Je m'appelle Deranne, j'ai 25 ans. Issue d'une fratrie de sept enfants dont je suis l'ainée, je dois avouer que les conditions de vie n'ont vraiment jamais été aisées pour nous.
À un moment donné, il avait fallu que je me sacrifie pour permettre à mes cadets eux aussi, de bénéficier d'une scolarisation équivalente à celle que j'avais reçu.
Dans une maison pas très grande, ni trop petite, de couleur blanche, composée d'un salon assez spacieux, de 3 chambres, d'une douche et d'une cuisine, je me levai tous les matins et je m'assaillais dans un coin de la maison, sous un froid qui ne me laissait assez indifférente, espérant que se produise enfin un miracle pour ma famille et moi, mais hélas, il fallait encore attendre que le ciel s'ouvre à nous le moment venu.
Nous vivions grâce aux activités champêtres menées par mon père nommé Anatole qui autre fois, était bénévole dans un centre de santé de la place et du petit commerce de ma mère communément appelée ma'a Sido.
Je viens par les présents écrits vous faire part des misères vécues par un homme sadique, sans gènes, malhonnête et cupide qui m'a donné le dégoût de travailler pour quelqu'un d'autre que moi-même.
Tout a commencé il y a deux ans alors que je n'avais que 23 ans. Ma mère était gravement tombée malade et c'était devenu vraiment très compliqué pour mon père de gérer toutes les charges de la maison sachant qu'il n'avait plus une rémunération mensuelle fixe. En tant qu'aînée, j'avais donc jugé utile de me mettre à la quête du travail sans arrêt plutôt que de rester à la maison et voir mes petits frères hurler de famine.
C'est alors que très rapidement, je m'étais mise à déposer les dossiers partout où besoin s'y trouvait : dans les différents points de vente Santa Lucia, dans les parfumeries, dans les snack-bars, dans les secrétariats et je contactais également tous les numéros sur lesquels étaient marqués des offres d'emplois. Je maximisais toutes les chances de mon côté espérant qu'on m'appellerait dans les jours avenirs.
Les choses ne se déroulant pas toujours comme on le souhaite, j'avais passé plusieurs mois en vain sans même recevoir le moindre appel. Totalement refroidie et démoralisée, j'avais pas d'autre choix que de mener à bien le commerce de maman qui nous permettait au moins de sauter du riz afin de pas dormir affamés.
Papa se battait comme il pouvait, mais comme vous le savez, les récoltes ne se font pas chaque mois, encore moins chaque saison. Le peu d'argent qu'il avait déjà économisé avait servi pour les examens médicaux de ma mère suite auxquels, les résultats avaient déclaré que cette dernière était en phase avancée du Diabète.
Tous choqués par ces résultats, nous nous demandions bien comment est-ce que nous nous en sortirions sans tous les moyens nécessaires pour que maman ne nous quitte de façon prématurée.
C'était un coup dur, vraiment dur pour papa, car plus les jours passaient, plus il sombrait dans les soucis et cela me rendait tellement triste à tel point que je passais presque toutes mes nuits à verser des larmes, j'avais l'impression que Dieu n'écoutait plus mes prières ou qu'il nous avait abandonné.
S'il y avait moyen de changer la done des choses, j'aurais souhaité être à la place de maman plutôt que de la voir, elle, souffrir de la sorte. Mais non, il fallait que je reste forte pour mes 6 petits frères qui avaient tous les yeux rivés sur moi.
Voyant que la situation se dégradait au jour le jour, papa avait été obligé de contacter, malgré lui, l'un de ses petits frères, tonton Jospin, qui était cadre dans une Mairie de la place afin que ce dernier lui prête un peu d'argent pour pallier aux besoins médicaux urgents de maman. Malheureusement cet échange n'avait pas été à la hauteur de ses attentes.
Il prit alors son portable et lança l'appel, et sans tarder, Tonton Jospin décrocha :
Papa : Allô..?
Tonton Jospin : Oui allô.
Papa : Bonjour petit frère.
Tonton Jospin : Bonjour grand frère. Ravi de t'avoir au téléphone.
Papa : Le plaisir est partagé mon frère, sinon comment vas-tu ?
Tonton Jospin : Je vais bien et vous là-bas ? J'ai appris pour ma'a Sido, vraiment désolé, elle va mieux?
Papa : Les enfants et moi nous tenons le coup bien que difficile. Et ta femme et les enfants ?
Tonton Jospin : Nous allons tous bien par la grâce de Dieu. Êtes-vous déjà allés à l'hôpital avec ma'a Sido?
Papa : Ravi de savoir que vous allez bien... Pour ta belle sœur, c'est compliqué, d'où mon appel. J'aurais aimé, si possible, que tu me trouves un peu d'argent que je rembourserai dès que possible.
Tonton Jospin : Je comprends ta situation grand frère, mais présentement je suis dans l'incapacité de te venir en aide. Le peu d'argent que j'avais, je l'ai dépensé tout récemment sur un projet. Mais si j'ai possibilité entre temps, je n'hésiterai pas.
Papa : S'il te plaît Jospin, le cas est vraiment inquiétant. J'en ai vraiment besoin...
Tonton Jospin : Je suis désolé mon frère, mais je n'y peux rien. Je vais devoir te laisser car j'ai à faire.
Papa : D'accord, merci quand-même. Bonne fin de journée mon frère.
Tonton Jospin : Bonne journée.
Après cet échange, papa était totalement déçu et d'avantage brisé. Sachant que son frère avait toutes les possibilités de l'aider, mais il avait quand même refusé de lui venir en aide.
D'ailleurs, c'était pas nouveau ! Tonton Jospin n'avait jamais eu d'argent pour qui que ce soit dans la famille, mais mon père s'était dit que puisqu'il s'agissait d'un cas de santé il ferait une exception. Nous ne savions plus quoi faire. Nous n'avions que la prière !!
Quelques jours après, alors que mon père allait ça et là cherchant voies et moyens comment rassembler de l'argent pour que maman se rende à l'hôpital, contre toute attente, il avait reçu un coup de fil de son meilleur ami d'enfance, M. Richard, un grand homme d'affaire pour qui nous avions tous énormément de respect.
Cet homme avait le cœur sur la main, il avait un cœur de famille. Il était prêt à venir en aide à tous ceux qui en avaient besoin de façon naturelle. Pour tout dire c'était un homme bien!!
Ce matin là pendant que papa s'apprêtait pour aller dans son champ de plantains, son téléphone sonna et puisqu'il avait perdu son contact depuis des années, il s'empressa donc de décrocher quelques minutes après la sonnerie d'appel :
Grin grin grin grin grin grin grin grin....
Papa : Allô?
M. Richard : Oui allô vieux frère, ça fait des lustres.
Papa : Des lustres? J'ai du mal à saisir, s'il vous plaît à qui ai-je l'honneur ?
M. Richard : Trop de commodités pour son meilleur ami d'enfance, tu trouves pas ?!
Papa : Mon frère Richard, aucun mot ne saurait exprimer la joie que je ressens présentement. Très content de t'avoir de l'autre bout du fil.
M. Richard : Ça m'aurait étonné que tu sois aussi poli dans tes écrits. Comment vas-tu ? La famille ? Et ma petite capricieuse Deranne ?
Papa : Mon frère, nous sommes là, Dieu fait grâce. C'est pas trop la grande forme mais bon, ça ira.
Ne voulant pas dire à son ami qu'il avait un cas de maladie grave sous la main, il le dissimulait par le fait que ça irait. Le connaissant très bien, M. Richard ne s'était pas empêché de lui faire comprendre qu'il ressentait que quelque chose le tracassait...
M. Richard : Tu sais, tu es une personne pour qui j'ai une très grande affection et une profonde estime. Alors, s'il y a quelque chose qui te perturbe, sois sans crainte, tu peux m'en parler. Je connais bien cette façon de me répondre, ça a toujours été lorsque tu es au plus mal. Alors dis moi, est-ce que tout va bien?
Papa : J'arrive pas à croire qu'après tant d'années de distance tu me connaisses toujours aussi bien. Sinon, de ton côté tout va bien? Ta femme et les enfants ?
M. Richard : Par la grâce de Dieu ça va. Ma femme a même accouché d'un beau garçon il y a 2 mois.
Papa : Toutes mes félicitations mon frère. Je suis ravi pour toi.
M. Richard : Merci beaucoup mon frère. J'espère que tu n'es pas en train de contourner la question. Est-ce que tout va bien Anatole ?
Papa : Je crois oui ! J'aimerais pas t'embêter avec mes problèmes.
M. Richard : Vas-y, parle moi s'il te plaît.
Papa : Puisque tu insistes, la vérité est que depuis quelques semaines ma femme est souffrante. À l'hôpital ils ont diagnostiqué un diabète avancé et depuis j'arrive vraiment pas à me sortir la tête de l'eau. C'est compliqué mon frère, si tu vois ce que je veux dire.
M. Richard : Olalalalalala, je suis vraiment désolé pour ma'a Sido. Une femme très gentille, accueillante et toujours souriante qui repend toujours là bonne humeur autour d'elle, c'est pas elle que cette maladie devrait viser.
Papa : Je t'assure mon frère, cette situation est au-dessus de mes forces. Que Dieu me vienne seulement en aide. je n'espère qu'en lui.
M. Richard : C'est vrai que ces temps ci sont un peu difficiles chez moi, mais je ne saurai rester insensible. Alors, je t'enverrai une somme de 150.000 francs CFA tout en espérant que ça aide notre maman à trouver un peu de répit ! En attendant que je vienne vous voir, enregistre mon contact et tiens-moi informé s'il te plaît, cette situation me touche autant qu'à toi. Nous la porterons en prière ma femme et moi.
Papa : Merci infiniment mon ami. J'ai pas de mots, puisse le ciel rester ouvert pour toi et toute ta maison. Je te tiendrai informé t'inquiètes pas. Merci vraiment pour tout! Je t'en serai éternellement reconnaissant.
M. Richard : Y a pas de quoi. Quand je n'étais rien, tu étais là pour moi, quand je n'avais rien tu m'as au moins une fois donné de quoi manger. Comment resterais-je indifférent face aux problèmes qui t'accablent? Tu es ma famille et la famille ça se soutient.
Papa : Dieu te bénisse Richard.
M. Richard : Amen Anatole. Prends bien soin de toi et de ta magnifique famille. À très bientôt !
Papa : À bientôt mon frère.
Après avoir raccroché cet appel, je voyais mon père sourire sans arrêt; ce qui avait disparu depuis le début de la maladie de maman. Provocatrice de mon état, j'avais pas manqué de le titiller un peu :
Moi : Papouuuuuuuu...
Papa : Oui Deranne
Moi : je te vois un peu trop sourire là qu'est-ce qui te met tant de joie au cœur ?
Papa : Ma fille, je ne sais pas comment remercier celui qui est là haut, il ne cessera de m'étonner ! Dis, te souviens-tu de M. Richard? Mon ami d'enfance qui t'aimait énormément et t'appelait souvent sa capricieuse là ?
Moi : Oui papa, je m'en souviens! comment oublier ce tonton qui nous ramenait tout le temps des pots de yaourts et des chocolats ?? T'a t-il contacté?
Papa : Ça m'aurait étonné que tu ne t'en souvienne, quand il s'agit du chocolat tu as la mémoire fraîche ! Oui il m'a contacté toute à l'heure avec son nouveau numéro.
Moi : D'accord papou. Et qu'a t-il dit?
Papa : Après avoir pris de mes nouvelles, il a été profondément touché par la situation de ta mère et devine quoi?
Moi : Papa s'il te plaît parle, j'aime pas trop le suspense... S'il te plaît Pa'a.
Papa : Pour couper court, il a dit qu'il m'enverrait une somme de 150.000 FCFA toute à l'heure pour ta maman.
Moi : Gloire à Dieu. Ce tonton est tout un sucre. Il ne changera donc jamais avec sa générosité et sa bonté de cœur. Que Dieu le bénisse.
Papa : Amen ma fille!! Je ne m'y attendais vraiment pas...
À peine terminé cette conversation avec mon papa, j'étais allée m'occuper à autre chose. Peu de temps après mon papa m'avait fait savoir que la notification du transfert d'argent des 150.000 frs promis était arrivé dans son téléphone. Il n'en revenait pas, c'était un véritable miracle. Il était allé retirer l'argent et le lendemain il avait amené mama à l'hôpital central de Yaoundé.
Après 5 jours de suivi intense, ils étaient rentrés à la maison. Déjà que les frais d'hospitalisation là n'étaient vraiment plus faciles à supporter. Par la grâce de Dieu, maman se portait beaucoup mieux et suivait à la lettre toutes les recommandations médicales faites par le médecin.
Pendant qu'on savourait encore le retour de maman à la maison, j'avais à mon tour reçu un coup de fil d'un grand secrétariat de la place où j'avais déposé les dossiers qui me demandait de passer le lundi qui suivait pour un entretien d'embauche.
J'étais très contente et j'avais rapidement tenu mes parents informé de cette nouvelle et le lundi comme prévu je m'étais rendue au secrétariat Saint Luc au pour passer mon entretien d'embauche...
Le jour de l'entretien étant arrivé, ma mère m'avait réveillée à 5h du matin juste pour me rappeler que je ne devrais pas être en retard. j'avais tellement sommeil, en plus je trouvais que me lever à 5h était vraiment trop tôt.
Moins elle entendait les bruits de mes pas au salon, plus elle m'appellait depuis sa chambre :
Maman : Déranne...??? N'est-ce-pas toi que j'appelle depuis quelques minutes déjà ?
Quelques secondes plus tard, je répondis. Je sais pas trop si j'étais réellement éveillée ou encore endormie, mais c'était impossible de ne pas entendre car nos chambres étaient proches...
Moi : Oui maman. C'est moi ta fille que tu appelles depuis.
Maman : Toujours couchée ?
Sans vouloir lui dire oui, de peur qu'elle ne s'irrite contre moi, j'avais contourné sa question...
Moi : Ma'a je suis en train de chercher la tenue à mettre pour m'y rendre.
Maman : Très bien, mais dépêche-toi, tu n'as pas tout ton temps. C'est ton premier jour, faudrait pas donner l'image d'une retardataire.
Moi : D'accord ma'a Sido. C'est compris.
Je me levai enfin du lit après ma dévotion matinale, j'ouvris la porte et je me rendis dans la cuisine pour rapidement faire la vaisselle avant d'aller prendre mon bain.
Trente minutes après, il était environs 6h30 lorsque je me rendais à la douche pour mon bain. Pendant ce temps maman ne faisait que m'appeler.
J'étais même déjà stressée avant d'arriver au secrétariat St Luc. Elle insistait sur le fait qu'il n'était pas question que je fasse mauvaise impression le jour de l'entretien. Elle n'arrêtait de me le rappeler.
Quant-à moi, j'avais enfin fini de prendre mon bain et de m'apprêter quand il était exactement 7h05 et j'étais sortie de la maison espérant rapidement trouver un taxi; chose qui ne m'avait pas été facile.
10 minutes après, un taxi m'avait finalement porté et malgré les embouteillages, j'arrivais au secrétariat aux environs de 7h40 minutes. J'étais dans les temps quoi !! Je devais passer cet entretien à 8h00.
Une fois arrivée au secrétariat Saint Luc, je dois avouer, j'avais un tout petit peu peur, je manquais de courage pour y entrer, car j'ignorais si le Monsieur qui m'avait contacté y était déjà. Je savais même pas par où commencer, ni vers qui me tourner pour me renseigner.
Comme par miracle, pendant que je réfléchissais, je vis une belle jeune fille au teint clair et d'une taille assez raffinée causer au téléphone, tenue juste près de l'entrée principale. Puisqu'elle était encore occupée, je m'étais précipitée d'aller vers elle de peur qu'elle n'entre et que je ne me retrouve encore toute seule là dehors.
Peu de temps après, elle raccrocha son appel et au moment où elle voulait se tourner pour rentrer à l'intérieur j'avais profité pour lui adresser la parole question de savoir si j'étais au bon endroit :
Moi : Bonjour Madame
- Bonjour ma chérie.
Moi : S'il vous plaît, j'ai besoin de quelques renseignements. Je sais pas si vous pouvez m'aider.
- D'accord. Dis-moi, en quoi puis-je t'aider ?
Moi : S'il vous plaît, travaillez-vous ici?
- Oui, je travaille ici. Cherches-tu quelqu'un ?
Moi : Eeuuuhh Madame. En fait, il y a quelques mois, j'avais déposé les dossiers dans ce secrétariat et le week-end dernier, j'ai reçu un appel venant d'un Monsieur qui me demandait de venir passer mon entretien aujourd'hui. C'est la raison de ma présence.
- D'accord, je comprends. Pourquoi n'es-tu pas entrée ? En tout cas c'est pas grave, je vais t'y conduire moi-même. Comment t'appelles-tu ?
Moi : Je m'appelle Déranne, madame.
- Enchantée Déranne. Appelle moi Clara.
Moi : D'accord Madame Clara.
- Allez, viens on va y entrer !
Une fois entrées, elle m'avait demandé de patienter au hall, le temps pour elle de prévenir le boss que j'étais là.
Pendant que j'y étais, j'avais été frappée par le dynamisme du personnel de ce secrétariat, j'admirais la beauté intérieure de l'édifice, le décor de chaque coin et la manière avec laquelle chacun se dédiait à sa tâche.
J'observais tous leurs faits et gestes, leur façon de se tenir et j'avoue, je me voyais déjà moi aussi en tenue de travail du secrétariat. Seulement, je me demandais juste si je serais bien à la hauteur.
Une heure de temps après, il était enfin temps pour moi d'en finir avec cet entretien. Clara m'avait rejoint pour m'y condure. J'étais stressée, j'avais peur et je transpirais tellement. L'ayant constaté pendant que nous marchions vers son bureau, elle n'avait pas manqué de me titiller un peu :
Clara : Hey, ça va aller? Je vois tu transpires de partout.
Moi : Eeeuuuh, je crois que ça va aller Madame.
Clara : C'est ton premier entretien ?
Moi : Oui Madame. Le tout premier de toute ma vie.
Clara : Je comprends, mais t'inquiètes, tout se passera bien. Ok?
Moi : D'accord. Merci beaucoup.
Clara : Pas de quoi chérie. Nous sommes tous passés par là. C'est rien. M. Serges te posera juste quelques questions et tu verras que c'est très facile. En passant tu peux me tutoyer.
Moi : Merci pour ces paroles, Clara.
Nous arrivions donc enfin devant la porte du boss à moitié-ouverte, ensuite elle toqua bien évidemment...
Toc toc toc toc...
M. Serges : C'est bon, allez-y, entrez !
Une fois entrées dans ce bureau, je vis un Monsieur de dos assez musclé, très élégant et dont les plis de son costume laissaient croire qu'il était un diplomate. Il avait un fort gabarit, un teint ébène et une chevelure d'apparence assez touffue et bien traitée. Je n'avais qu'une seule envie : qu'il se retourne vers moi et qu'on en finisse !!!
Clara me souffla donc à l'oreille de lui dire bonjour, ce que j'avais immédiatement fait..
Moi : Bonjour Monsieur.
Ensuite, il se retourna et répondit :
M. Serges : Bonjour Mademoiselle. C'est donc vous la nouvelle ?
Une fois retourné, j'avais reconnu le visage d'un ancien ami à mon père qu'il appellait Sergio! Jamais je n'aurais imaginé que c'était lui le boss de ce sécrétariat. Néanmoins, je lui répondis :
Moi : Oui Monsieur.
M'ayant également reconnu, il demanda à Clara de nous laisser tous les deux seuls dans son bureau. Et elle s'en alla.
Une fois partie, il n'avait pas manqué d'exprimer son excitation et sa joie de me revoir après tant d'années. Sachant qu'il n'avait pas toujours eu de très bons rapports avec mon père, j'étais sur la réserve et je n'avais aucunement l'intention de m'emporter. Ayant constaté que j'étais froide avec lui, il prit la parole :
M. Serges : Deranne la capricieuse, pourquoi tant de froideur et de fureur dans ton regard ?
Moi : Rien de bien grave Monsieur Serges, je suis juste stressée par rapport à l'entretien que je suis venue passer.
M. Serges : Juste pour ça ou il y a autre chose ?
Moi : Juste le stress...
M. Serges : D'accord. Tu es quand même une fille que j'ai toujours admiré depuis ton bas âge. J'espère juste que le malentendu avec ton père il y a de cela quelques années n'affectera pas ta présence ici.
Moi : Non Monsieur. J'étais encore très jeune, je ne m'en souviens vraiment plus. Et même, c'est avec mon père que vous devriez en parler.
M. Serges : D'accord ma fille. Dis, comment se portent tes parents ?
Moi : Ils vont bien par la grâce de Dieu, merci.
M. Serges : D'accord. Puisque tu es là pour un entretien, allons-y.
Moi : D'accord Monsieur.
M.Serges : Quelles avaient été tes motivations en venant déposer tes dossiers ici pourtant j'ai lu mentionné que tu as un Baccalauréat scientifique ?
Moi : Tout d'abord, j'ai toujours aimé être en contact avec l'outil informatique mais c'est pas tout, j'ai toujours eu envie d'approfondir mes connaissances dans le domaine et enfin me faire des sous afin de survenir aux besoins sanitaires de ma mère.
M. Serges : D'accord, très bien! Dis, ta mère ? Elle a quoi ma'a Sido?
Moi : Elle souffre du diabète. Mais Dieu fait grâce et elle se porte beaucoup mieux.
M. Serges : Je suis désolée pour vous. Tu as parlé toute à l'heure d'aimer être en contact avec les machines, dis moi, qu'est-ce que tu sais faire concrètement ?
Moi : Je ne suis pas une professionnelle, mais je ne me débrouille pas mal en bureautique et je fais très bien les saisies. En plus de cela, j'ai un bon sens de relation avec une très bonne capacité de persuasion.
M. Serges : D'accord, ça tombe bien parce que j'ai besoin d'une secrétaire pour m'alléger certaines tâches ici au bureau. Et puisque je sais que tu es issue d'une bonne famille, de bonne moralité, je pense que je vais mieux étudier ton dossier et je verrai ce que je peux faire pour toi. Je ne te promets rien, mais je verrai quoi faire.
Moi : D'accord Monsieur.
M. Serges : Tu peux me tutoyer, C'est pas comme si nous ne nous connaissons pas.
Moi : D'accord Monsieur, je vais essayer.
M. Serges : Garde ton portable ouvert, je pourrai t'appeler à n'importe quel moment pour commencer le travail.
Moi : D'accord.
M.Serges : Je dois assister à une réunion toute à l'heure, nous allons devoir nous séparer. Passe mes salutations à tes parents s'il te plaît. Et surtout porte toi bien Deranne.
Moi : Je ne manquerai pas Monsieur Serges, portez-vous également bien et excellente fin de journée à vous.
M. Serges : Merci ma fille.
Je me levai de mon siège, j'ouvris la porte et je sortis.
Pendant que je m'apprêtais à chercher Clara pour lui dire comment s'était passé l'entretien puisqu'elle a été super gentille avec moi, je la vis elle aussi sortir de son box et je me dirigeai vers elle.
Moi : Hey Clara..
Clara : Oui Déranne, comment c'était ?
Sans vouloir lui dire que je le connaissais, j'avais juste dit ce qu'elle devait savoir rien de plus !
Moi : Ça s'est bien passé. Il m'a posé deux questions et c'était bon. Moi qui m'attendais à bien plus. À dire que je stressais pour rien alors.
Clara : Super, je te l'avais dit nor. Suis contente pour toi et j'espère qu'on te retienne vraiment. T'es super sympa et simple.
Moi : Merci beaucoup miss Clara. Tu l'es toi aussi.
Clara : Dis, s'il te plaît pouvons-nous échanger nos numéros ? On sait jamais au cas où on t'appelle pas j'aimerais bien rester en contact avec toi.
Moi : D'accord. Sans problème.
Elle me donna son téléphone et je mis mon numéro, ensuite elle me raccompagna et nous nous séparions.
Après cela, j'avais hâte d'arriver à la maison et dire à papa que le boss du Secrétariat St Luc est un de ses amis. J'ignorais comment il le prendrait. Mais en moi-même je me demandais si ça vallait vraiment le coup de revenir même s'il venait à m'appeler.
Mais vous savez, ce genre de décision ne me revenait à moi toute seule, il fallait que j'en parle d'abord à mes parents. C'est alors que j'avais stoppé un taxi pour la maison.
Une fois arrivée à la maison aux environs de 14h30, j'avais trouvé mes parents assis tous les deux à la véranda. Puisque j'étais pas trop d'humeur joyeuse à cause du fait que le boss était une connaissance à papa, j'avais pas assez de moral pour le lui annoncer connaissant ce qui s'était passé entre eux.
Néanmoins, il fallait bien que je leur fasse le compte rendu de mon entretien. Je m'étais donc assise sur le même banc que ma mère avant d'entamer la conversation.
Moi : Bonsoir...
''Bonsoir Déranne. Dirent-ils
Ensuite mama prit la parole
Mama : Allez, raconte. Comment as-tu passé la journée ? Et ton entretien ?
Moi : Ma journée a commencé dans le stress Ma'a.
Mama : Comment ça dans le stress ?
Moi : En fait, lorsque je suis arrivée, j'avais vraiment peur et je suis même restée quelques minutes dehors. Bien heureusement pour moi, j'ai fait la rencontre d'une gentille demoiselle nommée Clara qui m'a bien renseignée et rassurée que tout se passerait bien. Puisqu'elle travaille elle aussi dans ce secrétariat, elle m'y a conduite jusqu'au bureau du patron. Une fois là, le boss m'a fait asseoir et, après toutes les formules de politesse possible, il m'a posé deux questions auxquelles j'ai donné des réponses assez simple. Il m'a fait comprendre qu'il avait une réunion et m'a recommandé de garder mon portable ouvert parcequ'il pourrait me contacter à tout moment. Ensuite nous nous sommes séparés. Voilà un peu ce qui s'est passé.
Curieux, papa prit à son tour la parole et me demanda mes impressions sur le patron. Ne voulant vraiment pas lui dire qui c'était je restais sur la réserve.
Papa : Voici ma petite Déranne devenue une grande fille. C'est bien ma chérie. Si tout s'est bien passé, nous n'avons plus qu'à espérer qu'il t'appelle. Sinon, tes impressions sur le patron ? A t-il l'air sévère ?
Moi : Euuh Pa'a, je ne sais vraiment pas quoi dire puisqu'on ne s'est vu qu'aujourd'hui, je ne saurais vraiment te répondre s'il l'est ou pas. Il ne m'a rien montré de tel en tout cas.
Papa : D'accord ma fille.
Mama avait constaté que j'étais pas trop dans mon mood. Elle s'attendait à ce que je sautille de joie comme d'habitude, mais non elle avait très bien su que quelque chose n'allait pas.
Mama : Ça a dû ne pas être facile pour toi cette journée, heureusement tu l'as passé cette entretien. Et comme l'a dit ton père, espérons qu'il t'appelle.
Moi : Je l'espère aussi.
Mama : Tu ne m'as pas l'air trop contente, ça saute tellement aux yeux. Que y a t-il?
Moi : Ma'a tout va bien.
Mama : Et pourquoi fais-tu cette tête?
Puisqu'elle s'y attardait un peu trop mon père à son tour s'y est mêlé.
Papa : Déranne écoute, tu sais tu peux tout nous dire. S'il y a quelque chose qui te perturbe dis-le nous s'il te plaît.
Moi : Euuuuuuhhhhh...
Mama : Ma fille parle s'il te plaît. As-tu été frustrée là-bas par quoi que ce soit ?
Papa : Déranne qu'est-ce qui ne va pas?
Moi : Il faut que je vous avoue quelque chose.
''Quoi donc ? Répondirent mes parents.
Moi : Papa, te souviens-tu de ton ami Sergio ? Celui qui t'avait fait dormir en cellule pendant deux jours là ?
Papa : Comment pourrais-je l'oublier après tout ce qu'il m'a fait subir injustement ? Seulement, je lui ai pardonné tout cela depuis. Et même, pourquoi me poses-tu cette question ?
Moi : Devine quoi papa?
Papa : Dis moi ma chérie.
Moi : Il s'avère donc que le boss du secrétariat St Luc soit ton ami Sergio, papa. Lorsqu'il m'a vu, il m'a tout de suite reconnu. Et j'ai bien peur qu'il ne me crée à mon tour des problèmes Pa'a. Je sais pas si c'est une bonne idée que j'accepte travailler avec lui s'il venait à m'appeler.
Lorsqu'il entendit cela, il garda silence et peu après, il reprit la parole.
Papa : Ma fille, tu viens de dire que c'est lui le boss de ce sécrétariat ?
Moi : Oui papa, il s'agit bien de Serges ton ami.
Papa : Qu'est-ce que le monde est petit! Si on lui avait dit que nos chemins se croiseraient encore après tout ce mal qu'il m'avait fait, il n'aurait jamais cru.
Moi : Très petit papa. Depuis que je l'ai vu, j'ai perdu en quelque sorte mon engouement pour ce job.
Papa : La vérité est que, il y a longtemps que lui et moi avions eu ce différend. De même que les saisons changent, les hommes sont eux aussi sont capables de changer.
Moi : Que veux-tu dire par là Pa'a ?
Papa : Ce que je voudrais dire c'est que, tu n'as pas besoin de te faire du souci par rapport à ce qui s'était passé entre lui et moi. Je crois bien que ce problème est loin derrière nous maintenant, enfin loin derrière moi surtout. S'il t'appelle pour le travail, vas-y et fais bien ton travail.
Moi : Euuuh, tu trouves ?
Papa : Oui je le pense sincèrement. Si même il te prend, je me dis bien que ce serait pour laver sa conscience vis-à-vis de moi.
Moi : D'accord papa, j'ai compris. Mais je ne te garantie rien. Certes j'ai besoin de m'occuper, mais s'il me demande ce qui dépasse mes forces, je ne le supporterai pas.
Papa : C'est pas grave ma chérie. Les jours nous diront s'il a changé ou pas.
Moi : En fait papa.
Après la sage intervention de mon père, j'avais compris qu'il ne fallait pas que je me mêle de leurs affaires du passé. Après cela, j'étais allée dans la chambre me changer.
Peu de temps après, j'étais allée faire la cuisine assistée par ma petite sœur, nous l'avions rapidement faite puis nous mangions tous ensembles et par la suite j'avais aidé mes petits frères à faire leurs devoirs avant que nous n'allions nous coucher sous un froid qui ne permettrait à personne de résister debout plus longtemps.
Le lendemain matin au chant du coq vers 05h30, j'avais commencé par ma prière matinale, ensuite j'avais fait le ménage, la vaisselle et j'avais apprêté les plus petits pour l'école. Une fois tout cela fait, je devais aller rendre visite à Myriam une amie du lycée avec qui je partageais les bons et les mauvais moments de ma vie.
C'était une fille vraie et loyale, à chaque fois que j'étais embarrassée, elle savait me dire des mots justes pour me remonter le moral. J'aimais tellement passer du temps avec elle, car elle savait distribuer la joie autour d'elle, une vraie boule d'énergie celle-là.
Après avoir terminé mes travaux, je m'étais apprêtée et je m'étais rendue à leur domicile familiale non loin de la nôtre. Puisque ça faisait déjà un bon bout qu'on ne s'était pas vu, elle était vraiment ravie de me voir et n'avait pas manqué de me l'exprimer. Une fois devant leur portail j'avais sonné
Grin grin grin grin grin grin
Sans tarder, elle vint m'ouvrir. Et lorsqu'elle me vit, c'était avec des cris de joie qu'elle s'empressa de m'enlacer avant de me conduire à l'intérieur de leur maison.
Myriam : Salut copine, ça fait un bail là, quel beau vent t'a conduit ici après des mois?
Moi : Myriam des ways forts, tu me manquais déjà tellement, j'avais décidé depuis quelques jours déjà que je viendrais te voir. Sinon, comment vas-tu ? La vie dose?
Myriam : Je vais même te dire quoi eee, la vie est dure mais je me bats pour qu'elle ne m'écrase pas complétement. Et toi alors? Ça va?
Moi : Oui chérie, ça va, le pire est passé derrière nous, maman va de mieux en mieux et ça nous ravit énormément.
Myriam : Gloire à Dieu!! Ma'a Sido ira totalement bien d'ici peu, tu verras.
Moi : Merci chérie.
Après ce petit échange entre Myriam et moi, elle se précipita vers la cuisine pour me servir de quoi manger. Et pendant qu'elle me ramenait cela, je reçu un coup de fil de M. Serges :
M. Serges : Allô Deranne ?
Moi : Oui allô Monsieur.
M. Serges : C'est Serges.
Moi : Oui Monsieur, je sais que c'est vous.
M. Serges : Ah d'accord. Comment vas-tu alors ?
Moi : Je vais bien et vous Monsieur ?
M. Serges : Je vais également bien. Je croyais t'avoir dit que tu pouvais me tutoyer.
Moi : Désolée, c'est une question d'habitude.
M. Serges : D'accord ça ira avec le temps. En passant, j'ai bien étudié ton dossier, et j'ai jugé utile que tu sois ma secrétaire. Car souvent débordé par le boulot, je me retrouve perdu dans mes rendez-vous et autres. Si ça te plairait bien, j'aimerais que tu sois là pour m'aider à mieux m'organiser.
C'est vrai que je ne m'y attendais vraiment pas... Mais là !!
Moi : Votre secrétaire ?
M. Serges : Oui ma secrétaire ou mon assistante. Comme tu voudras bien être appelée.
Moi : D'accord. Quand aimeriez-vous que je commence ?
M. Serges : Demain à 8h00 si possible, on se retrouve au secrétariat.
Moi : D'accord. Je serai là Monsieur. Merci beaucoup.
M. Serges : Mais de rien princesse. Tu as juste tout ce qu'il faut pour ce poste.
Moi : D'accord. Si vous le dites.
M. Serges : Allez, Porte-toi bien et à demain.
Moi : Merci. Bonne journée à vous.
Après cette conversation avec Monsieur Serges, je n'étais ni trop contente, ni moins contente. J'étais juste là comme ça. Mais j'avais pas manqué de partager cela à Myriam qui m'avait beaucoup encouragé et adressé de vives félicitations sans trop savoir les dessous.
Après avoir mangé, nous nous séparions et j'étais rentrée à la maison. Car je connaissais quelqu'un que cette nouvelle devait ravir, mon père !!