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Divorce à tout prix

Divorce à tout prix

Auteur: Djomo King
Genre: Romance
Evie n'a qu'un objectif : divorcer de Wyatt. Pas parce qu'elle le déteste. Pas parce qu'il l'a trompée. Et certainement pas parce que leur mariage est malheureux. Elle veut simplement récupérer sa liberté avant que son mari ne découvre la vérité qui pourrait détruire bien plus que leur mariage. Le problème, c'est que Wyatt refuse de signer. À la place, il lui propose un marché aussi inattendu qu'impitoyable : s'ils veulent vraiment divorcer, Evie devra d'abord l'aider à régler une affaire qui menace son nom, son entreprise et sa famille. Elle accepte, persuadée qu'il s'agit du moyen le plus rapide de tourner la page. Mais plus elle avance dans cette affaire, plus elle comprend que Wyatt ne cherche pas seulement à retarder leur divorce. Il cherche quelque chose. Et lorsqu'Evie découvre enfin ce qu'il attend réellement d'elle, elle réalise que le divorce qu'elle voulait à tout prix pourrait être la seule chose qu'elle ne pourra jamais obtenir.
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Chapitre 1

CHAPITRE 1

Point de vue d'Evie

Je regardai mon reflet dans le miroir pendant plusieurs secondes sans parvenir à reconnaître la femme qui me faisait face. Mes doigts étaient crispés autour du petit dossier posé sur la coiffeuse, et malgré tous mes efforts pour rester calme, je pouvais sentir mon cœur cogner contre ma poitrine. J'avais répété cette conversation tellement de fois dans ma tête que j'en connaissais chaque phrase par cœur. Pourtant, maintenant que le moment était arrivé, tout semblait plus difficile. La chambre était silencieuse, beaucoup trop silencieuse. À travers les grandes fenêtres, la ville s'étendait sous un ciel gris, et les gouttes de pluie glissaient lentement sur les vitres. J'aurais aimé que le bruit de l'orage couvre mes pensées. J'aurais aimé pouvoir remettre cette conversation à demain. Mais je savais que si je repoussais encore, je n'aurais peut-être jamais le courage de le faire. Je baissai les yeux vers le dossier. Il était toujours là. Deux mots écrits sur la première page suffisaient à bouleverser toute une vie : demande de divorce. Je pris une profonde inspiration avant de refermer le dossier. Ce n'était pas une décision prise sur un coup de tête. Je n'étais pas en colère. Je n'avais pas découvert une maîtresse cachée dans notre maison. Wyatt ne m'avait pas humiliée devant tout le monde. Il n'y avait pas eu de scandale, pas de trahison spectaculaire, pas de scène digne d'un film. C'était justement ce qui rendait les choses encore plus difficiles à expliquer. Je voulais simplement que tout s'arrête. Notre mariage. Cette maison. Cette vie parfaitement organisée qui m'étouffait un peu plus chaque jour. Je voulais retrouver la possibilité de décider pour moi-même. Je voulais pouvoir respirer sans avoir constamment l'impression que quelqu'un observait chacun de mes mouvements. Et surtout, je voulais partir avant qu'il ne soit trop tard. Un bruit de moteur me fit relever la tête. Quelques secondes plus tard, les phares d'une voiture apparurent derrière les arbres du domaine. Wyatt était rentré. Mon estomac se noua immédiatement. Je quittai la chambre avec le dossier contre ma poitrine et descendis lentement l'escalier. La maison était immense, élégante, presque froide. Tout y avait été choisi avec une précision presque obsessionnelle : les tableaux, les meubles, les fleurs fraîches remplacées chaque matin. Il n'y avait jamais rien qui dépassait. Jamais rien qui semblait déplacé. C'était probablement à l'image de Wyatt. Il n'aimait pas le désordre. Il n'aimait pas les imprévus. Et il détestait perdre le contrôle. Ce soir, j'allais lui donner une raison de détester encore davantage cette soirée. La porte d'entrée s'ouvrit quelques secondes plus tard. Wyatt entra, retira son manteau sombre et le tendit à l'employé qui s'approcha immédiatement. Il avait cette allure habituelle qui donnait l'impression que rien au monde ne pouvait l'atteindre. Costume parfaitement ajusté, chemise blanche, manches légèrement retroussées, visage fermé. Ses cheveux étaient encore légèrement humides à cause de la pluie. Il leva les yeux vers moi et s'immobilisa. Son regard parcourut rapidement mon visage avant de descendre vers le dossier que je tenais entre mes mains. Il ne dit rien. Je compris immédiatement qu'il avait remarqué quelque chose.

– Tu m'attendais ?

Sa voix était calme. Trop calme.

– Oui.

Il regarda sa montre avant de s'avancer vers moi.

– Tu as mangé ?

Je secouai la tête.

– Non.

– Pourquoi ?

Je déglutis difficilement.

– Parce que je voulais te parler.

Il s'arrêta à quelques pas de moi. Pendant un instant, aucun de nous ne parla. Je connaissais cet homme depuis assez longtemps pour savoir quand il était réellement attentif. Et là, il l'était. Ses yeux ne quittaient plus les miens.

– Quelque chose ne va pas ?

Je serrai davantage le dossier.

– Je veux divorcer.

Le silence qui suivit fut si brutal que j'entendis distinctement le tic-tac de l'horloge située dans le salon. Wyatt ne bougea pas. Il ne cligna même pas des yeux. Il me regarda simplement comme si je venais de prononcer une phrase dans une langue qu'il ne comprenait pas. Je m'étais préparée à beaucoup de réactions. À la colère. À l'incompréhension. Peut-être même à un rire nerveux. Mais pas à ça. Pas à ce calme presque inquiétant.

– Répète.

Ma gorge se serra.

– Je veux divorcer, Wyatt.

Il baissa lentement les yeux vers le dossier avant de les relever vers moi.

– Depuis combien de temps ?

– Ça n'a pas d'importance.

– Pour moi, si.

– Ça fait longtemps que j'y pense.

– Combien de temps ?

Je détournai le regard.

– Plusieurs semaines.

Un léger sourire apparut sur ses lèvres, mais il n'avait absolument rien d'amusé.

– Plusieurs semaines.

Je ne répondis pas.

– Et tu as attendu ce soir pour me le dire ?

– Je ne savais pas comment te l'annoncer.

– Alors tu as choisi de préparer les papiers avant de trouver le courage de me parler.

Je regardai le dossier.

– Je voulais être sûre de ma décision.

– Et tu l'es ?

Je relevai les yeux vers lui.

– Oui.

Cette fois, son expression changea légèrement. Quelque chose passa dans son regard, quelque chose que je ne parvins pas à identifier.

– Bien.

Je fronçai les sourcils.

– Bien ?

– Tu voulais être sûre. Tu l'es maintenant.

Je restai silencieuse, déstabilisée par sa réponse.

– Tu ne vas rien dire ?

– Que veux-tu que je dise ?

– Je ne sais pas. Tu es mon mari.

Il eut un rire bref, sans joie.

– Justement. Je suis ton mari. Pas ton propriétaire.

Ces mots me frappèrent plus violemment que je ne l'aurais voulu. Je baissai les yeux.

– Alors tu vas signer ?

Il ne répondit pas immédiatement.

– Non.

Je relevai brusquement la tête.

– Quoi ?

– J'ai dit non.

– Tu viens de dire que tu n'étais pas mon propriétaire.

– Je ne le suis pas.

– Alors pourquoi refuses-tu de signer ?

Wyatt s'approcha de moi. Je dus lutter contre l'envie de reculer. Il s'arrêta juste devant moi, suffisamment près pour que je puisse sentir son parfum.

– Parce que je ne signerai pas ces papiers.

– Tu n'as pas le droit de décider ça tout seul.

– Je n'ai jamais prétendu le contraire.

– Alors pourquoi ?

Il me regarda longuement.

– Parce que quelque chose ne colle pas.

Mon cœur manqua un battement.

– Qu'est-ce qui ne colle pas ?

– Ta demande.

– Elle est pourtant très claire.

– Non.

Je fronçai les sourcils.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

Il prit doucement le dossier entre mes mains. Je résistai instinctivement, mais il ne força pas. Son regard resta fixé sur le mien.

– Tu ne veux pas divorcer parce que notre mariage ne fonctionne plus.

Je sentis une vague de panique me traverser.

– Tu ne peux pas décider de ce que je ressens.

– Je ne décide rien.

– Alors ne parle pas à ma place.

– Je ne parle pas à ta place, Evie. Je t'observe.

Je restai figée.

Il ouvrit le dossier et parcourut les premières pages sans réellement les lire.

– Tu as préparé ça sans me prévenir. Tu as demandé conseil à un avocat. Tu as organisé les choses suffisamment bien pour que je n'aie pratiquement rien à faire à part signer.

– C'est exactement ce que je veux.

– Non.

– Si.

Il releva lentement les yeux.

– Tu veux partir avant que je découvre quelque chose.

Mon sang se glaça.

Pendant une seconde, j'eus l'impression que le monde entier venait de s'arrêter. Il ne pouvait pas savoir. Ce n'était pas possible. J'avais fait attention. J'avais été prudente. J'avais tout contrôlé.

– Je ne vois pas de quoi tu parles.

– Je n'ai pas dit que je savais de quoi il s'agissait.

Je me raidis.

– Alors pourquoi tu dis ça ?

– Parce que tu viens de me donner la réponse.

Je compris trop tard mon erreur.

Wyatt referma le dossier.

– Tu as peur.

– Je n'ai pas peur de toi.

– Je n'ai jamais dit que tu avais peur de moi.

Il me tendit le dossier.

Je le repris immédiatement.

– Je veux simplement divorcer.

– D'accord.

Je clignai des yeux.

– D'accord ?

– Oui.

Je ne comprenais plus rien.

– Alors tu vas signer ?

– Non.

– Wyatt !

– Tu veux divorcer ? Très bien.

Il se détourna et se dirigea vers le salon comme si cette conversation était terminée.

– Mais tu vas devoir attendre.

Je le suivis.

– Attendre quoi ?

Il s'arrêta devant le bar, se servit un verre d'eau et me regarda par-dessus son épaule.

– Que je sois prêt.

– Tu te moques de moi ?

– Pas du tout.

– Tu n'as aucune raison de me faire attendre.

– J'en ai une.

– Laquelle ?

Il posa son verre sur le comptoir.

– Je veux quelque chose de toi.

Mon cœur recommença à battre plus vite.

– Quoi ?

Il ne répondit pas immédiatement.

– Une chose.

– Quelle chose ?

– Je te le dirai demain.

Je laissai échapper un rire nerveux.

– Non. Tu ne peux pas me faire ça.

– Je viens pourtant de le faire.

– Je veux divorcer maintenant.

– Et moi, je veux que tu fasses quelque chose avant.

– Pourquoi ?

– Parce que si tu refuses, je ne signerai jamais.

Je le fixai, incrédule.

– Tu es sérieux ?

– Très.

– Tu sais que je peux engager un avocat et passer par la justice.

– Je sais.

– Alors ça ne dépend pas de toi.

– Peut-être.

Il s'approcha à nouveau.

– Mais tu ne veux pas que cette histoire sorte.

Je sentis mon visage perdre toute couleur.

Cette fois, il l'avait vu.

Il l'avait vraiment vu.

Je voulus répondre, mais aucun mot ne sortit.

Wyatt inclina légèrement la tête.

– Bonne nuit, Evie.

Il passa devant moi.

Je me retournai immédiatement.

– Wyatt.

Il s'arrêta sans se retourner.

– Quoi ?

Je serrai le dossier contre ma poitrine.

– Qu'est-ce que tu sais ?

Quelques secondes s'écoulèrent.

Puis il tourna lentement la tête vers moi.

Son regard n'avait plus rien de celui de l'homme qui venait simplement de rentrer chez lui après une longue journée de travail.

– Beaucoup moins que ce que tu crois.

Et il monta l'escalier.

Je restai seule dans le salon, incapable de bouger. Je regardai son dos disparaître à l'étage, puis baissai les yeux vers les papiers du divorce. Quelques minutes plus tôt, j'étais convaincue que le plus difficile serait de lui annoncer ma décision. Je venais de comprendre que ce n'était que le début.

Je remontai finalement dans notre chambre et verrouillai la porte derrière moi. Mes mains tremblaient. Je posai le dossier sur le lit et m'assis à côté. Je pris mon téléphone et ouvris une conversation que je n'avais pas consultée depuis plusieurs heures. Un seul message non lu apparut à l'écran.

« Il faut que tu partes. Maintenant. »

Je relus la phrase plusieurs fois.

Puis une seconde notification apparut.

« Wyatt sait quelque chose. »

Je cessai de respirer.

Un bruit de pas retentit dans le couloir.

Je verrouillai immédiatement mon téléphone.

La poignée de la porte bougea.

Une fois.

Puis une deuxième.

Je me levai lentement.

– Evie ?

C'était Wyatt.

Je ne répondis pas.

La poignée bougea encore.

– Ouvre la porte.

Je regardai le téléphone dans ma main.

Puis la porte.

Pour la première fois depuis que j'avais pris la décision de divorcer, une seule pensée me traversa l'esprit.

Je restai immobile devant la porte, mon téléphone toujours serré dans ma main. Le silence derrière le battant était devenu presque insupportable. Wyatt attendait de l'autre côté. Je pouvais entendre sa respiration calme, régulière, comme s'il avait tout son temps. Contrairement à moi. Mon cœur frappait si fort que j'avais l'impression qu'il pouvait l'entendre à travers la porte. Je regardai une dernière fois l'écran de mon téléphone avant de l'éteindre. Le message était toujours là. « Wyatt sait quelque chose. » Je n'avais aucune idée de ce qu'il savait exactement, mais une chose était certaine : quelqu'un avait peur qu'il découvre la vérité. Et cette personne savait quelque chose que je n'étais pas prête à affronter. Je glissai rapidement le téléphone dans la poche de mon pantalon avant de prendre une profonde inspiration.

– Evie.

Sa voix était plus basse cette fois.

– Ouvre.

Je fermai les yeux un instant.

– Je vais dormir.

Un silence.

– Tu viens de verrouiller la porte.

Je serrai les dents.

– J'ai besoin d'être seule.

– Très bien.

Je m'attendais à entendre ses pas s'éloigner, mais rien ne se passa.

– Mais tu vas devoir me parler demain matin.

Je ne répondis pas.

– Et cette fois, je veux toute la vérité.

Mes doigts se crispèrent autour de mon téléphone.

– Il n'y a rien à dire.

– Nous verrons.

Ses pas finirent par s'éloigner.

Je restai encore plusieurs secondes sans bouger avant de poser mon front contre la porte. Je ne savais pas si je devais être soulagée ou encore plus inquiète. Wyatt avait toujours été difficile à lire, mais ce soir, quelque chose avait changé. Il n'essayait pas de me retenir. Il ne criait pas. Il ne me demandait pas de sauver notre mariage. Il voulait seulement comprendre pourquoi j'étais réellement là, et c'était précisément ce que je ne pouvais pas lui donner. Je retournai vers le lit et ouvris le tiroir de ma table de chevet. Sous quelques documents personnels, je sortis une petite enveloppe blanche. Elle n'était pas très épaisse. Pourtant, elle contenait assez de choses pour bouleverser ma vie. Je la regardai longuement avant de la remettre à sa place. Je n'avais pas besoin de l'ouvrir. Je connaissais déjà chaque mot. Chaque date. Chaque détail. C'était justement pour cette raison que je devais partir. Le plus rapidement possible. Avant que Wyatt ne découvre ce qu'il y avait à l'intérieur. Je me couchai sans réellement dormir. Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais son regard. « Tu veux partir avant que je découvre quelque chose. » Il avait vu juste. Pas complètement. Mais suffisamment pour devenir dangereux. Au milieu de la nuit, je me réveillai brusquement. La chambre était plongée dans l'obscurité. Je tournai la tête vers la place de Wyatt. Elle était vide. Mon cœur accéléra. Je m'assis dans le lit et regardai l'heure. Trois heures dix-sept. Une faible lumière provenait du couloir. Je me levai et avançai silencieusement jusqu'à la porte. Je l'entrouvris. Le couloir était vide. Pourtant, j'entendis des voix venant du rez-de-chaussée. Je reconnus immédiatement celle de Wyatt. L'autre voix était masculine. Je descendis quelques marches, suffisamment pour entendre la conversation sans être vue.

– Elle a demandé le divorce.

Je me figeai.

C'était Wyatt.

L'homme lui répondit quelque chose que je n'entendis pas.

– Je sais.

Un silence.

– Non. Elle ne sait pas que je suis au courant.

Mon cœur se serra.

Je m'approchai légèrement.

– Et je ne veux pas qu'elle le sache pour l'instant.

Je cessai de respirer.

De quoi parlait-il ?

L'homme murmura quelque chose.

Wyatt répondit immédiatement.

– Parce que si elle comprend ce que je cherche, elle partira avant que nous ayons la moindre chance de comprendre ce qui s'est passé.

Je posai une main contre la rambarde.

Ce qui s'était passé ?

De quoi parlait-il ?

L'homme parla encore, cette fois un peu plus fort.

– Tu es certain qu'elle est impliquée ?

La réponse de Wyatt me glaça.

– Je suis certain qu'elle sait quelque chose.

Je reculai instinctivement.

Mon pied heurta la marche.

Un petit craquement résonna dans l'escalier.

Les voix cessèrent immédiatement.

Je remontai aussi vite que possible, sans courir, puis refermai la porte de la chambre derrière moi. Quelques secondes plus tard, j'entendis des pas dans l'escalier. Je me précipitai vers le lit et m'allongeai, les yeux fermés, essayant de contrôler ma respiration. La poignée de la porte bougea. Je retins mon souffle. La porte s'ouvrit lentement. Wyatt entra. Je ne bougeai pas. Il resta silencieux pendant quelques secondes. Puis ses pas se rapprochèrent. Je sentis le matelas s'enfoncer légèrement lorsqu'il s'assit sur le bord du lit. Je gardai les yeux fermés. Son regard pesait sur moi.

– Tu devrais éviter de m'espionner, Evie.

Mon cœur s'arrêta presque.

Je ne répondis pas.

Il se leva.

– Tu n'es pas aussi discrète que tu le crois.

La porte se referma.

J'ouvris immédiatement les yeux.

Il savait.

Je ne savais pas jusqu'où, mais il savait.

Le lendemain matin, je descendis dans la cuisine à peine quelques minutes après son départ pour sa salle de bains. Je n'avais presque pas dormi. Mes cheveux étaient attachés rapidement et je portais un simple pull noir. Je préparai un café en essayant de calmer mes mains. Une présence apparut derrière moi.

– Tu as mauvaise mine.

Je me retournai brusquement.

Wyatt était là.

Chemise sombre, pantalon parfaitement ajusté, montre au poignet. Il semblait avoir passé une nuit parfaitement normale.

– Je n'ai pas beaucoup dormi.

– Moi non plus.

Je détournai les yeux.

– Tu voulais me parler ?

– Oui.

Il prit place sur l'une des chaises de la cuisine.

– Assieds-toi.

Je restai debout.

– Je préfère rester ici.

Il leva un sourcil.

– Comme tu veux.

Il sortit alors une feuille de sa mallette et la posa sur la table.

– J'ai réfléchi à ta demande.

Je regardai le document sans m'approcher.

– Et ?

– Je suis prêt à envisager le divorce.

Je sentis une pointe de soulagement.

– Vraiment ?

– Oui.

Je m'approchai.

– À une condition.

Mon soulagement disparut aussitôt.

– Laquelle ?

– Tu vas travailler avec moi pendant trente jours.

Je le fixai.

– Quoi ?

– Trente jours.

– Pour quoi faire ?

– Pour une affaire qui concerne directement ma société.

Je laissai échapper un rire incrédule.

– Tu veux que je travaille pour toi pour obtenir mon divorce ?

– Exactement.

– C'est absurde.

– Peut-être.

– Je ne travaille pas pour toi.

– Je sais.

– Alors pourquoi moi ?

Il me regarda droit dans les yeux.

– Parce que tu es la seule personne capable de faire ce que je te demande.

Je sentis une boule se former dans mon ventre.

– Et si je refuse ?

– Je ne signe pas.

– Tu sais que c'est du chantage.

– Appelle ça comme tu veux.

Je pris la feuille.

– Qu'est-ce que cette affaire a à voir avec moi ?

– Tu le découvriras.

Je relevai brusquement les yeux.

– Non. Je veux savoir maintenant.

– Tu en sauras suffisamment lorsque tu commenceras.

– Et si je découvre quelque chose que je ne veux pas savoir ?

Son regard se durcit légèrement.

– Alors tu comprendras pourquoi je ne veux pas que tu partes maintenant.

Je reposai la feuille.

– Tu savais que j'allais demander le divorce ?

– Non.

– Alors pourquoi avais-tu déjà préparé tout ça ?

Il resta silencieux.

Je compris qu'il venait de se trahir.

– Wyatt...

– Tu devrais accepter.

– Tu évites ma question.

– Parce que tu n'es pas prête à entendre la réponse.

Je le fixai longuement.

– Je ne veux pas de tes secrets.

– Pourtant, tu es déjà au milieu.

Je sentis ma gorge se serrer.

– Trente jours ?

– Trente jours.

– Et après ?

– Je signe.

– Sans condition ?

– Sans condition.

Je réfléchis quelques secondes. C'était exactement ce que je voulais. Trente jours n'étaient rien comparés à ce qui risquait de m'arriver si je restais plus longtemps. Je pouvais supporter trente jours. Je pouvais travailler avec Wyatt. Je pouvais faire semblant. Je pouvais rester suffisamment près de lui pour comprendre ce qu'il savait et, surtout, trouver le moyen de protéger ce que je cherchais à protéger.

Je tendis la main vers le stylo posé sur la table.

– D'accord.

Wyatt ne bougea pas.

– Tu acceptes ?

– Oui.

Je signai.

Il prit le document et le parcourut rapidement.

– Très bien.

– Quand est-ce que je commence ?

– Aujourd'hui.

Je relevai les yeux.

– Aujourd'hui ?

– Dans une heure.

Je laissai échapper un soupir.

– Tu ne perds vraiment pas de temps.

– Pas lorsqu'il s'agit de toi.

Je me figeai.

Il me regarda quelques secondes, puis reprit son expression habituelle.

– Prépare-toi.

Il se leva et quitta la cuisine.

Je restai seule.

Je regardai la signature que je venais de déposer au bas du document.

Trente jours.

Trente jours avant que Wyatt signe mon divorce.

Je voulais croire que ce serait simple.

Je voulais croire que je pourrais jouer son jeu sans me faire prendre.

Mais alors que je remontais dans notre chambre pour me préparer, mon téléphone vibra.

Je regardai l'écran.

Un nouveau message.

Cette fois, il n'y avait qu'une seule phrase.

« Ne travaille surtout pas avec Wyatt. Il sait pourquoi tu veux divorcer. »

Je relus le message plusieurs fois.

Puis mon regard se posa sur la porte de la chambre.

Wyatt venait de me proposer trente jours pour obtenir ma liberté.

Et soudain, je compris une chose.

Ce marché n'avait probablement jamais été conçu pour me permettre de partir.

Il avait été conçu pour me garder près de lui.

Chapitre 2

CHAPITRE 2

Point de vue d'Evie

Je relus encore une fois le message avant de verrouiller mon téléphone. « Ne travaille surtout pas avec Wyatt. Il sait pourquoi tu veux divorcer. » Ces quelques mots tournaient dans ma tête depuis plusieurs minutes. Je savais que je devais partir. C'était exactement ce que j'avais prévu de faire depuis le début. Prendre mes affaires, quitter cette maison et mettre le plus de distance possible entre Wyatt et moi avant qu'il ne découvre ce que je cherchais à protéger. Mais maintenant, je venais de signer un accord qui m'obligeait à rester près de lui pendant trente jours. Trente jours. Je me demandais déjà comment j'allais survivre à trente heures. Je posai mon téléphone sur la coiffeuse et regardai mon reflet dans le miroir. J'avais l'air épuisée. Mes yeux étaient légèrement rougis et mes traits étaient tirés par une nuit presque blanche. Pourtant, je n'avais pas le temps de m'attarder sur mon apparence. Wyatt m'attendait en bas. Il m'avait donné une heure pour me préparer. Cela faisait exactement quarante-sept minutes que je tournais dans cette chambre, incapable de décider si je devais respecter notre accord ou simplement disparaître. Une partie de moi me criait de partir. L'autre me rappelait que je ne pouvais pas partir sans régler ce problème. Je pris finalement mon sac et glissai mon téléphone à l'intérieur. J'allais travailler avec Wyatt. Mais je n'allais pas lui faire confiance. Je sortis de la chambre et descendis l'escalier. Wyatt se trouvait dans le hall, debout près de la porte, une main dans la poche de son pantalon et l'autre tenant son téléphone. Il releva immédiatement les yeux lorsque je m'approchai. Son regard s'arrêta sur moi pendant quelques secondes avant de descendre vers mon sac.

– Tu es prête ?

– Oui.

– Bien.

Il ouvrit la porte.

Je sortis sans rien ajouter. La voiture nous attendait devant la maison. Un chauffeur nous ouvrit les portières, mais Wyatt passa devant moi et me fit signe d'entrer la première. Je pris place à l'arrière, le plus loin possible de lui. Il s'installa à mes côtés. La voiture démarra. Pendant plusieurs minutes, aucun de nous ne parla. Je regardais les rues défiler derrière la vitre, essayant de comprendre ce qui était en train de m'arriver. Je venais de demander le divorce à mon mari. Quelques heures plus tard, j'étais assise dans sa voiture, en route vers son entreprise, parce qu'il avait décidé que je devais travailler pour lui avant de me laisser partir. C'était tellement absurde que j'aurais presque pu en rire. Mais je n'avais pas envie de rire. Je voulais comprendre. Je tournai finalement la tête vers lui.

– Où allons-nous exactement ?

– À Vance Holdings.

– Je sais où se trouve ton entreprise.

– Alors pourquoi tu demandes ?

– Parce que tu ne m'as pas expliqué ce que je vais y faire.

Il continua de regarder droit devant lui.

– Tu le découvriras.

Je soufflai doucement.

– Encore cette réponse.

– Elle ne te plaît pas ?

– Non.

– Dommage.

Je le regardai avec irritation.

– Tu comptes vraiment me traiter comme une employée alors que je suis ta femme ?

Il tourna enfin les yeux vers moi.

– Justement. Je ne te traite pas comme une employée.

– Alors comme quoi ?

Son regard resta fixé sur moi quelques secondes.

– Comme quelqu'un en qui j'ai suffisamment confiance pour lui confier cette affaire.

Je restai silencieuse.

Il détourna les yeux.

Je ne savais pas si je devais prendre cela comme un compliment ou comme une menace.

La voiture s'arrêta finalement devant un immense immeuble de verre. Le logo de Vance Holdings occupait toute la façade. Je connaissais cet endroit. J'y étais déjà venue plusieurs fois depuis notre mariage, mais jamais pour y travailler. J'avais toujours détesté l'ambiance de cette entreprise. Tout le monde semblait marcher rapidement, parler doucement et observer les autres sans jamais poser de questions. Wyatt descendit de la voiture et je le suivis. À peine avions-nous franchi les portes que plusieurs employés le saluèrent. Il répondit à peine, se contentant d'un signe de tête. Une jeune réceptionniste se leva immédiatement derrière son bureau.

– Bonjour, monsieur Vance.

– Bonjour.

Ses yeux se posèrent ensuite sur moi.

– Madame Vance.

Je lui adressai un léger sourire.

– Bonjour.

La réceptionniste regarda Wyatt, puis moi, avant de détourner rapidement les yeux.

Je connaissais ce regard.

Tout le monde savait que notre mariage n'était pas exactement un mariage normal.

Wyatt posa une main dans mon dos.

Je me raidis immédiatement.

– Elle travaillera avec nous à partir d'aujourd'hui.

La réceptionniste sembla surprise.

– Bien sûr.

Nous continuâmes notre chemin.

Je retirai doucement sa main de mon dos.

– Tu n'étais pas obligé de faire ça.

– Faire quoi ?

– Me présenter comme si j'étais une nouvelle employée.

– C'est pourtant ce que tu vas être pendant trente jours.

– Je suis toujours ta femme.

– Plus pour longtemps, apparemment.

Je le regardai.

Il avait prononcé cette phrase d'un ton parfaitement neutre.

Je ne savais pas pourquoi elle me fit autant mal.

Nous arrivâmes devant les ascenseurs privés. Wyatt appuya sur le bouton. Les portes s'ouvrirent immédiatement. Nous entrâmes. Il appuya sur le dernier étage. Dès que les portes se refermèrent, le silence revint.

– Tu es bizarre depuis ce matin.

Je regardai les chiffres défiler.

– Je suis fatiguée.

– Ce n'est pas ça.

– Tu me connais mieux que moi maintenant ?

– Je te connais suffisamment pour voir quand tu mens.

Je me tournai vers lui.

– Alors tu dois être très déçu.

– Pourquoi ?

– Parce que je mens beaucoup en ce moment.

Les portes s'ouvrirent.

Wyatt me regarda longuement avant de sortir.

– Je sais.

Je restai immobile une seconde.

Puis je le suivis.

Son bureau occupait presque tout le dernier étage. De grandes baies vitrées donnaient une vue impressionnante sur la ville. Tout était parfaitement ordonné. Un grand bureau noir trônait au centre de la pièce, plusieurs écrans étaient installés sur une table secondaire et des dossiers étaient alignés avec une précision presque maniaque. Je m'arrêtai près de la fenêtre.

– Tu vas travailler ici ?

– Non.

Je me retournai.

– Où alors ?

– Dans la salle de réunion.

– Pourquoi ?

– Parce que je ne veux pas que tu touches à mes affaires.

Je fronçai les sourcils.

– Alors pourquoi m'avoir fait venir ?

Il prit une chemise cartonnée dans un tiroir.

– Parce que certaines informations doivent rester hors de portée de certaines personnes.

– Et tu penses que je peux les protéger ?

– Je pense que tu peux les reconnaître.

Je ne comprenais toujours rien.

Il me tendit la chemise.

– Lis.

Je l'ouvris.

À l'intérieur se trouvaient plusieurs documents concernant une société dont je n'avais jamais entendu parler.

– C'est quoi ?

– Une entreprise qui travaille avec nous depuis trois ans.

– Et alors ?

– Elle va disparaître.

Je relevai les yeux.

– Comment ça ?

– Quelqu'un vide ses comptes depuis plusieurs mois.

Je parcourus rapidement les documents.

– Tu veux que je trouve qui fait ça ?

– Non.

– Alors quoi ?

– Je veux que tu trouves pourquoi.

Je le regardai avec incrédulité.

– Tu as des comptables, des avocats, des auditeurs...

– Oui.

– Des gens qui font ça bien mieux que moi.

– Oui.

– Alors pourquoi moi ?

Il resta silencieux.

– Parce que quelqu'un à l'intérieur de cette entreprise connaît mes procédures. Mes équipes cherchent une personne. Moi, je cherche une raison.

Je refermai lentement la chemise.

– Et qu'est-ce que tu penses que je vais trouver ?

– Je ne sais pas.

– Tu mens.

Son regard se durcit.

– Fais attention.

– Tu viens de dire que tu voulais une raison. Tu sais déjà quelque chose.

– Je sais certaines choses.

– Lesquelles ?

– Ce n'est pas à toi de poser les questions.

Je ris nerveusement.

– Tu veux que je travaille pour toi sans me donner les informations nécessaires ?

– Je veux voir ce que tu es capable de découvrir sans que je t'influence.

Je le fixai.

Il venait de retourner complètement la situation.

– Et si je trouve quelque chose que tu ne veux pas voir ?

– Alors tu me le montreras.

– Et si ça concerne quelqu'un de ton entourage ?

– Tu me le diras aussi.

– Et si ça te concerne directement ?

Un silence lourd s'installa.

Wyatt s'approcha lentement de moi.

– Surtout dans ce cas-là.

Je ne répondis pas.

Il se pencha légèrement vers la chemise que je tenais encore.

– Il y a une salle de réunion au bout du couloir. Tu travailleras avec Collins.

Je relevai la tête.

– Collins ?

– Mon avocat.

– Pourquoi un avocat ?

– Parce que cette affaire ne concerne pas seulement de l'argent.

Cette phrase me fit immédiatement perdre mon sourire.

– Qu'est-ce qu'elle concerne ?

Il se redressa.

– Des documents.

– Quels documents ?

– Tu les reconnaîtras quand tu les verras.

Il se dirigea vers la porte.

– Wyatt.

Il s'arrêta.

– Quoi ?

– Est-ce que cette affaire a quelque chose à voir avec moi ?

Il ne répondit pas.

Je fis un pas vers lui.

– Réponds-moi.

Il se retourna lentement.

– Tu veux vraiment savoir ?

– Oui.

– Alors travaille.

Il sortit.

Je restai seule dans son bureau.

Je regardai la chemise entre mes mains.

Puis la porte.

Je venais de comprendre quelque chose.

Il ne m'avait pas amenée ici pour m'aider à résoudre son problème.

Il m'avait amenée ici pour voir si j'allais reconnaître quelque chose.

Je pris la chemise et me dirigeai vers la salle de réunion.

Collins m'attendait déjà.

C'était un homme d'une quarantaine d'années, grand, parfaitement habillé, avec une expression calme qui ne laissait rien deviner. Il se leva lorsque j'entrai.

– Madame Vance.

– Collins.

– Je suppose que Wyatt vous a expliqué la situation.

Je posai la chemise sur la table.

– Pas vraiment.

Il eut un léger sourire.

– Ça ne m'étonne pas.

Je m'assis.

– Vous travaillez avec lui depuis combien de temps ?

– Douze ans.

– Alors vous devez très bien le connaître.

– Assez pour savoir qu'il ne m'aurait jamais demandé de travailler avec vous sans raison.

Je me raidis.

– Qu'est-ce que vous voulez dire ?

Il s'assit face à moi.

– Je veux dire que cette affaire n'est pas aussi simple qu'elle en a l'air.

– Je m'en doutais.

– Wyatt vous a-t-il expliqué pourquoi il avait choisi cette entreprise ?

– Non.

– Et pourquoi il vous a choisie, vous ?

– Non plus.

Collins baissa les yeux vers la chemise.

– Alors il vaut mieux que vous soyez prudente.

Je le regardai attentivement.

– Vous savez quelque chose.

– Je sais beaucoup de choses.

– Concernant Wyatt ?

– Concernant cette affaire.

– Ce n'est pas la même chose ?

Il leva les yeux.

– Avec Wyatt, si.

Je restai silencieuse.

Il ouvrit la chemise et sortit plusieurs feuilles.

– Commencez par ces comptes.

Je les pris.

– D'accord.

– Et ne posez aucune question à qui que ce soit concernant les documents manquants.

Je relevai les yeux.

– Pourquoi ?

– Parce que la personne que nous cherchons pourrait travailler ici.

– Et si je la trouve ?

Collins me fixa.

– Ne lui dites pas que vous savez.

– Pourquoi ?

Il hésita.

– Parce que la dernière personne qui a posé trop de questions a quitté cette entreprise du jour au lendemain.

Un frisson parcourut mon dos.

– Elle a été licenciée ?

– Non.

– Alors ?

Il referma lentement la chemise.

– Elle a disparu.

Je cessai de respirer.

– Disparu comment ?

– Je vous conseille de vous concentrer sur les comptes, Madame Vance.

– Collins.

Il se leva.

– Vous comprendrez bientôt.

– Quoi ?

Il se dirigea vers la porte.

Avant de sortir, il se retourna.

– Pourquoi Wyatt vous a-t-il réellement demandé le divorce ?

Mon sang se glaça.

– C'est moi qui demande le divorce.

Collins me regarda pendant quelques secondes.

Puis il sourit légèrement.

– C'est ce que vous croyez.

Il sortit.

Je restai seule dans la salle de réunion.

Pendant plusieurs secondes, je ne bougeai pas.

Puis je regardai la porte.

Pourquoi venait-il de dire ça ?

Pourquoi Wyatt refusait-il de signer ?

Et surtout, pourquoi tous les hommes autour de lui semblaient-ils savoir quelque chose que j'ignorais ?

Je baissai les yeux vers les documents.

Je commençai à parcourir les chiffres.

Les premières pages semblaient parfaitement normales. Les mouvements financiers étaient cohérents, les signatures correspondaient et les dates ne présentaient aucune anomalie évidente. Pourtant, après quelques minutes, quelque chose attira mon attention.

Une transaction.

Je la relus.

Puis une deuxième.

Les deux montants étaient différents, mais les références étaient presque identiques.

Je pris mon téléphone et photographiai discrètement les pages.

Je savais que je ne devrais pas le faire.

Mais j'avais besoin de vérifier quelque chose.

J'ouvris rapidement une application sur mon téléphone et comparai les références avec les documents que j'avais gardés depuis plusieurs semaines.

Mon cœur s'arrêta.

Les chiffres correspondaient.

Pas exactement.

Mais suffisamment pour que ce soit impossible à ignorer.

Je retournai rapidement à la page précédente.

Une autre référence.

Même structure.

Même date.

Même type de mouvement.

Je sentis mes mains devenir froides.

Cette affaire n'avait rien à voir avec un simple détournement d'argent.

Quelqu'un avait utilisé cette entreprise pour déplacer quelque chose.

Quelque chose que j'avais déjà vu.

Je refermai brusquement le dossier.

– Non...

La porte s'ouvrit.

Je sursautai.

Wyatt entra.

Son regard se posa immédiatement sur moi.

Puis sur les documents.

Puis sur mon visage.

– Tu as trouvé quelque chose.

Ce n'était pas une question.

Je déglutis.

– Non.

Il referma la porte derrière lui.

– Tu viens de mentir.

Je serrai les documents contre moi.

– Je n'ai rien trouvé.

Il s'approcha lentement.

– Alors pourquoi tes mains tremblent-elles ?

Je reculai d'un pas.

– Je suis fatiguée.

– Evie.

Sa voix était devenue plus grave.

– Qu'est-ce que tu viens de reconnaître ?

Je le regardai.

Et pour la première fois depuis notre mariage, je compris que nous étions peut-être en train de jouer au même jeu. Sauf que lui connaissait les règles.

Et moi, je venais à peine de comprendre que la partie avait commencé.

Chapitre 3

CHAPITRE 3

Point de vue d'Evie

Je soutins le regard de Wyatt sans parvenir à répondre. Il était trop près de moi maintenant. Pas assez pour me toucher, mais suffisamment pour que je sente la tension qui s'était installée dans la pièce. Son regard ne quittait pas mon visage. Il attendait. Il savait que quelque chose venait de changer. Je pouvais le voir dans la manière dont sa mâchoire s'était contractée et dans cette immobilité presque inquiétante qui le caractérisait lorsqu'il essayait de comprendre quelque chose. Je baissai finalement les yeux vers les documents.

– Je n'ai rien reconnu.

– Tu mens encore.

– Je te l'ai dit, je n'ai rien reconnu.

– Alors regarde-moi et répète-le.

Je relevai lentement la tête.

– Je n'ai rien reconnu.

Il resta silencieux.

Puis il tendit la main vers les documents.

– Donne-moi ça.

Je les lui remis.

Il parcourut rapidement les pages, puis s'arrêta sur la transaction que j'avais observée quelques minutes plus tôt. Son expression ne changea pas, mais son regard, lui, devint plus dur.

– Tu t'es arrêtée ici.

– J'ai simplement regardé les chiffres.

– Non.

Il posa son doigt sur la ligne.

– Tu as compris quelque chose.

– Pourquoi est-ce si important pour toi de savoir ce que j'ai compris ?

Il releva les yeux.

– Parce que si tu as compris ce que je pense, alors tu es en danger.

Je sentis un frisson me parcourir.

– En danger de quoi ?

– De la personne qui a fait ça.

– Tu sais qui c'est ?

– Non.

– Alors comment peux-tu dire que je suis en danger ?

Il referma le dossier.

– Parce que cette personne sait déjà que quelqu'un cherche.

– Et elle sait que je travaille pour toi ?

– Elle le saura.

– Quand ?

– Probablement déjà.

Je me levai.

– Je veux partir.

– Non.

– Wyatt...

– Tu as accepté trente jours.

– Je n'avais pas accepté de me retrouver au milieu d'une affaire dangereuse.

– Tu ne l'as jamais demandé.

– Exactement.

Il s'approcha.

– Alors tu veux partir maintenant ?

– Oui.

– Pourquoi ?

– Parce que je ne veux pas finir comme la personne dont Collins m'a parlé.

Il resta immobile.

– Collins t'a parlé d'elle ?

– Oui.

– Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

– Qu'elle avait disparu.

Son expression changea légèrement.

– Il n'aurait pas dû.

– Pourquoi ?

– Parce que tu n'étais pas censée savoir.

Je le fixai.

– Tu vois ? C'est exactement ce que je te reproche.

– Quoi ?

– Tu me demandes de travailler sur une affaire dont tu refuses de m'expliquer les règles. Tu me caches des informations. Tu me dis que je suis en danger mais tu refuses de me dire pourquoi. Et maintenant tu me reproches de découvrir des choses que tu m'as volontairement cachées.

Il ne répondit pas.

– Je veux mon divorce.

– Tu l'auras.

– Quand ?

– Dans trente jours.

– Et si je refuse de continuer ?

Il s'approcha encore.

– Alors tu n'obtiendras pas ce que tu veux.

Je le regardai avec colère.

– Tu sais quoi ? Je commence à croire que tu ne veux pas réellement divorcer.

Il ne détourna pas les yeux.

– Peut-être.

Cette réponse me surprit.

– Peut-être ?

– Je n'ai jamais dit que je voulais divorcer.

– C'est moi qui le demande.

– Je sais.

– Alors pourquoi est-ce que tu agis comme si tu avais ton mot à dire ?

Il resta silencieux quelques secondes.

– Parce que tu ne sais pas ce que tu fais.

– Je sais exactement ce que je fais.

– Non.

Sa voix était devenue plus douce.

– Tu crois que tu cours vers la liberté. En réalité, tu cours vers quelque chose que tu ne comprends pas.

Je sentis ma gorge se serrer.

– Tu ne sais rien de ce que je veux.

– Je sais ce que tu essaies de cacher.

Mon cœur s'arrêta.

– Qu'est-ce que tu racontes ?

Il se rapprocha jusqu'à ce qu'il n'y ait presque plus de distance entre nous.

– Je t'ai posé une question.

– Et je t'ai répondu.

– Non. Tu as évité la question.

– Parce que je ne sais pas de quoi tu parles.

Il me regarda longuement.

Puis il recula.

– Très bien.

Je fronçai les sourcils.

– Très bien quoi ?

– Continue.

– Continue quoi ?

– Travaille.

Il posa les documents devant moi.

– Tu veux divorcer ? Alors gagne ton divorce.

Je le regardai comme s'il était devenu fou.

– Gagner mon divorce ?

– Oui.

– C'est quoi, un concours ?

– Non.

Il se dirigea vers la porte.

– C'est une épreuve.

Je me retournai.

– Wyatt.

Il s'arrêta.

– Si je trouve ce que tu cherches, qu'est-ce qui se passe ?

Il ne répondit pas tout de suite.

– Tu me le diras.

– Et après ?

– Je te le dirai.

– Tu ne peux pas me répondre normalement une seule fois ?

Un léger sourire apparut sur ses lèvres.

– Pas avec toi.

Il sortit.

Je restai seule.

Je détestais cet homme.

Je détestais sa façon de répondre à moitié. Je détestais son calme. Je détestais cette manière qu'il avait de me regarder comme s'il connaissait chaque pensée qui traversait mon esprit. Et plus que tout, je détestais le fait qu'une petite partie de moi se demandait encore si j'avais réellement raison de vouloir partir.

Je chassai immédiatement cette pensée.

Je n'avais pas le droit de douter.

Pas maintenant.

Je repris les documents.

Cette fois, je ne cherchai plus uniquement les anomalies financières. Je cherchai les connexions. Les noms. Les dates. Les sociétés intermédiaires. Tout ce qui pouvait me conduire à la source.

Après presque deux heures de travail, une liste de noms apparut.

Je connaissais certains d'entre eux.

Pas personnellement.

Mais je les avais déjà vus.

Je pris une feuille et commençai à noter les correspondances.

Une entreprise.

Deux comptes.

Trois transferts.

Puis un nom.

Je m'arrêtai.

Campbell.

Je relus le nom.

Impossible.

Je retournai aux documents.

Le nom apparaissait deux fois.

Je me levai brusquement.

La porte s'ouvrit au même moment.

Campbell entra.

Je levai immédiatement les yeux.

Elle était élégante, parfaitement coiffée, vêtue d'un tailleur clair qui lui donnait une allure impeccable. Elle tenait une tablette contre elle et me regarda avec une expression neutre.

– Vous êtes Evie.

Ce n'était pas une question.

– Oui.

Elle regarda les documents sur la table.

– Vous travaillez sur l'affaire de Northbridge ?

– Oui.

Son visage se ferma légèrement.

– Wyatt vous a confié ça ?

– Oui.

– Pourquoi ?

Je haussai les épaules.

– Il ne m'a pas donné d'explication.

Elle s'approcha de la table.

– Il ne vous donne jamais d'explication.

Je la regardai attentivement.

– Vous travaillez avec lui depuis longtemps ?

– Suffisamment.

– Et vous connaissez cette affaire ?

– Un peu.

Je refermai immédiatement le dossier.

– Alors vous pouvez peut-être m'aider.

– Peut-être.

– Je cherche une connexion entre plusieurs transactions.

– Pourquoi ?

– Parce que certaines références apparaissent plusieurs fois.

Elle prit la feuille que j'avais laissée sur la table.

Ses yeux parcoururent rapidement les lignes.

Puis elle s'arrêta.

Son visage changea.

À peine.

Mais je le remarquai.

– Où avez-vous trouvé ça ?

– Dans les comptes.

– Vous êtes certaine ?

– Oui.

Elle me rendit la feuille.

– Vous devriez oublier cette piste.

Je fronçai les sourcils.

– Pourquoi ?

– Parce qu'elle ne mène nulle part.

– Vous n'en savez rien.

Elle me fixa.

– Je sais suffisamment.

– Vous avez peur de quelque chose ?

Son regard devint froid.

– Faites attention à ce que vous dites.

– Pourquoi ? Parce que je suis la femme de Wyatt ?

– Non.

Elle se pencha légèrement vers moi.

– Parce que vous ne savez pas encore dans quoi vous venez de mettre les pieds.

Elle se redressa et se dirigea vers la porte.

– Campbell.

Elle s'arrêta.

– Oui ?

– Pourquoi votre nom apparaît-il dans ces documents ?

Elle ne bougea plus.

Le silence devint lourd.

Je sentis mon cœur accélérer.

Elle se retourna lentement.

– Mon nom ?

Je pris la feuille et la lui tendis.

– Ici.

Elle regarda le document.

Puis moi.

Et pour la première fois, je vis quelque chose dans ses yeux.

De la peur.

Pas beaucoup.

Mais suffisamment.

– Ce n'est pas mon nom.

– Pourtant, il y a écrit Campbell.

– Campbell est un nom courant.

– Pas avec cette référence.

Elle ne répondit pas.

Puis elle me prit le document des mains.

– Ne montrez ça à personne.

– Pourquoi ?

– Parce que si Wyatt le voit...

Elle s'arrêta.

– Quoi ?

– Rien.

Elle sortit rapidement.

Je restai immobile.

Quelque chose n'allait pas.

Je le savais.

Je regardai l'endroit où elle venait de disparaître.

Puis la feuille.

Campbell savait quelque chose.

Et elle venait de confirmer qu'il y avait bien quelque chose derrière ces transactions.

Je repris mon téléphone.

Je voulais appeler la personne qui m'avait envoyé les messages.

Mais avant que je puisse ouvrir la conversation, mon téléphone vibra.

Un appel entrant.

Numéro inconnu.

Je décrochai.

– Allô ?

Aucune réponse.

– Qui est-ce ?

Silence.

Puis une voix déformée résonna à l'autre bout.

– Tu dois arrêter.

Mon sang se glaça.

– Qui êtes-vous ?

– Tu dois arrêter de chercher.

– Qui êtes-vous ?

– Si tu continues, Wyatt ne pourra pas te protéger.

Je me levai.

– De quoi parlez-vous ?

– Tu crois que tu veux divorcer pour une raison.

Mon cœur s'arrêta.

– Qu'est-ce que vous savez ?

Un silence.

Puis la voix murmura :

– Demande-lui pourquoi il t'a épousée.

L'appel se coupa.

Je restai figée.

Pourquoi il m'avait épousée ?

Cette question me traversa comme une lame.

Notre mariage avait toujours été étrange. Rapide. Peu de personnes avaient compris pourquoi Wyatt avait accepté de m'épouser. Même moi, parfois, je me demandais ce qui l'avait réellement poussé à le faire.

Je m'étais toujours raconté que nous nous étions aimés.

Mais soudain, je n'étais plus certaine de rien.

La porte de la salle de réunion s'ouvrit.

Je sursautai.

Wyatt entra.

Son regard se posa immédiatement sur moi.

– Qui t'a appelée ?

Je ne répondis pas.

Il s'approcha.

– Evie.

– Pourquoi m'as-tu épousée ?

Il s'immobilisa.

Pendant quelques secondes, il ne dit rien.

Puis son visage devint complètement impassible.

– Qui t'a parlé de ça ?

Je sentis mon cœur accélérer.

– Réponds à ma question.

Il referma lentement la porte derrière lui.

– Tu n'aurais jamais dû poser cette question.

– Pourquoi ?

Il s'approcha.

– Parce que maintenant, je vais devoir te donner une réponse.

Je le regardai.

– Alors donne-la-moi.

Wyatt resta silencieux quelques secondes.

Puis il prononça une phrase qui me donna froid dans le dos.

– Je ne t'ai pas épousée pour la raison que tu crois.

Je cessai de respirer.

Il fit un pas vers moi.

– Et si tu veux vraiment divorcer, Evie...

Son regard se fixa dans le mien.

– Tu ferais mieux de découvrir cette raison avant de partir.

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