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De la Fosse aux Vignes de l'Amour

De la Fosse aux Vignes de l'Amour

Auteur:: Rising Star
Genre: Romance
À vingt ans, le poids des dettes familiales m'étouffait, me poussant vers un mariage arrangé censé nous sauver de la ruine. J'ai choisi son nom, Antoine Lefèvre, l'homme que j'aimais éperdument, mais notre mariage est devenu mon pire cauchemar. Enceinte, à l'agonie sur ma couche, j'ai vu Antoine éventrer mon ventre, écraser notre nouveau-né, avant de siffler : "Tout ça, c'est de ta faute. Colette ne se serait jamais réfugiée à la campagne. Des vagabonds l'ont agressée là-bas. C'est toi qui l'as mise en danger !" Quatre heures d'horreur, trahie, agonisant seule, tandis qu'il préparait les funérailles grandioses de sa maîtresse, me jetant, moi, à la fosse commune, oubliée de tous, sauf d'un homme. Cet homme, Henri de Montaigne, a recueilli mon corps, a vengé ma mort avant de se donner la sienne sur ma tombe ; aujourd'hui, j'ai rouvert les yeux, et cette fois, le sort n'aura pas le dernier mot. Cette fois, je ne manipulerai pas le tirage au sort, je ne ferai pas le même choix. Cette fois, je m'agenouille devant mon père et je n'ai qu'une seule demande : "Père, je vous en supplie, arrangez mon mariage avec Henri de Montaigne." Alors que je pensais mon destin enfin scellé, le passé m'attendait au détour d'une ruelle, Antoine et Colette. Elle s'effondre, simule, m'accuse d'avoir brisé la jambe de son frère, tout en me dénigrant à voix haute : "Madame, si je vous ai offensée en quoi que ce soit, vous pouvez me frapper, m'insulter... mais pourquoi ? Pourquoi avez-vous fait briser la jambe de mon frère ?" Antoine, protecteur, me toise de son mépris : "Je te croyais plus digne que ça. Tu as déjà supplié ta famille d'arranger un mariage ! Écoute-moi bien, Adeline. Si tu ne t'agenouilles pas immédiatement pour t'excuser auprès de Colette, je te jure que même si je dois défier les ordres de nos familles, tu ne mettras jamais un pied dans la mienne !" Ma servante, Marie, les gifle chacun à tour de rôle, défiant leur arrogance. Mon rire sec fuse : "Le gendre ? Tu penses vraiment que le document de mariage que mon père m'a donné porte ton nom ?" Il persiste, aveuglé par sa vanité : "Évidemment. Tu m'aimes de façon si éhontée depuis des années. Tu as attendu jusqu'à devenir une vieille fille juste pour moi. Si ce n'est pas mon nom, ce serait celui de qui ?" "Arrête de rêver", lui dis-je, avant d'ordonner aux gardes d'éloigner Antoine. Le lendemain, mon sanctuaire, la source thermale où je prépare les remèdes pour Henri, est profané. Antoine s'y prélasse, avec Colette et son frère infirme, qui se sert de ma source pour son "bain". "Quand elle m'épousera", ricane Antoine, "toutes les propriétés de sa famille seront à moi. Absolument tout. Alors, quel mal y a-t-il à ce que ton frère se baigne dans ma source ? Oserait-elle me dire non ?" Mes propres gardes, corrompus par ses mensonges, me méprisent. La rage me submerge. Je dégaine mon couteau et égorge les deux gardes qui m'ont manqué de respect. Cette fois, personne n'hésite. Antoine, fou de rage, me pousse dans la source, me laissant me noyer. Un homme masqué me tire hors de l'eau, sa voix rauque me dit : "Madame, je suis arrivé en retard." C'est Henri. "Je sais que Madame n'a demandé à épouser votre humble serviteur que pour provoquer Monsieur Antoine. Demain, j'irai moi-même voir votre père pour rompre les fiançailles. Je ne veux pas vous mettre dans l'embarras." Je le retiens, ma voix nouvelle, mes mots clairs : "Il n'y a personne d'autre. Depuis le début, la seule personne que je voulais épouser, c'était toi." Ses oreilles rougissent. De retour chez moi, le valet d'Antoine exige deux sages-femmes pour Colette, enceinte. Je le fais battre. Antoine et Colette débarquent, il me gifle, m'humilie devant toute la maison. Mais cette fois, je me relève, mon âme libérée : "Antoine Lefèvre, Cette gifle efface tout ce qu'il y a eu entre nous. Nous sommes quittes." Des gardes armés entrent, ma voix porte ma décision : "Antoine Lefèvre a tenté de tuer la fille du boulanger du duc. Traînez-le dehors et battez-le à mort." Sa mère le sauve de justesse, me soumettant à de nouvelles humiliations, tentant même de me faire violer par son fils, avant que Henri ne m'arrache à ses griffes. "Dans trois jours, le jour de ton mariage, tu épouseras un coq !" lance-t-elle, au comble de sa fureur. Le jour du mariage, un coq est là, Henri le décapite d'un coup d'épée. Antoine arrive, incrédule, pour s'apercevoir que le destin a changé. Mon document de mariage, bien en vue, ne porte que nos noms, Henri et le mien. "Impossible ! C'est impossible ! Tu m'as toujours aimé !" "Assez !" La foule murmure l'humiliation du jeune homme. Colette, traînée par Marie, pâle et terrifiée, le ventre arrondi, confirme mes dires. La famille Lefèvre est ruinée, Antoine ligoté et traîné dehors. Mon cœur est empli de paix, et je jure fidélité à Henri. Le lendemain, notre cortège nuptial s'étire sur dix lieues. Henri promet fidélité à mon père : "Si un jour je manque à mon devoir envers Madame, que le ciel me punisse et que je meure misérablement." Sa mère, bienveillante, me révèle la blessure d'Henri : "Henri a été blessé lors d'une bataille il y a quelques années. Une attaque surprise de l'ennemi. Son visage... il a été défiguré." "Je l'aime." Henri retire son masque, et son visage est parfait, d'une beauté saisissante. Il avoue : "Je voulais juste t'attendre. Toi. J'avais peur que d'autres familles essaient d'arranger un mariage avec moi... Alors..." "Alors tu as inventé toutes ces rumeurs ?" Son hochement de tête coupable me fait rire. "C'est trop tard pour changer d'avis. Et tu n'auras plus jamais à vivre caché derrière un masque." Nous nous embrassons sous le pêcher en fleurs, mon bonheur est complet.

Introduction

À vingt ans, le poids des dettes familiales m'étouffait, me poussant vers un mariage arrangé censé nous sauver de la ruine.

J'ai choisi son nom, Antoine Lefèvre, l'homme que j'aimais éperdument, mais notre mariage est devenu mon pire cauchemar.

Enceinte, à l'agonie sur ma couche, j'ai vu Antoine éventrer mon ventre, écraser notre nouveau-né, avant de siffler : "Tout ça, c'est de ta faute. Colette ne se serait jamais réfugiée à la campagne. Des vagabonds l'ont agressée là-bas. C'est toi qui l'as mise en danger !"

Quatre heures d'horreur, trahie, agonisant seule, tandis qu'il préparait les funérailles grandioses de sa maîtresse, me jetant, moi, à la fosse commune, oubliée de tous, sauf d'un homme.

Cet homme, Henri de Montaigne, a recueilli mon corps, a vengé ma mort avant de se donner la sienne sur ma tombe ; aujourd'hui, j'ai rouvert les yeux, et cette fois, le sort n'aura pas le dernier mot.

Cette fois, je ne manipulerai pas le tirage au sort, je ne ferai pas le même choix.

Cette fois, je m'agenouille devant mon père et je n'ai qu'une seule demande : "Père, je vous en supplie, arrangez mon mariage avec Henri de Montaigne."

Alors que je pensais mon destin enfin scellé, le passé m'attendait au détour d'une ruelle, Antoine et Colette.

Elle s'effondre, simule, m'accuse d'avoir brisé la jambe de son frère, tout en me dénigrant à voix haute : "Madame, si je vous ai offensée en quoi que ce soit, vous pouvez me frapper, m'insulter... mais pourquoi ? Pourquoi avez-vous fait briser la jambe de mon frère ?"

Antoine, protecteur, me toise de son mépris : "Je te croyais plus digne que ça. Tu as déjà supplié ta famille d'arranger un mariage ! Écoute-moi bien, Adeline. Si tu ne t'agenouilles pas immédiatement pour t'excuser auprès de Colette, je te jure que même si je dois défier les ordres de nos familles, tu ne mettras jamais un pied dans la mienne !"

Ma servante, Marie, les gifle chacun à tour de rôle, défiant leur arrogance.

Mon rire sec fuse : "Le gendre ? Tu penses vraiment que le document de mariage que mon père m'a donné porte ton nom ?"

Il persiste, aveuglé par sa vanité : "Évidemment. Tu m'aimes de façon si éhontée depuis des années. Tu as attendu jusqu'à devenir une vieille fille juste pour moi. Si ce n'est pas mon nom, ce serait celui de qui ?"

"Arrête de rêver", lui dis-je, avant d'ordonner aux gardes d'éloigner Antoine.

Le lendemain, mon sanctuaire, la source thermale où je prépare les remèdes pour Henri, est profané.

Antoine s'y prélasse, avec Colette et son frère infirme, qui se sert de ma source pour son "bain".

"Quand elle m'épousera", ricane Antoine, "toutes les propriétés de sa famille seront à moi. Absolument tout. Alors, quel mal y a-t-il à ce que ton frère se baigne dans ma source ? Oserait-elle me dire non ?"

Mes propres gardes, corrompus par ses mensonges, me méprisent.

La rage me submerge.

Je dégaine mon couteau et égorge les deux gardes qui m'ont manqué de respect.

Cette fois, personne n'hésite.

Antoine, fou de rage, me pousse dans la source, me laissant me noyer.

Un homme masqué me tire hors de l'eau, sa voix rauque me dit : "Madame, je suis arrivé en retard."

C'est Henri.

"Je sais que Madame n'a demandé à épouser votre humble serviteur que pour provoquer Monsieur Antoine. Demain, j'irai moi-même voir votre père pour rompre les fiançailles. Je ne veux pas vous mettre dans l'embarras."

Je le retiens, ma voix nouvelle, mes mots clairs : "Il n'y a personne d'autre. Depuis le début, la seule personne que je voulais épouser, c'était toi."

Ses oreilles rougissent.

De retour chez moi, le valet d'Antoine exige deux sages-femmes pour Colette, enceinte.

Je le fais battre.

Antoine et Colette débarquent, il me gifle, m'humilie devant toute la maison.

Mais cette fois, je me relève, mon âme libérée : "Antoine Lefèvre, Cette gifle efface tout ce qu'il y a eu entre nous. Nous sommes quittes."

Des gardes armés entrent, ma voix porte ma décision : "Antoine Lefèvre a tenté de tuer la fille du boulanger du duc. Traînez-le dehors et battez-le à mort."

Sa mère le sauve de justesse, me soumettant à de nouvelles humiliations, tentant même de me faire violer par son fils, avant que Henri ne m'arrache à ses griffes.

"Dans trois jours, le jour de ton mariage, tu épouseras un coq !" lance-t-elle, au comble de sa fureur.

Le jour du mariage, un coq est là, Henri le décapite d'un coup d'épée.

Antoine arrive, incrédule, pour s'apercevoir que le destin a changé.

Mon document de mariage, bien en vue, ne porte que nos noms, Henri et le mien.

"Impossible ! C'est impossible ! Tu m'as toujours aimé !"

"Assez !"

La foule murmure l'humiliation du jeune homme.

Colette, traînée par Marie, pâle et terrifiée, le ventre arrondi, confirme mes dires.

La famille Lefèvre est ruinée, Antoine ligoté et traîné dehors.

Mon cœur est empli de paix, et je jure fidélité à Henri.

Le lendemain, notre cortège nuptial s'étire sur dix lieues.

Henri promet fidélité à mon père : "Si un jour je manque à mon devoir envers Madame, que le ciel me punisse et que je meure misérablement."

Sa mère, bienveillante, me révèle la blessure d'Henri : "Henri a été blessé lors d'une bataille il y a quelques années. Une attaque surprise de l'ennemi. Son visage... il a été défiguré."

"Je l'aime."

Henri retire son masque, et son visage est parfait, d'une beauté saisissante.

Il avoue : "Je voulais juste t'attendre. Toi. J'avais peur que d'autres familles essaient d'arranger un mariage avec moi... Alors..."

"Alors tu as inventé toutes ces rumeurs ?"

Son hochement de tête coupable me fait rire.

"C'est trop tard pour changer d'avis. Et tu n'auras plus jamais à vivre caché derrière un masque."

Nous nous embrassons sous le pêcher en fleurs, mon bonheur est complet.

Chapitre 1

La pression sur les épaules d'Adeline Dubois, à vingt ans et toujours célibataire, était devenue insupportable. Sa famille de boulangers, autrefois respectée, était maintenant au bord de la ruine, écrasée par des dettes qui semblaient impossibles à rembourser. La seule solution qu'ils voyaient était un mariage, un bon mariage. Devant elle, son père, Jean Dubois, un homme dont le dos était voûté par le travail et la honte, lui tendait un sac en toile. À côté de lui, le notaire, un homme au visage sévère, observait la scène sans un mot.

"Choisis, mon Adeline," dit son père, sa voix rauque de fatigue. "Notre fille mérite le meilleur des époux. Chacun de ces noms est celui d'un jeune homme respectable, fils de riches propriétaires terriens. Ils nous sauveront."

Adeline regarda le sac sans le toucher. Chaque nom à l'intérieur était une porte vers une vie de richesse et de sécurité. Une porte qu'elle avait déjà franchie une fois. Dans sa vie antérieure, elle avait été obsédée par Antoine Lefèvre, le plus charmant, le plus beau, le plus désirable de tous les partis. Elle avait cru à son sourire, à ses paroles douces. Elle avait même manipulé le tirage au sort pour que son nom soit choisi, croyant naïvement que son amour était réciproque.

Le début de leur mariage avait été un rêve. Antoine la couvrait de cadeaux et d'attentions. Il lui avait même fait construire un pavillon de jardin, le "Pavillon des Roses", un endroit qu'elle pensait être le symbole de leur amour éternel. Elle était tombée enceinte, et son bonheur semblait complet.

Puis, le jour de l'accouchement, le rêve s'était transformé en un cauchemar indicible. Alors qu'elle souffrait, Antoine était entré dans la chambre, non pas avec des paroles de réconfort, mais avec un couteau de chasse à la main. Son visage, autrefois si aimant, était déformé par une haine pure. Il s'était approché du lit, et sans une once d'hésitation, il lui avait ouvert le ventre. La douleur était si intense qu'elle n'avait même pas pu crier. Sous ses yeux, il avait écrasé leur nouveau-né.

"Tout ça, c'est de ta faute," avait-il sifflé, sa voix glaciale. "Si tu n'avais pas insisté pour m'épouser, pour grimper dans l'échelle sociale, Colette ne se serait jamais réfugiée à la campagne. Des vagabonds l'ont agressée là-bas. C'est toi qui l'as mise en danger!"

Il avait jeté le couteau ensanglanté sur le sol. Des domestiques, obéissant à ses ordres, l'avaient maintenue clouée au lit pendant qu'elle se vidait de son sang. Elle avait agonisé pendant quatre longues heures, seule, trahie, avant de mourir. Son corps avait été jeté sans cérémonie dans une fosse commune. Antoine, lui, avait organisé des funérailles grandioses pour sa maîtresse, Colette, plaçant son corps dans le cercueil qui aurait dû être celui d'Adeline. Il avait juré de ne jamais se remarier, se forgeant une réputation d'homme fidèle et dévasté par le chagrin.

Son âme, consumée par la haine, avait erré. Personne n'était venu réclamer sa dépouille. Personne, sauf un homme. Henri de Montaigne. Il était venu à la fosse commune, et sans se soucier de la boue et de la saleté, il avait pris son corps mutilé dans ses bras. Ses larmes chaudes tombaient sur son visage froid, et pour la première fois, son âme avait ressenti autre chose que de la haine. Il l'avait enterrée dignement, puis il avait passé les années suivantes à détruire systématiquement la réputation et la fortune de la famille Lefèvre. Une fois sa vengeance accomplie, il s'était donné la mort sur sa tombe.

Ce souvenir était gravé dans son être. Cette fois, il n'y aurait pas de tirage au sort.

Adeline repoussa doucement le sac. Elle s'agenouilla sur le sol de la boulangerie, devant son père abasourdi.

"Père," sa voix était ferme, sans la moindre hésitation. "Je vous en supplie, arrangez mon mariage avec Henri de Montaigne."

Le silence tomba dans la pièce, seulement troublé par le crépitement du four. Son père la regarda, l'incrédulité se lisant sur son visage.

"Adeline, sais-tu ce que tu dis ? Cet homme... Henri de Montaigne... sa réputation est terrible. On dit qu'il est sombre, maudit. Son vignoble est en ruine. Tu ne peux pas, par caprice, gâcher ta vie comme ça..."

"Père," insista-t-elle, inclinant profondément la tête jusqu'à ce que son front touche presque le sol poussiéreux. "Mon cœur lui appartient. Je ne veux épouser que lui."

Son père la fixa longuement, cherchant une trace de folie dans ses yeux. Il ne vit qu'une détermination inébranlable. Il soupira, un son lourd de défaite et d'inquiétude.

"Soit... Si c'est le destin... Mais tu es ma fille. Je ne laisserai personne te faire du mal."

Un immense soulagement envahit Adeline. Elle se releva, retenant son excitation. Elle quitta la boulangerie pour rentrer chez elle, le cœur battant à l'idée de sa nouvelle vie. Mais le destin, ou plutôt le passé, se dressa sur son chemin. Au détour d'une ruelle, elle tomba nez à nez avec Antoine Lefèvre et sa précieuse Colette.

Colette, feignant de ne pas la voir, lui fonça droit dessus. Adeline, prise par surprise, trébucha. Avant même qu'elle ait pu retrouver son équilibre, Colette s'effondra sur le sol, le visage tordu par la panique et la douleur.

"Madame !" s'écria-t-elle d'une voix larmoyante. "Si je vous ai offensée en quoi que ce soit, vous pouvez me frapper, m'insulter... mais pourquoi ? Pourquoi avez-vous fait briser la jambe de mon frère ?"

Antoine, tel un protecteur zélé, se précipita pour envelopper Colette dans ses bras. Son regard se posa sur Adeline, puis sur le document qu'elle tenait à la main, un accord préliminaire du notaire. Son expression passa de l'inquiétude feinte au dégoût le plus total.

"Je te croyais plus digne que ça," cracha-t-il. "Tu as déjà supplié ta famille d'arranger un mariage ! Écoute-moi bien, Adeline. Si tu ne t'agenouilles pas immédiatement pour t'excuser auprès de Colette, je te jure que même si je dois défier les ordres de nos familles, tu ne mettras jamais un pied dans la mienne !"

Colette s'agrippa à la manche d'Antoine, jouant son rôle à la perfection.

"Monsieur, ne vous fâchez pas avec Madame pour moi... C'est ma faute, tout est de ma faute."

Puis, se tournant vers Adeline, elle s'inclina si bas que son front heurta les pavés.

"Madame, je sais que vous êtes la fille du boulanger, que votre famille a de l'influence. M'écraser est aussi simple pour vous que d'écraser une fourmi. Mais mon frère... il est innocent. Je vous en supplie, laissez-le tranquille."

Elle se frappa la tête contre le sol avec une telle force que son front pâle devint rapidement rouge et enflé. Antoine, le cœur serré de pitié théâtrale, la releva doucement. Son regard furieux se tourna vers Adeline.

"Ne crois pas que tu peux faire tout ce que tu veux juste parce que ton père est le boulanger du duc ! Excuse-toi auprès de Colette. Et tu lui offriras tes remèdes les plus précieux pour soigner la jambe de son frère. Et quand tu entreras dans ma famille, tu devras accepter Colette comme ma concubine. C'est ce que tu mérites pour ton arrogance."

Adeline sentit une vague de nausée la submerger. Ce visage, qu'elle avait tant aimé, lui paraissait maintenant grotesque, répugnant. Elle n'eut pas besoin de dire un mot. Sa servante, Marie, qui l'avait suivie, s'avança. D'un geste vif et précis, elle leur administra à chacun une gifle retentissante.

Le son claqua dans la ruelle silencieuse. Colette porta la main à sa joue, stupéfaite. Antoine, incrédule, laissa échapper un grognement de rage.

"Misérable servante ! Comment oses-tu frapper le futur gendre de ta maîtresse !"

Marie se posta fièrement devant Adeline, la protégeant de son corps.

"Vous avez manqué de respect à Madame. Deux gifles, c'est une punition bien légère."

Adeline fit un signe de la main à Marie, puis fixa Antoine avec un mépris glacial.

"Le gendre ? Tu penses vraiment que le document de mariage que mon père m'a donné porte ton nom ?"

Antoine releva fièrement le menton, sa vanité reprenant le dessus.

"Évidemment. Tu m'aimes de façon si éhontée depuis des années. Tu as attendu jusqu'à devenir une vieille fille juste pour moi. Si ce n'est pas mon nom, ce serait celui de qui ?"

Un rire sec et sans joie s'échappa des lèvres d'Adeline.

"Arrête de rêver."

Les pupilles d'Antoine se contractèrent. Il la dévisagea, un doute commençant à s'insinuer dans son esprit. Colette tira doucement sur sa manche, le ramenant à la réalité, ou du moins, à la sienne.

"Adeline," dit-il, semblant retrouver son assurance. "La jalousie a des limites. Ne crois pas que ce petit jeu de séduction me fera t'aimer davantage. C'est puéril."

C'était inutile. Discuter avec un homme aussi stupide et imbu de lui-même était une perte de temps. Adeline ne répondit pas.

"Jetez-les dehors," ordonna-t-elle aux gardes qui commençaient à s'attrouper. "Et à partir de maintenant, on placera un panneau devant la maison : 'Interdit à Antoine Lefèvre et aux chiens'."

"Oui, Madame," répondit Marie, les larmes aux yeux. Des larmes de soulagement. "Madame, vous avez enfin compris."

En regardant les deux personnes qui l'avaient anéantie dans sa vie passée, une haine froide et déterminée monta en elle. Cette fois, ce serait eux qui connaîtraient l'enfer.

Le lendemain, Adeline se rendit à sa propriété de campagne. Il y avait là une source thermale, réputée pour ses vertus curatives. Elle l'avait préparée, y ajoutant des herbes précieuses, pensant déjà à soigner les blessures, visibles et invisibles, de son futur mari, Henri de Montaigne. Elle contourna la galerie qui menait à la source, le cœur léger. Mais en voyant la scène qui s'offrait à ses yeux, elle se figea, le sang se glaçant dans ses veines.

Chapitre 2

La source thermale, son sanctuaire, était profanée.

Un homme à la peau pâle, qu'elle reconnut comme étant le frère de Colette, se prélassait dans l'eau chaude. Sur le bord, nonchalamment assis sur le divan qu'elle avait fait installer, se trouvait Antoine. Il tenait un carnet à dessin, et dans ses bras, nichée contre lui, se trouvait Colette. Elle était vêtue d'une robe de mousseline si fine qu'elle en était transparente, révélant les courbes de son corps. Chaque page du carnet d'Antoine était un portrait d'elle, de son sourire faussement innocent, de ses regards langoureux.

Fatiguée de poser, Colette prit un verre de vin de fruits et le porta aux lèvres d'Antoine.

"Monsieur, goûtez. Est-ce que c'est doux ?" demanda-t-elle d'une voix mielleuse.

Antoine but une gorgée directement de la main de Colette, puis l'attira plus près de lui, sa main se promenant sur son dos.

"Monsieur," reprit Colette en se blottissant contre lui, "si vous amenez mon frère ici pour qu'il se baigne dans la source, Madame ne sera-t-elle pas fâchée ?"

Antoine laissa échapper un rire méprisant.

"Quand elle m'épousera, toutes les propriétés de sa famille seront à moi. Absolument tout. Alors, quel mal y a-t-il à ce que ton frère se baigne dans ma source ? Oserait-elle me dire non ?"

Colette gloussa doucement et enlaça le cou d'Antoine de ses bras. Leurs visages se rapprochèrent, prêts à s'embrasser passionnément, au mépris de tout et de tous.

"Impudents !" cria Marie, sa voix tremblante de fureur.

Le couple sursauta. En voyant Adeline se tenir là, le visage fermé, Antoine repoussa Colette avec une pointe de panique. Mais la panique laissa vite place à son dégoût habituel.

"Qui t'a permis de venir ici ?" lança-t-il, comme si elle était l'intruse.

"C'est ma propriété," répondit Adeline, sa voix basse et dangereuse. "Ma présence ici ne te regarde en rien."

Sa colère monta d'un cran en voyant l'eau de la source, qu'elle avait si soigneusement préparée avec des herbes rares et coûteuses, souillée par cet homme.

"Venez !" ordonna-t-elle aux gardes qui l'accompagnaient. "Jetez ce roturier dehors !"

Mais les gardes ne bougèrent pas. Ils échangèrent des regards hésitants, cherchant l'approbation d'Antoine. L'un d'eux, le plus audacieux, murmura à son voisin, assez fort pour qu'Adeline l'entende :

"C'est toujours la même chose. Elle fait une scène devant Monsieur, et cinq minutes plus tard, elle revient s'excuser en rampant. Et c'est nous qui payons les pots cassés."

Un autre ajouta, s'adressant presque directement à elle : "Madame, pour un grand seigneur, avoir plusieurs femmes est tout à fait normal. Ne soyez pas si jalouse et intolérante envers Mademoiselle Colette."

Dans sa vie antérieure, c'était exactement comme ça. Aveuglée par son amour, elle obéissait au moindre de ses désirs. Après chaque crise de colère, elle finissait par s'humilier, s'abaissant à lui présenter des excuses, se réduisant à néant pour lui plaire. Aujourd'hui, même ses propres gardes la méprisaient.

En entendant les commentaires de ses hommes, un sourire suffisant se dessina sur les lèvres d'Antoine. Il resserra son étreinte autour de Colette.

"Arrête de jouer les grandes dames avec moi, Adeline. Tout Paris sait que tu me cours après comme une folle. Impossible de se débarrasser de toi."

Sur ces mots, il s'avança vers elle, comme s'il daignait lui accorder une faveur, et tenta de l'embrasser. Adeline se détourna brusquement, le dégoût se lisant clairement sur son visage.

"Fais semblant, continue de faire semblant," ricana-t-il. "Tu brûles d'envie que je te touche, n'est-ce pas ?"

La rage submergea Adeline. Elle sentit sa poitrine se serrer. Dans un geste fulgurant, elle dégaina le petit couteau qu'elle portait toujours à sa ceinture et, sans un mot, elle égorgea les deux gardes qui lui avaient manqué de respect. Le sang gicla sur les dalles de pierre.

Le silence devint total, glacial. Les autres gardes la regardèrent, horrifiés.

"Je le dis une dernière fois," sa voix était un murmure mortel. "Jetez cet homme dehors. Quiconque osera désobéir encore une fois sera tué sans pitié."

Cette fois, personne n'hésita. Voyant les deux corps gisant sur le sol, les gardes se précipitèrent. Ils attrapèrent le frère de Colette, qui criait et se débattait, et le traînèrent sans ménagement hors de la source.

"Vous osez me toucher ? Je suis le beau-frère de Monsieur Lefèvre !" hurlait-il en essayant de couvrir sa nudité.

Colette se précipita vers eux, essayant de les arrêter.

"Ne touchez pas à mon frère ! Lâchez-le !"

Puis, se tournant vers Adeline qui se tenait près du bord de la source, elle tomba soudainement à genoux.

"Madame, vous êtes si magnanime, je vous en prie, pardonnez à mon frère son inconscience..."

Tout en parlant, elle se laissa tomber en arrière, calculant sa chute. Son front heurta violemment le rebord en marbre sculpté de la source. Le sang se mit à couler sur son visage pâle.

"Adeline ! Es-tu devenue folle !" rugit Antoine.

Il traversa la terrasse en quelques enjambées furieuses et, sans la moindre hésitation, la poussa violemment. Adeline perdit l'équilibre et tomba dans l'eau.

Elle avala plusieurs gorgées d'eau sale. Sa jambe se tordit dans une crampe douloureuse, l'entraînant vers le fond. La panique et la suffocation l'envahirent. Elle se débattit désespérément, ses poumons en feu. Marie, affolée, sauta à son tour dans l'eau et la tira de justesse vers le bord.

Pendant ce temps, Antoine sortait délicatement Colette de l'eau, la prenant dans ses bras comme un trésor fragile. En passant devant Adeline, qui gisait sur le sol, toussant et crachant de l'eau, il laissa tomber quelques mots pleins de mépris.

"Adeline, si tu continues à être aussi jalouse et à t'en prendre à Colette, tu peux attendre trente ans, je ne t'épouserai jamais !"

Il jeta alors à ses pieds un petit objet en marbre sculpté. C'était un gage d'amour qu'elle lui avait offert des années auparavant. L'objet se brisa en deux sur les dalles. Puis, il tourna les talons et s'éloigna à grandes enjambées, portant sa maîtresse blessée.

Adeline resta effondrée, respirant à pleins poumons, comme si elle venait d'échapper une seconde fois à la mort. Marie la serra dans ses bras, pleurant de compassion et de rage.

"Vous êtes la fille du boulanger du duc, Madame. Comment pouvez-vous vous laisser maltraiter de la sorte par ces gens ?"

Adeline ne dit rien. Son regard était fixé sur les morceaux de marbre brisés. Elle les ramassa, sans se soucier des éclats qui lui coupaient la paume de la main.

"C'était le dernier souvenir que ma mère m'avait laissé..." murmura-t-elle, une tristesse infinie dans la voix.

Le sang coulait de sa main. Marie, effrayée, se précipita pour chercher de quoi la soigner. Mais l'instant d'après, sa main ensanglantée fut prise par une autre main, plus grande, aux doigts fins et puissants.

Un homme portant un masque à l'apparence féroce était agenouillé devant elle. Sa voix était rauque, presque un murmure.

"Madame, je suis arrivé en retard."

C'était Henri de Montaigne. Il sortit un onguent de sa poche et commença à l'appliquer délicatement sur ses coupures.

"Je sais que Madame n'a demandé à épouser votre humble serviteur que pour provoquer Monsieur Antoine. Demain, j'irai moi-même voir votre père pour rompre les fiançailles. Je ne veux pas vous mettre dans l'embarras."

En disant cela, Henri retira sa main, mais Adeline la retint fermement. Elle le regarda, ou plutôt, elle regarda les yeux qu'elle pouvait deviner derrière le masque.

"Il n'y a personne d'autre," dit-elle, sa voix retrouvant sa force. "Depuis le début, la seule personne que je voulais épouser, c'était toi."

Henri de Montaigne resta silencieux, la fixant longuement à travers son masque. Puis, lentement, le bout de ses oreilles, visible sous ses cheveux sombres, se mit à rougir.

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