Je m'appelle Amélie Dubois, une humble fleuriste qui croyait au grand amour.
Mon monde s'est effondré le jour où Marc, l'homme que j'aimais follement, m'a brutalement jetée, avouant qu'il ne m'avait utilisée que comme un vague substitut à son ex-petite amie décédée, Chloé.
Humiliée et le cœur brisé, j'ai sombrais dans le désespoir, ma boutique de fleurs et ma vie se fanant avec mes rêves.
Alors que je sombrais, une voix moqueuse s'éleva de ma rose fanée, celle que Marc m'avait offerte.
« Tu perds vraiment ton temps avec ça, tu sais. Elle est aussi morte que ton histoire d'amour. »
C'était Chloé, le fantôme de son ex, cynique et bien vivante dans l'esprit.
Elle m'a révélé la véritable nature de Marc, non pas l'homme parfait que je pensais, mais un manipulateur froid et cruel, qui l'avait détruite elle, et prévoyait de faire de même avec moi.
« Il m'a menti. Il t'a menti. Il nous a détruites toutes les deux. Il ne mérite pas de s'en tirer comme ça. »
Une rage glaciale a remplacé ma tristesse.
« Je te propose un marché, Amélie Dubois. Tu m'aides à me venger, et je t'aide à te venger. »
Devenue l'alliée d'un fantôme, j'ai commencé ma quête, mais ce qui a commencé comme une vengeance personnelle s'est transformé en une guerre contre des forces sombres et anciennes, car Marc cachait un secret terrifiant lié à un pacte démoniaque.
Un rituel raté m'a ramenée à un an en arrière, mon esprit fusionné avec celui de Chloé, ce qui m'a donné un pouvoir inattendu.
Le même jour, Marc, radieux, m'a offert une rose rouge.
« Joyeux anniversaire, mon amour. »
Je savais maintenant qu'il était un monstre, car cette fois, je savais ce qui m'attendait.
Je n'étais plus la fleuriste naïve.
Et cette fois, Marc Leclerc ne s'en sortirait pas.
La mort est froide.
Ce n'est pas une pensée poétique, c'est un fait. Je le sais parce que je suis morte. Il n'y a plus de soleil pour réchauffer ma peau, plus de vent dans mes cheveux, juste ce vide flottant et un froid constant qui ne me quitte jamais.
Je flotte au-dessus de ma propre tombe. Chloé Martin. Un nom gravé dans le marbre gris et froid. C'est tout ce qui reste de moi dans ce monde.
Enfin, ça, et lui.
Marc Leclerc se tient devant la pierre. Il est aussi beau que dans mes souvenirs, avec ses cheveux noirs et ses yeux sombres qui donnaient l'impression de pouvoir lire au fond de votre âme. C'est un mensonge, bien sûr. Il ne lisait que ce qu'il voulait y voir.
Il dépose une seule rose blanche sur la terre.
Une rose blanche.
L'idiot. Il sait très bien que je détestais les roses blanches, je les trouvais fades, sans passion. J'aimais les pivoines roses, éclatantes et pleines de vie. Mais il ne s'en souvient probablement pas, ou peut-être qu'il ne l'a jamais su.
Il reste là une minute, le visage parfaitement composé dans une expression de deuil respectable. C'est un bon acteur, je dois le lui accorder. Personne ne devinerait qu'il s'ennuie déjà, qu'il pense à son prochain rendez-vous, au projet qu'il doit présenter demain.
Puis il se retourne et s'en va, sans un regard en arrière. Son chagrin est une performance, et le rideau vient de tomber.
Je le suis. Je n'ai nulle part où aller. Mon existence est liée à lui, à sa mémoire tordue de moi. C'est ma prison.
Je le regarde monter dans sa voiture de sport, démarrer le moteur avec un rugissement arrogant, et s'éloigner. Il ne perd pas de temps.
Une nouvelle voix entre dans le silence de mon existence. Une voix de femme, douce et hésitante, au téléphone.
« Marc ? C'est moi. »
Amélie Dubois. La fleuriste. La remplaçante.
J'écoute leur conversation, flottant invisiblement à côté de lui. La voix de Marc change, elle devient chaleureuse, pleine d'une fausse affection.
« Mon amour. Comment vas-tu ? Je viens de passer voir Chloé. C'est toujours si difficile. »
Un frisson de rage pure, si puissant qu'il me surprend moi-même, me traverse. Menteur.
« Oh, mon pauvre chéri, » dit la fleuriste d'une voix pleine de compassion. « Tu n'aurais pas dû y aller seul. Je t'attends à la maison, j'ai préparé ton plat préféré. »
Pathétique.
Marc raccroche et son visage redevient neutre, presque ennuyé. Il a joué son rôle, il a obtenu sa dose de sympathie. Maintenant, il peut rentrer chez lui et se faire consoler par la femme qui vit dans mon ombre.
Amélie sentait les larmes monter, mais elle les a ravalées. Pas devant lui. Elle ne lui donnerait pas cette satisfaction.
La conversation venait de se terminer, et chaque mot résonnait encore dans l'air de l'appartement, des mots aussi tranchants que du verre brisé.
« Tu ne comprends donc pas, Amélie ? »
La voix de Marc était calme, presque condescendante, ce qui rendait la douleur encore plus insupportable.
« Je l'aimais. Chloé. C'était elle, et ça a toujours été elle. »
Il a prononcé le nom de Chloé comme si c'était une prière, un nom sacré. Et le sien, Amélie, il l'a prononcé comme une erreur, un détail sans importance.
« Et moi ? » a-t-elle réussi à murmurer, la gorge nouée. « Qu'est-ce que j'étais pour toi pendant ces deux ans ? »
Marc a eu un petit soupir d'impatience, comme si elle était une enfant lente à la détente.
« Tu étais là. Tu étais douce, tu étais gentille. Tu lui ressemblais un peu, par moments. » Il a fait une pause, puis a lâché le coup de grâce avec une cruauté désinvolte. « Mais tu n'as jamais été elle. Personne ne pourra jamais être elle. J'ai essayé, mais je dois admettre que je préfère le souvenir que j'ai d'elle à la réalité que j'ai avec toi. »
La préférence. Il a utilisé ce mot. Comme si on choisissait entre deux plats sur un menu.
Amélie n'a rien dit. Elle l'a regardé prendre sa veste, ses clés, et se diriger vers la porte de l'appartement qu'ils avaient partagé, un appartement qu'elle avait rempli de fleurs et d'amour, un amour qui s'était avéré être à sens unique.
Avant de partir, il s'est retourné.
« Ne prends pas ça personnellement, Amélie. C'est juste comme ça. »
Et la porte s'est refermée.
Le silence qui a suivi était assourdissant. Amélie est restée immobile au milieu du salon, le cœur en miettes. Elle se sentait vide, stupide, humiliée. Une remplaçante. Une doublure pour un fantôme.
Les jours suivants ont été un brouillard de douleur. Elle a fermé sa boutique de fleurs, « Le Jardin d'Amélie ». Elle n'avait plus la force de s'occuper de la vie quand la sienne venait de mourir. Les fleurs, autrefois si vibrantes, ont commencé à se faner, leurs pétales tombant sur le sol comme des larmes. La boutique dépérissait, tout comme son cœur.
Un soir, elle errait dans la pénombre de son magasin, une bouteille d'eau à la main. Par pure habitude, elle s'est approchée d'une rose que Marc lui avait offerte des mois auparavant. Elle était maintenant sèche et ratatinée, une carcasse brune de ce qu'elle avait été. En versant quelques gouttes d'eau à sa base, une larme a roulé sur sa joue et est tombée sur un pétale fané.
C'est alors qu'elle l'a entendue.
Une voix. Moqueuse, familière, et pourtant impossible.
« Tu perds vraiment ton temps avec ça, tu sais. Elle est aussi morte que ton histoire d'amour. »
Amélie a sursauté, laissant tomber la bouteille d'eau qui a roulé sur le sol. Elle a regardé autour d'elle. La boutique était vide. La rue était silencieuse.
« Qui est là ? » a-t-elle demandé, le cœur battant à tout rompre.
Le rire qui a suivi était cristallin, cynique, et semblait venir de la rose elle-même.
« Tu ne me reconnais pas, la remplaçante ? C'est blessant. Après tout, tu as passé les deux dernières années à essayer de me ressembler. »
Amélie a fixé la rose fanée, son esprit refusant de comprendre. La voix était celle qu'elle avait entendue sur de vieilles vidéos, celle que Marc décrivait avec tant de révérence. C'était impossible.
« Chloé ? »
« En chair et en os. Enfin, pas vraiment en chair, » a ricané la voix. « Disons, en pétale et en esprit. Ravie de te rencontrer enfin officiellement. »
Amélie a reculé, trébuchant sur un seau vide. Son cerveau criait que c'était la folie, le fruit de son chagrin. Mais la voix était si claire, si réelle.
« Tu... tu es un fantôme ? »
« Une forme spectrale liée à cette foutue rose, oui, » a répondu Chloé, sa voix perdant un peu de son ironie pour laisser place à une pointe d'amertume. « Merci pour l'eau, au fait. Ça ne sert à rien, mais c'est l'intention qui compte, je suppose. »
Amélie était pétrifiée, incapable de bouger ou de parler. Un fantôme. Le fantôme de Chloé était dans sa boutique, parlant à travers une rose morte.
« Écoute, la fleuriste, » a continué Chloé, son ton devenant plus sérieux. « Je t'ai observée. Je t'ai vue pleurer sur ce connard. Et je dois te le dire, tu te trompes complètement sur lui. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » a réussi à articuler Amélie.
« Je veux dire que Marc n'est pas le saint homme éploré qu'il prétend être. Il ne m'a pas seulement aimée, il m'a possédée. Il m'a contrôlée. Et ce n'est pas le chagrin qui l'a rendu comme ça, il a toujours été comme ça. Il t'a manipulée, exactement comme il m'a manipulée. »
Chaque mot de Chloé était une pierre jetée dans l'étang calme de l'image idéalisée qu'Amélie avait de Marc.
« Je ne te crois pas. »
« Tu n'as pas à me croire, » a rétorqué Chloé. « Mais je suis ici, coincée dans cette boutique qui sent la tristesse, et je suis animée par une seule chose : un désir de vengeance. Il m'a menti. Il t'a menti. Il nous a détruites toutes les deux. Il ne mérite pas de s'en tirer comme ça. »
Amélie la regardait, ou plutôt regardait la rose, le doute commençant à s'insinuer dans son esprit. La cruauté de Marc lors de leur rupture... Peut-être que Chloé disait vrai.
« Qu'est-ce que tu proposes ? » a demandé Amélie, sa voix à peine un murmure.
Un silence. Puis la voix de Chloé est revenue, vibrante d'une énergie sombre et excitée.
« Je te propose un marché, Amélie Dubois. Tu m'aides à me venger, et je t'aide à te venger. Ensemble, on va lui montrer qui est vraiment Marc Leclerc. On va faire en sorte qu'il souffre. Qu'il paie pour tout. Alors, tu es avec moi ? »
Amélie a regardé son reflet dans la vitre sombre de la boutique. Elle voyait une femme au visage défait, les yeux rougis, l'ombre d'elle-même. Puis elle a regardé la rose fanée, symbole de son amour mort. Une flamme froide s'est allumée dans sa poitrine. La dévastation laissait place à autre chose. Une détermination glaciale.
Elle voulait se reconstruire. Mais avant, elle voulait le détruire.
« Oui, » a-t-elle dit, sa voix claire et ferme pour la première fois depuis des jours. « Je suis avec toi. »
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Les jours qui ont suivi ont été étranges. Amélie vivait avec un fantôme. Un fantôme cynique et bavard qui résidait dans une rose morte qu'elle gardait désormais précieusement sur le comptoir de sa boutique.
Elle avait rouvert le magasin, non pas par envie, mais par nécessité. Chloé avait insisté.
« Tu ne peux pas rester là à te morfondre, » avait dit la voix spectrale. « La meilleure vengeance, c'est de vivre bien. Et aussi de ruiner sa vie, bien sûr. Mais commençons par te remettre sur pied. »
Amélie essayait, mais c'était difficile. Chaque fleur qu'elle arrangeait lui rappelait Marc. Un bouquet de tulipes rouges ? C'était le premier qu'il lui avait offert. Des lys blancs ? Il en avait rempli l'appartement pour leur premier anniversaire. Chaque souvenir était une petite blessure qui se rouvrait.
« Arrête de penser à ça, » a sifflé Chloé depuis sa rose. « Ce n'était pas un geste romantique, c'était une performance. Tu sais ce qu'il m'a offert pour notre premier anniversaire à nous ? Un collier. Un magnifique collier avec un fermoir si compliqué que je ne pouvais pas l'enlever seule. Il aimait ça. Savoir que je portais quelque chose que seul lui pouvait retirer. »
Amélie a frissonné, le sécateur qu'elle tenait serré dans sa main. Elle a regardé le bouquet de lys qu'elle préparait pour une cliente. Soudain, ils lui semblaient moins innocents, presque funèbres.
« Il m'a dit qu'il avait offert ce collier à sa mère après... après ta mort, » a avoué Amélie.
Le rire de Chloé était dépourvu de toute joie. « Sa mère ? Il détestait sa mère. Il a probablement vendu le collier pour s'acheter sa nouvelle montre. Ne sois pas naïve, Amélie. Chaque geste, chaque mot de Marc est calculé. »
La sonnette de la porte a tinté, annonçant l'arrivée de Léa, sa meilleure amie. Léa était avocate, pragmatique et directe. Elle a balayé la boutique du regard, ses yeux s'arrêtant sur le visage fatigué d'Amélie.
« Tu as l'air d'un fantôme, » a-t-elle lancé sans préambule.
Amélie a esquissé un sourire forcé. « C'est drôle que tu dises ça. »
Léa s'est approchée du comptoir, posant son sac en cuir. « Je suis sérieuse, Amélie. Fermer la boutique, ne répondre à aucun de mes appels... J'étais morte d'inquiétude. Et tout ça pour ce salaud de Marc ? Il ne mérite pas que tu te mettes dans cet état. »
« Je sais, » a dit Amélie doucement.
« Non, tu ne sais pas. Tu es trop gentille. Tu dois te fâcher. Tu dois vouloir lui crever les pneus et envoyer des photos de ses chaussettes dépareillées à tous ses clients. »
La voix de Chloé a chuchoté depuis la rose, audible seulement par Amélie. « J'aime bien ton amie. Elle a de bonnes idées. »
Amélie a ignoré le commentaire fantomatique. « Léa, c'est plus compliqué que ça. »
Léa a levé un sourcil. « Compliqué comment ? Le type est un manipulateur narcissique qui t'a utilisée comme un pansement émotionnel. Fin de l'histoire. Signe les papiers pour récupérer tes affaires de l'appartement, bloque son numéro, et passons à autre chose. Je t'invite même à une soirée "brûlons ses cadeaux" avec du vin et de la mauvaise pizza. »
C'était tentant. La solution simple. La solution saine. Mais Amélie ne pouvait pas. Pas maintenant. Pas avec Chloé qui lui murmurait des secrets empoisonnés à l'oreille.
« Il y a des choses que tu ne sais pas sur lui, Léa. Des choses... sombres. »
Léa a croisé les bras, son expression passant de l'inquiétude à la suspicion. « Qu'est-ce que tu veux dire ? Qu'est-ce qu'il t'a fait d'autre ? »
Amélie ne pouvait pas lui dire la vérité. Comment expliquer qu'elle parlait avec le fantôme de l'ex décédée de son ex ? Léa la ferait interner sur-le-champ.
« Il... il n'était pas juste manipulateur, » a-t-elle commencé, cherchant ses mots. « Il était cruel. D'une manière que je ne comprends pas encore tout à fait. »
La voix de Chloé est revenue, cette fois chargée d'une douleur si profonde qu'Amélie l'a ressentie physiquement, comme un poids sur sa poitrine.
« Demande-lui ce qu'il est advenu de mon chien. »
Amélie a regardé Léa, puis a répété la question comme une automate. « Qu'est-il advenu de son chien ? »
Léa a froncé les sourcils. « Chloé avait un chien ? Je ne savais pas. »
« Il s'appelait Oscar, » a murmuré Chloé. « Un petit terrier plein d'énergie. Marc le détestait. Il disait qu'il prenait trop de mon attention. »
Amélie a continué, se sentant comme une marionnette. « Elle avait un terrier, Oscar. Marc n'aimait pas ça. »
« Un jour, je suis rentrée à la maison et Oscar avait disparu, » a poursuivi la voix spectrale, brisée. « Marc m'a dit qu'il s'était enfui, qu'il avait dû laisser la porte ouverte par erreur. J'ai cherché pendant des semaines. J'ai collé des affiches partout. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Il me tenait dans ses bras et me disait que ça irait, qu'on s'en remettrait ensemble. »
Un silence glacial s'est installé dans la boutique.
« Il a menti. Je l'ai découvert plus tard. Il l'avait emmené à la fourrière, loin de la ville, en disant qu'il l'avait trouvé errant. Il ne s'est jamais "enfui". Marc s'en est débarrassé. »
Amélie a senti la nausée monter. Elle a répété l'histoire à Léa, sa propre voix tremblante de dégoût.
Léa était sans voix. L'avocate pragmatique avait disparu, laissant place à une amie horrifiée. « Mon Dieu, Amélie. C'est... c'est monstrueux. »
« C'est qui il est vraiment, » a sifflé Chloé. « Derrière le sourire charmeur et les grands discours. »
Juste à ce moment-là, le regard d'Amélie est tombé sur un carnet posé sur le comptoir. C'était un vieux carnet de croquis qu'elle utilisait pour ses arrangements floraux. Elle ne se souvenait pas de l'avoir sorti.
Elle l'a ouvert.
Sur la première page, écrit avec une encre rouge qui ressemblait étrangement à du sang séché, il y avait un nom.
MARC.
Et en dessous, un compte à rebours.
7.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? » a demandé Léa, se penchant pour regarder.
Amélie ne le savait pas. Mais la voix de Chloé, elle, le savait.
« C'est le début, » a-t-elle murmuré, sa voix vibrante d'une satisfaction vengeresse. « C'est le temps qu'il nous reste avant son premier grand projet. Le projet qui pourrait faire sa carrière. Sept jours. Sept jours pour tout faire s'effondrer. »
Amélie a regardé le chiffre rouge sang. Ce n'était pas une simple note. C'était une prophétie. Une promesse de destruction. Et pour la première fois, au lieu de la peur, elle a ressenti une bouffée d'excitation glaciale.
La vengeance avait un calendrier.
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