Chapitre 1
La pluie battait avec une telle intensité que l'on aurait cru qu'elle cherchait à effacer le monde entier sous son torrent. Livia Hart avançait, titubante, sur le chemin boueux menant au domaine des Mornay. Ses chaussures, autrefois élégantes, étaient désormais ruinées, couvertes de terre et d'eau. Ses vêtements trempés collaient à sa peau, et chaque pas semblait un effort surhumain. Elle avait l'impression que le vent s'acharnait sur elle, comme pour la pousser à faire demi-tour. Mais elle n'avait pas le luxe de s'arrêter, ni même de douter. Pas maintenant.
Le domaine apparut enfin devant elle, immense et imposant, se découpant dans la nuit comme une forteresse. Les lumières tamisées perçaient à travers les grandes fenêtres, projetant des ombres réconfortantes sur le gravier mouillé de l'allée. Le cœur de Livia se serra en voyant ces signes de chaleur et de sécurité. Elle hésita une fraction de seconde. Serait-elle la bienvenue ici ? Ou bien avait-elle commis une erreur en pensant que Diana, sa seule amie dans ce monde de luxe et de privilèges, pourrait encore l'aider ?
Elle inspira profondément, se força à ignorer ses doutes, et s'approcha des immenses grilles en fer forgé. Ses doigts glacés cherchèrent l'interphone. Elle appuya sur le bouton, mais le vent hurlant étouffa le faible son de la sonnette. Elle appuya à nouveau, cette fois plus longuement, et attendit.
Rien.
Livia sentit une pointe de panique l'envahir. Et si Diana n'était pas là ? Et si personne ne répondait ? Elle leva une main tremblante et frappa contre les grilles, le métal froid mordant sa peau.
« S'il vous plaît... Diana... » Sa voix n'était qu'un murmure, emportée par le vent.
Après ce qui lui parut une éternité, une voix familière retentit enfin dans l'interphone.
« Qui est là ? »
Livia faillit s'effondrer en entendant la voix de Diana.
« C'est moi... Livia. » Sa voix se brisa sur son propre nom, comme si le dire à haute voix confirmait toute la fragilité de sa situation. « Je... j'ai besoin de toi. »
Un silence suivit, si long qu'elle crut un instant que la connexion s'était coupée. Puis, un déclic mécanique se fit entendre, et les grilles commencèrent à s'ouvrir lentement.
Livia s'avança d'un pas hésitant, ses jambes tremblantes et son souffle court. Quand elle atteignit enfin le porche, une lumière vive illumina son visage. Diana se tenait là, une silhouette gracile mais solide, vêtue d'un peignoir en soie et d'une expression de pure stupéfaction.
« Mon Dieu, Livia... » souffla-t-elle en voyant l'état de son amie.
Diana se précipita vers elle, la prenant par les épaules pour la soutenir.
« Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Entre vite, tu vas attraper la mort ! »
Elle la tira doucement à l'intérieur, refermant la porte derrière elles. La chaleur de l'entrée, avec son parquet poli et ses lustres scintillants, frappa Livia de plein fouet. Elle frissonna violemment, ses vêtements mouillés la rendant encore plus consciente de son inconfort.
« Assieds-toi là, » ordonna Diana, désignant un banc près du mur. Elle disparut un instant avant de revenir avec une couverture épaisse qu'elle drapa sur les épaules de son amie.
« Qu'est-ce qui se passe, Livia ? Pourquoi tu es dans cet état ? » demanda Diana, son ton oscillant entre inquiétude et confusion.
Livia ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Les mots étaient coincés dans sa gorge, bloqués par l'émotion et la peur. Elle baissa la tête, évitant le regard de Diana.
Le bruit de pas lourds dans l'escalier les fit sursauter. Une silhouette massive apparut dans l'encadrement, descendant les marches avec une lenteur calculée. Alexander Mornay, le maître des lieux, émanait une autorité presque intimidante, même vêtu simplement d'un pantalon sombre et d'une chemise déboutonnée. Ses cheveux noirs étaient légèrement en désordre, et son regard bleu acier balaya la scène devant lui.
« Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? » demanda-t-il, sa voix grave résonnant dans le grand hall.
Livia releva les yeux vers lui, et une vague de honte l'envahit. Elle se sentit petite, insignifiante, sous le regard perçant de cet homme qu'elle connaissait à peine.
Diana se redressa immédiatement, se plaçant instinctivement entre Alexander et Livia.
« C'est Livia, » expliqua-t-elle rapidement. « Elle a besoin d'aide. Elle va rester ici un moment. »
Alexander fronça les sourcils, ses yeux se plissant légèrement.
« Et depuis quand transformons-nous le domaine en refuge pour les âmes égarées ? »
« Alexander ! » s'exclama Diana, son ton mêlant reproche et indignation. « Elle est ma meilleure amie. Elle est en danger, et je ne pouvais pas la laisser seule. »
L'homme ne répondit pas tout de suite, son regard passant de Diana à Livia. Cette dernière sentit son estomac se nouer sous le poids de son observation.
« Si elle est en danger, cela signifie qu'elle amène ses problèmes ici, » dit-il enfin, chaque mot prononcé avec une froide précision. « Et je ne tolère pas les problèmes dans ma maison. »
Diana serra les poings, visiblement prête à répliquer, mais Livia trouva la force d'intervenir.
« Je suis désolée, » dit-elle, sa voix faible mais sincère. « Je ne voulais pas causer de problèmes. Si... si c'est trop, je partirai. »
Diana se tourna vers elle, horrifiée.
« Ne dis pas ça, Livia. Tu restes ici. »
Elle se tourna à nouveau vers son frère, le défiant du regard.
« Et toi, Alexander, si tu n'es pas d'accord, je trouverai un autre endroit pour elle. Mais je ne l'abandonnerai pas. »
Un silence tendu s'installa. Alexander sembla peser ses options, ses yeux froids fixant Diana, puis Livia. Enfin, il hocha lentement la tête.
« Très bien. Mais je veux des explications demain matin. »
Il tourna les talons et remonta l'escalier sans un mot de plus, ses pas résonnant sur le bois.
Diana poussa un soupir de soulagement avant de s'agenouiller devant Livia, prenant ses mains glacées dans les siennes.
« Ne t'inquiète pas pour lui. Il est toujours comme ça au début, mais il finira par s'adoucir. »
Livia hocha la tête, bien qu'une part d'elle doutât sérieusement de cette possibilité.
Diana l'aida à se lever et l'accompagna jusqu'à une chambre à l'étage. La pièce était chaleureuse, avec un grand lit recouvert de draps impeccables et une cheminée qui crépitait doucement.
« Tu vas dormir ici ce soir, » dit Diana en allumant une lampe de chevet. « Prends une douche chaude, je vais te trouver des vêtements secs. »
Livia murmura un faible « merci », les larmes aux yeux. Diana la prit brièvement dans ses bras avant de sortir de la pièce.
Livia resta un moment immobile, laissant la chaleur de la pièce et l'apaisement relatif du moment la submerger. Elle savait que ce n'était qu'un répit temporaire. Le danger qui la poursuivait n'avait pas disparu. Mais pour la première fois depuis des jours, elle se sentit un peu moins seule.
Elle se dirigea vers la salle de bain attenante, alluma l'eau chaude, et laissa la vapeur remplir l'espace. En se déshabillant, elle vit les ecchymoses sur ses bras et ses jambes, des souvenirs vivants de ce qu'elle fuyait.
Sous le jet brûlant de la douche, elle pleura en silence, ses larmes se mêlant à l'eau. Mais une pensée persistait : quoi qu'il arrive, elle devait survivre. Pas seulement pour elle, mais pour tous ceux qui comptaient encore sur elle.
Chapitre 2
Le matin arriva silencieusement, comme une ombre qui glissait discrètement sur le domaine des Mornay. Livia, encore emmitouflée dans une couverture épaisse, se tenait assise près de la fenêtre, regardant l'aube percer l'obscurité. La lumière pâle de l'hiver glissait sur le paysage enneigé, mais au fond d'elle, elle ne ressentait rien d'autre que l'inquiétude. La veille, Diana l'avait laissée se reposer, lui promettant qu'elle n'aurait à s'inquiéter de rien pour l'instant. Mais cette promesse, Livia le savait, n'était que temporaire. Ce soir-là, quand elle avait croisé le regard glacé d'Alexander, elle savait que le vrai défi n'avait pas encore commencé.
Elle entendit la porte s'ouvrir derrière elle. Diana entra, vêtue d'un chemisier léger et d'un jean ajusté, son regard doux mais déterminé. Elle s'approcha de Livia et s'assit sur le bord du lit.
« Tu as bien dormi ? » demanda Diana, sa voix douce, mais teintée d'une inquiétude sous-jacente.
Livia hocha la tête sans un mot, en dépit de la lourdeur de son cœur. Ce n'était pas la douleur physique qui la tourmentait le plus, mais cette impression persistante d'être prise au piège.
Diana sembla lire ses pensées, car elle lui sourit, un sourire qui, bien qu'amical, cachait une pointe de tension.
« Alexander n'est pas facile à convaincre. Tu sais, il n'aime pas les surprises. Mais il t'a laissée ici, alors... il n'est pas aussi intransigeant qu'il en a l'air. »
Livia la fixa sans vraiment la voir, son esprit ailleurs, tourmenté par des pensées qui se bousculaient. Une nouvelle inquiétude s'insinua en elle.
« Diana... et si c'était une erreur ? » La question s'échappa d'elle avant qu'elle ne puisse la retenir. « Si je ne pouvais pas rester ici... Si je mets tout le monde en danger... »
Diana posa une main réconfortante sur la sienne. « Tu ne mets personne en danger. Et tu ne partiras pas. Mais je te demande de me faire confiance. Alexander finira par comprendre. Je vais tout arranger. »
Livia la regarda dans les yeux. Il y avait de la sincérité dans ce regard, mais aussi une pointe d'incertitude. Elle savait que Diana, aussi bienveillante soit-elle, n'était pas du genre à défier son frère sans avoir ses propres raisons. Mais elle avait aussi l'impression de n'avoir d'autre choix que d'accepter cette aide, aussi incertaine soit-elle.
Un bruit de pas se fit entendre à l'extérieur. Les deux femmes se tournèrent vers la porte en même temps, et avant que Livia ne puisse réagir, la silhouette imposante d'Alexander apparut dans l'embrasure. Ses yeux froids balayèrent rapidement la pièce avant de se fixer sur Livia.
Diana se leva immédiatement, ses traits se tendant. « Nous devons parler, » dit-elle d'un ton ferme, avant de s'adresser à Livia. « Va prendre ton petit-déjeuner. Alexander et moi avons quelques détails à régler. »
Livia acquiesça, incapable de répondre autrement. Elle se leva et sortit de la chambre, croisant le regard perçant d'Alexander en chemin. Elle se sentit réduite à l'état d'une inconnue dans ce vaste domaine. Elle n'était qu'une intruse, et la situation ne faisait qu'empirer.
Elle se rendit à la salle à manger, un grand espace lumineux décoré avec un goût élégant et moderne. La table était dressée pour le petit-déjeuner, mais Livia n'avait aucun appétit. Elle s'assit, les mains jointes, l'esprit préoccupé par ce qui allait suivre.
Quelques minutes plus tard, Diana arriva, suivie d'Alexander. Ce dernier prit place à l'extrémité de la table, son regard toujours aussi froid et inquisiteur. Diana s'assit à côté de lui, mais son regard trahissait une nervosité qu'elle ne parvenait pas à dissimuler.
« Livia, » commença Alexander, sa voix basse mais autoritaire, « je vais être clair. Je n'accepte pas d'étrangers sous mon toit sans savoir pourquoi ils sont là. »
Livia sentit son cœur battre plus fort. Elle n'était pas étrangère à ce genre de discours. Elle savait que son passé, son histoire, ne serait pas épargné. Elle déglutit, mais garda les yeux baissés, n'osant pas affronter son regard glacial.
« Je... je suis désolée d'être un fardeau pour vous, » dit-elle d'une voix tremblante. « Mais je ne pouvais pas rester dehors. Vous devez comprendre... je suis poursuivie par une organisation criminelle. »
Un éclat d'intérêt perça les yeux d'Alexander, mais il n'en laissa rien paraître. « Criminelle, hein ? Ça ne me surprend pas. Mais tu ne peux pas rester ici indéfiniment, Livia. Tu vas me dire ce que tu sais. Tout. Et pourquoi tu es dans cette situation. »
Elle leva les yeux, cherchant une once de compassion, mais ce qu'elle trouva en retour n'était qu'une froideur implacable. Elle sentit une bouffée d'angoisse. La vérité semblait impossible à dire.
« Je ne peux pas vous dire tout... tout de suite, » balbutia-t-elle. « C'est... compliqué. Il y a des gens dangereux qui me cherchent. Et je ne veux pas qu'ils vous trouvent. »
Alexander la fixa intensément, ses yeux perçant, calculant chaque mot qu'elle prononçait. Diana, quant à elle, tentait de détourner la conversation, mais l'atmosphère était trop tendue pour qu'elle puisse dissimuler la vérité.
« Livia, » poursuivit Alexander, « nous allons faire un marché. Tu restes ici, mais à une condition : tu me donnes toutes les informations que tu as, et tu me suis à la lettre. Si je décide que tu es digne de confiance, tu auras ma protection. Sinon... » Il laissa sa phrase en suspens, les mots suffisants à eux seuls.
Livia baissa les yeux, sentant une lourde pression l'écraser. Elle n'avait pas le choix. Elle avait besoin d'aide. Mais elle était aussi terrifiée à l'idée de ce qu'Alexander pourrait découvrir.
« D'accord. Je vous dirai ce que je sais, mais... s'il vous plaît, ne me faites pas de mal. »
Diana posa une main rassurante sur la sienne. « Tu ne vas pas être seule dans tout ça. Nous allons traverser ça ensemble. »
À ce moment-là, un bruit sourd fit sursauter les trois d'entre eux. Un objet lourd tomba dans le hall, suivi de bruits de pas rapides et furtifs. Livia leva la tête, un frisson parcourant sa colonne vertébrale. Alexander se leva instantanément, ses yeux se braquant sur la porte, comme un fauve prêt à bondir.
« Qu'est-ce que c'était ? » demanda-t-il, son ton soudainement plus froid, plus autoritaire.
Diana se leva également, visiblement perturbée. « Je... je ne sais pas. Je n'ai entendu aucun bruit avant. »
Le silence se fit, lourd, pesant. Alexander s'avança sans un mot et sortit de la pièce. Livia, les mains serrées contre ses genoux, ne pouvait s'empêcher de se demander qui ou quoi avait perturbé le calme du domaine. Une chose était certaine : il y avait quelque chose de plus inquiétant dans l'air. Et cela n'avait rien à voir avec elle, ni avec les menaces qui la poursuivaient. Une ombre semblait observer le domaine. Et peut-être était-ce là le plus grand danger de tous.
Chapitre 3
Le lendemain matin, le soleil perça à peine à travers les épais rideaux de la chambre où Livia avait passé la nuit. La pièce était vaste, décorée avec un goût exquis, un mélange de modernité et de tradition. Un grand lit à baldaquin occupait une partie de la pièce, avec des draps d'une blancheur éclatante, et une cheminée en pierre, éteinte à l'instant, offrait une chaleur douce à l'espace. Elle s'était réveillée avec l'impression de vivre un rêve, un rêve qui ne s'éteignait jamais.
Les événements de la veille semblaient presque irréels. Livia se leva doucement, observant le domaine des Mornay depuis la fenêtre. Le paysage était à couper le souffle : une vallée verdoyante entourée de montagnes majestueuses, une immensité que l'on ne pouvait que contempler. À l'extérieur, tout était si paisible, comme si ce lieu n'avait jamais vu de malheur. Mais en elle, la tempête continuait de faire rage.
Elle se laissa tomber dans le fauteuil près de la fenêtre, les bras croisés sur son corps comme pour se protéger. Que faisait-elle ici, dans ce château de luxe, entourée de ces personnes qui semblaient si différentes d'elle ? Il y avait quelque chose d'intimidant dans l'élégance de ce lieu, dans la froideur d'Alexander et dans la douceur de Diana. Elle ne se sentait pas à sa place, comme une intruse qui n'avait pas le droit de respirer le même air que ceux qui l'entouraient.
Un petit coup frappé à la porte la fit sursauter. Elle se leva précipitamment et ouvrit doucement, découvrant Diana, l'air toujours aussi calme et accueillant.
« Tu veux prendre le petit déjeuner avec moi ? Tout est prêt en bas. Je suis sûre que tu dois avoir faim. »
Livia hésita. Ses journées se résumaient à fuir, se cacher et se battre pour sa survie. Le simple fait de prendre un petit déjeuner comme une personne normale lui paraissait presque indécent. Mais Diana avait ce don, celui de faire sentir à Livia qu'elle n'était pas seulement une fugitive, mais une invitée. Alors, sans protester, Livia acquiesça.
Elles descendirent ensemble dans la grande salle à manger. Un repas somptueux les attendait : fruits frais, viennoiseries, café, et des œufs brouillés accompagnés de bacon croustillant. La table était décorée avec des fleurs fraîches, et une grande baie vitrée offrait une vue imprenable sur le jardin enneigé. Livia prit place à côté de Diana, sans savoir où poser les yeux.
« Je vois que tu as du mal à t'habituer à tout ça », dit Diana en attrapant une tasse de thé, ses yeux sincèrement préoccupés.
Livia se força à sourire, mais ce sourire disparut aussi vite qu'il était venu. Elle se sentit encore plus étrangère ici, dans cette maison de luxe où chaque détail semblait calculé pour le confort et la perfection.
« Ce n'est pas ça », répondit-elle d'une voix faible. « C'est juste... je me sens tellement hors de place. Vous êtes tous si... normaux, si... confiants. Moi, je suis juste une fuite, un poids, une présence dérangeante. »
Diana secoua la tête, rejetant cette idée d'un mouvement doux de la main. « Tu n'es pas un poids, Livia. Tu es ici parce que tu es en danger. Tu n'as pas à justifier ta présence. Mais je pense qu'il serait bon que tu t'ouvres un peu. Alexander et moi, on peut t'aider, mais pour ça, tu dois nous dire ce qui te fait fuir. »
Les mots de Diana résonnèrent dans l'esprit de Livia, mais elle détourna les yeux, les joues rougies de gêne. Elle savait que Diana avait raison, qu'elle ne pourrait pas faire face seule à ce qui la hantait. Mais parler de son passé, de la vie qu'elle avait laissée derrière elle... c'était trop. Elle se sentait déjà vulnérable, et le simple fait de mentionner son passé risquait de la faire s'effondrer.
« Je ne peux pas encore », murmura Livia en jouant nerveusement avec sa tasse. « Pas maintenant. Il y a trop de choses à dire, et je ne suis pas prête. »
Diana la regarda, une lueur d'incompréhension et de compassion dans ses yeux. « Tu sais, Livia, tout ce que je veux, c'est que tu sois en sécurité. Mais tu as une chance ici. Une chance que je n'ai pas eue. Une chance de repartir de zéro, d'avoir un avenir. »
Livia leva enfin les yeux vers Diana, cherchant du réconfort dans son regard. Mais elle savait que cette chance n'était pas à sa portée. Elle avait trop de choses à cacher, trop de secrets enfouis qu'elle ne pouvait partager.
Le silence s'installa entre elles alors que Diana soupirait légèrement, un petit sourire triste flottant sur ses lèvres. Elle savait que la route serait longue.
Quelques minutes plus tard, un bruit sourd provenant de l'entrée de la salle à manger interrompit leurs pensées. Une silhouette apparut dans l'embrasure de la porte, une silhouette imposante et familière. Alexander. Il entra sans un mot, mais son regard se posa immédiatement sur Livia, une évaluation silencieuse dans ses yeux sombres.
« Je dois te parler », dit-il simplement à l'attention de Diana, sa voix froide, sans émotion.
Diana se leva immédiatement, ses yeux s'illuminant d'une forme de compréhension. « Livia, je vais te laisser avec Alexander. Il doit te donner des informations importantes. Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer. »
Livia ne répondit rien, se contentant de hocher la tête. Elle se sentait une fois de plus abandonnée entre les mains d'Alexander. Elle se redressa légèrement sur sa chaise alors qu'il se dirigeait vers elle, un dossier en main.
« Tu es un mystère pour moi », dit-il en la regardant, s'asseyant avec une fluidité déconcertante à l'autre bout de la table. « Je n'aime pas ça."
Il posa le dossier sur la table, le bruit du papier résonnant dans l'air. Livia sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale.
« Un de mes contacts m'a fourni un rapport sur toi », poursuivit-il, sa voix mesurée mais pleine de fermeté. « Ton nom, ton passé, tes connexions. Tu es bien plus qu'une simple victime d'une organisation criminelle. C'est tout ce que j'ai pour l'instant. »
Il ouvrit le dossier, dévoilant des photos, des documents et des informations confidentielles qu'elle n'avait jamais vues. Livia se sentit prise au piège, son estomac se tordant sous la pression de ses révélations. Elle savait que ces informations n'étaient que la surface d'un abîme beaucoup plus profond, mais elle ne pouvait pas se permettre de baisser les yeux.
« Qu'est-ce que tu cherches exactement, Alexander ? » demanda-t-elle d'une voix rauque. « À me manipuler ? À me faire parler ? »
Il la fixa, un sourire furtif sur les lèvres. « Non, Livia. J'essaie de comprendre pourquoi tu es en vie. Pourquoi tu t'es retrouvée dans cette situation. Mais tout cela ne fait pas sens. Tu n'es pas la proie d'une simple organisation criminelle. Tu es bien plus que ça. »
Les mots d'Alexander flottaient dans l'air entre eux, lourds de sous-entendus. Livia n'arrivait pas à savoir s'il la protégeait ou s'il cherchait à la faire tomber. Mais ce qu'elle savait, c'était que sa vie n'allait plus jamais être la même.
Diana entra juste après, un regard curieux et inquiet dans ses yeux. « Alors, qu'avons-nous ? » demanda-t-elle, se plaçant derrière Alexander.
Alexander se leva brusquement, fermant le dossier avec un bruit sec. « Elle a des secrets, Diana. Des secrets qui pourraient tout changer. »