Abby Collins se tenait à l'écart, un peu à l'ombre des grands arbres qui bordaient le terrain d'entraînement de la meute. Elle observait, en silence, Callan Meison, son Alpha, celui qu'elle admirait et aimait depuis tant de temps en secret. Son regard ne parvenait pas à se détacher de lui, malgré la douleur que cette scène éveillait en elle. Il était là, souriant, éclatant de charisme, avec Susan Randall à ses côtés. Susan, la louve au corps parfait et aux courbes généreuses, qui ne manquait jamais une occasion d'exhiber sa beauté sous le regard de tous, et surtout, sous celui de Callan.
Abby savait qu'elle n'était pas comme Susan. Elle était fine, élancée, avec une silhouette discrète, loin des formes que la plupart des mâles de la meute semblaient préférer. Cette différence la rongeait. Chaque jour, elle se comparait aux autres louves, à leur apparence, à leurs rires confiants, à la façon dont elles attiraient les regards. Mais en cet instant, c'était comme si elle ne pouvait plus supporter cette impression d'infériorité. Elle voulait, pour une fois, ressentir la chaleur d'un regard d'admiration, surtout celui de Callan.
Alors qu'elle s'efforçait de détourner les yeux, Susan éclata de rire, un son clair et moqueur qui atteignit Abby comme un coup de poignard. Elle savait que ce rire n'était pas innocent. Susan savait qu'elle la regardait, et elle en profitait. En baissant les yeux, Abby entendit des murmures malveillants provenant du groupe où Susan se tenait.
« Franchement, je ne comprends pas pourquoi elle reste là, à baver sur notre Alpha, » susurra Susan, assez fort pour qu'Abby l'entende. « Avec ce corps, elle ferait mieux de se fondre dans la forêt, au lieu d'espérer des choses qui ne lui arriveront jamais. »
Le cœur d'Abby se serra, et une brûlure amère se propagea dans sa poitrine. Elle se mordit la lèvre pour contenir les larmes qui menaçaient de monter. Elle savait que répondre ne ferait qu'empirer les choses. Susan adorait la provoquer et voir ses réactions. Abby voulait montrer qu'elle était forte, qu'elle n'était pas affectée par ces remarques, mais la vérité était qu'elles lui faisaient terriblement mal.
Elle tourna les talons, incapable de supporter davantage cette humiliation. Elle marcha d'un pas rapide, traversant les bois pour retrouver un endroit où elle pourrait respirer, où elle pourrait être seule avec ses pensées. La forêt était dense et calme, offrant un refuge aux âmes tourmentées comme la sienne. Elle s'assit sur une souche d'arbre, baissa la tête et laissa enfin quelques larmes glisser sur ses joues.
« Pourquoi... Pourquoi je ne suis pas comme elle ? » murmura-t-elle pour elle-même, la voix brisée.
Abby repensa aux nombreux moments passés à observer Callan de loin, à espérer un signe, un sourire, un regard, n'importe quoi qui aurait pu lui donner l'impression d'exister à ses yeux. Mais jamais, il ne l'avait remarquée. Elle n'était pour lui qu'une ombre, une simple membre de la meute parmi tant d'autres. Et pourtant, elle savait qu'au fond d'elle, elle voulait être vue, elle voulait qu'il sache qui elle était. Elle voulait qu'il la considère.
La colère monta en elle, se mêlant à son chagrin. Elle en avait assez d'être cette fille timide, effacée, ignorée. Pourquoi devrait-elle continuer à supporter ce sentiment d'invisibilité ? Peut-être que quelque chose devait changer. Peut-être qu'elle devait devenir quelqu'un d'autre pour qu'il la voie enfin. Une idée commença à germer dans son esprit. Une idée folle, peut-être même dangereuse, mais à cet instant, elle ne se préoccupait pas des conséquences.
Se souvenant des légendes anciennes qu'elle avait entendues dans son enfance, elle se rappela un mythe qui parlait de pactes avec des entités obscures, des êtres puissants qui pouvaient exaucer des vœux en échange de quelque chose de précieux. Ces histoires, bien que terrifiantes, promettaient un pouvoir incommensurable pour ceux qui osaient invoquer ces créatures.
Une voix intérieure, douce mais ferme, la rappela à la prudence.
« Tu es sérieuse, Abby ? Tu vas vraiment envisager une chose pareille juste pour l'attention d'un homme ? »
Mais la douleur de l'indifférence, des moqueries, la solitude écrasante... tout cela semblait plus insupportable que le risque. Elle serra les poings, ressentant une détermination qu'elle n'avait jamais connue.
Elle murmura, comme pour se donner du courage : « Si c'est ce qu'il faut pour qu'il me remarque, alors... je le ferai. »
Abby se redressa, inspirant profondément. Sa décision était prise. Elle allait tenter l'invocation. Elle ne savait pas encore comment, ni si cela fonctionnerait réellement, mais elle était prête à tout essayer pour obtenir ce qu'elle désirait depuis si longtemps.
Alors qu'elle regagnait le village, une lueur étrange semblait briller dans ses yeux, un mélange de défi et de résignation. Elle avait pris sa décision, et même si une partie d'elle restait terrifiée par ce qu'elle s'apprêtait à faire, elle n'avait jamais été aussi certaine d'une chose.
La nuit venue, Abby attendit que le calme s'installe dans la meute. Elle savait qu'elle devait être seule pour cela, que personne ne devait la voir. À la lueur de la lune, elle quitta discrètement sa maison et se dirigea vers la clairière cachée au fond de la forêt, un lieu où, disait-on, les énergies anciennes étaient plus puissantes. L'endroit était enveloppé d'une étrange atmosphère, où le silence semblait peser comme un lourd manteau.
Elle sortit de sa poche un vieux grimoire qu'elle avait emprunté à la bibliothèque, un livre oublié que personne ne consultait jamais. Elle avait passé les dernières heures à lire et relire les instructions pour l'invocation, tentant de mémoriser chaque geste, chaque parole. Son cœur battait si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait éclater, mais elle refusa de reculer. Elle prononça les paroles inscrites, une formule ancienne dont elle ne comprenait pas toutes les significations, mais elle sentit immédiatement que quelque chose dans l'air changeait.
Un vent glacé se leva soudain, comme venu de nulle part, et fit frémir les arbres autour d'elle. Une ombre sembla se former au centre de la clairière, d'abord floue, puis prenant peu à peu une forme plus précise. Elle resta immobile, la gorge nouée, le souffle court. Elle n'avait jamais ressenti une telle peur, mêlée à une étrange excitation.
L'ombre se matérialisa en une silhouette, un homme aux traits sombres et séduisants, avec des yeux perçants qui brillaient d'une lueur malsaine. Un sourire narquois se dessina sur son visage alors qu'il la fixait, et une voix profonde résonna dans l'air glacial de la clairière.
« Ainsi, tu m'as appelé, petite louve. Que désires-tu au point de risquer ta vie pour m'invoquer ? »
Abby se sentit incapable de parler pendant quelques secondes, paralysée par la présence imposante de la créature. Elle rassembla finalement son courage, s'efforçant de ne pas trembler en répondant.
« Je... je veux attirer l'attention de Callan Meison. »
Le démon éclata d'un rire rauque, un rire qui résonna dans la clairière comme une vague de ténèbres. « Pour cela, tu as besoin de moi ? N'es-tu pas capable de séduire un simple Alpha par toi-même ? »
Abby sentit la honte la submerger, mais elle ne détourna pas les yeux. « Je sais que je ne suis pas comme les autres... Je n'ai pas leur beauté, ni leur assurance. J'ai besoin d'aide. »
Le démon la fixa un instant, son regard s'adoucissant presque, comme s'il percevait une part de vulnérabilité en elle qui l'intriguait. « Très bien, » murmura-t-il en approchant, sa voix se faisant plus douce, presque caressante. « Je peux te donner ce que tu désires. Mais en échange, tu devras me donner quelque chose de précieux. »
Le souffle court, Abby acquiesça, consciente qu'elle avait franchi une limite, qu'elle venait de plonger dans un univers dont elle ignorait les règles. Mais, au fond d'elle, un sentiment de défi grandissait, nourri par toutes ces années d'ombre et d'insécurité. Elle savait que quoi qu'il lui en coûte, elle ne reculerait plus.
Abby se tenait là, dans la clairière obscure, le cœur battant à une allure démesurée. Elle parcourut une dernière fois les lignes du vieux grimoire qu'elle avait trouvé, vérifiant chaque mot, chaque syllabe des incantations qu'elle s'apprêtait à prononcer. L'idée même de ce qu'elle s'apprêtait à faire la terrifiait autant qu'elle l'excitait. La nuit était profonde, silencieuse, comme si la forêt entière retenait son souffle, consciente de l'événement étrange qui s'y préparait.
Elle serra le livre entre ses mains tremblantes, jetant des coups d'œil autour d'elle, comme si elle s'attendait à ce que quelqu'un surgisse à tout moment pour la dissuader. Mais personne n'était là. Seule la lune, haute et brillante, semblait l'observer, éclairant faiblement le cercle qu'elle avait tracé avec soin sur le sol. Ses doigts caressèrent la surface rugueuse du livre, prenant une dernière inspiration avant de murmurer les paroles anciennes.
Les mots s'échappèrent de ses lèvres comme un murmure tremblant, hésitant, mais elle s'efforça de garder sa voix stable, malgré le nœud qui se formait dans sa gorge. Au fil de l'incantation, elle sentit l'air autour d'elle se charger d'une énergie lourde et étrange, presque oppressante. Une vague de froid envahit la clairière, glaçant sa peau, lui faisant dresser les poils sur les bras. Elle n'avait jamais ressenti une présence aussi tangible, comme si l'obscurité elle-même prenait vie autour d'elle.
Elle acheva l'incantation et resta immobile, le souffle suspendu, attendant une réponse, un signe, n'importe quoi. Mais rien ne se produisit. La clairière demeurait silencieuse, immobile, la lune projetant ses rayons argentés sur le cercle sans qu'aucun être surnaturel n'apparaisse.
« Est-ce que j'ai fait quelque chose de travers ? » murmura-t-elle pour elle-même, déçue et légèrement soulagée. Peut-être que ces légendes n'étaient que des histoires, des contes pour effrayer les enfants...
Mais au moment où elle pensait avoir échoué, un frisson la traversa. L'ombre de la clairière sembla soudain s'épaissir, se rassemblant en un point, juste devant elle. Un souffle glacial balaya l'air, et une silhouette se matérialisa lentement, formée d'obscurité pure, se condensant pour prendre une forme humaine. Abby sentit son cœur manquer un battement, ses jambes vaciller. Elle n'osait plus respirer, pétrifiée par ce qui prenait forme sous ses yeux.
La silhouette se précisa, révélant un homme aux traits fascinants et étranges. Ses yeux, d'un noir profond, semblaient percer son âme, comme s'ils découvraient chacun de ses secrets. Ses lèvres fines étaient étirées en un sourire indéchiffrable, un sourire à la fois amusé et prédateur. Sa présence emplissait l'espace, envahissait l'air, lui donnant une consistance oppressante qui l'empêchait presque de respirer. Abby tenta de se convaincre de rester calme, de garder sa dignité, mais l'aura sombre et envoûtante de cet être la paralysait.
L'homme – ou plutôt, la créature, car elle savait qu'il n'était rien de ce monde – la dévisagea longuement, son sourire s'élargissant lentement. « Eh bien... » murmura-t-il d'une voix rauque et profonde, teintée d'un amusement inquiétant. « Que voici... un appel inattendu. »
Abby sentit sa gorge se nouer, incapable de prononcer le moindre mot. Elle aurait voulu répondre, expliquer pourquoi elle l'avait invoqué, mais les mots refusaient de franchir ses lèvres. La présence de l'inconnu semblait aspirer toute son énergie, la rendant à la fois faible et terriblement vulnérable.
Le démon inclina la tête, observant chaque détail de son visage, comme s'il la scrutait jusqu'à l'âme. « Je ne m'attendais pas à être appelé par une créature aussi... innocente. » Un éclat de malice traversa son regard, et il avança d'un pas, réduisant la distance entre eux. « Dis-moi, petite louve, sais-tu seulement qui tu as convoqué ? »
Elle déglutit difficilement, luttant pour retrouver un semblant de voix. « Je... je voulais juste... je voulais attirer l'attention de... » Elle hésita, consciente que sa requête semblait dérisoire face à la créature redoutable qui se trouvait devant elle. Mais elle était allée trop loin pour reculer maintenant.
Le démon émit un léger rire, presque doux, mais chargé d'une ironie mordante. « Ah... L'amour. Ce désir si pathétique, si futile, et pourtant si... humain. »
Abby se sentit rougir de honte, mais elle n'avait plus le choix. Elle devait aller jusqu'au bout. « Je veux juste qu'il me voie... qu'il m'aime. »
Il haussa un sourcil, amusé, et s'approcha encore, jusqu'à ce que leurs visages soient presque à la même hauteur. Elle sentit son souffle glacial contre sa peau, chaque fibre de son être en alerte. « Et tu es prête à tout pour cela ? »
Elle déglutit, se sentant prise dans le piège de ses propres mots. Mais elle hocha la tête, déterminée, même si une voix intérieure lui hurlait de fuir, de briser ce lien dangereux avant qu'il ne soit trop tard. « Oui, je suis prête à tout. »
Le démon la fixa intensément, son regard s'assombrissant. « Très bien... Je t'aiderai. Mais en échange, tu devras me donner quelque chose en retour. »
Abby frissonna. « Qu'est-ce que tu veux ? »
Un sourire presque tendre, mais profondément inquiétant, se dessina sur son visage. « Je prendrai ce que tu as de plus précieux. Ton innocence. Ta virginité. »
Le rouge monta immédiatement aux joues d'Abby, un mélange de surprise, d'indignation et de peur. Elle s'était attendue à un prix, bien sûr, mais pas à celui-là. Elle recula d'un pas, son cœur battant à tout rompre, consciente qu'elle se tenait au bord d'un précipice.
« C'est... c'est insensé... » balbutia-t-elle, cherchant désespérément une alternative. « Je ne peux pas faire ça... »
Le démon croisa les bras, un sourire railleur sur les lèvres. « Alors renonce. Reviens à ta vie d'ombre et de silence. Reviens à ta place de petite louve ignorée. C'est à toi de décider. Mais si tu veux véritablement être vue, si tu veux que ton Alpha pose enfin les yeux sur toi... tu sais ce que tu dois faire. »
Abby serra les poings, prise entre la honte, le désir et le désespoir. Elle savait que cet être jouait avec elle, la manipulait, mais elle ne voyait pas d'autre issue. Elle avait rêvé si longtemps de cet instant, de ce jour où Callan poserait les yeux sur elle, où il la verrait enfin. Elle ne voulait plus être celle qu'on ignore.
Elle inspira profondément, laissant sa peur de côté pour un instant. « J'accepte, » murmura-t-elle, à peine audible.
Le démon la fixa, satisfait, et il approcha une main pour effleurer son visage, un contact léger, presque doux. Mais derrière cette caresse, elle sentait la puissance de cet être qui venait d'entrer dans sa vie, une force qui la dépassait. Son cœur s'emballait, partagé entre la peur et une étrange fascination pour cet inconnu.
« Alors... le pacte est scellé, petite louve, » murmura-t-il. « Ton désir sera exaucé. Mais souviens-toi... chaque faveur a un prix. Et je reviendrai pour réclamer ce qui m'appartient. »
Abby sentit un frisson la parcourir, une vague de chaleur mêlée de crainte. Mais malgré la peur qui la saisissait, une lueur d'espoir naissait en elle. Pour la première fois, elle avait l'impression de prendre le contrôle, d'avancer vers ce qu'elle voulait. Elle ignorait jusqu'où ce pacte la mènerait, mais elle se sentait prête à affronter les conséquences.
Elle regarda le démon, ses yeux emplis d'une nouvelle détermination. « Merci, » murmura-t-elle, sa voix plus assurée qu'elle ne l'aurait cru.
Il éclata de rire, un son à la fois terrifiant et séduisant. « Tu me remercies maintenant, petite louve. Mais rappelle-toi que ce n'est que le début. »
Sur ces mots, sa silhouette s'évapora dans un nuage sombre, laissant Abby seule dans la clairière. Le silence retomba, mais elle savait qu'elle n'était plus la même. Un lien invisible la liait désormais à cet être. Elle inspira profondément, se sentant étrangement enivrée par ce qu'elle venait de vivre, par ce qu'elle venait de déclencher.
Elle ignorait encore ce que ce pacte lui coûterait vraiment, mais en cet instant, cela n'avait plus d'importance. Elle avait franchi une ligne.
Le lendemain matin, Abby se réveilla avec une sensation étrange, comme si quelque chose de léger et inattendu avait changé en elle. Elle ouvrit les yeux, regardant le plafond de sa petite chambre, encore enveloppée dans les brumes du sommeil. La nuit dernière lui semblait presque irréelle, comme un rêve lointain, mais le frisson qu'elle avait ressenti en invoquant Eros restait présent. Elle frissonna en y repensant, se demandant si elle n'avait pas été folle d'aller aussi loin, de faire un pacte avec une créature des ténèbres pour essayer d'attirer l'attention de Callan.
Se levant, elle marcha jusqu'à son miroir, prête à affronter l'image de la jeune louve timide qu'elle connaissait par cœur. Mais ce qu'elle vit la fit s'arrêter, stupéfaite. Elle s'approcha, clignant des yeux, comme si l'image devant elle ne pouvait être réelle. Son visage semblait plus lumineux, ses yeux légèrement plus brillants, et sa peau... elle n'aurait su dire pourquoi, mais elle avait l'impression que son teint paraissait plus doux, plus éclatant, presque irréel. Ses lèvres aussi semblaient plus pleines, comme si elles avaient été touchées par une magie invisible.
« Qu'est-ce que... ? » murmura-t-elle, ses doigts effleurant ses lèvres. La texture, la douceur qu'elle sentait sous ses doigts... c'était comme si une version idéalisée d'elle-même se reflétait dans le miroir.
Elle se recula légèrement, touchant ses joues, observant chaque détail. Son esprit s'emballait, et elle pensa immédiatement à Eros. Il avait promis de l'aider, de transformer son apparence pour attirer l'attention de Callan. Ce qui se produisait sous ses yeux ne pouvait être qu'un effet de ce pacte. Elle sentit une pointe de culpabilité percer son excitation, mais elle la repoussa immédiatement. N'était-ce pas ce qu'elle voulait ? Être vue, être admirée ? Peut-être même par Callan ?
L'idée lui fit monter un sourire timide aux lèvres, un sourire qu'elle n'avait pas eu depuis des années. Elle se sentait plus légère, presque fière. Et en même temps, une part d'elle-même restait troublée. Cette transformation, si subtile soit-elle, la changeait d'une façon qu'elle n'aurait jamais imaginée.
Plus tard dans la journée, Abby traversa les sentiers du village, marchant plus droite qu'à l'accoutumée, chaque pas résonnant dans un nouvel élan de confiance. Elle ressentait les regards des autres sur elle, des regards curieux, presque surpris. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander s'ils avaient remarqué quelque chose. Ses cheveux semblaient plus soyeux sous la lumière du soleil, tombant en boucles douces autour de ses épaules. Elle croisait des visages familiers qui, d'ordinaire, ne lui prêtaient guère attention, mais cette fois-ci, ils s'attardaient un peu plus longtemps sur elle.
« Abby ? C'est toi ? » lança soudain une voix qu'elle reconnut immédiatement. C'était Nora, une jeune louve de la meute qui lui adressait rarement la parole. « Tu as fait quelque chose de différent ? Je ne sais pas, tu as l'air... rayonnante. »
Abby sentit son cœur battre un peu plus vite, ne sachant pas quoi répondre. Elle haussa les épaules, essayant de masquer son sourire naissant. « Oh, je suppose que c'est juste... je me sens bien aujourd'hui. »
Nora fronça les sourcils, continuant de la regarder avec une curiosité mêlée d'admiration. « Eh bien, ça te va bien. »
Les mots de Nora résonnèrent en elle, la plongeant dans une vague de satisfaction. C'était la première fois qu'on lui faisait un compliment aussi sincère, et elle sentait chaque syllabe nourrir sa confiance en elle. Alors qu'elle poursuivait son chemin, elle croisa encore d'autres loups, certains jetant des regards intéressés dans sa direction, certains même lui adressant un sourire. Elle sentait leur attention, quelque chose qu'elle n'avait jamais expérimenté auparavant.
Mais cette euphorie fut vite interrompue lorsqu'elle aperçut Susan, adossée à un arbre, les bras croisés et un sourire narquois sur le visage. La jeune louve aux courbes parfaites, toujours assurée de son charme et habituée à capter tous les regards, fixait Abby avec une lueur de mépris dans les yeux.
« Eh bien, eh bien... » murmura Susan, avançant de quelques pas pour se rapprocher d'Abby. « On dirait que notre petite invisible a enfin décidé de se montrer, » ricana-t-elle, son sourire se faisant plus acéré. « Alors, c'est quoi ton secret, Abby ? Une nouvelle potion magique ? »
Abby sentit son cœur se serrer, l'insécurité revenant en elle comme une vague froide. Elle tenta de ne pas montrer son malaise, mais le regard perçant de Susan la déstabilisait.
« Je ne sais pas de quoi tu parles, » répondit-elle, essayant de garder un ton calme.
Susan rit, un son moqueur qui attira l'attention des autres loups autour d'eux. Elle se pencha légèrement vers Abby, son visage approchant le sien avec une intensité menaçante. « Oh, allez, ne sois pas modeste. Tu as toujours été si... banale. Et voilà que soudain, tu attires les regards ? Quelqu'un ici essaie un peu trop fort, non ? »
Abby tenta de se défendre, de trouver les mots pour se protéger, mais rien ne venait. Susan avait toujours eu ce pouvoir sur elle, cette capacité à la faire se sentir insignifiante. Mais alors qu'elle baissait les yeux, une voix résonna dans son esprit, une voix sombre et familière.
*« Ne la laisse pas t'atteindre. Elle n'est rien face à ce que tu deviendras. »*
Le murmure d'Eros vibrait dans sa tête, et, étrangement, elle y trouva la force de redresser les épaules, de soutenir le regard de Susan. Un calme nouveau l'envahit, une assurance qu'elle ne se connaissait pas.
« Peut-être que les choses changent, Susan, » répondit-elle finalement, la voix claire. « Et peut-être que tout le monde n'a pas besoin d'attirer l'attention par la provocation. »
Un silence s'installa, et Abby sentit le poids des regards sur elle, des regards qui cette fois ne la jugeaient pas, mais semblaient intrigués, presque respectueux. Susan, surprise par la réplique d'Abby, écarquilla les yeux, mais son expression de surprise se transforma vite en un rictus méprisant.
« Tu crois pouvoir me tenir tête ? » cracha-t-elle, les yeux lançant des éclairs de rage. « Ne te fais pas d'illusions, Abby. Tu ne seras jamais à la hauteur. »
Malgré ses mots venimeux, Susan semblait perturbée. C'était la première fois qu'Abby osait lui répondre avec autant de calme et de détermination, et cela l'ébranlait. Abby elle-même se sentait étrangement fière, comme si un poids se dissipait de ses épaules. Elle détourna les yeux de Susan, préférant se concentrer sur cette nouvelle sensation de confiance qui grandissait en elle.
Plus tard, alors qu'elle traversait la forêt pour se retrouver seule, Abby ressentit une présence derrière elle. Elle se retourna, mais ne vit personne. Pourtant, l'air semblait vibrer d'une énergie qu'elle reconnaissait immédiatement.
« Alors, tu commences à t'habituer à ce nouveau pouvoir ? » murmura une voix douce, mais sinistre, comme une caresse obscure.
Eros se matérialisa dans l'ombre des arbres, son sourire carnassier illuminé par un faible rayon de lune. Il l'observait avec un mélange de fierté et de malice, savourant l'effet de sa magie sur elle.
« Tu as tenu tête à celle qui te tourmente depuis toujours, » dit-il, s'avançant jusqu'à ce que leurs visages soient presque à la même hauteur. « Voilà ce que je peux t'offrir, Abby. Le pouvoir de ne plus jamais être ignorée, de ne plus jamais être moquée. »
Elle le fixa, un mélange de gratitude et de méfiance dans le regard. Elle sentait la puissance d'Eros dans chaque fibre de son être, mais elle savait aussi que cela venait avec un prix. Pourtant, à cet instant, elle ne regrettait rien. Cette nouvelle assurance, cette capacité à se défendre, c'était tout ce qu'elle avait toujours désiré.
« Merci, Eros, » murmura-t-elle, bien que ses mots soient empreints d'une note d'appréhension. Elle savait que chaque faveur accordée par le démon la liait un peu plus à lui, qu'elle perdait un peu de son âme dans cette transaction. Mais elle se sentait vivante, vibrante d'une énergie qu'elle n'avait jamais connue auparavant.
Eros sourit, presque satisfait, comme s'il voyait en elle un potentiel bien au-delà de ce qu'elle-même percevait. « Ce n'est que le début, ma chère Abby. Prépare-toi à découvrir jusqu'où tu peux aller. »