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Celle qui ne veut plus de lui

Celle qui ne veut plus de lui

Auteur: Sera
Genre: Romance
Elle a tout perdu. Il croyait n'avoir rien à perdre. Éléonore de Villeroy a vécu l'enfer. Mariée à Armand, homme d'affaires brillant, héritier d'un empire, elle a subi des années de mépris, d'humiliations et de silences. Jusqu'au jour où il la répudie, sans un regard, sans un remords. Brisée, elle disparaît. On la croit morte. Mais la femme qui renaît de ses cendres n'a plus rien de l'épouse effacée qu'il a connue. Deux ans plus tard, Armand découvre qu'une mystérieuse femme d'affaires rachète discrètement les parts de son groupe. Son nom : Héloïse de Rochebrune. Son visage : celui d'Éléonore. Son objectif : le détruire. Mais la vengeance n'est pas si simple. Entre mensonges familiaux, trahisons et secrets enfouis, Armand et Éléonore se retrouvent pris dans un engrenage qui les dépasse. Lui, consumé par l'obsession de la reconquérir. Elle, déchirée entre la haine et un amour qui refuse de mourir. Car si elle est revenue, ce n'est pas pour pardonner. C'est pour qu'il comprenne, enfin, ce qu'il a perdu. Celle qui ne voulait plus de lui est une histoire de chute et de renaissance, de vengeance et de rédemption. Un roman intense où l'amour se bat contre la haine, où la vérité finit toujours par triompher, et où une femme brisée apprend qu'elle n'est pas seulement une survivante. Elle est celle qui vit.
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Chapitre 1 CHAPITRE 1 - La signature

Le stylo pesait trois cents grammes. Peut-être moins. Mais dans la main d'Éléonore, il pesait une tonne.

Le bureau du notaire sentait l'encaustique et le vieux papier. Une odeur qui donnait aux lieux une solennité d'église. À travers les hautes fenêtres, la lumière de novembre tombait, grise et fatiguée, sur la table d'acajou où reposaient les documents. Des papiers. Rien que des papiers. Et pourtant, en quelques coups de plume, ils allaient effacer sept ans de vie commune.

Armand était assis à l'autre bout de la table. Pas en face d'elle. À l'autre bout, comme si la distance entre eux devait être matérialisée, rendue visible aux yeux de tous. Il n'avait pas enlevé son manteau. Un détail qui aurait pu sembler anodin à n'importe qui, mais pas à elle. Il ne comptait pas rester. Il signerait, il partirait. Le divorce n'était pas une épreuve pour lui, c'était une formalité.

Me Leblanc, le notaire, un homme sec aux lunettes rondes, tapotait nerveusement le bord de la chemise cartonnée. Il n'était pas à l'aise. Éléonore l'avait remarqué dès l'instant où elle était entrée. Il avait détourné les yeux, s'était raclé la gorge, avait étalé les documents avec des gestes trop lents, comme s'il espérait retarder l'inévitable. Les notaires ont l'habitude des divorces, pourtant celui-là semblait le troubler. Peut-être parce que la femme assise en face de lui tremblait de tout son corps. Peut-être parce que l'homme à l'autre bout de la table souriait.

Ce sourire. Éléonore le connaissait trop bien. Un pli léger sur le côté gauche, les yeux qui ne sourient jamais. Armand arborait ce sourire dans les dîners mondains, quand quelqu'un racontait une histoire qu'il jugeait médiocre, ou quand un concurrent lui annonçait une mauvaise nouvelle en croyant le déstabiliser. C'était son masque de supériorité, cette expression tranquille qui disait sans un mot : « Tu ne vaux même pas ma colère. »

Et aujourd'hui, ce sourire-là était pour elle.

- Vous pouvez signer, madame, dit le notaire d'une voix feutrée.

Elle prit le stylo. L'air se raréfia dans ses poumons. Ses doigts se crispèrent sur l'objet, et elle fixa le trait en pointillés, en bas de la page, qui attendait sa signature comme une bouche ouverte.

Sept ans.

Sept ans de repas préparés le soir même si lui rentrait à minuit. Sept ans de chemises repassées avec soin, de dîners organisés pour ses associés, de sourires forcés quand il la présentait comme « ma femme » sans jamais la regarder. Sept ans de solitude dans un lit trop grand, à écouter le silence de la maison et à se demander ce qu'elle avait fait de travers.

La voix d'Armand la tira de ses pensées.

- Dépêche-toi, Éléonore. Je n'ai pas que ça à faire.

Cela tomba dans la pièce comme une pierre dans l'eau. Le notaire se raidit, baissa les yeux vers ses mains. L'assistant, dans un coin, fit mine de classer des dossiers pour s'occuper. Personne ne dit mot.

Éléonore leva les yeux vers lui. Elle voulut dire quelque chose. Elle avait préparé des phrases, des centaines, dans ses nuits d'insomnie. Elle avait écrit des lettres qu'elle n'avait jamais envoyées, des discours entiers qu'elle s'était répétés devant le miroir en pleurant. Mais là, face à lui, face à ce manteau qu'il n'avait pas pris la peine d'enlever, face à ce sourire immobile qui la réduisait à rien, tout se vida.

Chapitre 2 CHAPITRE 2 - La signature

Elle baissa les yeux et signa.

Le stylo glissa sur le papier avec un crissement sec. Son prénom apparut, tracé d'une main nerveuse. Le nom de jeune fille suivit. Elle appuya trop fort ; la pointe faillit déchirer la page.

- Bien, murmura Me Leblanc.

Armand signa à son tour. D'un geste ample, rapide, sans lire. Il avait toujours eu cette assurance, cette façon de s'approprier les choses sans les examiner, comme s'il savait déjà que tout finirait par lui appartenir. Même un acte de divorce.

- Voilà, dit-il en reposant le stylo. C'est réglé.

Il se leva. Le fauteuil de cuir émit un grincement bref. Éléonore resta assise, le regard fixé sur la page où l'encre noire dessinait déjà la fin de son mariage.

- Je te laisse le temps de récupérer tes affaires, ajouta-t-il en ajustant son col. Demain, ce serait bien que l'appartement soit vide.

Elle ne répondit pas. Elle regardait le notaire ranger les documents, tamponner les pages, glisser le tout dans une enveloppe. Des gestes administratifs. Froids. Ce qui avait été sa vie se réduisait à cela : une enveloppe.

Armand contourna la table. Il passa derrière elle. Elle sentit son parfum - un mélange de bois de santal et de cuir - s'engouffrer dans ses narines. Ce parfum qui l'avait séduite autrefois, qui l'avait fait se sentir en sécurité dans des rues sombres, qui avait imprégné les draps du lit conjugal. Aujourd'hui, il lui soulevait le cœur.

- Ah, et une dernière chose, dit-il en s'arrêtant près de la porte.

Elle leva les yeux. Il la regardait par-dessus son épaule, le sourire un peu plus large, les yeux un peu plus brillants.

- Merci de ne pas pleurer en sortant. Ce serait pathétique.

La porte claqua.

Éléonore resta seule dans le bureau du notaire. Le silence retomba, lourd, écrasant. Le notaire ne disait rien. L'assistant non plus. Ils attendaient qu'elle parte. Qu'elle quitte la scène de son propre anéantissement pour qu'ils puissent reprendre le cours normal de leur journée.

Elle se leva. Ses jambes tremblaient si fort qu'elle dut s'appuyer sur le bord de la table. Le monde tanguait légèrement. Elle enfila son manteau avec des gestes lents de vieille femme, attrapa son sac, et sortit.

Le froid de novembre la gifla. Elle vacilla sur le trottoir, les yeux brouillés de larmes qu'elle refusait de laisser couler. La voiture d'Armand - une berline noire étincelante - quittait déjà le parking dans un vrombissement de moteur. Il ne lui accorda pas un regard. Pas même un signe dans le rétroviseur.

Elle resta plantée là, au milieu des feuilles mortes qui tourbillonnaient sur le pavé. Les passants la contournaient sans la voir. Des bus grondaient au loin. Les vitrines allumaient leurs néons blafards. La ville continuait de battre, indifférente à la femme qui venait de signer l'arrêt de mort de son passé.

Puis son portable vibra.

Elle sursauta. Elle chercha l'appareil au fond de son sac, les doigts engourdis. Un message s'afficha, provenant d'un numéro inconnu.

« Un jour, il rampera devant toi. »

Elle fixa l'écran. Son sang se glaça. Elle regarda autour d'elle, affolée. Personne. Les trottoirs grouillaient d'inconnus pressés. N'importe qui aurait pu envoyer ce message. N'importe qui.

- Qui êtes-vous ? murmura-t-elle.

Personne ne répondit.

Elle resta là, dans le froid, le portable serré dans la main. Le message clignotait, minuscule lueur dans la grisaille.

Éléonore ne le savait pas encore, mais cette phrase - cette promesse glacée venue de nulle part - serait la première pierre d'une renaissance que personne, surtout pas Armand, n'aurait pu prédire.

Chapitre 3 CHAPITRE 3 - La femme inutile

Six mois avant le divorce.

Le champagne coulait à flots dans les salons de la demeure des Villeroy. Cent vingt invités, triés sur le volet, peuplaient les pièces en une chorégraphie mondaine parfaitement huilée. Les robes de haute couture frôlaient les parquets de chêne massif, les bijoux captaient la lumière des lustres en cristal, et les rires sonnaient faux, comme toujours, dans ce genre de soirée où chacun jouait sa partition de réussite et de puissance.

Éléonore se tenait près de la table des desserts, un verre d'eau à la main. Elle ne buvait pas d'alcool ce soir-là. Une nausée légère l'avait tenaillée tout l'après-midi, et elle avait préféré rester sobre. Sa robe bordeaux, pourtant élégante, lui serrait un peu la taille. Elle se sentait fatiguée, mais pas seulement de la soirée. Une fatigue qui venait de plus loin, de ce vide lent qui s'installait dans sa poitrine depuis des mois.

Armand se tenait à l'autre bout du salon, entouré d'un groupe d'hommes en costumes sombres. Il riait de ce rire sonore qu'il réservait aux soirées importantes, quand il fallait montrer qu'il était l'homme le plus puissant de la pièce. Sa main libre tenait un verre de whisky, l'autre s'agitait en des gestes amples pour ponctuer ses paroles. Il était brillant, magnétique, intouchable. Et il était son mari.

Elle le regarda un instant, cherchant dans ce visage un reflet de l'homme qu'elle avait aimé. Mais il ne la voyait pas. Il ne la voyait plus depuis longtemps. Ce soir-là, pourtant, elle avait quelque chose à lui dire. Quelque chose qui aurait dû changer les choses, adoucir ses traits, éclairer son regard. Elle avait attendu ce moment avec une angoisse mêlée d'espoir. Elle voulait le lui annoncer après la soirée, dans l'intimité de leur chambre, loin de ces regards qui jugeaient tout, tout le temps.

Elle posa son verre et s'avança doucement vers le groupe d'hommes. Certains la saluèrent d'un signe de tête poli. D'autres l'ignorèrent avec cette facilité qu'ont les puissants pour effacer ce qui ne leur sert à rien.

- Armand, dit-elle en arrivant près de lui. Je peux te parler une minute ?

Elle avait parlé à voix basse, avec toute la délicatesse dont elle était capable. Elle ne voulait pas l'importuner. Juste un moment. Un petit moment pour lui murmurer la nouvelle qui allait tout changer.

Armand se tourna vers elle. Son sourire disparut. Ses yeux, noirs et froids, la toisèrent de haut en bas comme s'il la découvrait soudainement, et qu'elle n'avait pas sa place dans ce décor qu'il avait bâti pour impressionner ses pairs.

- Maintenant ? demanda-t-il d'un ton sec.

- Juste une minute, insista-t-elle.

Les hommes autour d'eux s'étaient tus. La musique de fond, un quatuor à cordes jouant du Mozart, couvrait à peine le silence soudain. Éléonore sentit les regards peser sur elle. Des regards curieux, amusés, parfois gênés. Elle aurait dû reculer, remettre à plus tard, battre en retraite avec un sourire lisse. Mais elle avait trop attendu. L'espoir la poussait en avant, cette folie douce qui lui faisait croire qu'un enfant pourrait réparer ce qui était brisé.

- Quoi ? lâcha Armand en haussant un sourcil.

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