La journée avait commencé comme toutes les autres pour Jeanne. Les rayons du soleil glissaient à travers les rideaux de son petit appartement parisien, illuminant les piles de livres de droit qui s'entassaient sur son bureau. L'horloge murale indiquait 8h30, et elle était déjà en retard pour son cours de droit pénal. Avec un soupir, elle enfila rapidement son manteau beige, attrapa son sac et sortit en trombe, ses talons résonnant sur le pavé.
La routine rassurante de la ville lui offrait un semblant de stabilité, bien que son passé pesât toujours lourd sur son cœur. Mais ce matin-là, sa routine allait être brisée. Alors qu'elle traversait la place centrale pour attraper le tramway, son regard fut attiré par une affiche gigantesque accrochée sur la façade d'un immeuble.
**Nathan.**
Son visage était partout. L'affiche promotionnelle annonçait la tournée de son dernier album. Vêtu d'un costume noir élégant, ses cheveux légèrement en bataille, il semblait fixer Jeanne avec cette intensité qui autrefois faisait battre son cœur à tout rompre.
« Non... Ce n'est pas possible, » murmura-t-elle, immobile au milieu des passants pressés.
Un flot d'émotions l'envahit : colère, tristesse, mais aussi une pointe d'amour qu'elle s'efforçait de refouler depuis des années. Elle détourna les yeux, mais le visage de Nathan restait gravé dans son esprit, ravivant des souvenirs qu'elle avait tenté d'enterrer.
> Flash-back, deux ans plus tôt :
> « Jeanne, tu ne comprends pas, » disait Nathan, la voix tremblante, alors qu'ils étaient assis sur le vieux banc du parc.
> « Qu'est-ce qu'il y a à comprendre, Nathan ? Tu pars, tu me laisses, juste comme ça, après tout ce qu'on a vécu ? »
> Ses yeux bleus, qui avaient toujours été remplis de douceur, étaient désormais voilés par un mélange de regret et de détermination.
> « Je dois le faire, pour moi. La musique, c'est ma vie. »
Les souvenirs lui revenaient comme une vague violente. Elle secoua la tête, essayant de chasser ces images.
« Jeanne ! Tu rêves ou quoi ? » La voix d'Émilie, sa colocataire et meilleure amie, la tira de sa torpeur.
Jeanne se retourna pour la voir, un café à la main, lui lancer un regard interrogateur.
« T'as vu un fantôme ou quoi ? » plaisanta Émilie en suivant son regard jusqu'à l'affiche.
« Quelque chose comme ça, » répondit Jeanne avec un sourire forcé.
Émilie fronça les sourcils, mais n'insista pas. « Allez, on va être en retard. Le prof n'attend pas. »
La journée passa lentement, chaque minute semblant peser une tonne. Jeanne n'arrivait pas à se concentrer en cours. Ses pensées revenaient constamment à Nathan, à cette affiche, et à ce qu'elle avait perdu.
Plus tard, ce soir-là, Émilie insista pour qu'elles assistent à une soirée universitaire.
« Tu ne peux pas rester enfermée tout le temps, Jeanne. Ça te fera du bien de sortir un peu, de penser à autre chose, » déclara-t-elle en fouillant dans son placard pour lui trouver une tenue.
« Je ne suis pas d'humeur, Émilie. Sérieusement. »
« Justement, c'est quand tu n'es pas d'humeur que tu en as le plus besoin. Allez, cette robe noire te va à merveille. Mets-la. »
Jeanne céda à contrecœur. La soirée se déroulait dans un bar animé près du campus. La musique battait son plein, et le rire des étudiants remplissait l'air. Jeanne tenta de se détendre, un verre à la main, mais elle avait l'impression que chaque coin de la pièce lui rappelait Nathan d'une manière ou d'une autre.
Puis, la chanson commença.
Les premières notes de guitare acoustique étaient inoubliables. C'était l'une des premières chansons de Nathan, celle qu'il avait composée pour elle. Sa voix résonnait dans les haut-parleurs, douce et profonde, chaque mot transperçant son cœur.
*« Je t'ai cherchée dans chaque étoile,
Mais c'est dans ton regard que je me perds... »*
Jeanne se figea. Son souffle devint court, et son cœur battait si fort qu'elle crut qu'il allait éclater.
« Jeanne ? Tu vas bien ? » demanda Émilie en remarquant son visage livide.
« Je... Je dois partir. »
Sans attendre de réponse, Jeanne posa son verre sur le comptoir et se dirigea vers la sortie, ses mains tremblant. L'air frais de la nuit la frappa alors qu'elle sortait précipitamment, mais cela n'apaisa pas la tempête qui faisait rage en elle.
Elle marcha sans but, ses talons claquant sur le trottoir désert. Les larmes qu'elle retenait depuis des heures coulèrent enfin.
« Pourquoi maintenant ? Pourquoi lui ? » murmura-t-elle, la voix brisée.
Jeanne rentra chez elle, les épaules lourdes, l'esprit embrouillé. Elle se laissa tomber sur son lit, fixant le plafond. L'affiche, la chanson, tout cela semblait trop être une coïncidence. Était-ce un signe ? Était-elle destinée à affronter ce passé qu'elle fuyait depuis si longtemps ?
Le téléphone vibra sur la table de chevet. Un message d'Émilie s'afficha :
« Je suis là si tu veux parler. Ne garde pas tout pour toi, ok ? »
Jeanne hésita un instant avant de répondre.
« Merci, Émi. Mais ce soir, j'ai juste besoin d'être seule. »
Alors qu'elle éteignait son téléphone, une pensée traversa son esprit. Nathan était revenu dans sa vie, qu'elle le veuille ou non. Et elle savait, au fond d'elle-même, qu'il était temps d'affronter ses démons.
Le brouhaha dans la grande salle de réception était incessant, entre les tintements de verres à champagne, les éclats de rire des invités, et la musique légère qui flottait dans l'air. Jeanne était là, mais elle aurait préféré être ailleurs. Émilie l'avait convaincue, encore une fois, de participer au gala caritatif organisé par leur université.
« C'est une bonne occasion de faire du réseautage ! Tu veux travailler dans le droit, non ? Rencontrer des avocats influents pourrait t'ouvrir des portes, » avait plaidé Émilie en fouillant dans sa garde-robe pour lui prêter une robe.
Jeanne s'était laissée faire, mais elle regrettait déjà. Habillée d'une robe en satin bleu nuit qui épousait sa silhouette, elle se tenait à l'écart, un verre de jus de pomme à la main. Elle n'était pas fan de ces événements où tout le monde affichait des sourires figés et des conversations superficielles.
Elle balaya la salle du regard, se demandant combien de temps elle devait rester avant de pouvoir partir sans que cela ne paraisse impoli. Mais soudain, son regard s'arrêta net.
Il était là.
Nathan.
Debout près d'un petit groupe de personnalités, vêtu d'un costume noir impeccable, il riait à une blague qu'un homme plus âgé venait de faire. Sa présence imposante dominait la pièce, comme si un projecteur invisible était braqué sur lui.
Jeanne sentit son cœur s'arrêter, puis repartir à toute vitesse.
« Pourquoi est-il ici ? » murmura-t-elle à elle-même.
« Jeanne ? Tu parles toute seule ? » Émilie surgit à ses côtés, un verre de champagne à la main.
Jeanne détourna les yeux de Nathan, priant pour qu'il ne l'ait pas vue. « Rien, je réfléchissais juste... »
Mais Émilie suivit son regard et ses yeux s'écarquillèrent. « Attends une seconde... C'est... Nathan ? *Le* Nathan ? Ton Nathan ? »
« Chut ! Pas si fort ! » Jeanne posa une main sur le bras d'Émilie, jetant un coup d'œil nerveux autour d'elles.
Émilie étouffa un rire. « Oh, mon Dieu, c'est bien lui. Il est encore plus canon en vrai. Tu comptes aller lui parler ? »
Jeanne lança un regard noir à son amie. « Certainement pas. »
Mais même en disant cela, elle sentait le regard de Nathan glisser sur la foule, s'attardant parfois dans sa direction. Elle se raidit, priant pour qu'il ne la remarque pas. Mais c'était peine perdue.
Alors que la soirée avançait, Jeanne s'efforça de rester hors de vue, se cachant presque derrière des groupes d'étudiants ou d'invités plus âgés. Mais elle sentait constamment ce frisson dans son dos, comme si quelqu'un l'observait.
Finalement, elle trouva refuge près d'une table où étaient disposés des hors-d'œuvre. Elle attrapa un petit canapé et tenta de se calmer.
« Tu sais, tu n'as jamais aimé les mondanités. »
La voix masculine, profonde et familière, la fit sursauter. Elle se retourna et se retrouva face à Nathan.
Il était encore plus impressionnant de près. Ses cheveux étaient légèrement plus courts qu'autrefois, mais ses yeux restaient les mêmes : perçants, d'un bleu intense.
« Pardon ? » balbutia-t-elle, feignant l'indifférence.
Nathan haussa un sourcil, une ombre de confusion traversant son visage. « Je me suis dit que vous n'aviez pas l'air à votre place ici. Comme moi, à vrai dire. »
Il ne la reconnaissait pas. Jeanne sentit un mélange étrange de soulagement et de douleur.
« Peut-être que je ne suis pas à ma place, » répondit-elle en reprenant son sang-froid.
Nathan esquissa un sourire. « Vous êtes étudiante ici ? »
Elle hocha la tête. « Oui, en droit. Et vous ? Qu'est-ce qui vous amène ici ? »
Il posa son verre vide sur une table voisine. « L'un des professeurs m'a invité. Apparemment, il pense que ma présence peut attirer du monde pour la cause. »
« Eh bien, ça semble fonctionner, » répliqua Jeanne en jetant un coup d'œil aux nombreux invités qui continuaient de tourner autour de lui comme des papillons autour d'une flamme.
Nathan eut un petit rire. « Oui, c'est un peu... envahissant, parfois. »
Jeanne sentit sa colère monter. Envahissant ? Il parlait de sa célébrité comme si c'était un inconvénient mineur, alors qu'il avait choisi cette vie en sacrifiant tout, y compris elle.
Mais elle ne dit rien. Pas encore.
Après quelques minutes de conversation anodine, Nathan pencha légèrement la tête, une expression pensive sur le visage.
« Vous me rappelez quelqu'un, » dit-il soudain.
Jeanne sentit son estomac se nouer. « Vraiment ? Je doute que nous nous soyons déjà rencontrés. »
Il plissa les yeux, comme s'il essayait de percer un mystère. « Peut-être... Mais c'est étrange. Vous avez ce regard... »
« Je crois que vous êtes simplement fatigué, » coupa-t-elle sèchement, décidant qu'il était temps de mettre fin à cet échange.
Elle fit un pas en arrière, mais il attrapa doucement son poignet, la retenant.
« Attendez. Je suis désolé si je vous ai mise mal à l'aise. Ce n'était pas mon intention, » dit-il, son ton sincère.
Jeanne le fixa, déchirée entre son envie de fuir et son désir de rester. Ce n'était pas le moment, ni le lieu pour régler leurs comptes, mais la tension entre eux était presque insupportable.
« Vous ne m'avez pas mise mal à l'aise, » mentit-elle.
Nathan la regarda un instant, puis hocha la tête et la lâcha. « D'accord. Dans ce cas, peut-être que nous nous croiserons plus tard. »
Il s'éloigna, laissant Jeanne debout, son cœur battant à tout rompre.
Après le gala, Jeanne retrouva Émilie dans le hall.
« Alors ? Je t'ai vue parler à lui, » dit Émilie, un sourire malicieux sur le visage.
Jeanne leva les yeux au ciel. « Il ne m'a pas reconnue. »
Émilie haussa les sourcils. « Tu plaisantes ? Il était littéralement fou de toi à l'époque. Comment a-t-il pu t'oublier ? »
Jeanne haussa les épaules, feignant l'indifférence. Mais au fond, elle se posait la même question.
Alors qu'elles sortaient du bâtiment, Jeanne sentit un regard sur elle. Elle se retourna et vit Nathan, debout près de sa voiture, les observant.
Leurs regards se croisèrent, et cette fois, elle sentit une étincelle. Quelque chose dans ses yeux suggérait qu'il commençait à se souvenir.
Les rayons du soleil perçaient à travers les rideaux de la petite chambre de Jeanne. Elle s'était réveillée avec une migraine, conséquence des émotions intenses de la veille. Le gala avait laissé une marque plus profonde qu'elle ne voulait l'admettre. Revoir Nathan, sentir son regard perçant, entendre sa voix... Tout cela avait ouvert des plaies qu'elle croyait cicatrisées depuis longtemps.
Elle se redressa lentement, son téléphone vibrant sur sa table de chevet. Un message d'Émilie s'affichait :
** »J'ai entendu dire que Nathan a demandé à te parler à nouveau. C'est quoi cette histoire ? »**
Jeanne soupira. Émilie et son instinct journalistique... Elle répondit rapidement.
** »Rien d'important. On s'est croisés, c'est tout. »**
Avant qu'elle ne puisse poser son téléphone, une autre notification apparut. Cette fois, c'était un numéro inconnu. Curieuse, elle ouvrit le message.
** »Bonjour Jeanne. C'est Nathan. J'aimerais vous parler d'une opportunité professionnelle. Appelez-moi quand vous êtes disponible. »**
Elle fixa l'écran, perplexe. Une opportunité professionnelle ? Depuis quand Nathan était-il impliqué dans quoi que ce soit de « professionnel » qui la concernait ?
Quelques heures plus tard, elle se retrouvait dans un café chic du centre-ville, une table réservée dans un coin isolé. Nathan était déjà là, vêtu d'un blazer décontracté, une tasse de café à la main.
« Merci d'être venue, » dit-il en se levant pour la saluer.
Jeanne hocha la tête, son visage neutre. « Je suis ici parce que votre message était intriguant. Mais je ne suis pas sûre de comprendre ce que vous attendez de moi. »
Il esquissa un sourire. « Toujours aussi directe, hein ? »
Elle resta impassible, croisant les bras. « Pourquoi ne pas aller droit au but, Nathan ? »
Il prit une profonde inspiration et posa sa tasse sur la table. « J'ai besoin d'un peu d'aide juridique pour gérer mes contrats. Mon avocat principal est très compétent, mais il manque parfois... de souplesse dans certaines négociations. »
Jeanne haussa un sourcil, peu convaincue. « Vous voulez que je remplace un avocat expérimenté ? »
Nathan secoua la tête. « Pas remplacer. Je cherche quelqu'un pour m'assister, pour avoir une autre perspective. Vous êtes en droit, non ? Et vous avez toujours été incroyablement perspicace. »
Un silence s'installa entre eux. Jeanne le dévisageait, cherchant une faille dans son discours. Était-ce une manière détournée de se rapprocher d'elle ? Ou avait-il réellement besoin d'aide ?
« Pourquoi moi ? Vous avez des moyens considérables, Nathan. Vous pourriez engager un expert. »
Il hésita, ses yeux se perdant un instant dans son café. « Peut-être que je voulais travailler avec quelqu'un en qui j'ai confiance. »
Jeanne sentit son cœur se serrer, mais elle se força à garder son calme. « Vous ne pouvez pas me faire confiance. Vous ne me connaissez plus. »
Il releva les yeux vers elle, son expression sérieuse. « Peut-être. Mais j'ai confiance en votre capacité à être honnête. Et c'est plus que ce que je peux dire pour beaucoup de gens autour de moi. »
Jeanne passa le reste de la journée à réfléchir à sa proposition. Travailler avec Nathan... C'était risqué, et elle le savait. Les souvenirs, les sentiments enfouis, tout cela pouvait remonter à la surface.
Mais elle ne pouvait pas ignorer sa situation actuelle. Ses études de droit coûtaient une fortune, et sa bourse couvrait à peine ses dépenses. Accepter cette offre pourrait alléger sa charge financière.
Le soir venu, elle s'installa à son bureau, son ordinateur allumé, mais son esprit ailleurs. La voix de Nathan résonnait dans sa tête.
Elle prit une profonde inspiration et saisit son téléphone. Avant de pouvoir changer d'avis, elle composa le numéro qu'il lui avait donné.
« Jeanne, » répondit-il presque immédiatement, sa voix chaleureuse.
« J'ai réfléchi à votre offre, » dit-elle d'un ton neutre.
Il attendit en silence, lui laissant le temps de continuer.
« J'accepte. Mais à une condition : il n'y aura rien de personnel entre nous. Strictement professionnel. »
Un léger silence suivit, puis il répondit doucement : « D'accord. Je respecte cela. »
Le lendemain matin, Jeanne se présenta dans un studio d'enregistrement luxueux où Nathan l'avait conviée pour un premier rendez-vous professionnel. Le lieu débordait de techniciens, de producteurs, et d'assistants qui couraient dans tous les sens.
Nathan l'attendait dans une salle de réunion vitrée, un dossier de contrats posé devant lui.
« Merci d'être venue, » dit-il en se levant pour lui serrer la main.
Jeanne resta professionnelle, son regard fixé sur les papiers. « Commençons. »
Ils passèrent plusieurs heures à examiner des clauses, à discuter des points litigieux et des éventuels ajustements. Jeanne était surprise par la complexité des contrats et le nombre de demandes exagérées des différentes parties.
À un moment, Nathan laissa échapper un rire. « Vous êtes incroyablement minutieuse. Je crois que même mon avocat principal ne pose pas autant de questions. »
Elle haussa les épaules. « Si vous voulez quelqu'un d'honnête, attendez-vous à ce qu'il ne vous laisse pas tout passer. »
Il sourit, mais ses yeux trahissaient une certaine admiration.
Alors qu'ils terminaient leur session, Jeanne rassembla ses affaires, prête à partir. Mais Nathan l'arrêta avant qu'elle ne franchisse la porte.
« Jeanne... Je voulais te remercier. Je sais que ce n'est pas facile pour toi. »
Elle s'arrêta, sa main sur la poignée. « Pourquoi dites-vous ça ? »
Il hésita, cherchant ses mots. « Parce que je sais que j'ai fait des erreurs. Peut-être que je t'ai blessée, autrefois. Et pourtant, tu es ici. Ça compte pour moi. »
Elle se tourna lentement vers lui, son regard froid. « Nathan, si je suis ici, c'est uniquement parce que j'ai besoin de ce travail. Pas pour toi. »
Il hocha la tête, respectant sa réponse, mais elle pouvait voir une ombre de tristesse passer sur son visage.
Alors qu'elle quittait la pièce, Jeanne sentit un mélange d'émotions contradictoires. Elle avait été claire avec lui, mais pourquoi avait-elle l'impression que tout cela devenait déjà plus compliqué qu'elle ne l'avait prévu ?
Jeanne poussa la porte de la salle de réunion du studio, un dossier serré contre elle. C'était leur première réunion officielle depuis qu'elle avait accepté de travailler avec Nathan. La pièce était inondée de lumière, grâce à de larges baies vitrées offrant une vue imprenable sur la ville. Nathan était déjà là, assis nonchalamment, un café à la main et son téléphone posé devant lui.
« Bonjour, » lança-t-il en se levant. Il lui adressa un sourire décontracté, comme si leur passé n'était qu'un lointain souvenir sans importance.
« Bonjour, » répondit-elle d'un ton neutre en prenant place. Elle posa ses affaires sur la table et se mit immédiatement à déballer les documents nécessaires. Elle avait décidé qu'aujourd'hui serait une journée purement professionnelle. Aucune place pour les souvenirs ou les émotions malvenues.
Nathan sembla capter son humeur et s'éclaircit la gorge avant de reprendre. « Bien, avant de commencer, je voulais te remercier encore une fois pour ton travail. J'ai déjà parcouru quelques notes que tu as laissées sur le contrat principal, et je dois dire que c'est impressionnant. »
« C'est mon travail, » répondit-elle sans lever les yeux, ses doigts feuilletant les pages. « Alors, commençons. Vous avez mentionné vouloir revoir les clauses de distribution. »
Nathan sourit légèrement, comme amusé par son professionnalisme rigide. « Oui, mais avant ça, je pense qu'on devrait parler de quelque chose d'important. »
Jeanne releva enfin la tête, ses sourcils se fronçant. « De quoi parlez-vous ? »
Il se pencha en avant, posant ses coudes sur la table. « De toi et moi. »
Elle sentit son estomac se nouer, mais elle se força à rester impassible. « Il n'y a pas de 'toi et moi', Nathan. Nous sommes collègues, rien de plus. »
Il hocha la tête lentement, mais son regard restait fixe sur elle, comme s'il cherchait à lire entre les lignes. « Tu sais très bien que ce n'est pas si simple. Nous avons un passé, Jeanne. Pourquoi faire semblant qu'il n'existe pas ? »
Sa mâchoire se serra, et elle repoussa son dossier. Elle avait attendu ce moment. Elle savait qu'il finirait par évoquer leur histoire, et elle s'était juré de ne pas le laisser la déstabiliser.
« Très bien, parlons-en, » dit-elle d'un ton tranchant. « Oui, nous avons un passé. Mais il n'a rien d'important aujourd'hui. Toi, une star montante. Moi, une étudiante en droit qui essaie de boucler ses fins de mois. On vit dans deux mondes différents, Nathan. Ce que nous avons eu n'était rien d'autre qu'une erreur. »
Ses paroles claquèrent dans l'air comme un coup de fouet. Nathan recula légèrement, surpris par sa dureté.
« Une erreur ? » répéta-t-il, sa voix teintée d'incrédulité. « C'est tout ce que ça représentait pour toi ? »
Jeanne croisa les bras et le fixa droit dans les yeux. « Oui. Une erreur que je ne compte pas répéter. »
Un silence tendu s'installa dans la pièce. Nathan semblait lutter pour trouver les mots justes. Puis il éclata d'un rire amer.
« Tu es incroyable, tu sais ça ? » dit-il en secouant la tête. « Tu prétends que tout ça n'a jamais compté pour toi, mais si c'était vrai, pourquoi es-tu aussi en colère ? »
« Je ne suis pas en colère, » répliqua-t-elle immédiatement, sa voix plus forte qu'elle ne l'aurait voulu.
« Ah, vraiment ? » Il se redressa, son regard devenant plus intense. « Alors pourquoi évites-tu de me regarder ? Pourquoi refuses-tu de parler de ce qui s'est passé ? »
Jeanne sentit une vague de frustration monter en elle. Il avait toujours eu ce talent pour la pousser dans ses retranchements.
« Parce que ça n'a aucune importance, Nathan ! » explosa-t-elle finalement. « Ce que tu veux que je dise ? Que tu m'as brisée ? Que j'ai passé des mois à essayer de comprendre pourquoi tu m'avais laissée tomber comme une vieille chaussette ? Non, merci. Je ne vais pas te donner ce pouvoir sur moi. »
Ses mots étaient acérés, tranchants. Mais elle ne pouvait plus les retenir.
Nathan la fixa, silencieux, son expression passant de la colère à quelque chose de plus doux, presque triste.
« Jeanne... je n'ai jamais voulu te blesser, » dit-il finalement, sa voix presque un murmure. « Si j'ai fait des erreurs, c'est parce que j'étais jeune, stupide, et complètement dépassé. Je ne savais pas comment gérer ce que je ressentais pour toi. »