comme si elle était déjà madame Arman.

Depuis trois ans, Corinne avait essayé, sans succès, de s'intégrer à ce petit groupe. Ils ne se donnaient même pas la peine de cacher le dédain qu'ils éprouvaient pour elle.

Ils lui avaient collé toutes sortes de surnoms humiliants - « la remplaçante désespérée », « la plouc », ou encore « le vilain petit canard ».

Elle savait très bien ce que cela signifiait : quand un homme ne respecte pas sa compagne, ses amis ne le font pas non plus.

Raven, furieuse, eut un mouvement d'humeur. « Laisse-moi leur rabattre le caquet », lança-t-elle en retroussant les manches.

Corinne lui attrapa le bras pour la calmer. « Laisse tomber, Raven. Je suis divorcée, pas morte. Ils ne valent pas qu'on s'énerve. »

Le ton paisible de Corinne réussit à apaiser Raven. Et quand plusieurs invités commencèrent à la regarder avec une sorte d'admiration silencieuse, l'humeur de Raven s'éclaircit aussitôt. « Allez, viens. C'est la fête des célibataires, non ? »

Helen, qui les accompagnait, fit un signe théâtral vers un stand installé de l'autre côté du club. « Messieurs, préparez vos plus beaux sourires, les dames arrivent ! »

Du côté d'Arman, Brandon et les autres continuaient de se moquer de Corinne, jusqu'à ce qu'un regard glacial les fige sur place.

Arman, debout sur la plateforme du camion, les observait de haut. Il leva un sourcil, son expression fermée et sévère.

Instantanément, les rires cessèrent. Personne n'osa ajouter un mot.

Brandon échangea un regard avec Arman. Même si ce dernier semblait détaché, il savait que Corinne avait passé trois ans à s'occuper de lui, sans jamais rien demander en retour. Peut-être qu'il lui restait encore un peu d'attachement, au fond.

C'est alors qu'un murmure excité traversa la foule. « Vous avez vu ? On dirait un ange ! »

Brandon se tourna, intrigué. Quand il aperçut la femme en question, ses yeux s'écarquillèrent. « Nom de Dieu... c'en est vraiment un. »

Autour de lui, les autres hochaient la tête, ébahis. « Depuis quand un ange pareil traîne à Miséricorde ? Comment a-t-on pu passer à côté ? »

Brandon tira doucement la manche d'Arman. « Regarde-moi ça, Arman, t'as vu cette fille ? »

Arman, habitué aux soirées et aux belles femmes, ne semblait d'abord pas impressionné. Mais quand son regard croisa celui de la femme dont ils parlaient, il resta immobile.

Corinne.

Elle n'avait plus ses grosses lunettes ni son air froid et réservé. Son visage pâle et fin semblait presque lumineux, et la douceur de ses traits avait remplacé la raideur d'autrefois. Ses cheveux tombaient en vagues soyeuses sur ses épaules, et dans cette lumière, elle paraissait irréelle.

Arman resta figé deux secondes.

Brandon, ravi, lui donna un léger coup de coude. « Alors, qu'est-ce que t'en penses, hein ? »

L'un des amis ricana : « Oh, Arman ne craquera pas. Il a toujours préféré les filles comme Cassy, pas les anges éthérés. »

Un autre ajouta : « Peut-être, mais mate un peu ses jambes... elles n'ont rien à envier à celles de Cassy. »

Corinne, ce soir-là, avait troqué ses tenues sages contre une robe en tweed élégante qui dévoilait ses jambes pour la première fois. Minces, bronzées, dessinées, elles attiraient les regards.

Arman fronça les sourcils. Cet « ange » lui rappelait étrangement quelqu'un. Et soudain, il comprit : c'était bien elle. Corinne Tine.

À ce moment, plusieurs escorts masculins entrèrent dans la salle, grands, séduisants, habillés pour plaire. Ils s'arrêtèrent juste devant Corinne.

Raven éclata de rire. « C'est ton moment, ma belle. Choisis bien. »

Corinne, encore portée par l'euphorie du moment, leva la main et désigna plusieurs d'entre eux : « Toi. Et toi. Et toi aussi. Restez tous ! »

Brandon en resta bouche bée. « Attends... elle vient d'en choisir huit d'un coup ? »

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