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CE PROF QUE JE DÉSIRE

CE PROF QUE JE DÉSIRE

Auteur:: L’univers d’Owen
Genre: Aventure
Lui : J'ai tellement envie de toi que j'en perds la tête. Léa : Arrête... Tu vas me rendre accro. Depuis qu'elle a composé un faux numéro par erreur, Léa envoie des messages brûlants à un inconnu. Un jeu sans risque, pense-t-elle. Mais à la rentrée, son nouveau tuteur à l'université porte le même rire, les mêmes mots... et le même téléphone. Elle comprend très vite qu'elle a sextoté pendant trois mois avec son propre professeur. Et lui, il le sait depuis le début.

Chapitre 1 Chapitre 1

Chapitre 1 : Un numéro au hasard

Léa s'ennuie.

C'est un ennui lourd, collant, celui des fins d'après-midi d'août quand la chaleur rend tout immobile. Dans sa chambre, le ventilateur tourne en rond sans rien rafraîchir. Sur son lit, elle fixe le plafond blanc. Son téléphone est posé sur sa poitrine, inactif depuis une heure. Pas de messages. Pas de notifications. Rien.

Ses amies sont parties en vacances. Sa mère travaille tard. L'été ressemble à un désert sans fin.

Léa attrape son téléphone par dépit. Elle ouvre l'application de messages, parcourt ses conversations. Trois groupes muets, une discussion avec sa mère sur les courses, un échange mort-né avec un garçon du lycée qui ne répond plus. Rien d'excitant.

Elle a dix-sept ans et elle a envie de quelque chose. Elle ne sait pas quoi exactement. Peut-être du danger. Peut-être juste un frisson.

Ses doigts glissent sur l'écran. Elle ouvre le clavier numérique et compose un numéro au hasard. Pas un numéro complet, juste une suite de chiffres qu'elle invente au fur et à mesure. 06 23 47 81 55. Elle ne réfléchit pas. Elle tape et envoie un message aussi vide que sa journée.

« Salut, tu fais quoi ? »

La seconde d'après, elle regrette. C'est ridicule. Elle s'apprête à éteindre l'écran quand un point d'exclamation vert apparaît. Message envoyé. Puis un autre. Un petit « lu » en bas à gauche. Son cœur rate un battement.

Quelqu'un a reçu son texto.

Cinq secondes passent. Dix. Léa se mord la lèvre. Elle imagine un père de famille furieux, une vieille dame offusquée, un inconnu qui va l'insulter. Elle veut effacer, disparaître, mais le téléphone vibre.

Un message.

« Je glande. Et toi ? »

Léa souffle. Un inconnu qui glande. Rien d'extraordinaire. Pourtant, elle sent un petit pincement d'amusement. Elle répond : « Pareil. L'été me tue. »

La réponse arrive vite. « L'été ne tue personne, c'est toi qui ne sais pas t'en servir. »

Elle rit. Un vrai rire, bref, presque surpris. Ce type a du répondant. Elle n'a jamais été fan des garçons trop polis ou trop timides. Celui-ci ne l'est pas.

Elle écrit : « Comment tu t'appelles ? »

« Anonyme. »

« C'est pas un prénom. »

« J'aime pas donner mon prénom au premier message. »

« Et pourquoi tu réponds alors ? »

« Parce que je meurs d'ennui aussi. Et que ton numéro n'est pas dans mes contacts. Ça me plaît, l'inconnu. »

Léa relit la phrase trois fois. Ça me plaît, l'inconnu. Il y a quelque chose dans cette tournure, une légère provocation, une promesse floue. Elle sent son pouls s'accélérer sans raison.

Elle décide de jouer le jeu. « Alors, anonyme, quel âge tu as ? »

« Vieux. Trop vieux pour toi. »

« C'est pas une réponse. »

« Disons que j'ai passé l'âge des textos nuls. Mais toi, tu as quel âge ? »

« Dix-huit ans », ment Léa sans hésiter. Elle n'a que dix-sept, mais dix-huit ça fait plus légale, plus crédible. Elle veut qu'il la prenne au sérieux.

« Bien sûr. Dix-huit ans et elle envoie des messages à des numéros au hasard. Très mature. »

Elle grimace. Il la charrie, mais sans méchanceté. C'est presque agréable. Elle reprend : « Et toi, tu mens aussi ? »

Un long silence. Puis : « Vingt-trois ans. Étudiant, enfin presque. Je prépare un master. »

Léa s'assoit sur son lit. Vingt-trois ans. Cinq ans de plus qu'elle. Pas énorme, mais décent. Pas un vieux louche, pas un lycéen attardé. Un étudiant. Elle se demande à quoi il ressemble. Blond ? Brun ? Des lunettes ? Un sourire facile ?

Elle n'ose pas demander de photo. Ça serait trop direct. Elle continue autrement : « Tu fais quoi dans la vie, presque étudiant en master ? »

« Je vais bientôt enseigner. Enfin, encadrer des étudiants, les aider en cours particulier. Une sorte de tuteur. »

Léa hausse un sourcil. Un futur prof. Elle n'a jamais imaginé sextoter avec un professeur. Pourtant, l'idée de l'autorité, de l'interdit, lui traverse l'esprit une fraction de seconde. Elle la chasse.

« Ça te plaît, l'idée d'avoir du pouvoir sur des gens ? » écrit-elle, à moitié pour le provoquer.

« Non. L'idée de rendre des trucs compliqués plus simples. Et parfois, oui, un peu de pouvoir. Mais c'est la vérité. La tienne ? »

Léa réfléchit. Elle n'a jamais eu de pouvoir. Elle est une fille moyenne, avec des notes moyennes, une vie moyenne. Personne ne la regarde deux fois. Alors elle écrit : « J'aime l'idée de faire trembler les gens sans qu'ils sachent pourquoi. »

Silence. Un long silence. Léa croit qu'il est parti, qu'elle a trop forcé. Mais il revient : « Intéressant. Donc tu es une fille dangereuse ? »

« Peut-être. Tu veux vérifier ? »

La phrase est sortie toute seule. Léa la relit et sent ses joues chauffer. C'est un flirt. Un vrai. Avec un inconnu. Elle n'a jamais fait ça. Les garçons de son lycée sont des enfants. Celui-ci, derrière l'écran, semble différent.

Il répond : « J'aime le danger. Mais à distance. Pour l'instant. »

Pour l'instant. Elle relève le mot. Il ouvre une porte. Elle pourrait entrer ou refermer. L'été, l'ennui, cette chaleur qui colle à la peau... Elle décide de rester.

Elle écrit : « Alors reste à distance. Mais ne t'arrête pas. »

La conversation dérape doucement. Il parle de l'été, de la mer, de ses doigts qui traînent sur le clavier. Elle rit, se sent légère. Elle n'a jamais parlé comme ça avec personne. Les mots glissent, s'échappent, deviennent plus doux, plus lents.

À un moment, il demande : « Tu es seule ? »

« Oui. »

« Moi aussi. Tu aimes ça ? »

« Parfois. Et toi ? »

« J'aime parler avec toi. Même si je ne sais pas à quoi tu ressembles. »

Léa hésite. Devrait-elle envoyer une photo ? Son visage ? Ses yeux ? Elle attrape son téléphone, ouvre la galerie. Il y a un selfie d'elle, prise la semaine dernière, cheveux épars, lumière dorée du coucher de soleil. Elle le regarde. Elle le trouve jolie, mais pas trop.

Elle n'envoie rien. Pas encore.

Elle écrit : « Pourquoi tu voudrais savoir à quoi je ressemble ? »

« Parce que le mystère, c'est excitant, mais à force, ça rend fou. »

Elle aime le mot fou. Elle aime qu'il le dise.

« Alors deviens fou, anonyme. »

Il ne répond pas tout de suite. Léa attend, le téléphone collé à sa main. La lumière du jour baisse. Sa chambre sombre dans l'orange du crépuscule. Elle n'allume pas la lampe.

Le texto arrive, court, intense : « Tu vas me coûter des nuits blanches. »

Elle sourit, le ventre serré. C'est exactement ce qu'elle voulait. Un frisson dans l'ennui. Une étincelle sans visage. Elle ne connaît rien de lui, pas son prénom, pas son âge réel, pas son visage. Elle ne veut pas le savoir. Pas tout de suite.

Elle écrit simplement : « Parfait. »

Puis elle éteint son téléphone, le pose sur sa poitrine, et ferme les yeux.

Le ventilateur tourne toujours. La chaleur est toujours là. Mais l'ennui a disparu.

Chapitre 2 Chapitre 2

Chapitre 2 : Le premier jeu

Le lendemain, Léa se réveille avec une idée fixe.

Son téléphone est posé sur la table de nuit. Elle l'attrape avant même d'ouvrir les yeux. Rien. Pas de message. Elle se sent stupide. Espérer qu'un inconnu écrive ? Elle pose l'appareil, se lève, boit un verre d'eau. La maison est silencieuse. Sa mère est déjà partie au travail.

Elle s'installe dans la cuisine, un bol de céréales devant elle. Elle ouvre la conversation. La dernière phrase d'hier lui revient : Tu vas me coûter des nuits blanches.

Elle n'a pas mal dormi, bien au contraire. Elle a rêvé d'une voix grave, sans visage. Un rêve flou, doux, interdit.

Elle tape, efface, retape.

« Réveillé ? »

La réponse fuse moins d'une minute après.

« Depuis une heure. Je suis un lève-tôt. Et toi, tu as bien dormi ? »

« Comme un bébé », ment-elle. « Et anonyme, tu fais quoi de ta matinée ? »

« Je prépare mes cours. Toi, tu glandes encore ? »

Elle sourit. Il la taquine. Elle aime ça.

« Je glande professionnellement. C'est mon job d'été. »

« Payé combien ? »

« En sourires. C'est un salaire de misère. »

« Je t'en envoie un, alors. »

Elle attend. Rien ne vient. Elle écrit : « Tu as oublié le sourire. »

« :) Tu l'as vu ? »

« À peine. Tu peux mieux faire ? »

« Un jour, peut-être. En vrai. »

La phrase claque comme une promesse. Léa repose son téléphone. Son cœur bat plus vite. En vrai. Il a dit en vrai. Jusqu'ici, c'était virtuel, sécurisé, sans risque. L'idée de le croiser un jour la terrifie et l'excite à la fois.

Elle change de sujet.

« Tu prépares quels cours ? »

« De la littérature. Je vais aider des étudiants à commenter des textes. Passionnant, hein ? »

« Tu te moques ? »

« Un peu. Mais j'aime ça. Les mots, les doubles sens, ce qu'on peut cacher derrière une phrase. »

Léa sent qu'il ne parle pas seulement des cours. Elle décide de le relancer.

« Par exemple ? »

« Par exemple, toi, quand tu écris "je glande", je sais que tu t'ennuies mais que tu ne veux pas le dire. »

« Psychologue, en plus. »

« Non. Juste observateur. »

Elle finit ses céréales. La matinée s'étire. Elle reste à table, téléphone en main, comme aimantée. La conversation s'installe, tranquille, presque normale. Ils parlent de la chaleur, de leurs musiques préférées, des séries qu'ils binge-watchent. Rien de très intime. Mais chaque réponse de lui la surprend. Il a toujours un mot plus intelligent, plus drôle, plus doux.

À un moment, elle écrit : « Tu as un prénom, quand même. Je peux pas t'appeler anonyme toute la vie. »

« Toute la vie ? Tu prévois qu'on dure longtemps ? »

Elle mord sa lèvre. Elle est allée trop loin. Elle essaie de rattraper.

« C'est une façon de parler. »

« Bien sûr. Appelle-moi R. »

« R comme quoi ? »

« R comme rien. Comme un secret. »

« R comme Raphaël ? Roméo ? Rodolphe ? »

« Tu veux mon âge, ma taille, mon poids aussi ? »

« Pourquoi pas », ose-t-elle.

« 1m82, cheveux bruns, yeux clairs. Et toi ? »

Elle hésite. Donner une description, c'est déjà se montrer. Mais elle a envie qu'il l'imagine.

« 1m65, cheveux longs, bruns aussi. Yeux noisette. Et une cicatrice sur le menton. »

« Une cicatrice ? »

« Tombée à vélo à huit ans. »

« J'aime bien les filles qui ont vécu. »

Elle rit toute seule dans la cuisine.

« Tu es bizarre, R. »

« Merci. C'est le plus beau compliment qu'on m'ait fait cette semaine. »

La matinée passe. Parfois ils s'arrêtent quelques minutes, puis l'un des deux relance. C'est une danse légère, sans pression. Léa n'a jamais connu ça. Elle se sent comprise sans en dire trop.

Vers midi, sa mère rentre pour déjeuner.

– Tu es encore sur ton téléphone ? lance-t-elle en posant son sac.

– Je discute, répond Léa en rangeant vite son téléphone.

– Avec qui ?

– Une amie.

Elle déteste mentir à sa mère, mais elle ne peut pas lui dire qu'elle envoie des messages à un inconnu de vingt-trois ans. Trop dangereux. Trop compliqué.

Sa mère prépare des pâtes. Léa l'aide en coupant des tomates. Son téléphone vibre dans sa poche. Elle résiste. Puis il vibre encore. Et encore.

Sous le regard de sa mère, elle ne peut pas vérifier. Elle serre les dents.

Dès que sa mère repart, elle se précipite sur l'écran.

Trois messages.

« Tu m'as abandonné. »

« Je rigole. »

« En vrai, j'aime bien parler avec toi. C'est bizarre comment on se connaît déjà. »

Léa lit et relit. On se connaît déjà. C'est faux. Ils ne savent rien l'un de l'autre. Pas de visage, pas de vrai prénom, pas d'adresse. Pourtant, elle a l'impression qu'il la voit. Qu'il devine ses silences.

Elle répond : « Désolée, ma mère est rentrée. Je te jure que je ne t'ai pas oublié. »

« Ta mère ? Tu habites encore chez elle ? »

Elle sent le piège. Elle a dit dix-huit ans. Une fille de dix-huit ans peut vivre chez ses parents, c'est plausible.

« Oui, les études coûtent cher. Et toi, tu vis seul ? »

« En coloc. Avec un mec bruyant. Mais je m'isole dans ma chambre, mes bouquins, mon téléphone. »

« Et moi. »

« Toi, tu es dans mon téléphone. C'est mieux qu'un bouquin. »

Elle lui envoie un smiley. Puis, soudain, une pulsion. Elle veut le pousser un peu, voir comment il réagit.

« Tu te rappelles hier, quand tu as parlé de nuits blanches ? »

« Oui. »

« J'ai réfléchi. De quoi aurais-tu envie, exactement ? »

Long silence. Elle redoute d'avoir franchi une ligne. Mais il répond, lentement :

« De savoir à quoi tu penses quand tu es seule le soir. »

Elle ne s'attendait pas à ça. Elle croyait qu'il parlerait de corps, de baisers, de choses sales. Mais il veut ses pensées. C'est plus intime. Plus dangereux.

Elle se lève, va dans sa chambre, ferme la porte.

Elle écrit : « Je pense à rien de spécial. J'écoute la musique, je regarde le plafond. »

« Tu mens. »

« Comment tu sais ? »

« Parce que tu as arrêté de m'écrire pendant une minute. Tu réfléchissais. »

Ce type la déshabille sans la voir. C'est troublant. Elle sent ses joues chaudes. Elle est seule, mais elle se sent observée.

Elle ose : « Je pensais à ta voix. C'est bête parce que je ne l'ai jamais entendue. Mais je l'imagine. Grave. Lente. »

« Et ça te plaît ? »

« Oui. »

« Alors un jour, je t'appellerai. Si tu veux. »

« Je veux. »

Elle a dit ça vite, trop vite. Le téléphone sonne. Elle sursaute. C'est un appel masqué. Son cœur s'arrête une seconde. Elle n'est pas prête. Elle refuse.

Elle écrit aussitôt : « Pas maintenant. Pas encore. »

« Comme tu veux. Mais tu vois, toi aussi tu as peur du réel. »

« J'ai pas peur. »

« Si. Moi aussi. C'est pour ça que j'aime les écrans. On y est plus courageux. »

Elle n'a pas de réponse. Il a raison. Derrière l'écran, elle est audacieuse, provocante. Dans la vie, elle n'oserait jamais.

Pour cacher sa gêne, elle écrit : « Raconte-moi ton pire secret. »

« Trop tôt. Et toi ? »

« Je te dirai quand tu me diras le tien. »

« Marché conclu. »

Ils restent silencieux quelques minutes, comme un pacte suspendu. Puis il écrit : « Je dois y aller. Les cours à préparer. »

« D'accord. »

« Mais je reviens ce soir. »

« Je serai là. »

Elle pose le téléphone. Le ciel est blanc de chaleur. Elle se met au lit, le ventilateur en face. Elle sent son ventre frémir. Juste des textos. Rien que des textos. Et pourtant, elle est déjà accro.

Son téléphone vibre une dernière fois.

« Ah, au fait : j'ai décidé. Tu ne m'appelleras pas anonyme. Tu m'appelleras R. Et je te donnerai mon vrai nom quand tu auras gagné ma confiance. »

« Et comment je gagne ta confiance ? »

« En restant. En ne disparaissant pas. Comme moi. »

Léa relit cette phrase jusqu'à la mémoriser.

Chapitre 3 Chapitre 3

Chapitre 3 : La première fissure

Le soir tombe. Léa est allongée sur son lit, le téléphone collé à la main. Elle attend. Elle ne veut pas écrire la première, alors elle fixe l'écran, le ventilateur, le plafond. Son cœur pompe doucement.

La vibration arrive à vingt-deux heures douze.

« Je suis libre. Toi aussi ? »

Elle sourit dans le noir.

« Oui. Je t'attendais. »

« Tu m'attendais ? C'est dangereux d'attendre quelqu'un qu'on ne connaît pas. »

« Je prends le risque. »

« Moi aussi, apparemment. »

La conversation reprend comme une mécanique bien huilée. Ils parlent de leur journée. Lui a relu des poèmes pour préparer ses futurs cours. Elle a regardé une série nulle. Rien d'extraordinaire. Mais chaque mot a un double sens, une légèreté suspendue.

Léa se sent pousser des ailes. Elle ose demander :

« R, tu penses à quoi, là, tout de suite ? »

« À tes cheveux. Tu as dit qu'ils étaient longs et bruns. J'imagine comment ils tombent sur ton visage. »

Elle se redresse. Personne ne lui a jamais parlé comme ça. Pas avec cette précision, cette lenteur.

« Et après ? » écrit-elle.

« Après, je pense à ta nuque. La partie qu'on cache. Celle qu'on montre quand on attache ses cheveux. »

Ses doigts touchent machinalement sa nuque. La peau y est chaude.

« Tu es poète, ce soir. »

« Non. Juste honnête. »

Le silence. Puis un nouveau message. Plus court. Plus coupant.

« Tu as quel genre de corps, Léa ? »

Elle sursaute. C'est la première fois qu'il utilise son prénom. Léa. Pas toi, pas ma belle, rien. Son vrai prénom. Cela rend la question plus intime. Plus vulnérable.

Elle hésite. Elle devrait changer de sujet, mettre une barrière. Mais ses doigts bougent tout seuls.

« Pourquoi tu veux savoir ? »

« Parce que j'ai besoin de t'imaginer. Pour que ce soit réel. »

« Ce n'est pas réel, justement. On est derrière des écrans. »

« Si pour toi ce n'est pas réel, arrête de me répondre. »

Il marque un point. Elle ne peut pas arrêter. Elle ne veut pas.

Elle écrit, lentement : « Je suis fine. Pas très musclée. Des hanches un peu larges. Et toi ? »

« Mince. Épaule large. Des mains. »

« Des mains ? »

« Oui. Mains d'homme qui écrit. Longues, fines. »

« Tu te trouves beau ? »

« Assez pour que les filles me regardent. Pas assez pour que je sois prétentieux. Et toi, tu es belle ? »

« Assez pour qu'on me regarde. Pas assez pour qu'on s'arrête. »

Il répond : « Je me serais arrêté. »

Elle sent ses joues brûler. Il ne s'arrête pas, d'ailleurs.

Les mots deviennent plus lourds. Il parle de sa bouche, de ses lèvres, de ce qu'il aimerait lui dire en face. Elle lit, relit, ne répond pas tout de suite. Parfois, elle pose le téléphone sur son ventre, respire, reprend.

Il écrit : « J'aime quand tu ne réponds pas. Ça veut dire que je t'ai touchée. »

« Ce sont des mots. Pas des doigts. »

« Les mots sont mes doigts. Pour l'instant. »

Elle mord son poing. Il va trop loin. Pourtant, elle ne veut pas qu'il s'arrête. Une partie d'elle, la plus sombre, la plus faim, réclame plus.

Elle ose : « Et qu'est-ce que tes mots touchent chez moi ? »

« Ta fierté. Ton envie. »

Il ne parle pas encore de sexe. Pas directement. Mais tout y mène.

Puis le message qui change tout.

« J'imagine tes hanches. Celles que tu as dites. Larges. J'aimerais poser mes mains dessus. Juste les poser. D'abord. »

Léa expire fort. C'est la première remarque ouvertement physique. Pas floue. Pas poétique. Réelle.

Elle devrait couper. C'est un inconnu. Il peut être n'importe qui. Elle a dix-sept ans. Lui vingt-trois. Mais elle continue.

« Et ensuite ? »

« Ensuite, je les remonterais le long de tes côtes. Doucement. Pour compter combien de secondes tu mets à frémir. »

« Tu es arrogant. »

« Tu n'as pas dit non. »

Elle n'a pas dit non. C'est vrai.

Elle change d'angle, se protège par la provocation.

« Tu fais ça avec toutes les filles qui t'envoient des messages au hasard ? »

« Tu es la première. Et toi, tu envoies des messages au hasard à tous les garçons ? »

« Non. Toi, tu es une erreur. »

« Une belle erreur. »

Elle rit nerveusement. Elle ne maîtrise plus rien.

Il enchéri : « Tu sais ce que j'aime chez toi ? Ta façon de te croire forte. Comme si ces mots ne te faisaient rien. Mais si. Je le sens. »

Le téléphone devient brûlant dans sa main.

Elle répond, les doigts tremblants : « Tu te prends pour un dieu. »

« Non. Juste un homme qui lit entre les lignes. »

La nuit s'épaissit. La chambre est noire sauf la lueur de l'écran. Léa a chaud. Un vertige. Elle n'est plus sûre d'où elle va.

Il écrit : « Je vais me coucher. »

« Déjà ? »

« Tu veux que je reste ? »

« ... »

« Ce point-virgule, c'est un oui ou un non ? »

« C'est un je ne sais pas. »

« Très bien. Alors je te laisse réfléchir. Mais avant de partir, réponds-moi sincèrement. Quand tu penses à moi, qu'est-ce que tu ressens ? »

Elle se lève, fait les cent pas dans la chambre. Ce type la met à nu. Elle pourrait mentir. Mais elle est fatiguée de mentir.

« Du désordre. »

« Désordre comment ? »

« Dans ma tête. Dans mon ventre. J'ai l'impression de faire quelque chose de mal. Mais je n'ai pas envie d'arrêter. »

Long silence. Puis :

« Moi non plus, Léa. Moi non plus. »

Il ajoute : « Bonne nuit. »

« Attends. »

« Quoi ? »

« Tu as dit que tu m'appellerais, un jour. »

« Bientôt. Promis. »

« R. »

« Oui ? »

« Merci de ne pas être un vieux dégueulasse. »

« Je peux l'être si tu veux. »

Elle sourit dans le noir. « Bonne nuit, R. »

Elle éteint l'écran. Le noir total. Dans son lit, elle se tourne, se retourne. La remarque sur ses hanches tourne en boucle. Ses doigts, ses mains, ses côtes. Pour la première fois, elle touche son propre ventre en pensant à lui.

Ce n'est plus un jeu.

Son téléphone vibre une dernière fois. Un message qu'il a envoyé au même moment qu'elle éteignait.

« J'ai oublié de te dire : j'aime ta cicatrice. Celle du menton. Elle te rend unique. Dormais bien, mon erreur. »

Elle rallume, lit, éteint, rallume encore.

Elle ne répond pas. Elle n'a pas les mots.

Elle colle le téléphone contre sa poitrine, ferme les yeux, et son dernier mot de la nuit est le même que sa première pensée du matin, silencieuse, dévorante : R.

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