Ca courait de partout, les gens allaient dans tous les sens ; c'étaient les cris et les agitations, c'étaient les pleurs et les supplications ! Ils étaient sans pitié sans cœur. Ils portaient des masques et ils étaient armés... Jusqu'aux dents ! On pouvait déceler à travers leurs fait et gestes, de la détermination, mais surtout de la haine. Tout partait en fumée, comme par enchantement ; c'était comme un rêve ! Presque toutes les maisons furent détruites, consumées par les flammes. Certains malchanceux périrent, d'autre purent s'enfuir, laissant derrière eux toute une vie brisée à jamais.
C'étaient des familles détruites pour toujours, c'étaient des femmes, des jeunes filles violentées. C'étaient des hommes, des maris tabassés à mort, d'autres rebelles tués de sang-froid. Ils avaient été interrogés, ils s'étaient tu, ils ne voulaient rien dire. On les avait retenus prisonniers ; d'autres voulaient parler, se faire libérer, ils voulaient qu'on leur laisse la vie sauve en échange.
Ce n'était pas dans les habitudes d'Antonio de se laisser radoucir. C'était lui le responsable ; tout avait été orchestré par lui. Il grognait et pestait à haute voix, jurant par tous les dieux. Il promit à chacun des otages une mort atroce si ces derniers ne parlaient pas, il s'adressait à eux en français avec un accent particulier. Il venait de faire raser tout le village en l'espace de quelques heures et avait ordonné qu'on ne retienne que quelques personnes, il voulait savoir et avoir la confirmation de ce qu'il recherchait...
Nous avions couru de toutes nos forces, nous avions pu nous enfuir et nous réfugier dans la brousse. Ma mère, Jenaelle et moi on s'était tapies derrière un gros tronc d'arbre ; c'était la nuit noire, on ne pouvait plus avancer, il fallait qu'on attende. Nous étions terrifiées, je tremblais à n'en plus finir, je sanglotais, Jenaelle pleurait, elle essayait de parler mais les pleurs la dominaient et sa voix était chevrotante ; on se blottissait contre notre mère qui elle-même n'était pas épargnée par la peur. On sentait le froid nous pénétrer sous la peau avec violence ; je pouvais entendre le claquement des dents de Jenaelle, je pouvais sentir le corps de ma mère grelotter contre moi. Sa chaleur n'était pas assez suffisante. Mes yeux tentaient de percer au loin, le village ; j'avais levé la tête un tout petit peu et je pouvais encore voir ces flammes qui consumaient les maisons progressivement ; je percevais au loin quelques pleurs et cris. Ma mère m'ordonna de me baisser et de ne plus bouger...
On venait d'entendre des pas, c'était sûrement d'autres fugitifs qui avaient aussi pu réussir à s'enfuir comme nous. L'espoir nous gagna aussitôt, surtout moi, je voulais qu'on se joigne à eux et qu'on quitte au plus vite cet endroit. On aurait plus de chance de se faufiler dans cette forêt en groupe qu'en étant que trois, une femme et deux fillettes ; car la probabilité de se faire prendre toutes les trois était très grande. Les pas se rapprochaient de plus en plus, je voulais qu'on se lève à l'immédiat, mais ma mère me retint par le bras et m'ordonna de me taire, de me calmer et de rester sur place, quoiqu'un peu sceptique. j'étais persuadée que ces méchants auraient de la peine à se faufiler dans ces bois. Ils recherchaient sûrement autre chose, ils avaient une raison bien particulière de venir attaquer tout un village. J'étais dans mes petites spéculations du moment lorsque je réalisai qu'il s'agissait bel et bien de nous, il s'agissait effectivement de ce dont pourquoi Antonio avait agi de la sorte.
Nous venions d'être trahies par nos frères, c'était ça contre leur liberté. Mais Antonio les avait remerciés malgré tout de manière assez cruelle, il les avait fait libérés et avait ordonné qu'on brule leurs maisons. Les hommes d'Antonio, finirent par nous capturer dans la forêt et nous traînèrent de force. Ma mère le suppliait, et implorait qu'on nous laisse la vie sauve et qu'on s'en prenne plutôt à elle...
-Stp ! Ne me les prends pas ! Prend-moi plutôt, je ferai tout ce que tu veux !
- Je la veux elle !!! Exigea Antonio d'une voix ferme et déterminée.
Antonio me pointa du doigt. Je failli perdre tous mes sens dès cet instant. Non seulement ma mère le tutoyait, mais il me voulait moi. Je secouais la tête comme pour désapprouver, mais je n'étais qu'une gamine, et je n'avais pas assez de poigne, ni de force pour résister, mais je refusai catégoriquement de me faire prendre.
Jenaelle et moi nous nous tenions si fortement la main, on se regardait et on disait « Non ! Non ! Jamais ! Pas ça !!! » Je regardais ma mère, j'avais maintenu un tout petit espoir venant d'elle, j'avais espéré qu'en une fraction de seconde qu'elle n'opère un miracle auprès de cet homme ignoble. Je voyais comment elle le suppliait, elle s'était mise à genou et avait joint ses deux mains, elle lui parlait avec des mots, des phrases entrecoupées presque incompréhensibles. Il ordonna à l'immédiat qu'on la retienne fortement pendant qu'on m'arrachait moi des mains de ma sœur ; je tendis subitement mes bras en direction de ma sœur et de ma mère, je redoublai de plus belle dans les pleurs, les cris, les gémissements, les sanglots...
Dans un dernier élan, ma mère, impuissante lui demanda pourquoi il agissait de la sorte...
-Pourquoi ??? Snif ! Snif ! Pourquoi tu fais ça ? Snif !!! Tu es le diable en personne ! Le démon même incarné ! Pourquoi tu viens de cette manière me prendre Naelle ? Snif !!! Tu détruis mon village !!! Ma... ma famille !!! Snif !!! Noooon !!! Antonio !!! Sois maudit !!! Snifffff !!! Sois maudit !!! Sniffff !!!! Naaaaellllllle !!! Ma petite fille !!! Oooooh mon DIEU nooon !!!
-Mamaaaaaaa !!! Criai-je. Jenaeeeelle!!! Au secourrrrs !!!
Antonio, insensible, à toutes ses supplications, la regarda juste tout en la défiant.
-Je t'avais dit que je reviendrai un jour... Souviens-toi !
On m'arrachait violemment à ma terre, à ma famille, on m'arrachait brutalement ce bonheur dans lequel nous vivions malgré notre pauvreté. Nous n'avions rien, mais nous étions heureuses, et ça nous suffisait. On me coupait de ce monde, de nos jeux. Jamais plus je ne jouerais avec Jenaelle, jamais plus je ne revis ma mère et je ne sus ce qu'elles devinrent toutes les deux par la suite...
Des années plus tard, je vivais toujours avec cette même image tragique dans ma tête; cette même phrase qui me revenait tout le temps, ces cris, ces pleurs, ces flammes, ces villageois qui tentaient de s'enfuir... Mais surtout je revoyais ma mère, ma sœur. Je me demandais par moment ce qu'elles étaient devenues, et de l'endroit où elles pouvaient bien se trouver. Dipam avait été rasé et n'existait plus que comme un coin abandonné, lugubre et hanté. Il n'y avait plus d'âmes qui y vivaient, sûrement à cause de cette tragédie ; trop de larmes ont coulé, trop de sang avait coulé. Toutes ces tueries orchestrées méthodiquement par le grand Antonio, sous prétexte qu'il me voulait moi...
A 26 ans, je vivais avec l'un des plus grand, influent, puissant, très craint et très respecté de toute la contrée, Antonio Potenza, dit « Antonio le sicilien » Il était riche et adulé par tout le monde, n'en parlons plus des femmes. Nous habitions à Palerme en Sicile; il avait su se faire un nom dans cette région avant de se faire connaître à travers le reste du globe. Si Al Capone vivait encore, on aurait pu dire qu'il aurait été son plus grand rival.
Il m'avait amenée là-bas en Italie, à Palerme et m'avait façonnée... à son image. J'étais devenue aussi influente. Je vivais dans un palais avec toute une horde de domestiques, je menais une vie de princesse ; j'avais déjà fait le tour de monde, et même rencontrer les plus grands couturiers avec qui je collaborais en permanence... mon apparence comptait énormément pour moi ; d'ailleurs je finis par devenir une source d'inspiration pour certains d'entre eux. Antonio me fit faire des études ; il me disait toujours que je devais être instruite, avoir de l'éloquence et un certain bagage intellectuel...
-Tu es belle ! Mais ce n'est pas suffisant, il faut plus que cela pour plaire... Ton instruction!
Je suivais des cours dans une très grande université de la place. Il arrivait parfois qu'il fasse venir certains professeurs à domicile, afin de me donner des cours particuliers ; il le faisait juste par jalousie, mais beaucoup plus par simple caprice ; il ne manquait jamais de faire valoir sa super notoriété auprès de tout le monde.
Tout le monde subissait les affres d'Antonio Potenza, y compris moi-même, devenue Madame Potenza depuis longtemps. Mais au fil du temps j'avais beaucoup appris dans ce monde ; il n'était plus nouveau pour moi, je m'étais fait à cette idée, et je faisais la part des choses ; je profitais juste de ce que nous possédions, de tout ce luxe, cette vie paradisiaque. De tout ce beau soleil et cette plage lorsque nous nous retrouvions en vacances à Saint Trop, à la Barbade ou encore en République dominicaine. C'était comme ça tous les étés, je suivais mon mari quelque part aux quatre coins du monde.
Je faisais des efforts au quotidien, j'avais appris à me maîtriser, j'avais acquis ce reflexe depuis qu'il m'avait prise, soumise et conquise ; j'avais acquis l'art de la simulation en tous points donnés ; sans cela, mon âme et mon esprit seraient bien morts avant que ma personne physique même ne les suivent. Mon âme et mon esprit étaient bien plus en peine que n'importe quelle autre personne. J'avais tout pour moi, tout autour de moi, mais j'étais bien plus malheureuse ; je pense même que je l'étais plus que ces personnes vivant dans la misère la plus totale. Ils n'affichent certes pas le sourire comme moi, mais ils ont en eux une certaine dignité, une vérité, ils ont et connaissent leur histoire profonde, leurs origines, ils sont eux-mêmes, et ne s'en cachent pas.
Moi, j'étais une autre femme, je connaissais mes origines mais je n'avais pas le droit, ni de les évoquer, ni de les revendiquer, j'étais une autre personne, avec le même fond invisible. Je chassais souvent ces images de mon esprit, elles revenaient sans cesse, elles m'appelaient, je le sentais ; elles m'imposaient un certain rythme à travers lequel, j'appris à me focaliser uniquement sur des choses artificielles, un rythme à travers lequel j'appris à vivre avec et à canaliser mes émotions. Je savais être et rester parfaite malgré la profonde tristesse enfouie tout au fond de mes entrailles ; je savais montrer une certaine dignité même lorsque je me sentais très sale. J'étais toujours au-dessus de tout, même lorsque j'étais la plus blessée de tous.
J'avais des interrogations ; je savais qui j'étais et d'où je venais et que mon vrai nom est Naelle Mamene. Je le savais depuis très longtemps. Mais j'avais tant de questions qui me trottaient dans ma tête et dont je n'osais pas les exprimer ; je les ressassais juste et je tentais de comprendre. Je voulais comprendre afin de percer le mystère... Je vivais avec un homme dangereux que je devais ménager et qui voulait me faire oublier tout mon passé. On n'avait jamais évoqué ce qui s'était passé, ni pourquoi il avait agi avec autant de cruauté envers ma famille au point de décimer tout un village. Je n'avais jamais compris pourquoi ma mère l'avait tutoyé ouvertement et pourquoi Antonio lui avait craché cette fameuse phrase : « Je t'avais dit que je reviendrai un jour...Souviens toi ! ».
Cette fois ci nous étions allés en Afrique, mais pas au Cameroun. Nous étions allés à Johannesburg en Afrique du Sud, nous en avions juste pour une semaine. Il disait toujours que c'était pour des vacances, mais je savais que c'était pour du business, et ses rencontres avec d'autres gansters, bref c'était toujours dans le but d'organiser des coups foireux entre mafieux. C'est sans doute ce voyage qui me mettait si mal, au point de penser aux miens. Je n'y avais plus jamais remis les pieds dans mon pays natal et juste le fait de me retrouver dans cette partie du continent me fit un effet que je tentais si bien de dissimuler dans un de ces faux sourires. Nous nous tenions par la main, nous assistions à un fameux dîner de bienfaisance ; la limousine venait juste de nous déposer à l'entrée de ce grand palace bien illuminé. A peine descendus, nous subîmes le flot des flashes des paparazzis et les appels en tout genre....
-Ohé!!! The Sicilian... Take a look here please!
Je souriais, je jouais le jeu et me cambrais amoureusement contre lui. Ma robe au décolleté ultra plongeant et ultra moulante faisaient partie de ce décor dans lequel je me fondais ; ma démarche et ma cambrure de hanches laissaient plus d'un bouche bée après mon passage. C'était presque ça le style de vie que je menais avec Antonio, et lorsqu'il m'abandonnait toute seule dans notre chambre d'hôtel, je me recroquevillais sur moi-même et je me laissais aller tout simplement... Elles me manquaient terriblement ; je n'ai jamais cessé de penser à elles, même après toutes ces dix dernières années.
Quinze ans plus tôt...
Je me souviens vaguement de l'endroit où je me trouvais, après qu'Antonio m'ait arrachée de force aux miens. Je me sentais perdue ; à onze ans je n'étais qu'une gamine, et mes souvenirs sont restés intacts. Je me souviens que j'avais une nounou qui me donnait à manger et me laissait quand même regarder la télé; ma chambre était assez vaste, ça m'impressionnait, tout différait des vieux matelas que nous disposions à même le sol dans mon village. Il y avait tout pour me distraire et me faire oublier un peu tous les événements tragiques qui s'étaient déroulés quelques jours plus tôt.
Ma nounou avait de la peine pour moi ; Madeleine, c'était son nom ; elle se comportait en vraie mère poule. Son regard compatissant en disait long sur toute la ligne. Tous les jours qui passaient je sentais ma tristesse se dévoiler ; je n'étais pas dans mon assiette ; parfois je me laissais envahir et dominée par mon profond désarroi, je pleurais et elle venait me prendre et me consoler dans ses bras. Mais il y avait des jours où je me laissais emporter provisoirement par tout ce dont je pouvais bénéficier comme moyens de distraction.
Antonio venait souvent me voir dans ma chambre; cet homme blanc qui n'était autre que l'auteur de mon enlèvement. Il me surprenait toujours dans les bras de cette Madeleine et lorsqu'il entrait, elle me lâchait brusquement et sortait en courant à toute vitesse ; je sursautais à chaque fois à cause de son regard perçant et menaçant. Il me faisait très peur et m'impressionnait en même temps. La porte venait de se refermer derrière lui, après qu'il ait foudroyé Madeleine du regard; il s'approcha de moi, alors que je marchais à reculons ; j'étais pétrifiée et je tremblais de tout mon être; je l'avais vu à l'œuvre, punir de sang-froid.
C'était la première fois que je vois de si près; la pièce était très illuminée avec ses grandes fenêtres à battants ouverts, laissant pénétrer les rayons du soleil dans la chambre; cet éclairage naturel avait un effet particulier sur son visage ; Je voyais la beauté du Diable incarné devant moi. Je fis un effort pour ne pas craquer à l'instant, ne pas crier. Il me tendit la main tout en affichant un sourire qui se voulait rassurant...
-Viens là toi! Approche... N'aies pas peur!
Je n'obtempérai pas. Pas une seconde je n'eus aucune envie de le sentir. Il m'exécrait, je le détestais, il le savait, il en était conscient. Il savait que je lui en voulais, de m'avoir arrachée brusquement à ma terre natale. J'avais encore de l'espoir, je croyais dur comme fer que ma maman viendrait me récupérer auprès de cet homme. Mais lorsque sept années consécutives s'écoulèrent, sept années à travers lesquelles ce fut le même rituel, sept années pendant lesquelles Antonio m'apprit et m'ordonna surtout à l'accepter comme son époux.... A 18 ans. Il me força à l'épouser officieusement. Sept années pendant lesquelles j'appris moi-même à cacher mes émotions, mon ressenti profond. Je l'avais compris à 18 ans, que tous mes espoirs s'étaient envolés, qu'il fallait que je fasse bonne figure, que je joue le jeu et que me fonde dans ce nouveau monde, mais surtout, que j'accepte cet homme... Dans ma vie ...
Je faisais plus que mon âge; je grandissais et mes formes se développaient assez rapidement; je venais d'avoir 19 ans, mais on m'en donnait bien plus. Madeleine me le répétait sans cesse.
-Tu grandis si vite!!! Tu es si belle ...J'ai du mal à le réaliser!
Elle me regardait avec cet air tendre et maternel que j'aimais tant; je me lovai contre elle tout en profitant de ce petit bonheur, celui d'être cajolé. Elle était devenue une mère de substitution pour moi. Après avoir passé près de huit ans auprès d'elle, je savais que nous étions toujours au pays, en ville et dans un quartier chic et résidentiel, mais mes sorties ne se limitaient qu'aux environs et pas plus.
-Monsieur revient quand ?
-Ah ! Ma jolie j'en sais rien! Il ne dit jamais ! Tu le sais non ?
-Je me sens bien lorsqu'il n'est pas là ! Je le déteste !!! Martelai-je avec une énergie sans pareille.
Elle ne me répondit pas, et se contenta plutôt de me caresser les cheveux avec une infinie douceur.
-Mama Madeleine... Je voudrai te demander quelque chose...Je veux tenter quelque chose comme monsieur n'est pas là! Il faut qu'on en profite! Voilà, tu connais toute l'histoire depuis le début, depuis mon enlèvement; ça va faire bientôt huit ans que je suis ici! Nous sommes à Yaoundé, je sais! Mais j'ai besoin de savoir ce que sont devenues ma mère et ma sœur. Je t'en supplie aide-moi! Est ce que tu peux aller là bas... en cachette?
-Aller où ??? A Dipam??? Je veux bien essayer ma belle! Mais je crains seulement que ton mari ne rentre avant ! On ne sait jamais et N'imagine même pas la suite, les représailles ! Tu fêtes tes 19 ans dans deux jours.... Il peut rappliquer comme ça à l'improviste ! Si je vais à Dipam entre temps, je ne suis pas sûre d'être rentrée bien avant...
-Oui ... Mais....
-Mais j'ai quand même ma petite idée... Laissons d'abord que ton anniversaire passe, je vais tenter quelque chose... Moi aussi, j'ai besoin de prendre l'air... Je vais demander quelques jours de congés, juste cinq jours... Il ne va pas refuser, j'en suis sûre... je vais en profiter pour voir ma famille à moi ; je ferai d'une pierre deux coups !
-Merci, merci pour tout Mama !!! tu es vraiment comme une seconde mère pour moi !
Pour la première fois, je sortais de mon mutisme et de mon mal être permanent. J'avais ouvert grand les yeux, j'avais mis mes deux mains sur la bouche avant de souffler sur les 19 bougies sur mon gâteau d'anniversaire. Antonio avait tout prévu; il était rentré un jour plus tôt. Madeleine avait eu raison; elle était partie le même soir, juste après ma fête d'anniversaire. J'étais quand même émue de voir tout ce monde, domestiques et autres, se réjouir pour moi. Antonio m'avait couverte de cadeaux, en tout genre... Ceux dont j'avais besoin et ce dont je me demandai à quoi bon me serviraient t'ils, comme cette robe de nuit en mousseline de couleur bleue que j'avais enfilée un peu plus tard dans la soirée avant de me mettre au lit...
Il était près de 21 heures, lorsque assise au balcon, et profitant de la légère brise du soir qui me caressait tendrement le visage, je pensais à ma mère et à Jenaelle; je priais juste que Madeleine rentre au plus vite avec de bonnes nouvelles, je gardai espoir...
Il était là debout avec une bouteille de champagne en main et deux flûtes ; il venait d'entrer sans frapper et m'avait fait sursauter. Je pouvais distinguer le scintillement de ses pupilles, elles brillaient comme des étoiles dans la nuit. Il était vêtu d'un simple peignoir et il était pieds nus, les cheveux en bataille ; il se rapprocha de moi en souriant légèrement.
- Joyeux anniversaire... Une fois de plus ! 19 ans... Il faut qu'on trinque ma princesse, tu es une femme dès à présent ... belle, bien menue, attirante...Tu as... mis cette belle robe de nuit en mousseline bleue...
J'avais effectivement enfilé cette robe de nuit mousseline, mais pas pour les mêmes raisons que lui ! Je pouvais sentir son regard qui me scannait tout le corps de haut en bas. Il m'avait prise de court... Il voulu m'effleurer la joue et mes longs cheveux ; je l'esquivai tout en affichant une sorte de mépris et de dégoût vis – à – vis de lui. Je savais qu'il me ferait du mal tôt ou tard, du moins, je pressentais toujours quelque chose de négatif venant de lui. Même après ces huit années passées auprès de lui, je ressentais toujours une certaine crainte à son égard.
Je compris à la seconde qu'il me désirait. J'étais encore vierge et je paniquais sur la champ. Il est bien vrai que je faisais plus que mon âge et que j'avais des formes divines; mes seins avaient un peu trop vite poussé, on aurait dit des pastèques moyennes. Leur fermeté et leurs tétons pointant vers l'horizon lointain commençait à le mettre dans une agitation et une excitation que je percevais toujours à distance. Lui, son physique et son charme n'avaient subi aucune érosion du temps; il était pareil, le beau méchant loup garou du haut de ses 30 ans. Onze bonnes années de différence nous séparaient.
J'eus le temps d'apercevoir sa poitrine poilue et musclée sous son peignoir légèrement découvert,; je n'osais pas deviner s'il était nu en dessous ou pas ! Je chassai rapidement ces pensées de mon esprit et je détournai le visage. Je me retournai brusquement tout en m'adossant contre les gardes fous de cette terrasse. J'avais le cœur qui battait à la chamade, il était si près de moi; j'étais très mal à l'aise ; il avait passé ses bras autour de mes hanches, sans se faire prier...
- Excuse mon indélicatesse et mon intrusion brusque princesse... Tu sais que tu en es une ? Regarde-moi !
Il me retourna brusquement, et me regarda avec une avidité féroce; ses mains me maintenaient fermement les hanches, et me caressaient en indélicatement les fesses. Tout en se frottant le bassin contre le mien, je sentis sa bite se raidir progressivement ; je voulu me débattre et le repousser, chose que je tentai, mais qu'il anticipa.
-N'aie pas peur! Me dit-il dans un souffle.
- Non !!! Je... Je... ne me sens pas encore prête tu vois ? Laisse-moi le temps de ...
- De grandir encore ??? AHAHAHAHA !!! Ca fait longtemps que j'attends ce moment, ça fait des années que j'attends que le fruit murisse ... Tu as un corps mature et déjà apte et pour ce genre de choses... Je te désire tant, je te veux ! Je t'ai fait mienne! Je t'ai façonnée! Qu'est ce que tu crois ?
- Je ne crois rien, Antonio !
- Comment ? Tu ... tu ... as enfin prononcé mon prénom ! Ça fait des années que je rêve de t'entendre m'appeler par mon prénom ! J'ai envie de toi ! J'ai envie de le faire avec amour ce soir ! Je vais t'apprendre à faire l'amour, les plaisirs sensuels et tout ça! Tu ne gouteras plus à aucun autre homme que moi de cette façon Mia amore.
- Je ....je n'ai pas envie stp ne me fais pas du mal je t'en supplie !
- Chuuuut laisse toi faire... Je sais que ça va te faire un peu mal, mais la douceur extrême, tu ressentiras, je te promets ! Regarde-moi dans les yeux ...
-Je t'en sup....
Il déposa un baiser langoureux sur mes lèvres, c'était la première fois qu'un homme m'embrasse, c'était la première fois que je ressente une chaleur me parcourant subitement tout le corps ; j'étais toujours crispée car j'avais maintenu mes mains bien croisées pendant qu'il m'embrassait. Il tenta de me décrisper en me les décroisant, il en profita pour me pincer les tétons avec douceur, tandis qu'une autre de ses mains caressait ma croupe à travers ma robe. Ma respiration se faisait grandissante, progressive, je sentais ses doigts, il y allait de plus belle et plus fort, je me découvrais cette sensation, cette humidité qui émanait de moi ! Il ne lâcha pas prise et y allait de plus en plus vite; il venait de me soulever la robe afin de passer encore ses doigts, encore plus en profondeur. Il m'embrassait toujours et soupirait de plaisir lorsque j'émettais des petits sons rauques au contact sa bouche sur la mienne en même temps.
Je fermai les yeux...
-Allons à l'intérieur ! Murmura-t-il.
Telle une automate, je me laissais guider par lui, il me tenait par la main ; il m'enleva ma robe de nuit qu'il laissa glisser tout le long de mon corps avant d'atterrir sur le sol ; je fus prise d'une petite gêne ; toute honteuse, je me recouvris subitement le corps avec mes mains ; il sourit et me tint le visage, me bécota la bouche à plusieurs reprises avant de s'arrêter un petit moment.
-Tu n'as rien à craindre... Je ne te ferai pas de mal... Tu es si belle, tu as un corps si parfait! N'aies pas honte chérie !
- Je sais... Mais je suis encore si jeune... J'ai si peur!
Il ne me laissa pas le temps de terminer ma phrase qu'il m'avait déjà allongée toute nue sur le lit et qu'il se pencha au dessus de moi ; il ôta son peignoir bien avant que je ne réalise l'immensité de sa verge ; je détournai un peu la tête, ne voulant pas la voir, le voir de cette façon, bref... je ne voulais pas le voir sous cet angle.
Il m'amena à la découverte de mon propre corps ; il me prit les deux mains et me les posa sur mes seins, il voulait que je me caresse d'abord et que je le touche ensuite ; il insista, puis il prit ma main et la posa sur son sexe durci. Je fus prise de frissons, mais je me sentis maladroite et un peu ridicule. Il m'écarta délicatement les jambes; ses mains parcoururent mes cuisses, puis ses doigts continuèrent de caresser tendrement mon sexe, il le fit pendant un bon moment, question de me sentir bien chaude. Lorsqu'il déposa sa langue sur mon sexe, je fus immédiatement électrocutée; ses coups de langues à répétition savamment dosés me firent me tordre, me contorsionner sur le lit. C'était une découverte, c'était irréel.
Il passa ses mains sur mes seins et les pressa avant de me pincer encore les tétons; il remonta jusqu'à mon visage, me prit un à un mes seins dans sa bouche qu'il aspira avec ardeur et ferveur.
C'était jouissif !!! Je me surprenais moi-même dans cet élan de plaisir, je me surprenais moi-même entrain de m'offrir à cet homme. A quoi pensai-je ? Et où avais-je la tête ? Je finis par me détendre un tout petit peu à cause des effets que je ressentais ! Je laissais cet homme entrer en moi malgré tout, malgré les mauvais souvenirs que j'avais enfoui dans mon esprit. Je laissais l'auteur de mon enlèvement me pénétrer dans une douleur que je ressenti par la suite. J'étais partagée entre douleur, plaisir et haine envers lui, si bien que j'écorchai son dos de toutes mes forces avec mes ongles.
J'ouvris les yeux afin de voir s'il avait aussi ressenti cette douleur lorsque l'on vous arrache la peau brutalement ; tout au contraire, monsieur, il adorait, il geignait de plaisir et me murmurait des mots suaves en me mordillant l'oreille.
Il m'avait prise ce soir là pour la première fois; je le sentis se raidir, et à un moment donné, il émit comme une sorte de râle qui me fit un peu peur, et lorsqu'il revint en lui, il m'expliqua pleins de choses....
- C'est ce qu'on appelle la jouissance, ce plaisir immense qu'on ressent... Ma semence s'est déversée, mais à l'intérieur de ce préservatif ! Je sais que tu es sûrement en période féconde, et vu que tu as passé tous les examens gynécologiques, je veux donc t'éviter une éventuelle grossesse pour le moment! Tu ne peux encore rien ressentir de concret! Tout est nouveau pour toi ! Le plaisir ! Cette jouissance, tu auras l'occasion de la ressentir très souvent!
Je ne sais pas si j'étais satisfaite ou non ! J'avais plutôt honte de moi ! Il venait de me prendre mon innocence à la fleur de l'âge...
Allongé contre moi, il se redressa, se pencha et m'embrassa encore ; Il n'avait plus rien dit, il se contenta de me regarder longuement, avec un regard assez interrogateur, il devint tout d'un coup soucieux, ce qui me mis au plus mal. Je relevai doucement le drap et me recouvris presque tout le corps. Il se leva brusquement et alla se servir une coupe de champagne ; je détournai mon regard face à cette nudité... il était sans gêne et me mettait mal à l'aise... Il se retourna brusquement et sur un ton autoritaire, il m'annonça qu'on partirait le lendemain dans la soirée pour l'Italie.
Quelques jours plus tard, lorsque je montai dans cet engin volant pour la première fois, je ressentis une immense peine de cœur. Ce cœur blessé n'arrêtait pas de me faire fredonner sans cesse dans ma tête ces paroles tristes...
« Envolés tous mes souvenirs,
Envolés tous mes espoirs,
Ils furent vains... »
Six ans plus tard...
Je venais d'avoir 25 ans; le mûr de glace menaçait de se briser ; un mûr derrière lequel je m'étais réfugiée afin de maintenir une certaine froideur et une distance envers lui. On vivait désormais à Palerme dans son manoir...
Malgré tout, il m'imposait un rythme de vie, son rythme à lui. Il n'était presque jamais là, toujours entre deux ou trois avions, toujours en train de gérer ou de régler des comptes quelque part sur la planète, à 36 ans il ne s'arrêtait jamais; il avait le vent en poupe. Même absent, je ressentais sa présence en permanence; son ombre planait dans le manoir; il semblait omniprésent. Il était partout! Dans les médias, la presse et les magazines "people"! Le Sicilien était une star mondiale...
Je lisais une certaine admiration dans les yeux de certaines et je savais qu'il passait son temps à se faire la part belle dans les hôtels et j'en passe; il était le maître incontestable et incontesté des orgies que lui même organisait souvent.
Lorsqu'il rentrait, il venait me retrouver directement; il me demandait si j'allais bien et si je ne manquais de rien; il faisait des efforts pour me rassurer, il me parlait sur un ton doux et si charmant. Il me disait de ne pas tenir compte de tout ce qui se racontait; il les traitait tous de mouchards, et de n'y prêter guère attention. S'il pensait que je me faisais un sang d'encre pour ses conneries, il se mettait le doigt dans l'œil ! J'avais appris à jouer les épouses dévouées et souvent éplorées pour lui donner cet air de puissance. Il venait de m'offrir cette voiture, question de se faire pardonner, il savait qu'il merdait tout le temps.
- Viens ! Je vais te montrer quelque chose ...
Une « RANGE ROVER » rutilante. Je ne pus me contenir; ma joie était immense. Je m'exclamai en italien; je parlais déjà assez couramment cette langue, en plus du français. Je venais de terminer mes études, à "l'Università degli studi di Palermo", où j'avais appris en même temps plusieurs autres langues, comme le Russe et l'anglais. J'étais très excitée à cette idée de pouvoir conduire ma propre bagnole. A 25 ans j'avais eu droit à ma première voiture et avec chauffeur! Je devais d'abord passer mon permis avant ...
Il m'avait regardée m'extasier devant ce gros bijou et paraissait assez satisfait de me voir baisser la garde. Il sut percer ce mystère en moi, il voulu me faire changer et oublier tous mes tendres souvenirs d'enfance, et la tragédie qui s'en suivit par la suite. Il pensait me faire changer et tout oublier; c'était quasiment impossible.
Cette face cachée de la lune qu'il m'exhibait à tout bout de champ ne me rendrait jamais les mien.
J'avais longuement pleuré mon départ et je me demandais ce qu'était devenue entre autre Madeleine ma nounou de l'époque; je ressentais aussi son absence; un gros vide s'était à nouveau installé, et je me sentais un peu fautive de l'avoir forcée à faire des recherches concernant les miens, étant donné qu'elle était censée être rentrée un peu plutôt à cette période là. Je priais juste que rien ne lui soit arrivé et que tout cela ne fusse pas une de ses manœuvres à lui, Antonio.
J'avais gardé en mémoire presque tous les conseils de Madeleine, que j'appliquais souvent à la lettre. Je me souviens de l'une de nos dernières conversations où celle-ci me demandait de jouer le jeu avec Antonio. C'était la seule chose que je pouvais faire pour pouvoir m'en sortir, et espérer un jour me libérer de ses mailles. Madeleine le connaissait assez bien pour avoir longtemps travaillé pour lui lors de ses multiples séjours au Cameroun. Je ne sus jamais ce qui était arrivé à Madeleine par la suite; elle ne refit jamais surface. Connaissant les agissements d'Antonio, il lui aurait sûrement fait payer cet écart.
En Italie, la nouvelle gouvernante qu'Antonio me présenta, une petite dame menue et haute comme trois pommes avait prit la relève; on l'appelait Mémé! Elle était bien gentille et jouait en même temps les dames de compagnie. J'avais aussi remarqué qu'elle rendait compte points par points de tous mes faits et gestes à son patron ; je compris par la suite qu'elle n'avait pas le choix ; je compris que ce qui était peut être arrivé à Madeleine au pays pouvait aussi lui arriver si elle transgressait certaines règles.
Elle ne faisait que son travail; être sous l'autorité d'un tel homme n'était pas chose facile. C'est aussi grâce à elle que j'acquis petit à petit une certaine liberté et une ouverture d'esprit. Je parvenais à maintenir ce sourire, qu'Antonio soit présent ou pas. J'apprenais à me détacher petit à petit de certaines choses, je les mettais de côté et me focalisais sur le plus important dès ce moment là.
Antonio m'avait épousée secrètement quand j'étais plus jeune. Cette fois-ci, il voulu le faire de manière officielle, et ce, devant toute la Sicile.
On avait entendu parler de moi dans toute la contrée. Tout le monde connaissait les frasques en tout genre du Sicilien, ses entrées et sorties, ses allées et venues un peu partout; mais personne ne nous avait encore jamais vus affichés en public. J'avais appris qu'on m'appelait "la petite gazelle africaine du Sicilien!" certains poussaient le bouchon un peu loin en me traitant de « petite négresse » ou de « petite pute noire du Sicilien », bien que métisse. Ma gouvernante Mémé me fit savoir que tous ces ragots avaient bien lieu de se faire, car ils mouraient tous d'envie de me voir et s'intéressaient vraiment à ma petite personne... Ce qui me fit sourire à la fin.
C'était un mariage digne de ce nom, comme on voit souvent à la télé, ces stars qui s'unissent devant presque tout le monde entier; c'était bien le cas... Toute la Sicile était en ébullition et c'était tout le monde qui voulait avoir le dernier scoop, les dernières images. La fête eu lieu dans son somptueux manoir tout simplement, en plein air.
Après m'avoir passé la vraie bague au doigt, il m'embrassa; je lui rendis tout simplement ce baiser de judas, en jouant les amoureuses...
J'étais devenue une femme en tant que telle; j'apprenais toujours de Mémé la gouvernante ; elle me donnait tous les petits secrets, à savoir comment tenir un homme ; elle m'apprit à cuisiner italien ! Mais elle m'avait averti qu'Antonio ne mangerait peut être pas les plats cuisinés par moi-même. L'histoire de ces fameuses veuves heureuses qui avaient su éliminer astucieusement leurs richissimes époux avait rendu Antonio très prévenant et pire... paranoïaque. Il préférait plutôt me voir exceller dans le domaine de la séduction et de la sexualité.
Depuis qu'il m'avait découverte, il devint plus présent et plus en plus jaloux; il ne supportait pas de me savoir pas encore rentrée à temps de mes éventuelles sorties ou petites promenades. Et lorsque je rentrais un peu tard, il entrait dans une colère noire. C'était l'été, les grandes vacances, il faisait tellement chaud que je ne portais que des petites tenues ultra légères. C'est surtout ce détail qui non seulement le mettait hors de lui, mais l'excitait au plus haut point. Je me plaisais aussi de temps en temps à le voir piquer ces colères et mourir de jalousie. Mais ce n'était que provisoire ; il me prenait aussitôt au jeu qui devinrent très érotiques ; j'étais devenue une vraie petite bombe. Je savais le prendre et le rendre fou ; Il jouissait toujours à l'extrême, il était en extase.
Nous faisions quand même chambre à part et ça me plaisait mine de rien, de pouvoir ainsi entretenir chacun une petite distance. Mais Antonio ne faisait jamais rien pour rien ; il n'était pas dupe ; il savait pourquoi il le faisait, car ses multiples escapades à l'extérieur n'avaient toujours pas changées malgré le fait que nous étions mariés. Il pouvait rentrer et sortir à tout moment, sans oublier son monde pourri de mafiosi. Il me tenait quand même à l'écart de tout ça.. Et lorsqu'il rappliquait ou me faisait appeler dans sa chambre certains soirs, je me laissai faire sans rechigner.
Il envoyait toujours Mémé le faire ; cette dernière avait toujours été une bonne conseillère en tout points, elle m'avait appris à compter mon cycle, elle m'accompagnait voir le gynéco pratiquement tous les mois, elle m'expliquait tout ce dont je voulais savoir... Mais lorsque je lui demandais si c'était normal que j'entretienne ce genre de relations avec Antonio, du moins je lui demandais souvent pourquoi il m'avait épousée si jeune et alors qu'il avait toutes les filles de la planète à ses pieds, elle fermait sa bouche et baissait les yeux. Tout ce qu'elle me répondait c'était juste de me contenter de ce que je recevais et que j'avais beaucoup de chance.
- Contente toi de lui donner tout ce qu'il demande! Va, il t'attend dans sa chambre... Satisfais-le !!!
J'étais debout, toute nue, il était allongé ; les scénarios ne manquaient pas et ne tarissaient pas, il avait de l'inspiration... On se faisait de petits films, rien que pour pimenter ces moments...
- Approche ma petite gazelle aux courbes extra ! Ma petite gazelle bien racée !!! Viens, où étais tu de la journée ? Je déteste te savoir et te sentir si loin, tu le sais ça ? Je déteste ça !
- Ohhh ! Maître ! Ohh mon maître ! Je suis là pourtant ! Je suis toute à toi ! Je vais monter sur ta scelle et te chevaucher... oooh mon beau prince !
La chambre était immense, majestueuse; Il faisait déjà presque nuit et il n'avait pas allumé ; il voulait me voir à travers cette petite pénombre et deviner les formes de mon corps ; il se plaisait à laisser la lumière du jour qui disparaissait lentement et dessiner les petits détails de mon corps. Il avait toujours son fameux gros cigare entre les lèvres et se plaisait à murmurer des mots pendant qu'il le roulait ce cigare....
J'étais devenue sa muse, sa propriété privée, sa petite femme adorée comme il aimait le dire.
Je devenais de plus en plus belle d'après les dires des uns et des autres; il m'envoyait souvent en vacances en compagnie de Mémé, dans d'autres villes, ou encore dans d'autres pays d'Europe. Je rêvais de retourner en Afrique, dans mon pays; je voulais revoir les miens secrètement, mais je savais que c'était peine perdue; il n'accepterait jamais, jusqu'au jour où lors d'un de mes séjours à Paris, je tentais une petite évasion. Je voulu faire changer mon billet pour le Cameroun, mais ce ne fut pas de chance ; on devait partir pour Amsterdam ; avant que je n'arrive devant une hôtesse au comptoir de l'aéroport, Mémé me rattrapa et me déconseilla fortement de le faire...
- Ne fais pas ça !!! Tu ne t'en sortiras pas !
- Mémé ! Il... il faut que j'y retourne... Regarde nous sommes toutes les deux ici, il n'en saura rien! Allons nous en d'ici, on a encore une petite chance !
- Si nous y allons toutes les deux... arrivés dans ton pays, nous serons mortes avant même d'être sorties de l'avion crois moi ! Je crois que tu ne réalises pas encore qui est cet homme... Antonio ... Je dis bien Antonio ... Le Sicilien ! Je ne connais pas ton pays! Imagine même que nous y allions et que nous réussissions à sortir ne serait ce que de l'aéroport là bas ? Où irions-nous? Et comment allons nous survivre ?
- On... On ira à... Dipam !
-A quoi ?
- Mon village !
- D'après ce que je sais c'est qu'il n'existe plus ton... Village ! Tu me l'avais raconté ! Souviens-toi lorsque tu venais d'arriver... Tout a brûlé là-bas !
- Oui ! Par sa faute !!!
- Oui ! Mais si tu veux mon avis, je te conseille de rester calme!Gagne encore en maturité et en force ! Laisse faire, tu ne sais pas pourquoi il a agit ainsi ! Cet homme c'est l'incarnation de la mafia !!! Ils font des choses... Si tu brusques tout, tu vas encore tout perdre...
- Tu as sans doute raison!
Mémé avait pu me convaincre, tout comme Madeleine ; j'avais beaucoup de peine, car par moments je pensais à ma mère et à ma sœur; et je m'en voulais par moments de me laisser donner autant, de me laisser satisfaire et de profiter de la belle vie dorée qu'Antonio me faisait mener, dans quel but ? Je n'avais pas de réponse. Les vacances tirant à leur fin, j'étais de retour dans son manoir... J'avais l'intention de continuer mes études; je pu pousser les études plus loin comme il me l'avait exigé; j'aimais beaucoup cela, ce monde estudiantin; je me plaisais à me retrouver avec les jeunes de mon âge. Tout le monde savait qui j'étais, certains m'enviaient et d'autres me détestaient tout simplement. Je m'étais quand même fait quelques copines du moment; nous nous entendions bien et nous avions l'habitude de sortir, boire un petit café, aller au cinéma, aller danser, ou encore étudier ensemble chez chacune d'elles.
Elles venaient très rarement au manoir, je ne voulais pas, du moins, cela m'était interdit de faire venir des étrangers ; Antonio prenait des précautions. Elles savaient quand même que j'étais mariée, et lorsqu'elles surent que Roberto, un de nos camarades de classe me en pinçait pour moi et que je ne semblais pas très indifférente à ses avances, elles n'arrêtaient pas de me charrier. Un après midi, j'avais décidé d'aller étudier chez Luigia, une de mes copines ; elle et Roberto s'étaient arrangés pour que nous nous retrouvions tous chez elle. Elle nous avait laissés Roberto et moi dans sa chambre...
Le jeu était bien trop dangereux, mais l'attirance était plus forte. Je l'avais laissé Roberto me peloter sans gêne; Il n'avait que 26 ans, et je le trouvais hyper craquant, avec son regard chaud et ses longs cheveux bouclés qu'il laissait pousser et qui lui retombaient légèrement sur les épaules. Il bandait, et nous étions presque nus tous les deux, dans la chambre de Luigia. Il fallait faire vite, car le couvre feu au manoir pour moi était à 20h au plus tard.
Il avait juste baissé son pantalon et je ne pus m'empêcher de lui tailler une pipe ! Je le suçais avec envie et plaisir. On avait pu faire l'amour aussi rapidement, j'avais ressenti quelque chose, je venais d'avoir mon premier réel coup de foudre... J'étais amoureuse. Je priai juste qu'Antonio fasse ses valises et parte en voyage comme il le faisait constamment ! Il s'absentait presque tous les mois et n'avait pas de date fixe de retour. J'en profitai au max avec Roberto, c'était l'amour fou, la jouissance, la folie. On baisait comme des castors sans se soucier du reste, non plus chez Luigia, mais dans sa chambre d'étudiant.
Je me sentais femme et je me sentais vraiment aimée et désirée. Avec Antonio mon mari, j'étais plutôt sa chose, son objet, l'objet de ses fantasmes, Antonio avait un plan bien tracé avec moi, je le savais ! Je lisais dans son regard parfois une petite mesquinerie qui en disait bien long, il savait ce qu'il faisait. Alors qu'avec Roberto c'était différent lorsque je le voyais poser ses yeux sur les miens, je décelai une certaine forme de sincérité, l'amour vrai.
Je ressentais cette chaleur si intense lorsque qu'il posait sa bouche sur mes seins ou alors lorsqu'il me caressait la foufoune. Il me le faisait toujours avec une certaine douceur et son regard était plein de tendresse...
Je reçu de la part d'Antonio une série de gifles; il manqua de près qu'il m'arrache un œil. Antonio ayant découvert le pot aux roses, Roberto avait mystérieusement disparu. On ne l'avait pas revu depuis plusieurs jours ; les avis de recherches abondaient, ça fusaient de partout. Mon cœur était en peine, je pleurais intérieurement, pour ne pas afficher mon mal être face à Antonio. J'aimais Roberto.... Il me l'avait arraché, il l'avait éliminé; son corps avait été retrouvé gisant dans une marre de sang. On avait fait croire à une agression.
Mon cœur est en peine mon âme se meurt...
Il l'a tué ! Il est un monstre...
Ce monstre avec qui je vis et je finirai mes jours ...
C'est un méchant et un jaloux sans cœur...
Il est si égoïste !
Quelle grosse bêtise; j'étais loin d'imaginer qu'Antonio me faisait surveiller même à l'école et me faisait suivre. Je savais que c'était lui qui s'en était débarrassé, je l'avais compris. Tout comme Madeleine, Antonio se débarrassait tout juste de la mauvaise herbe. Il mit retrouvée dans ma chambre, après que Mémé m'ait consolée et pansé les bleus que j'avais reçu suite aux coups qu'il m'avait infligés. Il était très en colère...
-Mémé! Laisse-nous un instant ! Vas-t'en !
Il arpentait la pièce, j'étais assise sur le lit, apeurée, j'avais la tête baissée, je ne savais pas ce qu'il me réservait comme surprise par la suite. Il s'arrêta soudain, et se rapprocha de moi. Il me prit le visage avec une telle force qu'il me fit encore plus mal; j'émis un petit cri sourd. Il me tint ensuite la tête par les cheveux.
-Aïe !!!
-Ça fait mal hein ? Estime-toi heureuse et chanceuse que tu sois ma femme... Je t'aurai...
-Fini avec moi une fois ! J'en ai marre... Snif ! Je veux mourir! Partir! M'en aller une bonne fois pour toute!
-Tu es à moi ! Tu n'iras nulle part! Tu veux rivaliser avec moi ! Hein ? Même si tu batifolais avec ce chien ! Je vais t'apprendre désormais qu'on ne se fiche pas de ma gueule! C'est ça que tu veux? Eh bien... Tu le feras autant que tu le voudras, en n'en plus finir... Je te préviens déjà ! Prépare toi, et ça, tu l'auras voulu !