La douleur était la dernière chose dont je me souvenais, un froid glacial s'infiltrant dans mes os tandis que j'étais attachée à un pilier, mes membres broyés un par un.
Mon fiancé Louis m'avait ligotée, ses yeux pleins de dégoût, et mon propre frère, le Prince Henri, avait ordonné aux barbares de me torturer.
Une simple robe, brodée du sceau impérial, que mon assistante Sophie avait osé porter lors de mes dix-huit ans, avait suffi à sceller mon sort.
Traquée, torturée, trahie par ceux que j'aimais, je n'avais qu'une question brûlante : pourquoi un tel enfer pour une réprimande ?
Puis l'obscurité m'a engloutie... avant qu'une lumière aveuglante ne me ramène à la vie : j'étais de retour dans mon lit, le jour de mes dix-huit ans.
Le souvenir de la trahison et de la mort atroce brûlait en moi ; cette fois, les choses seraient différentes.
La douleur était la dernière chose dont je me souvenais.
Un froid glacial s'infiltrait dans mes os, bien plus mordant que la neige qui tombait sans relâche sur les terres barbares. J'étais attachée à un pilier en bois brut, mes poignets et mes chevilles à vif, le sang séché formant des croûtes sombres sur ma peau.
Mon fiancé, Louis, m'avait ligotée de ses propres mains sur la chaise à porteurs qui m'avait amenée ici. Ses yeux, autrefois pleins d'une adoration feinte, ne montraient plus que du dégoût.
« C'est ce que tu mérites, Jeanne », avait-il dit, sa voix dénuée de toute chaleur.
Les barbares, sous les ordres de mon propre frère Henri, devenu roi, m'avaient infligé des tortures que je n'aurais jamais pu imaginer. Ils riaient, leurs visages crasseux déformés par la cruauté, tandis qu'ils me brisaient les membres un par un.
Pourquoi ? La question tournait en boucle dans mon esprit agonisant.
Puis, l'un d'eux, le chef, s'est approché, son haleine fétide sur mon visage.
« C'est pour Sophie. Tu n'aurais jamais dû l'humilier. »
Sophie. Mon assistante.
Le souvenir m'est revenu, clair et précis malgré le brouillard de la mort. Mon dix-huitième anniversaire. Ma fête. J'étais furieuse parce que Sophie, ma propre assistante, avait osé porter la robe que mon père, le Roi, m'avait fait confectionner sur mesure. Une robe impériale, brodée du sceau de notre famille. Je l'avais réprimandée devant tout le monde. Une simple réprimande. Et pour cela, ils m'avaient fait subir cet enfer. Mon frère, mon fiancé... tous m'avaient trahie pour elle.
Mon dernier souffle s'est échappé dans un râle. L'obscurité m'a engloutie.
Puis, une lumière aveuglante.
J'ai ouvert les yeux brusquement, le cœur battant à tout rompre. J'étais dans mon lit, dans ma chambre au palais. Les draps de soie étaient doux sous mes doigts, et le soleil filtrait à travers les rideaux de velours.
J'ai regardé mes mains. Elles étaient intactes. Lisses, sans la moindre cicatrice. J'ai bougé mes jambes. Aucune douleur. Rien.
Un rêve ? Un cauchemar terriblement réaliste ?
Une servante est entrée doucement.
« Princesse, il est temps de vous préparer. Votre fête d'anniversaire va bientôt commencer. »
Mon anniversaire.
Mon cœur s'est glacé. J'ai attrapé le calendrier posé sur ma coiffeuse. La date était encerclée de rouge. Le jour de mon dix-huitième anniversaire. Le jour où tout a commencé.
Je ne rêvais pas. J'étais revenue.
Un rire rauque m'a échappé, un son qui a fait sursauter la servante. J'étais en vie. J'avais une seconde chance.
Cette fois, les choses seraient différentes.
J'ai repoussé les couvertures et me suis levée. J'ai choisi la plus simple de mes robes de jour et j'ai laissé les servantes me coiffer rapidement. Mon esprit était une fournaise, forgeant un plan froid et implacable.
Je suis descendue dans la grande salle de bal. La musique était joyeuse, les invités riaient et discutaient. Tout était exactement comme dans mon souvenir. Mon père le Roi n'était pas encore arrivé, affaibli par sa maladie. Mon frère Henri discutait avec des nobles, un sourire arrogant sur les lèvres.
Et puis, je l'ai vue.
Au centre de la piste de danse, tourbillonnant avec une grâce affectée, se trouvait Sophie.
Elle portait ma robe.
La robe impériale, d'un bleu profond comme le ciel nocturne, brodée de fils d'or qui formaient le sceau de la famille royale. Elle était magnifique, et elle le savait. Chaque mouvement était calculé pour attirer les regards, pour se faire passer pour ce qu'elle n'était pas.
Dans ma vie antérieure, sa vue m'avait remplie de rage, une colère impulsive qui m'avait fait perdre tout contrôle. Cette fois, la rage était là, mais elle était froide, tranchante.
J'ai traversé la salle, mon visage un masque d'impassibilité. Le silence s'est fait sur mon passage. Tous les yeux se sont tournés vers moi.
Je me suis arrêtée devant la piste de danse. Ma voix, quand j'ai parlé, était calme mais portait dans toute la salle.
« Gardes. »
Deux gardes en armure se sont immédiatement approchés, s'inclinant.
J'ai pointé un doigt vers Sophie, qui s'était figée, son sourire se crispant.
« Venez. Arrachez-lui cette robe. »
Un murmure choqué a parcouru l'assemblée. Sophie m'a regardée, ses yeux commençant à s'embuer de larmes feintes.
J'ai continué, ma voix se faisant plus dure, chaque mot pesé.
« Qui est-elle pour oser porter une robe impériale ? »
Le visage de Sophie s'est décomposé. Les larmes, qui n'étaient qu'une menace quelques secondes plus tôt, ont commencé à couler sur ses joues. C'était une performance qu'elle maîtrisait à la perfection, celle de la victime innocente.
« Princesse... Jeanne... » a-t-elle balbutié, sa voix tremblante conçue pour inspirer la pitié. « Je suis désolée. Je... je pensais que vous ne la mettriez pas. Elle était si belle, je n'ai pas pu résister. Je voulais juste l'essayer un instant. »
Elle a joint les mains devant elle, adoptant une posture de supplication.
« Pardonnez-moi. Je ne voulais pas vous offenser. »
Dans ma vie passée, ses larmes m'auraient peut-être déstabilisée. J'aurais crié, j'aurais perdu patience, passant pour une princesse capricieuse et cruelle. Mais les souvenirs de la torture et de la trahison étaient une armure autour de mon cœur.
Je l'ai regardée sans la moindre trace de compassion.
« Tu pensais que je ne la mettrais pas ? » ai-je répété d'un ton glacial. « C'est la robe de mon dix-huitième anniversaire, offerte par mon père le Roi. Penses-tu vraiment que j'allais venir à ma propre fête vêtue d'un sac de pommes de terre ? »
Des rires étouffés se sont fait entendre dans la foule. Le visage de Sophie a rougi de honte.
« Ce n'est pas seulement une robe, Sophie », ai-je poursuivi, ma voix montant en puissance. « C'est un symbole. Elle est brodée du sceau impérial. Seuls les membres de la famille royale ont le droit de le porter. Tu n'es que mon assistante. En portant cette robe, tu ne m'insultes pas seulement, tu insultes la Couronne. Tu insultes mon père, le Roi. »
Ses larmes ont redoublé, mais cette fois, elles étaient mêlées de panique. Elle voyait que sa tactique habituelle ne fonctionnait pas.
« Je ne savais pas... je le jure ! » a-t-elle pleuré.
« Tu ne savais pas ? » ai-je rétorqué avec un sourire sans joie. « Tu travailles au palais depuis cinq ans. Tu connais le protocole mieux que personne. Cesse de mentir. »
Je me suis retournée vers les gardes, qui attendaient mes ordres, visiblement mal à l'aise face à cette scène publique.
« Qu'attendez-vous ? J'ai donné un ordre. Enlevez-lui cette robe. Maintenant. »
Les gardes ont hésité un instant, puis ont commencé à s'avancer vers Sophie. Elle a reculé, le visage tordu par la terreur. Ce n'était plus la peur d'être réprimandée, mais la peur de l'humiliation publique et totale.
C'est à ce moment-là qu'une voix s'est élevée.
« Jeanne, arrête ! »
Louis. Mon fiancé. Il a fendu la foule et s'est placé entre moi et Sophie, la protégeant de son corps. Son visage était rouge de colère.
« Que fais-tu ? Tu ne vois pas qu'elle est désolée ? Tu l'humilies devant tout le monde pour une simple robe ! »
Je l'ai regardé, lui. L'homme qui m'avait ligotée et livrée à mes bourreaux. Le lâche qui préférait sa cousine manipulatrice à sa fiancée. Une vague de haine pure m'a submergée, si intense que j'ai dû serrer les poings pour ne pas trembler.
« Une simple robe ? » ai-je sifflé. « Louis, es-tu aveugle ou stupide ? Il s'agit d'une transgression des lois de ce royaume. Elle n'est pas de sang royal. »
« Tu es toujours aussi autoritaire et déraisonnable ! » a-il craché, utilisant ce mot que je détestais, celui dont il se servait toujours pour me rabaisser. « Sophie est ma cousine, elle est comme une sœur pour moi. Elle a fait une erreur, c'est tout. Un peu de compassion ne te ferait pas de mal. »
Il a posé une main réconfortante sur l'épaule de Sophie, qui s'est aussitôt blottie contre lui en sanglotant. Le spectacle était pathétique.
Mon calme a commencé à s'effriter, remplacé par une fureur glaciale.
« Ta cousine ? C'est pour ça que tu la défends ? Ou y a-t-il une autre raison ? » ai-je demandé, laissant planer l'insinuation.
Louis a blêmi. Il savait très bien de quoi je parlais. Leur relation était bien plus que cousine.
Il a décidé de changer de tactique, passant à la menace.
« Pense à notre mariage, Jeanne », a-t-il dit à voix basse, pour que seuls nous puissions entendre. « Pense à ta réputation. Veux-tu vraiment passer pour une harpie jalouse le jour de ton anniversaire ? Si tu continues, je te jure que je reconsidérerai notre engagement. Ma famille ne tolérera pas une telle épouse. »
Cette menace, qui m'aurait terrifiée dans ma vie passée, me fit l'effet d'une mauvaise blague. Reconsidérer notre engagement ? C'était tout ce que je souhaitais.
J'ai éclaté d'un rire franc, un rire qui a surpris tout le monde, y compris Louis.
« Tu me menaces, Louis ? Toi ? »