Chapitre 1
Que se passe-t-il dans ma vie en ce moment ? Je ne sais pas. Je peux oser dire que je viens de vivre les pires semaines de ma vie.
Juste après mon bac, mon père a voulu que j'aille étudier aux USA. Il voulait que son fils soit dans la meilleure école au monde. Peu importe ce qu'il fallait payer il le payera. Il ne regardait pas à la dépense. Il voulait que j'aie la meilleure formation au monde parce qu'il désirait comme il le disait lui-même que son successeur soit à la hauteur. Le suis-je ? Le serais-je ?
Mon père était un homme que j'ose dire d'atypique malgré tout le respect que je lui dois, que son âme repose en paix. Parler d'être à la hauteur revient à être comme lui. Je ne serais jamais comme mon père. Il a bâti un empire à lui tout seul. Oui il travaillait dans une multinationale américaine mais étant quelqu'un qui détestait qu'on lui dise ce qu'il avait à faire, il a préféré faire un départ volontaire, récupérer ses droits, en faire un investissement et devenir son propre boss. Et bien sûr, l'argent appelle l'argent. Il a commencé par une entreprise, ensuite deux, puis trois et aujourd'hui le consortium Mar représente une grande multinationale composée de dizaines d'entreprises qui sont implantées dans les 4 coins du monde. Avec les fusions-acquisitions, mon père était dans tout. Quand je dis tout, je dis vraiment tout. Télécommunication, informatique, agroalimentaire, immobilier, aéronautique, édition... pour ne citer que quelques-uns. Il lui suffisait juste d'entendre parler d'une entreprise qui a besoin de se fructifier pour qu'il aille à son encontre. Tant que le projet était intéressant et que le secteur rentable il mettait son argent et l'entreprise devenait une nouvelle perle du collier Mar. Je doute qu'il ait une fois fait un choix qu'il a regretté. En tout cas je ne l'ai jamais entendu se plaindre d'avoir faire un mauvais investissement. Serais-je à la hauteur ? Combien de temps me faudra-t-il avant de faire ma première boulette ? Je ne suis pas mon père et cette situation m'angoisse fortement.
Le seul échec de mon père a été qu'il a dû sacrifier sa vie de famille. Une femme et un enfant, pas très sénégalais... Peut-être que c'est dû au fait que Dieu ne vous donne jamais tout. Il était très souvent absent. C'est évident il n'avait pas la gestion d'une entreprise dakaroise mais plutôt une multinationale. Et étant quelqu'un qui veut tout gérer lui-même il devait toujours se rendre sur place même quand il n'y avait pas de problèmes, juste pour vérifier qu'on était pas en train de le voler. Mon père était aussi un peu parano, je l'avoue.
L'autre chose remarquable dans sa vie était qu'il ne tombait jamais malade. Souvent je me suis demandé s'il n'était pas fait de fer et de ciment. Sauf que je l'avais sur estimé. Un jour pendant que j'étais à New-York oui mon père a eu assez confiance en moi pour faire de moi le directeur d'une société se trouvant là-bas juste après mon diplôme. Il voulait savoir ce que je valais, si je méritais sa confiance. J'avais ma propre autonomie et je prenais moi-même les décisions. Bien évidement il surveillait tout de très près. Attendant ma première bêtise pour me tirer les bretelles. Heureusement je ne lui ai jamais offert ce plaisir. Oui pendant que j'étais à New-York, j'ai reçu un appel de ma mère. Cette dernière ne pouvait pas formuler quelque chose de cohérent. Tout ce que j'ai pu retenir était que mon père avait fait une crise et qu'il était à la clinique. J'ai tout mis en suspend et je suis rentré au pays. Je n'ai pu arriver à la clinique que 24h après l'admission de mon père aux urgences de la clinique gérait par le médecin de la famille. Une fois sur les lieux, je me suis dirigé automatiquement dans le bureau du médecin où je trouvais ma mère ainsi que Fatou ma cousine qu'on lui a confiée depuis qu'elle est petite. Le médecin m'expliqua alors que mon père venait de faire une crise épileptique, qu'il avait une tumeur au cerveau maligne que la médecine avait beau être avancée, elle ne l'avait pas faite assez pour venir à bout du mal de mon père. Qu'ainsi qu'il était un condamné. Le pire était que mon père savait qu'il était malade et bien sûr, il a gardé son silence. Nous pensions tous qu'il allait bien alors qu'il était en train de passer ces derniers mois. Je n'étais pas très proche de mon père, en fait durant mon enfance et mon adolescence, nos conversations se limitaient à « Ton bulletin est sorti ? Quelle note tu as eue ? » Et quand j'ai intégré le monde professionnel, on ne parlait qu'affaire. Mais n'empêche j'aurais voulu être avec lui durant ses derniers semaines.
Mais bon, à quoi regretter ou se plaindre. Il est mort aujourd'hui et tout ce dont il a besoin ce sont des prières. Je suis déjà dans la voiture et j'attends ma mère pour qu'on aille voir qui mon père a laissé quoi.
Ma mère est arrivée, je la regarde, les yeux bouffis. Je la comprends il y a 15 jours encore, elle pensait que son mari était indestructible. Papa s'est vraiment caché de tous.
*******
Nous étions tous dans le bureau de l'avocat de mon défunt père attendant la lecture de son testament. Vous vous demandez surement ce que des musulmans font dans la lecture d'un testament. Pour faire court, mon père n'en a toujours eu que faire de la religion, c'est vrai qu'il a toujours respecté les 5 prières, aller à la mosquée et donner le zakat mais ça s'arrête là ; pour tout le reste il en faisait toujours qu'à sa tête. Je suis avec ma mère et nous regardons l'avocat qui déchire une enveloppe scellée. Il commence à lire après plusieurs blablablas, il vient à la partie qui m'intéresse.
-En tant que fils unique votre père a fait de vous son héritier universel.
-Evidemment... Répondis-je d'une façon assez hautaine.
-Mais il y a une clause... Dit l'avocat alors que je laisse échapper un rire nerveux même à 6 pieds sous terre, mon père s'arrange quand même pour me faire chier.
-Oui laquelle ?
-Votre père a mis une clause mariage pour que vous puissiez recevoir voir héritage.
-QUOI ? Mais comment ça ? Je ne vais pas me marier.
-Il a dit et je le cite « Avant de recevoir autant d'argent mon fils doit d'abord se stabiliser. Il doit se trouver une femme et devenir un homme responsable au lieu l'enfant qu'il est encore. »
Comme si un mariage pouvait me changer. J'ai 25 ans bordel. On se marie dans la trentaine. J'ai encore bien trop de choses à vivre pour me mettre la corde au cou et être avec une femme qui me fera chier nuit et jour. Il doit avoir un moyen de contourner ça.
-Il n'y a aucun moyen de contourner cela ?
-Non mais pourquoi ne pas respecter la dernière volonté de votre père. Un certificat de mariage et vous aurez tout ce qui vous revient de droit.
-Donc je me marie, je reçois mon héritage et après je divorce... Dis-je alors que ma mère me jette un regard noir. L'avocat se met à rire.
-Quoi ??? Lui demandai-je.
-Je vois que votre père vous connait.
-Comment ça ?
-A la clause mariage, il a mis une clause divorce... Dit l'avocat alors que j'écarquille les yeux.
-Quelle putain de clause ??? Dis-je énervé alors que ma mère me pince et ça fait super mal.
-En cas de divorce, votre femme a droit à 50% de vos biens. Je pense que c'est ce qu'il a trouvé pour vous obliger à bien faire votre choix et à rester marier.
Je fais un soupire et je me mets à secouer ma tête. Pour faire court, je suis pauvre parce que je dépendais exclusivement de mon père et après sa mort tout a été gelé. Pour recevoir mon argent je dois me marier, chose que je dois faire bien vite car je ne peux pas rester sans argent. Maintenant la question est où vais-je trouver une femme qui sera assez soumise pour me laisser faire ce que je veux parce que je ne compte pas renoncer à ma vie de célibataire et surtout qui sera assez cruche pour ne jamais savoir la quantité d'argent qui l'attend quand elle me quittera.
Bon Dieu, est-ce que cette femme existe ?
Sans dire au revoir, je quitte le bureau de l'avocat, suivi de près par ma mère nous regagnons la voiture.
Putain, je n'arrive pas à croire ce que mon père m'a fait et bien sûr, le cancer étant le genre de merde qui te tue à petits feux, il avait le temps de tout préparer avant son départ. Il a dit que je devais être un homme responsable, donc il était au courant de toutes mes frasques à New-York. Même si j'avoue que venant souvent au Sénégal, il pouvait aussi être mis au courant de ce que je faisais ici. Dama meuna yakk khaliss nak (Je gaspille trop l'argent.) Il a en aucun cas envie que j'éparpille tout mon héritage dans les boites et les hôtels. Mais n'empêche ceci est ma vie et je vais pas y renoncer simplement parce qu'il veut. A quoi ça sert d'avoir plus d'argent qu'on ne peut en dépenser si ce n'est pas pour faire des dépenses dérisoires. Je ne suis pas lui, malgré ses milliards il a toujours été un radin.
Je gare ma voiture à son endroit habituel et j'en sors accompagner de ma mère. Cette dernière s'est montrée très silencieuse pour ainsi dire. Je pensais qu'après l'annonce que je vais avoir droit à une liste de 10 potentielles femmes à marier. Ravi qu'elle ait compris que j'allais tout rejeter.
Toujours avec mon sale caractère, je passe devant les employés sans prendre la peine d'en saluer un seul et je me dirige dans ma chambre. Je dois faire les comptes de ce qui me restent car n'ayant plus de revenus, il faut que je me serre la ceinture. Je fais le tour de mes comptes bancaires personnels et là je ne fais que voir mon erreur. J'aurais dû épargner plus du vivant de mon père au lieu de dépenser tout ce qu'il me donnait. Y a même pas assez pour m'assurer mon carburant.
Pendant que je me demandais comment faire pour sortir de ce merdier, j'entends toquer à ma porte.
-ENTREZ... Dis avec une telle violence comme si mon mal était dû à mon interlocuteur.
Je vois une domestique devant moi qui grelotte. C'est vrai que j'ai mon caractère mais je ne mords pas.
-Quoi... Demandais-je avec plus de calme.
-Madame vous demande de la rejoindre dans sa chambre.
-Dis-lui que j'arrive... Après ma phrase, elle a tourné instantanément les talons.
Je ne sais pas ce que veut ma mère et avec ma curiosité légendaire, je ne perds pas de temps avant d'aller la voir. Après avoir toqué, elle m'invite à m'asseoir dans son mini salon. Je suis à côté d'elle.
-Que comptes-tu faire ??? Demande-t-elle.
-J'en sais rien.
-Ne me dis surtout pas que tu vas épouser cette Anta.
Je m'attendais à celle-là. En fait Anta ou Anita comme elle aime bien qu'on l'appelle est ma « petite amie », je mets des guillemets parce que je la considère plus comme une sexefriend qu'une copine. Mais elle est quand même la fille qu'on présente à ses amis et à sa famille. Ma mère ne l'a jamais appréciée. Je la comprends, quand je l'avais invitée à dîner avec mes parents elle a mis une robe qui dévoilait plus de peau qu'elle n'en cachait. Ma mère l'a trouvé trop vulgaire et elle n'a pas oublié de me signaler. Pour un peu revenir sur mon passé avec elle, je dirais qu'on s'est connu dans une boite de nuit à New-York. On s'est vu et après le légendaire « T'es Sénégalais ? Oui... Moi aussi ? » On a accroché sur l'instant voyant où cela nous mènera. J'ai pas signé de contrat donc je n'avais rien à perdre. Ça fait maintenant plusieurs mois depuis qu'on est ensemble. Elle est mannequin, le genre de fille grande taille en talon de 14cm elle me dépasse, très fine d'un teint marron très bien entretenu, elle a souvent des cachets internationaux et New-York est une de ses destinations préférées et à chaque fois elle logeait dans mon appartement. Malgré la distance on se voyait fréquemment car moi aussi je venais souvent à Dakar, j'ai tous mes amis et ma famille ici. New-York n'est que pour le business.
-A quoi tu penses, j'attends encore ta réponse ??? Dit ma mère pour que je revienne à elle.
-A rien. Mais t'en fais pas Anita est la dernière personne à laquelle je songerais pour un mariage... Répondis-je franchement car Anita est bien trop matérialiste pour devenir ma femme. Et surtout avec cette clause 50% elle me quittera dès qu'elle en entendra parler.
-Pourquoi tu n'épouserais pas Fatou ? je l'ai moi-même élevée et je sais qu'elle ne me décevra jamais.
La mort de mon père aurait-elle rendu ma mère folle ?
-Maman est-ce que t'as pensé à ce que tu as dit ? Dois-je te rappeler qu'avec Fatou on a grandi ensemble et que je la considère comme ma sœur. C'est dégueulasse.
-Ah... Ne le prends pas comme ça. C'était juste une proposition.
-Elle est mauvaise.
-Ah, j'avais oublié la fille de Maty est rentrée de France le mois passé. Tu sais elle y était pour les études et elle a eu son diplôme. Elle est très jolie. Que penses-tu d'elle ?
-Sa fille ? Laquelle ?
-Absa.
Pour faire court, ma mère veut que j'épouse une fille que j'ai mise nue sans la toucher. Et oui c'est bien ce que j'ai dit. Il y a 5 ans j'étais de retour pour les grandes vacances, j'étais sorti et quand je suis rentré je l'ai trouvé toute nue sur mon lit en train de m'attendre. Bien sûr qu'on la fait, je veux pas qu'on me traite de PD. Evidement je tairais cette raison.
-Non pas Absa. Je vais aller prendre l'air... Dis-je en me levant...Je sors, je reviens dans quelques heures.
Je refais le trajet inverse de toute à l'heure pour me diriger dans ma voiture. Cette journée ne s'est pas vraiment passée comme je l'espérais.
J'ai besoin de me changer les idées donc je vais directement à mon endroit préféré. Devant la plage assis sur le sable avant de me perdre au loin dans le néant.
****
Le lendemain avant de quitter la maison je vais aller voir ma mère elle est dans sa chambre. Je toque.
-Entrez.
-Bonjour.
-Bonjour mon fils. Tu as bien dormi.
-Oui bien maman. En fait je vais aller au siège voir ce qui s'y passe.
-D'accord. C'est bien.
Je quitte la maison dans ma voiture et comme d'habitude je n'ai salué personne.
Une fois dans le local, je me dirige dans ce qui était auparavant le bureau de mon père. Dans le couloir alors que je me dirige vers la porte, la secrétaire qui sortait du bureau me regarde comme si j'avais trois têtes.
-Quoi ??? Dis-je intrigué par son regard insistant.
-Monsieur Mar est en réunion et il a dit qu'il ne voulait pas être dérangé.
A moins que mon père soit revenu de sa tombe, de quoi est-ce qu'elle parle ? Quel monsieur Mar ?
-Qui ? Comment ?
-Oui, le frère de votre père.
-Comment se permet-il ?
-Monsieur, s'il vous plait...
Je la laisse pas terminer avant d'entrer dans le putain de bureau et de m'immiscer dans cette réunion dont personne n'a jugé utile de m'en parler. Je vois 6 paires d'yeux qui me scrutent.
-Idrissa mon fils, je croyais que tu étais rentré à New-York... Dit mon oncle en se levant. Il est sérieux lui. Je joue le jeu.
-Vu que j'habite ici, je doute que New-York et le verbe « rentrer » vont de paires en ce qui me concerne. Je peux savoir ce qui se passe ici ?
-Comme tu peux le constater, nous traitons le dossier BKS. Cette entreprise coûte beaucoup trop chère à la boite pour les revenus qu'elle procure. Nous voulons la dissoudre.
Franchement je n'ai aucune idée de ce que représente ce BKS. Je ne sais rien des entreprises Mar, je ne me préoccupais que de ma tour dorée à New-York. Mais vu que mon oncle veut la dissoudre, je vais être contre cela pour montrer que j'ai toujours un pouvoir de décision.
-Qui sont ces gens ??? Lui demandai-je.
-Ce sont les membres du conseil d'administration.
-Depuis quand Mar entreprises a un conseil d'administration ? Je pensais que mon père était contre tout ce qui était rendre des comptes.
-Oui il l'a été mais quand il a su pour sa maladie, il craignait ne plus pouvoir prendre de décisions assez lucides donc il a mis un conseil sur pieds.
-Je peux savoir pourquoi je n'ai pas été convié à cette réunion et pourquoi tu occupes le bureau de mon père ?
-Etant le vice-président de cette boite c'est normal que je prenne le relais.
-Relais de quoi ? Ceci me revient de droit et tu n'as rien à faire ici.
-Je peux te voir un instant... Dit-il en se déplaçant alors que je le suis, nous quittons le bureau pour nous mettre dans le couloir.
-J'ai appelé le gérant du testament de ton père et il m'a fait savoir ta situation. Ce qui fait que tant que tu ne te seras pas marié tu n'as droit à rien. Avec la mort de ton père Mar entreprises n'a plus de PDG et c'est ce qui fait que ce poste revient au vice-président. Tu veux prendre des décisions, rentre à New-York, cette société est à toi. Mais ici m'appartient jusqu'à preuve du contraire. Sur ça, au revoir... Dit-il avant de me quitter et ses paroles ont stagné dans l'air de ce couloir.
Mais pour qui se prend-t-il celui-là ? Papa qu'est-ce que tu m'as fait là ? Je sens que mes nerfs vont lâcher.
Avant de sortir j'entends quelqu'un crier mon nom, je tourne la tête pour voir Assane. Le fils d'un ami de mon père. On est copain depuis petit. Ayant les mêmes centres d'intérêts évidemment que notre amitié a perduré. Quand il a eu son diplôme mon père a fait de lui le directeur de son département des finances. Il n'a pas été major de sa promo mais mon père avait assez confiance en son sérieux et vu qu'il ne s'est jamais plaint, je me dis qu'il assure.
-Je suis sorti pour aller au département marketing et je te vois. Que fais-tu ici ?
-Je suis venu pour voir comment ça se passait mais là, j'aurais préféré éviter cela.
-Je vois que t'as vu ton oncle. Il a convié toute l'équipe ce matin à 8h. On a tous eu des mails hier soir, heureusement que je les regarde avant de me coucher. Il nous a réunis pour nous dire que c'était lui le nouveau PDG qu'il allait mettre sur pieds de nouvelles réformes. Et de par son statut, il a le droit de nous virer si on faillit. Je n'ai qu'une chose à te dire et s'il te plait, je ne sais pas ce qui s'est passé et pourquoi c'est lui qui est à la tête et pas toi mais arrange ça.
-Je vais le faire mais je crains que cela ne prenne plus de temps que 2 ou 3 jours.
-Comment ça ? Pourquoi c'est ton oncle qui gère et pas toi ?
-Parce que mon père n'a pas assez confiance en moi.
-Ne me dis pas qu'il a tout laissé à cet idiot.
-Non... Bien sûr que non. Je suis l'héritier universel mais pour avoir tout, je dois d'abord me marier.
-Marie-toi.
-Boy t'es sérieux là ?
-Oui. T'as une copine, épouse-la. Où est Anita ?
Lui il se fout de ma gueule je crois.
-J'épouserais jamais Anita. T'es malade ou quoi ?
-Ok désolé. J'ai fait mon égoïste sur ce coup-là. Je veux juste me débarrasser de mon nouveau boss avant qu'il ne se débarrasse de moi.
-En tout cas, t'as intérêt à faire gaffe. Lui et ton père ne se sont jamais bien entendu et je le crois capable de t'utiliser pour l'atteindre. Ne lui donne jamais quelque chose à te reprocher.
-Mais le mariage ?
-Si je pouvais je me marierais aujourd'hui juste pour remettre mon idiot d'oncle à sa place. Mais mon père me connaissait mieux que je ne pensais. Il a mis une clause divorce qui fait que 50% de tout reviendrait de droit à ma femme. Donc je dois faire attention de ne pas tomber sur une matérialiste... Je termine en mettant les yeux sur Azou qui me regarde bouche ouverte.
-Là c'est vrai qu'il a tout compliqué.
-Mais toi t'es en pause ou quoi ??? Je lui pose la question alors qu'il écarquille des yeux en regardant sa montre.
-Si jamais je me fais virer ce sera ta faute... Dit-il en s'éloignant de moi.
Moi je n'ai plus rien à faire ici. Je regagne ma voiture, je préfère passer chez Anita avant de rentrer à la maison.
Une fois à son appartement, je sonne et elle vient m'ouvrir, après la bise, elle m'invite à entrer. On s'installe dans le salon.
-Bébé, t'as une sale tête toi, ça va ?
-J'ai connu mieux.
-C'est évident. La mort de ton père reste récente.
Si seulement c'était que ça.
-Ça ira...Finis-je par dire après quelques secondes...Quoi de neuf ???Demandais-je pour changer de sujet. Je ne suis pas ici pour parler de mes problèmes d'autant plus que je ne veux en aucun cas qu'elle soit au courant.
-Je dois aller Milan la semaine prochaine...Dit-elle toute excitée.
-Pourquoi autant d'enthousiasme ? Ce sera pas ton premier cachet à Milan.
-Mon agent a fait les choses en grand, plus qu'un simple défilé je vais également faire un shooting photo pour le magazine Fashionista. Et oui parce que je suis fashion...Sourit-elle.
Sa dernière phrase me fait rire.
-Oui je confirme...Dis-je pour lui faire plaisir.
-Pourquoi tu ne viendrais pas avec moi ?
-Où ?
-A Milan.
-N'y pense même pas.
-Pourquoi ???Demande-t-elle d'une voix assez aiguë.
-Parce que j'ai des choses régler à Dakar et je ne peux pas bouger.
- Ça ne doit pas être si important puis que tu es venu me voir 13h.
Si seulement elle savait.
-Si ma visite te dérange je peux rentrer.
-Toujours aussi susceptible. Je disais ça pour rire. Tu sais bien que ça fait toujours plaisir de voir son boyfriend.
-Sérieusement j'ai des choses à régler avec l'héritage et tout. Peut-être après...
-Ok.
-Mais yow, les bonnes femmes sont toutes en cuisine en train de préparer le déjeuner alors que toi...
-Moi quoi ? Tu sais bien que je ne touche pas aux fourneaux. Je vais passer une commande pour qu'on nous livre quelque chose...Dit-elle en se levant.
Je sens que cette visite va me coûter plus chère que ce que je pensais.
******
Une putain de semaine s'est passée depuis que cette obligation de mariage pèse sur mon dos. Le pire est que je suis tellement pauvre que j'ai été obligé de faire un prêt à la banque en hypothéquant ma voiture qui est le seul bien que je possède. Je peux tout faire sauf rester sans argent.
Ma mère continue avec ses propositions et le pire est que j'ai couché avec la moitié des noms qu'elle me donne. Je tais toujours cette raison. Je ne suis pas le type archaïque qui pense que la virginité d'une femme fait d'elle une épouse modèle, non loin de là mais les filles qu'elles me proposent sont trop libertines. Et je ne veux pas d'une femme qui a couché avec la moitié de la jet-set. Dakar est petit et tout se sait. Si j'étais sûr qu'Anita m'aime comme elle le dit et qu'elle serait avec moi si je n'avais plus rien, je l'aurais épousée. Mais aussi sûr que je m'appelle Idrissa Mar, cette fille ne s'est mise avec moi que parce qu'elle a entendu parler de la fortune de mon père.
Je vais voir Anita histoire de me défouler un peu et oublier la vie merdique que je suis en train de mener. Je prends mon portable pour prévenir Anita avant de sortir de la maison. Je suis dans la salle à manger confortablement assis attendant qu'on me serve mon déjeuner.
Une fille entre avec le plateau et je vois que c'est une nouvelle tête. Maman engage une nouvelle domestique alors qu'on est à la dèche. Dois-je lui rappeler que tout est gelé jusqu'à mon mariage ? Qui d'après ce que je vois n'est pas pour demain.
Oh la petite conne a mal posé le plateau et du coup tout s'est déversé sur moi. Retenez-moi j'ai des envies de meurtres.
Chapitre 2
Je m'appelle Mariama Woppa Diallo. Un deuxième prénom hors du commun n'est-ce pas ? Pour la plupart je sais déjà que c'est la première fois que vous voyez ce prénom. Je remercie mon père d'en avoir fait le deuxième si c'était le seul et l'unique, j'aurais été plus assujettie aux moqueries des autres enfants. Je ne l'ai pas eu par hasard. Mon nom signifie en peul « abandonné ». C'est un prénom qui est choisi pour conjurer le sort. C'est une ruse consistant à faire comme si on ne voulait pas de l'enfant et ainsi lui accorder une longévité. A ma naissance, ma mère avait déjà faite 2 fausses couches. Ils pensaient que le mauvais œil s'étaient rabattu sur eux donc quand je suis née ils ont cherché à contourner cela. A la maison j'étais toujours Woppa mais dehors je pouvais être Mariama, juste Mariama.
Naître au Sénégal ne fait pas de toi une sénégalaise. Je me suis toujours sentie exilée et rejetée par cette société qui n'a jamais hésité à me rappeler qu'en tant que fille de ndringue, ndringue j'étais. Le terme ndringue étant péjoratif, je n'ai jamais aimé qu'on m'appelle comme ça. Mais vous savez mieux que moi que dans cette vie mieux vaut taire ce qu'on ne veut pas car les gens aiment bien retourner le couteau dans la plaie. Ils aiment blesser leur prochain. Reste à savoir pourquoi tant de méchanceté.
Comme tout le monde sinon la plupart des gens, j'ai toujours été fière de mes origines. Même si je n'ai jamais passé une année entière en Guinée, guinéenne j'étais et je n'ai jamais hésité à le dire à qui voulait l'entendre. A part cet épisode vécu là-bas auquel je pourrais donner ma vie juste pour l'effacer, j'ai toujours aimé mes séjours dans le village natal de mes parents. J'étais avec mes grands-parents et je tenais beaucoup à eux.
Nous vivions dans un quartier populeux en banlieue dakaroise et mon père tenait une boutique comme beaucoup d'autres immigrés guinéens. La boutique marchait bien ou du moins c'est ce que j'ai toujours cru mais mon père étant l'ainé il avait la charge de la famille en Guinée et devait leur envoyer toujours beaucoup d'argent. De ce fait malgré, les bénéfices qu'il pouvait tirer de son commerce, il ne pouvait louer que deux pièces : une pour la boutique et une autre qui fait office de chambre. Nous dormions tous dans ces 2 pièces. Quand je dis tous, je parle de moi, mon frère, mes parents et 2 des frères et un cousin de mon père qui eux aussi avait migré au Sénégal. Mes deux oncles et leur cousin tenaient chacun un commerce de fruits au marché et souvent ils aidaient mon père dans la bonne marche de sa boutique. Au début, ils travaillaient exclusivement dans la boutique mais après ils ont voulu monter leur propre affaire.
Quant à ma mère, elle était lingère. Son travail consistait à laver et repasser les habits de différentes dames du quartier qui étaient sans doute très fainéantes pour le faire elles-mêmes. Je n'aime pas faire la lessive mais ma mère a toujours dit qu'elle l'a toujours fait pour sa famille en Guinée donc si elle peut le faire à Dakar et être payée pour ça, tant mieux. Et même ce n'est pas un travail quotidien. Ma mère faisait maximum deux foyers par semaine et pouvait se reposer le reste du temps. J'aidais toujours ma mère dans ses tâches même si à l'époque étant petite, je lui étais pas de grande utilité mais je pouvais quand même faire les commissions.
Notre maison était non loin de l'école primaire du quartier. Mon père tenait qu'on se réveille tous très tôt le matin. Il disait qu'il n'avait pas à élever un paresseux. Mon quotidien consistait à me mettre chaque matin devant la grande porte et regarder ainsi tous ces enfants vivre la vie que je n'aurais jamais. En effet, pour mes parents surtout mon père et mes grands-parents qui aussi avaient le pouvoir de décision sur leurs petits-enfants, l'école française menait à la perversité. Qu'un musulman devait juste se contenter de l'école coranique. Je suis allée à l'école coranique du coin mais j'y ai juste fait quelque temps.
Le plus grand regret de ma vie sera toujours ça, de n'avoir pas eu la possibilité d'avoir cette vie-là. A chaque fois que je me trouvais devant l'école et que je regardais les autres enfants entrer et sortir, je ressentais un pincement dans le cœur. Je voulais cette vie-là.
Un jour quelque chose que je considérais comme une lumière dans l'obscurité s'était présentée à moi. J'avais quelque chose que je pensais avoir perdu : l'espoir. Un jour, ma mère devait faire la lessive de la femme d'un des instituteurs de l'école qui habite dans notre quartier. Quand le monsieur est descendu du travail, il est venu trouver ma mère qui vaquait à ses occupations et moi qui la regardais faire. Il a lui a demandé pourquoi je n'allais pas à l'école et qu'il avait remarqué que j'aimais me mettre devant la porte de l'établissement, que mon envie de les rejoindre était plus que flagrant. Ma mère lui expliquait les raisons déjà évoquées. Il lui répondait que c'était à la limite du stupide et que l'école française ne pouvait faire de personne ce qu'elle n'était pas déjà. J'avais 7 ans mais je me souviens encore des détails de cette conversation comme si c'était hier. Quand il expliquait à ma mère les bienfaits de l'école, mes yeux pétillaient tellement que j'étais heureuse, étant instituteur c'était aussi normal qu'il fasse l'apanage de son gagne-pain. Ayant une classe de CI, qu'il s'occupera lui-même de moi, je serais dans sa classe. Mais hélas mon bonheur fut de courte durée. Dès qu'il a évoqué le nom de mon père, je savais que c'était perdu d'avance. Je n'entretenais pas une grande relation avec mon père, je ne voulais pas m'attirer ses foudres alors j'ai toujours préféré me tenir à l'écart. On ne se voyait qu'au tour du bol. Mon frère et moi, les seuls enfants mangions doucement et calmement prenant garde à ne jamais faire tomber une miette car on savait que l'addition allait être salée si on passait outre les prérogatives déjà citées par mon père qui disait clairement qu'on reconnaissait la bonne éducation d'un enfant par comment il tenait quand il mangeait. On avait l'obligation de montrer qu'on était bien élevé.
Comme je le savais l'instituteur était allée parler avec mon père au sujet de mon cas non celui de mon frère, il était encore trop jeune. Oui il a fait le déplacement juste pour moi. Mon père lui a répondu un non catégorique. J'ai pleuré, reste à savoir pourquoi car je savais qu'il allait dire non.
J'ai fini par me faire une raison. Ceci était une vie que je ne connaitrais jamais. Je pouvais déjà planifier mon avenir, le même sort que ma mère ou d'autres guinéennes. Me marier un jour avec un homme choisi par mes parents et finir vendeuse ou ménagère à Dakar. A moins que l'homme en question préfère que je retourne en Guinée, c'est la vie de ma mère qui m'attendait.
Je n'ai jamais eu un seul cours de français mais je traînais souvent avec les autres enfants de mon quartier. Quand ils révisaient leurs cours, je l'ai regardé faire. Je les entendais s'exprimer dans cette langue que je trouvais merveilleuse. C'était dû je pense au fait que je ne la comprenais pas. Ma copine Safietou qu'on appelait Safi m'a appris quelques bases. Mais comprendre le français sans aller à l'école était une mission impossible d'autant plus qu'au Sénégal tout le monde s'exprime en wolof. Je parle couramment le wolof et le peul mais pour le français je devais me contenter que des basiques qui m'ont été enseignées par Safi.
Du haut de mes 15 ans, l'état de ma mère s'est dégradé. Elle a commencé à avoir des problèmes de santé. Personne ne sait d'où ça mais si on pense que son travail de lingère y joue un rôle vient mais on sait tous où ça va si on ne faisait pas attention. Elle avait besoin d'énormément de repos et j'étais assez âgée pour avoir un travail à moi. Mes oncles m'ont aidé et je suis devenue vendeuse de fruit dans un CEM qui se trouvait un peu plus loin de notre quartier. Mon quotidien continuait mais différemment que quand j'étais petite maintenant je ne me mettais plus devant la porte pour regarder les élèves, je peux le faire dans la cour et voir ainsi une vie que je regretterais toujours.
Je pouvais prendre un car rapide et payer 50frs pour m'y rendre mais mon père disait que ce n'était que de la fainéantise que je pouvais marcher pour y aller. Les 100frs mis bout à bout représentaient beaucoup d'argent et que je ne devais pas la gaspiller. Je devais être sur place avant la récréation de 10h et rester jusqu'après la pause de 12h à 13h. Safi était dans ce collège et souvent si elle ne trainait pas avec ses camarades de classe venait s'asseoir à côté de moi et on discutait. Ça me faisait beaucoup plaisir d'avoir un peu de compagnie. Ma vie n'était plus aussi déprimante qu'elle en avait l'air. Je regardais ces enfants vivre cette vie que je n'aurais jamais. J'avoue avoir toujours été jalouse d'eux.
Safi me disait un jour alors qu'on était chez elle un après-midi de samedi, elle était à l'université et ne rentrait que les week-ends. Elle disait que j'avais beaucoup de chance que chez les peuls, elle aimait beaucoup faire des catégorisations, l'âge du mariage était toujours très avancé. Que c'était rare de voir une peul qui avait atteint ses 19 ans mais était toujours célibataire. Je riais à sa remarque car 3 ans auparavant mon père voulait que j'épouse un de mes cousins. J'ai refusé prétextant l'état de santé de ma mère qui avait besoin de son unique fille à ses côté pour s'occuper de ses tâches ménagères et de son commerce. Heureusement mon père n'avait pas insisté. Mon argument était de taille et il savait que maman ne pouvait pas faire grand-chose et que cette maison avait besoin de moi. Safi n'était pas au courant de ce détail et je préférais ne pas lui en parler.
Ce que je ne savais pas à l'époque était que mon argument ne pouvait pas durer éternellement et que tôt ou tard j'allais sortir de cette maison, laissant une maman malade qui avait besoin de sa fille. Et oui, un an plus tard mon père prenait une deuxième épouse. Ce mariage fut le commencement de tous mes maux. Déjà qu'elle était une divorcée et elle est venu avec une fille de 7 ans très mal élevée. J'en voulais beaucoup à mon père d'avoir pris cette deuxième épouse, maman était malade et avait besoin du soutien de son mari. Et après il a accepté à la fille de cette étrangère ce qu'il m'a refusé moi, à savoir d'aller à l'école. J'étais très en colère contre lui.
Un jour j'étais chez ma Safi, avec Bineta une autre copine. Safi nous parlait de son petit copain étudiant. Moi je fuyais les garçons comme la peste. Je prenais mes jambes à mon cou à chaque fois qu'un d'entre eux m'interceptait dans la rue. J'avais pas envie que d'être battue simplement parce que l'un de mes oncles ou mon père lui-même m'avait croisé dehors en train de parler à l'un d'eux. Je savais ce qui m'attendait et je préférais ne pas tenter le diable. Alors qu'on discutait ou plutôt les deux discutaient moi je ne faisais qu'écouter, la fille de ma belle-mère, Assietou venait me voir et me demander de répondre à mon père. Les parents de Safi louaient le même bâtiment que nous donc je ne mettais pas trop de temps avant d'accéder à la chambre où je voyais mes parents assis sur le lit et deux hommes assez âgés sur les chaises que mon père a dû emprunter aux voisins. Après avoir salué les invités, j'ai rejoint mes parents sur le lit attendant ce qu'ils avaient à me dire. C'est mon père qui a commencé.
-Woppa comme tu le sais tu n'es plus une petite fille. On en avait parlé il y a quelques années de cela et tu avais dit et j'étais d'accord avec ça que ta mère et cette maison avait besoin de toi. Aujourd'hui ta tante Aminata est là, ce qui fait que ta présence dans cette maison n'est plus indispensable. Je t'ai appelé pour te dire que ces monsieurs sont venus pour demander ta main.
Là je me disais, lequel des deux c'était mais peu importe il était tous les deux trop vieux et je ne voulais pas d'un mari qui avait l'âge de mon père. Mais je me calmais pensant à la possibilité que ça soit pour un de leurs fils et pas pour un des deux.
Vu que je ne disais rien, mon père continuait.
-Monsieur Korka que tu vois ici (Montrant un des hommes du doigt) est un grand commerçant. Il est très respecté en Guinée. Ce sera un honneur pour toi de devenir sa troisième épouse et de vivre dans sa maison.
Là tous mes espoirs se sont dissipés. J'allais me marier avec un vieux. Je commençais à regretter la proposition de mon père il y a 4 ans. J'aurais dû épouser mon cousin. Oh mon Dieu, que vais-je devenir ?
Je continuais toujours dans mon mutisme. Je voulais parler mais aucun son ne voulait sortir de ma bouche. Je devais me rendre à l'évidence ma vie était foutue.
Après des échanges entre mon père et celui qui allait être mon futur mari en ce qui concerne la dote entre autres, une somme importante là je compris que mon père voulait me vendre comme les vulgaires marchandises qui sont dans sa boutique. Les invités décidèrent de prendre congé juste avant que je ne sorte pour rejoindre Safi en pleurs dans sa chambre. Elle me regarde intriguée alors que je prends place.
-Je vais me marier Safi.
-Il fallait s'y attendre. Ton père au moins t'as laissé atteindre tes 20 ans, beaucoup se marient en étant bien plus jeune que ça.
-Mon problème, ce n'est pas le mariage. J'ai toujours su que j'allais me marier tôt ou tard mais pas avec un vieux... Disais-je en reniflant.
-Avec un vieux ? Pourquoi ton père veut-il te donner en mariage à un vieux ?
-Parce qu'il a beaucoup d'argent.
-Argent ? Non ton père ne peut pas te faire ça.
-Si il le peut et le pire et que je vais rejoindre sa maison en Guinée et que je serais sa troisième femme. Je suis sûre qu'il a des enfants plus âgés que moi et que ses premières épouses sont aussi âgées que ma mère. Ma vie là-bas ne sera jamais facile, d'autant plus que je serais loin de tout ce que j'ai toujours connu.
-Ne le laisse pas faire Mariama. C'est toi qui va te marier pas ton père. Ce sera ta vie pas la sienne. Tu ne peux pas être destinée à être malheureuse toute ta vie. Vas voir ton père et dis-lui ce que tu penses.
Là je pris peur. Je sais déjà que je vais avoir droit aux coups et je n'en voulais pas. Mais les coups que j'allais recevoir ce soir ne valaient-ils pas moins que le calvaire qui m'attendait à Conakry chez ce vieux. Safi avait raison et je devais affronter mon père.
-Oui tu as raison... Lui disais-je avant de quitter sa chambre.
Je suis allée voir mon père et je lui ai révélé le fond de ma pensée. La morsure de la ceinture sur ma peau ne se faisait pas attendre. J'avais pris cher ce jour-là. Il ne m'a vraiment pas fait de cadeau. J'avais vu mon père battre ma mère tellement de fois que je savais que c'était ce qui m'attendait chez mon futur époux alors je devais résister et rester sur ma position. A chaque fois que mon père me demandait si j'étais d'accord maintenant je disais non et les coups se faisaient retentir. J'avais peur d'une chose que la morsure de la ceinture ce jour-là, laissent des marques indélébiles sur ma peau claire.
Face à la tête de mule que j'étais mon père en a eu marre il est sorti me laissant toute seule accroupie dans un coin de la chambre. Ma mère est venue pour me faire entendre raison. Mais ces paroles ne pouvaient pas réussir, là où la morsure de la ceinture avait échoué je ne voulais pas de ce mariage. Mais jamais je ne pouvais m'attendre à ce qui s'est passé quelques heures plus tard. J'ai vu mon père prendre toutes mes affaires et les faire sortir de la maison comme si j'étais un mal propre. Après il m'a traînée par les cheveux et m'a mise dehors.
Je ne savais pas où aller je ne connaissais personne. Mais comme un éclat de lumière, Safi sortait de la maison et prenait mes bagages pour les mettre dans sa chambre. Je rendais grâce au ciel que ça soit les vacances et qu'elle ne soit pas à l'université car sinon je savais déjà que j'allais dormir dans la rue sans rien.
Les traces laissaient par la ceinture me faisaient excessivement mal. Et j'avais autant de mal à m'asseoir que de me coucher. La mère de Safi venait nous rejoindre et sa fille lui expliquait mon cas mais évidemment je ne pouvais pas rester là-bas. Safi n'avait pas sa chambre à elle toute seule et ses parents n'étaient pas assez riches pour avoir une bouche de plus à nourrir. Sa mère est allée parler à mon père et ce dernier était catégorique. Il m'a traitée de vagabonde et que sous son toit ne pouvait pas vivre une fille de cette espèce. Toutefois ses parents avaient un grand cœur et savait que j'allais dormir dehors si eux aussi me chassait à leur tour alors je suis restée chez elle, le temps qu'une solution se présente à nous.
La mère de Safi connaissait beaucoup de monde et je rendais grâce à Dieu pour ça. Durant un tour avec ses amies, elle m'a amenée avec elle et a parlé de mon cas voulant savoir si l'une d'entre elles n'avait pas besoin d'une domestique qui bien sûr allait passer la nuit dans son domicile de travail. Aucune d'elles n'en a avait besoin mais la fille d'une des femmes travaillait dans une maison dans un quartier huppé de Dakar et que la maîtresse de maison prenait souvent des domestiques. Qu'elle pouvait m'y amener le lendemain pour voir si elle avait quelque chose pour moi. Là je ne pouvais que commencer mes prières dans la mesure où je me sentais vraiment de trop chez Safi. Ils sont vraiment gentils mais je savais qu'ils avaient besoin de leur espace et que je les encombrais.
Le lendemain, tata Diarry m'amenait comme prévu dans la maison où travaillait sa fille. Il nous a fallu prendre 2 cars et marchaient pas mal de temps car seuls les taxis passaient par là-bas et bien sûr c'était un luxe que ni moi ni tata Diarry ne pouvions nous payer. Sur le chemin je n'arrêtais pas de regarder la bouche grandement ouverte. Je ne savais pas que Dakar avait de telles maisons. Je n'étais pas entrée pas je pouvais m'imaginer de là qu'elles étaient immenses. Nous arrivons devant la porte d'une maison et je vois tata Diarry s'arrêtait pour sonner. Ça devait être là. Un homme venait nous ouvrir, il avait l'air très fâché et tata Diarry après avoir salué, demander après sa fille. L'homme nous demandait d'entrer. J'avais l'impression d'être dans un champ, cet endroit est juste immense.
-Tu regardes le jardin... Me disait tata Diarry sans doute interpellée par mon ébahissement.
-C'est très grand.
-Attends d'entrer à l'intérieur c'est bien plus beau. Ils ont vraiment beaucoup d'argent... Dit-elle en m'invitant à m'asseoir. Il y avait une table et des chaises qui l'entouraient. Il y avait un parasol qui protégeait ceux qui étaient assis du soleil. Il y en avait d'autres aussi.
-Oui ça se voit.
Après quelques minutes d'attentes, la fille de tata Diarry venait. Elle se présentait, Rama était son prénom.
Tata Diarry lui parlait de mon cas et demandait après sa patronne. Heureusement pour moi elle était là donc si toutefois elle me refusait je n'avais pas besoin de revenir pour rien.
Rama était assez sceptique car elle disait que le personnel était au complet et qu'elle doutait que sa patronne me prenne mais qu'on pouvait quand même essayer.
Après plusieurs minutes d'attente, Rama était de retour et elle me demandait d'aller rejoindre sa patronne dans une pièce du bas. Bien sûr je la regardais avec des yeux de chiens battus pour qu'elle ait pitié de moi et qu'elle m'amène dans la pièce en question vu que je ne savais rien dans cette maison.
Mon regard était suffisant pour qu'elle comprenne que j'étais terrifiée alors elle me demandait de l'accompagner.
Tata Diarry avait raison. Le jardin n'est que de la poudre aux yeux face à l'intérieur de la maison.
-Evite juste de gober une mouche... Plaisantait Rama alors que je fermais la bouche instantanément.
Elle m'invite dans quelque chose qui ressemblait à un salon. En tout cas c'était décoré comme tel.
-Assis-toi, elle va bientôt arriver. Elle te demandera si tu as déjà travaillé pour quelqu'un. Dis-lui, oui. Elle ne prend que des expérimentés.
-Qu'est-ce que je vais lui dire ?
-Dis-lui que tu as travaillé chez une famille et qu'ils ont déménagé à l'intérieur du pays, que c'est pour c'est pour ça que tu as dû arrêter. Crée-toi de l'expérience sinon elle ne va pas te prendre. Ils payent très bien et je doute que tu puisses avoir mieux ailleurs...Disait Rama avant de me laisser toute seule dans cette pièce qui était à elle seule plus grande que les 2 pièces que mon père louait.
Je regardais au tour de moi et je me demandais si je pouvais travailler dans une telle maison. J'ai toujours été très maladroite. Ma maladresse m'a coûté cher bien des fois. J'avais peur de casser un truc hors de prix et de devoir travailler durant des mois pour le rembourser. Je voulais ce travail mais parallèlement j'avais peur de le regretter.
Peu de temps après, une dame très belle et très élégante se présenter à moi.
-Je suis Seynabou Ndiaye Mar...Disait-elle en me tendant la main.
-Mariama Diallo... Disais-je d'un son à peine audible, intimidée par celle que j'avais en face.
-Rama m'a dit que tu cherchais un travail. J'aurais besoin de quelqu'un mais à la fin du mois donc la semaine prochaine. Une de mes domestiques m'a fait savoir qu'elle se mariait et qu'elle finissait ce mois-ci. Tu as déjà travaillé pour quelqu'un ?
Avant de répondre par la négation, je repensais à ce que Rama me disait. Donc je prenais mon courage à deux mains et me lancer dans un baratin incroyable. Je ne sais même où ces idées me sont venues. Je ne pouvais plus rester chez Safi et je ne devais pas laisser cette opportunité m'échappait.
-Rama est quelqu'un de bien et très travailleuse. Puis que vous êtes amies, je crois que vous devez vous ressemblez. La semaine prochaine, tu peux venir t'installer et faire ta semaine d'essai. Si ça me suffit, ce travail sera à toi.
Je répondais par un hochement de tête avant qu'elle me dise que je pouvais disposer.
Je rejoignais Rama et tata Diarry dans le jardin et je les expliquais à la lettre la conversation que j'ai partagé avec madame Seynabou. Rama me faisait savoir que tous les employés sont passés par cette semaine d'essai et que vu que je n'avais pas trop de choses à faire, je ne pouvais pas faire de bêtises.
-J'espère bien...Lui répondais-je avant que tata Diarry et moi nous ne quittions la maison pour rejoindre nos maisons respectives. J'avais placé beaucoup d'espoir dans cette maison. Je devais quitter chez Safi et je les ai vu très emballés quand j'ai parlé de la possibilité d'avoir ce travail. Oui comme je le pensais j'étais de trop et même s'ils ne me le signalaient pas. Je pouvais m'en apercevoir.
J'étais chez Safi et je pouvais toujours aller voir ma mère ou c'est elle qui venait me voir car papa ne devait pas me trouver sur ses lieux et c'était moins risqué quand c'est elle qui venait. Je lui avais parlé de cette possibilité de travail et elle a beaucoup prié pour moi laissant échapper quelques larmes pendant que je la suivais aussi. Toute ma vie, je n'ai connu que çà et là je devais me diriger vers de nouveaux horizons. J'avais le tract et c'était un euphémisme.
La semaine s'était écoulée lentement. J'avais peur de braver l'inconnu mais la gêne que je ressentais dans cette maison dissiper toute mon anxiété.
Aujourd'hui, je peux enfin quitter la maison des Beye et me rendre sur mon lieu de travail espérant n'en ressortir que pour le mariage. Oui maintenant que mon père m'a reniée, j'ai mon destin en main et je peux ainsi me marier avec qui je veux. Ma situation est déplorable mais n'a pas que de mauvais côtés.
Je suis devant la maison, mon sac de 2000frs au marché hebdomadaire en main. La maman de Safi m'avait fait ce cadeau, vu que je ne pouvais pas transporter mes affaires dans divers sachets. Je sonne et le gars qui est toujours fâché m'ouvre la porte. Ça lui arrive de sourire lui ? Je le salue et il se donne même pas la peine de me répondre mais ça ne fait rien. On n'est pas ami. Je dois aller trouver Rama mais je ne sais pas où la chercher. Cette maison est gigantesque. Je vois une fille qui balaie les feuilles mortes, je vais jusqu'à elle.
-Bonjour, je suis Mariama.
-Oui, la nouvelle. Rama nous a parlé de toi. Je suis Codou.
-D'accord, où est-elle ?
-Elle doit être dans notre chambre.
-Où c'est ?
Elle m'explique le chemin que je devais emprunter. Je suis ses directives à la lettre pour accéder à la chambre. Une fois devant je toque.
« Entrez » Pouvais-je entendre depuis l'intérieur.
J'entre et je trouve Rama faisant les lits. C'est une grande chambre avec 3 petits lits dedans mais aussi des commodes et des armoires.
-Bonjour...Dit-elle avant de venir prendre mon sac de mes mains.
-Bonjour.
-Ici c'est notre chambre. On l'occupera toi, moi et Codou. Chacune a son lit.
-D'accord.
Un lit à moi toute seule, j'y croyais à peine. Je dois me retenir pour me retenir pour ne pas sautiller de joie.
-Puis que tu as pris la place de Khoudia, tu vas occuper le lit qu'elle avait c'est celui qui est au fond.
-D'accord... Répondis-je alors que franchement tant que c'était un lit pour moi, je ne pouvais pas me préoccuper de son emplacement.
-Tu peux ranger tes affaires après je vais t'expliquer en quoi consistait le travail de Khoudia. J'ai déposé ton uniforme sur le lit.
Je me souviens quelque chose me tracassait.
-Comment se passe la période d'essai ?
-Tu sais la patronne n'a pas le temps de te surveiller. Au terme de ta semaine, elle appelle tous les employés pour leur demander ce qu'ils pensent de toi. Ils sont tous très gentils, arrange-toi juste pour bien t'entendre avec tout le monde et ça ira.
-D'accord.
-Peut-être que ce qui ira moins sera le fils de la patronne. Le nouveau patron si tu veux depuis la mort de son père. Ce gars est super arrogant et se croit meilleur que tout le monde. Il peut te virer en un claquement de doigt. J'ai si hâte qu'il retourne aux USA. Mais bon, un conseil, évite-le.
-Tu me fais peur là, d'accord.
-Range tes affaires, change-toi et je te dirais ce que t'as à faire.
Après avoir fait ce que Rama m'a demandé, je suis allée la rejoindre en fait on avait les mêmes occupations et vu qu'on le faisait à deux on terminait très vite.
La cuisinière qui s'appelle Rokhaya que Rama m'avait présentée m'a demandé de venir que le fils de la patronne devait avoir son déjeuner. Après ce que Rama m'a dit je n'étais pas très emballée. Je lui ai demandé de le faire pour moi mais elle m'a dit niet et que c'était à mon tour.
J'avais le plateau entre les mains mais je grelottais tellement que je sentais qu'il pouvait m'échapper tout moment.
Je suis entrée dans la salle à manger, qui en passant est immense comme tout dans cette maison. Et je regarde le fils de la patronne au fond de la salle en train de manipuler son portable. Je tremble à chaque pas me souvenant des mots de Rama disant qu'il pouvait me virer en un claquement de doigt, perdre ce travail après une journée signifie que je vais dormir dans la rue, j'oserais pas retourner chez Safi, après les au revoir de ce matin. Plus j'avance et plus je sens que mon cœur est sur le point d'exploser. En posant le plateau, ma maladresse légendaire doublée de mon stress a fait parler d'elle. J'ai trébuché et tout s'est déversé. Il me jette des regards noirs et là je sens la mort toute proche.
Chapitre 3
Je me lève instantanément. Heureusement qu'il n'y avait pas de truc assez chaud pour pouvoir me bruler sinon je serais aux urgences. Cette fille est complètement folle. Comment peut-on être aussi maladroite ?
Pendant que je suis à la recherche des horreurs que je peux bien lui dire. Elle se jette à mes pieds. Mais qu'est-ce qu'elle fout ?
-S'il vous plait...Je suis désolée...Je voulais pas... J'ai trébuché...Ne me renvoyez pas...Je n'ai nulle part où aller...S'il vous plait... Dit-elle en marquant une pause à chaque phrase pour pleurer.
Je ne suis pas un monstre et ça me fend toujours le cœur de voir une fille qui pleure. Je ne veux pas être responsable de ces larmes-là.
Je m'abaisse pour l'aider à se lever. Je la fais assoir sur une chaise. Je sors de ma poche un mouchoir pour le lui tendre. Pendant que je cherche mes mots, elle brise le silence.
-Si vous me renvoyez c'est dans la rue que je vais dormir.
-Face à une telle faute, ce n'est pas l'envie de vous renvoyer qui manque. Mais comment ça, vous n'avez nulle part où allez ? Les employés de cette maison n'habitent pas ici. Ils ont tous un chez soi. Que ça soit chez leurs parents ou un autre proche.
-Mon père voulait que je me marie avec quelqu'un, j'ai refusé et il m'a chassé de sa maison... Dit-elle alors que je pense au fait qu'on avait un point commun, nos pères veulent nous forcer à nos marier.
-Le mariage peut-il vous dégoûter au point de préférer dormir dans la rue ?
-Ce n'est pas le mariage en tant que tel qui me dégoûte mais le fait que mon père veut que j'épouse un homme qui est plus âgé que lui, juste parce que ce dernier a beaucoup d'argent. Je ne peux pas le laisser me vendre comme si j'étais une marchandise...Dit-elle avant de sécher ses larmes qui ont commencé à couler à nouveau.
Si je comprends bien, elle a préféré un travail de domestique plutôt qu'un mariage avec un homme aisé. Je pensais que ce genre de fille n'existait plus.
Je sais pas ce que je pourrais bien répondre après ça mais je sais juste qu'après ce qu'elle vient de me dire que j'oserais jamais la mettre à la porte.
Mon portable se met à sonner. Sauvé par le gong. Je pouvais plus continuer cette conversation. Je me lève pour sortir de la salle à manger avant de répondre. C'est Assane, que peut-il bien vouloir ?
-Salut.
-Salut. Je t'appelle pour te dire que si tu peux venir au siège, fait-le. J'ai remarqué des trucs bizarres et je crois que tu devrais venir voir.
-Ok j'arrive... Dis-je avant de raccrocher.
Évidemment je ne peux pas sortir ainsi je suis couvert de sauce. Je vais dans ma chambre pour prendre un 2ème bain en une heure, merci la nouvelle, avant de sortir pour voir ce qu'Assane voulait.
Je suis arrivé au siège et je vais directement au bureau d'Assane. Je croise son assistante que je salue vite fait, toujours à me demander Assane, loumouy khar pour dieuleko, elle est plus que belle. Je suis devant la porte et je toque.
-Entrez... Répond mon ami alors que j'ouvre.
-Qu'y avait-il d'aussi urgent pour que tu m'appelles... Lui demandais-je en serrant sa main.
-Assis-toi.
Je prends place. Il me tend une pile de document.
-T'as étudié la comptabilité, non ? Regarde ces documents et tu verras s'il y a un truc qui cloche.
Pendant que je scrute calmement les documents qu'Assane m'a tendu. Je vois qu'il y a un transfert de fonds assez importants en des zones inconnues. Pourquoi je sens que c'est mon oncle ?
-T'as vu non ?
-Oui j'ai vu. Pourquoi ça ne surprend pas venant de lui ? Papa avait beau faire confiance à son frère moi je ne l'ai jamais senti.
-Et parce qu'il sait qu'il doit justifier ces transferts, il a pris la peine de créer plusieurs entreprises fictives. Donc il s'attend à ce que tu lui poses des questions et il te répondra que ce sont des entreprises qui font parties du consortium. J'ai beau chercher, je n'en connais aucune.
-Franchement mon oncle, il m'étonnera toujours. Ça c'est du vol quand même.
-Et s'il s'arrêtait à ça, ce serait pas si grave.
-Comment ça ? Explique...
-Il a mis à la porte vendredi passé, 2 des meilleurs éléments de la boite en prétextant des choses sans queue ni tête. Moi je les connais, ça fait un an qu'on travaille ensemble. Ils n'auraient jamais fait ce dont il les accuse. De plus durant la semaine, je l'ai vu dissoudre 5 entreprises. Toi tu crains qu'il te vole mais moi je crois que son objectif est de faire couler ta boite avant que tu ne prennes les commandes.
Putain de merde... Je suis sûr que mon père est en train de se retourner dans sa tombe quand il voit ce que son frère est en train de nous faire. J'espère au moins qu'il regrette d'avoir mis cette putain de clause sur mon dos.
-A cause de cette clause, j'ai les mains liées, je ne peux rien faire.
-Si tu peux. Tu ne crois pas que 50% de quelque chose vaut mieux que 100% de rien du tout. Je peux t'assurer que si tu prends ton temps avant de te marier, craignant de tomber sur une matérialiste c'est exactement ce qui t'attend. Donne à ton oncle quelques mois et il cassera Mar entreprises à un tel point qu'il te faudra plus qu'une vie pour recoller les morceaux.
Ce qu'il me dit me fait directement penser à la bonne. Cette fille a quand même préféré un boulot de domestique à un mariage de raison. Mais je chasse immédiatement cette idée de ma tête si jamais j'épouse une bonne, ma mère me tue.
-Je vais parler à mon oncle.
-Non ne fais pas ça. Dis-lui que tu es au courant de ses agissements et crois-moi sur parole il s'arrangera pour accélérer le processus. Fais comme si tu n'en savais rien et règle ta situation le plus tôt possible.
-Oui je le ferais. De toute façon, même si mon oncle ne faisait rien, je suis bien trop pauvre en ce moment pour prendre mon temps.
-Comment ça t'es pauvre ?
-Après la mort de mon père tous ses comptes ont été gelés et puis que c'est lui qui m'approvisionnait, mes comptes sont complètement vides.
-Pourtant ton père avant sa mort a ouvert des comptes communs pour lui, toi et ta mère. Je suis au courant, je m'en suis moi-même chargé. Tu savais pas ??? Dit Assane alors que je lâche un soupir de soulagement. Je savais que mon père n'oserait pas nous laisser sans rien, après avoir mis cette clause.
-C'est la première fois que tu me donnes une aussi bonne nouvelle.
-Oui je garde les documents dans un des tiroirs. Attends... Dit-il en se levant.
Il me les rapporte et je vois que tout est en règle. La première chose que je ferais en sortant d'ici est d'aller à la banque et rembourser le prêt. Pendant que je lis je reçois un message d'Anita. Je l'avais oubliée celle-là. Elle dit que puis que j'ai annulé, j'aurais dû au moins la prévenir. Je lui réponds que j'ai eu un imprévu et que je l'appellerais après.
Je remercie Assane en me levant. S'il n'était pas là, j'ignore ce que je deviendrais.
Je suis de retour chez moi et je vais voir ma mère. Je crois que maintenant je n'ai plus d'autres options, soit j'épouse Anita ou soit une des filles que ma mère me propose. Je vois qu'elle est dans le salon avec ma cousine Fatou.
-Bonjour.
-Bonjour. Tu étais sorti ???Demande ma mère.
-Oui je suis passé à la boite voir Assane... Dis-je avant de m'arrêter. J'ai failli lui parler d'oncle Moctar mais mieux vaut que j'en fasse rien, ce n'est la peine de la stresser.
-J'espère que tout va bien là-bas.
-Oui ça va.
-Yalla bakhna (Dieu est grand).
Je tourne la tête pour regarder Fatou.
-Que fais-tu ici toi ? T'as pas cours ?
-Si j'ai fini tôt.
-Ah ok.
-Les gens ont une vie tu sais. Toi tu passes tes journées à dormir.
-Ce n'est pas comme si j'avais le choix. Mon père m'a donné des vacances forcées. En parlant de lui... Dis-je en regardant ma mère... Il a pensé à nous ouvrir des comptes communs sans doute pour l'entretien et les dépenses de la maison.
-Oui je sais il m'en avait parlé.
-QUOI ???
-Quoi quoi ? Ton père savait que tu n'économisais pas ce qu'il te donnait donc il a pensé à limiter les dégâts. Et n'oublie pas que c'est un compte commun, donc je surveille tes dépenses...Dit ma mère à me pointant du doigt.
-Comme si je ne faisais que dépenser.
-Tu ne fais que dépenser... Intervient Fatou alors que je lui jette un regard noir. De quoi elle se mêle celle-là ?
-C'est mon argent et j'en fais ce que je veux.
-Non l'argent de ton père... Réplique ma mère... Ou du moins pas avant ton mariage. En parlant de ça fo ci toleu (Où en es-tu) ?
-Tant que tu ne nous ramènes pas Anita, tu peux faire ce que tu veux... Dit Fatou.
-Comment peux-tu la juger si tu ne la connais même pas ?
-Va sur google et tape « Anita Sarr » Tu verras tout ce que la presse people a à dire sur ta copine. En plus dafa rew (Elle est indisciplinée).
-La presse people raconte toujours du n'importe quoi.
-Tu dis cela parce que c'est ce qui t'arrange... Termine Fatou alors que je me demande pourquoi cette discussion me dérange dans la mesure où je n'ai aucune envie de l'épouser.
-Ne t'en fais pas Fatou... Dit ma mère... On en a déjà parlé. Cette fille ne va pas entrer dans ma maison.
-Vous parlez ainsi parce que vous ne la connaissez pas mais Anita n'est pas si mauvaise que ça.
-Je ne la connais pas mais j'en ai vu assez pour ne pas l'apprécier.
Alors que je cherche quoi répondre à ma mère la maladroite de toute à l'heure entre avec des bibelots dans un panier, sans doute qu'elle doit ranger. Pourquoi je sens qu'elle va en faire tomber un et s'attirer les foudres de ma mère ? Chacun des bibelots coûte très cher. Mon père était très radin mais avait des goûts de luxe pour les petits objets décoratifs. Déjà je vois ma mère qui la foudroie du regard, elle est entrée sans toquer et ma mère déteste ça. Quand j'étais petit et que je le faisais, elle me tirait toujours les oreilles. Elle ne veut pas dormir dans la rue mais je crains qu'elle ne dure pas dans cette maison.
-Idy je dois faire un stage... Dit Fatou faisant par la même occasion en sorte que je détourne mon regard qui était un peu trop insistant sur la fille.
-Oui et ?
-Et quoi ? Je veux intégrer Mar entreprises.
-C'est mon oncle le PDG. Ceci n'est pas de mon ressort du moins pas avant mon mariage.
-Mais tu peux au moins lui parler de moi.
-Je peux te promettre que parler de toi à mon oncle va juste... Le bruit assourdissant qui vient de remplir la pièce fait que j'arrête de parler. Comme je peux le constater elle vient de me donner raison. Ma mère se lève automatiquement.
-Mais qu'est-ce que tu es en train de faire... Crie ma mère... Fais attention. Sais-tu que ceci coûte plus cher que tout l'argent que tu as eu dans ta vie ?
-Je... Je suis désolée... Je... je vais nettoyer ça... Dit-elle avant de quitter le salon et ma mère se charge elle-même de ranger ce qui reste.
-Mais ki eupeulena dé... Dit Fatou.
Si elle sait ce qu'elle m'a fait toute à l'heure elle va plus la démonter.
-C'est pas non plus comme si elle l'a fait exprès.
-Je rêve ou je t'ai entendu prendre la défense d'un des employés de cette maison.
-Arrête ça way. Je n'ai fait que dire la vérité.
-Il y a moins d'une heure je l'ai vue rater une des marches de l'escalier mais heureusement elle ne s'est pas fait mal mais ki téyoul dara... Dit Fatou alors que ma mère revient s'asseoir.
-C'est juste sa semaine d'essai. Tu sais bien que je n'engage jamais quelqu'un sans savoir ce qu'il vaut. Mais vu ce qu'elle vient de faire lors de son premier jour, je doute qu'elle finisse la semaine. Ce qui est sûr est que la prochaine fois qu'elle cassera quelque chose, hors de prix ou pas, elle fera ses bagages.
Je veux expliquer à ma mère sa situation mais je ne veux pas déjà que Fatou se foute de ma gueule et je crois que c'est à elle-même de le faire.
Je la revoie qui entre. Peut-être que je dois lui parler, lui demander au moins de faire plus attention, de parler de sa situation avec ma mère. Je sais pas pourquoi mais elle me fait pitié... QUOI ??? Moi aussi j'ai un cœur.
Peut-être que si je suis empathique c'est parce que je sens qu'on a le même problème. Si on en est là, c'est à cause de cette chose que l'on appelle mariage que ni elle ni moi ne voulions.
Je la vois qui sort. Je sais que je dois lui parler mais je ne veux pas que les deux autres soient au courant. Donc je commence une conversation avec Fatou, histoire de laisser quelques minutes avant de sortir.
-Pour ton stage...
-Oui...
-Ne compte pas sur Mar Entreprises.
-Pourquoi ??? Demande ma mère.
-Parce que ton beau-frère fait n'importe quoi.
-N'importe quoi au point de ne pas pouvoir engager ma nièce.
Si seulement elle savait tout ce qu'il est en train de foutre comme merde. Mais je m'abstiens une fois de plus.
-Maman cherche pas à comprendre mais je peux parler de Fatou à Babacar, je crois que l'entreprise de son père offre de bons stages. Il doit en avoir un pour toi.
-Moi tant que j'en intègre une rek ça me va. Sans rapport de stage, j'ai pas mon diplôme donc je n'ai pas le choix.
-Non t'en fais pas. C'est sûr que Bab's peut t'arranger le coup.
-Même si je n'y comprends rien, je veux que tu me dises ce que Moctar est en train de faire pour Fatou soit obligée d'aller ailleurs.
-Maman, te prends pas la tête. C'est juste que la mort de papa a laissé un désordre et il faut régler cela.
-Si tu le dis...Finit-elle par lâcher.
-Je vais dans ma chambre...Dis-je en me levant.
Je descends les escaliers vite fait pour aller voir la domestique. Peut-être qu'elle est dans sa chambre sauf que je n'ai aucune idée d'où peut se trouver la chambre des domestiques. Quoi ? Je n'ai jamais eu besoin de le savoir. Je dois au pire voir quelqu'un susceptible de m'informer.
Je me dirige droit vers la cuisine et je vois une employée devant la porte. Je veux demander après la fille mais je ne sais pas comment elle s'appelle donc je me lance dans une description assez chaotique.
-Elle est où ? Cette fille-là qui est de teint claire, fine, assez grande,
Je la vois qui me regarde bizarrement mais je finis par lâcher
-La nouvelle...
-Ah Mariama. Elle est dans la chambre. Je vais l'appeler... Me répond-t-elle avant de s'en aller.
Je reste devant la cuisine à l'attendre. Après quelques minutes, je la vois qui vient vers moi.
-Oui.
-Il faut qu'on parle... Alors qu'elle écarquille les yeux je reprends automatiquement. Elle a si peur que ça... Ne t'inquiète pas, il n'y a aucun problème, je veux juste discuter.
-D'accord... Dit-elle et on se dirige vers une table du jardin. Une fois assis, je commence.
-Je voulais juste de prévenir que tu es sur une chaise éjectable. Ma mère dit que tu partiras la prochaine fois que tu casseras quelque chose... Je finis ma phrase et comme sur commande elle se remet à pleurer.
-Mais je n'ai nulle part où aller.
-Moi je le sais mais ma mère ne le sait pas. Soit tu parles avec ma mère de ta situation ou soit tu fais plus attention. Je voulais juste te prévenir... Dis-je en me levant.
-D'accord, merci... Soupire-t-elle avant que je ne m'éloigne. Maman est compréhensive, j'espère qu'elle ne la renverra pas, vu ce qui l'attend en dehors de cette maison. Mais elle aussi, elle est trop maladroite. Je remercie encore Allah que l'assiette qu'elle m'a apporté plus tôt ne soit pas aussi chaude. Mais peut-être qu'elle va s'améliorer.
*******
3 jours se sont passés depuis que j'ai pris connaissance par Assane que mon oncle lapidait les fonds de l'entreprise, MON ENTREPRISE...
Les jours passent mais je suis toujours sur le point de départ.
Je suis au volant de ma voiture, je vais chez Anita. Elle doit partir pour Milan cet après-midi, je passe la journée avec elle et après je la dépose à l'aéroport.
Je suis arrivé devant son immeuble et je gare ma voiture à son endroit habituel. Je sonne et j'attends qu'elle vienne m'ouvrir.
-Salut mon cœur...Dit-elle avant de m'embrasser furtivement sur la bouche.
-Salut...Dis-je en entrant avant de m'installer sur le canapé du salon.
-Je termine juste de ranger mes bagages et je reviens...Lâche Anta en me donnant la télécommande avant de s'éclipser.
Je commence à zapper de chaîne avant de tomber sur la rediffusion d'un match de NBA ayant eu au milieu de la nuit que je n'ai pas pu suivre car je tombais de sommeil. Cool...
J'étais tellement concentré sur mon match et trop occupé à insulter la famille de cet idiot sur le terrain qui n'arrêtait pas de faire du n'importe quoi que je n'ai pas vu qu'Anita avait fini et s'était placée à côté de moi.
-Comme d'habitude on le perd devant un match.
-T'as tout compris...Dis-je en gardant toute mon attention sur la télé. C'est NBA, tout peut changer en quelques secondes.
-Je voulais qu'on parle de quelque chose.
-Ok. Tu me laisses finir, ils sont au quatrième quart temps.
-D'accord...Soupire-t-elle.
Je termine mon match avec Anita à mes côtés alors que je n'ai qu'une envie c'est qu'elle dégage. Puis qu'elle est là, je ne peux pas insulter la mère des joueurs d'autant plus que mon équipe est en train de perdre. Fais chier...
Le match est fini, je peux écouter ce qu'elle a me dire.
-Oui... Je t'écoute.
-En fait, je trouvais assez bizarre le fait que tu viennes chez moi à des heures de travail.
-Et ?
-Et j'ai su le pourquoi ?
-Comment ça ?
-Je sais que c'est ton oncle qui gère l'entreprise de ton père car pour toucher à ton héritage tu dois te marier.
Il y en a un dans mon entourage qui ne sait pas la boucler. Comment elle a fait pour savoir ? Je ne dis rien, je préfère la laisser continuer. C'est sûr qu'elle a une proposition.
-Tu sais bien que je suis prête pour le mariage depuis longtemps, je voulais t'en parler mais je ne voulais pas te bousculer.
Voyez-vous ça ???
-Ok je vois.
-Oui donc on peut commencer les préparatifs du mariage.
Je pense avoir raté quelque chose là. Quand est-ce que je lui ai dit que je comptais l'épouser ? Elle part à Milan, je vais pas lui gâcher son séjour et même tant qu'elle n'en saura rien je préfère en profiter. Je prépare la laisser dans son délire.
-T'inquiètes pas, on va en reparler quand tu seras de retour.
Elle sauta automatiquement dans mes bras. Là, je me sens un peu mal car je suis en train de lui faire nourrir de faux espoirs.
******
Je reviens de l'aéroport après y avoir laissé Anita et je suis en route chez moi. Je repense à notre conversation de toute à l'heure. Je ne sais pas trop. Je pense que je l'aurais épousé si mon père n'avait pas mis une clause divorce au clause mariage. Intéressée, matérialiste ou pas, je lui aurais fait signer un contrat de renonciation et le tour serait joué. Mais au point où j'en suis-je ne peux pas prendre de risque.
Sur la route, non loin de chez moi je remarque au loin une fille, avec un sac à la main en pagne et t-shirt qui ressemble beaucoup à Mariama. Ça ne doit pas être elle, puisqu'elle doit être en train de travailler.
Sauf que plus j'avance et plus je vois bien que c'est elle. Il a fallu à maman 4 jours pour la mettre dehors. Je gare ma voiture avant de sortir pour aller à son encontre.
-Que s'est-il passé ??? Je demande en regardant un visage mouillé de larmes et de morves. Même si elle est belle, elle est très négligée.
-Rokhaya avait besoin d'aide en cuisine. Elle m'a demandé d'utiliser le four mais je savais pas comment ça marche. Alors que j'essayais, j'ai laissé le gaz ouvert mais heureusement Rokhaya s'en est rendu compte à temps. Même si elle n'a rien dit à madame, le gardien lui était là et a tout vu. Il est allé la voir et lui a tout raconté. Madame est alors venue me voir pour me demander de faire mes bagages de quitter sa maison avant que je ne le fasse exploser... Dit-elle en reniflant à la fin.
-Ma mère ne sait-elle pas que c'est la rue que tu vas dormir ?
-Oui je le lui ai dit mais elle m'a répondu que ce n'était pas ses affaires.
-Ma mère a fait ça... Dis-je complètement surpris par l'attitude de cette dernière.
Elle hoche la tête.
-Viens... Lui dis-je avant de l'amener dans ma voiture. Au moins elle ne discute pas. Je mets son sac sur les chaises qui sont derrière
Au lieu de me diriger à la maison, je fais demi-tour. Chose qui l'a surprise.
-Où on va ?
-Je veux qu'on parle seul à seul.
-Comment ça ?
-Attends et tu verras.
Elle ne dit rien mais je la sens super stressée. Relaxe un peu.
Je gare la voiture dans le parking d'un restaurant pas trop éloigné. Vu son anxiété, je n'avais pas très envie de rester longtemps seul dans cette voiture avec elle.
Je sors. Elle est sur le point de prendre son sac mais je lui demande de le laisser là-bas. Et nous accédons au restaurant.
Nous prenons place et je lui demande de prendre quelque chose si elle a faim mais elle dit que non. Donc je me lance.
-Si j'avais plus de temps, j'agirais différemment mais il se trouve que le temps me manque... Je lui parle et je vois qu'elle garde la tête baissée. Je continue et toujours aussi impulsif, il me faut me faut 5 secondes pour prendre la décision la plus importante de ma vie.
-Je ne peux pas te faire revenir à la maison en tant que domestique. Ce privilège revient à ma mère et je ne veux pas saper son autorité. Mais je peux te faire revenir à la maison en tant que ma future épouse.
En finissant, je n'ai qu'une chose à dire, je doute que sa mâchoire puisse tomber davantage.