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Ce que tu dis

Ce que tu dis

Auteur:: suchiride
Genre: Romance
"Il y a les mots que tu dis, et il y a a ceux que tes yeux me crient. Je deviens folle parce queje ne sais pas lesquels croire" Je m'appelle Priyanka Khan. C'est drole, mais lorsque je compare ma vie åà l'idée que je m'en étais faite, je me dis que j'ai dû louper un virage. Rien ne se passe comme prévu.

Chapitre 1 Chapitre 01

"Je suis aujourd'hui une femme partagée entre la terreur que tout change et la terreur que tour reste pareil jusqu'à la fin de mes jours..."

Qu'es-tu prête à montrer?

Ma tante a posé la photo sur la table devant moi, attendant ma réaction.

Mon regard se porte sur les motifs sculptés dans le bois précieux de cette maudite table plutôt que sur le visage glacé de mon futur mari.

Je me souviens que cette table était un cadeau de mon frère à notre mère. Sûrement pour excuser son absence à l'anniversaire de ses soixante-deux ans...

- Chali! Ne fais pas ta timide, tu en penses quoi ? N'est-il pas magnifique? me questionne Sikita, la première petite-soeur de ma mère.

Pour le moment, je suis entourée de ma mère et de mes tantes. Tout à l'heure, ça sera au tour de mes cousines et de mes deux petites sœurs s'extasier sur la beauté de l'homme que je dois épouser.

Moi, pendant ce temps, je suis obligée de jouer la fille déjà amoureuse et heureuse de sa chance...

- Tu imagines à quoi vont ressembler les enfants ? Oh mon Dieu ! Je suis déjà si impatiente, rajoute Malavika, la deuxième de mes tantes. Notre petite Priya va se marier !

Je souris timidement, puis mes yeux rencontrent ceux de ma mère. Elle me sourit aussi. Je sais qu'elle n'est pas du genre à étaler ses sentiments, même lorsque nous sommes entre femmes. Elle est toujours entourée de cet aura d'autorité, étant la plus âgée.

Et la voir sourire, ouvertement heureuse, ça signifie beaucoup. Et pas seulement pour moi.

Puis mon regard rencontre celui de Somaya, la sœur cadette de ma mère. J'ai tellement hâte que nous puissions nous retrouver juste toutes les deux ! Ce n'est qu'avec elle que je peux réellement m'exprimer, réellement être celle que je cache aux autres membres de ma famille.

Elle me fait un clin d'œil puis tente de dissimuler son sourire ironique derrière la tasse de thé au jasmin qu'elle apporte à ses lèvres.

- Alors mon enfant ! Que penses-tu de ton futur époux? me relance Malavika.

- Il est très beau, je dis avec un sourire timide.

- Beau ? Seulement beau ! Ah cette enfant ! Si J'avais vingt ans de moins, crois-moi que je l'aurais déjà bien abordé, pour tenter ma chance ! Tu vas épouser le meilleur parti de toute la ville !

- Mali, tu devrais te calmer. Je ne pense pas que ton mari risque d'apprécier tes propos, lance Somaya, qui n'avait pas encore parlé jusque là.

- Pff ! Une véritable rabat-joie, celle-là !

Le reste du temps, je suis restée silencieuse, écoutant ma mère et mes tantes débattrent sur la manière de trouver le meilleur traiteur de Mumbai, de l'impérativité de commander mes bijoux ou encore où louer un éléphant!

Je suis heureuse de ne pas avoir mon mot à dire, parce que je ne sais pas trop ce qui pourrait alors sortir de ma bouche, et surtout si ma mère le tolérerait...

Notre relation commence tout juste à redevenir normal -enfin dans la mesure du possible-, je ne veux pas tout gâcher. Bien qu'elle ne le dise pas, je sais qu'elle me reproche encore d'être partie étudier la médecine en Angleterre. En partie parce que cela m'a pris beaucoup trop de temps: je vais sur mes trente ans et je ne suis toujours pas mariée, quelle horreur!

Je ne veux pas lui donner le plaisir de ramener de nouveau ça sur le tapis, encore moins de voir le sourire malsain sur son visage quand elle me parlera de lui, et de combien il a... gâché ma vie.

- Priyanka, tu peux aller rejoindre tes cousines. Nous aurons tout le temps de reparler de tout ceci. Et nous ne dinerons avec ta future famille, la semaine prochaine. Je suis sûre que ta future mère aimerait entendre certaines de nos idées, dit finalement ma mère de sa voix calme, me sortant de ma rêverie.

- Bien, mère.

- Grande sœur, je ne suis pas sûre qu'elle t'ait entendu, elle avait les yeux fixés sur la photo. Tu peux la prendre coquine va, me lance Sikita avant de me sonner une tape sur les fesses.

Je quitte alors l'immense terrasse, qui donne sur la piscine en contre bas, sans demander mon reste.

Encore l'épreuve de mes cousines et je pourrais prétexter une migraine avant d'aller me coucher.

*

Allongée à travers mon lit, je regarde fixement la photo devant moi, le menton posé sur mes mains.

C'est vrai qu'il est beau. Et son regard intriguant, est d'une froideur certaine.

Au pire il me traitera aussi bien qu'un beau vase à exposer, ce Arjun Darpan: une femme trophée, que l'on expose devant ses convives comme un oiseau exotique dans une magnifique cage d'or.

Ouais... peut être que je me trompe... après tout, c'est lui qui est venu voir mon père pour demander ma main.

Il doit me témoigner de l'intérêt, non ? Du moins à sa manière.

Je me souviens encore de cette soirée qu'avait organisée l'un des associés de mon père, le jour de notre rencontre. Toute la haute société de Mumbai s'était retrouvée là. Un banquet fastueux.

J'avais réussi à échapper à la surveillance de ma mère, me retrouvant enfin un moment avec mon père qui me présentait aux plus grands médecins de la ville.

Je venais tout juste de quitter la croix rouge -sous la pression de ma mère-, et il me fallait un nouveau job.

Je savais qu'arriver par piston dans un hôpital, juste parce que Papa possédait l'une des entreprises pharmaceutiques les plus rentables de l'Inde, ne me faciliterait sûrement pas les choses sur mon lieux de travail, -si on ne compte pas déjà le fait que je sois une femme-.

Mais au point où j'en étais, profiter de ma situation n'allait pas me tuer. Je me suis toujours battu pour que ma naissance, ainsi que tous ses avantages de ne me montent pas à la tête. Une petit entorse à la règle, n'allait pas signifier la fin du monde! Et vu le nombre de personnes qui devaient un service à mon père, l'affaire était déjà régler : je pouvais commencer le soir même, si je le voulais!

Puis mon père avait reconnu dans la foule l'un de ses anciens amis de Cambridge, qui se relevait être Kuval Darpan, le père d'Arjun.

Lorsque son père l'a présenté, il a baissé les yeux sur moi, avant de me tendre la main, un sourire distant sur les lèvres.

Des lèvres que j'avoue, j'avais rêvé d'embrasser deux secondes avant que nos regards ne se croisent, et que je ne lui sers la main.

La sienne était froide. Il avait retiré sa main comme si mon contact, l'avait brûlé.

Etant donné que j'observe beaucoup les détails, le message ne pouvait être plus clair...

Nous nous étions ensuite retrouvés attablés ses parents et lui, ainsi que les miens et moi à l'écart des autres convives. Tandis que nos pères animaient la discussion, se remémorant de leur rencontre en Angleterre, alors qu'ils débarquaient fraîchement tout les deux de leur Inde natal.

Tout le long de la soirée, Arjun avait soigneusement évité mon regard.

"C'est quoi son problème à ce coincé ?", je m'étais dit agacée.

C'est vrai quoi ! Ce n'était pas comme si j'allais lui sauter dessus. J'ai toujours eu un regard très expressif, mais avait-il eu le temps d'apercevoir l'éclat d'intérêt qui y avait brillé ?

Cette première impression plutôt houleuse avait mis un certain temps à disparaître de mon esprit!

Enfin après cette interminable soirée, tout ce que je voulais, c'était de rentrer me coucher.

Je fus donc très surprise lorsque mon père m'annonça que le fils de son ami, Arjun s'intéressait à moi et qu'il pensait très sérieusement m'épouser.

Mon père est un homme incroyable : bien sûr qu'il voulait de se mariage, mais il avait quand même eu la délicatesse de m'en parler avant ma mère.

Je ne reconnu pas le son de ma voix, lorsque je répondis à la question de mon père :

" Oui, papa. J'acceptes de l'épouser s'il en fait la demande."

J'avais ensuite été prise de panique, avant de me souvenir que ce soit lui ou un autre, je m'en contrefichais. Abhay n'était plus dans ma vie, alors quelle importance de savoir qui j'allais épouser ? Même si c'était le snobinard Arjun Darpan ?

Le mariage de mes parents avait été un mariage arrangé. Et celui de leurs parents aussi. En quoi cela aurait pu être différent pour moi ?

Ce crétin d'Abhay avait failli me faire croire le contraire, mais il en était absolument rien.

Les histoires d'amour finissent assez mal en règle général. Seuls quelques chanceux tirent le gros lot de cette roue parfois sadique, qu'est la vie. Et je suis parmi les grands perdants... Alors rien que pour éviter de me voir ballottée comme une stupide brindille, secouée par les bourrasques violentes de mes émotions, j'accepterai ce mariage de raison.

*

Des coups frappés à ma porte me tirent de mes pensées.

- Priya, c'est moi. Je peux entrer ?

C'est Somaya.

Je me redresse.

- Oui, entres c'est ouvert.

Ma tante passe sa tête à l'embrasure de la porte. Puis elle me sourit.

- Namasté, ma belle.

- Namasté, je lui réponds sans lui rendre son sourire.

Avec elle, je n'ai pas besoin de faire semblant.

Avec elle, je suis en sécurité.

- Alors cette migraine? dit-elle en fermant la porte.

Je la regarde un moment avant de lui répondre:

- Elle semble s'être calmée.

- Bien. En espérant qu'elle ne reste pas trop longtemps ! Imagine que tu tombes dans les pommes pendant la cérémonie, rit-elle.

Elle est tellement belle.

Et contrairement à ses sœurs, elle ne porte qu'assez rarement le sari.

Depuis la mort d'Edward, je ne l'ai pas vu avec une autre couleur que le noir.

Mettre le blanc pour témoigner de son deuil permanant, dérangerait beaucoup trop. Alors pour éviter les réprimandes de sa sœur, ma mère, elle avait opté pour le noir.

" A l'occidental", comme elle le dit souvent.

Elle s'avance vers moi de sa démarche gracieuse, avant de s'assoir à côté de moi sur le lit. Elle remarque la photo qu'elle saisit.

- Hum...il est assez mignon ce jeune homme.

- Ouais...

- Mais ce n'est pas pour cela que tu as accepté de l'épouser, rassures-moi !

- Il a un beau cul aussi, je dis en haussant les épaules.

- Oh! Petite insolente! s'exclame-t-elle en m'administrant une tape sur la tête. Qu'est-ce que je vais faire de toi !

- Je ne le sais pas moi-même. Tu sais...parfois j'ai comme tout à l'heure des moments où je me demande ce que je suis entrain de faire. Comme si je me réveillais d'un long sommeil, découvrant la situation. Avant de me rendre compte que c'est juste parce que je suis entrain de devenir folle et que je ne dois pas céder.

- Priya...

- Non. Je sais ce que tu vas dire! Alors ne dis rien, s'il te plaît.

- Il y a encore une chance pour toi! Ne t'engage pas sur ce chemin, dit-elle en me caressant les cheveux. Tout est encore à écrire.

- Mais c'est trop tard ! Et ma décision est déjà prise! Abhay m'a tout pris...

- Non, et tu sais que c'est faux. Tu as juste choisi le chemin de la facilitée !

Ma tante n'est pas du genre à mâcher ses mots. Et parfois, sa franchise m'agace.

Je ne supporte plus son contact.

- Ah oui ? Alors pourquoi toi, tu ne t'es pas remarié à la mort d'Edward ? Les jumeaux étaient à peine des nouveau-nés, il n'y avait aucune chance qu'ils se souviennent de lui ! Et tu aurais pu rencontrer un autre homme, qui t'aurait aimé, comme tu le mérites!

Aussitôt que ces mots sortent de ma bouche, je les regrette. Ma tante cesse de me caresser les cheveux. Je me tourne vers elle, complètement paniquée.

- Je...je suis désolée. Je n'ai pas réfléchi...

Elle lève la main, me faisant taire sur le champ.

- Edward, était l'amour de ma vie. Le seul homme que je ne pourrais jamais rêver d'aimer et dont j'ai eu l'immense bonheur d'être aimée en retour. Abhay est un pauvre idiot, qui n'a pas su saisir la chance de t'avoir eu dans sa vie. Mais tu ne dois pas te laisser noyer dans le chagrin parce que tu as peur de l'inconnu, peur de retenter, peur d'y croire de nouveau ! Il ne t'a pas volé ton cœur, encore moins ta capacité à aimer. Tu as juste enfermé ton cœur à double tour après qu'il ait été saccagé et jeté la clé, dit-elle d'une voix calme, me regardant droit dans les yeux.

- Ma tante...je suis désolée...

Ma voix est tremblante.

- Je sais, répond-t-elle en me prenant dans ses bras. Maintenant tu dois trouver le courage de retrouver la clé, soigner ton coeur et regarder la vérité en face.

Mes larmes se mettent à couler.

- Mais c'est impossible !

- J'accepte d'entendre que c'est dur, mais pas que c'est impossible, dit-elle fermement.

- Ça fait si mal...

- Je sais, ma puce. Je le sais.

~~~

Chapitre 2 Chapitre 02

Je ne sais pas depuis combien de temps je me frotte les mains, mais si je continue, je vais finir par m'arracher la peau.

Alors à contre cœur, j'ouvre le robinet et regarde les bulles disparaître dans les canalisations.

J'essuie rapidement mes mains avant de me regarder dans le miroir: si j'avais eu le choix, j'aurai opté pour un sari couleur aubergine.

Comme c'est ma mère qui a décidé, son choix s'est arrêté sur ce sari turquoise.

Sans doute croit-elle que ces teintes pastelles vont aider à feindre la douceur que je n'ai pas...Elle avait dit qu'il va avec mes yeux mais c'est faux. Mes yeux sont plus bleu-gris que vert. Oui, c'est de la mauvaise foi, je l'assume.

Je ferais mieux d'y retourner avant qu'ils ne finissent pas se demander ce que je fais. Avec un petit rire qui me vaut le regard réprobateur de la femme qui se lave les mains à côté de moi, je les imagine entrain de se questionner sur ce qui me retiendrait autant dans les toilettes. C'est vrai que ça ne fait pas classe.

Tout le monde sait qu'une femme de mon statue ne fait pas de grosses commissions...

Replaçant une mèche de cheveux derrière mon oreille, j'ouvre la porte, en me disant que je devrais les couper. Ma mère me truciderait si j'essayais quoi que ce soit!

Je dois encore garder les cheveux longs -du moins jusqu'à mon mariage- avant d'envisager de ne serait-ce que les raccourcir jusqu'aux épaules.

Comment ma mère réagirait si jamais je revenais à la maison avec une coupe à la garçonne comme Charlize Theron? Il faudrait le faire pour savoir. Heureusement, je tiens plus à ma tête qu'à ma coupe de cheveux!

Je marche alors en souriant, jusqu'à la salle principale du restaurant -l'une des propriétés de la famille Darpan évidemment-.

Quand j'ai la table que nous occupons en vue, je change légèrement ma démarche et ma posture : mademoiselle jeune-femme-parfaite-de-bonne-famille est de retour.

Arjun a les yeux fixés sur moi, les sourcils légèrement relevés. Ai-je vu l'ombre d'une sourire sur ses lèvres ? Difficile de dire à cette distance.

- Veuillez m'excuser pour le retard, une touriste m'avait arrêté pour me demander si c'était vraiment la couleur de mes yeux ou juste des lentilles, je dis avec un sourire parfaitement calculé.

Le genre de sourire sagement moqueur, avec une pincée de mépris.

- Ces gens sont drôles ! Toujours à croire que le meilleur ne peut provenir que d'eux, s'exclame le père d'Arjun.

- Tu l'as dis mon cher ! Tu te souviens encore de toutes ces remarques à Cambridge ?

- Bien sûr !

- Tes yeux sont magnifiques, réussi à me glisser Madhur, la mère d'Arjun avant que mon père et son ami ne repartent dans un autre récit.

Madhur est une femme d'une beauté rare, qui m'a plu dès que nous nous sommes rencontrées.

Elle est d'une telle simplicité:

"Tu vas devenir ma seconde fille. Et je ne veux pas que toutes ces choses parfois archaïques ne viennent encombrer notre relation, ma chérie. Je suis contente que mon fils ait jeté son dévolu sur une femme comme toi", avait-elle dit avec un clin d'œil.

Une femme incroyable en somme.

Ce que j'aime quand je suis avec eux, ce que je n'ai pas besoin de beaucoup parlé, juste assez pour approuver ce qu'ils disent.

Je peux ainsi laissé mon attention dériver ailleurs: j'aime observer les gens. Même si de là où nous sommes -au centre de l'immense salle au haut plafond-, c'est nous qui sommes la cause de toutes les attentions.

Et à raison : deux des plus puissantes familles de la ville vont s'unir par le mariage. Il faut que ça se sache!

Puis mes yeux tombent sur Arjun. Mon cher futur mari.

Toujours ce regard aussi distant.

Son attitude est comme une perche qui m'est tendue, je suis si tentée de la saisir, que j'hausse légèrement les sourcils avant de sourire.

Il plisse des yeux, avant de reporter son attention ailleurs.

Mais...il a sourit !

Que cache-t-il d'autre derrière ce masque de perfection ?

J'ai envie de le découvrir.

Ce mariage pourrait être plus intéressant que ce que je pensais...

Je dois cependant faire attention à ne pas en abuser, je ne sais pas comment il réagirait s'il savait quelle genre de personne je suis réellement. Et combien cette personne est différente de l'image que je véhicule...

Parce qu'il y a de fortes chances qu'il cherche à annuler le mariage.

Plus les jours avancent, plus le stress s'accumule. Il y a une chose incroyable que j'ai découvert quand j'étais en Angleterre : j'aime courir.

A l'approche des examens, quand je n'allais pas bien ou juste lorsque Abhay et moi nous disputions, j'allais courir.

J'avalais les kilomètres, jusqu'à ce que je ne puisse plus mettre un pied devant l'autre. Alors seulement, je m'allongeais à terre, tandis que mes poumons en feu tentaient d'aspirer le plus d'air.

Envisager de sortir de la propriété pour aller courir dans Mumbai, la nuit ? Impensable pour ma famille. De plus, notre parc ne me suffit plus. Alors certaines nuits, comme ce soir, lorsque je n'en peux plus, je sors en douce. Oui bon, je ne me limite qu'aux beaux quartiers de Mumbai. J'ai réussi à m'entendre avec notre portier : j'ai droit à 7 heures par mois, à raison d'une par semaine. Ce n'est pas beaucoup, mais c'est déjà ça.

Certains diront que c'est une restriction de liberté, d'autres une mesure de sécurité...

Sentir mon rythme cardiaque grimper en flèche est une sensation enivrante.

C'est comme si mon cœur réclamait sa liberté, cherchant à sortir de ma cage thoracique. Arrivée à la fin de mon parcours, je m'arrête, les mains appuyées sur mes genoux. J'ai la gorge en feu, et le souffle court, mais surtout je commence à sentir mon stress refaire surface.

Demain, j'ai un déjeuner prévu avec Arjun. Et je ne sais absolument pas comment ça va se dérouler. Que veut-il me dire ? C'est vrai que depuis le début, nous n'avons jamais eu l'occasion de vraiment parler. J'appréhende donc énormément. Je dois prendre mon courage à deux mains: je suis déjà bien engagée dans toute cette histoire, il m'est impossible de faire demi-tour! Je ne peux qu'avancer, tout en essayant à de m'adapter à ce qui va être ma nouvelle vie. Et ça promet! Je sais que toutes les femmes confrontées au mariage arrangé, n'ont pas la chance de rencontrer leurs futurs époux avant les noces. Encore moins leur parler, donc en quelque sorte, on peut dire que j'ai une sacrée chance. Le truc, ce que je ne veux pas avoir à me comparer aux autres.

Nous n'appréhendons pas tous les chose de la même façon. Ce que je considères comme acquis et allant de soit, peut être le rêve d'une autre personne, et vice versa...

Je jette un coup d'œil à ma montre : 22h50. Je ferai mieux de rentrer.

*

Le restaurant Iksha - la vue-, porte bien son nom : situé dans la tour Lodha World One, elle offre une vue magnifique sur Mumbai, mais aussi sur la mer d'Arabie. A la base, la tour n'était censée être qu'une suite de résidences de luxe, mais Kishnan Lokprakash le plus grand Chef de la ville, a réussi à acquérir avec sa femme les trois derniers étages, pour en faire un restaurant. Dont les mets sont réputés dans tout l'Inde. J'y ai parfois dîné avec mes deux amies : Adrika et Idha. Mais alors, il m'avait fallu réserver des mois à l'avance! C'est un lieu comme sorti d'un rêve.

L'endroit a quelque chose de magique que j'ai toujours apprécié : dès que l'on sort de l'interminable ascenseur, on est accueilli par le bruissement des rideaux d'eau, ainsi que l'odeur des lotus plantés dans les bassins, ainsi que celui plus entêtant du jasmin. Des plantes tropicales de toutes sortes tombent des vases ciselés, accrochés sur le haut plafond. Les tables sont judicieusement dispersées dans les trois étages du restaurant, parmi lesquelles circule un personnel prêt à faire n'importe quoi pour vous satisfaire.

- Namasté, me dit une jolie hôtesse dont les cheveux sont retenus par une longue natte qui glisse sur son épaule lorsqu'elle se penche pour me saluer. Bienvenue a l'Iksha.

- Namasté, je lui réponds.

- Avez-vous une réservation ? Ou êtes-vous attendue...

- Oui, je suis attendue. La table est au nom d'Arjun Darpan.

Ses yeux s'écarquillent légèrement lorsque je prononce le nom de mon futur mari. Puis elle me sourit de plus belle.

- Veuillez me suivre, madame. Votre table se trouve au dernier niveau. La vue y est splendide, dit-elle en utilisant son badge pour ouvrir un autre ascenseur.

Nous effectuons le trajet en silence.

Quel âge peut-elle avoir ? Surement le même que moi, elle ne semble pas très âgée. Elle a un très beau sourire, j'aimerai engager la conversation, mais je n'ose pas, de peur de la mettre mal à l'aise. Du coup, je me concentre sur ma tenue pour ne pas trop penser à la boule de stress sournoise qui a élu domicile au creux de mon estomac. Ma mère n'a pas approuvé ma tenue, évidemment. Elle aurait voulu que je porte un sari à la place. J'ai finalement opté pour un chemisier blanc avec un pantalon d'un turquoise très pâle-oui j'aime finalement cette couleur-, des talons aiguilles et une petite pochette en guise de sac. Je me sens plus à l'aise comme ça, parce que cela donne à ce rendez-vous des airs d'entretien d'embauche plutôt qu'un déjeuner avec l'homme qui va devenir mon mari. Ce que je peux facilement gérer. Tant que je me dirais que c'est un acte de pur bon sens, tout ira pour le mieux.

Je plonge une main dans mes cheveux, tentant de les recoiffer un peu.

- Vous êtes parfaite, me dit l'hôtesse.

- Merci, je réponds en lui rendant son sourire complice. Ce que...je suis un peu nerveuse.

- Essayez de penser à quelque chose qui vous apaise. Tout va bien se passer, vous verrez.

Ah oui ?

Dès que les portes s'ouvrent, elle reprend tout son professionnalisme et me conduit vers la table où m'attend Arjun.

Le dernier étage est le plus beau du restaurant. On se croirait dans un magnifique jardin, où tout a été conçu pour éblouir les clients: la végétation y est plus luxuriante. Et que dire de cette vue dégagée sur la ville? On se croirait dans un jardin perché dans les nuages.

Arjun occupe une table près de l'immense baie vitrée, par laquelle on peut voir l'Ouest de Mumbai et la mer. Dès qu'il lève les yeux de son téléphone et qu'il me voit, il se lève.

J'avoue, qu'il ne me laisse pas indifférente dans son costume d'un gris presque noir qui souligne son corps athlétique. Quel genre de sport peut-il pratiquer ? En tout cas, la vue est fort agréable...

Sa barbe, ainsi que sa moustache sont parfaitement taillés, agrémentent les traits harmonieux de son visage, tandis que ses cheveux sont parfaitement coiffés en arrière. Avec cette allure très soignée, il est encore plus impressionnant. Cependant, ses yeux restent parfaitement inexpressifs, tandis que je m'approche. Il pourrait tout aussi bien être entre de regarder un panneau publicitaire... Un du genre: "vous trouverez ici, les spécimens les plus intéressants de femme à marier. Nous avons un catalogue fourni'... enfin bref. Je commence sérieusement à m'égarer, là.

Lorsque l'hôtesse et moi arrivons à son hauteur, sans plus se préoccuper d'elle et à ma grande surprise, il se penche vers moi et dépose un baiser sur ma joue. Ce qui me surprend énormément, surtout qu'en Inde, il est presque impossible d'assister de la sorte à des démonstrations publiques d'affections.

Son odeur est un mélange de bois de santal et de pin. Un parfum qui me rappelle mes randonnées en Angleterre dans la forêt. Je sens aussi sur lui une très légère odeur de tabac. Fumerait-il ?

- Tu es très belle aujourd'hui, me dit-il de sa voix grave.

- Merci, je réponds d'une voix chevrotante.

Ce qui le fait sourire et m'agace. Je ne veux pas qu'il ait conscience de l'effet qu'il a eu sur moi, pendant une milliseconde. Je ne le veux absolument pas!

- Euh...Bonjour monsieur Darpan. Je me prénomme Aïsha et je suis l'hôtesse qui va s'occuper de vous durant l'ensemble du service.

Arjun et moi, nous tournons alors vers elle. J'avais presque oublié qu'elle était là.

Heureusement pour moi, elle est la seule à avoir le geste affectif d'Arjun! Les autres clients étant séparés de nous par les rideaux d'eau ou encore des plantes. Elle semble si embarrassée, qu'elle ne le regarde pas dans les yeux, mais fixe un point sur sa poitrine.

Voilà donc l'effet qu'il a sur les femmes... Pauvre Aïsha, elle a les joues écarlates. Et on dirait bien qu'elle ne sait plus où se mettre.

- Bien. Et merci, répond calmement Arjun.

Aïsha repart très vite après avoir murmurer qu'elle nous rapportait les menus. Arjun me tire la chaise pour que je m'installe avant de venir s'asseoir en face de moi.

- Comment vas-tu ? As-tu passé une bonne semaine ?

Il semble attendre ma réponse avec intérêt. Et cela est loin de l'image remplie de froideur que j'ai de lui.

Je devrais sans doutes faire des efforts. Parce que lui semble en faire. Après tout, nous sommes tout les deux plus ou moins dans le même bateau.

- Je vais bien, merci. J'ai passé une semaine remplie mais positive dans l'ensemble. Et toi ?

Je décide de jouer la carte de la neutralité. Comme ça, aucun risque de pris!

- Je vais bien aussi, dit-il avec un sourire bref. En ce moment, je suis en plein sur un contrat de fusion-acquisition complexe, mais très important. C'est assez stressant, malheureusement.

- J'espère que ça va bien se passer.

- Je l'espère aussi. Ces acheteurs de Singapour sont disons...très capricieux.

Il marque une pause, tandis que son regard dérive un moment vers la baie vitrée. Ce qui me laisse tout le loisir de l'observer. Mes yeux sont attirés par l'anneau en or qu'il porte à l'annulaire gauche. Je la porte moi aussi. Nous les avons échangé lors de la cérémonie de nos fiançailles... Si mes souvenir sont exacts, c'était la première fois que je le touchais.

- Excuse-moi, de ce moment d'inattention. Je ne voudrais pas que notre déjeuner soit alourdi par le fait de parler de mon travail.

- Ça ne me gêne pas de parler de ton travail. C'est une façon différente d'apprendre à te connaître.

Il lève les yeux sur moi.

Et une ombre y passe. Que signifie-t-elle?

- C'est vrai, tu as raison.

Il est sur le point de rajouter quelque chose, lorsqu'Aïsha revient avec les menus.

La cuisine de l'Iksha se vente de mêler aussi bien les saveurs occidentales que celles purement indiennes. Je me contente de choisir en plat principal du Dam aloo*, tandis qu'Arjun opte pour des légumes korma*.

- Comment se passe ton travail à l'hôpital ?

- ...Je dois avouer que c'est éprouvant. Aussi bien physiquement, que moralement, surtout avec les préparatifs du mariage.

Ce qui m'est vraiment difficile, c'est de tenir une conversation où je dois peser le pour et le contre de tout ce que je dis. Comme si chaque mot que je sortirai, allait être une balle que je tirerai à mon propre pied...

Il hoche la tête, toujours en me regardant droit dans les yeux. C'est assez étrange qu'il me regarde d'ailleurs si longtemps en face, lui qui a toujours tendances à m'ignorer en temps normal. Et à cause du peu d'intérêt qu'il m'a manifesté jusque là, je ne peux m'empêcher de me demander la véritable raison de ce déjeuner.

- Comment en es-tu arrivée à devenir médecin ? Et n'est-ce pas...dangereux pour toi de travailler dans l'hôpital publique de Mumbai ? Tu pourrais te faire agresser...

Contrôle ta bouche, Priyanka!Je prends tranquillement une bouchée de mon plat.

C'est vraiment délicieux ! Ce qui me laisse le temps de savourer et réfléchir, avant de lui répondre.

- Il y a fort peu de chances que j'y subisses une agression. Aussi étrange que cela puisse paraître, l'hôpital et ses environs font partie des lieux où je suis le plus en sécurité. Comme la médecine est une passion, rien que pour ça, je suis prête à prendre des risques. D'ailleurs ma tante Somaya y est pour beaucoup. C'est le métier que j'ai toujours voulu faire, grâce à elle.

- Dans quel but ? Je veux dire, tu aurais pu faire n'importe quoi d'autre ! Journaliste par exemple, tu as le physique pour. D'ailleurs on a plus de facilitée à t'imaginer comme cela, devant un écran qu'en médecin.

Il n'y va pas par quatre chemins lui ! Mais ai-je vraiment envie de lui parler de ma motivation d'être médecin ? De plus, je pourrais bien prendre mouche avec ce qu'il vient de dire. Une femme n'aurait pas le droit d'être belle et en même temps avoir une cervelle ? Pour quelqu'un qui a fait la majeure partie de ses études dans des pays occidentaux, il tient un discours très conservateur...

Je dois retenir toute ma fibre féministe avant de répondre, parce que la tournure que cette conversation prend, commence me montrer quelque chose qui risque de me mettre en colère. Je n'aime pas être cataloguée. C'est quelque chose avec laquelle je lutte depuis des années: cataloguée pourrie gâtée, parce que ma famille est riche. Cataloguée étrange, parce que je venais d'un autre pays dont la plus part de mes camarades à l'université ne connaissaient que pour ses films ou par des documentaires sur le Tiers-Monde. D'ailleurs, certains étaient persuadés que je passais ma vie à manger du curry. Et enfin, cataloguée incompétente, parce que j'étais une femme, exerçant un métier à majorité masculine...

- J'ai une question. Et réponds -moi franchement s'il te plaît: vas-tu m'interdire de travailler, une fois que nous serons mariés?

Aie. Au moins j'ai essayé.Chassez le naturel et il revient au galop dès que l'on est trop stressé pour réfléchir correctement !Je ne sais pas comment il va réagir à cette question dans laquelle, je n'ai même pas cherché à mettre les formes.Ma voix a été dure.

Il me regarde un long moment avant de répondre, calmement. Au moins, il est égal à lui-même.

- Non. Je ne ferais pas une chose pareille. Je respecte tes choix. Et j'admire ce que tu fais. Il faut du courage, et peu de personnes savent en faire preuve. Je suis désolé, si je t'ai paru un peu brusque, je voulais juste que tu m'en parles honnêtement. Je m'excuse sincèrement.

- J'ai plutôt eu le sentiment de subir un interrogatoire, je dis avec un sourire gêné.

Il éclate de rire. Ce qui transforme complètement son visage. C'est incroyable.

- Voilà qui est intéressant, dit-il avec un sourire énigmatique. Mais n'est-ce pas une autre manière de faire connaissance? Nous devons faire un effort pour ne pas nous retrouver avec l'un comme l'autre, un parfait inconnu. Un inconnu avec qui, il serait difficile de lancer les bases d'une relation, tu ne trouves pas?

- Oui tu as raison, je dis hésitante.

Il marque un point.

Nous parlons le reste du déjeuner de nos études, des villes dans lesquelles nous avons vécu, ou juste visité.

Le mariage n'a pas été explicitement évoqué depuis ma question, mais ce n'est pas pour autant que je vais dire que nous avons eu un échange intime. C'était plutôt comme un échange de données entre futurs associés.De plus, il y a quelque chose chez Arjun qui me pousse à vouloir en savoir plus à son sujet.

Certes, je sais qu'il a 30 ans, -soit deux ans de plus que moi-, fils aîné d'une fratrie de 3 enfants : deux garçons dont lui, ainsi que sa petite sœur. Il a étudié en Suisse, puis aux Etats-Unis. Mais l'homme qui se trouve derrière cette première emphase, je ne le connais pas.

Ce qui est normal puisqu'il y a encore un an et demi, je ne savais même pas qu'il existait!

Ce qui m'angoisse le plus, c'est l'idée qu'il en sera ainsi pour le restant de ma vie avec lui. Il y a cette...froideur dans ses yeux. Il ne risque pas de se "lâcher" avec moi, ça c'est sûr. Et est-ce que je le veux ? Est-ce que je veux apprendre à le connaître? J'ai accepté de me lier à lui, mais ai-je accepté le reste pour autant ? Et que suis-je prête à le laisser voir ?

Si je suis honnête avec moi même, je dois me dire que je n'ai pas à lui reprocher d'être distant avec moi. Si on me demandait à cet instant, alors que nous traversons Mumbai dans sa voiture, de lui dire tout lui sur moi, je refuserai catégoriquement. A quoi je pensais ? A défaut d'amour, nous pourrions au moins être des amis proches, pour que ça marche ? Des associés en somme, des partenaires de la même galère ? Des conneries.

Les choses ne seront pas comme ça entre Arjun et moi. Je le sais. Je le sens.

~

Chapitre 3 Chapitre 03

- Tu étais censée, me surveiller avec la barre ! Tu veux que je m'étrangle avec ou quoi ?

- Désolée, je réponds en aidant mon amie à déposer les poids qu'elle soulevait.

- Il ne faut pas lui en vouloir, Idha ! Depuis qu'elle va se marier, elle n'a plus toute sa tête, lance Adrika depuis son tapis roulant.

- On ne t'a rien demandé, je lui réponds agacée.

- Remarque, si je devais me préparer à passer mes nuits avec un homme comme celui-là, je ne penserais plus à rien d'autre, moi aussi...

Ce qui fait rire toutes les habituées du Club. Ces femmes qui n'ont rien d'autres à faire que laisser traîner leurs oreilles sur les histoires des autres. Si non comment pourraient-elles avoir de la matière pour leurs conversations téléphoniques du soir ? Elles savent parfois élever le commérage au rang d'art. Je comprends toujours pas comment Idha et moi, avons pu laisser Adrika nous entraîner dans ce nid à vipères qu'elle appelle affectueusement,son "Club de Sport pour VIP"... Je ne dénigre pas le fait que nous bénéficions ici d'installations dernier gris, de coachs privés, avec en prime après chaque séances, des massages et passages obligatoire au Hammam, mais tout de même! Il suffit qu'une de ces femmes apprennent quelque chose, pour que tout Mumbai soit au courant dans la soirée!

- Adrika, contrôle un peu ta bouche, la réprimande Idha.

- Bon, bon ! Si on ne peut même plus dire ce que l'on pense!

Puis elle descend du tapis et vient vers nous.

- Je suis désolée, d'accord?

Elle effectue une révérence tout en roulant des yeux. Toujours prête en mettre en pratique ses talents d'actrice.

- Je te pardonne, je dis d'une voix faussement condescendante.

- Pff ! J'espère juste qu'une fois mariée, tu ne vas pas devenir aussi coincée qu'Idha, dont on n'a pourtant pas encore fêté les 3 ans de mariage ! Elle a maintenant plus de pudeur que ma grand-mère! On peut même plus évoquer le sexe, sans qu'elle scande un attentat à la pudeur...

- Je ne suis pas devenue "coincée" comme tu le dis ! Si tu gardais le même homme pendant assez longtemps, tu comprendrais que tout ce qui te passe par la tête, n'est pas forcement bon à sortir de ta bouche !

- En parlant de ça, tu en as où avec le partenaire de ton dernier film? je lui demande.

- Ne m'en parlez même pas ! Il est aussi con, qu'il est bon acteur ! Comment un cerveau aussi petit que le sien, peut à ce point aussi bien jouer les hommes éperdument amoureux devant la caméra et être ensuite aussi minables ! Les hommes sont tous les mêmes : une bande de lâches, incapables de quoi que ce soit, lorsqu'on les confronte à la réalité des choses!

- Nuances ! Les hommes que tu attires, sont tous les mêmes, lui lance Idha.

Ce qui nous fait rire elle et moi.

- Ah ah ! Très drôle les filles, réplique Adrika faussement vexée.

Adrika fait partie des ces actrices qui divisent les foules. D'un côté, elle fait partie des plus douées de sa génération : Hollywood lui fait même les yeux doux depuis quelques temps. Et de l'autre elle essuie énormément de critiques à cause de sa vie privée -sentimentale pour être plus précise-, qui fait presque tous les jours la une des tabloïds. Avec des nombreuses photos prises d'elles sortant des clubs branchés au bras d'un homme presque différent à chaque fois. D'ailleurs dernièrement, elle a été accusée de sortir avec un banquier marié. Ce qu'elle n'a même pas essayé de nier. Et même à nous ses amies, elle n'a jamais parlé de cet homme.

Adrika se fiche complètement de ce que l'on pense d'elle. Si quelque chose ne lui plaît pas, elle ne perd pas de temps à le faire savoir. Sans détour. C'est d'ailleurs pour cette raison que les féministes indiennes l'adorent : elle ne se cache pas, s'assumant telle qu'elle est, une femme libre, qui veut vivre sa vie comme elle l'entend. Elle me dit toujours : "Tu devrais essayer de te décoincer un peu, histoire de voir ce qu'il en est ! Toi et moi savons que tu n'es pas comme Idha".

Idha. La douce et belle Idha. De nous trois, c'est elle la plus censée. Toujours à nous reprendre lorsqu'Adrika et moi commençons à dépasser les limites. " Tu n'es plus à New York, Adrika ! Et toi non plus, Priya, ici ce n'est pas Oxford ! Nous sommes en Inde, les filles ! Alors apprenez à vous tenir". Véritable génie en mathématique, Idha travaille dans la finance et il y a deux ans et demi, elle a épousé l'amour de sa vie, Lakshan. Ayant grandie dans un foyer progressiste, il était impensable pour ses parents lui trouver un mari. C'est d'ailleurs drôle qu'elle soit la plus traditionnelle de nous trois.

- Je n'arrive pas à croire que tu vas te marier, recommence Adrika.

- Je prie pour que bientôt ça soit ton tour, Adrika...

- Ne rêve pas trop, Idha !

- C'est vrai, je renchéris. Tu imagines le pauvre homme qui aura le malheur de tomber dans ses crocs? Il va sûrement en venir à demander la mort...

Nous nous éloignons ensuite des autres femmes.

- Alors ? Comment est-il ? Je l'ai bien croisé dans une ou deux soirées, mais rien qui puisse en dire beaucoup sur lui.

- Eh bien...Il est courtois, m'appelle souvent pour avoir de mes nouvelles et me fait parvenir des présents : fleures, bijoux... Il veut que ça marche, il fait des efforts pour. Et il ferait un excellent père.

Je ne reconnais pas ma voix. On dirait que je récite un texte. Et mes amies me connaissent assez pour l'avoir remarquer. Aucune ne le soulève. Je leur en suis reconnaissante. Mais pas pour longtemps:

- ...tu ne l'aimes pas.

Ah Adrika. Fidèle à elle-même!

- Adrika, la somme Idha.

- Quoi ? C'est vrai n'est ces pas ? Tu n'es pas amoureuse de lui.

- Ça ne s'appelle pas "mariage arrangé" pour rien, je lui réponds un peu amère.

- Et ça te va ? Je veux dire, tu acceptes ça, comme ça ! Je t'ai connu plus...passionnée.

- Oui ça me va, je dis en la regardant droit dans les yeux. Arjun est mon futur mari et tu devras l'accepter.

- Très bien, dit-elle en hochant lentement la tête.

Mais elle ne rajoute rien. Je n'ai pas besoin qu'elle me dise ce que je sais déjà.

Mon amie est bourrée de bonnes intentions envers moi, mais cette fois-ci, vaut mieux qu'elle ne dise rien.

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