Je me souviens de notre première rencontre.
Il n'y avait pas un bruit dans la chambre, il l'y faisait sombre.
C'était un soir d'hiver, pour être plus précis, le jour de mes dix-huit printemps.
J'étais comme figé, paralysé.
C'est un sentiment difficile à expliquer.
Je n'étais ni effrayé, ni triste et encore moins joyeux, juste subjugué et statufié.
Et surtout rien ne m'y avait préparé.
Aucune histoire ne peut décrire cet instant, et à l'heure actuel, j'ai encore du mal à comprendre.
C'est une sorte d'illusion, un combat perpétuel entre le bien et le mal.
Tout comme la lune s'efforce de briller dans la nuit sous le regard impuissant des étoiles.
Et ils étaient là à me regarder sans un mot, sans un geste, ni même un battement de cils.
Pourtant, j'avais cette certitude qu'à cette date précise, ma vie allait changer.
« Je sais que la coutume exige que je commence mon histoire par le début, mais c'est mon histoire.
Alors, je fais ce que je veux. »
Comme je te l'ai dit plus tôt, après cette fameuse nuit. Je me retrouve neuf ans plus tard, dans un hôpital psychiatrique de Manhattan. Cet hôpital est géré par l'état de New York sur Wards Island.
On est environ 200 patients, plus dingues les uns que les autres. On n'a pas droit aux visites durant les trois premiers mois.
Tout est réglé au millimètre près, les heures pour les pilules, pour la bouffe, celles du lever et du coucher, et des promenades.
Autrement dit, une prison. En fait, on se fait chier.
Alors, j'ai décidé d'intégrer l'atelier de lecture et d'écriture pour passer le temps.
Et surtout, pour éviter de faire les sales besognes infligées aux autres patients.
« Nettoyer les sanitaires à la brosse, on se fout de nous. »
Bref, il fallait que je passe un test psychologique, pour faire partie du groupe : un comble.
« La blague. Si je suis fou, je suis admis lol ? »
Me voilà conduit au sous-sol par deux travailleurs sociaux, le long d'un couloir sombre, vers le bureau du Docteur Lopez.
Elle se tenait assise derrière son bureau, faisant tournoyer un bic rouge entre ses doigts.
C'était une colombienne, la cinquantaine, plutôt en forme, « j'entends des formes plutôt généreuses, » de jolies fossettes, un rouge à lèvres pivoine, tailleur-pantalon noir sous sa blouse blanche.
Elle me prit de m'assoir et demande aux travailleurs de nous laisser seuls.
« Alors, comment va-t-on, aujourd'hui ? » me demande-t-elle avec un petit sourire en coin.
- Ben ça va... enfin ça va ! Si ça allait tant que ça, je pourrais quitter l'établissement.
« Que puis-je faire pour vous M. Sacha ? » en ouvrant son carnet de note.
- Ok, on peut se tutoyer alors Théresita !
« Non non, répondit-elle sur un ton condescendant. »
- Ce n'est pas approprié. On dit : Docteur Lopez.
« L'entretien commence bien, je vois déjà ma demande finir à la poubelle. »
- Toutes mes excuses Docteur Lopez, loin de moi l'idée de vous offenser. Il est vrai que cela est fort inconvenant, « un vrai lèche-cul, il faut ce qu'il faut, si l'on veut obtenir la moindre faveur dans ce trou à rats. »
- Je présume que c'est pour votre demande d'admission à l'atelier ?
- Tout à fait, Docteur. J'aimerais écrire un mémoire si possible. Je sais que les places ne sont pas toujours vacantes, mais s'il y avait possibilité, je serais honoré de pouvoir y participer.
« Un vrai lèche-cul, je vous ai dit. »
Elle pianota sur son clavier, quelques instants, mais d'une vitesse affolante, à croire qu'elle a un train à prendre, et cela, tout en me regardant droit dans les yeux.
- Je vois que l'on vous a diminué votre traitement, vous n'êtes plus qu'à deux pilules, trois fois par jour. C'est très bien. Néanmoins, vous savez que cela porte quelques conditions.
- C'est-à-dire ?
- Vous ne pouvez pas emporter le matériel de l'atelier dans votre chambre, nous avons eu certains désagréments, vous n'imaginez pas les dégâts que peuvent causer une simple feuille ou un crayon dans les mains de l'un de nos patients.
« Elle m'a refroidi en deux minutes, comment peut-on faire des dégâts à l'aide d'une simple feuille, et en même temps, je n'avais pas trop envie de le savoir. »
- Vaut mieux que vous ne le sachiez pas. Sachez juste que la mort dans cet établissement est omniprésente, et la plupart du temps de manière inexplicable.
- Super ! « Accompagné d'un petit clin d'œil. »
- Eh bien M. Sacha, vous avez de la chance. Il y'a une place qui vient de se libérer.
Voici le planning, l'atelier se déroule à partir de 8h30 après le déjeuner et fini à midi, l'heure du diner.
Et se font le lundi, mercredi et vendredi. Les cours sont professés par M. Etienne et Mme Daisy.
Toute fois, je dois m'assurer qu'il n'y aura aucune altercation de votre part durant ce week-end d'ici lundi.
Et encore une dernière chose à savoir, c'est que les professeurs ont le droit et je dirai même l'obligation de lire chacune des pages de votre mémoire comme vous dites. Pour être sûr qu'il n'y ait pas écrit la moindre tentative pour vous-même ou pour autrui, cela va de soi.
- super !
Elle sortit mon dossier de l'un de ces placards.
« Nous n'avons pas encore clôturé votre bilan mensuel, qu'en est-il de vos hallucinations ? me demanda-t-elle en souriant.
Je suis resté bloqué, est-ce un test ? »
- Et ben, ça va. « Mytho. » En même temps, c'est un peu radical avec les cachetons que vous me filez, c'est à peine si je m'entends penser.
- C'est une bonne chose, c'est que vous êtes sur la voie de la guérison. Ils ne sont plus souvent présents ?
- Ils ne sont plus là tout court. « Mytho».
- C'est très bien Sacha, on va en rester là. On se reverra lundi matin, vers 8h pour que vous signiez les documents d'admission pour accéder à l'atelier. Passez un bon week-end.
- Merci Docteur vous aussi.
Trois jours plus tard,
J'étais dans ma chambre accompagnée de mon pote de cellule ce lundi matin à regarder par la fenêtre le soleil se lever. J'aurais tant donné pour être à sa place. Être étincelant, libre, se foutant de la cruauté du monde, ne pouvant recevoir aucune consigne, aucun jugement, aucun ordre et par-dessus tout, aucun sentiment. Tout en sachant que c'est lui qui décide de notre avenir.
D'une voix suave, il s'est adressé à moi :
- Tu as vu Sacha, le soleil ressemble à une bulle !
- J'avoue Bulle, en même temps avec toi, tous ressemblent à des bulles.
- Alors, c'est le grand jour Sacha, tu vas enfin pouvoir aller à l'atelier. Cela fait tellement longtemps que tu attends cela ?
- Sept mois, Bulle. J'espère juste que Docteur Lopez me laissera y accéder.
- Je peux te poser une question ?
- Parce qu' il n'y a aucun membre de ma famille qui veut bien venir me rendre visite.
On est considéré comme fous, Bulle. Il n'y a pas de place pour nous dans la civilisation.
- Tu savais déjà ce que j'allais te poser comme question, tu es un divin Sacha ?
- Non Bulle, cela fait plus d'un an que tu me poses la même question tous les matins.
L'air attristé, il me dit : J'suis désolé Sacha, je ne recommencerai plus.
- Ne t'inquiète pas Bulle, tant que je serai là, je répondrai toujours à ta question.
« Merci, me dit Bulle alors qu'il rangeait soigneusement son lit, sourire aux lèvres. »
Le surveillant frappa à la porte. «il faut que tu ailles voir la Doc, Sacha. C'est l'heure. »
A mon arrivée dans son bureau, Madame Lopez avait l'air plutôt contrarié.
Avait-elle passé un mauvais week-end, aurait-elle reçu une mauvaise nouvelle ; Quoi qu'il en soit, elle me fit un signe de la tête en regardant la chaise pour me faire mine de m'assoir.
« Je crois qu'en ce lundi matin, les salutations d'usage n'étaient pas d'actualité. »
- Allons droit au but Sacha, je suis désolée, j'ai une réunion qui m'attend.
Voudrais-tu bien signer à la dernière page, et faire un paragraphe en bas à droite sur les autres pages ? merci.
C'est juste une question de formalité en cas d'accident qui pourrait éventuellement se produire durant ton activité.
- Une sécurité en fait, pour vous ou pour moi ?
- Pour nous deux ! très bien, je te libère pour que tu puisses aller déjeuner avant ton atelier.
J'espère que ça te plaira et que tu pourras me faire part de tes mémoires, une fois terminées.
- Avec plaisir, mais ne vous emballez pas trop, ce sera juste un petit puzzle de mots et de pensées.
- Au fait Sacha, une petite dernière chose, toujours pas d'hallucination, j'espère ?
- Non Docteure; Toujours rien à l'horizon.
- c'est très bien, continues à bien prendre ton traitement. Et passes une agréable journée.
J'avais appris plusieurs choses à mon retour de l'atelier.
Tout était structuré, chaque chose à sa place. Et tout était individuel.
Il y a mon nom et mon prénom sur chacun de mon matériel, sur mon crayon, ma latte, en gros mon plumier, et même sur chacune de mes feuilles.
Chacun des patients avait une place désignée, et cela va de soi avec nos noms et prénoms, suivi de nos matricules. Pour ainsi dire, tout était militarisé. Il ne manquait plus que le : Oui chef ; Non chef !
Mais je dois l'accorder. Les professeurs sont bienveillants, on sent qu'ils sont là par envie d'aider son prochain et non par obligation ou par facilité de travail comme certains surveillants.
Etienne et Daisy ont vraiment le cœur sur la main, à l'écoute des patients en leurs accordants toute leur attention.
Je comprenais pourquoi les places pour l'atelier étaient tant sollicitées, c'est réellement un endroit calme et paisible, où l'on peut, le temps d'un instant, trouver paix et tranquillité.
Avant d'aller à la cantine, Je laisse soigneusement mes affaires dans mon casier sous le regard d'Etienne, pour bien s'assurer que l'on empreinte pas malencontreusement certains ustensiles pour raison personnelle.
Au loin, comme d'habitude. J'aperçois Bulle me faisant des grands signes pour signaler son emplacement. Qui est soi-disant au passage le même depuis plus d'un an.
« Alors comment s'est passé ton premier jour d'école ? » me dit-il en me glissant un plateau qu'il avait gentiment pris pour moi ; Pour lui, c'était un énorme geste d'amitié, et je dois avouer que c'est réciproque.
J'ai été au plus court ; Toutefois, il y'a pas grand-chose à expliquer. A part, le fait que tout le monde se tient à carreaux et fait ce qu'il a à faire durant les heures de l'atelier.
« J'ai encore une question. Mais je te promets, ça n'a rien à voir avec les visites, m'interroge-t-il d'un air gêné ».
- Vas-y, je t'écoute !
- je t'explique : j'avais rendez-vous chez mon psy et elle m'explique que si je suis fou que c'est normal.
« Et il y met un entracte comme s'il y avait une pub dans son récit. »
- Jusque-là, je te suis. Enfin je crois.
-Je t'explique, elle me dit que toute personne dans ce monde est forcément folle et que donc c'est normal.
- Ok !
- Ainsi, une personne qui n'est pas folle, ce n'est forcément pas normal ?
- ça se tient !
- Ce qui conclut que ceux qui sont à l'extérieur du centre ne sont pas normaux et ceux qui sont à l'intérieur, autrement dit : nous, nous sommes normaux.
Ensuite, elle m'a expliqué que tout dépend d'un certain degré, mais j'ai décroché puisque je ne voyais pas la comparaison avec la température et de toute façon la séance arrivait à la fin. Qu'en penses-tu ?
- Et ben, suivant ta magnifique expertise, c'est qu'être normal, ce n'est pas normal en fait.
« Voilà, j'ai bien compris alors, je ne suis pas fou, me dit-il en souriant, fier de lui.
On va dire trois semaines, les semaines défilèrent et se ressemblèrent jusqu'à ce fameux jour où Je me dirige vers ma salle de cours, en ce vendredi. Cela faisait trois semaines que je m'appliquais au récit de ma vie, mon chef-d'œuvre.
Lorsque l'un des surveillants m'interpella par l'épaule. « Tu es convoqué chez la Doc, ça a l'air sérieux.
Daisy et Etienne t'y attendent également. »
Je n'avais pas vraiment envie de m'y rendre, ayant comme une impression de déjà-vu. Et cela ne me disait rien qui vaille.
Dans le bureau de madame Lopez, ils étaient tous droits comme des piquets, ça sentait le peloton d'exécution.
« Qu'est-ce que j'ai encore fait ? ai-je exprimé.
- Bonjour Sacha, ne t'inquiètes pas, ce n'est qu'une formalité en se forçant à sourire. »
« Pourtant, je n'avais pas le sentiment que la situation était si banale que ça. »
- Dans ce cas, puis-je savoir ce que je fais là ?
- On aimerait que tu nous éclaires sur une situation, qui s'est déroulé durant l'atelier en début de semaine.
- Je ne vois pas trop ce dont vous voulez parler, tout s'est déroulé dans le calme, il n'y a eu aucun incident.
Daisy rajouta : « C'est par rapport à Sam, la façon dont tu t'y es pris pour le calmer. Personne d'autre n'y était parvenu. Et surtout, comment as-tu su que ce qui l'embêtait , était le fait qu'il n'était pas assis sur sa chaise habituelle ? »
- Ben, durant chaque cours. J'ai remarqué qu'il se balançait de l'avant à l'arrière comme les jeux d'enfants que l'on peut voir dans les parcs. Il le faisait tout le temps, ça avait l'air de l'apaiser.
Mais mardi passé, j'ai constaté que lorsqu'il le faisait. La chaise n'était plus bancale, alors je suis allé la chercher.
- Ok, ça je peux le concevoir, mais comment as-tu su quelle chaise prendre dans la pile de chaises rangées au fond de la classe ?
- ben, il y avait son nom dessus.
« Bien tenter Sacha, mais on a vérifié, il n'y avait pas le nom sur la chaise de Sam ! répliqua Doc Lopez sur un ton légèrement énervé. »
- On a droit à un avocat, ici ?
- Non Sacha. Ici, je suis l'avocat, le juge et le bourreau.
- Dans ce cas, j'aimerais vous parler seul à seul Docteure.
- Très bien. Veuillez nous laisser, je vous prie ; Et Sacha, je veux que tu m'expliques tout dans les moindres détails. Et au passage, j'ai également une confidence à te faire. Tu te souviens, il y a trois semaines, je t'ai demandé comment cela se passe avec tes hallucinations et tu m'as répondu mots pour mots : « Non Docteure, toujours rien à l'horizon ».
Or, il s'avère que j'ai demandé que l'on diminue tes doses de médicaments de moitié. Ce qui veut dire qu'au lieu d'avoir deux gélules de 1g 3x/jour, tu n'as plus que deux de 500mg 3x/jour.
Et tu vas me faire croire qu'il n'ya aucun changement dans ton métabolisme ainsi qu'au niveau de ta santé mentale ?
« S'il parle, on est dans la merde. On va finir sur le billard, c'est sûr
- Non, on peut faire confiance à Sacha, il sait ce qu'il fait.
- Je ne mettrai pas ma main au feu.
- Tu ne peux pas de toute façon ! »
J'avais l'impression d'être dans un cul-de-sac. Je n'avais qu'une envie de me barrer en courant.
Je déteste ce genre de situation dans laquelle je me sens pris au piège. Mais si je me casse, je sais comment cela va se terminer. Retour à la case maison, entre quatre murs, pire encore entre quatre planches. Super comme dilemme.
- Je vais tout vous expliquer, mais promettez-moi de ne pas augmenter les doses.
Je n'ai pas envie de finir comme un légume.
Ainsi ont commencé mes aveux sur le fait que les hallucinations étaient perpétuelles.
Que non seulement, ils s'agissaient bien de voix que j'entendais dans ma tête mais qu'en plus de ça, Je les voyais, ils étaient présents avec moi à chaque instant. La seule chose qui régule effectivement mon contrôlesur eux. Ce sont les pilules.
Si je n'en ai pas, ils prennent le contrôle et si j'en prend trop, je deviens un légume et eux finissent dans l'Olympe ou je ne sais où, et si je prends le bon dosage, j'ai le contrôle sur eux.
- Encore heureux que l'on ne t'a pas donné du placebo.
- Super ! J'aurais fini à l'isolement comme à mon arrivée.
- OK, mais ça ne m'explique toujours pas, comment tu as su, du premier coup, quelle était la chaise bancale de Sam.
- C'est Éden qui me l'a dit.
- Pardon ?
- Je vous avais dit que vous allez me prendre pour un fou, en même temps, on est dans un hôpital psychiatrique, je ne vois pas où d'autre je pourrais finir.
« Ben, le billard. Des gens seront surement intéressés de savoir ce qu'il y a dans votre petite tête ! dit-elle avec un petit sourire moqueur. »
« Et voilà, on va tous crever !
- C'est une blague de médecin, parce que ce ne s'est pas drôle du tout »
- Bien sûr, je plaisante Sacha. Ne t'inquiète pas, nous sommes liés au secret professionnel.
Mais j'aimerais mieux comprendre, comment se déroule le dialogue entre Éden et toi ?
- Alors, comment vous dire cela sans vous faire paniquer.
Pour commencer, ils sont deux. Avec chacun son caractère et sa vision du monde.
Ils sont totalement indépendants, ils réfléchissent tous deux par eux-mêmes.
Mais ils ont besoin l'un de l'autre, l'un ne va pas sans l'autre quoi.
Et moi, je suis leur masse corporelle, plus précisément mon cerveau.
Pour être encore plus précis, je dirais que les deux sont deux atomes qui forment un noyau.
Et ce fameux noyau et ben, c'est ma conscience.
- Ce n'est pas commun, je n'ai jamais rencontré ce genre de cas. Tu dois comprendre que c'est plutôt alarmant comme situation, il va falloir que j'en réfère à mes collègues.
Bien évidemment sans te citer, cela va de soi. Mais pour le moment, je vais devoir réaugmenter tes doses pour que tu ne puisses plus subir ce fardeau, je suppose que cela doit être pénible pour toi.
« Et voilà, il va finir à l'isolement et nous dans un p*** de trou noir, on va se faire chier ! » s'écria Ébène.
« J'avoue. Écoute Sacha, Ébène n'a pas totalement tort sur ce coup-là. Il faut que tu fasses quelque chose. »
- Ok, si je vous dis que je sais où se trouve votre bic rouge que vous affectionnez tant ?
- Et comment tu pourrais le savoir, et puis d'abord comment sais-tu que je l'ai perdu ?
- Parce que Éden me l'a dit, vu que depuis mon arrivée dans votre bureau, vous n'arrêtez pas de répéter en boucle, je cite : Où est ce p*** de stylo ?
- Dans la poche avant de votre autre veste qui est dans l'armoire.
- Comment tu savais, c'est un tour de magie ou quoi ? ou même comment ce Éden le savait.
- Vous y pensez fortement, il l'entend. Ensuite, il fouille dans votre mémoire et il le trouve.
Ce n'est pas parce que vous ne vous en souvenez plus que ce n'est pas enfui dans votre conscience.
Éden ou Ébène vont juste à la pêche aux infos.
- Ok, donc tu sais lire dans mes pensées ?
- Lol non, on n'est pas dans « Ce que veulent les femmes ? ».
Je vous donne un exemple : là, à cet instant précis, je ne pourrais pas vous dire quelle est votre couleur préférée.
En revanche, si je vous pose la question, vous allez y penser. Et maintenant, comme vous venez de le faire. Je sais vous dire que votre couleur préférée est le rouge. En même temps, vu que votre bic fétiche est rouge, même sans ça, j'aurais pu le deviner.
- En conséquence, tu ne lis pas vraiment dans les pensées ?
- C'est plus complexe que ça, je n'entends pas tout ce dont les gens pensent. Il faut que la personne y pense intensément, comme vous avec votre bic. Ou que je lui pose une question et forcément, vous êtes obligé d'y penser, ça malheureusement, vous ne pouvez pas me le cacher. Et paf, je le sais. Via Éden ou Ébène, évidemment.
- On va faire une pause pour aujourd'hui, tu te doutes que cela fait beaucoup d'informations pour moi.
Je ne suis plus sûr d'avoir les idées claires. Je te donne rendez-vous mercredi à 13 h, si tu veux bien.
Finalement, on ne sait pas fait charcuter. La Docteure Lopez a trouvé préférable de garder le diagnostic pour elle, mais en échange, je devais l'assister lors de ses consultations journalières. Ce qui a augmenté son quota de guérisons au sein de l'hôpital. C'était du donnant-donnant.
Néanmoins, les choses ne pouvaient pas être aussi simplespour elle. Elle avait un plan derrière la tête, et voilà le deuxième jour qui a changé ma vie.
Je toque à la porte du DocteureLopez pour l'accompagner à l'une de ses séances et je tombe nez à nez avec une jeune femme propre sur elle, d'origine latine. Il devait surement y avoir un lien avec la Doc.
- Bonjour Sacha, je vous présente le lieutenant Elena L. Hortal du FBI. Si elle est là aujourd'hui, c'est pour une raison particulière qui suscite ton ..., comment pourrait-on qualifier ça ?
- Mon problème, vous voulez dire ?
-J'aurais plutôt dit ton talent, qui a fait ses preuves ces dernières semaines ; Grâce à toi, on a pu aider un bon nombre de patients.
- Et je suis censé faire quoi ?
- Le lieutenant aurait besoin de tes services pour un interrogatoire au sein de son enquête, mais je vais la laisser t'expliquer cela mieux que moi.
- Bonjour Sacha. Tout d'abord, il faut que vous sachiez que tout cela reste confidentiel et rien de ce qui sera dit, ici ou lors de nos déplacements, ne sera divulgué à qui que ce soit.
- Super ! c'est ce que la Doc m'avait indiqué aussi et vous voilà.
- Sacha, je t'en prie. C'est un cas de force majeur, la vie d'une enfant est en jeu. Le lieutenant L. Hortal s'est confié à moi lors de l'une de nos séances, puisque cette affaire l'affecte particulièrement et tu es le seul à pouvoir l'aider. Tu peux nous faire confiance, il n'y a que nous qui sommes au courant et je te l'ai prouvé en ajustant ton diagnostic, n'est-ce pas ?
- D'accord, mais je gagne quoi dans tout ça ?
- Une chambre individuelle avec tout le confort d'un patient VIP, télé, sanitaire privé et une cantine généreuse. Mais par-dessus tout, le droit de sortir de l'établissement lors de tes interventions sous la surveillance du lieutenant L. Hortal. Et qui sait mieux que toi que la liberté, ça a un prix !
- Très bien, mais j'ai une seule condition. Non en fait deux, je veux que Bulle soit avec moi dans cette chambre de luxe, et qu'il aittous les mêmes privilèges que moi au sein de votre bulle.
- Accordé.
En route pour le bureau fédéral,
Le trajet dure plus ou moins une trentaine de minutes, le temps qu'il faut pour que le lieutenant L. Hortal me fasse un topo sur les individus en question.
« Alors, il s'agit de deux suspects, l'un est un homme de race blanche, d'une cinquantaine d'années, faisant 1,80 m, et de grosse corpulence. Son acolyte lui est de race noire, moins de vingt ans, plus petit dans les 1,70 m. C'est lui que l'on a su capturer hier soir, il se rendait dans un night-shop pour faire quelques provisions pour eux deux et la victime, je suppose. Me dit-elle avec mépris. »
- ce n'est pas un peu radical tout ça, race blanche, race noire ?
- On n'est pas là pour des formalités. Dès qu'on arrive au bureau, tu seras assigné comme consultant.
Tu ne dis pas un mot, tu observes et tu me fais ta conclusion après que je l'ai interrogé. C'est tout.
- Oui, chef !
« Col, voici Sacha, c'est notre assistant.
La capitaine Strauss est au courant de sa venue au sein de nos bureaux.
- Enchanté Sacha, Lieutenant Cooper Mac Collins. Mais tout le monde ici m'appelle Col.
- Enchanté Col, mais pourquoi pas Coop dans ce cas ?
- Très bonne question, mais je ne serais pas te répondre, ce sont les collègues qui choisissent. J'avoue, j'aurais aussi préféré Coop, ma mère m'appelle ainsi, son petit Coop.
- je trouve que ça plus de gueule Coop, je peux t'appeler Coop, moi ?
- Vous avez fini tous les deux, les présentations sont faites, c'est bon ?
- En fait, je voulais juste savoir, où sont les... ? Non, c'est bon. Ça peut attendre.
- Il est où le suspect, Col ?
- En salle d'interrogatoire.
- On y va Sacha ! »
Le pauvre, il avait l'air affamé. Il est maigre comme un clou.
De sales vêtements déchirés, j'avais l'impression que son interrogatoire avait duré toute la nuit.
Finalement le FBI venait subitement de descendre dans mon estime, pourtant le lieutenant Coop m'avait fait fort bonne impression.
Elle commence son interrogatoire, mais il ne dit pas un mot dixminutes durant. Ensuite. Elle me demande de l'accompagner dans le hall.
Alors, que peux-tu me dire sur lui ? me demande-t-elle.
- Ben rien.
- Comment ça rien, pas le moindre indice. Un nom, une rue, une date, quelque chose ?
- Non rien.
- Lopez m'a dit que tu savais lire dans les pensées et là, tu me dis que tu ne me sers à rien ?
On n'a pas de temps à perdre Sacha, chaque minute compte. Et ça fait déjà 24 h que la gamine a été kidnappée. Et passé ce délai, le pourcentage de la retrouver diminue considérablement.
- Un sandwich.
- Comment ça, Sandwich.
- Cela fait plusieurs heures que vous l'interrogez. Miskin, il crève de faim.
Et forcément, pour le moment, les seules pensées qu'il a, c'est la bouffe.
Si vous lui donnez un truc à manger. Un sandwich au thon, il adore le thon et un petit café, je suis sûr que vous aurez les réponses que vous cherchez.
- Ramenez-moi un sandwich au thon et un café !
- Je pourrais aussi avoir un petit... euh ? non, c'est bon, ça va aller.
« Tient un sandwich au thon et un café. C'est tout ce que j'ai pu te trouver ».
Il faut vraiment que tu nous dises ce que tu sais ? lui dit-elle.
- Je ne sais pas grand-chose, il nous bande les yeux la plupart du temps. Les seuls moments où ce n'est pas le cas, on se retrouve dans une cave. Mais c'est toujours dans un endroit différent. C'est tout ce que je sais.
- Tu es sûr de nous dire toute la vérité ?
- Oui, je vous jure. Ça fait une semaine qu'il me retient, et il est arrivé avec Lina qu'avant-hier.
Et il m'a déposé au coin de la rue pour aller prendre à manger, et je devais le rejoindre de l'autre côté du bâtiment. Il m'a bien précisé que si je m'enfuis, il lui mettrait une balle dans la tête.
Et c'est là que vous et votre équipe me sont tombées dessus.
- Et pourquoi, tu ne nous as pas dit hier qu'il t'avait aussi kidnappé.
- J'avais peur, je ne savais pas quoi faire, ni que dire.
Au début, il était gentil. Il m'a recueilli lorsque je faisais la manche devant l'église.
Il m'invitait chez lui après la messe pour le repas du midi, et me donnait un sac de nourriture pour tenir la semaine jusqu'au prochain dimanche. Je pensais que c'était vraiment une personne bienveillante, honnête, au cœur blanc.
- Tu sais, comment il s'appelle ?
- Bob, Bob, Neil.
- Col, fais-moi une recherche au nom d'un certain Robert Neil. Et dis-moi ce que tu peux trouver.
C'est bien mon garçon. Et toi, comment t'appelles-tu ?
- Patrice.
« Alors toi, seigneur, du haut du ciel où tu habites, écoutes, pardonnes-leur et agis.
Traite chacun selon ses actes, puisque tu connais le cœur de chacun. Oui, toi seul, tu connais le cœur de tous les humains. Ai-je dit en quittant la pièce. »
Elena sorti de la salle à son tour, le regard dubitatif.
- Tu peux m'expliquer, ce qui vient de se passer ?
- Je ne pouvais plus rester là.
- Et puis-je savoir pourquoi ?
- Il ment, le tatouage qu'il a à l'intérieur de son poignet gauche. « Pldr 8 :39. »
- Ouais et alors, on a épluché toutes les possibilités, et rien ne concorde.
Le seul lien que l'on a trouvé est une action d'investissement à la bourse.
Mais elle n'ouvre qu'à 9 h 00 et son poignet indique 8 h 39.
- Il ne s'agit pas d'une heure, mais du chapitre 8, verset 39 du premier livre des rois.
C'est ça, la citation que je lui ai dite en sortant de la pièce. Pour lui faire comprendre que s'il nous mentait à nouveau, Dieu le traitera selon ces propres actes. C'est un extrait de la bible qui lui tient à cœur.
Je pense que maintenant, il te dira tout.
Mais pour ma part, je n'y retournerai pas, je crains d'y faire des bêtises. D'ailleurs, j'ai besoin que tu me files mes deux pilules du midi.
Cinq minutes plus tard,
Elle ressortit dans la pièce d'un pas engagé.
« Il nous a donné les coordonnées d'une de ces maisons secondaires à Riverhead, c'est à plus ou moins 1 h 40 d'ici, il faut que l'on se dépêche.
Et merci pour ton aide, Col va te ramener au centre, me dit-elle. »
Le lendemain, à 8h pétante, on toqua à la porte.
C'était le Docteure Lopez.
« Suis-moi dans mon bureau, me dit-elle ».
- Oui, chef ! Tu me gardes une place près de toi à midi Bulle ?
- T'inquiètes pas Sacha, comme d'habitude. Elle t'emmène pour une visite ?
- Non Bulle, je n'ai pas de visites aujourd'hui. On se voit tantôt.
Nous sommes installés de part et d'autre du bureau.
« Alors Sacha, bien évidemment, comme tu peux t'en douter, après chaque intervention en dehors de l'établissement, je reçois un rapport du lieutenant L. Hortal. Je te rassure, il n'y a rien à signaler.
Néanmoins, j'aimerais tout de même avoir ton avis sur cette nouvelle condition ? » m'expliqua-t-elle.
- Ben comme si, comme ça.
Elle sourit « tu peux m'en dire plus ?» Elle prenait des notes dans son carnet, toujours munie de son fameux stylo rouge.
Pour elle, ma réponse n'était pas assez suffisante.
« Que voulez-vous que je vous dise », ai-je répondu.
Elle adressa un regard compatissant. « Tu sais Sacha, tu leur as été d'une grande aide pour cette enquête.
Sans toi, ils n'auraient jamais pu conclure l'affaire dans les temps, et ce sont les propres mots du lieutenant L. Hortal».
- Ouais, ouais, ai-je répondu sur un ton nonchalant.
- Cela ne te fait pas plaisir, tu as sauvé la vie d'une jeune fille tout de même.
- Ce n'est pas ça le problème. Je n'ai pas confiance en lieutenant L. Hortal.
Elle ne me connaît pas, et rien de me dit que je ne finirai pas dans un centre pour cobaye.
- Je t'ai donné ma parole, cela n'arrivera jamais. Il y'a une clause de confidentialité, si elle divulgue quoi que ce soit, nous pouvons porter plainte contre elle et le FBI, ce qui serait mal vu auprès de ses supérieurs.
- Quoi qu'il en soit, je ne lui fais pas confiance. La seule raison de mon engagement, c'est vous.
- Et cela me convient parfaitement, il est bientôt midi. Bulle doit t'attendre impatiemment à la cantine, j'espère que vos nouveaux plateaux sont bien garnis dorénavant.
- Ouais super. Maintenant, Bulle partage notre nourriture avec tout le monde, vu la quantité.
- C'est honorable de sa part.
- Un peu trop même.
Au fond, dans la cantine.
En pleine discussion très intéressante sur les différentes sortes de bulles, d'air, de papier, de chewing-gum et même d'excommunication, un rapport avec le sceau du pape, mon nom fut prononcé, ou plutôt hurler par le lieutenant Elena L. Hortal. Et je n'étais même pas repu.
« En route Sacha, on a une affaire sur le feu. »
Sur la route,
Elle m'explique que nous nous rendons immédiatement sur le lieu de l'affaire en cours.
- Comment ça, quelle affaire en cours ? lui demandai-je.
- A Chinatown, la banque du crédit financier s'est faite braquée.
- Oh popop ! j'suis pas flic, j'suis juste consultant. Je plonge dans aucun feu moi !
- Tu es là pour observer seulement, tu resteras dans le QG mobile. Mais tu mettras un gilet par balle, juste par précaution.
- Quoi ?
- On y est, ouvre tes oreilles. Je veux tout savoir.
Coop avait l'air nerveux, il semblerait qu'il faisait face à son premier hold-up.
« Bon, fais-moi un bilan sur la situation ». Lui demanda-t-elle.
- Alors, nous avons deux individus qui se sont pointés peu après l'ouverture de la banque.
Mais ils ont foiré puisque l'un des caissiers a eu le temps d'appuyer sur l'alarme. Ils détiennent huit otages dont un blessé. C'est le gardien qui a tenté de l'empêcher, mais il s'est fait tirer dessus.
Comme à leur habitude, ils demandent une voiture, et un avion qui les attend à l'aéroport.
Et s'ils n'ont pas ce qu'ils veulent, ils tueront un otage toutes les trente minutes.
- Ok, il est où le négociateur ?
- Dans le QG, il est en contact avec les preneurs d'otage.
L'ambiance était super tendue.
- Bonjour. Agent spécial Hortal et voici Sacha notre consultant. Nous sommes les négociateurs du FBI.
- ils sont sur notre juridiction, on s'en occupe.
- Très bien, mais la maire veut qu'ils soient traduits en justice et donc qu'il n'y ait pas de vagues.
Alors, on va rester là en observation.
- Comme vous voulez ! Mettez-moi en communication avec eux.
Le téléphone mit une éternité à répondre, mais après cela une voix à couper au couteau répondit :
- Alors, elles en sont où mes revendications, ça fait déjà vingt et une minutes. Je ne vois aucune amélioration.
- On fait de notre possible, mais il nous faut du temps.
- Il ne vous reste plus que huit minutes, le temps s'écoule.
- Il a raccroché.
« Waouh, je suis sûr qu'il a fait science po celui-là. Un vrai tueur. »
- Calme-toi, Ebène, on est là pour observer.
- « Ouais, ben, c'est une merde. Et déjà pourquoi, ils disent qu'ils sont deux ? Le gars, il est tout seul.
Mes revendications et non nos revendications. Et il dit : je ne vois aucune amélioration.
Tu as capté quand même frangin ?
- Ouais, mais on est là pour observer.
- Oh Sacha, s'il te plait. Fais quelques choses, ce négociateur, c'est un abruti. »
- Euh, lieutenant. Comment sont-t-ils sûrs qu'ils sont deux dans la banque.
Vu qu'au niveau de la situation ; A part le téléphone, ils ne voient rien, ni n'entendent rien ?
- Pas faux, tu vois que tu peux servir quand tu veux.
« Elle est sérieuse là. Et nous, on ne dit rien ? Posa Ebène ayant une veine sortant de son front prêt à exploser.
- Tu es tendu frangin, laisse Sacha gérer »
- Les gars, comment savez-vous qu'ils sont deux ?
- Aux deux premiers appels qu'on a eus avec eux. La première fois, le gars était super tendu, et les autres fois, c'est clairement, une autre personne. Plus posée, plus réfléchie et sûre de soi.
- Bon, on va prendre la main. Je vais aller voir ce qu'il en est. Au moins négocier pour sortir le gardien.
Ça doit faire un bon moment qu'il se vide de son sang et ça va nous faire gagner du temps.
- Es-tu sûr Lieutenant ? Le preneur d'otage doit avoir un problème psychologique.
- T'inquiète pas Sacha, je n'en suis pas à ma première fois, ça va aller.
« Moi, je dis, on envoie l'abruti de science po. Tant qu'à se prendre une balle, autant que ce soit lui.
- Ebène, tu ne peux pas dire ça. »
Cinq minutes plus tard,
Le lieutenant sorti de la banque. La situation avait dû la remuer.
Elle avait l'air d'être sur les nerfs. Le genre de situation où il ne vaut mieux pas être la première personne qu'elle croise, sinon on prendrait tout sur la gueule sans sommation.
« Alors ? lui demanda le négociateur.
- Il est tout seul dans la banque et le gardien est mal en point. C'est la première chose que vous auriez dû négocier. Les autres otages vont bien, mais ils sont terrorisés. J'ai négocié de prendre au moins le gardien en guise de bonne foi. Sacha enfile l'uniforme de l'ambulancier, j'ai besoin de toi.
On va aller les récupérer et tu feras ce que tu sais ok ? »
- Euh chef ! Ce n'est pas que je ne veux pas, même si en fait, pour être sincère. Je ne veux vraiment pas.
Je ne suis pas qualifié pour ce genre d'opération, je suis juste consultant.
Je serai bien plus utile ici avec les autres en observation.
- Écoutes moi bien, j'ai besoin de toi et tu sais pourquoi. Et d'ici, tu ne me sers à rien.
Il faut que l'on rentre là-dedans, que tu me fasses ta magie et après, on avise. Ok ?
- OK.
« Voilà Ethan, je suis là avec l'ambulancier. On va juste prendre le gardien et je te ramène ta voiture. Donnant-donnant, comme on a convenu. Lui dit-elle. »
Il a fondu en larmes.
« Ouais, mais dépêchez-vous. Je vous laisse dix minutes à partir de maintenant, comme on s'est dit », en pleurnichant.
Nous prîmes le gardien et l'évacuâmes.
Le gardien mis à l'abri auprès des véritables ambulanciers. Le lieutenant L. Hortal se précipita dans le QG.
« Ça ne sent pas bon les gars, il a l'air de plus en plus à cran. Il faut que l'on fasse quelque chose au plus vite ou la situation va nous péter entre les doigts.
- Comment va-t-on faire ? lui ai-je demandé.
- Dis-moi d'abord, ce que tu as comme infos pour moi ?
- Ben déjà, il est bipolaire et schizo comme on a pu le remarquer. Il a deux personnalités, comme le bon et le mauvais flic. J'ai l'impression que le mauvais apparait quand il est sous tension.
- Quoi d'autres ?
- Les dix minutes écoulés, il va en tuer un, c'est sûr. Du moins, la mauvaise personnalité va s'en charger.
Mais il fait tout ça pour son fils qui est malade, il lui faut une transplantation d'un rein. Et vu qu'ils n'ont pas d'assurance maladies, le petit n'a pas pu être mis sur la liste des receveurs.
Néanmoins, il y a autre chose. Il n'arrêtait pas de penser à sa femme, une certaine « Jessica Harper » en ayant des remords.
- Les gars, trouvez-moi sa femme « Jessica Harper » dans les cinq minutes. On a peut-être une carte à jouer.
Et appeler Ethan pour lui dire qu'elle est en route et qu'elle veut lui parler. Vous allez aussi me placer des snipers en équipe verte ayant un angle de tir sur l'entrée. Il faut le faire venir à la porte, si jamais on doit le neutraliser.
- Elle est escortée par nos agents, mais elle ne sera là que dans dix minutes, on ne peut pas faire mieux.
- Et Ethan, il a dit quoi ?
- Il a décroché et aussitôt raccroché. On a eu à peine le temps de lui dire pour sa femme.
- Sacha, tu es sûr qu'il va en tuer un, quand les dix minutes seront écoulées ?
- Malheureusement oui, chef, j'en suis certain. Pour son fils, il est déter.
- OK, magnez-vous pour ramener sa femme.
Quelques minutes plus tard,
Avant la fin du décompte, sa femme entra dans le QG mobile. On lui fit le constat de la situation.
Mais elle n'avait pas l'air d'une femme qui est prête à coopérer. Elle avait l'air blasée par la justice et son système. Une femme ayant tout tenté pour son fils dans les limites du possible.
« Madame Harper, je vous en supplie, aidez-nous à convaincre votre mari, lui a demandé le lieutenant L. Hortal avec piété.
- Je ne peux rien faire malheureusement. On a tout essayé, on a consulté plusieurs médecins afin qu'ils nous aident, on les a suppliés, mais en vain. Notre fils n'a que neuf ans et on est arrivé à un point auquel il ne peut même plus se nourrir et il va mourir s'il ne reçoit pas vite un nouveau rein. Alors non, je sais que cela n'est pas moral, mais c'était le seul moyen pour nous d'avoir les ressources pour pouvoir sauver notre fils. »
- Sacha, tu es sûr de toi ?
« Sacha, il doit y a avoir une autre solution. Répliqua Eden.
- Il n'y en a pas frangin, tu vois aussi très bien que moi, qu'ils sont déterminés et que rien ne leur fera changer d'avis. Il faut que Sacha dise : oui. Sinon c'est certain, toutes les dix minutes une tête va tomber.
Et dans la logique des choses, il vaut mieux une que sept. »
- Oui, je suis sûr lieutenant.
- Équipe verte, tenez-vous prête.
- Que se passe-t-il lieutenant ?
- Nous mettons juste en place notre dispositif Madame Harper.
Cependant, on va essayer de l'appeler et de le convaincre tout de même.
Demandez-lui de venir vous voir à travers la porte pour lui montrer que vous êtes bel et bien avec nous. Il changera peut-être d'avis en vous voyant.
- Le téléphone sonne lieutenant.
- Prenez le combiné madame Harper.
Ils s'entreprirent une discussion sans fin sur les différentes possibilités encore existantes. En débattant sur le pour et le contre de leur acte. Mais leur intention était toujours aussi claire, la vie de leur fils passe avant tout.
- Lieutenant, l'équipe verte à une fenêtre sur Ethan, que fait-on ?
Il répéta encore une fois la phrase et elle finit par prendre sa décision et par dire : abattez-le !
Le reste de la scène tourna au ralenti dans la tête. Jessica s'écriant de toutes ses forces : noooon.
Et la chute d'Ethan tombant au sol en ayant reçu une balle en pleine tête à quelques centimètres de celle de l'otage qu'il tenait fermement de son bras gauche en pointant son Glock sur sa tempe, le marteau déjà armé de son pouce droit. Le genre de situation que je ne voulais plus jamais revivre de ma vie.
« Ça va Sacha ? me demanda-t-elle d'un regard défiant.
- Non, je veux rentrer au centre. Je crois que j'ai assez donné pour la journée.
- Il faut d'abord que tu m'accompagnes au bureau pour faire le rapport pour m'assurer que je n'oublie aucun détail de l'intervention. »
Sur le chemin du retour, l'ambiance était plombée, personne ne parlait et pour compte, on venait quand même de tuer quelqu'un.
Et j'avais la haine, comment peut-on en arriver là ? Je conçois qu'il prenait des gens en otages mais la cause était litige, c'était tout de même pour sauver la vie de son fils.
Il a à peine neuf ans miskin, la société est tout de même mal foutue dans ce pays de merde.
Arrivé dans son bureau,
Je m'assis sur l'un des fauteuils d'un air dégouté, histoire de bien lui faire comprendre que j'étais blasé.
« Tu veux un café ? me dit-elle.
- Ouais, je veux bien.
- Je nous fais ça, tu le veux noir ?
- Non, avec deux sucres et du lait.
- S'il te plait, tu veux qu'on parle de ce qui s'est produit ?
- Ça changera quoi, un pauvre type s'est pris une balle par notre faute.
- Tu sais, parfois, nous devons prendre des décisions et ce ne sont pas pour autant toujours les meilleures.
Et je dois aller me coucher chaque soir avec certaines choses que je dois m'efforcer d'accepter.
- ça ne change rien au fait que c'est une journée de merde.
Et avec tout ça, il se passe quoi maintenant avec le ptit ?
- On ne peut rien n'y faire Sacha, cela n'est plus de notre ressort. On a les pieds et poings liés.
Je t'assure que j'aimerais moi aussi que la situation soit toute autre.
- On peut me ramener, à présent ?
- Je vais te conduire, laisse-moi juste le temps de clôturer le dossier. »