Une détonation. Sèche, brutale, déchirant l'air comme un couperet. Mon souffle s'étrangle dans ma gorge. Une main se referme sur mon bras, me tirant en arrière avec une force implacable. Je vacille, mais l'étreinte ne faiblit pas. Une voiture. Portière ouverte. L'odeur de cuir et d'essence. Un coup contre ma tempe. L'obscurité.
Je me réveille en sursaut. L'arrière de mon crâne pulse violemment, comme si quelqu'un s'amusait à enfoncer des clous brûlants dans ma boîte crânienne. Je tente de bouger, mais mes poignets sont entravés. Du plastique rigide enserre mes chairs. Mes chevilles aussi. Je suis assise sur un sol dur, froid. Une pièce sans fenêtre. Seule la lueur artificielle d'un néon grésillant éclaire l'espace exigu.
Un bruit. Léger, imperceptible, mais suffisamment menaçant pour faire bondir mon cœur. Une clé tourne dans une serrure. Une porte s'ouvre, projetant une ombre massive dans l'embrasure. Il entre. Grand, silhouette sculptée dans une précision presque irréelle. Il ne porte ni masque ni cagoule. Son visage est découvert, assumé. Une arrogance tranquille, une puissance contenue. Des yeux perçants, d'un gris acier, m'analysent avec une intensité qui me fait frissonner.
- Vous êtes réveillée.
Sa voix est grave, parfaitement contrôlée. Aucun énervement. Aucune impatience. Juste un fait énoncé comme une évidence.
- Où suis-je ?
Il ne répond pas. Il s'accroupit devant moi, s'accordant une seconde pour me détailler comme on évalue un objet dont on vient de faire l'acquisition. Son regard effleure mes poignets liés, remonte à mon cou, s'attarde sur mon visage. Il ne sourit pas, mais quelque chose, dans l'angle de sa mâchoire, suggère une satisfaction contenue.
- Pourquoi m'avez-vous enlevée ?
- Vous posez trop de questions.
Il se relève, impassible. Mes muscles se tendent, prêts à bondir, mais il est plus rapide. Un mouvement fluide, à peine un frémissement, et sa main se referme sur ma mâchoire, maintenant mon visage immobile.
- Écoutez-moi bien, Émilie. Vous êtes ici pour une raison précise. Vous comprendrez bientôt.
Je refuse de détourner les yeux. Il veut me dominer, instaurer une dynamique de peur. Je ne lui donnerai pas ce pouvoir.
- Allez au diable.
Un silence. Un battement de cœur suspendu dans l'air. Puis un rire, discret mais vibrant d'une menace sourde.
- J'y suis déjà.
Il relâche mon menton et recule d'un pas. Son ombre se fond dans l'obscurité du couloir quand la porte se referme sur lui. Un verrou claque.
Je suis seule. Pour l'instant.
Les heures s'étirent, pesantes. Je refuse de céder à la panique, mais mon corps trahit mon esprit. Mon souffle est trop rapide, mes doigts tremblent. J'ai toujours cru être forte. Indépendante. Mais comment tenir quand tout vous échappe ?
Je ferme les yeux. Réfléchis. Chaque détail compte. L'odeur métallique de l'air. Le grésillement intermittent du néon. Le sol glacé sous mes doigts. Mon cerveau enregistre, classe, analyse. La clé est de comprendre où je suis, avec qui j'ai affaire.
Maxime. Il n'a pas donné son nom, mais j'ai entendu l'un de ses hommes l'appeler ainsi. Son attitude ne laisse aucune place au doute : il est en contrôle. Pas un simple exécutant, mais le chef. Ce qui signifie qu'il a un plan.
Et moi, je dois trouver un moyen de le détruire avant qu'il ne me détruise.
La porte s'ouvre de nouveau. Deux hommes entrent, encadrant Maxime comme des ombres silencieuses.
- Détachez-la.
Un déclic. Mes poignets sont libérés. Je pourrais tenter quelque chose, mais les deux gorilles à ses côtés me dissuadent de tout mouvement impulsif.
Maxime m'observe, jauge ma réaction. Il attend une explosion, une insulte, une attaque. Je ne lui donne rien.
- Le silence, ça change, commente-t-il avec un sourire en coin.
Je soutiens son regard.
- Vous attendez quoi, exactement ? Que je vous remercie pour cette hospitalité ?
Son sourire s'efface.
- Suivez-moi.
Il pivote et quitte la pièce. Je n'ai pas le choix. Soit je reste ici, enfermée dans cette cage, soit je prends le risque d'affronter le monde extérieur à ses côtés.
Je le suis.
Nous traversons un couloir faiblement éclairé. Chaque pas résonne sur le sol de béton. Des portes fermées, aucune fenêtre. Un labyrinthe souterrain.
Maxime s'arrête devant une pièce plus vaste. Un bureau. Minimaliste. Un grand fauteuil en cuir noir trône derrière un bureau en verre. Il s'y installe et me désigne la chaise en face de lui.
- Asseyez-vous.
Je croise les bras.
- Non.
Un frisson d'agacement traverse son regard.
- Vous allez vite comprendre, Émilie, que je ne suis pas un homme patient.
- Et moi, je ne suis pas une femme docile.
Un silence électrique s'installe.
Il finit par se lever, contournant lentement son bureau. Sa présence est écrasante, chaque pas calculé pour imposer son contrôle.
- Très bien, murmure-t-il. Jouons.
Et dans ses yeux, une lueur nouvelle. Une étincelle dangereuse.
Le jeu vient de commencer.Je reste debout face à lui, refusant de me soumettre à son autorité silencieuse. Son regard fixe le mien, une tension invisible flottant entre nous. Il attend que je cède, que je prenne place dans cette chaise qu'il a désignée comme si j'étais un pion sur un échiquier.
Je ne bouge pas.
- Vous aimez les défis, murmure-t-il en penchant légèrement la tête.
- Non. J'aime juste ne pas obéir aux ordres d'un homme qui m'a kidnappée.
Un sourire, à peine esquissé. Il s'amuse. Pire encore, il semble apprécier ce jeu de pouvoir.
- Vous voulez de la liberté, Émilie ? C'est simple. Respectez mes règles.
Je serre les poings.
- Vos règles ne me concernent pas.
Il s'avance, lentement, mesurant chaque pas comme un prédateur qui jauge sa proie. Il n'est pas pressé. Il sait déjà qu'il gagnera.
- Vous êtes ici parce que je l'ai décidé, dit-il d'un ton calme. Ce qui signifie que votre existence, dans cet endroit, dépend entièrement de ma volonté. Vous mangez quand je l'ordonne. Vous dormez quand je l'autorise. Vous parlez si je vous en donne la permission.
Une onde glacée se répand le long de ma colonne vertébrale, mais je refuse de montrer la moindre faiblesse.
- Et si je refuse ?
Il s'arrête juste devant moi. Une chaleur brutale émane de lui, contrastant avec le frisson qui me traverse.
- Alors vous apprendrez à obéir.
Son assurance me déstabilise. Il ne menace pas. Il énonce un fait, comme s'il connaissait déjà l'issue de notre affrontement.
- Je n'obéirai pas.
Son regard glisse sur moi, calculateur.
- Nous verrons.
D'un signe de tête, il ordonne à ses hommes de quitter la pièce. Ils obtempèrent sans un mot, refermant la porte derrière eux. Je me retrouve seule avec lui, la tension doublant d'intensité.
- Asseyez-vous, répète-t-il.
Je reste immobile.
Il ne répète pas une troisième fois. Au lieu de cela, il tend la main et, avec une rapidité effrayante, m'attrape par le poignet. Son étreinte est ferme sans être douloureuse, une démonstration de contrôle absolu. Il m'entraîne vers la chaise et m'y fait asseoir d'une pression assurée.
Je me redresse aussitôt, les yeux brûlants de défi.
- Vous ne pouvez pas me forcer à me soumettre.
Il ne répond pas immédiatement. Son regard explore mon visage, s'attarde sur ma bouche, sur la tension dans ma mâchoire.
- Je n'ai pas besoin de vous forcer, Émilie. Vous finirez par comprendre que tout est plus simple quand on ne lutte pas contre l'inévitable.
Son ton est glacial, dénué de toute émotion. Pourtant, une ombre traverse fugacement son regard. Une hésitation infime, presque imperceptible, comme s'il n'était pas aussi inébranlable qu'il voulait le paraître.
Il s'éloigne et s'installe derrière son bureau.
- Vous voulez savoir pourquoi vous êtes ici ?
- Évidemment.
Il croise les doigts, prenant le temps d'observer ma réaction.
- Vous représentez une valeur.
Mon cœur se serre.
- Quelle valeur ?
- Cela dépend. Vous pouvez être un problème ou une opportunité.
Je ne supporte pas son ton énigmatique.
- Parlez clairement.
Son sourire disparaît.
- Vous avez croisé la route de personnes que vous n'auriez pas dû approcher.
Je fronce les sourcils.
- Je ne sais pas de quoi vous parlez.
Il se penche légèrement en avant, posant ses avant-bras sur son bureau.
- Vous le saurez bientôt.
Mon ventre se contracte. Il joue avec moi, distille l'information au compte-gouttes pour me déstabiliser.
- Et en attendant, je suis censée suivre vos ordres aveuglément ?
- Pas aveuglément. Juste intelligemment.
Je secoue la tête.
- Vous êtes malade.
Un silence. Il ne cille pas.
- Et vous, vous êtes trop téméraire pour votre propre bien.
Il se lève, faisant le tour du bureau pour venir se planter devant moi. Cette fois, il se penche, rapprochant son visage du mien.
- Vous avez deux choix, Émilie. Vous battre contre moi et rendre votre captivité insupportable...
Sa main frôle le bras de ma chaise, m'enfermant dans son ombre.
- ... ou apprendre à jouer intelligemment.
Je retiens mon souffle.
- Je ne suis pas un pion.
Son regard plonge dans le mien.
- Alors prouvez-le.
Un silence lourd s'installe. Je ne cède pas. Il ne bouge pas.
Finalement, il se redresse et s'éloigne.
- Vous serez escortée à votre chambre. Des vêtements vous y attendent. Une fois changée, nous dînerons ensemble.
Je m'apprête à protester, mais il lève la main.
- Ce n'est pas une invitation. C'est une règle.
Il me fixe une dernière fois avant d'ordonner à un de ses hommes de me reconduire.
La chambre est spacieuse, bien au-delà de ce que j'imaginais. Pas une cellule, ni un endroit lugubre. Des meubles sobres, une salle de bain attenante, une armoire remplie de vêtements soigneusement disposés.
Je devrais me sentir soulagée. Je ne le suis pas.
Tout ceci fait partie d'un plan. Un moyen de m'apprivoiser, de me faire croire que cette captivité n'en est pas une.
Je ne tomberai pas dans le piège.
Pourtant, en me regardant dans le miroir, je vois la fatigue creuser mon visage. Mon esprit veut se battre, mais mon corps accuse le coup.
Je prends une douche rapide, refusant d'apprécier l'eau chaude qui détend mes muscles tendus. Je choisis une tenue simple parmi celles mises à ma disposition, évitant celles qui me semblent trop élégantes, comme si Maxime tentait de me transformer en un trophée bien habillé.
Lorsque je sors, un garde m'attend devant la porte.
- Suivez-moi.
Aucune hésitation. Aucune possibilité de refus.
Je suis conduite dans une salle à manger luxueuse où Maxime est déjà installé.
Il lève les yeux vers moi, un éclat calculateur dans le regard.
- Asseyez-vous.
Cette fois, je m'exécute. Mais pas parce qu'il l'a ordonné. Parce que je dois apprendre à le connaître. Trouver une faille.
Et m'échapper.Je m'assois en face de lui, mon regard ancré dans le sien. Il ne dit rien au départ, se contentant de me détailler comme s'il cherchait à deviner ce que j'allais faire ensuite. Ce silence, loin d'être anodin, est une tactique. Une manière de tester ma patience, de me faire comprendre que tout ici fonctionne à son rythme, selon ses propres règles.
Je me redresse légèrement, refusant d'être celle qui détourne le regard la première.
- Vous pensez que m'offrir un dîner va suffire à me faire accepter ma captivité ?
Un sourire effleure sa bouche, fugace.
- Je pense que la faim est une ennemie plus redoutable que moi.
Je serre les mâchoires. Il ne se trompe pas. Mon estomac crie famine depuis des heures, et l'odeur des plats disposés sur la table me torture. Mais je refuse de céder.
- Mangez, dit-il simplement en servant du vin dans son verre.
- Pas avant d'avoir des réponses.
Il repose la bouteille avec calme, puis croise les doigts devant lui.
- Et si je vous disais que certaines vérités sont plus dangereuses que votre ignorance ?
Je croise les bras.
- J'aime le danger.
Son regard s'assombrit imperceptiblement.
- Je n'en doute pas.
Il porte son verre à ses lèvres et en boit une gorgée avant de me fixer à nouveau.
- Vous voulez comprendre pourquoi vous êtes ici ?
- Oui.
Il hoche lentement la tête, comme s'il pesait ses mots.
- Très bien. Alors commençons par une question simple. Que savez-vous de moi, Émilie ?
Un frisson glisse sur ma peau. Il prononce mon prénom avec une familiarité troublante, comme s'il le possédait déjà.
- Pas grand-chose, dis-je en me redressant. Juste que vous êtes un homme riche avec un sérieux problème de moralité.
Son sourire s'élargit légèrement.
- Riche et immoral... Une description intéressante, bien que simpliste.
- Vous voulez que j'ajoute « kidnappeur » ?
- Oh, mais ce serait inexact. Vous n'êtes pas ici par hasard.
Je fronce les sourcils.
- Vous insinuez que je l'ai cherché ?
Il repose son verre et s'appuie contre le dossier de sa chaise.
- Je dis que votre existence est liée à des événements qui vous dépassent.
Ma gorge se serre.
- Expliquez.
Il marque un temps d'arrêt, puis ses yeux sombres accrochent les miens.
- Vous connaissez le nom Devereaux ?
Le nom résonne dans mon esprit, familier sans que je puisse immédiatement le replacer.
- Non.
Il observe ma réaction, cherchant peut-être un signe de mensonge.
- Alors laissez-moi vous éclairer. Devereaux était un homme influent, puissant... et dangereux.
- Était ?
- Il est mort. Brutalement.
Une tension grimpe dans ma poitrine.
- Et quel rapport avec moi ?
Il repose son verre avec une lenteur mesurée.
- Vous étiez à la mauvaise place, au mauvais moment.
Une vague glaciale se répand dans mes veines.
- Je ne comprends pas.
- Devereaux avait des ennemis. Des gens prêts à tout pour obtenir ce qu'il cachait.
- Et vous faisiez partie de ces gens ?
Son regard devient plus tranchant.
- J'étais... impliqué, disons.
Une vérité incomplète. Je le sens.
- Pourquoi m'avoir enlevée, alors ?
Il se penche légèrement vers moi.
- Parce que vous avez quelque chose que ces ennemis veulent.
Mon souffle se bloque.
- C'est absurde. Je ne connais pas cet homme, je ne possède rien qui lui appartienne.
- Pas directement. Mais vous avez croisé sa route.
- Et alors ?
Un silence. Il semble hésiter, puis finit par lâcher, d'une voix plus grave :
- Il n'était pas humain.
La pièce semble se contracter autour de moi.
- Pardon ?
- Devereaux était... différent. Comme moi.
Mon cœur manque un battement. Une lueur étrange passe dans ses yeux, et soudain, l'air devient plus lourd, comme chargé d'une énergie invisible.
- C'est une blague ?
- Pas du tout.
Il se lève lentement, s'éloignant de la table pour se poster près de la fenêtre.
- Vous êtes née dans un monde où l'on vous a fait croire que l'humanité était la seule forme d'existence intelligente. C'est faux.
Je secoue la tête.
- Vous attendez quoi ? Que je vous croie sur parole ?
Il se retourne vers moi, et cette fois, quelque chose dans son regard change. Une intensité brute, quelque chose de plus animal que rationnel.
- Vous n'avez pas d'autre choix.
Un frisson parcourt mon échine.
- Vous êtes en train de me dire que vous êtes...
Il ne répond pas immédiatement.
- Disons que loup-garou serait un terme approximatif.
Mon cerveau refuse d'assembler les pièces. C'est absurde. Totalement insensé.
- Non.
- Oui.
Un silence oppressant s'installe entre nous.
- Pourquoi moi ?
Il s'approche de nouveau, lentement.
- Parce que vous avez vu quelque chose, sans en être consciente. Quelque chose que les autres veulent effacer.
Les battements de mon cœur résonnent dans mes tempes.
- Je ne me souviens de rien.
- Pas encore.
Une menace implicite flotte dans l'air. Une sensation de vertige me prend.
- Et vous ? Vous êtes quoi exactement ?
Il me fixe, son regard noir et insondable.
- Je suis ce que vous redoutez le plus, Émilie.
Je me lève d'un bond, prise d'un instinct de fuite absurde.
- Je veux partir.
- C'est impossible.
- Je ne crois pas à vos histoires.
- Vous finirez par croire.
Sa voix est calme, mais chaque mot résonne comme une sentence.
Un battement de silence. Puis, il ajoute :
- Mangez, maintenant. Vous aurez besoin de forces.
Je ne bouge pas.
- Pourquoi ?
Son sourire disparaît.
- Parce que la nuit sera longue.
L'air est trop pur, trop immobile. Comme si le monde entier retenait son souffle.
Je me tiens devant la porte verrouillée, la main crispée sur la poignée. Je la tourne lentement, une fois, deux fois. Rien. Évidemment. Maxime n'a rien laissé au hasard.
Je me recule d'un pas, le regard balayant la pièce avec une précision chirurgicale. Le moindre détail, la plus infime anomalie pourrait être une clé. Pourtant, tout semble parfait. Trop parfait.
Le silence s'étire, oppressant. Je refuse d'être une marionnette dans ce décor de rêve. Mon regard s'accroche aux hautes fenêtres, aux rideaux lourds qui masquent partiellement l'extérieur. Je m'approche, tire légèrement le tissu de velours et mon cœur rate un battement.
Une forêt dense, sombre, s'étend à perte de vue. Aucune route. Aucun voisin. Juste cette prison dorée perdue au milieu de nulle part.
Je serre les dents. Il ne m'a pas simplement enfermée. Il m'a coupée du monde.
Un bruit léger résonne derrière moi.
Je me retourne d'un coup, prête à faire face. Personne. Juste le souffle discret du vent s'infiltrant sous la porte.
Mon cœur bat trop vite. Je dois sortir d'ici.
Je commence par le plus évident : la fenêtre. Mes doigts glissent contre la poignée, mais elle ne bouge pas d'un millimètre. Verrouillée. Je frappe contre la vitre, plus par frustration que par réel espoir. Aucun son ne traverse l'épaisseur du verre.
Je recule, inspirant profondément pour calmer la panique qui menace de me submerger. Réfléchis. Chaque prison a une faille.
J'ouvre les placards, fouille les tiroirs, retourne les coussins du canapé, passe mes mains sous les meubles. Rien. Même pas un objet tranchant, pas la moindre faiblesse exploitable.
Je jette un regard vers la porte. Impossible qu'il ait oublié un détail. Mais... peut-être que je peux le forcer à faire une erreur.
Je prends une inspiration et donne un grand coup de pied dans la table basse. Le bruit résonne violemment dans la pièce, brisant le silence comme une détonation. Mon souffle est court. J'attends.
Quelques secondes plus tard, un déclic retentit.
La serrure.
Je me précipite vers la porte, me plaquant contre le mur juste à côté.
Elle s'ouvre lentement. Une ombre glisse à l'intérieur.
Je n'attends pas. Je frappe, de toutes mes forces.
Un grognement, un mouvement de recul.
Je m'élance vers l'ouverture.
Une main se referme sur mon bras, me stoppant net.
- Pas si vite.
La voix de Maxime est posée, mais l'étincelle dans son regard trahit un amusement dangereux.
Je me débats, mais il resserre son étreinte sans effort.
- Vous pensiez quoi, exactement ? Que j'avais négligé la seule issue possible ?
Son ton est presque moqueur, et cela me donne envie de hurler.
- Lâchez-moi.
Il incline la tête, me scrutant comme un prédateur jouant avec sa proie.
- Si je refuse ?
La rage brûle en moi.
- Alors j'utiliserai tous les moyens possibles pour m'échapper.
Il sourit, lentement.
- J'espère bien.
Sa réponse me coupe le souffle.
Il referme la porte d'un geste fluide, et cette fois, j'entends le bruit métallique de plusieurs verrous.
- Vous pouvez explorer tant que vous voulez, Émilie. Mais cette maison est une cage.
Je fixe son dos alors qu'il s'éloigne.
Une cage peut toujours être brisée.
Et je trouverai comment.Je me tiens face à lui, le souffle court, le corps tendu comme une corde prête à rompre. Maxime me fixe avec une intensité troublante, son regard ancré dans le mien comme s'il cherchait à déchiffrer chacun de mes mouvements avant même que je les fasse.
- Vous aimez tester vos limites, murmure-t-il.
Je me redresse, serrant les poings.
- Et vous aimez imposer les vôtres.
Un sourire fugace effleure ses lèvres.
- J'impose ce qui est nécessaire.
Sa voix est calme, mesurée, mais il y a autre chose sous cette maîtrise apparente. Une tension sous-jacente, une force contenue que je ne peux ignorer.
- Enfermer une femme contre son gré, c'est « nécessaire » ?
Il penche légèrement la tête, observant ma réaction.
- Dans votre cas, oui.
Un frisson me traverse, non pas de peur, mais d'une émotion plus complexe, plus troublante. Il se tient trop près, son corps projetant une ombre qui me retient presque prisonnière autant que les murs de cette maison.
Je refuse de reculer.
- Vous pouvez me surveiller autant que vous voulez. Ça ne changera rien.
- Vraiment ?
Il s'avance d'un pas. Je me crispe, mais je tiens bon.
- Ce petit jeu vous amuse ?
- Ce n'est pas un jeu, Émilie.
Sa voix est plus grave, et une ombre passe dans ses yeux.
- Alors quoi ? Une punition ?
Il inspire lentement, comme s'il pesait ses mots.
- Une protection.
Je laisse échapper un rire sans joie.
- Vous avez une conception tordue de la protection.
Son regard s'assombrit.
- Vous n'avez aucune idée de ce qui vous menace.
Je soutiens son regard, refusant de me laisser impressionner.
- Et vous, vous êtes quoi exactement ? Mon geôlier ou mon sauveur ?
Un silence tendu s'installe.
Puis, doucement, il lève une main vers mon visage. Je ne recule pas, mais mon cœur s'emballe. Il ne me touche pas. Il laisse simplement ses doigts effleurer l'air entre nous, comme une menace silencieuse, une promesse non formulée.
- Peut-être un peu des deux, souffle-t-il.
Mon ventre se contracte. C'est insensé. Je devrais le haïr. Je devrais être terrifiée. Pourtant, quelque chose dans son regard me trouble d'une manière que je ne peux expliquer.
Je détourne les yeux, rompant ce lien invisible entre nous.
Je dois sortir d'ici.
***
L'heure tourne. Je n'ai pas bougé depuis notre confrontation, mais mon esprit travaille à toute vitesse.
Chaque prison a une faille.
Je mémorise chaque détail de la maison. Chaque porte, chaque fenêtre, chaque possible issue. La seule question est : comment sortir sans qu'il ne s'en rende compte ?
Un bruit de pas dans le couloir me fait tressaillir.
Je n'ai pas le temps d'attendre.
Je me dirige vers la porte de la salle de bain, l'ouvre sans bruit et me glisse à l'intérieur. Un mince filet d'air s'infiltre par une petite ouverture en haut du mur.
Mon seul espoir.
Je monte sur le rebord de la baignoire, étire mes bras jusqu'à l'aération. Elle est verrouillée, mais le loquet semble fragile.
Je fouille dans le tiroir sous l'évier et trouve une pince à cheveux.
Avec des gestes précis, je travaille sur le loquet, retenant mon souffle à chaque mouvement.
Un déclic.
Mon cœur s'emballe.
Je pousse doucement la grille, juste assez pour voir l'extérieur. Une pente de toit, puis... le vide.
Je serre les dents. Pas le choix.
Je me hisse lentement, mes muscles tendus sous l'effort. Mes pieds quittent la sécurité du sol, et une poussée d'adrénaline traverse mon corps.
Je me faufile à travers l'ouverture, mes doigts agrippant le bord du toit. Une rafale de vent me frappe, et je me crispe, essayant de ne pas perdre l'équilibre.
Un bruit résonne derrière moi.
Une porte qui s'ouvre brutalement.
- Émilie.
Sa voix est tranchante, impérieuse.
Je n'hésite pas. Je me laisse tomber.
L'instant de suspension est terrifiant. Puis mes pieds touchent violemment le sol. Je roule pour amortir l'impact, mon souffle coupé par la douleur.
Je n'ai pas le temps de récupérer.
Je me redresse et cours.
Les arbres défilent autour de moi, leur présence oppressante, presque irréelle. Je ne sais pas où je vais, mais je cours comme si ma vie en dépendait.
Derrière moi, un bruit.
Un grognement.
Je n'ose pas me retourner.
Mais je sens sa présence.
Une ombre passe à une vitesse inhumaine.
Puis, avant même que je puisse réagir, un choc violent me projette au sol.
Je lutte, me débattant de toutes mes forces.
Des bras puissants m'immobilisent.
- Vous ne comprenez vraiment pas, murmure Maxime contre mon oreille.
Son souffle est chaud contre ma peau, contrastant violemment avec le froid qui me mord les membres.
- Lâchez-moi !
Il ne bouge pas.
- Vous croyez que vous pouvez fuir ?
Son ton est plus dur, son emprise plus ferme.
- J'y arriverai.
- Non.
Un silence.
Puis, d'une voix plus basse :
- Ce n'est pas moi que vous devriez craindre.
Mon corps entier se fige.
Sa poigne se relâche légèrement, mais je sens toujours sa force contenue, comme un prédateur maîtrisant son instinct.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
Il me redresse lentement, me forçant à soutenir son regard.
- Il y a pire que moi dehors.
Je secoue la tête, refusant d'accepter ce qu'il insinue.
- Ce n'est qu'une excuse pour me garder ici.
Il ne répond pas immédiatement.
Puis, il murmure :
- Vous croyez que je mens ?
Son regard capte le mien, et une lueur étrange y brille.
Mon cœur se serre.
- Alors regardez.
Et, sous mes yeux, son corps change.
Lentement.
Trop lentement pour être un simple effet d'ombre.
Sa mâchoire semble s'étirer imperceptiblement, ses yeux prennent une teinte surnaturelle, et un frisson glacé court sur ma peau.
Je ne respire plus.
- Vous n'avez aucune idée du monde dans lequel vous venez de mettre les pieds, Émilie.
Mon corps refuse de bouger.
Son emprise s'adoucit légèrement, mais l'avertissement est clair.
- Et si vous tentez encore de fuir...
Son regard se fait plus sombre, plus intense.
- ...vous pourriez ne pas aimer ce qui vous attend de l'autre côté.
Un frisson incontrôlable parcourt mon échine.
Cette fois, je le crois.
Une chaise vole à travers la pièce et s'écrase contre le mur. Mon souffle est court, mes poings serrés, et je n'ai jamais ressenti autant de rage de ma vie.
- Vous êtes un monstre.
Ma voix tremble, pas de peur, mais de fureur contenue. Il est là, impassible, appuyé contre le bureau comme si rien de tout ça n'avait d'importance. Comme si mon explosion de colère ne l'atteignait pas.
- Un monstre ? répète-t-il d'un ton presque amusé.
Son regard capte le mien, d'un calme insupportable.
- C'est ainsi que vous me voyez ?
- Comment voulez-vous que je vous voie ? Vous m'avez enlevée. Vous m'avez gardée prisonnière. Vous me parlez comme si je n'avais aucun droit, comme si j'étais un fichu objet qui vous appartient !
Je m'avance d'un pas, défiant l'espace entre nous.
- Alors oui, Maxime. Vous êtes un monstre.
Le silence s'installe, pesant, tendu comme un fil prêt à rompre.
Puis il bouge enfin. Lentement.
Il se redresse, s'approche avec cette démarche calculée qui m'exaspère autant qu'elle me trouble.
- Je pourrais l'être, murmure-t-il.
Son regard ne quitte pas le mien.
- Mais pas pour les raisons que vous croyez.
Je secoue la tête, furieuse.
- Ne jouez pas à ce jeu-là avec moi. Vous croyez quoi ? Que si vous parlez avec assez de mystère, je vais oublier ce que vous avez fait ?
Il ne répond pas tout de suite.
Il me scrute, comme s'il pesait chaque mot avant de les libérer.
- Ce que j'ai fait...
Il s'arrête à quelques centimètres de moi.
- C'était nécessaire.
Un rire amer m'échappe.
- Vous avez une définition bien à vous de ce mot.
- Vous ne comprenez pas.
- Alors expliquez-moi.
Je le défie du regard.
- Allez-y, Maxime. Dites-moi pourquoi. Dites-moi ce qui, dans votre tête dérangée, vous a fait penser que c'était la seule option.
Il inspire lentement, et je le vois hésiter. Juste une fraction de seconde.
Puis, enfin, il parle.
- Parce que si je ne l'avais pas fait, vous seriez morte.
Ma gorge se serre.
- Belle excuse.
Il hoche la tête.
- Je m'en doutais. Vous n'êtes pas prête à entendre la vérité.
Je lève les yeux au ciel.
- Parce qu'il y a une « vérité » derrière tout ça ?
Son expression se durcit.
- Oui.
- Alors dites-la.
- Non.
Je recule d'un pas.
- Vous êtes un lâche.
- Non.
Il croise les bras, son regard ancré dans le mien.
- Je vous protège.
Je ris de nouveau, sans joie.
- Vous protégez qui, exactement ? Moi, ou votre secret ?
Il ne répond pas.
Et c'est là que je comprends.
Mon cœur rate un battement.
- C'est ça, pas vrai ?
Je le scrute, cherchant la moindre faille.
- Ce n'est pas moi qui suis en danger. C'est vous.
Je vois sa mâchoire se contracter, une tension nouvelle sur son visage pourtant si contrôlé.
- Vous cachez quelque chose.
Un silence.
Puis, dans un murmure presque inaudible :
- Oui.
Je me fige.
Il n'a pas cherché à nier.
Mon cœur s'emballe.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Quelque chose que vous n'êtes pas prête à entendre.
- Essayez-moi.
Il ferme les yeux un instant, comme s'il pesait l'ampleur de sa réponse.
- Vous croyez aux monstres, Émilie ?
Un frisson me traverse.
- C'est quoi, cette question ?
- Répondez-moi.
Son regard est plus intense, presque hypnotique.
- Non, bien sûr que non.
- Alors c'est là votre erreur.
Il avance encore, et cette fois, je recule instinctivement.
- Parce qu'ils existent.
Un silence.
Je secoue la tête, tentant de chasser le frisson qui remonte le long de ma colonne vertébrale.
- Vous délirez.
- Vraiment ?
Sa voix est basse, menaçante.
- Regardez-moi dans les yeux et dites-moi que je mens.
J'ouvre la bouche, prête à répliquer.
Mais ses yeux.
Ils changent.
Ce n'est pas une illusion.
Ce n'est pas un jeu de lumière.
C'est... réel.
Ma gorge se noue.
- Qu'est-ce que vous êtes ?
Il ne répond pas.
Mais il n'a pas besoin de le faire.
Parce que, pour la première fois depuis mon enlèvement, une peur réelle s'infiltre sous ma peau.
Et cette fois, ce n'est pas lui que je crains.
C'est ce qu'il est.
Je reste figée, incapable de détourner les yeux. Ce que je viens de voir défie tout ce que je crois possible. Ses pupilles, d'un noir insondable, ont pris une teinte surnaturelle, un éclat presque bestial. L'illusion ne dure qu'une seconde. Une fraction de seconde, mais c'est suffisant pour que tout mon corps se fige sous l'onde glaciale de la peur.
- Vous avez vu, murmure-t-il.
Ce n'est pas une question.
Ma respiration est erratique. Je veux nier, rationaliser, trouver une explication. Mais aucune ne me vient.
- Qu'est-ce que vous êtes ?
Ma voix est faible. Ce n'est pas une accusation. C'est une supplication.
Son expression se ferme. Son masque d'impassibilité revient, mais il est trop tard. Je l'ai vu trembler. Je l'ai vu hésiter.
- Je suis juste un homme, Émilie.
Je ris, un rire nerveux, incontrôlable.
- Un homme ne fait pas... ça.
Il ne répond pas immédiatement. Son regard glisse sur moi, calculateur, mais il y a quelque chose de différent cette fois-ci. Une fissure dans son armure.
- Vous ne comprendriez pas.
- Essayez-moi.
Il s'approche, et cette fois, je ne recule pas. Il tend la main lentement, comme s'il craignait ma réaction, puis l'arrête à quelques centimètres de mon bras. J'ai le souffle court.
- Vous êtes terrifiée.
Ce n'est pas une provocation. Ce n'est même pas un reproche.
C'est un constat.
Je déglutis avec difficulté.
- Je ne sais même pas ce que je dois craindre.
Il esquisse un sourire, un sourire qui n'a rien d'amusé.
- C'est peut-être mieux ainsi.
Sa main frôle finalement mon bras. Je tressaille. Son contact est... différent. Pas froid, pas brûlant. Juste intense.
Je veux le repousser, hurler, lui dire que rien de tout cela n'a de sens.
Mais je ne bouge pas.
- Vous avez enlevé la mauvaise personne, dis-je d'une voix plus fragile que je ne l'aurais voulu.
Son pouce effleure ma peau.
- Je ne suis pas sûr de ça.
Mon cœur s'emballe.
- Pourquoi moi ?
Il ne répond pas immédiatement. Son regard s'attarde sur mes traits, cherchant quelque chose que je ne peux pas identifier.
- Parce que vous avez vu quelque chose que vous n'auriez pas dû voir.
- Je ne comprends pas.
- Vous comprendrez.
Il recule légèrement, mais son regard est toujours ancré au mien.
- Vous avez essayé de fuir.
Je serre les dents.
- Et je recommencerai.
Son sourire est furtif.
- C'est bien ce que je pensais.
Un silence.
Puis, contre toute attente, il tend la main vers moi.
- Venez.
Je fronce les sourcils.
- Où ça ?
- Vous voulez des réponses ?
Je hoche la tête malgré moi.
- Alors suivez-moi.
Je ne sais pas pourquoi je le fais. Peut-être parce que je n'ai pas le choix. Peut-être parce qu'une partie de moi veut comprendre.
Je prends sa main.
Et cette fois, je n'arrive pas à ignorer le frisson qui me parcourt l'échine.