#Coup d'un soir...ou pas ?#
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*Cotonou, Bénin*
*Ian Akakpo*
-Quels sont tes plans pour le 14, Ian ?
La salope...La salope m'a eu. Comment ai-je pu me faire avoir comme un idiot de première. Je suis loin d'être bête pourtant. Si j'étais aussi stupide, je n'aurais pas obtenu mon diplôme d'ingénieur en génie civil option « Bâtiments et Travaux Publics » avec les honneurs. Je ne serais pas un rédacteur Web et un célèbre coach en art oratoire.
-Ian ? C'est à toi que Florian parle...
Mais qu'est-ce qui n'a pas marché ? J'en ai eu des copines ! J'ai toujours été prudent avec les femmes. Tout homme normalement constitué sait que derrière ces créatures aux courbes (parfois) envoutantes et à l'apparence (parfois) fragiles se cachent des sorcières à l'apparence de saintes. Mais cette salope m'a eu.
-IAN !
-Aieee. T'a l'intention de me crever les tympans, Serge ? Dis-je en jetant un regard dur à l'homme clair et élancé qui me servait de meilleur ami.
Le reste de ma bande de potes (et de collègues pour la plupart) me fixait silencieusement.
-Désolé les mecs. Je suis un peu à cran ces jours-ci.
-Tu penses encore à Léonie ? Dit Florian, mon assistant à l'agence de rédaction Web et ami
-Comment ai-je pu être aussi stupide les mecs ? La pute se joue les femmes
« battantes » à Dubaï avec ses perruques achetées avec MON fric. Dis-je en me touchant le front
-Prends ça comme un acte de charité, petit. Intervint Samuel « Sam », l'informaticien et photographe du groupe
-Tu déconnes ou quoi mec ? La salope a vidé son compte bancaire et s'est enfui à Dubaï après l'avoir bien plumé. Elle nous a tous eu avec son air de sainte nitouche. C'est avec son fric qu'elle a ouvert ses trois boutiques de vente de perruques et d'accessoires pour femmes. C'est encore avec son fric qu'elle a fini ses études de Marketing. On n'oublie pas la voiture, les parents proches et éloignés, les besoins personnels...Tout ça pour quoi ? Pour vider sa carte et partir à Dubaï avec ses folles de copines... c'est quoi leurs noms déjà ? Dit Serge
-Amanda et Vanessa. Répondit Florian
-Que peut-on attendre d'une fille qui s'appelle Léonie et dont les meilleures amies s'appellent Amanda et Vanessa ? Demanda Serge
-A rien, mon vieux...a rien. Dit Florian, pensif
-Mais il est obligé de vivre avec. Lisa m'a quitté pour un vieux ministre de la cinquantaine...parce que, je cite : « Tu ne prends pas assez bien soin de moi. Je ne suis pas n'importe quelle femme. Il m'en faut plus. Je ne peux pas prendre le risque de faire venir des enfants dans une maison où le flux d'argent ne vient pas de manière constante et croissante. En plus, tu n'es jamais là.». Je ne m'arrête pas de vivre pour autant : j'ai encore une entreprise à faire tourner. Si mon travail ne plait pas à une meuf et bien tant pis. Dit Carl, notre concepteur d'objets décoratifs modernes qui n'avait guère pipé mot depuis le début de cet échange
-Depuis que Laetitia m'a quitté après que je l'ai surpris avec sa meilleure amie, j'ai compris qu'avec les femmes, il valait mieux être un dur. Dit Serge
Je lui donne une tape dans le dos dès que son regard se recouvre du voile d'amertume qui l'envahi à chaque fois qu'il pense à son ex-fiancé. Samuel soupire en disant :
-Je la couvrais de cadeaux, nous allions au restaurant toutes les semaines, les voyages, les soins chez l'esthéticienne étaient fréquents. Tous les matins avant de sortir de la maison, je lui écrivais. Nous échangions toujours par FaceTime. Je suivais les vidéos de ces débiles de coach du net pour lui faire plaisir. J'ai même lu des bouquins à l'eau de rose et de développement personnel dans l'unique but de la rendre heureuse. Où est passée cette chère Emliss Rose ?
Nous tournons tous nos regards vers Florian, le seul membre de la bande qui ne s'était pas encore prêté au jeu de la confidence. Des perles de sueur se glissent sur ses joues. Ses doigts tremblent comme à chaque fois que je lui réclame des articles qu'il n'a pas fini de rédiger. Son regard est rivé sur le sable de la plage. Serge s'apprête à lui lancer une pique mais je lui pince le dos pour l'inviter au silence.
Après plusieurs secondes...non plusieurs minutes de silence, Florian se décide enfin à cracher le morceau :
-La mère de mes enfants m'a quitté parce que...parce que ma queue ne la satisfaisait plus.
-C'est-à-dire ? Dit Serge en détaillant le grand baraqué, qui venait de s'exprimer
-Et bien...Ma b**te est petite.
-C'est une blague. Dit Samuel en pouffant
Nous autres, tentons tant bien que mal de ne pas rire en espérant toutefois que Florian plaisante mais devant son air sérieux, nous comprenons tout de suite que ce n'en est pas une. Carl lance un regard à Samuel afin qu'il dise quelque chose pour détendre l'atmosphère et rassurer Florian mais ce dernier fait un signe discret à Serge qui me renvoie la balle. Bien sûr, il faut toujours que je m'y colle :
-Ecoute, Florian. Ce que tu vis est dur mais cette nana était une vraie connasse. Une vraie femme reste et aide son mec à trouver des solutions...et puis, pour ton problème...et bien, ce qui compte c'est de savoir s'en servir. Tu ne devrais pas complexer pour ça. Dis-je en me demandant ce que j'aurais fait si Ian Junior n'était pas aussi fort et grand qu'Ian Senior.
Les autres appuient mon propos en hochant la tête et en donnant des tapes dans le dos de Florian.
Nous fixons le bateau qui passe au loin lorsque Serge prend la parole avec cette lueur espiègle dans le regard (ça sent le plan foireux) :
-Mais vous savez quoi les mecs ? Il serait peut-être temps d'inverser les règles du jeu. Ces filles ne pensent qu'à trouver des mecs super riches qui jouent le rôle de psychologue, d'animateurs de shows télévisés, d'humoristes, d'acteurs de films pour adultes et qui soient à leur entière disposition. Il serait peut-être temps de prendre notre revanche.
-Qu'as-tu derrière la tête Serge ? Demandai-je
-Le terme « mougoupan » vous dit quelque chose ?
-Un truc comme coup d'un soir mais sans que l'autre ne soit au courant ? Dit Carl en arrangeant ses lunettes
-En quelque sorte. Chers soldats, l'ennemi à longtemps décimer nos troupes. Il est grand temps de montrer ce que nous avons dans le ventre. Usez de tout : de vos atouts physiques, de belles paroles, de votre portefeuille mais surtout de la ruse. Copiez les tactiques de l'ennemi. Ne vous laissez pas tromper par son apparence. Rappelez-vous de tout ce que l'ennemi vous a pris...et cognez. Frappez, lancez des pierres et tuez, soldats. Vous êtes prêts soldats ? Dit-il en se mettant debout, devant nous, en pointant son index dans notre direction comme s'il s'agissait d'une épée
Nous échangeons un regard entendu, nous levons ensemble et pointons tous l'index vers Serge.
-Oui, capitaine. Nous sommes prêts !
C'est ainsi qu'un soir de janvier, cinq hommes âgés de 27 à 32 ans scellèrent une alliance qui allait changer des vies. Les filles n'ont qu'à bien se tenir.
***
*Deux jours plus tard*
*Emliss Rose Konan*
-Devine qui va faire la couverture du Blue Diamond Magazine de février ? Dit Cindy, mon assistante en entrant dans mon bureau avec un sourire large jusqu'aux oreilles
-Moi, peut-être ? Dis-je, peu enthousiaste
-Emliss Rose t'es terrible. Tu sais combien de gens tueraient pour être à ta place ? Depuis cinq mois, tu enchaines les couvertures de magazine en Afrique. Tout le monde parle d'Emliss Rose Konan. Toutes les mariées veulent se faire habiller par toi Emliss !
-Je devrais me laisser submerger par le succès, Cindy ? Tout peut s'arrêter à tout moment. Mes robes de mariées, mes chaussures et mes bijoux pourraient ne plus autant captiver l'attention du public. Dis-je, pensive
-ça n'arrivera pas Emliss. Tu es une jeune femme belle, intelligente et pleine de créativité. Tu dessines et couds avec le cœur. Tu n'hésites pas à sacrifier tes nuits de sommeil pour satisfaire tes clients. Ta lumière ne va pas s'éteindre de sitôt, Emliss. Dit Cindy en m'entourant de ses bras
Quand elle me serre ainsi, j'oublie que je suis son aînée de 5 ans. Ses bras me rappellent ceux de ma maman, malheureusement partie trop tôt.
-Il aura lieu quand ce shooting ?
-Demain.
-DEMAIN ? Mais enfin, Cindy, tu sais que demain, je me rends à l'orphelinat « Terre des Anges » pour mon cours d'arts plastiques avec les enfants. Comment as-tu pu planifier un shooting pour demain.
-C'est tout à fait possible, Emliss Rose. Tu finis avec les enfants à 10h. Le shooting aura lieu au Fort Portugais de Ouidah. De Tori à Ouidah, c'est à peine une demi-heure voire moins si on s'y prend bien.
-Et je me repose quand déjà ?
-Pendant le trajet. Il y a en plus une virée à la plage au programme. Tu vas kiffer Emliss, ne t'en fait pas.
Je baisse la tête, trop épuisée pour lui répondre.
C'est ma belle-mère qui m'a suggéré de prendre une assistante pour « mieux organiser mes journées ». Résultat ? On dirait que je suis au camp militaire.
***
*Le lendemain*
Ma séance avec les enfants vient à peine de s'achever. Les enfants sont mignons et pleins de vie mais ils peuvent parfois s'avérer épuisants.
J'avale une gorgée d'eau pour me réhydrater lorsque Cindy me fait un signe de la main : elle tient à ce fichu shooting.
Je traine difficilement mon mètre quatre-vingt-deux et mes soixante-cinq kilos jusqu'à la voiture.
Je lui donne une tape dans le dos avant de m'installer sur la banquette arrière de ma Range Rover.
Je mets mes écouteurs pour oublier le trajet jusqu'à la ville où j'ai fait mes adieux à l'homme que j'aimais profondément puis fini par tomber dans les bras de Morphée...Malheureusement, cette histoire est gravée dans un coin de mon esprit et me revient toujours tel un boomerang à chaque fois que j'emprunte cette voie :
*5 ans plus tôt*
C'est la cinquantième vidéo que je regarde sur le sujet « Comment rompre avec un homme qu'on aime encore sans le faire trop souffrir ? ».
Je prends des notes, je répète des phrases mais je n'y arrive pas. Je ne trouve pas la bonne formule. A chaque fois que je me rends chez lui ou à son travail pour lui annoncer la nouvelle, nous finissons par faire l'amour et par cuisiner ensemble.
En plus, il me regarde toujours avec ces yeux de merlan frit qui me font oublier toutes les bonnes résolutions que j'ai prise.
Je suis perdue dans mes pensées lorsqu'une voix m'interpelle :
-Emliss Rose, vient ouvrir la porte.
C'est Gaëlle, ma meilleure amie et conseillère.
Je pousse un soupir et me dirige vers la porte. Dès que j'ouvre, elle arrange ses lunettes et détaille ma tenue : un short et un top vieux de 5 ans avec les cheveux rassemblés au sommet de mon crâne.
-Hum, tu n'as pas encore rompu avec Samuel. Dit-elle en s'installant sur le pouf de l'entrée.
Je colle mon dos au mur et me laisse tomber au sol avant de dire après un énième soupir :
-J'ai essayé Gaëlle. J'ai vraiment tout essayé mais je suis faible devant lui. Il suffit qu'il me regarde ou me touche et je perds complètement mes moyens. Je l'aime Gaëlle. Tu comprends ? Et puis, je ne sais pas...et si je faisais une erreur ? Et si Samuel était le bon et que je le laissais filer entre les doigts ? Et si je ne rencontrais personne d'autre après ? Et si je souffrais ?
-Emliss, ma chérie...ce n'est pas facile. Rompre n'est jamais facile. Il y aura toujours de la souffrance mais parfois c'est nécessaire. Vous êtes amis depuis la première année d'université. Tu l'as soutenu dans tous les challenges de sa vie. Tu es à ses côtés, tu le soutiens, tu te comportes comme une bonne femme. Vous avez tous deux un boulot stable et les moyens de vous unir. Tu lui donnes des indices depuis un an mais c'est à peine s'il prête attention aux signaux. Tu as 25 ans Emliss Rose. Si tu continues ainsi, tu vas te retrouver seule à 30 ans avec deux chats. Tu commences à devenir célèbre. Il te sera encore plus difficile de trouver un homme bien. Eloigne-toi de ce type qui ne pense qu'aux codes et à la photo et prends-toi en charge ma chérie.
-Samuel a quand même fait des efforts, Gaëlle. Il est plus attentionné, il me couvre de cadeaux, supporte mes caprices...Il n'y a pas beaucoup de mecs qui font autant à Cotonou et à Abidjan.
-Mais a-t-il une fois émis l'idée de t'épouser Emliss Rose ? Ouvre les yeux ma chérie. Ne gâche pas ta vie s'il te plaît. Regarde-moi, j'ai 30 ans. J'ai fait ce que tu es en train de faire aujourd'hui et le soir, je n'ai que mon oreiller pour me tenir compagnie. Je ne veux pas de cette vie pour toi ma puce.
-Ah Gaëlle...Dis-je en me laissant tomber dans ses bras
-Ce n'est pas chose facile mais tu verras qu'après l'avoir fait, tu auras les idées plus claires.
Après cet échange, nous avons dîné ensemble puis elle est rentrée. Le lendemain, Samuel m'écrivait pour m'inviter à passer le weekend à Ouidah-Plage.
-Voilà ! Gaëlle a tort ! Il veut passer le restant de ses jours avec moi. Dis-je à voix haute en lisant ce message
Je m'empressai de faire ma valise et de retrouver mon homme le vendredi 13 février à 15h30. Il m'a offert un bouquet de roses et m'a lui-même ouvert la portière (ce n'est pas dans ses habitudes).
Contente, je profitai de ce séjour en amoureux, heureuse que Samuel ait donné tort à Gaëlle.
Mais jusqu'à dimanche, 17h, , je ne reçut aucune bague. Nous reprîmes le chemin de la capitale. Samuel recommença à parler d'informatique avec un client au téléphone.
Agacée, je finis par lâcher :
-Samuel, je veux qu'on arrête.
-Tu veux qu'on reste à Ouidah jusqu'à demain ? J'ai du boulot, Emliss Rose. J'ai reçu un nouveau projet que je dois rendre dans exactement deux semaines. Si je pouvais, je prolongerai ce séjour. Tu sais que j'aime passer du temps avec toi.
-Non...Je veux dire...j'aimerais qu'on arrête cette relation.
-De quoi est-ce que tu parles ? Dit-il en freinant et en s'arrêtant devant la porte du non-retour
-J'ai essayé de te le dire depuis plusieurs jours mais je n'y arrivais pas. Ça n'avance pas Samuel. Il vaut mieux que nos chemins se séparent.
Il reste silencieux pendant une éternité avant de dire avec indifférence :
-Ceci est ton dernier mot Emliss Rose Konan ?
Je cherche son regard qui est posé sur l'océan Atlantique et après plusieurs minutes de silence pendant lesquelles des images d'une amitié et d'un amour merveilleux défilèrent dans mon esprit : L'amour ne fait pas tout. Avait conclu Gaëlle en quittant mon appartement jeudi soir
-Oui, Samuel.
-Très bien. Je te ramène à Cotonou ou tu vas te débrouiller ?
-Je vais me débrouiller Samuel. Tu peux ouvrir le coffre pour que je récupère ma valise ?
-Bien sûr. Dit-il en s'exécutant depuis son siège
Je sors de la voiture, prends mon sac à main, lisse ma perruque et sors la petite valise rouge que j'avais emporté pour ce weekend. Dès que j'ai fermé le coffre, il démarre sans un regard pour moi. Malgré l'air froid de la plage, j'ai l'impression d'être prisonnière de flammes invisibles. Je m'assieds sur la valise et en pleurs, hèle un taxi pour qu'il me ramène au poste de péage afin que je trouve (si Dieu le veut) un moyen de transport plus décent.
***
-Et voilà ! Nous sommes arrivés Emliss Rose !
-Où ça, Cindy ? Dis-je en ouvrant les yeux
-Au fort portugais, idiote. L'équipe de Blue Diamond est déjà là. Allez, viens on y va. Tu veux que je te prenne ton sac ?
-Mais, non idiote.
Je rassemble mes forces et sors de la voiture. Cindy me présente à une poignée de gens mais mon esprit est intrigué par l'homme en short, tricot et chapeau de paille en retrait.
-Il ne manque plus que le photographe ! Mr Noutai, vous pouvez venir s'il vous plaît ? Dit la maquilleuse à l'intention de l'homme en retrait
-A votre service, Armelle. Dit-il en affichant les trente-deux blanches que j'admirais avec fierté il y a 5 ans
Il avance avec désinvolture jusqu'à l'arbre où est attroupé l'équipe avec laquelle je dois travailler aujourd'hui. La fameuse Armelle, lui retire les lunettes de soleil qu'il porte et s'agrippant à son bras le présente :
-Mlle Konan, je vous présente le trésor de Blue Diamond Magazine...le chouchou de ces dames...Celui-là même qui donne vie à nos projets. Il est capable avec son appareil photo de vous voler votre cœur et votre tête.
-Armelle, abrège. Dit un des types de l'équipe, d'une voix lasse
-Je vous présente Samuel Charles Noutais. Samuel, voici Emliss Rose Konan.
Ça doit bien faire cinq minutes que j'ai le souffle coupé. Samuel en revanche, affiche un sourire large jusqu'aux oreilles. Il me tend la main comme on tend la main à n'importe qu'elle cliente avec qui on est amené à travailler. Mon corps tout entier tremble alors que le sien est détendu.
-Emliss Rose, le monsieur attend. Dit Cindy
-Emliss Rose, vous allez bien ? Dit la fameuse Armelle en me touchant le bras
C'est lorsqu'une troisième personne m'interpelle que je tends une main moite à Samuel.
-Elle va bien messieurs, dames. C'est l'effet Samuel Noutais. N'est-ce pas Mlle Konan ? Dit-il en me faisant un clin d'œil, amusé
Il faut que je me reprenne. Tout le monde me trouvera bizarre et pas professionnelle.
-Je vais très bien chers amis. Ne vous en fait pas. Enchantée, Mr Noutais.
Mon Dieu ! J'ai hâte que cette journée se termine.
#Coup d'un soir....ou pas ?
2 & 3
*Ouidah, Bénin*
*Emliss Rose Konan*
Depuis que j'ai vu Samuel, je suis perturbée. Moi d'habitude si professionnelle lors des shootings, je fais des erreurs de débutante. La maquilleuse a dû refaire trois fois mon maquillage tellement je transpire et je cligne des yeux. Cindy n'arrête pas de me lancer un regard interrogateur mais je suis complètement absorbée par mes pensées.
Je n'arrête pas de penser à ma relation avortée, à l'homme qui avait l'habitude de me regarder avec amour et de le comparer à ce mec aux airs de bad boy. Il n'est pas froid...loin de là. Il me traite juste comme une inconnue.
-Bon, ça suffit les amis. Je pense qu'on va faire une pause. Dit le Directeur artistique, un grand homme chauve et barbu
L'homme à la peau d'ébène se rapproche de moi et me dit :
-Je pense que vous avez besoin d'une pause Emliss Rose. Il y a ce coin vers le mémorial Zomachi où ils font des frites et du poisson de mer. Je vous invite.
Je soupire en me retenant de lui dire que j'avais l'habitude d'y aller avec Samuel.
Lorsque nous arrivons sur les lieux, rien n'a changé. La « cabane du pêcheur » est toujours le restau qu'il était jadis. Des murs roses sur lesquels sont représentés des poissons rouges, une barque et un pêcheur ; une représentation en miniature de la porte du non-retour, un plan de la route des esclaves au mur ainsi qu'une photo illustrant la diversité culturelle du Bénin. Je tourne la tête vers Samuel pour voir s'il est tout aussi ému que moi en redécouvrant le lieu où nous venions nous détendre il y a cinq ans mais non...il est absorbé par son téléphone. En colère contre moi-même, je me raisonne et décide de l'ignorer.
''C'est le photographe, Emliss Rose. Juste le photographe.'' Me répétai-je mentalement jusqu'à en être « convaincue ».
Le reste de la séance photo se déroule sans évènement particulier. Mes performances de la soirée sont meilleures que celles de la matinée. A la fin de la séance, le directeur artistique qui tente tant bien que mal depuis le déjeuner de me draguer, me couvre de compliments sur ma beauté et mon professionnalisme. Instinctivement, je cherche le moindre soupçon de jalousie dans le regard de Samuel mais il n'y a rien. Je finis par jeter l'éponge et par donner mon numéro privé à Mr Da Matha, le directeur artistique.
Au moment de partir, l'homme qui envahit mes pensées depuis ce matin daigne enfin me jeter un regard :
-Emliss Rose, tu peux venir une minute ?
Je regarde dans tous les sens pour m'assurer qu'il m'adresse bien la parole et bafouille un « bien sûr ». Lorsque j'arrive à sa hauteur, il me montre les photos prises pendant la séance.
-C'est magnifique. Tu as fait du bon boulot ! dis-je, excitée
-Mon appareil photo ne fait que retranscrire ce qu'il voit. Si le modèle est beau et dégage de l'assurance et du charisme, l'appareil fera ressortir ces qualités.
-Merci Samuel. Dis-je en baissant les yeux pour cacher mon sourire
-Une dernière chose Emliss Rose (c'est entre nous) : Nous sommes à la porte du non-retour vois-tu...
-Oui...Samuel. Ecoute, je suis...
-J'espère que tu as dit à Da Matha que tu avais une affection particulière pour les revirements inattendus en ce lieu. Non pas que cela me concerne directement mais je ne voudrais pas dépenser mon argent dûment gagné dans des cartons de mouchoir. Dit-il avec un sourire espiègle
-Samuel ! Dis-je, choquée
-Bonne soirée Emliss Rose. Rentre bien.
C'est sur cette note que nous nous séparons.
***
*La nuit tombée*
*Cotonou, Bénin*
*Florian*
Depuis la nuit dernière, je n'arrête pas de réfléchir à mon problème. J'ai signé ce pacte ridicule avec les gars mais j'ai du mal à me mettre dans la peau d'un soldat. Contrairement aux autres mecs de la bande, je n'ai pas été abandonné sans raison valable. Mon problème est bien réel. Puis-je en vouloir aux femmes de me quitter parce que je n'ai pas la bonne taille ?
Je parcoure des posts de guérisseurs du net lorsque quelqu'un me tape le bras :
-A quoi est-ce que tu penses Flo ? A cette histoire de taille ?
Je sors de mes pensées et répond à celui qui venait de s'asseoir à côté de moi :
-C'est dur, Carl. Ça joue sur ma confiance en moi.
-ça fait très meuf ce que je vais dire...Mais tu t'es vu Flo ? T'es le genre de mecs que les filles adorent. Grand, clair, musclé et sympa. Que demandez de plus ?
-Ce n'est que la façade de la maison. Derrière cette apparence se cache un secret honteux. Dis-je, tête baissée
-Tu parles comme si tu avais une maladie contagieuse. Oublie ça mec. Crois-moi, la bonne viendra. Et puis de toute façon, sois le briseur de cœur au lieu d'être la personne au cœur brisé. Apprend à jouer Flo. T'es trop coincé mec.
Nous sommes en pleine discussion quand les gars s'amènent avec un Samuel tout souriant.
-J'ai passé la meilleure journée de toute mon existence. Dit-il après avoir commandé une bière
-Raconte, vieux. Dit Carl
-Il est temps. Nous n'arrêtons pas de lui demander de cracher le morceau depuis tout à l'heure. Dit Serge
-Alors ? Dis-je, avec un regard interrogateur
-Vous vous souvenez de ma séance photo pour Blue Diamond ? Dit-il, mystérieux
-Celle que tu avais envie de zapper ? Dit Ian
-Celle-là même ! Elle était merveilleuse. Je ne pouvais pas rêver mieux. Dit-il
-Que s'est-il passé ? Tu t'es tapée le canon que t'a photographié ? Demanda Serge
-Non, mieux.
-Mieux ? Une partouze peut-être ? Tenta Serge
-Beurk ! Je ne fais pas des trucs pareils. Pitié Serge. Dit-il, dégoûté (moi aussi d'ailleurs)
-Mais tu vas lâcher la bombe ? Nous n'en pouvons plus Sam ! Dit Carl, à bout
-J'ai trouvé ma victime.
-Génial ! Dit Carl
-Parfait. Dit Ian
-Qui est l'heureuse élue ? Demande Carl
-Emliss Rose Konan. Répond-il
Serge pose automatiquement sa bouteille de bière tandis que nous autres fixons Sam avec étonnement et incompréhension.
-Je ne suis pas sûr de comprendre Sam. Tu vas te taper ton ex ? C'est bien ça ? Demande Serge
-Oui, les amis ! Vous auriez dû voir cette chère Emliss. Elle n'arrêtait pas de trembler et de se comporter comme une imbécile durant toute la séance. A la fin lorsque je l'ai appelé pour lui montrer mes prises, elle me fixait avec désir et espoir. Si je lui avais dit de rentrer à Cotonou avec moi, la pauvre aurait dit oui.
-Et toi, ça ne t'a rien fait de la revoir ? Demandai-je, inquiet
-Moi ? Absolument rien. C'était troublant au début mais pas plus. Je crois que je serai le premier à me venger les mecs. Emliss Rose est un don du ciel !
-Hum. Répondis-je
-Ne vous en faîtes pas. Je ne suis pas un de ces imbéciles amoureux. Je saurai jouer. Et vous ? Il y a du nouveau ?
Personne ne dit rien. Sam finit par reprendre la parole :
-Allez les mecs. Ne me dîtes pas que vous n'avez pu repérer personne !
-Tout le monde n'a pas ta chance, vieux ! Dit Carl
-Bof. Pas grave. Profitons de notre soirée. On s'en fout des nanas. Dit-il en donnant une tape à l'épaule à Carl
Il aborde le sujet d'un match de Champions League et ça part en rires, vannes et paris. Ennuyé, je finis par quitter la table avec ma bouteille de bière. Je m'installe au bar histoire d'observer le monde autour de moi lorsqu'une voix de fillette m'interpelle :
-T'es bien seul beau gosse. Besoin de compagnie ?
Je me masse les tempes et répond à l'intruse qui venait de s'installer en face de moi :
-C'est sympa de proposer mais...non. Je suis bien ici. Je voulais juste prendre un peu l'air.
-Prendre un peu l'air ? Il est plus agréable de le faire à deux. Dit-elle en se mordant la lèvre inférieure
-Parfois la solitude fait un bien fou. Dis-je sur un ton sec
-T'es sûr que tu ne veux pas aller ailleurs...prendre autrement l'air ? Dit-elle en me caressant la cuisse
Je dévisage à nouveau la jeune fille à la voix de gamine qui n'arrête pas de m'emmerder depuis tout à l'heure. Elle est petite, claire et menue. Elle a de grands yeux marrons et des lèvres pulpeuses roses. Elle porte une robe moulante et sexy noire avec des paillettes et des sandales à talons d'une vulgarité indescriptible. En dépit de cette apparence de pute des temps modernes, sa silhouette, sa voix et l'espèce d'innocence dans son regard suffisent à me convaincre que j'ai affaire à une gamine de 14 ans.
Je n'arrive pas à comprendre les gamines du 21ème siècle. Je dois bien la dépasser de trois têtes en étant assis. Mes bras et mes jambes musclées suffiraient à envoyer cette fille dans l'autre monde. J'ai un visage mi-angélique, mi-démoniaque (mais plus du côté démoniaque ce soir) et dans tout ce qu'il y a comme mec dans ce bar aujourd'hui, cette fille n'a pas trouvé mieux que MOI pour satisfaire ses caprices de prépubère en quête de sensations fortes.
D'ailleurs qui sont ses parents ? Qui laisse une gamine de 14 ans sortir de chez elle ainsi vêtue en début de semaine ? Je sais que les parents 2.0 sont particuliers mais à ce point ?
Je range ces pensées dans un coin de mon esprit et décide de me débarrasser de mon problème :
-Ecoute, petite. C'est bien gentil de me proposer tes services mais je n'ai ni le temps ni l'envie de m'envoyer en l'air ce soir. Et même si c'était le cas, je ne le ferai pas avec toi. Tu es encore très jeune tu sais. J'ai presque trente ans. Occupe-toi de tes cours et de tes poupées. Il est encore temps de revenir sur le droit chemin. Rentre chez toi. Dis-je en lui remettant un billet de dix mille francs avant de partir retrouver les mecs
***
-Qu'est-ce qui s'est passé ? Dit Carl, lorsque je rejoint le groupe
-Une gamine de 14 ans m'a fait des avances.
-Une quoi ? Wouuuuh les petites d'aujourd'hui n'ont plus froid aux yeux. Dit Sam
-J'te jure. Je me demande bien ce qui se passe dans la tête des filles. Elles perdent leur virginité à 13 ans et se transforment en pétasse à 14 ans. A 16-17 ans, elles prennent une grossesse et finissent soit par avorter soit par mettre au monde un gamin qui doit se coltiner une mère indigne. Ça cherche ensuite un riche sugar daddy et puis un beau jour, ça commence à jouer les femmes battantes sur les réseaux sociaux. Dit Ian
-Pretty privilege guy! Pretty privilege. Des femmes battantes mdr.
-Pourquoi tu ne te l'ai pas faite déjà ? Demande Serge
-T'as manqué la partie où je disais qu'elle avait 14 piges ? Pire, elle est si menue que je pourrais lui briser les os. Ce n'est même pas mon genre de meuf !
-Qu'est-ce que t'as fait gros. Tu pouvais te la faire et si ça dégénérait, tu nies. Tu nies jusqu'à ce que tu sois toi-même convaincu de ce que tu avances. Une meuf qui respire la fraîcheur s'offre à toi sur un plateau d'argent et toi, tu fais quoi ? T'es pas croyable, Flo.
-Tu pourrais coucher avec une fille de 14 ans ! Serge, tu n'as pas de morale ? De toute façon, je n'ai aucune envie de m'envoyer en l'air.
-C'est ça ! Reste là à faire le moine. J'espère que tu n'oublies pas le pacte. Dit-il, presque menaçant
-Je ne l'ai pas oublié...mais je ne vais pas briser le cœur d'une gamine de 14 ans. Dis-je avec fermeté
-Continue ainsi et tu vas toujours te faire bouffer tout cru par les nanas. Dit-il
-Dis celui qui a été cocufié par une lesbienne déguisée en hétéro. Lâchai-je
-Entre ça et la bite de minipousse, il n'y a pas photo je crois. Répondit-il du tac au tac
-Oh oh oh les gars. On se calme. Vous êtes trop tendus ce soir. Y a quoi même ? Dit Sam
-Tu recommences à parler nouchi. Emliss Rose dissémine déjà son venin dans ton cerveau. Dit Ian, moqueur
-L'expression est normalisée. Je m'en fous de Rose. Dit Sam, énervé
-Bof. Allez, venez on se fait une partie de cartes. Dit Carl pour détendre l'atmosphère
Nous hochons la tête et les esprits se calment peu à peu...enfin tous sauf le mien.
Ils disent que la taille ne compte pas mais voilà que pour quelques broutilles, mon pote me balance mon problème à la figure. Je me mêle à la partie de cartes sans grand entrain lorsqu'un silence pesant s'installe à la table.
-Quoi les mecs ? Demandai-je, perdu
-Regarde à l'entrée. Dit Carl, hébété
Je lève les yeux, pas sûr de comprendre puis repose mon regard sur Serge et Ian qui ont la bouche grande ouverte.
-Vous êtes sérieux là ? C'est à cause de deux nanas que vous êtes tous devenus stoïques ? Je doute qu'on s'en sorte de cette façon.
-Tu les as bien regardées, Flo ? Me dit Samuel
Je regarde à nouveau les filles en question mais...rien. Elles sont élancées, minces mais avec une silhouette en 8 et quelques formes mais je ne vois rien d'extraordinaire. La gamine de tout à l'heure était encore plus attirante que ces deux-là.
-Et donc ? Dis-je, à nouveau
***
*Serge Affolabi*
Il faut vraiment avoir des yeux en béton pour ne pas tomber sous le charme de ces deux naïades...surtout de la première. Elle a des jambes interminables et une peau aussi délicieuse que le lait. Le genre de silhouette que l'on ne voit qu'en Afrique orientale et australe et en prime le visage qui va avec. En plus elle a du style : short en jean, chemises blanches à la coupe unique, chapeau et talons aiguilles qui se marie avec sa pochette...Des images de cette fille dans mon antre
envahissent mon esprit. Je la prendrai d'abord contre la porte d'entrée de la maison. Je la prendrai ensuite sur le plan de travail de la cuisine puis sur la table à manger, dans mon lit et enfin au balcon. Purée, faut que j'y aille.
-Bon les mecs, il faut que j'y aille. Dis-je en me levant sans attendre une réponse
-Inh ? Dit Carl
-J'ai peut-être trouver mon diamant. Dis-je, confiant
J'ignore les commentaires des uns et des autres et me faufile rapidement entre les sièges du bar restau où nous sommes pour aller retrouver ma naïade. Je vois un autre idiot se diriger vers le lieu de mes fantasmes et redouble d'énergie. Il est hors de question qu'il foire mon plan. L'idiot qui est plus élancé que moi commence par marcher plus rapidement et me devance. Je me mets littéralement à courir dans la direction qu'à emprunter la fille avec sa pote. Une idée lumineuse jaillit dans mon esprit. J'hésite une seconde puis sors le lubrifiant et la capote qui trainent toujours dans ma poche (nul ne sait ni l'heure ni le moment).
Je déchire discrètement l'emballage du préservatif et le jette derrière moi avec le lubrifiant que j'ai pris le soin d'ouvrir et de renverser. J'accélère les pas et pars rejoindre mon obsession du moment.
-Mais c'est quoi ce truc ? Entendis-je derrière moi
Un petit sourire au coin des lèvres, je m'arrête devant la table des filles.
-Bonsoir, charmantes demoiselles. Vous auriez une petite place pour un damoiseau en manque de repères depuis que ses yeux se sont posés sur vous ? Dis-je en affichant mon sourire éclatant
L'amie (elle est belle mais j'ai crushé sur l'autre) répond :
-Humm. Asseyez-vous. En se mordant la lèvre inférieure
-What did he say, Annabelle? Dit ma naïade avec un fort accent nigérian
Elle me fixe avec dédain lorsque l'autre lui répète dans un anglais approximatif mes propos. Elle fait un geste de la main pour désigner le siège en face de moi.
Bon...ce n'est pas ce que je voulais mais bon...
-Alors, vous êtes en vacances au Bénin ? Dis-je en passant mon regard de la dénommée Annabelle à mon crush
-Moi je suis née et j'ai grandi ici. Je suis bénino-nigériane. Je m'appelle Annabelle Patinvoh. Ma cousine Amaka Dikeh est igbo du Nigéria. Et toi ?
Amaka Dikeh...Amaka...Ama...c'est beau.
-Ah d'accord Annabelle et Amaka. Les deux cousines.
Annabelle me lance un sourire étincelant tandis qu'Amaka me fixe avec un air glacial. Oo...kay.
-I'm Serge Affolabi. I'm hundred percent Beninese. I'm from Porto-Novo. (Je suis Serge Affolabi. Je suis 100 % béninois. Je suis de Porto-Novo).
-Hum. Please Annabelle, order a beer and some potatoes with chicken. I feel like this night will be long ooh. And you, why are you here? (S'il te plait Annabelle, commande une bière et du poulet. Je sens que la nuit sera longue. Et toi, pourquoi es-tu ici ?) Dit-elle en me fixant de nouveau avec froideur
-Amaka ! Dit la cousine en lui faisant les gros yeux
J'affiche un sourire gêné auquel la fameux Annabelle répond en me présentant à nouveau toute ses dents. Elle me touche le bras et dit :
-Excuse-là. Elle est un peu nerveuse ce soir.
Je vois ça. Ais-je envie de dire
-Alors, Serge...que fais-tu dans la vie ? Dit-elle en jouant avec une mèche de ses cheveux pendant qu'Amaka saisit je ne sais quoi sur son téléphone.
Eh merde...Je n'aime pas la tournure que prend cette soirée. Je risque de me retrouver avec la mauvaise fille dans mon lit. Elle est loin d'être laide cette Annabelle. C'est même un canon...mais je veux la Princesse de glace.
-Je suis expert-comptable dans un cabinet de la place. Répondis-je
-Waouh ! Expert-comptable ! Tes parents et ta femme doivent être très fiers de toi.
Ça y est. Elle a utilisé la tactique numéro 3 des filles : sous-entendre que l'homme est marié pour l'entendre confirmer (très rarement le cas) ou infirmer leurs propos. Ça coûte quoi de demander si on est célibataire ou marié ?
Anyway, je m'en fou. Il est temps que je sorte de ce merdier.
Je sors discrètement mon portable de ma poche et dit (en cherchant une chanson suffisamment débile pour faire office de sonnerie de téléphone dans Audiomack) (sous la table) :
-Bon les filles. J'aurais aimé passer plus de temps avec vous ce soir mais il y a mon boss qui appelle. Il doit y avoir une urgence au cabinet. Je vous laisse ma carte. Dis-je en sortant un billet de 5000 francs et deux exemplaires de ma carte de travail
Bon, ce n'est pas ce soir que je vais trouver ma victime. Je sors de l'endroit et trouve refuge dans ma voiture. Les mecs m'ont déjà assailli de messages. J'appelle Ian, mon frère de cœur :
Ian : Mais où es-tu passé ? Tu es sorti du restau comme si tu avais le feu aux fesses.
Moi (soupirant) : C'est peu dire ! Tu utilises toutes sortes de techniques pour aller parler à une meuf. Arrivé sur place, la nana te montre clairement qu'elle n'est pas intéressée et te traite avec une froideur alaskienne (elle est naija au passage. Imagine, vieux !). Le comble, sa cousine est en kiff total pour toi et te drague. T'aurais dû voir cette fille. Si je lui avais dit de me suivre, elle l'aurait fait.
Ian : Et pourquoi tu ne l'as pas fait Serge ? Elle aurait fait une bonne victime. En plus elle est très belle. Tu avais toutes les chances devant toi ce soir. T'aurais été le premier à accomplir la mission, vieux.
Moi (embêté) : Ouais mais c'est Amaka que je voulais. Tu me connais, je n'aime pas quand les choses sont simples.
Ian : Depuis quand le grand Serge Affolabi recule devant de la chair fraîche ! Ne me dis pas que tu en pinces pour cette Amaka.
Moi : Ne dis pas de conneries, Ian. Depuis ce que Laeticia m'a fait (mon ex adorée s'est révélée être une lesbienne ou une bisexuelle, je ne sais même pas), je ne suis plus dans ces histoires d'amour débiles...Je n'aime pas perdre Ian. Tu le sais mieux que quiconque.
Ian : Je le sais.
Moi : Et toi, t'a péché quelque chose ?
Ian : Peut-être. Il y a une fille sur Facebook avec qui j'ai des discussions banales depuis quelques mois. J'ai peut-être trouvé ma victime, chef.
Moi : Facebook, Ian ? Attention à toi. Tu pourrais tomber sur un dégénéré ou alors sur une fille qui a je ne sais quelle IST/MST.
Ian : Ne t'en fais pas, Serge. Je vais gérer.
Serge : Si tu le dis. En tout cas, sois prudent vieux...Bon, je pense que je vais rentrer. Cette Amaka m'a gavé. Présente mes excuses au reste de la bande.
Ian : T'inquiète, vieux. A demain.
Serge : A demain, Ian.
Je soupire dès que la communication est coupée et connecte mon portable à la radio. J'allume ma Playlist spéciale filles énervantes (Damso, Suspect 95, Naira Marley, Kiff no beat...) et sors de cet enfer.
Quand je me gare devant l'immeuble où j'habite, les lumières sont déjà éteintes. Je consulte ma montre : 00h. Je rassemble mes affaires et sors de la voiture. Lorsque j'arrive à mon étage, tout est calme. J'ouvre la porte et me dirige directement vers ma chambre. En une demi-heure, je me suis changé, douché et j'ai ouvert une bouteille de vin blanc que je déguste en finalisant la rédaction d'un rapport pour le travail.
Je suis qui je suis mais le travail c'est la vie. Depuis Laeticia, j'ai compris qu'il y avait trois choses qui en valait la peine dans ma vie : mes parents (ils sont chiants ces médecins avec leurs éternelles discussions sur la santé), mon travail (qui me permet de me rendre utile et de gagner de l'argent) et mes potes (surtout Ian avec qui j'ai grandi. Quand vos parents sont voisins, potes, médecins/ ambassadeurs, vous passez pas mal de temps ensemble).
Les femmes ? De vrais serpents. Tu leur fais confiance. Tu les respectes et leur témoignent de l'amour et elles te le rendent en monnaie de singe. Le pire dans tout ça c'est qu'elles passent leurs temps à jouer les victimes. L'homme est toujours le grand méchant loup de l'histoire. Des salopes comme ça !
Je me concentre sur ce que je fais quand on sonne à la porte. Je vérifie l'heure : 1h. Mais qui aurait l'idée de venir chez moi à cette heure ? Les mecs m'auraient prévenu avant et mes parents sont soit à l'hôpital soit sur une île déserte à s'échanger des mots doux. Je soupire et me dirige vers la porte que je fixe avec agacement : il me faut un judas. J'ouvre la porte, mon verre de vin à la main (on ne sait jamais) et quand j'ouvre, j'ai le choc de ma vie :
-Amaka.
Mais comment a-t-elle eu mon adresse déjà ?
-Are you going to let me here? (Vas-tu me laisser ici ?) My feet are hurting. Dit-elle en désignant ses pieds dans ses chaussures à talon
J'hésite un instant puis me décale et la laisse entrer. Quand la porte est fermée, elle la bloque et pose son sac sur la table à manger où sont installées mes affaires. Mille questions fusent dans ma tête lorsqu'elle me débarrasse de son verre.
-Too much work is not good for health. You need to relax, guy. Dit-elle en m'entourant de ses longs bras et en collant son corps contre le mien (Trop de travail n'est pas bon pour la santé. Tu as besoin de te détendre, mec)
Je n'ai pas compris un truc ???? Quelqu'un pourrait me l'expliquer ?
Je n'ai même pas le temps de protester que la meuf pose ses lèvres sur les miennes : douces. Elles sont douces.
D'accord, je vais peut-être mourir de la plus belle des manières ce soir.