Ma sœur, Manon, m' a toujours volé mes petits amis, profitant de sa beauté et de son charme pour séduire quiconque croisait son chemin, même Julien, mon premier amour, qu' elle a raillé d' une nonchalance cruelle.
Pourtant, c' est moi qui me suis agenouillée à ses côtés, implorant qu' elle fasse attention à sa santé, que ses mœurs légères ne lui coûtent pas cher, face à son sourire moqueur et ses yeux levés au ciel.
Quelques mois plus tard, elle a été larguée par ce même Julien.
Et notre mère, Madame Dubois, obsédée par la réputation et le statut social, lui a trouvé un bon parti : Antoine Leclerc, un riche héritier exigeant une épouse « pure ».
La nuit de noces, le scandale a éclaté, l' absence de virginité de Manon était indéniable.
De retour à la maison, Manon, le visage déformé par la haine, m' a crié dessus, furieuse.
« C' est de ta faute ! Tu aurais dû me forcer ! Tu aurais dû m' empêcher de faire des bêtises ! Tu savais que ça finirait comme ça, tu l'as fait exprès ! Tu voulais que je sois humiliée ! »
Elle s' est jetée sur moi, m' attrapant par les cheveux et me traînant vers une marmite d' eau bouillante.
Mon visage a heurté l' eau, la douleur était inimaginable.
Alors que ma peau brûlait, et que je hurlai, ma mère m' a regardée, pétrifiée ou indifférente, sans lever le petit doigt.
Le visage triomphant de ma sœur fut la dernière chose que je vis avant que tout devienne noir.
Je suis morte en la maudissant, emplie d' une haine pure et glaciale.
Mais je me suis réveillée en sursaut, le souffle coupé, le cœur battant.
J' étais dans mon lit, mon visage intact.
Manon est entrée, radieuse, me rejouant la même scène, prononçant les mêmes mots que ce jour où tout avait basculé.
Le calendrier affichait la même la date.
J' étais revenue en arrière.
Cette fois, la vengeance serait mienne.
Ma sœur, Manon, a toujours eu cette façon de parler de ses conquêtes, un mélange de fierté et de défi dans la voix. Elle s'asseyait sur le bord de mon lit, ses cheveux blonds parfaitement coiffés tombant sur ses épaules, et me racontait ses nuits avec Julien, son petit ami du moment.
« Tu ne peux pas imaginer, Camille, c'est incroyable. Il est tellement... libre. Pas comme les autres. »
Je savais ce que "libre" voulait dire dans sa bouche. Ça voulait dire sans précautions, sans limites, sans penser au lendemain. J'étais étudiante en biologie, je connaissais les risques, les maladies, les conséquences que son corps pourrait subir.
« Manon, tu devrais faire attention. Pour ta santé. Il existe des protections, ce n'est pas pour rien. »
Elle a levé les yeux au ciel, un sourire moqueur sur ses lèvres parfaitement dessinées.
« Oh, s'il te plaît, Camille. Ne commence pas avec tes leçons de morale. Tu es juste jalouse parce que tu es seule. Vis un peu. »
Je n'ai rien répondu. À quoi bon ? Elle ne m'écoutait jamais. Pour elle, j'étais la sœur ennuyeuse, la vieille fille coincée, tandis qu'elle était la star de la famille, la préférée de notre mère.
Quelques mois plus tard, Julien l'a quittée. Manon a pleuré pendant deux jours, puis notre mère, Madame Dubois, a pris les choses en main. Elle lui a trouvé un mari, un riche héritier, Antoine Leclerc. Un homme d'une famille respectable qui, selon les dires de ma mère, exigeait une épouse "pure".
Le mariage a été somptueux. Manon était resplendissante dans sa robe blanche, un symbole d'une innocence qu'elle n'avait plus depuis longtemps. J'ai regardé tout ça de loin, le cœur serré, avec un mauvais pressentiment.
Le scandale a éclaté le soir même, pendant la nuit de noces. L'absence de virginité de Manon n'a pas pu être dissimulée. La famille Leclerc était furieuse. L'humiliation était totale.
Quand je suis rentrée à la maison le lendemain, j'ai trouvé Manon dans la cuisine. Ses yeux étaient rouges de colère, son beau visage déformé par la haine. Notre mère était à côté d'elle, me foudroyant du regard.
« C'est de ta faute ! » a crié Manon.
Je n'ai pas compris.
« De quoi tu parles ? »
« Tu aurais dû me forcer ! Tu aurais dû m'empêcher de faire des bêtises ! Tu savais que ça finirait comme ça, tu l'as fait exprès ! Tu voulais que je sois humiliée ! »
Sa logique était tordue, folle. Mais avant que je puisse dire un mot, elle s'est jetée sur moi. Elle était plus forte que je ne le pensais. Elle m'a attrapée par les cheveux et m'a traînée vers la cuisinière où une grande marmite d'eau bouillait.
« Tu vas payer, Camille ! Tu vas payer pour avoir ruiné ma vie ! »
La douleur a été instantanée, inimaginable. Mon visage a heurté l'eau bouillante. J'ai senti ma peau brûler, se dissoudre. J'ai hurlé, mais le son était étouffé par l'eau. Ma mère se tenait là, pétrifiée, sans lever le petit doigt pour m'aider. La dernière chose que j'ai vue, c'est le visage triomphant de ma sœur. Puis, tout est devenu noir. Une haine pure et glaciale a rempli mon cœur juste avant que je ne perde conscience. Je suis morte en la maudissant.
Je me suis réveillée en sursaut, le souffle coupé, le cœur battant à tout rompre. J'étais dans mon lit. Ma chambre. La lumière du jour filtrait à travers les rideaux. J'ai porté instinctivement mes mains à mon visage. La peau était lisse, intacte. Pas de brûlure, pas de cicatrice. Juste la sensation fantôme d'une douleur atroce.
J'ai sauté du lit et couru vers le miroir. Mon reflet m'a regardée, pâle et effrayée, mais indemne. C'était impossible. Un cauchemar ? C'était trop réel, trop détaillé pour être un simple rêve.
La porte de ma chambre s'est ouverte. Manon est entrée, radieuse, un sourire éclatant sur le visage. Elle portait la même robe que le jour où elle m'avait parlé de Julien pour la première fois.
« Tu ne peux pas imaginer, Camille, c'est incroyable. Il est tellement... libre. Pas comme les autres. »
Les mêmes mots. La même intonation. J'ai reculé d'un pas, mon corps tremblant de manière incontrôlable. La nausée est montée dans ma gorge. La scène était identique. J'ai regardé la date sur le calendrier accroché au mur. C'était bien ça. J'étais revenue en arrière. Revenue au jour où tout a commencé à basculer.
Mon cerveau a mis quelques secondes à traiter l'information. Je n'étais pas morte. J'avais une seconde chance. Une chance de ne plus subir. Une chance de me venger.
Manon a remarqué mon silence.
« Ben quoi ? Tu fais une drôle de tête. T'es pas contente pour moi ? »
J'ai lutté pour contrôler le tremblement de ma voix. J'ai ravalé la haine qui menaçait de déborder. Il fallait que je sois prudente, que je ne montre rien.
« Si, si, bien sûr. Je suis contente. »
Mon ton était plat, sans émotion. J'ai observé son visage, le visage de ma meurtrière. La haine était toujours là, mais elle était maintenant froide, calculatrice.
« C'est qui, ce garçon ? » ai-je demandé, essayant de paraître simplement curieuse.
« Il s'appelle Julien. Julien Moreau. Tu te souviens de lui ? Il était dans ton lycée, mais une classe au-dessus. »
Mon sang s'est glacé. Julien Moreau. C'était mon premier petit ami. Le garçon pour qui j'avais eu le béguin pendant des mois, avec qui j'étais sortie pendant quelques semaines avant qu'il ne me quitte sans explication. J'avais eu le cœur brisé. Et maintenant, je comprenais. Il ne m'avait pas quittée sans raison. Il m'avait quittée pour ma sœur. La trahison était encore plus profonde, plus ancienne que je ne l'avais imaginé.
« Ah oui, » ai-je réussi à dire. « Je vois qui c'est. »
Manon a continué à parler, à se vanter de la façon dont elle l'avait séduit, de leur "connexion instantanée". Elle me racontait ça à moi, sa sœur, la fille qu'il venait de larguer. Elle était non seulement égoïste et imprudente, mais aussi cruelle.
Elle a fouillé dans son sac et en a sorti un petit carnet.
« Regarde ce qu'il m'a offert. C'est un carnet où je peux écrire tous mes secrets. »
Elle l'a ouvert et j'ai aperçu l'écriture de Julien. Et la sienne. Elle y notait tout. Ses rendez-vous, ses pensées, ses actes. Un journal intime de sa débauche. J'ai immédiatement compris que ce carnet serait une arme. Dans ma vie précédente, je n'y avais pas prêté attention. Cette fois, je savais que c'était la clé.
Mon plan a commencé à prendre forme dans mon esprit. Cette fois, je ne la mettrai pas en garde. Je ne la protégerai pas. Au contraire. Je la laisserai s'enfoncer. Je l'encouragerai même. Et quand elle tombera, je m'assurerai que la chute soit spectaculaire. Je ne subirai plus. C'était à mon tour de prendre les rênes.