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D'un amour sincère

D'un amour sincère

Auteur:: Anges - K
Genre: Romance
Kendrick a 16ans quand il se retrouve père... Sa mère et lui doivent faire face malgré leurs conditions de vie déjà précaires à de nouveaux challenges les mettant tous deux parfois face à une destinée inattendu et semée d'embûches. Entre amour jalousie passion et trahison découvrez le parcours de Kendrick, Nathalie, et des personnes qui partageront leur vie

Chapitre 1 01

Chap 1 :

****Nathalie MOUKOURY****

- Mme MOUKOURY dans mon bureau !

- (Alvine me toisant): Krkrkrkrkrkrkr

Je sais déjà pourquoi il m'appelle. Je me lève essayant de réguler les battements de mon cœur et prends une grande bouffée d'air frais avant de cogner à la porte du Directeur des Ressources Humaines, puis d'entrer

- (Il est debout et visiblement hors de lui) : C'est quoi l'excuse cette fois-ci ?! Vous avez vu l'heure ???

- Je suis vraiment navrée Monsieur AMBASSA. Il fallait que j'aille demander un moratoire pour la pension de mon fils au collège et....

- (D'un geste rageur): Gardez vos excuses pour vous ! Vous pensez être la seule ici à avoir une vie en dehors du bureau ?!

- (Calmement) : Non Monsieur...

- Quand ce n'est pas l'école de votre fils c'est qu'il est malade ou que vous-même êtes malade vous vous croyez où ?! Dans un cirque ?!

- (Tête baissée) : Non Monsieur....

- (Il se calme): Bien ! Que cela ne se reproduise plus ! Au prochain retard vous pouvez me croire vous prendrez la porte ! Personne n'est indispensable à l'autre ici ! Me suis-je bien fait comprendre ?

- Oui Monsieur....

- (Il se rassoit): Sinon vous parliez de moratoire ? Vous n'avez pas pu payer toute la pension de votre fils ?

- Non Monsieur....

- Sa pension s'élève à combien ?

- 196.000 Francs Monsieur

- Et vous avez déjà payé combien ?

- 80.000frs Monsieur

- Je vois. Ma proposition tient toujours, si ça vous dit je peux vous aider à payer sa pension et même ses fournitures

- ....

- (Il se lève de nouveau et se rapprochant de moi) : Je pourrais passer outre vos retards répétitifs et même vous faire une petite augmentation si vous êtes gentille avec moi...

- (Je recule devant son doigt qu'il posait sur ma joue) : Monsieur...

- 150.000frs de salaire c'est pas grand-chose pour une mère célibataire dont l'enfant est au collège. Il fait quelle classe déjà ?

- 1ère Monsieur. Monsieur svp... (J'essaie d'éviter sa main cette fois-ci qui me caresse le cou)

- Je peux m'arranger à ce qu'il ait une bourse d'études et qu'il aille fréquenter à l'étranger dans 2 ans.

Mon cœur bat la chamade. Il a réussi l'espace d'un instant à me faire réfléchir et écouter ce qu'il me dit

- (Il ose plus loin dans le creux de ma poitrine avec son bras) : Tout ce que vous aurez à faire c'est d'être ma maîtresse. Et je veux l'exclusivité. Dites-moi oui et je vais changer votre vie et celle de votre fils

- Vous êtes marié Monsieur...

- Et alors ?! Ca ne m'empêche pas de désirer plus que tout une aussi belle femme que vous. Mais je ne partage pas ! Si tu es à moi je ne veux plus entendre parler d'un autre homme !

TOC TOC

- (Il se réajuste) : C'est qui ?!

- C'est Alvine Monsieur. C'est pour le rapport que vous avez demandé

- (Il lui ouvre la porte sur elle pendant que je reprends contenance, heureuse de sortir d'ici) : Entrez !

Elle est entrée en me lançant un regard courroucé. Si seulement elle pouvait savoir que cet homme qui lui plaît tant est celui qui me harcèle et non l'inverse !

Je retourne à mon poste me demandant sans cesse comment je vais faire pour trouver l'argent et solder la pension de Kendrick. Il m'a rapporté un avis d'expulsion des cours hier et j'ai été des plus mal de n'avoir aucun recours possible.

Du haut de mes 35 ans et de mon statut de secrétaire que j'ai eu grâce à l'intervention plus que salvatrice de la défunte meilleure amie de ma défunte mère, j'arrive enfin à pouvoir mettre de la nourriture sur la table pour mon fils, à lui payer des soins hospitaliers à la hauteur de mes moyens et à mettre un toit sur sa tête sans plus me prostituer. Je l'ai eu relativement tôt, à 20 ans, fruit d'une belle erreur de jeunesse et de débutante car pour tout dire son géniteur était une passe d'un soir. Ni lui ni moi n'avions imaginé que le préservatif s'était percé. Ce n'est que 4 mois plus tard que ma mère et moi réalisions avec effroi que j'étais enceinte et malgré toutes mes tentatives pour l'expulser, il s'est fait coriace et n'est jamais parti.....

Maman a été plus sa mère que moi durant les 7 premières années de sa vie. Ensuite elle a succombé à la maladie me laissant seule à l'effroyable responsabilité de la maternité d'un enfant. Je devais penser à lui avant de penser à moi. Je devais m'assurer que lui mange même si moi je ne mangeais pas. La maison familiale a été vendue par mon oncle, seul frère à ma mère et il a fait la malle pour l'Europe avec les sous de la vente dans ses poches. Je me suis vite retrouvée à la rue, avec mon fils de 7 ans me regardant de ses yeux naïfs et me demandant sans cesse

- Taty Nath on fait quoi maintenant ?

Je n'ai pas eu bcp de temps pour pleurer. La 1ère année j'ai jonglé avec une amie de la vie nocturne mais très vite elle s'est sentie à l'étroit avec nous dans sa chambre, la queue dans les fesses j'ai fini par aller voir cette amie de maman là, Sita Popoh qui ne me cachait pas sa désapprobation ouverte pour mon style de vie. Elle avait déjà à sa charge ses 9 enfants qu'elle élevait dans sa maison de 2 chambres, avec son commerce de beignetariat qu'elle faisait depuis l'époque de mathusalem. La vie n'a vraiment pas été de tout repos chez elle, entre ses filles qui ne me cachaient pas leur hostilité et la misère criarde dans laquelle nous vivions. Elle m'a encouragé à faire fi de ses filles et leur attitude, et à sortir de ma vie de débauche. Très vite je l'ai secondé dans son commerce, tandis que ses filles couraient les rues sous son regard impuissant. Elle passait son temps à leur dire quand je ne serai plus là vous comprendrez ! Aujourd'hui elles ont compris je pense. C'est ainsi qu'elle m'a présenté à une sœur en Christ à elle qui recherchait une secrétaire. Je ne connaissais absolument rien du métier. Je n'avais que le probatoire. J'ai essayé le baccalauréat 3 fois puis j'ai arrêté et j'ai commencé ma vie du dehors. Mme Clotilde était quelqu'un de patiente et de généreux. Les 3 années passées à son contact m'ont permis d'acquérir très vite les techniques classiques de cette fonction. Mon fils a eu le cep et c'est elle-même qui l'a inscrit au collège au même titre que ses enfants, payant tous les frais de sa scolarité, jusqu'aux tenues et fournitures. Quand il est arrivé en classe de 5e, elle est partie rejoindre son mari au Canada, me laissant un fond de 1 000.000 frs pour mes menus besoins et ceux de Kendrick. Je suis partie de chez Sita Popoh non sans la remercier de sa générosité avec nous et j'ai pris une chambre que j'ai aussitôt équipée. La chance m'a sourie et j'ai trouvé un autre boulot dans le même domaine à peine 6 mois plus tard. Tout se passait très bien avec ma hiérarchie jusqu'à ce que mes réserves d'argent s'amenuisent au fur et à mesure que les besoins de Kendrick grandissaient. J'ai vite fait de réaliser qu'entre la pension qui a augmenté entre temps, le loyer qui a augmenté et le coût de la vie je dépensais bien plus que je ne gagnais.

J'ai quand même de la chance que mon fils ne soit pas quelqu'un d'envieux. Il a su très vite s'accommoder avec le peu que sa feue grand-mère ou moi avons toujours pu lui donner. Il ne pouvait pas assister comme les autres aux activités extrascolaires qu'ils faisaient au contraire les soirs il m'aidait à faire le jus de bissap et les caramels que je laissais le soin à ma voisine de vendre pour moi en journée. Aujourd'hui, j'ai un frigo en panne, un téléviseur en panne un ventilateur qui donne de l'air chaud plutôt que de l'air frais et je ne vois absolument rien que je ne puisse faire avant longtemps pour arranger l'un ou l'autre. Mon seul bien précieux en ce moment c'est mon fer à repasser à vapeur. S'il me lâche je suis foutue.

(Alvine me sort de ma rêverie) : Hey ! Le patron te disait quoi ?

- Rien qui ne te regarde

- Hum ! J'espère que tu te rappelles qu'il est marié !

- J'espère que toi aussi

- Que veux-tu dire ?

- Rien de particulier. Façon tu épies ses moindres faits, gestes et paroles là j'espère quand même que tu te souviens très bien que c'est le mari de quelqu'un !

- En tout cas ce n'est pas moi qui pars durer dans son bureau

- (Je me penche sur ma machine): C'est bien ce que je disais

- (Alvine haussant le ton) : Moukoury je ne suis pas de ta trempe tu comprends norrrr

- (Je lève les yeux au ciel) : Et c'est reparti pour un tour

- Méfie-toi de moi ! Je t'ai juste demandé de garder le peu de dignité qui te reste pour te respecter ! Tu penses que j'ignore qui tu es ?

Je fais le vide dans mon esprit et me concentre sur ma tâche matinale. J'ai appris à le faire depuis qu'Alvine est arrivée. Elle est venue me trouver à mon simple poste de secrétaire. Elle toute une assistante de direction bardée de diplômes a décidé de me prendre en grippe je ne sais pourquoi. Elle a fini de vomir son venin et de retourner à son poste. La journée s'est déroulée comme à l'accoutumée et à ma pause, j'ai pris mon bocal de riz sauce d'arachides et morue fumée que je suis allée manger dans la petite kitchenette de fortune aménagée pour nous. Les autres collègues ont envoyé le technicien de surface leur acheter des plats de poisson braisé, poulet et j'en passe. J'ai commencé mon repas seule dans la pièce mais on s'est très vite retrouvé à 6 parmi lesquels Alvine qui a tôt fait de me narguer

- Y'en a ici que même manger décemment ça les dépasse ! Juste draguer les patrons vraaaiiimmment Yeuch ! S'exclame Alvine

Personne n'a pipé mot. Alvine est une nièce à l'épouse du Directeur Général. Personne n'ose se la mettre à dos. Tous ceux qui essaient s'en voient sanctionnés d'une façon ou d'une autre. Moi-même je sais qu'elle cherche ma faille et que bien souvent elle est allée me saboter auprès de la hiérarchie. Mais j'essaie autant que faire se peut de l'éviter. Tout le monde ici sait qu'elle en pince pour le DRH. Il se dit même dans les bruits de couloir qu'ils ont une relation. Mais je mettrai ma main à couper que c'est une histoire qu'elle seule invente alors que le bougre ne la calcule même pas ! Enfin bref ! A chacun ses histoires. Pour le moment il faut que je trouve une solution à mes problèmes d'argent de plus en plus réguliers

***Kendrick MOUKOURY***

Ca fait déjà 2 jours que Sydney n'a pas pointé son nez au collège. Je n'ai pas de téléphone alors j'attends ardemment la pause de midi pour l'appeler d'un callbox en face du collège. J'espère que je ne dépasserai pas le cap d'1 minute. Sinon je vais me retrouver contraint de rentrer à pieds.

Je suis assis sur le balcon de ma salle de classe en train de penser à elle quand Arthur mon voisin de banc se pointe

- Tiens ! Me tends Arthur

- Je prends l'enveloppe) : C'est pourquoi ?

- (Il me pointe une fille à l'autre bout du balcon) : C'est Ornella de la 1ère A4 All qui m'a demandé de te la donner

- (Je suis plutôt surpris) : De me la donner à moi ??

- Oui ! A toi !

- (Je la range dans ma poche) : Ok...

- Tu ne l'ouvres pas ??

- Tout à l'heure !

C'est vrai que c'est vraiment curieux qu'une des filles les plus en vue du bahut m'envoie un mot à moi. Mais c'est bizarre quand même. Elle connaît bien Sydney ; elles marchent ensemble ! Je retourne en classe pour le cours très ennuyeux du professeur d'anglais. Si ce n'était pas pour sortir ma mère de la misère vraiment je ne me serais pas gêné de faire comme plusieurs ici et prendre la porte des étoiles à un certain moment de la journée. Mais étant donné que la physique me tape un peu et qu'elle n'a pas les moyens de me prendre un répétiteur, je suis contraint de ne pas négliger toutes les autres matières même si elles ne sont pas mes matières de base. A la pause de midi je me dépêche de sortir pour le callbox juste à côté et je lance l'appel le cœur battant. Malheureusement ça sonne dans le vide. J'insiste et ça coupe à la 2ème sonnerie. Une 3e, 4e, 5e fois aussi idem. Je ne comprends pas bien ce qui se passe. Mais je n'en démords pas et retourne au bahut et me réinstalle sur le balcon. Ici il y'a de l'air frais, ça me change de la chaleur de la maison. Il faut vraiment que je fasse une activité parallèle, je ne sais pas laquelle encore le bissap et les caramels de maman paie à peine mon taxi pour l'école le matin. Et je dois encore sortir d'ici et faire le petit marché avec les 2000frs qu'elle m'a laissé. Il ne reste presque plus d'huile et de condiment. Je vais quand même nous sauter un peu de plantain avec un maquereau. Ça nous changera du riz de tous les jours.

Quand ai-je su que ma tante était ma mère ? L'année de mes 10 ans, quand je faisais le CEPE. Il fallait apporter son acte de naissance à l'école pour la constitution du dossier et j'ai pris la peine de le parcourir. A la case Nom de la mère, ce n'était pas Sita Annette comme je le pensais toujours mais Nathalie MOUKOURY. J'ai intégré l'information sans trop me poser de questions et j'ai continué à l'appeler Taty Nath. Mais en grandissant je l'ai volontairement troqué pour Maman. Nous n'en avons jamais parlé mais nous savons tous les deux. C'est l'essentiel

- Bonjour Kendrick

Je me retourne et je vois Ornella

- Bonjour Ornella

- Je... tu vas bien ?

- Je vais très bien merci et toi-même ?

- Je vais bien. Je peux m'adosser tout près là ?

- (Je me recule d'emblée) : Bien sûr ! (Puis pensant à son enveloppe) Tu m'excuseras je n'ai pas encore eu le temps de lire ton message

- Ça tombe même bien. Tu peux le déchirer

- Sans le lire ?

- Sans le lire. Je préfère te le dire en face, c'est plus simple

- Je t'écoute donc

- Si ça ne te dérange pas on peut rentrer ensemble après les cours ? J'ai noté que ta classe et la mienne sorte toujours ensemble les jeudis

- (Je suis embêté) : Euhhh en fait c'est que j'avais pas prévu de rentrer avec quelqu'un tu vois ?

- Le chauffeur vient me chercher ; Il pourra te déposer

Rien qu'à l'idée d'imaginer que j'économiserai 500frs je jubile !

- C'est d'accord !

- Ok ; je te laisse mais stp fais-moi une fleur : déchire cette enveloppe.

- Ok je le ferai

Alors qu'elle s'en va, j'ose la question qui me taraude l'esprit depuis

- Dis-moi !

- (Elle se retournant sur moi) : Oui ?

- Tu connais Sydney je crois ?

- Oui oui

- Tu aurais des nouvelles d'elle ?

- Elle est souffrante. Tu veux que je lui passe un message ?

- Oh non ! Ça ira ! C'est juste que depuis quelques temps je ne la vois plus au bahut

- Je l'ai eu hier au téléphone et elle semblait souffrante. Tel que c'est parti c'est pas avant lundi qu'elle sera là

- Ah ok ! Si jamais tu la vois tu lui diras que je lui passe mes salutations

- Tu sembles plutôt bien la connaître

- Oh pas plus que ça ! Elle avait des soucis en maths à un moment et je l'ai aidé

- Ok ok. Bon ! A 15h alors

- A 15h !

Elle s'en est allée vers un groupe de filles qui l'attendaient et qui ont tout de suite eu l'air de lui demander de quoi nous avons parlé. Tandis que moi je cherchais encore à comprendre l'attitude de Sydney. Elle a décroché l'appel d'Ornella hier elle aurait tout aussi bien pu décrocher celui d'un call box ! Elle doit forcément se douter que c'était moi car elle sait que je n'ai pas de téléphone et en plus je me suis fait insistant. Notre relation nous l'avons toujours voulu discrète. C'est vrai que tout est parti de ses lacunes en mathématiques qu'elle était venue poser à un voisin de secteur à elle dans notre classe et comme lui-même ne s'en sortait pas avec cet exercice et que je suis réputée pour être très bon en mathématiques, il est venu me voir pour que je l'aide et tout est parti de là. Notre relation a évolué tout doucement jusqu'à son stade actuel. Elle comme moi nous sommes dépucelés ensemble et avons promis que jamais rien surtout pas la pauvreté ne nous séparera. Elle est celle qui vient chez nous, dans la modeste chambre que je partage avec ma mère et parfois, sans même que je ne le lui demande m'apporte à manger ou me dépanne. Elle a un an de plus que moi. Nous n'avons pas les mêmes problèmes.

A 15h je croise Ornella aux escaliers qui visiblement m'attendait déjà tout en triturant son téléphone.

- On y va ?

- (Tout de go) : Tu as ouvert l'enveloppe ?

- Tu m'as demandé de ne pas le faire

- Tu peux donc me la rendre ?

- (Je la sos de mon sac encore scellée) : Tiens

- Merci pour ça

Nous sommes sortis ensemble du bahut et nous sommes dirigés vers le véhicule qu'elle m'a montré du doigt. Une fois installés à l'arrière elle me demande

- On te dépose de quel côté ?

- Euuuhhh Même Ndokoti ça me va

- C'est là-bas que tu habites ?

- Non non je suis à ESG

- Alors on va te déposer à ESG

- Ça ne vous dérange pas tu es sûre ?

- Non. Moi je vais à Bonamoussadi. C'est un léger détour

- Si tu le dis....

De ma vie je compte le nombre de fois où je suis entré dans une voiture climatisée. A l'époque de l'ancienne patronne de maman son chauffeur venait tous nous prendre ses enfants et moi et il me déposait d'abord au bureau de maman où j'attendais qu'elle termine avec le boulot pour qu'on rentre. Cette voiture-là était climatisée. Mais depuis elle je n'ai jamais plus pris que des vieux tas de ferraille alambiqués.

- Voilà je voulais te demander si... si euuhhhh

Je la regarde curieux ne comprenant toujours pas ce qu'elle essaie de me dire

- En fait j'aimerais savoir si tu as une petite amie

Je regarde choqué le chauffeur devant nous genre mais miss on nous entend là !

- T'inquiète ! Youssef et moi avons un accord il ne parle pas de mes choses je ne parle pas des siennes. Hein Youssef ?!

- Oui petite Madame !

- (Elle me regardant) : Alors ?

- Ecoute Ornella j'apprécierais si tu veux qu'on discute que l'on se trouve dans un environnement plus.... (je regarde le chauffeur) plus discret !

- Ok ! Ça te dit qu'on se voit samedi donc ?

- (Je réfléchis à l'état actuel de mes finances) : Où ?

- Au glacier moderne de Bonamoussadi si ça te dit

- .....

- Ok en tout cas on a tout le temps d'en parler demain à la pause de midi si tu veux bien

- Je n'ai rien contre.

Le reste du trajet s'est fait en silence. Jusqu'à mon entrée à logbaba, en allant vers St Thomas. J'ai remercié le chauffeur et Ornella puis j'ai pris quelques vivres au petit marché de mon entrée avant de rentrer troquer ma tenue de classe contre mon short de maison et l'un de mes 3 teeshirts. 17h j'avais fini de préparer, de nettoyer la plaque à gaz la chambre et la devanture de la chambre. Je suis allé faire des réserves d'eau à la fontaine publique. A 18h j'en avais fini et je sortais de la douche quand Maman est rentrée

- Ca sent bon ici !

- Sers-toi ! Moi-même j'ai bien faim là où je suis là !

C'est en se parlant de tout et de rien que nous avons mangé. Soudain on entend un vacarme dans la cour de la mini cité

- C'est quelle maison ?! Parle-vite ! Une imbécile comme ça là !

- C'est ici... SNIF

- (Maman soupire) : Il y'a encore quel problème là-bas dehors ?

- (J'ai le regard rivé sur les images floues de la TV) : C'est pour eux là-bas ça ne me regarde pas

Je finissais à peine ma phrase que le boucan s'est fait sentir devant notre porte

- C'est ici ? PAF ! (bruit d'une gifle) CE N'EST PAS A TOI QUE J'AI POSE LA QUESTION ?!

- C'est ici Papa Snif ! C'est ici

TOC ! TOC TOC !!!! TOC TOC TOC !!!!

- Pardon ne cassez pas ma porte c'est quoi?!

- (Le Monsieur entre tout en vociférant) : C'est ici qu'il y'a un MOUKOURY Kendrick ?

Mon cœur est entré direct dans mon ventre la bouchée de plantain est calée dans ma bouche

- Doucement Monsieur ! Quel est le souci ?

- ANDELA passe ici ! Fais vite !

Et je la vois qui entre le visage baignée de larmes. Je me lève dépassé par ce que je vois

- C'est bien ici que tu as dit n'est-ce pas ?!

Elle hoche la tête se protégeant le visage

- TU VAS PARLER OUI ?! C'EST BIEN CETTE MAISON ET CE GARCON N'EST-CE PAS ????

- Oui Papa !

Je n'ai même pas eu le temps de réagir que le monsieur me foutait son poing dans la gueule. Il m'a ensuite attrapé par le col

- ESPECE DE PETIT CON ! C'EST LA VIE DE MA FILLE TU VEUX DETRUIRE ?! HEIN ?! C'EST SA VIE TU VEUX DETRUIRE ?!

- LACHEZ MON FILS ! LACHEZ-LE !

Les voisins ont tôt fait d'accourir. J'étais loin d'imaginer que le petit cube que nous occupions pouvait contenir autant de monde

- ET TOI ESPECE DE TRAINEE ! JE ME TUE A LA TACHE JE TE PAIE LES GRANDES ECOLES ET C'EST AVEC DES PETITS MORVEUX COMME CELUI-CI QUE TU VAS T'ENVOYER EN L'AIR ?! IL PEUT T'OFFRIR QUOI HEIN ?! REGARDE OU IL HABITE ! C'EST ICI QUE TU T'ES FAITE ENCEINTER ?! DANS CE TAUDIS ????

- (Sydney pleure de plus belle) : Je suis désolée papa !

- Je te préviens sale bâtard ma fille n'élèvera pas de bâtard tu m'entends ?! Elle n'avortera pas mais elle n'éduquera pas ce bâtard ! Elle accouche elle vient te le donner tu en fais ce que tu veux ! Ne pense même pas à fuir ! Sinon c'est au collège je vais aller t'afficher ! Sale Nigaud !

- (Maman est hors d'elle) : Foutez- le camp de mon taudis Monsieur Le Riche ! Dégagez d'ici tout de suite !

- On s'en va ! ANDELA passe devant ! Mais je vous promets vous n'avez pas fini d'entendre parler de moi !

Ils ont fini par partir et la chambre par se vider nous laissant ma mère et moi tétaniser par l'information. Nous avons gardé le silence un petit moment

- Tu l'as vraiment mise enceinte ?

- (Je suis encore sonné) : Je ne sais pas...

- Tu as eu des rapports avec elle ?

- Oui...

- (Sèchement) : Bien ! Tu vas être Papa je te félicite !

C'est ainsi que ma vie a changé du tout au tout. C'est ainsi que je suis devenu réellement adulte bien avant même d'y être préparé.

Chapitre 2 02

Chap 2 :

****Kendrick MOUKOURY****

Maman ne m'a pas adressé la parole le restant de la soirée. Il faut dire que je n'avais pas moi non plus envie de parler à qui que ce soit ! Et c'est dans ces moments-là que je déteste vraiment la promiscuité dans laquelle nous vivons. Et il fait une de ces chaleurs insoutenable ! On est juste en début Novembre mais déjà la chaleur est insoutenable. Je m'assieds un moment devant notre chambre et j'enlève mon tee-shirt que je pose négligemment sur mon épaule gauche. De temps en temps je m'en sers comme chasse-mouche.

- Ken viens un peu ici me dit maman Rose notre voisine

Je me lève pour aller à la rencontre de ma voisine elle aussi assise sur un banc admirant la tombée de la nuit

- Assieds-toi...

Je la rejoins sur son banc

- C'est toi l'auteur de la grossesse ?

- .....

- C'est pour t'aider que je te le demande mon fils

- Je viens aussi d'apprendre comme tout le monde ici

- (Evrad, un autre habitant de la mini cité) : En tout cas tu as la preuve que tu donnes mon petit ! Laisse le boucan que le répé là fait !

- Tu vas faire comment maintenant avec l'école ?

- Que c'est lui qui est enceinte ?!

- Sauf que le type a dit il va venir lui laisser le nouveau-né.

- Ah ka ! C'est la colère il n'en fera rien !

- Et s'il le fait ? Hein S'il le fait ?

- Ken ! Ken ! Crie Maman

- Oui !

- Ce n'est pas à toi que je vais apprendre les bonnes manières mon fils. On dit Oui maman ! Intervient Maman Rose

- Tu n'as pas cours demain ?! Tu fais quoi dehors ?!

Je me suis levé et je suis rentré dans notre fournaise. Je me suis assis à même le gerflex au sol et j'ai ouvert mes cours sans vraiment les lire, dans un silence que seuls les moustiques brisaient de temps en temps finalement suivis par Maman.

- En tout cas si cet homme te perturbe au collège vas au callbox et appelle-moi tu as suivi ?

Je hoche juste la tête. Au bout d'une heure dans cette position je suis finalement monté sur le lit et je me suis couché à mon extrémité. C'est le lendemain matin en m'apprêtant que j'ai vu le gros hématome sur ma joue droite.

- L'enfoiré ! En tout cas vas en cours au moindre pépin tu m'appelles !

J'ai fait l'objet de mille questions de mes camarades et même de mes professeurs. J'ai dû parler d'une bagarre générale au quartier. A 12h je n'ai pas voulu mettre le pied hors de ma salle de classe.

Je somnolais sur mon banc quand j'ai senti qu'on me tapotait l'épaule

- Hey

- (Sursautant presque) : Oui !

- Ouh làààà T'as un bel hématome là ! Que s'est-il passé ?

- (Me redressant) : Rien de bien grave

- (S'asseyant tout près de moi) : Tiens....

- (Regardant avec envie le plastique d'emballage qu'elle me pointe) : Qu'est-ce que c'est ?

- Un sandwich

- Je t'ai dit que j'ai faim ?

- (Embarrassée) : Non ! Ce n'est jamais ce que je prétends ! C'est juste que c'est la grande pause et tu es dans ta salle de classe... j'ai pensé qu'on pouvait tuer le temps ensemble devant un sandwich

- C'est très gentil à toi mais ça va !

- (Dépitée) : Je fais donc comment vu que j'en ai pris deux ?

- (Haussant les épaules) : Donne-le à quelqu'un d'autre

- Je voulais pourtant qu'on passe la pause ensemble

- Ecoute Ornella si c'est au sujet de ta question d'hier je n'ai pas le temps pour ça maintenant

- (Se levant) : Ok ! Je m'en vais

- Ok !

Elle est sortie sous mes yeux. Et moins d'une minute plus tard un surveillant se pointait devant la salle de classe fouillant la salle du regard. Quand nos yeux se sont croisés, il m'a fait signe de me rapprocher. Je me lève et le rejoint

- Moukoury on a besoin de toi chez le censeur !

- Il y'a un souci ?

- Avance là-bas ! Tu seras fixé sur place !

- Je vais appeler mon parent avant c'est mieux

Il a haussé les épaules tandis que nous nous rendions chez le censeur du second cycle. J'ai de nouveau eu cette sensation de cœur glacé quand j'ai vu le père de Sydney et sa fille assis

- Moukoury !

- Oui Monsieur Le Censeur ?

- C'est toi qui viens à l'école pour enceinter les filles du collège ?!

Je fixe du regard Sydney qui a la tête baissée et vraiment semble passer de très mauvais moments. J'ai juste besoin qu'on se parle. Je veux comprendre. On l'a fait une seule fois sans préservatif et elle m'avait assuré maîtriser son cycle menstruel. Elle semblait même plus sûre que moi de ce que nous faisions. Je suis franchement largué.

- Je dis que si elle ne fréquente plus lui non plus ne devrait plus fréquenter ! Ils ont commis la bêtise à deux pourquoi c'est elle seule qui en paie les frais ?! Dit le père de Sydney

- Sauf que Monsieur ici il s'agit de deux mineurs et si je ne m'abuse il est même plus jeune qu'elle. Nous ne pouvons pas exclure un élève d'un établissement pour un acte qu'il aurait posé hors de l'établissement. Tant que son apparence ne nuit en rien à l'image de notre établissement que nous voulons préservée nous ne pouvons pas l'exclure. Ce qui n'est malheureusement pas le cas avec votre fille. Nous sommes un collègue catholique, sa condition qui sera visible sous peu ne peut être acceptée ici, au risque que le message soit interprété par les autres filles de l'établissement comme une action pouvant être apposée et validée. Nous pouvons la garder dans l'établissement le temps que vous lui trouviez un autre établissement et ceci naturellement avant que sa condition ne soit visible

- Tu vois tes choses ?! Tu vois tes choses ??! Tu vas aller où maintenant ?!

- Tu es enceinte de combien de mois Andela ?

- (Timidement) : 6 semaines Monsieur

- Donc un peu plus d'un mois. Nous pouvons la garder avec nous jusqu'au mois de mars max Monsieur d'ici là ça vous laisse le temps de la caser ailleurs

- (Menaçant) Et lui ne sera pas inquiété ?

- (Haussant les épaules) : Nous n'avons déjà pas la preuve qu'il soit l'auteur de la grossesse

- C'est lui Monsieur je jure que c'est lui !!

- Ensuite même si c'est lui le père de cet enfant je répète ce qui s'est passé s'est fait d'un commun accord entre 2 jeunes ados. Vous savez comme moi que le monde et le système en place est patriarcal ; au risque de me répéter le collège ne peut rien contre lui. Il ne nous a rien fait à nous et sa condition physique ne souffre d'aucun questionnement public. Je vous en prie régler cette affaire en famille. Moukoury !

- Monsieur ?

- Que comptes-tu faire maintenant que tu seras père ? Tu as 15 ans tu fais 1ère et déjà tu te farcis ce genre de problème ?

- ......

- En plus tu es allée faire ces trucs avec un plus jeune que toi ANDELA ?

- C'est ce que je vous disais tout à l'heure Monsieur

- (Se levant remonté à bloc comme hier) : Ce n'est pas possible cette histoire ! Je dis ce n'est pas possible ! Ce n'est pas à moi qu'une vulgaire traînée va apporter la honte dans la maison

- Je vous en prie Monsieur calmez-vous ! Ce n'est ni le lieu ni le moment indiqué pour gérer vos problèmes de famille

- (Se rapprochant dangereusement de moi) : Et toi là ! Je te promets que je vais faire de ta vie un enfer ! Tu regretteras d'avoir gâché celle de ma fille

Je recule de plusieurs pas

- Monsieur ANDELA je comprends votre colère mais menacer un adolescent publiquement pourrait vous retomber dessus. Je vous en prie rentrez chez vous et ménagez votre fille. Aujourd'hui elle est enceinte. Pensez à elle avant tout

- Tu fais encore quoi assise ?! HEIN ?! TU FAIS ENCORE QUOI ASSISE

Sydney s'est levé telle une automate au point de renverser son siège vers l'arrière.

- AVANCE LABAS ! TRAINEE

- (Le censeur se lève lui aussi courroucé) : Monsieur ANDELA CALMEZ-VOUS ! RESPECTEZ CETTE INSTITUTION ET ALLEZ PROFERER DE TELLES INSANITES LOIN D'ICI

Il m'a traversé tout en me bousculant et en tirant sa fille par le bras. Je n'ai jamais vu Sydney aussi désemparée. Je me suis senti tellement impuissant. Par chance le bureau du censeur étant un peu reculé, les badauds et autres se sont contentés de poser un regard curieux sur elle quand elle sortait en larmes et de m'adresser à moi aussi un regard curieux quand je suis retourné en salle de classe. Arthur m'a vite rejoint sur le banc

- MOUKOURY c'est quoi le souci avec ANDELA ? Me demande Arthur

- (Haussant les épaules) : Pourquoi c'est à moi que tu poses la question ?

- Mais c'est toi qui sort de là norrrr ! Pourquoi on t'a même call d'abord ?

- Il paraît qu'elle a des problèmes à la maison et comme je l'aidais un peu en maths on m'a appelé pour savoir si j'avais des informations

- Quels genres de problèmes ? Quelles informations ?

- ETINGUE si tu es de la police pardon déclare-toi ! Tu poses des questions on dirait tu peux gérer le problème qu'elle a

- Mais tu vex pourquoi maintenant ? Je voulais juste comprendre !

- Comprendre quoi qui ne te regarde pas ?! Les gens sont toujours en train de se mêler de ce qui ne les regarde pas !

- (Non sans se démonter) : Il paraît qu'elle est enceinte ?

- C'est toi qui me l'apprends !

- Tu ne veux vraiment rien me dire man ?

- Non ça ne me regarde pas. Si tu veux des infos sur elle, vois directement avec elle. Demain ça pourrait être toi en difficulté. Tu n'apprécierais pas que je parle de toi avec les autres

Il est resté silencieux un moment

- Mouais mais bon !

***Nathalie MOUKOURY****

J'ai beau voir avec toutes les personnes de mon entourage collègues amies personne ne peut me trouver même 50.000frs pour avancer à l'école de Ken. Si je ne trouve rien d'ici vendredi de la semaine prochaine il sera mis dehors. Le bailleur attend encore le loyer il faut pouvoir manger chaque jour même si ce n'est pas du poulet il faut être présentable au bureau. J'ai remarqué que la tennis de Ken est déjà bien déchirée. Nous l'avons rafistolé tellement de fois que là maintenant elle a rendu l'âme. Vraiment je ne sais où je pourrais dégager même un 10.000 pour lui trouver une nouvelle tennis friperie. Par chance M. AMBASSA ne s'est pas pointé de la journée donc c'était plutôt calme. Et comme une bonne chose ne vient jamais seule un client satisfait du service et de l'accueil m'a glissé un billet de 5000frs ma joie quand je l'ai eu !!!!

Je rentre à la maison toute excitée de partager la bonne nouvelle avec Ken et je le trouve assis sur le banc de la voisine un livre à la main

- Ken viens dans la chambre stp

Il me suit tirant la tronche

- C'est quoi pourquoi tu as la face attaché ?

- Le prof de physique demande qu'on achète son fascicule sinon on ne fait plus son cours

- (J'expire fortement) : Combien ?

- 3000Frs

- (Je lui tends le billet de 5000) : Ok donne lui ça avec le reste tu prépares ce que tu veux demain

- (Prenant le billet) : Tu as pris l'argent ci où ?

- Un client me l'a donné en partant

- Juste comme ça ?

- Je te dis Ken ! Les gens sont encore gentils ici là !

- Mouais.... Si tu le dis

Il s'assoit lourdement sur le lit l'air vraiment préoccupé je m'assois aussi

- Ça va norrr tu auras ton fascicule

- Je sais. Merci

- Mais c'est quoi alors ?

Toc Toc Toc

Nous nous regardons curieux

- Oui ? Entrez !

Le rideau s'ouvre sur une dame suivie de près par cette fille qui était là hier

- Bonsoir Mme. Je suis la maman de Sydney. J'aimerais qu'on se parle de femme à femme

Je la regarde un instant et regarde la petite derrière elle. Elle semble limite traumatisée

- (Se levant et accourant vers la fille) : Syd ça va ? Il t'a fait quoi ?

- Ken reviens ici !

- (Sans m'écouter): Après le collège il t'a frappé ?

- (Me levant inquiète) : Il s'est passé quelque chose aujourd'hui au collège Ken ?

- (N'ayant d'yeux que pour elle) : Sydney parle-moi. Depuis tu ne me dis rien tu ne prends pas mes appels. J'ai besoin de comprendre. Il t'a fait quelque chose après le collège aujourd'hui ?

- Kendrick réponds-moi ! Il s'est passé quoi aujourd'hui au collège ? Son père était encore là ? Il t'a menacé ?

- Je vous en prie Madame asseyons-nous calmement pour discuter de ce problème. Dit la femme que je suppose être la mère de la petite

Je me ressaisi. Elle a raison. Tout en sortant mon banc de visiteur que j'installe devant la porte de ma chambre, je m'adresse en Douala à mon fils

- Je t'ai pourtant demandé de m'appeler dès s'il y'avait un problème là-bas ! Tu restes là tu ne dis rien

- (Il me répond en français) : Il ne m'a pas frappé ! Il m'a juste menacé.... Comme hier

- (Indiquant le banc à la dame) : Je vous en prie Mme asseyez-vous

- Je préfère un endroit plus neutre si cela ne vous dérange pas. Même si c'est un bar dans les environs tant qu'il n'est pas bruyant on peut essayer

- Ok c'est comme vous voulez

Nous sortons tous et allons chez NDINGA, le bar du coin aux allures très vétustes.

- (Leur indiquant les vieilles chaises) : Voici le bar du secteur. Il y'en a un autre plus loin

- (La dame prenant place) : Non celui-ci va faire l'affaire ; Il n'est pas bruyant. (Puis sèchement à sa fille) Sydney assieds-toi !

Ce qu'elle fait et je vois mon fils s'assoir près d'elle et lui tenir la main. Il lui souffle quelque chose à l'oreille elle se contente de sourire faiblement. Je ne savais même pas que cet enfant connaissait déjà la femme. Je découvre un aspect de lui différent. Le pauvre semble amoureux. Amoureux et futur père à 15ans ! Est-ce qu'il réalise même les problèmes à l'horizon ?

- Madame, vous êtes une mère comme moi. Si ça avait été votre fille vous aussi vous n'aurez pas pris ça avec philosophie

- Sauf que Madame je ne frapperai pas l'enfant responsable de la grossesse.

- Mon mari a réagi sous le coup de la colère. Essayez de le comprendre

- Mme vous-même regardez-les ! Ce n'est pas un adulte et une enfant. Si le garçon avait même 18 ans j'aurais pu comprendre qu'on crie au détournement de mineur. Mais c'est deux enfants ici ! Mon fils n'a que 15 ans. Venir chez moi le frapper. Il a vraiment de la chance que je ne lui porte pas plainte votre mari

- (D'un geste méprisant) : Oh je vous en prie ! Venons-en au fait ! Quand votre fils fricotait avec ma fille il avait oublié que cela pourrait avoir des conséquences irrémédiables ?!

- Je vous retourne la question

- (Haussant le ton) : Comment ?!

- Maman stp.... Elle est enceinte de moi. On.... On va assumer

J'ai regardé cet enfant sidéré par l'ineptie qu'il venait de sortir de sa bouche

- (D'un rire nerveux) : Tu vas assumer avec quoi ? Tu as vu où tu habites ? Tu peux lui payer ne serait-ce que les consultations ? Tu peux faire une layette ? Tu peux payer les examens prénataux ???

- ....

- Kendrick tu ne peux pas assumer cette grossesse mon enfant

- Bref on ne va pas tourner de long en large. Je ne vous demanderai pas grand-chose : venez à la maison parlez avec mon mari prenez des engagements financiers sinon il est capable de faire une grosse bêtise. J'ai tout fait pour essayer de le raisonner mais il ne se calme pas.

- Vous entendez quoi par engagement financier Madame ?

- Je dois encore vous faire un dessin ?! Un enfant ça se fait à deux nul besoin de vous citer à nouveau ce que cela implique comme dépense ! Vous devez accepter de gérer l'avant grossesse

- Madame je n'ai pas les moyens d'assumer ce type de charge. Vous l'avez-vous-même dit nous ne roulons pas sur l'or mon fils et moi.

- Mais il couche avec des jeunes filles !

- Lui-même est un jeune garçon ! Vous n'avez pas eu 15 ans ?! Qu'est-ce qu'il y'a là que vous l'incriminez comme s'il mérite la pendaison ?

- Ce n'est pas votre enfant qui retrouve son année scolaire chamboulée !

- Mon fils ne l'a pas forcé que je sache !!!

- Maman...

- Quoi ?! Tu l'as forcé ?!

- Non mais....

- Alors tais-toi là-bas ! On a déjà assez de problèmes pour en rajouter un qui nous dépassera ! On va vous donner de l'argent ne vous en faites pas ! Mais quand et combien je n'en sais rien ! Mais de grâce vous et votre mari n'avez plus à aller à l'école m'intimider l'enfant ni venir chez moi me casser la maison

- (Se levant visiblement outrée) : Je crois que j'ai été plus que patiente avec vous. Je suis venue dans la paix vous voir pour trouver une solution à ce problème

- (Me levant à mon tour) : Votre soi-disant paix c'était pour mieux préparer votre guerre. Vous êtes venue avec un ultimatum ! Vous voulez qu'on vous dise quoi au juste ? Demain on vous donne 1.000.000 ? Vous avez bien vu nos conditions de vie ! On ne va pas aller voler pour vous donner ! S'il faille même qu'on vole ça sera d'abord pour nous même nous mettre à l'ais

- (Le regard jetant des éclairs) : Sydney lève-toi ! Vous verrez bien qu'on ne rigole pas ! Vous verrez bien !

Elles sont parties tandis que la petite lançait un regard qui faisait peine à voir à mon fils

- (Kendrick, Désemparé): Maman....

- (Je lui prends le visage entre les mains) : MOUKOURY écoute-moi bien. Je ne serai pas toujours là. Il viendra un moment où tu devras te défendre tout seul. Tu peux assumer cette grossesse ?

- (La voix enrouée) : Non...

- Alors soit un homme. Ne pleure pas

Il s'est mis à renifler

- (Poursuivant toutefois) : Tu es trop jeune pour ça. Ils se débrouilleront. Mais on n'abandonne pas. On ne fuit pas. On ira vers eux quand on en aura les moyens. Pour le moment on n'en a pas. Tu as compris ?

- Ok....

- Tu es sûr ???

- Oui....

- Bien. Tu as ta vie à vivre jeune homme. Tes diplômes à obtenir. J'ai besoin que tu restes concentré sur tes objectifs. Ne nous dispersons pas.

***DOUZE MOIS PLUS TARD****

Kendrick MOUKOURY

C'est journée orientation scolaire aujourd'hui. Pour nous autres les futurs bacheliers aujourd'hui est le jour où on nous oriente sur ce que nous pourrons faire après le baccalauréat. Moi je vais faire les concours des écoles du pays. Je ne peux pas faire comme certains et rêvé de l'Europe. Déjà que pour payer ma pension ce n'est pas de tout repos pour Maman. Je l'aide depuis quelques temps avec les répétitions que je fais aux plus jeunes en semaine et le ménage que je fais dans des domiciles de riche le weekend. J'ai laissé notre chambre ouverte sous la surveillance de la voisine Maman Rose et je suis allée à la boutique acheté des œufs pour me faire une omelette. Sur le chemin du retour, mon téléphone sonne eh oui ! J'ai un téléphone maintenant. Et c'est même la personne qui me l'a offert qui m'appelle

- Allo ?

- Coucou ça va Ken ?

- Tranquille et toi Ornella ?

- Je pensais que tu serais au Collège ?

- Non non. Vraiment pas la flemme. En plus je donne cours tout à l'heure à 13h

- Ah ok ça veut dire que tu sais déjà ce que tu veux faire plus tard

- Plus ou moins. Mais tu fais comment pour m'appeler ? Tu devrais être en cours

- Je reprends la classe tu oublies ? Je peux me permettre de manquer un cours d'anglais

- (Sur un ton réprobateur): Ornella.....

- Je sais Jean Lecole. J'y retourne. On se voit le soir ?

- Je te confirme ça quand je sors des cours stp

Je viens de rentrer dans la chambre et il y'a quelque chose de posé sur le lit. Je m'en rapproche et il s'agit d'un tout petit bébé. Un tout petit bébé emmitouflé dans une couverture un sac à langer juste à côté de lui

- Tu ne vas plus me tourner hein promis ?

- Ornella stp je te rappelle

Je raccroche sans lui laisser le temps de terminer sa phrase et vers cogner chez Maman Rose

- Maman Rose ! Maman Rose

Elle prend tout son temps pour ouvrir la porte

- Oui ?

- Qui est passé chez moi en mon absence ?

- (Surprise) : Personne ! Je suis juste allée me laver un moment

- Il y'a un bébé sur le lit

- Comment ça ?!

Sans me laisser le temps de poursuivre elle coure dans la chambre et je la suis

- Ekie ! C'est la sorcellerie ?! C'est l'enfant de qui ?!

- Je sais ??? Nessa je t'ai laissé ici là que j'arrive à la boutique ?

Elle se penche sur le lit et touche le bébé qui bouge un peu quoiqu'endormi

- En plus il est vivant !

- Mais qui l'a posé là alors ?!

- (Fouillant le sac à langer) : C'est vrai que quand je me lavais j'ai entendu un bruit de voiture dans la rue. Mais ce n'est pas la première fois que des voitures garent dans l'allée ! Elles peuvent passer pour n'importe qui ! (Sortant un papier du sac à langer qu'elle me tend) Pardon lis nous ce qui est écrit. Tu sais que je n'ai pas mes lunettes

Je prends le papier tout fébrile

Kendrick. Je te présente ton fils. Je l'ai sevré il y'a une semaine. Il est né le 02 août. Il a à peine 3 mois. J'ai essayé... je les ai suppliés de me le laisser mais ils ont refusé. Ils ont décidé que je te le rende.

Stp prends-en soin. Ils ne m'ont même pas laissé lui faire un acte de naissance. J'aurais aimé que tu l'appelles Ange. Ange avec tout ce que tu voudras d'autres.

Ne me cherche pas. Tu ne me trouveras pas. Je ne vous oublierai jamais.

Sydney ANDELA

- Alors ? Le message dit quoi ?

- (M'asseyant dévasté) : Maman Rose que je suis père....

- Appelle ta mère sur le champ !

- (Lançant l'appel) : Oui....

- (Décrochant presqu'aussitôt) : Allô Ken ?

- Maman ils ont abandonné l'enfant là ici....

- De quoi tu parles je ne comprends pas ?

- Le bébé de Sydney est ici. Mon fils. Ils me l'ont abandonné....

- J'arrive tout de suite.....

Chapitre 3 03

Chap 3 :

****Nathalie MOUKOURY****

Je raccroche n'étant pas sûre d'avoir bien entendu. Déjà qu'ici au bureau c'est de plus en plus tendu. M. AMBASSA cherche la moindre faille pour me crier dessus ! Je vais faire comment maintenant pour sortir d'ici ? Je me lève et vais voir la jeune stagiaire Michèle des ressources humaines. Une fillette sans histoire dans la jeune vingtaine à tout casser qui est assise dans le bureau dédié aux ressources humaines

- (Limite chuchotant) Hey ! Michèle ! Michèle !!!

- (Me regardant enfin) Oui ?

- Stp couvre-moi à mon poste. Une urgence

- Ok ok.....

Je suis sortie des locaux sans demander mon reste et j'ai pris une moto en course pour la maison. Dans ce genre de cas on ne calcule pas trop. Je lui ai jeté son billet de 1000frs en courant vers ma chambre. Quand j'y entre, Rose et Ken sont penchés sur quelque chose... ou quelqu'un

- Maman toi-même regarde ! Ils ont abandonné l'enfant là ici !

Je prends le papier qu'il me tend et le parcours. Je sens ma tension monter, mon sang devenir chaud dans mes veines !

- Ken porte l'enfant-là et suis-moi !

- Tu l'emmènes où ? Me demande Rose

- Je le ramène d'où il vient

- Tu sais d'où il vient ?

- (Je regarde Ken) Réponds à la question !

- (Penaud) Non... On se voyait toujours ici...

- (J'essaie de réguler ma respiration qui s'accélère) : Ok mais vous avez bien quelqu'un en commun norrrr ! Quelqu'un qui peut nous indiquer où elle vit !

- Je pense que oui...

- MOUKOURY pardon fais mieux que penser ! Fais mieux que ça ! Appelle cette personne tout de suite et demande-lui leur domicile !

Il sort son téléphone de sa poche et lance l'appel

- Oui je ne t'appelle pas par rapport à tout à l'heure. Dis-moi tu saurais où habite Sydney ?

.........

- Je t'expliquerai plus tard stp c'est urgent !

........

- Oui oui

..........

- Oui je vois !

................

- D'accord. Portail peint en bleu. Merci je te revaudrai ça

Il raccroche et me regarde

- Je sais où c'est !

- Bien. Allons-y !

Je me penche pour prendre l'enfant dans mes mains mais Rose m'en empêche

- Qu'est-ce que tu fais Nathalie ? Me demande Rose

- Ça ne se voit pas ? Je ramène cet enfant d'où il vient !

- Toi-même tu ne vois pas qu'il est trop petit pour être balloté de gauche à droite ? Vas où tu veux partir quand tu es fixée sur la suite tu reviens le prendre et tu le ramènes là-bas. Tu ne vas pas trimballer un nourrisson !

- Quand eux ils sont venus l'abandonner ici ils comptaient sur quoi ?!

- Toute action posée dans la colère n'attire que des conséquences. Rien d'avantageux. Va calmement chercher à comprendre ce qui se passe ensuite tu reviens Nathalie !

Ce qu'elle a dit a eu le don de m'apaiser. J'ai pris l'autre de MOUKOURY avec moi et nous sommes sortis direction le fameux domicile. On a un peu trimé en route. De temps en temps il se renseignait par ci par là. Il a même dû rappeler son informateur qui ne décrochait plus. Ils ont procédé par sms et fin des fins nous avons trouvé le domicile. J'ai sonné à ce portail là avec rage

- (Je peste) Jusqu'à dire « Tu ne me reverras plus Tu ne me reverras plus » ! Elle comptait se suicider ?! Quand elle écartait ses pieds elle n'a pas pensé aux conséquences ?

- .....

- (J'appuie de nouveau avec toute mon énergie sur la sonnerie) : Mais c'est comment ici là ?! Il n'y a personne dedans ?! Ils se cachent ?! Ils pensaient qu'on n'allait pas les trouver ?!

- Maman stp vas-y molloh...

- Toi fous moi la paix !

Cette fois-ci je tambourinais au portail. Déversant la frustration de ma vie, de mon quotidien sous le regard impuissant de mon fils. Le portail d'à côté s'ouvre sur une dame d'âge mûr

- Vous cherchez quelqu'un ?

Je suis trop en colère pour m'exprimer. Par chance Ken s'en rend compte

- Bonjour Madame. On nous a indiqué ce domicile comme étant celui des ANDELA...

- C'est bien ici mais vous aurez beau frapper même avec une massue personne ne viendra vous ouvrir

- Comment ça ? Demande Ken

- C'est ce matin même qu'ils ont pris la route de l'aéroport. Ils ont immigré pour le Canada

- (Je sens les larmes monter) Non... NON ! NOOONNN !!!!

Je me suis écroulée tandis que Ken essayait de me maintenir debout

- Y'a-t-il un souci ? Demande la dame

- (Murmurant) Je suis foutue.... On va faire quoi maintenant ?

- (Kendrick à la dame) Vous ne savez pas s'ils ont de la famille qu'on pourrait contacter ?

- Malheureusement je ne peux vous le dire. Nous entretenions des rapports cordiaux sans plus

- Ok. Merci Madame

- (Elle nous regarde encore méfiante) Ok.... Bonne fin de journée

Elle est rentrée dans son portail tandis que mon fils m'a rejoint sur le sol plein de sable

- Ils nous ont abandonné un enfant (haussant les épaules) juste comme ça !

Soudain je me suis mise à rire dépassée. J'ai ris mais alors tellement que je n'arrêtais plus.

(Ken se lève et m'enjoignant à en faire autant) Maman, partons d'ici

Ma crise de rire a frisé la démence

- Maman, Viens !

J'ai tellement rit que j'ai fini par en pleurer. Aidé par mon fils qui me levait j'ai pleuré un bon coup. Il m'a laissé me soulager ainsi ensuite nous avons pris une autre moto sur laquelle nous sommes montés tous les deux et nous sommes rentrés à la maison. C'est lorsque Ken m'a secoué que j'ai sursauté

- Maman ! Nous sommes arrivés.

- Hein ? Que quoi ?

- Tu t'es endormie : Nous sommes arrivés

- Ok. On lui doit combien ?

- 1000frs

J'ai payé puis nous sommes rentrés à la maison. Quand nous sommes entrés, Rose portait le bébé. Elle s'est aussitôt levée

- Il a pleuré après vous. Par chance ils ont eu la décence de mettre un biberon dans son sac. J'ai réchauffé et je lui ai donné. Il a mangé et il a dormi. Alors ? Ça s'est passé comment ? Demande Rose

J'ai essuyé mes larmes et je suis allée prendre cet enfant des mains de Rose et je me suis assise sur le lit sans plus un regard pour personne dans la pièce

- (Ken lui répond) Ils ont quitté le Cameroun ce matin

- (Elle pose les mains sur la tête) On vous a vraiment abandonné avec un nourrisson !

- Oui maman Rose

- Et vous allez faire comment maintenant ?

- (J'interviens alors) Nous devons y réfléchir. (Je me lève) Rose vraiment merci pour tout. Je vais te demander de nous laisser maintenant. On doit s'organiser.

- Ok ok pas de soucis. En tout cas je suis là si jamais vous avez besoin de quoique ce soit

- (J'ai un sourire las) Je sais. C'est vraiment très gentil à toi. Tu es la grande sœur que j'ai toujours rêvé avoir. Quand on sera posé on te dira. Pour le moment comme tu peux le voir nous cherchons encore nos repères.

- (Tout en sortant) Bien sûr, je comprends

Elle est sortie et j'ai tout de suite tendu l'enfant à Ken

- Je vais le faire tomber Maman ! Je vais le casser. Je ne sais pas comment on fait

- Tu vas t'en sortir. Tu dois t'en sortir. Tiens le bien... non ! Pas comme ça ! Pose sa tête dans le creux de ton avant-bras...voilà tu soutiens ainsi sa tête... oui ! Comme ça ! Bien !

J'ai soulevé le matelas

- Tu cherches quoi ?

- (Je sors 2 billets violets d'une cachette que moi seule connaît) : ça ! Je reviens

- (Alarmé) Et tu vas où maman ?!

- Lui chercher à manger. On va pas le laisser mourir. Ou bien ?!

- Mais il vient de manger norrr

- (Je lui parle comme si je s'adresse à un enfant de 3ans) Oui mon fils il vient de manger mais dans 3h max il aura de nouveau faim. Il faut du lait de l'eau minérale des biberons bref, il faut qu'on prenne soin de lui. Reste avec lui, je reviens.

***Kendrick MOUKOURY***

Je suis tétanisé, je suis glacé, je ne sens plus mon pouls. Je porte ce petit être dans mes mains et je réalise à cet instant précis que j'ai quelqu'un sous ma responsabilité. Il ne s'agit plus juste de maman et de moi contre le reste du monde. Non. Il s'agit de maman, de moi et de lui... Ange... contre le reste du monde. Ça fait beaucoup de personnes de qui il faut se soucier. Bon sang je n'ai que 16ans ! Comment je peux être père à cet âge ? J'ai déjà beaucoup de peine à prendre soin de moi. Je ne me voyais pas infliger la même peine à quelqu'un d'autre. A quelqu'un d'aussi fragile, de si innocent !

- Oh Seigneur je n'avais pas prévu ça pour mon enfant !

Le petit me sourit. Je le pose délicatement sur le lit et le regarde dormir. Mon téléphone sonne c'est encore Ornella

- Allô ?

- C'est bon vous avez trouvé la maison ?

- Oui oui

- Tu m'expliques alors ?

- Quand on se verra.

- J'ai fini les cours. Peut-on se voir donc ?

- Je ne peux pas sortir là.

- Indique-moi la maison et moi je viens

Je la lui indique. Maman revient quelques instants après les bras chargés de tout genre d'artilleries pour bébé. Elle parle elle parle elle bouge dans tous les sens dans la pièce je vais finir par avoir le tournis.

- Ah oui parce qu'il faut bien qu'on le lave ! Je vais même mettre sa nouvelle bassine ci où eee ? Et les habits ! Il lui en faut des habits ! Je n'en ai pas pris ! Merde ! J'espère que les tétines des biberons ci c'est bien pour le 1er âge hein

- (Je hurle presque) : Maman arrête !

Elle a sursauté et le bébé s'est aussitôt mis à pleurer. Elle a accouru pour le porter

- Mais pourquoi tu cries ? Voilà tu l'as fait pleurer... Là...là mon bébé. On va même t'appeler comment ?

- (J'ai toujours le visage froissé) Ange

- (Elle le regarde tout sourire) Ange... joli choix de prénom. Il a l'air d'un ange en effet

- C'est sa mère qui l'a choisi

- (Elle fronce les sourcils tout à coup) Elle va passer sa vie à nous donner des ordres ?! Elle nous l'abandonne et nous impose encore des prénoms ?

- J'aime bien Ange Nathanaël

- Moui, Nathanaël aussi c'est mignon. Il faut qu'on lui fasse établir un acte

- Maman on ne peut pas le garder

- On le donne donc à qui ?!

- Je ne sais pas moi ! Un orphelinat !

- Parce que tu réussirais à dormir toi sachant que ta chair est quelque part dans la même ville ? Ne sachant pas s'il est décemment nourri ? S'il a des vêtements sur son corps ? Tu arriverais à te regarder dans la glace ?

- Parce qu'en le gardant on peut lui garantir tout ça ?!

- J'ai galéré avec toi alors tu vas assumer avec lui. Tu as la chance que je sois encore en vie. Tu as tes petits boulots. On s'en sortira tous les trois tu verras (regardant de nouveau Ange Nathanaël le sourire aux lèvres) Tu verras qu'on s'en sortira

Elle le garde dans ses mains tandis que je les regarde tous les deux. J'ai l'impression qu'elle n'est plus sur cette terre avec moi. J'ai l'impression qu'elle est déconnectée

- (Adossé contre le mur la main sur ma bouche un pied contre le mur) : Nous ne savons déjà pas ce que nous mangerons demain

- (Elle toujours son regard heureux rivé sur lui) : Nous non mais lui à coup sûr son repas est là

- On ne va pas s'en sortir

- (Cette fois-ci elle me regarde) Arrête de dire ça ! Arrête ! Si tu cesses d'être positif on ne va vraiment pas s'en sortir. Tu dois rester fort et courageux comme tu l'as toujours été. La vie ne nous a pas souri mais tu ne sais pas quelle chance elle nous emmène avec ce petit

- Tu ne disais pas ça il y'a un an

- Il y'a un an il n'était pas là ! Il y'a même un jour il n'était pas là ! Maintenant si. Alors on fait avec et on reste positif. S'il faille subir la vie et encore voir tout en noir autant mieux se donner la mort. Mais avec ce petit être, je reste convaincue que ni lui ni toi ne souffrirez comme j'ai souffert. Tu n'as pas eu l'enfance que j'ai toujours rêvé de donner à mon enfant. Je vais tout faire pour me rattraper avec lui

Mon téléphone s'est mis à sonner.

- C'est qui ?

- Une amie

- Aux yeux du monde ce n'est pas ton fils tu comprends ?

- ....

- Si elle ne sait rien de nous et qu'elle cherche à savoir présente le comme ton petit frère

- Ok...

Je suis sorti pour la route où je suis allé trouver Ornella. Elle m'a fait 2 bisous bien sonores sur les 2 joues

- Ça va ? Enfin tu me présentes le chez toi !

- (Je me gratte la tête) On ne peut pas entrer à la maison

- Oh mais pourquoi ?

Moi : En fait ma mère vient d'accoucher. Il y'a du monde à la maison

- (Elle ouvre grand les yeux) Ta mère était enceinte ? Elle a quel âge ???

- 36

- Eh ben Dis donc ! Elle t'a eu relativement tôt hein !

- Yeah...

- Mais tu cherchais le domicile de Sydney pourquoi ?

- On peut s'asseoir quelque part ? Viens de ce côté

Je l'ai emmené sur un banc public en ciment sur lequel parfois les voyous du quartier viennent s'installer. Mais comme on est encore en fin d'après-midi-là c'est safe

- Il était impératif que je lui rende un document qu'elle m'avait laissé depuis l'année dernière

- Moi ça fait un an que je n'ai pas de ses nouvelles. Sa ligne a subitement cessé de passer aussitôt qu'elle est tombée malade l'année dernière. Les rumeurs ont parlé de grossesse mais même la voir avec les yeux pour savoir rien. On est même parti chez eux avec deux autres amies là toujours l'année dernière pour la saluer sa mère nous a dit qu'elle n'était plus à douala. Tu l'as alors trouvé chez eux ?

- Non non. J'ai sonné fatigué finalement j'ai ramené le document à la maison

- Ah ! C'est dommage dis donc !

- Dis-moi un truc stp Ornella ?

- Oui ?

- Tu sais que je dispense des cours et je fais le ménage chez l'ami de ta mère le weekend ; Mais ça ne me donne pas grand-chose. Juste 20.000 le mois. J'ai besoin de plus maintenant que j'ai un petit frère. Ma mère ne gagne pas grand-chose... On est en location... Bref je pense que tu comprends un peu ce que je veux dire...

- Je comprends très bien. Je vais voir ce que je peux faire je te reviens

- Mais je t'en prie ne fais rien d'illicite hein. Si tu ne peux vraiment pas m'aider je comprendrai

- Ne t'en fais pas. On trouvera bien quelque chose. Finalement ça te dirait qu'on sorte samedi soir ?

- Ornella mes finances actuelles ne me le permettent pas

- (Elle lève les yeux au ciel) Tu es toujours sur la défensive toi ! Je t'invite !

- Je ne peux pas accepter

- Tu as ton orgueil d'homme je comprends. Tu penses que moi je me sens comment à chaque fois que tu me repousses ???

- .....

- Tu n'as rien aujourd'hui mais on ne sait pas de quoi demain est fait. Je ne mettrai jamais l'argent entre nous. Tout ce que je te demande c'est d'essayer de me voir autrement que comme une amie. Bref penses-y ! Tu seras au collège demain ?

- Non je ne peux pas y être demain. Je reprendrai certainement lundi.

- (le sourire aux lèvres) Si tu veux je passe demain te montrer comment prendre soin de bébé

- (Je réponds à son sourire) Tu as cours demain

- Le prof d'Allemand ne viendra pas. Je peux disparaître à 14h

- Et je dis non. Tu reprends certes ta classe mais si tu veux qu'on se côtoie vraiment il va falloir que tu t'y mettes pour de vrai.

- Tu pourrais être mon répétiteur particulier....

- Je ne pense pas qu'un parent accepterait qu'un élève dispense des cours à un autre élève

- Les miens si ! Je suis nulle en maths ça pourrait passer ça....

Elle se rapproche de moi et pose sa main sur ma cuisse

- Ainsi on se verrait plus souvent....

- Ornella je dispense déjà des cours à 2 écoliers pour 10.000frans

- Mes parents accepteraient de te payer le triple si tu venais me donner cours à la maison

- (Le regard brillant) Le triple ?

- Et j'ai même ma petite sœur en 5ème. Pour nous deux tu pourrais avoir 60.000francs.

- Jusqu'à 60.000 ???

- Oui. Penses-y....

- C'est oui tout de suite !

- (elle est aux anges) Alors on commence lundi soir

- Tu n'en parles pas d'abord à tes parents ?

- Ils ne me refusent rien. Considère-toi déjà comme mon répétiteur

- Je te remercie du fond du cœur pour ce que tu fais

- Ne me remercie pas Kendrick. Sois juste à la hauteur de ce que j'attends de toi

****Nathalie MOUKOURY****

Ken est revenu de sa visite avec une excellente nouvelle !

- Tu vois ?! Je te l'avais dit que Nathanaël nous ouvrirait les portes !

- 60.000 francs maman ?! Tu imagines tout ce qu'on peut faire avec ?

- Oui. Je m'en doute bien. Mais n'oublie pas que nous ne devons pas faire de folies. Un bébé ça coûte beaucoup d'argent. Et tu es en classe d'examen. Concentre-toi et obtiens-nous ce diplôme

- J'y compte bien maman ; j'y compte bien. Nous n'allons pas misérer éternellement !

Les autres membres de la mini cité sont tous passés saluer le petit. Entre les commentaires et les prises en pitié nous avons fini par nous retrouver enfin en toute intimité. J'ai donné le bain à Nathanaël qui hurlait à plein poumons sous le regard de son père puis je lui ai fait un biberon

- (Je le tends à son père) Tiens ! Donne-lui le biberon

- (Paniqué) Je ne sais pas comment ça se passe ! Et s'il avale de travers ?

- (Je lui réponds posément) Je suis là pour te guider dans cette tâche. S'il y'a un souci j'interviendrai

J'ai calé le petit contre le torse de son père et je lui ai passé le biberon chaud

- Mais il bouge beaucoup ! Regarde comment il crie !

- Il n'est pas différent de toi au même âge. Il a faim Ken. Mets le biberon dans sa bouche

Aussitôt qu'il l'a fait Nathanaël s'est calmé et a tiré goulument dessus. Ce qui a eu le don de rassurer son père qui semble commencer à être à l'aise avec lui dans ses bras. Nathanaël a complètement fini son biberon et j'ai ensuite montré à son père comment lui faire faire son rot. Mon fils est père.... Je suis grand-mère. Ce cycle va s'arrêter quand ?! J'espère que Nathanaël ne va pas nous ramener le sien de bébé à 12ans. C'est ma faute aussi ! Si j'avais été plus attentive et plus regardante sur l'éducation de mon fils on n'en serait pas là. J'ai été plus concentrée sur la gestion de notre quotidien.

- Ken ?

- (Il tient son fils serré contre lui et lui caressant la joue) Oui ?

- Raconte-moi un peu bien cette histoire avec cette fille-là

- (Il se gratte la tête) Te raconter ?

- Je n'ai pas besoin de détails. Juste pour comprendre votre histoire-là a duré combien de temps ?

- Quelques mois...

- Et vous avez eu des rapports sans protection seulement en quelques mois ?

- Juste une fois maman... Elle voulait qu'on essaie aussi une fois

- Mais Ken en classe on ne vous parle pas des MST des IST et consort ?

- (Rouge comme une pivoine) Si... On s'était dit qu'après ça nous serons sages...

- Voici le résultat de la sagesse... En tout cas je pense que tu devrais te faire dépister pour des éventuelles IST. Après elle tu as eu une autre copine ?

- Noooooo !

- Ok. Si jamais tu en as une de grâce protège-toi ! On ne doit pas dépasser le cap de 3 ici-là. Du moins pas tant que tu ne gagnes pas encore bien ta vie. Bon il dort. On va le mettre au milieu de nous. Toi aussi tu devrais dormir il y'a classe demain

- Je n'irai pas. Qui va le garder. Toi tu dois aller bosser

- C'est vrai en plus. Demain c'est vendredi ça peut se faire. Mais d'ici le weekend on devra trouver une solution pour le faire garder.

- J'ai pensé que Maman Rose pourrait nous y aider contre un petit salaire ?

- J'avoue que ça m'a aussi traversé l'esprit mais ce n'est pas une solution stable. On ne sait pas vraiment ce qu'elle fait dans la vie et parfois elle voyage. Quand elle ne sera pas là on fera comment ? Bref dormons. Je dois encore justifier mon absence de cet aprem demain au bureau.

Et comme je l'avais prédit, une demande d'explication m'attendait déjà sur mon poste à peine arrivée le lendemain matin. Je l'ai prise sans la remplir et je suis allée cogner à la porte du DRH

- Oui ?

- C'est Mme MOUKOURY Monsieur

- Entrez !

Je suis entrée tenant le document entre mes deux mains devant ma poitrine comme si ma vie en dépendait

- (Il me regarde de la tête aux pieds) Oui ?

- J'ai quelques conditions à poser

- (Perplexe) Pardon ?

- (Je suis toute tremblotante) Pour un début je voudrais un appartement de 2 chambres, payé sur une année et un salaire de 300.000Frs

Il pose son index sur sa bouche et me regarde longuement. Le silence est plutôt lourd, gênant, profond. Il va me virer ? Il va me virer. Il va me virer !!!

- (Je tente le tout pour le tout) Et je voudrais aussi avoir accès aux formations du personnel comme tous les autres. Si possible orienter ma carrière vers autre chose que le secrétariat.

- (Il ouvre enfin la bouche en s'adossant élégamment contre le siège de son fauteuil) Je suis d'accord pour tout à l'exception du salaire. Si je t'augmente ça se saura. Nous en parlerons ce soir

- (Surprise) Ce soir ?

- Oui ! Je t'invite au restaurant. Je ne suis pas en même temps un salaud de la pire espèce tu sais ? J'aime savoir avec qui je fais affaire.

- ....

- Ça sera tout pour le moment, tu peux retourner à ton poste

- Et.... Et la demande d'explication ?

- (Souriant espiègle) Quelle demande d'explication ?

Il m'a fallu quelques secondes pour le comprendre

- (Se répétant) Tu peux retourner à ton poste

Je suis sortie de là cherchant encore à réaliser ce qui venait de se passer. Une fois à mon poste j'ai déchiré la demande d'explication et l'ai jeté dans ma corbeille. Seigneur pardonne-moi pour ce que je m'apprête à faire.

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