~ Ayana Oyiba ~
Je gare ma voiture dans la cour de la maison de Victoire, je viens rarement chez ma sœur, c'est à la demande de notre mère que j'y viens toujours, mais aujourd'hui, nous devons toutes les deux discuter de son mariage. J'ai pris contact avec un service traiteur pour le mariage de Victoire, il s'occupera de la nourriture, c'est la raison pour laquelle je viens la voir.
Je marche jusqu'à la terrasse et je sonne, Ugo m'ouvre la porte.
- Bonjour Ayana, dit-il en souriant.
- Bonjour Ugo.
- Vas-y, entre.
Il me laisse passer et nous entrons dans le salon. J'y trouve un homme assis devant la télévision, il tient dans sa main un verre de ce qui me semble être du whisky. Quand il remarque ma présence, il me fixe avec curiosité.
- Bonjour, dit-il, chaleureusement.
- Bonjour, réponds-je.
- Frédéric, je te présente Ayana ma belle-sœur, dit Ugo. Ayana, Frédéric est un ami.
- Enchantée, Ayana, dit l'ami en me souriant.
- Enchantée, réponds-je sur un ton neutre.
- Ayana, prend place s'il te plait, je t'apporte quelque chose à boire ? me demande Ugo.
- Non, merci.
Je m'assois sur un fauteuil.
- Victoire est-elle présente ? demandé-je à Ugo.
- Oui, je vais l'appeler, répond-il.
Il se dirige vers le couloir et quitte mon champ de vision. Je ressens le regard de l'ami de mon beau-frère sur moi, je me tourne vers lui et nos regards se croisent.
- Vous êtes la sœur de Victoire ? demande-t-il en souriant.
- Oui.
- Sa grande sœur, je suppose.
Je hoche juste la tête.
- Je me demande pourquoi je ne vous avais jamais vu auparavant, Ugo est un très bon ami et je passe souvent ici, mais jamais, je ne suis tombé sur vous jusqu'à aujourd'hui.
Je le regarde sans rien dire ni réagir, absolument rien ne m'oblige à tenir une conversation avec lui.
- La beauté est vraiment une affaire de famille chez vous, dit-il.
J'arque les sourcils en le regardant, il porte calmement son verre à ses lèvres en me fixant, je détourne simplement mon regard et je le porte sur la télévision.
Des bruits de pas se font entendre, Ugo entre dans la pièce, suivie de Victoire qui tient la main Pablo. Quand Pablo voit l'ami d'Ugo, il lâche la main de Victoire et va se jeter sur ce Frédéric.
- Tonton Frédo, dit joyeusement Pablo.
- Oui, bonhomme, répond Frédéric en souriant.
Il soulève Pablo et le fait assoir sur ses cuisses.
- Bonjour Ayana, dit Victoire en me regardant.
- Bonjour, réponds-je.
- Pablo, tu n'as pas vu ta tante pour lui dire bonjour ? dit Ugo sur un ton de reproche.
Pablo prend une mine timide et me regarde.
- Bonjour, tantine Ayana, dit-il d'une petite voix.
- Bonjour Pablo, ça va ? demandé-je d'une voix calme.
Il hoche la tête pour répondre par l'affirmatif, puis reporte son attention sur Frédéric. Je regarde furtivement Pablo, notre relation de tante et neveu est frigide, je ne discute pas avec lui et il ne vient jamais vers moi, il est sous la réserve quand il s'agit de me parler, je crois qu'il ne m'aime pas beaucoup.
- Frédéric, je crois qu'Ugo t'a présenté ma grande sœur, dit Victoire.
- Oui, il m'a présenté ta magnifique grande sœur, dit-il en souriant.
Victoire lui rend son sourire et se tourne vers moi.
- Tu peux me suivre dans la cuisine une minute ? J'ai une marmite au feu, dit-elle.
- D'accord.
Je me lève en prenant mon sac et nous allons dans la cuisine. Je m'assois sur une chaise, tandis que Victoire se dirige vers la plaque de cuisson, elle s'occupe de ses marmites durant quelques minutes, puis elle vient s'assoir en face de moi.
- Tu vas bien, Ayana ?
Je la regarde, assez surprise par sa question.
- Ça va, dis-je, calmement.
- Ok, je t'écoute.
- J'ai contacté un service traiteur et j'ai besoin d'une liste des plats que tu souhaites avoir à ton mariage.
- D'accord, ils sont compétents ?
- J'ai goûté quelques-uns de leurs plats, ils cuisinent bien, mais si tu le souhaites, tu peux toi-même y aller et goûter.
- Non, pas besoin, si tu dis qu'ils cuisinent bien, je te crois.
Durant une trentaine de minutes, Victoire me dresse une liste de plats variés, elle m'explique spécifiquement ce qu'elle veut et je note tout sur une feuille.
- Je crois que c'est tout, dis-je.
- Oui.
- D'accord, je vais rentrer.
Je prends mon sac à main sur la table et je me lève.
- Ayana ?
- Oui, fais-je en regardant Victoire.
- Est-ce que tu veux bien être l'une de mes demoiselles d'honneur ?
Je fronce les sourcils, Victoire me regarde d'un air calme, mais je remarque qu'elle se triture nerveusement les doigts.
- D'accord, dis-je sur un ton neutre.
Je perçois de la surprise dans son regard.
- Les filles ont préparé une chorégraphie, tu pourrais peut-être aller aux répétitions.
- Je ne danserai pas, Victoire, et tu sais mieux que quiconque que tes amies ne m'aiment pas. Elles ne supporteraient pas ma présence si je vais à leurs répétitions.
Elle hoche juste la tête, elle sait bien que c'est la vérité.
- Par contre, il faudra me montrer le modèle choisi pour les demoiselles d'honneur, dis-je.
- Je t'enverrai une photo de la robe et le nom de la boutique dans laquelle tu peux la retrouver.
- D'accord.
- Merci Ayana, dit-elle.
Je hoche la tête et je sors de la cuisine. Ugo et Frédéric débattent en rigolant dans le salon, Pablo est désormais allongé sur les cuisses de son père avec un petit dinosaure dans sa main.
- Ugo, je vais y aller, dis-je.
- Déjà ? fait Frédéric en me regardant.
Je ne fais pas attention à lui, il dit « déjà ? » comme si on se connaissait ou que c'est lui que j'étais venue voir.
- Victoire et toi avez fini ? me demande Ugo.
- Oui.
- Ok, tu rentres bien ma belle-sœur, dit-il en souriant.
- Merci, réponds-je. Au revoir Pablo.
Pablo lève la tête vers moi.
- Au revoir tantine Ayana, répond-il.
Il reporte son attention sur son jouet.
- À la prochaine, Ayana, dit Frédéric en me fixant.
- Au revoir.
***
Aujourd'hui, j'ai enfin pu récupérer ma robe de demoiselle d'honneur, la boutique n'avait plus ce modèle de robe et la couleur choisie par ma sœur, j'ai donc dû attendre deux semaines pour l'obtenir. Après l'avoir déposée au pressing, je prends la route pour la maison de Victoire, je dois récupérer le bouquet de fleurs qui me servira d'accessoires.
Je gare ma voiture devant la maison de Victoire, je descends et je marche jusqu'à la cour, j'aperçois les amies de ma sœur, elles sont assises à la terrasse en train de discuter joyeusement. Lorsqu'elles me voient, leurs mines changent et elles se taisent toutes.
- Bonjour, lancé-je, calmement.
- Bonjour.
Je continue mon chemin sans me soucier de qui a répondu ou non à ma salutation, ce n'est pas mon problème. Lorsque Victoire a informé ses amies en ma présence que je me joignais à elles en tant que demoiselle d'honneur, j'avais bien vu dans leurs regards désapprobateurs qu'elles n'étaient pas ravies, mais personne n'a dit quoique ce soit, de toute façon, ces filles n'ouvrent jamais leurs bouches devant moi, toutes les bêtises qu'elles disent à mon sujet, c'est toujours dans mon dos.
J'entre dans la maison, Victoire est assise avec sa collègue qui sera sa dame de compagnie.
- Bonjour, dis-je.
- Bonjour.
- Je suis venue récupérer mon bouquet, dis-je.
- Les bouquets sont avec les filles dehors, tu ne les as pas vus ? dit Victoire.
- Non, je n'ai pas prêté attention.
- Elles sont en train de les attacher, tu peux aller récupérer le tien.
- D'accord. Est-ce que tu peux m'avoir une deuxième carte d'invitation pour le mariage ? demandé-je.
Victoire fronce les sourcils.
- Tu veux une deuxième carte d'invitation ?
- Oui.
- Ok, attends, je vais la chercher dans la chambre.
Elle se lève et disparait au couloir, elle revient avec une enveloppe qu'elle me tend.
- Merci.
Je fourre l'enveloppe dans mon sac à main.
- Au revoir, dis-je.
- Au revoir, répond Victoire.
- Hum, fait l'autre.
Je sors de la maison, les filles sont toujours assises à la terrasse, je vois les bouquets de fleurs qui sont posés dans une grande cuvette, elles ont fini de les attacher, je me baisse et je prends un bouquet de fleurs, elles me regardent d'un air ahuri, mais ne disent aucun. Je me redresse avec mon bouquet en main et je vais vers la sortie en marchant tranquillement.
« Non mais, Victoire doit m'expliquer ça ! »
Je me retourne, c'est l'une des plus kongosseuses (commères) des amies de Victoire qui vient de parler, elle se lève et va dans la maison d'un pas énervé, est-ce que je lui dois même des comptes ?
Je me retourne sereinement, je sors et je monte dans ma voiture.
***
Un mois plus tard,
Candice sort de ma cuisine avec un plat de nourriture dans ses mains, elle s'assoit en face de moi, je la regarde.
- Est-ce que tu sais que tu passes plus de temps dans ma cuisine que moi-même ? dis-je.
- Donc si j'ai faim, je ne dois pas manger ? dit-elle en mettant une cuillère de riz dans sa bouche.
Je secoue la tête.
- Qu'est-ce que tu fais samedi, Candice ?
Elle arrête brusquement de manger, elle me regarde d'un air surpris.
- Qu'est-ce que tu viens de dire, Ayana ?
- Je t'ai demandé ce que tu faisais ce samedi.
- Donc je n'ai pas mal entendu, depuis quand toi, tu prévois des choses le week-end et surtout avec moi ? Et puis, depuis quand tu me poses des questions ? Et...
- Tu parles trop, réponds seulement à ma question.
- Je ne fais rien ce samedi.
- Ça te dirait de venir au mariage de ma sœur ?
- Tu m'invites ? C'est une manière de me draguer ?
Je pouffe de rire.
- Tu es trop bête, dis-je, amusée.
- Ça me ferait vraiment plaisir de venir avec toi au mariage de ta sœur, dit-elle en souriant.
- Ok.
- Tu ne m'as pas dit que ta petite sœur allait se marier.
- Je serai l'une de ses demoiselles d'honneur.
- Je peux te poser une question ? fait-elle.
- Depuis quand tu demandes ma permission avant de me poser des questions ? dis-je en arquant les sourcils. Vas-y.
- Est-ce que ça te fait mal que ta sœur se marie ? dit-elle, doucement.
- Non, je suis contente pour Victoire.
- Si tu ne l'étais pas, je comprendrais. Elle a un enfant, un futur mari, tout semble aller bien pour elle alors que de ton coté, c'est tout le contraire.
Sa voix est hésitante, je comprends qu'elle est gênée.
- Ma sœur est heureuse et je ne peux qu'en être ravie, dis-je. Il est vrai que nous ne nous entendons pas très bien, mais je ne lui souhaite pas du mal. Et si c'est ce que tu veux exactement savoir, non, je n'en veux pas à Victoire de m'avoir blessée.
- Mais tu n'oublieras jamais cette blessure.
Je ne dis rien, je garde le silence. Je suis sincère lorsque je dis que le bonheur de ma petite sœur ne me fait pas du mal, je suis ravie pour elle, et ce qui est fait, est fait.
Candice change de sujet et nous passons la journée dans une ambiance décontractée.
~ Marlène Oyiba ~
Ce matin, j'ai appelé Ayana afin qu'elle vienne récupérer deux sacs à main à la maison. Je fais dans le commerce d'accessoires pour femmes et comme je sais que ma fille aime beaucoup les sacs à main ou les chaussures, je lui en mets toujours quelques-uns de côté, Victoire par contre, aime beaucoup plus les bijoux.
« Maman ? »
- Je suis dans la cuisine, réponds-je.
La porte de la cuisine s'ouvre, Ayana entre dans la pièce.
- Bonjour, maman, dit-elle.
- Bonjour, Ayana, dis-je en souriant.
- Ça va ? Qu'est-ce que tu fais ?
- Hier, j'ai préparé des épinards avec du poulet fumé, je suis en train de réchauffer la nourriture.
- D'accord.
Je vérifie ma marmite, puis j'éteins le feu, Ayana et moi allons nous assoir au salon, je prends le sachet qui est sur la table et je le lui donne.
- Ils sont trop beaux ces sacs, merci maman, dit-elle en admirant les sacs à main.
Je regarde attentivement ma fille et mon cœur ne peut s'empêcher de se serrer de douleur.
Ayana a beaucoup changé, Ayana n'est plus la jeune femme joyeuse qu'elle était auparavant, ma fille est devenue quelqu'une d'autre. J'ai pourtant essayé de creuser sur la raison de ce changement, mais je n'ai eu aucune explication. Il y a quelques années, j'étais allée voir Laurène, elle était la meilleure amie de ma fille et je pensais qu'elle savait ce qui se passait avec Ayana, mais Laurène ne m'a rien dit, elle s'était même mise à pleurer en me disant qu'Ayana la détestait désormais et ne lui pardonnerait jamais. Je n'ai rien compris, j'ai toutefois insisté, mais elle m'a dit ne rien savoir et qu' Ayana ne voulait plus d'elle comme amie. Je suis repartie plusieurs fois vers Laurène, mais je n'ai pu rien tirer d'elle.
Aujourd'hui, lorsque tente de discuter avec Ayana de son changement, elle se renferme encore plus, elle me dit que tout va bien, mais je sais que ma fille n'est plus la même, j'aimerais tellement l'aidée mais je ne sais comment faire, elle ne me laisse pas l'aider. C'est dans ce genre de situation que l'absence de mon mari me parait insupportable, Oyiba et Ayana étaient très proches, il aurait forcément su que faire, il m'arrivait souvent de trouver que ma fille était plus complice avec son père qu'avec moi et c'était effectivement le cas. J'ai plusieurs fois cru que c'est la mort de son père qui l'a autant rongée.
Cette mort m'a aussi rongée...
Après l'enterrement de mon mari, j'ai fait une dépression, j'allais très mal. Cet homme, je l'ai aimée depuis mon adolescence, sa mort a été comme une cassure dans mon être, une partie de moi est morte avec lui. Je m'étais retrouvée à faire des hausses de tensions au point de devoir prendre des médicaments prescrits par mon médecin, mais mes filles ne le savent pas, elles ne l'ont jamais su. Pour m'en sortir et rester forte, j'ai pensé à elles, je ne voulais pas qu'elles se retrouvent aussi orphelines de mère, puis quand j'ai appris la grossesse de Victoire, cela m'a encore plus motivée à aller mieux. Il fallait que je sois forte pour mes filles, mais aussi pour mon petit-fils. C'est dans cette optique que j'ai décidé de me lancer dans le commerce, le fait d'être active et de gagner de l'argent m'a fait du bien. J'ai aussi demandé à Dieu de m'accorder la santé et Il l'a fait, j'ai réussi à tenir et aujourd'hui, je vais mieux.
La mort d'un être chère ne s'oublie pas, cette douleur ne s'oublie jamais. Il m'arrive souvent de pleurer mon mari quand je suis toute seule, ça fait très mal, mais je tiens le coup.
Chaque jour, je prie pour Ayana, je prie pour que Dieu l'aide, je prie Dieu afin que ma fille puisse s'ouvrir à moi, je m'inquiète énormément pour elle. Victoire a un mari, un enfant et des amies, elle est bien entourée, mais Ayana n'a personne, à part nous, elle est toute seule et même avec nous, elle est devenue réservée, nos relations ne sont plus aussi fusionnelles qu'avant. Mes filles ne s'entendent plus, elles passent leur temps à s'éviter, j'essaie pourtant de calmer les choses comme je peux, je force continuellement Ayana à aller chez sa sœur, je fais la même chose avec Victoire, mais quand elles sont au même endroit, il y a toujours des disputes.
Combien de fois ai-je fait assoir Ayana et Victoire pour qu'elles arrêtent de se chamailler ?
Combien de fois ai-je tenue des réunions pour qu'elles revoient leurs comportements l'une envers l'autre ?
Mais aucune d'elles ne veut m'écouter, elles sont toutes les deux têtues et ça me fait de la peine. Je me sens totalement impuissante.
- Victoire m'a dit que tu feras partie de ces demoiselles d'honneur, dis-je en regardant Ayana.
- Oui, elle me l'a proposée.
- J'espère aussi te voir un jour te marier, j'espère te voir fonder ta famille.
Elle détourne le regard et fait comme si elle n'avait rien entendu, je soupire.
Je suis heureuse que Victoire se marie mais en tant que mère, j'aimerais qu'Ayana aussi le fasse, Ayana a 32 ans et elle ne semble pas vouloir fonder sa propre famille, j'aimerais qu'elle trouve un homme qui l'aime, j'aimerais qu'elle porte la vie en elle.
Je veux juste que ma fille soit heureuse, parce que je sais qu'elle ne l'est pas, mon cœur de mère ne me trompe pas.
Je garde espoir, que Dieu fasse grâce...
~ Ayana Oyiba ~
Toute l'attention de la salle est portée sur Victoire et Ugo qui échangent des alliances, ils sont très beaux dans leurs tenues de mariés. J'entends quelques reniflements près de moi, les autres demoiselles d'honneur sont en larmes, tandis que mon regard demeure neutre.
Le mariage coutumier de Victoire a eu lieu en matinée, il a été une totale réussite, ma sœur a eu un magnifique mariage coutumier et actuellement, nous sommes à la mairie pour le mariage civil qui est tout aussi beau.
Quand la cérémonie prend fin, nous sortons tous de la mairie et attendons la sortie des mariés, quand ils sortent en se tenant la main, les cris fusent et les lancées de riz aussi.
Candice s'approche de moi, elle est vêtue d'une belle robe rouge qui lui va à ravir.
- La demoiselle d'honneur du jour, tu es à tomber, Ayana, dit-elle.
Je roule des yeux.
- Je vois que tu t'ennuies sans moi, dis-je.
- Vraiment, je m'ennuyais pendant que toi, tu étais debout à l'avant durant la cérémonie. Et puis, il y a un papa qui était assis à côté de moi, il n'arrêtait pas de me draguer, un vrai pot de colle.
- Il ne fallait pas autant te saper, il a vu son avenir.
- Ouais, c'est ça, tu es...
Elle arrête de parler en regardant attentivement droit devant elle.
- Qu'est-ce qu'il y a ? fais-je en la fixant.
- Il y a un type qui ne cesse de te regarder, même pendant la cérémonie, il te dévorait du regard et il le fait encore en ce moment.
Je me tourne en direction de l'endroit où est portée son attention et je tombe sur Frédéric, lorsque nos regards se croisent, il me sourit. Je me retourne vers Candice.
- Arrête de le regarder comme ça, il va croire qu'on parle de lui, dis-je.
- Mais je ne peux que le regarder, le gars est beau.
- Si tu le dis.
- Tu le connais cet homme ?
- Pas vraiment, c'est un ami à mon beau-frère.
- Il n'arrête pas de guetter ici.
- C'est parce que tu le regardes qu'il continue de le faire.
- Ok, j'arrête, fait-elle en reportant totalement son attention sur moi.
Ma mère se dirige vers moi avec un énorme sourire.
- Tu es magnifique, Ayana, dit-elle.
- Merci maman, dis-je d'un ton posé.
- Tu vois, je t'ai bien dit que tu étais à tomber, ajoute Candice.
Ma mère la regarde d'un air interrogateur.
- Candice, je te présente ma mère. Maman, je te présente Candice, c'est une amie.
Candice me regarde d'un air surpris, mais je fais comme si je n'avais rien remarqué, ma mère aussi semble surprise.
- Enchantée, Candice.
- Enchantée maman, tu es très belle, enfin excusez-moi, vous êtes très...
- Non, tu peux me tutoyer, il n'y a pas de soucis, fait chaleureusement maman.
Candice lui fait un sourire en hochant respectueusement la tête.
- Je vous laisse, je vais aller me reposer avant la soirée.
- D'accord, maman, réponds-je.
Ma mère s'en va, Candice se tourne vers moi.
- Tu m'as présenté à ta mère et tu as dit que je suis ton amie, donc nous sommes amies ?
- Viens, on s'en va, tout le monde rentre chez soi.
- Je suis trop contente ! Je vais pleurer, Ayana, l'émotion déborde dans mon cœur, dit-elle, joyeusement.
Je souris, cette fille me surprendra toujours.
Je marche vers ma voiture, Candice me suit.
- On va chez toi ? demande-t-elle.
- Oui, je veux me reposer, je suis trop restée debout.
- Ça, c'est vrai.
Nous nous installons dans mon véhicule en direction de mon appartement.
***
Une douce musique remplie la salle de fête, Ugo et Victoire font leur entrée, le sourire qui ne quitte plus ma sœur depuis ce matin est toujours sur son visage, elle est magnifique. Les mariés dansent un slow sous les regards de tout le monde. Quand la musique prend fin, ils quittent la piste de danse, le calme revient peu à peu, tout le monde se rassoit.
J'ai été mise à la table des demoiselles d'honneur, heureusement que Candice est assise à côté de moi, si elle n'était pas présente, je n'aurais pas accepté de m'assoir à cette table sur laquelle se trouvent des femmes qui me dévisagent ouvertement, les amies de Victoire ne sont pas épuisées de me toiser depuis ce matin, mais je m'en fiche.
- Le mariage là me donne seulement envie de me marier, c'est trop beau, me dit Candice.
Je la regarde, amusée.
J'aperçois Victoire se diriger à notre table, je m'attends à ce qu'elle parte vers ses amies, mais elle vient plutôt vers moi.
- Ça va, Ayana ? dit-elle en se baissant à mon niveau.
- Oui, ça va. Tu es belle, dis-je.
Elle sourit.
- Merci.
Elle se redresse et s'adresse à ses amies, je reporte mon attention sur Candice.
Candice et moi discutons toutes les deux, comme d'habitude, elle parle beaucoup et je réagis simplement. Les autres femmes autour de la table discutent entre elles en riant aux éclats comme des folles.
Candice se penche à mon oreille.
- J'ai envie de prendre l'air, Ayana.
Je me lève, elle se lève à son tour, nous sortons toutes les deux de la salle, quelques autres personnes se trouvent à l'extérieur pour fumer ou discuter.
- Ayana, ton beau gosse est là, fait Candice en regardant la porte de la salle.
Je me retourne et je vois Frédéric qui sort de la salle en discutant avec un homme.
- Ah oui, le gars est vraiment beau, dit Candice.
J'observe attentivement Frédéric, Candice n'a pas tort, il est beau, il a un teint noir, il est mince et élégant.
Et comme je m'y attendais, Frédéric vient vers nous après avoir fait une poignée de main à son interlocuteur.
- Bonsoir, fait-il en souriant.
- Bonsoir.
- Bonsoir, monsieur, répond joyeusement Candice.
- Je parais si vieux que ça ? fait-il en souriant à Candice.
- Pas du tout, dit-elle en souriant. C'est juste que je ne connais pas votre prénom.
- Ne me tutoie surtout pas et je me prénomme Frédéric.
- Enchantée, Frédéric, moi, c'est Candice.
- Enchanté, Candice. Tu es sublime.
- Merci, fait-elle avec un grand sourire.
- Dis-moi, Candice, tu es l'amie de la magnifique demoiselle qui est près de toi ?
- Oui, effectivement, cette bombe à mes côtés est mon amie.
Je les regarde tranquillement sans me prononcer.
- Je ne sais pourquoi, mais ta magnifique amie paraît très hostile à mon égard, dit Frédéric.
- Ne fais pas attention, elle n'est pas très bavarde.
Frédéric pose son regard sur moi en souriant.
- Tu es très belle, Ayana.
- C'est pour me dire cela que tu t'es déplacé jusqu'ici ? dis-je en le fixant.
- Non, je tenais aussi à te dire que je souhaite que tu me donnes l'opportunité de mieux te connaitre. Et si tu pouvais, dans un premier temps, me remettre ton numéro de téléphone, cela me ferait énormément plaisir.
- Je ne vais jamais te...
- Sors ton téléphone, Frédéric, son numéro, c'est le 0701...
Je regarde Candice d'un air ahuri, elle donne mon numéro à Frédéric qui l'enregistre tout de suite.
- Merci beaucoup, Candice, en plus d'être belle, tu es aussi gentille, tu viens de me rendre un très grand service, dit-il en souriant.
- C'est avec plaisir, répond-elle.
- Je vais vous laisser, on se revoit plus tard, Ayana, dit-il en me regardant.
Je ne réponds pas, il s'en va.
Je regarde Candice.
- Donc tu as mon numéro en tête ? fais-je en fronçant les sourcils.
- Bah oui, je l'ai mémorisée au cas où je perdrais mon téléphone, car tel que je te connais tu ne vas jamais me remettre ton contact une seconde fois, j'ai pris mes précautions.
- Et tu te permets de remettre mon numéro à ce gars que tu ne connais même pas.
- Est-ce que j'ai besoin de le connaître ? Rien que le regard que ce type pose sur toi en dit long, je suis partante pour qu'il te secoue très fort.
- Tu es complètement folle, Candice, dis-je en secouant la tête.
- Je sais. On peut rentrer maintenant.
Nous retournons dans la salle et nous reprenons nos places. Je parcours la salle du regard, les gens discutent et rigolent, certains dansent joyeusement sur la piste, l'ambiance est chaleureuse, mais ce sentiment d'être de trop ne me quitte pas, j'ai l'impression de ne pas être à ma place.
Je me lève et je vais récupérer le cadeau des mariés dans ma voiture, je le donne à une cousine qui a été chargée de la réception.
Je vais vers ma mère qui porte Pablo sur ses cuisses, mon neveu est vêtu d'un costume blanc, il est tout beau. Je m'abaisse vers maman à cause de la musique.
- Je suis venue te dire au revoir, dis-je.
- Tu pars déjà ? fait-elle, surprise.
- Oui, je suis fatiguée.
- D'accord, fait-elle en me fixant.
Je vais vers les mariés à qui je réitère mes félicitations et j'annonce mon départ. Ensuite, je retourne à la table.
- Je m'en vais, dis-je à Candice.
Elle se lève en prenant sa pochette et nous allons à l'extérieur.
- Tu veux déjà rentrer ? demande-t-elle en me regardant.
- Oui.
- On y va.
Nous allons nous installer dans mon véhicule.
- On peut aller manger quelque part avant de rentrer, Ayana ?
- Tu sais très bien que...
- Oui, je sais, tu évites les endroits bondés de monde. Mais j'ai faim, on n'était même pas encore au moment de la nourriture que déjà, on rentre.
- Je ne t'ai pas demandé de rentrer, tu peux toujours y retourner, je n'ai pas encore démarré la voiture.
- Retourner pour y faire quoi sans toi ? Ce n'est pas pareil. Pardon, j'ai faim, je connais un endroit où il y a du bon poisson à la braise et il n'y a pas souvent du monde là-bas.
- Candice, je ne veux pas al...
- Ayana, s'il te plait, juste pour ce soir. Je ne fais pas ça pour t'embêter, j'ai sérieusement faim.
- Ok, fais-je en soupirant.
- Merci, dit-elle en souriant.
Je démarre la voiture, Candice m'indique le chemin.
Une quinzaine de minutes plus tard, nous nous installons toutes les deux à la table d'un petit resto assez simple, il y a un peu de monde, mais cela ne me dérange pas. Candice se lève et va commander du poisson et du riz pour nous deux, puis elle revient s'assoir.
Une fois la nourriture servie, nous dégustons nos plats.
- Tu le trouves comment ton poisson ? demande Candice.
- C'est frais et bien assaisonné, j'apprécie.
- Tu connais les bonnes choses alors !
Candice et moi discutons dans la bonne humeur, elle me raconte des anecdotes amusantes sur son travail et nous en rigolant. Pour être honnête, je passe un très beau moment, le seul depuis plusieurs années.
***
- Candice, j'espère que chez toi, ce n'est pas un quartier dans lequel on agresse les gens.
- Mais non, et puis, les petits bandits du quartier me connaissent.
- Donc tu connais les bandits ? Tu les fréquentes ?
- Je te signale que je travaille la nuit, dit-elle en rigolant. Je me dois de sympathiser avec les voyous pour qu'ils ne me braquent pas quand je rentre tard, c'est comme ça que les choses se passent, les bandits me protègent même d'une certaine manière.
Je conduis en suivant ses instructions. Quand nous avons quitter le restaurant, je ne me voyais pas la laisser prendre un taxi, toute seule, à cette heure de la nuit, j'ai donc décidé de la déposer chez elle.
Je gare ma voiture lorsque Candice me demande de m'arrêter.
- Tu pourras retrouver le chemin pour rentrer ? dit-elle en me regardant.
- Oui, bien-sûr.
Elle hoche la tête.
- Ayana ?
- Oui, réponds-je en la fixant.
- Contrairement à ce que les autres pensent de toi, je sais que tu es une bonne personne.
- De quoi tu...
- J'ai bien vu le comportement des amies de ta sœur, elles faisaient des messes basses en te regardant, je sais qu'elles ne t'apprécient pas et qu'elles étaient en train de te critiquer comme si de rien n'était. C'est pour cette raison que j'ai demandé à prendre l'air, je ne supportais pas leur attitude.
- Mais ça ne me dit absolument rien, tout ce qu'elles pensent de moi ne m'atteint pas.
- Oui, je le sais, mais je sais aussi que tu as du mal à t'ouvrir, tu portes une carapace et ton entourage ne voit malheureusement que ça. Les gens te jugent mal.
- ...
- Certes, je connais ton vécu et les raisons de ton attitude aujourd'hui, mais sache que, la Ayana que j'ai eu à découvrir ces derniers mois est une personne qui a un bon cœur malgré sa froideur. Tu n'es pas une mauvaise personne, tu es quelqu'un de bien, n'en doute jamais.
Je la regarde silencieusement, je ne sais que dire, je ne sais que répondre.
- Sauf que tu as un caractère de chien, tu es trop chiante, dit-elle en souriant.
J'éclate de rire sans pouvoir me retenir.
- Fiche-moi la paix, Candice, dis-je en riant.
- Sérieusement, tu as un caractère qui donne des maux de tête, dit-elle en rigolant. Mais bon, comme je suis têtue, je t'accepte comme ça.
- Pff, descend de ma voiture.
- Aucun romantisme hein, quelle villageoise !
- N'importe quoi.
- En tout cas, je pars.
Elle descend de la voiture et me dit au revoir de la main, je la regarde s'en aller, un sourire se dessine sur mon visage.
***
J'entre dans ma chambre, je retire ma robe de soirée, je m'assois sur le lit et je retire mes chaussures à talons.
Mon téléphone vibre dans ma pochette, je le prends, c'est un message de Candice qui me demande si je suis bien rentrée, je réponds par l'affirmatif. Je reçois un autre message, cette fois-ci c'est un numéro inconnu.
- « Inconnu : Je t'ai cherché dans la salle en vain, il faut croire que ton amie et toi êtes rentrées. J'aurais aimé que tu m'accordes une danse ce soir, mais ce n'est apparemment pas mon jour de chance, mais je ne désespère pas. J'ai très envie de te revoir, Ayana, afin que nous puissions faire plus ample connaissance, es-tu partante pour un dîner avec moi demain soir ? »
Je sais déjà que ce message vient de Frédéric, je dépose mon téléphone sur la commode sans y répondre, ce n'est pas moi qui lui ai remis mon numéro de téléphone, je ne vois pas pourquoi je lui répondrai et je n'ai pas envie de le connaitre, qu'il cherche quelqu'une d'autre pour faire « plus ample connaissance », je n'en ai pas envie.
Je m'allonge sur le lit, épuisée par cette journée, mais aussi ravie de cette fin de soirée passée avec Candice, ma nouvelle amie...
~ Ayana Oyiba ~
Aujourd'hui, c'est un jour de repos, je ne vais pas travailler, je vais tranquillement rester chez moi, sauf si Candice décide de débarquer comme à son habitude. Je finis de ranger la maison, ensuite, je vais à la cuisine pour faire la vaisselle.
La sonnerie de la maison retentit. Je fronce les sourcils, je n'attends personne et Candice n'utilise jamais la sonnette.
Je sors de la cuisine et traverse le salon.
- C'est qui ?
« C'est moi. »
Je reconnais la voix de ma mère, j'ouvre la porte.
- Bonjour maman, mais que fais-tu là aussi tôt ? dis-je, surprise.
- J'avais envie de te voir et comme je n'étais pas sûre que tu sois chez toi, je suis venue tôt au cas où tu pars au travail.
- Mais il fallait m'appeler, entre.
Je me mets sur le côté, ma mère entre dans le salon, je referme la porte.
- Je t'ai appelé, ton téléphone sonnait sans aucune réponse, dit-elle en s'asseyant.
- Il est dans la chambre, je n'ai rien entendu.
Je m'assois près d'elle.
- Tu vas bien, maman ?
- Oui et toi ?
- Ça va, tu as dit que tu voulais me voir, il y a un problème ?
- Je ne peux plus venir voir ma fille et passer du temps avec elle ? dit-elle en souriant.
- Si, mais... bref.
- Tu te braques trop, Ayana.
- Pas du tout.
- Bien-sûr que si.
- En tout cas. Je m'apprêtais à cuisiner, tu veux manger quelque chose ?
- Oui, juste une omelette avec du pain.
- D'accord, dis-je en me levant.
Je vais chercher mon téléphone dans la chambre, ensuite, je vais dans la cuisine et je mets aux fourneaux.
Il arrive parfois que ma mère vienne chez moi et ça me fait plaisir, mais je préfère quand je vais chez elle, quand elle vient à mon appartement, j'ai l'impression d'être vulnérable, c'est mon cocon, mon endroit intime.
Je vais au salon et je sers la nourriture à ma mère.
- Pourquoi il y a une seule fourchette ? dit-elle. Viens manger avec moi.
- D'accord, maman.
Je me retourne et je vais dans la cuisine prendre une fourchette, je n'ai pas spécialement faim, mais je ne peux pas discuter, il s'agit de ma mère et je sais déjà qu'elle me fera tout un discours si je refuse de manger.
Je ressors de la cuisine et je prends place près d'elle. Ma mère et moi mangeons toutes les deux, je l'écoute me parler de son commerce.
- J'ai une cliente qui m'a demandée des robes en basin, ça fait longtemps que je n'en ai pas vendu et il faut que je m'en procure.
- Comment tu vas faire pour les avoir ?
- Je connais une femme qui va régulièrement au Bénin, je pourrai lui demander de m'en acheter et lui donner de l'argent ou alors, je vais moi-même au Bénin.
- Tu serais prête à y aller ?
- Oui, ça me permettra aussi d'acheter d'autres marchandises.
- Je pourrais t'aider financièrement si tu en as besoin.
- Non, j'ai de l'argent de côté pour ça, tu dois garder ton argent pour tes projets de vie.
- Projets de vie ? demandé-je en fronçant les sourcils.
- Oui, des projets comme acheter un terrain, construire une maison ou pouvoir t'occuper d'un bébé quand tu te décideras à en faire un.
Je reste silencieuse, je sens le regard de ma mère sur moi, mais je ne relève pas la tête.
- Je voudrais savoir une chose, Ayana.
Je la regarde, curieuse.
- La fille qui était avec toi au mariage de Victoire, c'est ton amie ?
- Candice, oui, c'est mon amie.
- Vous vous fréquentez énormément ?
- Une semaine ne peut passer sans qu'elle vienne ici, elle adore venir me déranger.
- J'en suis ravie, fait-elle en souriant.
- Pourquoi ?
- Cela me rassure, tu as quelqu'un avec qui tu pourras rire et discuter. Une amie, ça réchauffe souvent le cœur quand on en a besoin et cette petite m'a parue très vive et spontanée.
- Ce n'est pas faux, c'est une vraie pile électrique.
Mon téléphone portable vibre, c'est un message.
- « Inconnu : Bonjour, j'espère que tu vas bien, Ayana. Ma proposition à dîner tient toujours... Frédéric. »
Je redépose mon téléphone sur la table basse sans y répondre.
Ma mère et moi passons la journée toutes les deux dans une ambiance calme, c'est plaisant.
***
Ma journée de boulot est très chargée aujourd'hui, c'est toujours ainsi lorsque nous sommes en pleine fin du mois, les tâches se multiplient et la fatigue aussi.
Il est 17h quand je sors des locaux très ravie de pouvoir rentrer chez moi après cette journée épuisante. Je marche jusqu'à ma voiture, je fouille mon sac à la recherche de mes clés lorsque mon téléphone sonne, je le prends.
- Allô, Candice ?
- Bonsoir, Ayana, tu vas bien ?
- Ça va et toi ?
- Je vais bien, tu es où en ce moment ?
- Je sors à peine du boulot.
- Ça tombe bien, est-ce que tu peux passer chez moi ?
- Pardon ? fais-je, surprise.
- Tu as ton ordinateur sur toi ?
- Oui, dis-je, perdue.
- Je veux que tu m'aides, s'il te plait. Il se trouve que ma mère veut organiser une tontine et elle m'a demandé de faire des bouts de papier avec des infos à ce sujet, mais, je n'ai pas d'ordinateur pour écrire et je ne sais même pas comment on l'utilise.
- Mais tu peux aller le faire dans un cybercafé.
- Oui, mais ça reviendra plus cher et j'irai au cyber, mais juste pour faire sortir ça.
- On appelle ça faire l'impression.
- C'est toi qui connais oh, moi, je n'ai pas fait beaucoup l'école.
Je pouffe de rire, elle n'est pas croyable cette fille.
- Et donc tu veux que moi, je me déplace ? demandé-je.
- S'il te plait, Ayana, je ne peux plus venir chez toi vu que dans une heure, je dois m'apprêter pour le boulot et si je m'arrête chez toi, ça me mettra forcément en retard et mon patron ne cautionne pas les retards.
- Candice, je suis fatiguée.
- S'il te plait, j'ai promis à maman d'apporter ses fiches très tôt, demain matin.
- C'est parce que c'est pour ta mère que j'accepte, fais-je en soupirant.
- Merci beaucoup, tu te rappelles bien du chemin ?
- Oui.
- Ok, quand tu seras à la grande route, tu me fais signe, je vais venir te chercher.
- D'accord.
Je raccroche en soupirant, cette femme a le don de m'épuiser.
***
Je viens d'arriver dans le quartier de Candice, je l'aperçois debout, sur le trottoir, elle fixe la route et je la vois sourire quand elle remarque ma voiture.
Je gare et je descends en prenant mon sac à main, je verrouille ma voiture, Candice vient vers moi.
- Re-bonsoir Ayana, dit-elle, joyeusement.
- Est-ce que tu sais que je voulais juste rentrer chez moi et dormir ?
- Oui, je sais, mais tu me sauves du bruit que ma mère risque de me faire si je ne l'aide pas à temps comme je l'ai promis. Il est où ton ordinateur ?
- Dans mon sac.
- Super, on y va.
Elle marche et je la suis.
- Tu as la chance que je n'habite pas loin, tu devais souffrir avec les talons que tu portes là, dit-elle.
Nous marchons durant une petite poignée de minutes, Candice salue chaleureusement des gens que nous croisons.
- Tu es une star ici, on dirait, dis-je.
- Pas du tout, fait-elle, amusée. Je garde simplement de bons rapports avec mes voisins de quartier.
Nous arrivons devant une maison peinte en bleu, autour, il y a d'autres habitations, c'est une cour commune. Candice ouvre la porte et entre dans la maison, je retire mes chaussures à talons aiguilles et je les laisse devant la porte, puis j'entre à mon tour.
- Chez moi, ce n'est pas très grand hein, je fais avec les moyens de bord, installe-toi, dit-elle en souriant.
Je regarde le salon, ce n'est effectivement pas grand, je dirais même que c'est très petit, mais je trouve qu'il est plutôt bien aménagé, il y a juste une tablette, une petite télévision, des fauteuils et quelques décorations.
Je m'assois sur le canapé et je sors mon ordinateur.
- Tu veux boire quelque chose ? Je n'ai pas de jus, mais je peux aller t'en acheter.
- Un verre d'eau, ça ira, dis-je.
- Ok.
Candice va dans ce qui me semble être le coin cuisine et m'apporte un verre d'eau.
- Merci, dis-je.
- De rien.
Je n'ai pas soif, mais je ne veux pas que Candice pense que je refuse qu'elle me mette à l'aise chez elle, sous prétexte qu'elle n'ait pas assez de moyens ou que ce ne soit pas luxueux, cela m'importe peu.
J'allume mon ordinateur, Candice s'assoit près de moi.
- Tu vis seule ici ? lui demandé-je.
- Oui, parfois Vivian vient dormir, mais la plupart du temps, c'est moi qui vais chez lui.
- Je vois.
Je prends le verre et j'en prends une gorgée, je le redépose sur la tablette.
- Alors, qu'est-ce que je dois écrire ?
Elle m'indique toutes les informations nécessaires et je les note.
Le téléphone de Candice sonne, elle prend.
- C'est l'alarme, il faut que j'aille me préparer pour le boulot, dit-elle en se levant.
- Tu as dit que tu dois faire l'impression, n'est-ce pas ?
- Oui, il y a un cyber dans le quartier, tu peux aller le faire à ma place, s'il te plait ? Je dois prendre ma douche et m'habiller.
Je soupire.
- D'accord, dis-je.
- Attends une minute.
Candice ouvre un rideau et va dans la pièce qui doit être sa chambre, elle revient et me tend un billet de 2000 francs CFA.
- Tu en feras dix photocopies.
Je prends l'argent de ses mains.
- Il est où exactement le cyber ?
- Tu vois le niveau où tu as garé ta voiture ?
- Oui.
- C'est juste en face, tu traverses la route, il y a un nouveau cyber qui a ouvert il y a deux ou trois semaines.
- D'accord.
- Merci beaucoup, Ayana.
Elle s'en va dans sa chambre.
Je fouille mon sac et je prends ma clé USB, j'y copie le document à imprimer. Je me lève du fauteuil et je sors de la maison en emmenant le billet de 2000 francs et la clé USB.
Je porte mes chaussures et je marche jusqu'à mon véhicule, je repère le cyber qui est comme me l'a indiquée Candice, en face de moi. Je traverse la route et j'entre dans le cyber, j'y trouve trois jeunes filles en tenue de lycée, assises face à un homme dont le regard est concentré sur un ordinateur de bureau, ça doit être le propriétaire du cyber.
- Bonsoir, dis-je.
- Bonsoir.
- Bonsoir madame, répond le monsieur en levant la tête vers moi.
- Est-ce possible de faire une impression et des photocopies ? dis-je.
- Oui, mais vous allez devoir patienter, je suis en train de corriger l'exposé des demoiselles et j'en ai surement pour une dizaine de minutes.
Je souffle, car ça ne m'arrange pas.
- Est-ce que je peux laisser ma clé USB et lorsque vous aurez fini avec elles, je viendrai la récupérer avec mes copies ?
- Bien-sûr, remettez-moi votre clé et montrez-moi le dossier.
Je m'avance et je lui donne la clé qu'il insère dans l'appareil, je lui montre le fichier à faire imprimer.
- Vous en ferez dix photocopies.
- D'accord, madame.
Je lui donne le billet d'argent, il me rend de suite la monnaie, je le regarde d'un air interrogateur.
- Au moins comme ça, vous êtes sûre que je vous ferai vos copies, dit-il d'un air rassurant.
- D'accord.
Je ressors du cyber, je marche jusqu'à la maison de Candice et je m'installe dans le salon qui est toujours vide.
- Candice, tu n'as pas encore fini ? dis-je.
- Bientôt, je repasse ma tenue. Tu as fini au cyber ? demande-t-elle depuis la chambre.
- Non, je dois y retourner.
- Pourquoi ?
- Il avait des clients, j'ai laissé ma clé USB, j'irai plus tard.
- D'accord.
Je reste assise encore quelques minutes, j'entends le bruit des va-et-vient que Candice exécute dans sa chambre.
- Tu commences le travail à quelle heure ? demandé-je.
- 19h.
- Tu as encore largement du temps.
- Oui, mais avec le nombre de minutes qu'il faut pour avoir un taxi, sans compter les embouteillages de Libreville, il vaut mieux sortir tôt de la maison.
- C'est vrai. Bon, je retourne au cyber.
Je me lève du fauteuil et je sors, j'ai la paresse de reporter mes chaussures à talons, le quartier est si sableux, je décide de mettre les babouches en plastique de Candice qui sont devant la porte.
Je marche jusqu'à la route que je traverse et j'ouvre la porte vitrée du cyber, la salle est désormais vide de clients, les jeunes filles n'y sont plus, mais il y a un homme qui est assis derrière l'ordinateur principal, ce n'est pas le monsieur qui m'a reçu tout à l'heure.
- S'il vous plait, il est où le gérant ? dis-je.
- Il est...
L'homme suspend sa phrase lorsqu'il lève la tête vers moi.
- Tu ne sais pas dire bonsoir aux gens ? dit-il en me fixant.
- Pardon ? fais-je en fronçant les sourcils.
- Tu entres dans un endroit, tu trouves quelqu'un assis et tu ne salues pas, tu te crois dans ta chambre ici ? dit-il d'une voix calme.
Je le regarde, totalement choquée.
- Vous vous prenez pour qui pour me parler ainsi ? Et je ne vous connais pas, donc vous me vouvoyez !
- Si je ne te vouvoie pas, tu vas me faire quoi ?
- Pardon ? dis-je, ahurie.
Il se lève calmement et se décale du bureau, il se tient debout à une distance mesurée de moi.
- J'ai dit : Si je ne te vouvoie pas, tu vas me faire quoi ?
Je regarde cet homme comme s'il était fou, peut-être même qu'il l'est. Il me parle avec tout le calme du monde, mais avec une arrogance qui ne dit pas son nom.
- Je ne sais pas d'où vous sortez, mais ce n'est pas vous que je suis venue voir, je veux voir le monsieur qui possède ce cyber, il était là lorsque je suis venu.
- C'est moi qui le remplace, si tu veux quelque chose, tu t'adresses à moi.
- Mais arrêtez de me tutoyer, bon sang ! On n'a pas élevé les cochons ensemble ! dis-je, énervée.
- Donc tu élèves des cochons ? Je comprends pourquoi tu as un sale caractère, dit-il en me fixant.
Je sens ma patience baissée d'un coup.
- Vous êtes complètement malade ! hurlé-je.
- Tu ne cries pas ici, nous ne sommes pas dans ta salle de bain pour que tu te permettes de crier comme une folle, dit-il en mettant tranquillement ses mains en poches.
- Vous vous prenez pour qui ? J'attends votre patron pour qu'il vous vire !
- À cause de qui ? Toi ? Une femme qui n'a pas la décence de saluer lorsqu'elle entre dans une pièce.
- Donnez-moi ma clé USB, je vais aller dans un autre cyber, dis-je en essayant de maitriser la colère que je ressens actuellement.
Il regarde sur la table et prend ma clé USB dans sa main.
- Tu parles de ça ? fait-il en me la montrant.
- Remettez-la moi !
- Tu dis d'abord le mot magique, dit-il en souriant.
- Vous êtes complètement cin...
La porte du cyber s'ouvre, je me retourne et je vois celui qui m'a reçu la première fois.
- Enfin, vous êtes là, il faut que vous parliez à votre employé, non seulement il est désagréable, impoli et très sauvage.
- De quoi parlez-vous ? répond-il, perdu.
- Je parle de cet idiot qui a ma clé USB dans sa main en ce moment.
Il regarde le sauvage, puis il me regarde.
- Heu...madame, je ne sais pas ce qui se passe, mais ce n'est pas mon employé, c'est mon patron.
- Quoi ? dis-je, choquée.
Quelqu'un pouffe de rire, c'est le sauvage qui vient de rire, il se moque de moi, je me tourne vers lui.
- Tu as bien entendu, c'est moi le boss, dit-il en souriant.
- Remets-moi ma clé USB, dis-je en croisant les bras.
- Je vois que ta sauvagerie a augmenté, dit-il d'une voix posée.
- Je me mets juste au même niveau de sauvagerie que le tien, dis-je, calmement.
Il me fixe et me tend ma clé USB, au moment où je veux avancer mon bras, il reprend sa main, je le regarde, il tient calmement ma clé USB entre ses doigts, puis il la met dans la poche de son pantalon en me fixant.
Je regarde la poche de cet homme, ensuite, je reporte mon regard sur son visage.
- Viens la chercher, dit-il en me regardant droit dans les yeux.
Nous nous fixons tous les deux en nous défiant froidement du regard.
Je crois que je vais tuer un propriétaire de cyber aujourd'hui même !