POV Ambre
Dans ce monde aussi magnifique que cruel, je pensais que j'aurais pu changer quelque chose. Faire en sorte que toutes les créatures magiques puissent enfin vivre en harmonie, que tous puissent avoir la terre et la vie qu'il mérite. Avec Adrien on a passé des dizaines d'années à parcourir ce monde, à créer des liens, à voir des êtres heureux de nous rencontrer, de nous découvrir. Mais comme je l'ai toujours su, rien n'est jamais parfait, rien n'est jamais aussi simple.
À croire que je suis née pour me battre, inlassablement, pour prouver que ces pouvoirs qui sont miens ne souhaitent qu'élever ce monde un peu plus haut, vers une harmonie qui nous aurait tous permis de cohabiter.
J'ai vu ces même peuples que nous avons aidé à prospérer se diviser. Certains nous vouant un véritable culte, alors que pour d'autres, il était inconcevable de suivre deux êtres possédant autant de pouvoirs.
Des guerres ont éclatés, du sang a coulé en bien trop grande proportion et à chaque fois que l'un d'eux tombaient la douleur ne faisait que se montrer plus pesante, plus lourde, à un tel point que c'est devenu insupportable, juste insupportable.
Je voulais que ce monde soit plus beau, que les enfants de Lilou s'émerveillent à chaque instant, qu'ils sachent que toutes les créatures devraient toutes être au même rang car tout est lié, tout a toujours été lié, d'aussi loin que je m'en souvienne.
Les humains se sont rebellés, ils estimaient que la terre leurs revenaient de droit alors qu'ils se permettent de tout détruire, encore et encore sans se soucier des conséquences.
Ils ont fait la seule chose qu'ils savaient faire, la guerre. Faisant ainsi couler plus de sang. Je suis las, las de ces batailles qui n'en finissent pas. De toutes ces créatures qui viennent me demander de l'aide pour tuer les leurs où que sais je encore.
Adrien l'a compris sans même que je ne prononce le moindre mot. Bien avant Lilou, bien avant Davon. Et je crois que tout a définitivement basculé le jour où j'ai sentis Erwin mourir.
Lui qui n'était que gentillesse, générosité, a fini par payer le prix de notre amitié. Ça a été la goutte de trop, celle qui a entaché mon cœur d'une part de noirceur qui ne pourrait jamais plus me quitter.
Je me rappelle que c'était en pleine nuit, alors que je dormais contre Adrien. Mon cœur s'est serré et dès que j'ai ouvert les yeux, je me suis mise à pleurer sans pouvoir m'arrêter. Tout les autres dormaient encore, seul Adrien et moi savions que nous venions de perdre un ami précieux ainsi que bien d'autres. Là encore, on a pas eu besoin de parler, on s'est simplement levé pour partir.
Nous nous sommes rendus dans son village, Maddie était inconsolable, elle ne nous en voulait même pas, bien que je savais que c'était entièrement de ma faute. Notre présence n'est pas restée secrète très longtemps et alors qu'elle n'avait plus de larmes à verser, je l'ai regardé en souriant avant de lui dire,
- Rentres chez toi Maddie. Fermes tes volets et grades tes enfants près de toi.
Elle a mis une seconde à comprendre, une seule seconde pour réaliser ce qui allait se passer. Ces êtres que nous avions aidé, que nous avions protégé étaient soudain devenus le catalyseur de ma haine et de ma rage en volant la vie des leurs.
Adrien n'a pas cherché à me retenir, il m'a toujours mieux compris que personne et quand mes pouvoirs se sont déchaînés, il est resté près de moi, mêlant les siens au mien, détruisant ce village, massacrant ces habitants.
J'ai sentis chacune de leurs morts, versée une larme pour toutes ces vies qui s'éteignaient les unes après les autres, sans pour autant m'arrêter. Adrien m'a soutenu jusqu'au bout, m'a aidé jusqu'à ce que le dernier tombe. Ils n'avaient aucune chance face à nous, aucune once d'espoir à porté de main.
Ça n'aurait jamais du se produire, je le sais mais j'ai été incapable de contenir ma colère et ma douleur.
Maddie n'est ressortie que bien plus tard en ayant déjà pris la décision de partir loin de ce village fantôme. Nous l'avons aidé à rassembler les affaires de sa famille et lorsque qu'elle est partie, nous avons fait de même, sans nous retourner.
Sans un mot on s'est éloigné, isolé. On a repoussé aussi loin que possible ce monde extérieur pour ne nous focaliser que sur une seule chose, nous deux. Juste nous deux.
La nature s'est refermée autour de nous pour nous offrir un lieu paradisiaque, refuge de beaucoup d'animaux. Une forêt rien qu'à nous s'ouvrant en son centre sur un lac cristallin.
La vie a prit un autre sens, tellement douce, paisible. Notre amour nous suffisait, nos journées ne dépendaient que de nous. Plus aucune responsabilité ne venait s'imposer à nous.
Lilou a essayé de nous contacter tout comme son frère et d'autres de nos proches mais nous n'avons pas répondu. Ce monde que nous désirions uni, s'effondrait parce qu'il n'était pas prêt, parce qu'une part de ces habitants ne voulaient pas de nous. Nous avons donc pris la décision de ne plus intervenir, de laisser le monde se débrouiller, continuer à s'entre tuer sans nous.
Et chaque sourire d'Adrien m'a toujours confirmé qu'on avait fait le bon choix. La vie s'est ainsi écoulée, les années ont passé sans qu'aucune autre présence ne vienne nous déranger.
POV Adrien
Mais la vie est pleine de surprise et alors que nous venions de nous aimer sous le clair de lune, on a tout de suite su que quelque chose s'était produit. Que nous venions d'offrir à une nouvelle vie la chance de grandir dans son ventre.
La surprise a laissé place à la joie, effaçant toutes les inquiétudes du passé sur ce que ça pourrait engendrer. Un bébé, un enfant, parfait mélange de nous deux. Le fruit de notre amour. Bien entendu, comme toujours avec Ambre, la grossesse n'a rien eu d'ordinaire. Son ventre s'est très rapidement arrondit mais contrairement à ce qu'elle croyait, notre enfant ne puisait pas son énergie dans nos pouvoirs, mais bien de ce havre de paix, dans cette nature luxuriante qui nous abritait.
Je crois que je ne l'avais jamais vue aussi souriante. Aussi heureuse qu'en portant la vie.
La lune était pleine quand le travail a commencé et comme à chaque fois qu'elle en a eu besoin, la nature a tout fait pour l'aider. Lui offrant un lit moelleux sur le sol, l'eau restant à proximité pour qu'elle puisse s'abreuver, des flames jaillissant ça et là pour la réchauffer alors qu'une légère brise caressait ces cheveux.
Je suis resté près d'elle du début à la fin, attrapant notre fils entre mes mains alors qu'il glissait de ces cuisses. J'ai pleuré de joie en le découvrant tout comme Ambre d'ailleurs. Notre plus grand trésor, notre plus grande réussite. J'étais tellement concentré sur ce petit être que je n'ai rien sentit d'autre, c'est Ambre qui m'a expliqué que la terre avait tremblé en le sentant venir au monde.
Les premiers jours de sa vie, notre fils, Drogo arborait une chevelure argentée jusqu'à ce que ces cheveux foncent pour devenir aussi noir que ceux de sa mère. Aucun de nous deux ne s'est posé plus de questions que ça, notre fils a changé notre vie pour nous offrir un bonheur si grand que nos cœurs auraient pu en exploser en débordant d'amour.
Nous l'avons élevé avec la plus grande douceur même si au fond de nous, nous savions parfaitement que nous étions capable du pire. Peut-être qu'il était notre deuxième chance, notre ultime chance de laver le sang sur nos mains. Et bien que nous étions on ne peut plus conscient de nos actes, nous les avons éloigné de nos mémoires pour nous focaliser sur lui, sur notre fils, sur notre avenir.
Le temps passe tellement vite quand on a un enfant, il est passé si rapidement de ce stade où il était dépendant de nos bras à celui où il rampait sur le sol avant de se lever et de commencer à explorer notre territoire. Bien sûr, nous savions qu'il ne craignait rien. Sur cette terre, rien ne s'en prendrait à lui, ni une plante vénéneuse ni même un animal sauvage. Nous le pensions en sécurité car après tout, depuis notre arrivé, personne ne s'était jamais approché de nous. Personne.
POV Ambre
Mais comme à chaque fois, nos certitudes se sont envolées. Il n'avait que cinq ans quand il a suivit un lapin comme il le faisait souvent. Je l'ai regardé s'éloigner sans la moindre crainte, vaquant à mes occupations en étant certaine qu'il était en sécurité. Je n'ai pas prêté attention au temps qui s'écoulait, pas plus qu'à la distance qu'il mettait entre nous malgré son jeune âge.
Tout est de ma faute, je le sais, si j'avais été plus vigilante. Si j'avais pris le temps de l'accompagner, si seulement j'avais été avec lui alors tout aurait pu être différent.
Je l'ai entendu hurler, nous l'avons entendu hurler et tout les deux, nous nous sommes précipité dans sa direction pour le trouver à la frontière de notre territoire, face à des humains armés. Drogo était au sol en pleure, du sang coulait sur sa joue alors qu'il nous appelait. Je crois qu'Adrien a réagit en premier, son Loup s'est manifesté à la vue de tous avant que ma Louve n'en fasse autant. Ces humains ont essayé de nous blesser, de nous tuer alors qu'on fonçait sur eux. La lame d'une de leur lance n'est passée qu'à quelques millimètres de ma moitié ce qui n'a fait qu'agrandir ma haine, ma rage.
Alors la forêt a prit vie, les branches des arbres s'étendant pour venir transpercer nos ennemis sans leur laisser la moindre chance. Nos Loups ne sont pas resté en arrière, au contraire, nous nous sommes jetés sur les survivant et les massacrant les uns après les autres, déchiquetant des membres, arrachant des gorges sans la moindre hésitation. La seconde suivante, nous retournions auprès de notre fils. Il s'est accroché au cou de ma Louve en pleurant à chaudes larmes.
Mon cœur s'est serré en percevant toute sa peine, toute sa douleur, toute son incompréhension du haut de son jeune âge face à ces humains et comme elle l'a toujours fait pour moi, la nature a répondu à son appel silencieux. La terre a tremblé alors que les arbres ont poussé de plusieurs dizaines de centimètres rendant la forêt plus sombre tout à coup, plus froide.
La cicatrice sur sa joue n'a jamais disparu tout comme sa crainte du monde extérieur, sa haine de l'espèce humaine. Nous avons tout fait pour qu'il oublie cet incident mais à chaque fois qu'il voyait son reflet, il ne pouvait qu'y repenser. Petit à petit, il a apprit à maîtriser ces pouvoirs avec une facilité déconcertante. J'étais incapable de faire la même chose quand j'avais son âge mais je suis fier d'avoir fait en sorte qu'il n'en n'est pas peur. Je n'ai jamais voulu qu'il ressente ce que j'ai pu ressentir. Qu'il ait peur de perdre le contrôle.
J'ai toujours été capable de sentir quand il faisait appel à la nature. Bien qu'il ait toujours été doué, j'ai plus d'expérience que lui et je parviens à percevoir ce qu'il ne fait qu'effleurer, du moins pour le moment. Son Loup commence à se manifester. Bientôt, qu'importe ce que nous sommes, il devra prendre lui même sa décision. Rester auprès de nous où laisser son Loup le guider vers une autre voix. Vers une autre destinée. Qu'importe ce qu'il fera, il aura notre soutient. Nous le laisserons faire ce qu'il désire car de toute façon, même si il est loin de moi, je ne laisserais rien lui arriver. Jamais rien.
POV Drogo
Aujourd'hui est une journée spéciale pour moi. C'est mon anniversaire et pas n'importe lequel. J'ai seize ans. Ce soir, quand la Lune sera haute, mon Loup se dévoilera pour la première fois. Je dois avouer que j'ai hâte d'y être. Je le sens s'éveiller depuis quelques jours. Il remue et n'a plus qu'une envie se dégourdir les pattes.
Je crois que mes parents ont aussi hâte que moi d'y être, ma mère ne tient plus en place depuis des jours alors que mon père lui, m'a déjà raconté trois fois comment s'est déroulé sa première transformation lors de ces deux derniers jours. Je ne sais pas vraiment comment ça va se passer par la suite, peut-être que je ressentirais le besoin de partir, comme mes parents m'en ont parlé à quelques occasions où alors rien ne changera et je resterais ici pour encore quelques années. Je dois dire que je n'ai pas vraiment envie de fouler ce monde extérieur et en me penchant à la rivière pour prendre de l'eau, mon reflet me rappelle pourquoi.
Mes doigts se posent sur cette hideuse cicatrice. ça c'est produit il y a des années, pourtant, je me souviens encore de ces humains et de leurs regards plein de haine. De la peur qui s'est emparée de moi en cet instant alors que mes parents arrivaient pour me défendre. Je me rappelle du bain de sang qui en a suivit et surtout du fait qu'après ça, je ne me suis plus jamais approché de nos frontières.
La simple idée de devoir partir me réveille la nuit. Même si je sais que je suis suffisamment fort pour affronter l'extérieur, je n'ai aucune envie de croiser des humains. L'eau s'agite alors que j'y plonge mes doigts, un courant se forme dessinant un tourbillon qui gagne en vigueur, jusqu'à ce que ma mère vienne poser sa main sur mon épaule en me faisant sursauter.
- Nous aimerions te parler Drogo, dit-elle en me souriant.
- J'arrive.
Je détourne mon regard de cet étendue d'eau et me relève avant de la suivre un peu plus loin, jusqu'à notre maison. Mon père est installé devant, nous attendant, une tasse de thé fumante à la main. Ma mère s'installe à ces côtés alors que je m'assieds face à eux. Mon regard glisse sur eux, c'est rare qu'ils veuillent me parler en même temps et j'avoue être assez curieux de savoir ce qu'ils veulent me dire. Mon père attrape la main de ma mère alors qu'elle me sourit avant de me dire.
- Tu sais, nous aussi avons fait partie de ce monde il y a longtemps, commence t-elle. C'était il y a très longtemps, à une époque où nous avions encore de l'espoir. J'ai obtenu mes pouvoirs de ma mère qui elle même les a hérité de sa mère, si Adrien en possède aussi c'est uniquement par ce qu'il est mon âme sœur, ma moitié, mon Loup. Bien entendu et comme tu peux t'en douter, aucun autre Loup ne possède ce type de pouvoirs, d'ailleurs aucune créature sur la terre ne les possède. Nous sommes les seuls à les détenir et il y a une bonne raison à ça.
J'avoue que je ne me suis jamais posé plus de questions que ça. Pour moi, mes pouvoirs sont quelque chose de naturel. Ils sont en moi depuis que je suis née. Mes parents les ont toujours utilisé devant moi même si à ce jeu là, ma mère est bien plus forte que nous deux. Je n'ai jamais croisé d'autres Loups, tout ce que je sais, je le tiens des récits de ma famille.
- Pour les deux premières, reprend t-elle, tout était différent. Même si elles étaient incroyable, elles avaient moins de pouvoirs que moi et elles les ont surtout utilisé pour le bien être et la protection de leur meute. J'ai choisi une autre voix, surtout parce que j'ai eu la chance de rencontrer ton père qui m'a toujours suivis, qui a toujours cru en moi. Et plus je me suis engagée sur cette nouvelle route, plus mes pouvoirs se sont développés.
Elle inspire profondément en fermant les yeux un court instant. En la voyant ainsi, je comprends que ressasser tout ça est douloureux pour elle, mais elle se reprend rapidement et continue.
- La nature souffrait. Les humains et leurs égocentrismes la détruisaient sans s'inquiéter des répercutions. Réduisant un peu plus l'habitat des autres créatures magiques. Petit à petit, ces dernières ont arrêté de se reproduire, de prospérer. Les plus faibles allaient s'éteindre dans l'indifférence générale. Mais comme tu le sais, nos pouvoirs sont liés aux éléments, à la terre elle même alors avec ton père, nous avons parcouru le monde, offrant à chacun de nos pas un peu de notre force. Au début, c'était subtile. Quelques fleurs qui sortaient de terre après notre passage, l'herbe qui devenait plus verte, plus vivace et après quelques temps, on a vu l'impensable pour beaucoup. Des femmes arborant des ventres rond, offrant un nouvel espoir à l'avenir. Les races ont alors commencé à prospérer à nouveau, les forêts se sont agrandies, étendues et nous étions sûr que le monde allait retrouver sa beauté perdue. Nous pensions que chaque créature avait le droit de vivre comme ces ancêtres, comme elle le méritait et nous étions sûr que nous étions garant de leur avenir, que notre devoir était de les aider, de les soutenir.
- Pourquoi?
- Parce que c'est le rôle d'une Reine de prendre soin de ces sujets et celui d'un Roi de soutenir sa moitié dans ces choix, ajoute t-elle dans un souffle.
Je ne suis pas sûr de vraiment saisir le sens de ces mots. Mon père se penche doucement vers ma mère pour embrasser sa joue comme si il voulait lui donner du courage afin qu'elle continue à me parler.
- Nous nous sommes longtemps posé la question, ajoute t-elle. Fallait t-il vraiment te dévoiler ton héritage? Avais tu besoin de porter ce poids sur tes épaules avant que tu ne sois prêt pour ça?
- Je ne comprends pas, de quoi tu parles?
- Ma grand mère était la première Reine des Loups, ma mère la deuxième bien qu'elle aurait déjà pu faire plus, puis je suis venue au monde, avec plus de force, plus de puissance. Je suis née Reine, sauf que mon royaume est la terre est elle même.
Je regarde ma mère comme si je la découvrais pour la première fois. J'ai toujours su qu'elle était puissante mais jamais je n'aurais cru qu'elle puisse avoir un tel rang, qu'elle puisse avoir le pouvoir de diriger le monde alors qu'elle s'en est coupée bien avant ma naissance.
- Comme ta mère te l'a dit, commence mon père, on s'est battu pour les créatures. On les a défendu contre ceux qui voulaient les anéantir. On a assisté à beaucoup de batailles, beaucoup trop. Si nos pouvoirs nous ont toujours protégé, malheureusement, nous sommes incapable de sauver tout le monde. Chaque guerre engendre des pertes et c'est ces pertes qui nous ont le plus blessés. Jour après jour, ceux que l'on avait aidé revenaient pour demander plus, pour nous demander de l'aide dans une autre bataille, dans une autre guerre. Personne ne s'est jamais posé de questions sur nous deux mais comme ta mère me l'a apprit il y a bien longtemps de ça, tout est lié. Chaque vie, chaque brin d'herbes, chaque goutte de sang qui s'enfonce dans le sol. La douleur de tout ces morts à commencé à nous faire poser des questions. Autant de pertes pour des conflits sans importance alors que tout ce que nous voulions, c'est que tous vivent en harmonie. Et puis, continue t-il en soupirant, on a perdu un ami qui nous été cher. Un ami plus précieux que bien d'autres. Cette perte a tout changé pour nous et pour la première fois de notre vie, on a utilisé nos pouvoirs pour venger une mort. On aurait jamais du faire ça, on le sait tout les deux mais la douleur était telle qu'elle nous a aveuglé. Avec du recul, on se dit qu'on aurait du agir différemment, mais voilà, ce qui est fait et fait. Nous ne pouvions plus revenir en arrière et nous ne voulions plus supporter ces pertes alors que ce monde recommençait à décliner petit à petit.
- On aurait aimé que tu naisses dans un monde épanouie, déclare ma mère, un monde où tes pouvoirs n'auraient plus eu la moindre importance.
- Mais nous avons échoué et après toutes ces batailles, après toute cette peine et cette douleur, on a tourné le dos à tout ce qui avait fait notre vie pour venir ici et nous concentrer sur nous, sur nous deux.
- Tu es notre fils Drogo, notre héritier, le prochain et le seul qui pourra accéder à ce trône maudit à notre place. Tu ne le sens pas car nous sommes tes parents et que tu as toujours vécu avec nous, mais si tu devais partir, tu verrais les autres s'incliner devant toi sans qu'ils ne puissent rien y faire. Ils te reconnaîtront comme étant leur Roi et viendront naturellement à toi pour une raison où une autre.
- Dès qu'on a su que tu grandissais dans le ventre de ta mère, on a sentit qu'une page se tournait, qu'un nouveau chapitre allait s'écrire et que cette fois, c'est toi qui en serait le personnage principal. Bientôt, ton Loup et toi ne ferez plus qu'un et à ce moment là, tu ressentiras le besoin de partir, l'appel des grands espaces, celui d'avoir ton territoire, le tien et non le nôtre.
- Je ne suis pas sûr de vouloir partir, dis-je un peu plus bas que je le voudrais.
- Nous le savons tout les deux mon fils, mais tu vas vite découvrir que l'instinct d'un Loup est très fort. Ta mère et moi savons déjà ce que nous allons voir, nous le savons depuis que tu es né. Tu as la carrure d'un Alpha, sa prestance naturelle, sa force brute. Si nous vivions dans une meute, tu pourrais en prendre la tête sans la moindre difficulté. Tu comprendras par toi même mais deux Loups comme nous ne pourront pas cohabiter ensemble très longtemps. C'est dans nos gênes, on ne peut pas lutter contre ça et même si avec ta mère tu es ce que j'ai de plus précieux au monde, la tension entre nous va devenir invivable.
Je les regarde à tour de rôle, saisissant chacune de leur parole. Je vais donc devoir partir, qu'importe ce qu'il m'attend à l'extérieur, je vais quitter cet endroit qui m'a vue naître pour affronter cette population qui a poussé mes parents à ce retranchement. Une larme coule sur la joue de ma mère, elle n'a pas plus envie de me voir partir que moi. Je me lève pour aller jusqu'à elle et essuyer cette perle salée sur sa peau. Même si ils ont gardé le secret jusqu'au bout, ils ont tout fait pour que je sois prêt pour ce moment. Pour cet instant où je prendrais mon envol.
Ma mère se lève à son tour et me prend dans ces bras avant de me serrer contre elle.
- Suis les conseils que je t'ai toujours donné Drogo. Fais confiance à ton instinct. Fais confiance à tes pouvoirs. Tu es mon fils, notre fils. La nature sera toujours derrière toi, les éléments toujours à porté de main.
- Je sais maman, je me rappellerais de tout ce que tu m'as dis, de tout ce que tu m'as apprit. Je te le promet.
Elle me serre un peu plus en étouffant un sanglot et moi je lui rends cette étreinte qui sera sûrement l'une des dernières que l'on pourra partager en fermant les yeux. Encore quelques heures, juste quelques heures et je devrais faire mes premiers pas, seul, dans ce monde.
POV Ambre
Le moment est venu. Le soleil s'est couché pour laisser place aux ténèbres de la nuit. La lune est magnifique ce soir, à croire qu'elle nous fait un clin d'œil pour ce moment si particulier pour notre fils. En cette soirée, je ne peux m'empêcher de penser rapidement à Lilou. Elle a vécu ça avant moi, cet instant où nos enfants deviennent des adultes qui vont apprendre à voler de leurs propres ailes. Mon cœur se serre, j'aurais aimé le garder près de nous encore quelques années mais je ne peux pas lutter contre notre nature. Je ne peux pas me battre contre ce que nous sommes.
Je le regarde lever la tête vers la Lune alors qu'il retire ces vêtements. J'ai hâte de voir ce que je n'ai fais que deviner depuis sa naissance. J'ai hâte de découvrir le Loup qui sommeille en lui. Cette créature qui j'en suis sûr va se montrer aussi majestueuse que je l'imagine. La première transformation est toujours douloureuse et quand Drogo s'effondre à genoux en enfonçant ces ongles dans le sol, je souffre autant que lui, impuissante face à sa douleur alors qu'Adrien passe son bras autour de moi pour me serrer contre lui.
- On est tous passé par là, dit-il doucement à mon oreille, ça va aller ma belle, d'ici quelques secondes, il ne souffrira plus. Au contraire, il sera plus libre qu'il ne l'a jamais été.
Je le sais, mais en tant que mère, je déteste voir mon fils dans cet état là. Ces muscles se bandent, sa peau s'étirent alors que ces os craquent. Je n'ai jamais aimé assister aux premières transformations de Loups, mais celle là me touche particulièrement. Je me force à le regarder, à le soutenir en l'encourageant comme je le peux et petit à petit, sa fourrure se dévoile.
Adrien me serre un peu plus fort alors que tout comme moi, il voit ce que j'avais prédit, un Loup qui ressemble comme deux gouttes d'eau à mon grand père. Un Loup aussi imposant et majestueux qu'Eden. Sa fourrure est aussi argentée que les reflets de la lune et ces yeux, aussi rouge que le sang.
Dès que sa transformation prend fin, il pousse un profond hurlement qui me fait trembler de la tête au pied. Mon fils, ce petit être que j'ai porté dans mon ventre durant des mois et devenu un magnifique Loup qui en impose rien que par sa présence. Adrien frissonne à son tour, on le savait, il a tout pour être un parfait Alpha. Mon Loup pousse un léger grognement, c'est une réponse des plus normales dans ce genre de situation. Comme nous lui avons expliqué, deux Loups de cette puissance ne peuvent cohabiter. Il ne peut y avoir deux Rois sur le même trône.
Je souris en le contemplant. Je n'ai jamais eu la chance de rencontrer Eden mais en voyant Drogo, j'ai presque l'impression de le voir enfin. Je m'approche doucement alors que son regard se plante dans le mien. Je suis si fier de lui, si fier de cette nouvelle chance que nous offrons à cette terre. Car même si il fera ces propres choix, je sais qu'il fera de son mieux. C'est comme ça que nous l'avons élevé.
Ma main se lève pour se poser sur son museau. La première fois tout est si nouveau qu'on a du mal à focaliser son attention, je le sais, je m'en souviens même si c'était il y a longtemps. Pourtant, il ne détourne pas la tête, au contraire, il me renifle la main avant de s'incliner légèrement malgré son pellage gonflé qui me prouve qu'il lutte contre ce qu'il ressent.
Bien sûr qu'il a du mal à le faire, de toute faon, ça n'a aucune importance à mes yeux, je me suis délestée de ce titre de Reine quand nous sommes venus vivre ici et jamais, je ne demanderais à mon enfant de m'appeler par ce nom.
- Ne t'inclines pas Drogo, dis-je doucement. Je ne suis plus une Reine et encore moins la tienne. Le monde est à toi maintenant et comme je ne suis plus Reine, ton père n'est plus Roi non plus. Ce trône te revient de droit, mon fils. Si je n'étais pas ta mère, ça serait à moi de m'incliner.
Il relève la tête, un peu surprit, je peux le lire en lui avec une telle facilité que ça me ramène presque des années en arrières, quand j'en entendais trop, beaucoup trop, de tout le monde. Adrien se rapproche de moi et commence à retirer ces vêtements. Il va bientôt partir mais tout les deux, nous comptons bien nous offrir une nuit à courir avec lui sur notre territoire. Une dernière nuit où pour la première fois de sa vie, il va gouter à la vrai liberté, à celle à laquelle son Loup aspire déjà. Une dernière nuit qui fera de lui le prédateur ultime qu'il est. Car c'est ce que nous sommes, je le sais maintenant. Pour autant, en regardant mon fils, je me dis que c'est le plus magnifique de tout les prédateur qui puissent fouler cette terre.
Je lui souris un peu plus avant de me reculer d'un pas pour me mettre au niveau de ma moitié et tout comme Adrien, je laisse cette part de moi prendre le dessus, se dévoiler au grand jour. Adrien reste contre moi alors que ma Louve fait un signe à Dogo pour l'encourager à nous suivre. Ce qu'il fait sans hésiter. Il a besoin de se dégourdir les pattes, il a besoin de sentir le vent dans sa fourrure, la terre sous ces griffes et tout ce gibier qui tremble en réponse à sa présence.
Notre forêt est prise d'un soubresaut, signe que déjà, la terre l'appelle. Je ne sais pas pourquoi contrairement à ma mère et à ma grand mère je ne suis pas morte. J'étais tellement certaine qu'il drainerait jusqu'à la dernière parcelle de pouvoir en moi et pourtant, je n'ai rien perdu, je ne me suis pas affaiblie et j'ai cette chance unique de pouvoir partager ce moment avec lui. De le voir devenir un homme. Un Roi.
En le voyant courir pour la première fois, je suis certaine qu'il est prêt. Certaine qu'il pourra affronter ce monde à l'extérieur. Certaine qu'il pourra y survivre et encore plus qu'il pourra le mettre à ces genoux si il le désire, car il en a le pouvoir. Il en a la force. C'est mon fils, mon unique enfant, celui que j'offre à ce monde comme une unique réponse, qu'importe ce qu'il en fera.
Une odeur attire son attention. Sa première chasse. Cette première expérience qui lui fera comprendre à quel point nous sommes des prédateurs redoutables.
POV Drogo
Cette odeur, je la connais, j'en suis sûr. En tout cas mon Loup lui la reconnaît. Il fonce dans sa direction comme si il savait parfaitement quoi faire. Je ne me suis jamais senti aussi bien qu'en cet instant. C'est comme si je goutais à la liberté en ne faisant que l'effleurer. Mon père avait raison, on ne pourra pas cohabiter, je le sens, il est trop fort, trop dominant, j'en viens même à me demander comment ils font avec ma mère alors que je la découvre elle aussi sous un nouveau jour.
C'est fou, sa simple présence m'a fait baisser la tête. C'est une véritable Reine, une Reine face à laquelle mon Loup est prêt à plier le genoux même si il souhaite dominer et surtout faire ces preuves auprès d'eux. Je réalise alors que malgré tout les pouvoirs qui coulent en moi, il y a encore beaucoup de choses qui m'échappe. Comment j'ai fais pour ne pas remarquer ce qu'ils sont tout les deux.
"Tu n'as connu que nous. Pour toi, notre aura, notre présence, notre force est tout ce qu'il y a de plus normal. Là où beaucoup se sont agenouillés, toi, tu as grandit. Tu es devenu un homme. Un homme dont ta mère et moi sommes fier."
Mon père n'est pas du genre à se lancer dans des grands discours et encore moins à dévoiler ces sentiments. Je sais qu'à ces yeux, ma mère compte plus que tout, c'est la seule personne envers qui il est tendre. Je les ai toujours vu s'enlacer, s'embrasser, sourire, rire ensemble et pourtant alors qu'il est toujours si doux avec elle, je ne les ai jamais entendu se dire je t'aime. Je crois qu'ils n'en n'ont simplement pas besoin. Mais ces mots, ces paroles, qui me sont destinées me touchent vraiment. Mon père est fier de moi et même si nous ne pouvons pas vivre ensemble, je ferais tout pour qu'il continue à l'être dans l'avenir.
Mon Loup va plus vite, il accélère, il sent que cette odeur se rapproche alors que moi, je sens l'excitation me gagner. Du gibier, de la viande fraîche. Cette simple pensée me fait gagner en vitesse. Il est hors de question qu'on le perde. Il est hors de question que je laisse filer cette première proie.
Je prends la tête de cette chasse. Mes parents restent un peu en arrière. Ils veulent me laisser faire, me laisser profiter du fruit de cette première chasse, de ce premier moment où je sens en moi ce côté plus sombre, ce besoin de sang, de chaire, de dominer. à mesure que mes pattes s'enfoncent dans le sol, la nature réagit, les éléments s'éveillent. Le vent souffle dans mon dos pour me faire aller plus vite. La terre se soulève sous mes pattes comme des tremplins me faisant gagner toujours plus de terrain. L'eau ruisselle sur le sol, me rafraîchissant durant cette course alors qu'il commence à faire plus chaud, bien plus chaud. Je sais que cette chaleur va épuiser ma proie avant même que je ne donne tout ce que j'ai. Des lianes serpentent sur le sol en se mêlant à la terre et à l'eau, gagnant en force grâce à cette augmentation de température, si bien qu'elles parviennent à me suivre sans la moindre difficulté.
C'est fou, cette cohésion entre mon Loup et mes pouvoirs, ce schéma qui se dessine sous mes pattes alors que je ne fais qu'entre voir ce dont je suis vraiment capable. C'est comme une évidence, cette fusion. Ce lien qui se créé entre tout ça me prouve que mes parents ont raison. Je suis plus fort que je ne le pense. La nature est d'accord avec ça. La terre est prête pour que je prenne la suite. Pour qu'à mon tour j'écrive l'histoire. Pour que cette aventure soit la mienne, que ce monde découvre tout comme moi cette force qui ne fait que sommeiller.
Il faut moins de cinq minutes à mon Loup pour remonter la piste. Cinq petites minutes qui vont faire basculer la vie d'un animal déjà effrayé. J'ai grandis ici, je connais tout les animaux qui foulent cette forêt mais le prédateur en moi à besoin de s'affirmer. Le prédateur en moi à besoin de faire couler le sang.
Le paysage défile à toute vitesse. Je suis moi même surprit d'esquiver avec autant de facilité tout ces arbres qui semble jaillir de nul part mais mon Loup est agile. Mon Loup est puissant, je le sens. Un profond grognement sort de ma gorge. Je suis déjà remarqué. Je n'ai aucun besoin de me la jouer discret.
Je ne sais pas vraiment à quel moment je le réalise mais quand j'arrive face à ce cerf massif, mes parents ne sont plus derrière moi. L'animal me regarde. Il a tout fait pour gagner du terrain mais il sait déjà qu'il est trop tard. Que je suis plus fort. Que je n'aurais aucune pitié. Malgré ça, il ne cherche pas à me fuir. Il est prêt. Prêt pour le dernier combat de sa vie. Celui qui fera de lui mon repas alors que moi, j'aurais prouvé que je suis le prédateur ultime qui peut régner sur cette terre.