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Derrière le masque du faux PDG

Derrière le masque du faux PDG

Auteur:: Thalia Frost
Genre: Romance
« Une réunion cruciale à l'usine », c'était l'excuse de mon mari pour rater le spectacle de notre fille. Pourtant, une fois à la kermesse, je l'ai trouvé. Il ne travaillait pas. Il tenait la main d'une autre femme et couvait du regard un petit garçon qui l'appelait « Papa ». « C'est juste une cousine en difficulté, Cléophée. Tu n'as aucune compassion ? » Il a osé me faire la morale devant tout le monde, jouant les saints. Mais le pire est arrivé quand ce « pauvre petit garçon » a coincé ma fille dans les toilettes pour la tabasser. Devant Lorie couverte d'hématomes, Thierry n'a pas bougé le petit doigt. Au contraire, il m'a poussée au sol pour protéger sa maîtresse, me traitant de folle hystérique sous les rires des autres parents. Il se pavanait, persuadé d'être le tout-puissant PDG intouchable que tout le monde admirait. Il avait oublié un détail capital : il n'est qu'un employé. C'est moi, Cléophée Espinosa, qui possède 80% de l'entreprise. J'ai sorti mon téléphone et envoyé un message aux RH : « Licenciez le directeur général immédiatement et gèlez ses avoirs. » La fête est finie.

Chapitre 1

« Une réunion cruciale à l'usine », c'était l'excuse de mon mari pour rater le spectacle de notre fille.

Pourtant, une fois à la kermesse, je l'ai trouvé. Il ne travaillait pas.

Il tenait la main d'une autre femme et couvait du regard un petit garçon qui l'appelait « Papa ».

« C'est juste une cousine en difficulté, Cléophée. Tu n'as aucune compassion ? »

Il a osé me faire la morale devant tout le monde, jouant les saints.

Mais le pire est arrivé quand ce « pauvre petit garçon » a coincé ma fille dans les toilettes pour la tabasser.

Devant Lorie couverte d'hématomes, Thierry n'a pas bougé le petit doigt.

Au contraire, il m'a poussée au sol pour protéger sa maîtresse, me traitant de folle hystérique sous les rires des autres parents.

Il se pavanait, persuadé d'être le tout-puissant PDG intouchable que tout le monde admirait.

Il avait oublié un détail capital : il n'est qu'un employé.

C'est moi, Cléophée Espinosa, qui possède 80% de l'entreprise.

J'ai sorti mon téléphone et envoyé un message aux RH : « Licenciez le directeur général immédiatement et gèlez ses avoirs. »

La fête est finie.

Chapitre 1

Point de vue de Cléophée:

« Thierry, tu ne peux pas manquer la kermesse de Lorie. » Ma voix tentait de masquer la supplication. « Elle a travaillé si dur sur son tableau. »

Il ne leva même pas les yeux de son téléphone. « Cléophée, je t'ai déjà dit. Une usine de haute couture, ça ne tourne pas tout seul. J'ai une réunion cruciale. »

Cruciale. C'était toujours crucial.

« Mais c'est la kermesse des arts de Sainte-Marie. Tous les parents y seront. Lorie t'attend. »

Il soupira, un son agacé qui me transperça. « Pour l'amour de Dieu, Cléophée. Tu y vas. Lorie et toi, vous n'avez pas besoin de moi. Je suis... occupé. » Son ton était final.

Lorie, cinq ans, les yeux rivés sur son père, resta silencieuse. Mais ses petites mains se serraient sur les bretelles de sa robe d'été. Je voyais la fissure dans son cœur.

Une fissure que je connaissais trop bien.

« Papa, tu as promis, » chuchota-t-elle, sa voix à peine audible.

Thierry posa enfin son téléphone, un regard froid dans les yeux. « Lorie, ne te plains pas. Papa a des choses importantes à faire pour que tu puisses aller dans cette école coûteuse. »

Lorie baissa la tête. Ses petits doigts se tortillèrent. La douleur de la déception était palpable, un poids lourd entre nous.

Mon cœur de mère se serra. Chaque fois, la même scène. Chaque fois, Lorie était la victime de son indifférence.

« Ne t'inquiète pas, mon amour, » lui dis-je, ma voix plus douce que je ne le ressentais. « Maman sera là. » Je n'allais pas la laisser tomber. Jamais.

La kermesse de l'école Sainte-Marie était un tourbillon de rires d'enfants et de conversations feutrées d'adultes. Lorie tenait ma main, son petit visage rayonnant d'excitation. Son tableau, une explosion de couleurs abstraites, était prêt pour l'exposition.

Puis je l'ai vu.

Thierry.

Il n'avait pas l'air en réunion. Il tenait la main d'une femme blonde, Floriana, que je connaissais de vagues présentations passées. Un petit garçon, Soan, était blotti contre sa jambe, le regardant avec adoration.

Ils formaient une image parfaite, une famille idyllique. Mon mari, mon Thierry, jouant au père idéal avec une autre femme et un autre enfant. L'air me manqua.

Un rire cristallin s'échappa de Floriana. Thierry rit avec elle, une main protectrice sur l'épaule de Soan. C'était un rire que je n'avais pas entendu de sa part depuis des années.

C'était un son réservé à eux.

Mes yeux croisèrent les siens. Son sourire s'effaça instantanément. Ses yeux s'écarquillèrent de panique.

La main de Floriana fut lâchement abandonnée.

« Cléophée ! Lorie ! Quelle surprise ! » Il s'approcha, le visage tendu. « Je... je suis content de vous voir. »

Son mensonge était un goût amer dans ma bouche.

Floriana se rapprocha, un sourire forcé. « Bonjour Cléophée. Thierry me parlait de toi... »

Thierry coupa court. « Chérie, c'est Floriana. Une cousine éloignée, en difficulté. Je lui donne juste un coup de main. » Il me fit un clin d'œil à peine perceptible, un appel silencieux à sa compréhension.

« C'est l'anniversaire de Soan aujourd'hui. Il n'a pas de père, alors j'ai pensé... juste pour aujourd'hui, qu'il aurait le droit de ressentir ce que c'est d'en avoir un. »

Je sentais une vague de nausée me monter à la gorge. Il osait se justifier ainsi.

J'esquissai un sourire énigmatique. Un sourire qui ne laissait transparaître aucune de la rage qui bouillonnait en moi.

Je m'accroupis à la hauteur de Lorie. Sa petite main chercha la mienne, et je la serrai fort.

« Lorie, mon amour, tu vas dire bonjour à Monsieur Thierry, n'est-ce pas ? » Mon regard ne quitta pas Thierry. « Et aussi à Madame Floriana et au petit garçon. »

Floriana rougit légèrement. « Oh, Cléophée, je suis désolée... Thierry est si bon, il voulait juste... »

« Oui, il voulait juste que Soan ait un papa pour la journée. C'est ce qu'il m'a dit. » Mon ton était plat, dépourvu de toute chaleur.

« Oui ! Thierry est un homme tellement bon ! Il a toujours été mon plus grand soutien, » ajouta Floriana, jetant un regard suppliant à Thierry. « Il voulait juste réaliser le vœu d'anniversaire de Soan. Il est tellement triste parfois, sans figure paternelle. »

Un rire froid m'échappa. « Un vœu d'anniversaire ? Eh bien, il semblerait que Monsieur Saint-Martin ait plusieurs familles pour qui réaliser des vœux. »

Floriana resta bouche bée.

« Papa ! » s'écria Soan en pointant Thierry. « Ne les écoute pas ! C'est toi mon papa ! Reste avec moi ! » Ses petits yeux noirs se posèrent sur moi, pleins d'une haine enfantine, d'une menace à peine voilée.

« Il l'appelle 'papa' ? » Je le regardai, ma voix dangereusement douce. « Thierry, tu as quelque chose à m'expliquer ? »

Thierry se précipita devant Floriana et Soan, comme un bouclier. « Cléophée, ne fais pas de scène ! Tu n'as aucune compassion ? Floriana est une amie d'enfance, une cousine éloignée, je te l'ai dit. »

« Tu as toujours eu un cœur trop grand, Thierry. » Floriana posa une main sur son bras, le regard admiratif.

« Je ne fais que passer la journée avec eux ! C'est tout ! » Thierry haussa le ton. « Pourquoi tu rends les choses aussi compliquées ? »

Je ricanais. Pourquoi ? Pourquoi était-ce toujours ma faute ? Pourquoi devais-je porter le poids des malheurs des autres ?

D'autres parents commençaient à arriver, saluant Thierry avec déférence.

« Ah, Monsieur Saint-Martin ! Toujours le premier arrivé pour les activités familiales, » lança une mère, son regard se posant sur Floriana et Soan, puis sur moi. « Mon mari, lui, ne se soucie jamais de savoir si notre fille s'amuse ou non. »

Le sourire de Floriana se figea. Thierry eut un éclair de panique dans les yeux.

« Une journée, Thierry ? » Je le fixai. « Vraiment ? Juste une journée ? »

Il agrippa mon bras, la colère et l'embarras dans ses yeux. « Arrête ça, Cléophée ! Tu vas faire honte à Lorie ! Pense à ta fille ! »

Lorie, entendant son nom, leva la tête, confuse. Ses petites mains moites se serrèrent autour de ma jambe. Elle avait peur.

Je caressai ses cheveux, un sourire rassurant que je ne ressentais pas. Je la protègerais. Toujours.

Thierry, Floriana et Soan s'éloignèrent, absorbés par la foule de parents et d'admirateurs. Il était le PDG brillant, l'homme accompli. Ils l'entouraient, le félicitaient, le louaient pour sa générosité. Floriana le regardait avec des yeux pleins d'admiration. Soan, lui, tourna la tête et me tira la langue, un geste d'insolence enfantine.

Je sentais un froid glacial s'installer en moi. Il avait oublié. Il avait oublié qui j'étais. Il avait oublié que 80% des parts de l'entreprise où il régnait appartenaient à Cléophée Espinosa. À moi. Il n'était qu'un directeur général. Un employé.

Mon pouce effleura l'icône de message sur mon téléphone.

À : Ressources Humaines

Objet : Suspension immédiate – Thierry Saint-Martin.

Message : Veuillez procéder à la suspension immédiate du directeur général, Thierry Saint-Martin, pour faute grave. L'annonce interne doit être faite avant la fin de la journée. Les détails suivront.

À : Service Juridique

Objet : Procédure de divorce et abus de biens sociaux.

Message : Préparez les documents nécessaires pour un divorce avec Thierry Saint-Martin, basé sur notre contrat de mariage strict. Lancez également une enquête approfondie sur l'utilisation abusive des fonds de l'entreprise. Je veux des preuves irréfutables. Que tout soit prêt.

Il allait regretter cette journée. Il allait regretter chaque seconde de sa vie.

Chapitre 2

Point de vue de Cléophée:

La kermesse continuait, un spectacle de familles souriantes s'installant à leurs tables assignées. Chaque famille était une image parfaite. Sauf la nôtre.

« Maman, pourquoi papa ne s'assied pas avec nous ? » La petite voix de Lorie me tira de mes pensées sombres.

Je pinçai doucement sa joue. « Papa aide d'autres enfants, mon cœur. Il est très occupé. » Un mensonge qui sonnait creux même à mes propres oreilles.

La maîtresse, Madame Dubois, annonça le début du concours de construction de LEGO. « Le grand gagnant recevra notre nouveau vaisseau spatial LEGO ! »

Les yeux de Lorie s'illuminèrent. Elle pointa le vaisseau du doigt. « Oh, maman ! Je le veux ! »

J'esquissai un sourire. « Alors, on va se battre pour ça, d'accord ? »

Le sablier était presque vide. Lorie, excitée, leva la main. « J'ai fini, maîtresse ! »

Madame Dubois s'approchait pour vérifier.

Soudain, une tornade blonde déboula de nulle part. Soan. Il fonça droit sur la construction de Lorie. Il la poussa violemment, envoyant les coûteuses briques LEGO voler en éclats.

« Je suis le premier ! » cria-t-il, les mains sur les hanches, un sourire arrogant.

Lorie le regarda, les larmes aux yeux, son chef-d'œuvre détruit. Puis la tristesse la fit basculer dans la rage. Elle ramassa une brique et la jeta sur Soan.

« Tu es méchant ! »

Thierry apparut alors, le visage rouge de fureur. Il agrippa Lorie par le bras. « Lorie, qu'est-ce que tu fais ? Tu n'as pas le droit de frapper Soan ! Excuse-toi tout de suite ! »

« Non ! » Lorie se débattit. « Il a tout cassé ! »

« C'est lui qui a cassé ma fusée ! »

Je m'avançai, posant une main protectrice sur l'épaule de Lorie. « Thierry, c'est Soan qui a tout détruit. Lorie n'a fait que se défendre. Il devrait lui présenter des excuses. »

Floriana s'interposa, tirant Thierry par le bras. « Thierry, mon chéri, ne t'énerve pas. Ce ne sont que des enfants. » Elle me lança un regard mielleux. « Les enfants, ça se dispute, Cléophée. Il faut savoir laisser passer. »

Madame Dubois tenta de calmer le jeu. « Chers parents, s'il vous plaît... »

Mais Lorie me coupa, ses petites joues trempées de larmes. « Papa... pourquoi tu me gronde ? Tu ne me protège jamais ! »

Un silence glacial enveloppa la salle. Tous les regards se tournèrent vers nous. Vers Thierry, vers Floriana, et vers moi.

Thierry devint écarlate. Floriana, mal à l'aise, n'ouvrit pas la bouche.

Soan, profitant de la confusion, s'approcha de Lorie. Il planta ses petites mains sur ses hanches. « Dis, Lorie ! C'est qui ton papa ? Lui, c'est mon papa ! » Il désigna Thierry, un sourire triomphant.

Lorie recula, terrifiée. Ses petits sanglots redoublèrent. « Papa... dis quelque chose ! »

Mon cœur saignait. Je regardai Thierry, l'implorant silencieusement de mettre fin à ce cirque. « Thierry, explique la situation. Ne les laisse pas dans le doute. »

Il écarquilla les yeux. Puis, à ma grande horreur, il prit Soan dans ses bras. Il caressa sa tête. « Oui, mon petit. Aujourd'hui, je suis ton papa. »

La foule commença à chuchoter. Des regards de commisération se posèrent sur moi.

« Regardez cette femme, » murmura une mère. « Elle veut faire passer son enfant pour celui de Monsieur Saint-Martin. »

« Qu'est-ce qu'elle fait là de toute façon ? »

« Elle doit être sa maîtresse, c'est sûr. »

Thierry, sourd à la rumeur, continuait de cajoler Soan. Floriana le regardait avec un sourire satisfait.

« Il ressemble tellement à Thierry, tu ne trouves pas ? » lança une voix forte. « On dirait son portrait craché ! »

Thierry eut un mouvement de recul imperceptible. Son sourire se figea. Il toussa, un son faux.

Je revoyais le visage de Soan. Ses yeux, son nez... comment avais-je pu être si aveugle ?

Lorie sanglotait sans relâche.

« Madame Dubois, » ma voix était froide. « Pourriez-vous emmener Lorie à l'infirmerie, s'il vous plaît ? Elle n'est pas bien. » Je devais la sortir de là.

À l'infirmerie, Lorie s'endormit, épuisée. Ses paupières étaient rouges et gonflées. Je sentais la rage monter en moi.

Je sortis dans le couloir, mon téléphone à la main.

« Marc ? » Ma voix était un murmure glacé. « Prépare tous les documents. Le contrat de mariage, la lettre de licenciement de Thierry. Et lance la procédure pour abus de biens sociaux. Je veux toutes les preuves. Sois à l'école Sainte-Marie dans l'heure. D'accord ? »

« Oui, Madame la Présidente, » répondit Marc, sa voix grave. « Tout sera prêt. »

Je sentis une décharge. Le moment était venu.

Soudain, un cri strident. Le cri de Lorie.

Mon cœur de mère se tordit.

Chapitre 3

Point de vue de Cléophée:

J'ai couru.

Le cri de Lorie était une flèche qui me transperçait le cœur. C'était le son le plus terrifiant que j'aie jamais entendu. Une panique froide me saisit.

Au bout du couloir, près des toilettes, je l'ai trouvée. Lorie, recroquevillée sur le sol, les larmes coulant sur son visage. Elle sanglotait, incapable de parler.

Autour d'elle, Soan et deux autres garçons. Soan, le visage déformé par la haine, la pointait du doigt.

« C'est toi la menteuse ! » cracha Soan. « Tu n'as pas le droit de dire que Thierry est ton papa ! »

Lorie essayait de se relever, mais un des garçons la retenait par le bras.

« Une bâtarde comme toi, ça devrait mourir ! » lança un autre.

Mon sang se glaça. Mes veines pulsaient. Le monde autour de moi devint flou.

Je hurlais, un son primaire qui sortait du plus profond de mes entrailles. « LÂCHEZ-LA ! »

Les garçons, surpris, se retournèrent. Leurs yeux s'écarquillèrent. Ils se regardèrent.

Mon regard était celui d'une bête blessée, prête à tout déchirer. Ils comprirent. En un instant, ils s'enfuirent, comme des moineaux effrayés.

Je me précipitai vers Lorie. Elle tremblait de tout son corps. Je la serrai contre moi.

« Lorie ! Mon bébé ! » Je sortis mon téléphone, composai le numéro d'urgence. « Une ambulance, vite ! »

« Maman... » Lorie sanglotait. « Ça fait mal... »

« Ne t'inquiète pas, mon amour. Maman est là. Je suis là. » Mes larmes coulaient sur ses cheveux.

L'ambulance arriva en hurlant. Des parents curieux s'attroupaient. Je portai Lorie jusqu'au véhicule, le cœur lourd.

Alors que les portes de l'ambulance se refermaient, je les vis. Thierry, Floriana et Soan. Ils étaient assis, construisant des LEGO. Floriana essuyait la sueur du front de Thierry, le regard plein d'adoration.

Thierry leva la tête, l'air confus. Il se leva, prêt à venir.

Mais Floriana le retint par le bras. « Mon chéri, tu as promis à Soan de rester avec lui toute la journée. Il t'attend. »

Et il s'arrêta. Il ne bougea plus.

Les sirènes de l'ambulance s'éloignèrent. Lorie était inconsciente.

Dans l'ambulance, le médecin dégagea Lorie. Son petit corps était couvert d'hématomes. Une tache violette, de la taille d'un poing, défigurait son flanc.

« Qui a fait ça à cette petite fille ? » s'écria le médecin, le visage tordu de rage. « C'est barbare ! »

Je sanglotais, incapable de répondre. La douleur, la honte, la rage. Tout se mélangeait en moi.

Deux longues heures passèrent. Deux heures qui semblaient une éternité. Puis, enfin, la bonne nouvelle. Lorie était hors de danger.

Mais la haine en moi ne s'était pas estompée. Elle avait grandi, s'était profondément ancrée.

Ma mère arriva, les yeux rouges. « Comment as-tu pu laisser ça arriver, Cléophée ? Comment ? »

Lorie ouvrit les yeux, faibles. Elle me regarda, la confusion dans son regard. « Maman... pourquoi ils disent que papa ne veut plus de moi ? Pourquoi il ne me protège pas ? »

Je l'embrassai sur le front. « Mon amour, Maman est là. Je te protégerai toujours. Tu es mon trésor le plus précieux. Et tu sais quoi ? C'est nous qui ne voulons plus de lui. »

Je laissai ma mère veiller sur Lorie et je retournai à l'école.

La kermesse était presque finie. La dernière activité : peinture en famille.

Et ils étaient là. Thierry, Floriana, Soan. Tous les trois, un tableau à la main. Thierry peignait avec un sourire patient. Soan, blotti contre lui, avait l'air si sage. Floriana prenait des photos.

La parfaite illusion d'une famille heureuse.

Mon enfant était à l'hôpital, blessée, terrorisée, et eux, ils jouaient à la famille.

Je me précipitai vers eux, une furie silencieuse.

Ma main s'abattit sur la joue de Floriana avec une force inouïe. Le claquement résonna dans le silence de la cour. Elle tomba, sa tête heurtant le coin de la table.

« Cléophée ! Qu'est-ce que tu fais ?! » Thierry se précipita vers Floriana, l'air paniqué. Il la releva doucement. « Mon amour, tu vas bien ? »

Floriana, les larmes aux yeux, secoua la tête. « Je... je suis désolée, Cléophée. Tellement désolée... »

Je ricanais. « Désolée ? Une simple excuse ne suffira pas. »

Je levai la main, prête à la frapper de nouveau. Thierry s'interposa. Je déviai mon coup.

Ma main s'abattit sur la joue de Thierry. Le bruit fut encore plus fort. Il tituba, la main sur sa joue, le regard incrédule.

« Tu es folle ! » hurla-t-il, les yeux injectés de sang. « Complètement folle ! »

Madame Dubois accourut, le visage décomposé. « Qu'est-ce qui se passe ici ? »

« Demandez à cet enfant ! » Je pointai Soan du doigt, ma voix tremblante de rage. « Il, avec ses amis, a tabassé ma fille dans les toilettes ! Pendant que j'étais au téléphone ! »

« Non ! » cria Floriana. « Soan est un ange ! Il n'aurait jamais fait ça ! N'est-ce pas, mon chéri ? » Elle se tourna vers Thierry. « Dis-leur que mon fils est innocent ! »

« Innocent ? » Je m'avançai. « Si votre fils est si innocent, alors pourquoi ma fille est-elle à l'hôpital en ce moment ? Pourquoi l'ambulance est-elle venue la chercher ? »

Thierry s'interposa à nouveau, me coupant la route. « Ce ne sont que des jeux d'enfants, Cléophée ! Tu en fais tout un plat ! » Il me regarda avec dégoût. « Tu es une hystérique ! Une vraie mégère ! »

Il me poussa. Je trébuchai, ma main s'écorchant sur le béton.

Les parents autour de nous commencèrent à rire. Des murmures se levèrent.

« Elle veut de l'argent, c'est sûr. »

« Regardez-la, elle fait la victime. »

« Qu'elle regarde son reflet dans un miroir ! »

« Monsieur Saint-Martin va la faire traîner en justice ! Nos avocats d'entreprise sont imbattables ! »

La mère influenceuse, son téléphone à la main, souriait. « En direct ! La folle maîtresse de Monsieur Saint-Martin tente de faire un scandale ! Abonnez-vous pour voir comment elle va finir ! »

Floriana se blottit contre Thierry, un sourire aux lèvres. Soan me regarda avec un air narquois.

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