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Broken angels: Tome I

Broken angels: Tome I

Auteur:: promotion
Genre: Romance
Upper East Side... un nom qui fait rêver. C'est le nom d'un quartier huppé très convoité. C'est pourtant dans cet endroit calme et très select que se déroule, depuis deux ans et demi, le triste et sombre calvaire quotidien de Tyler Firestone. Sa compagne Alison Sanderson n'a aucune limite quand il s'agit de l'humilier et le faire souffrir... et ce, juste pour son propre plaisir. Tyler pourra-t-il se réveiller et faire connaître son statut de victime afin de se libérer de son emprise malsaine ? Biographie de l'auteur Aurélie Collard s'investit dans l'écriture en 2010. Elle développe son style au travers de scénarios Role Play Game sous format texte sur diverses plates-formes de forums, avant de se lancer dans l'écriture de fan fictions et essais personnels en 2015.

Chapitre 1 No.1

Chapitre 1 Il était une fois... Tyler et Alison

« Un adage dit qu'on ne choisit pas ses parents et sa famille, mais que l'on choisit ses amis et si l'on peut choisir ses amis, peut-on choisir sa copine ? Peut-on choisir l'amour de sa vie ou celui-ci nous tombe-t-il juste comme ça sur le coin du nez, sans que l'on ait demandé quoi que ce soit ?

Au cas où il nous tombe dessus, comment être certain ou certaine que cette personne est vraiment celle faite pour nous, celle pour qui nous sommes nés, celle à qui nous étions destinés ? L'amour peut-il se tromper à ce point sur cet autre qui nous avait, pourtant attiré ? Et, pour finir, qu'est-ce qui nous a attirés ? Qu'est-ce qui m'a attiré chez elle ? Qu'est-ce qui m'a plu chez Alison lors de cette soirée dans la maison de cette fraternité au lycée ?

J'essaie de me souvenir, mais je n'y arrive plus... non... je n'veux plus me souvenir de comment tout a débuté. Pourtant, il va le falloir parce que je veux comprendre comment nous en sommes arrivés à cette situation. Comment en est-elle arrivé à me frapper dès qu'elle est contrariée ?

Pourtant, je me souviens que nous avions une vie de couple des plus normales. Avant, on se kiffait grave, on s'aimait tellement, on se prenait dans les bras, on s'embrassait et on se touchait... mais maintenant, j'ai carrément peur de la toucher. Rien que l'idée de devoir me retrouver dans le même lit qu'elle, mon ventre se tord et j'appréhende le moment où elle va se réveiller et m'en coller une parce que je suis trop près d'elle...

Enfin, ce n'est qu'une excuse parmi toutes les minables qu'elle me sert tous les jours pour justifier des coups qu'elle me porte continuellement et... quotidiennement.

J'écris ces lignes, car ce journal est mon seul et unique exutoire. Personne ne peut m'aider... sauf celui qui trouvera mon journal, mais peut-être que ce jour-là, ce sera trop tard. Ce sera trop tard... parce que j'aurais succombé sous les coups de mon bourreau qu'est ma copine.

J'aimerais tellement me sortir de cet enfer, mais j'ai peur...

J'te laisse, je l'entends déjà beugler mon nom. Je vais m'en prendre une sévère, c'est certain... mais elle me trouvera quoi comme excuse cette fois-ci ? Est-ce que je ferais encore un séjour à l'hosto comme à chaque fois ? Je dois descendre, mais j'ai vraiment peur... »

Rapidement, il ferme son journal et bouche son stylo avant de sortir de l'immense salle de bain dans laquelle il a pris l'habitude de se réfugier. Il planque son journal derrière une bouche de ventilation et descend à grandes enjambées les escaliers menant à l'étage inférieur. Il se précipite dans la cuisine d'où Alison aboie son prénom avant de lui assener une gifle monumentale, une gifle si puissante qu'elle crée une coupure nette sur la lèvre inférieure du jeune homme.

« Combien de fois il faut que je t'appelle pour que tu te bouges le cul ? Va me faire à manger tout de suite, avant que l'envie ne me prenne de t'en coller une autre ! »

Tyler ne répond rien et baisse les yeux lorsque la voix criarde d'Alison lui agresse les oreilles. Peu à peu, le sang qui coule de sa plaie s'insinue dans sa bouche et poursuit sa course sur sa langue. Il peut sentir le goût ferreux de l'épais liquide tandis qu'il s'affaire à préparer le plat du jour en suivant les quantités prescrites à la lettre par celle qu'il a, un jour, aimée. Il sait qu'il n'a pas le droit à l'erreur et encore même quand les quantités sont respectées et que le plat est parfait, elle trouve le moyen de le frapper juste pour le plaisir de l'entendre crier ou de le voir grimacer de douleur...

... Et ça fait environ deux ans et demi que ça dure. Deux années et demie de coups perpétuels, de règles de vie stupides à respecter, deux ans et demi où il est de rares soirs où il arrive à sortir et trouver refuge chez des amis à lui, où parfois, il n'y arrive pas et se fait battre comme un chien ayant fait une grosse bêtise.

Aussi, quand elle reçoit des amis ou même... ses nombreux amants d'un soir, elle l'enferme dans une cage, affublé d'un collier semblable à celui que porte les chiens et l'oblige à la regarder soit se gaver avec ses amies, soit à assister à ses prouesses sexuelles avec ses amants. Parce que oui, lui, Tyler n'a pas le droit d'aller voir ailleurs sous peine de se faire non seulement suivre, mais aussi de se faire frapper, alors que pour mademoiselle tout est permis. Alors quand il se retrouve dans cette cage, avec ce collier et enchaîné, Tyler laisse son esprit quitter son corps et voyager hors des murs de cet appartement de luxe qui est un véritable enfer. D'apparence, il semble regarder ce qu'il se passe, mais si on s'approche de la cage, on remarquera rapidement le vide qu'il y règne, dans ses prunelles d'or.

Le repas est prêt et il le dépose sous le nez d'Alison qui le fixe avec un air mauvais dans ses yeux bleu-vert. Sans un mot et le regard vide de toute émotion, il sert de l'eau dans le verre de la jeune femme, devenue une parfaite étrangère, puis repose la carafe et va se poster dans un coin en attendant qu'elle prenne son repas. Car cette situation résulte d'une des règles imposées par la jeune femme : elle mange en premier et lui n'a le droit de manger qu'une fois qu'elle est montée dans la chambre. Pour l'heure, il préfère rester là et ne pas la contrarier, n'ayant pour toute nourriture que le goût de fer du sang dans sa bouche.

Ce soir, elle prend tout son temps et passe la majeure partie de son repas à le fixer, prêt à le frapper au moindre mouvement qu'il osera faire. À ses amies, elle aime se vanter qu'elle a « dressé » son mec et qu'il lui obéit au doigt et à l'œil, mais ces dernières voient continuellement les sévices subis par le jeune homme de 23 ans. Chaque fois qu'elles viennent et le voient dans cette cage, enchaîné par ce collier grotesque, elles ont envie d'intervenir... mais elles savent aussi que si elles parlent, Tyler en subira lourdement les conséquences. Alors elles n'ont d'autres choix que de se taire, cependant, certaines d'entre elles ont pris discrètement des photos comme preuves et d'autres ont fait installer des caméras avec la complicité du jeune homme. Quand elle s'absente, il prend les vidéos enregistrées et les stocke dans un endroit connu de lui seul, puis met un DVD vierge.

Au bout d'une heure, elle se lève de table pour venir se mettre à sa hauteur.

« Tu as été un bon chien, mon Tyler, tu mérites un sucre. »

Il ne répond rien se contentant de regarder de ses prunelles d'or celle pour qui il aurait, autrefois, donné sa vie. À présent, elle pourrait bien crever que ça lui en serait complètement égal. Au contraire, ça le libérerait d'un poids énorme, mais il sait que les mauvaises herbes ont la vie dure et ne meurent pas si facilement. Alors il reste à la regarder sans trop soutenir son regard, mais en évitant aussi de se soumettre à la tentation de baisser son regard d'or et ainsi se prendre un coup.

« Merci... maîtresse. »

Sa voix à la fois grave, enrouée et suave se perd dans un murmure lorsqu'il prononce ces mots, alors qu'Alison se contente de lui adresser un sourire narquois avant de quitter la pièce. Patiemment, il attend que la jeune femme monte et referme la porte, puis il s'affaire à laver la vaisselle de cette dernière avant de chausser ses grosses Timberland noir mat et sa veste de jean noire sans manches. Il se saisit rapidement de son portable et son portefeuille ainsi que de ses clefs et sort dans le plus grand silence. Une fois hors de l'appartement, il ferme la porte à double tour et emprunte les escaliers à pas feutrés jusqu'au hall qu'il traverse avant de passer la porte de l'immeuble

Une fois à l'air libre, il inspire un grand coup et cale ses écouteurs dans ses oreilles avant de brancher lesdits écouteurs sur son téléphone qu'il passe en mode lecteur MP3. Il sélectionne son album des Knightmare Hells et prend la direction de la boîte où le groupe se produit ce soir.

Cela ne fait que quelques minutes qu'il marche quand il entend le vrombissement d'une moto derrière lui. Méfiant, il sursaute avant de se retourner quand le deux-roues se met à sa hauteur. Le conducteur relève la visière de son casque et le jeune homme à la chevelure de sang et aux yeux d'or reconnaît immédiatement les yeux bleu électrique de Chance Ortiz. Chance est un de ses collègues de travail et il est aussi de ceux qui s'inquiètent sérieusement pour lui.

« Hey Ty' ! Tu te rends au concert, mec ?

- Euh... ouais. »

Chance observe Tyler qui détourne la tête en rougissant nerveusement et ce n'est pas à cause de celles dues au froid de ce début de soirée. Le motard prend son collègue par le menton et rapproche Tyler de lui pour scruter à travers son casque la lèvre inférieure du jeune rouquin... avant de détacher et d'enlever brutalement son casque, une expression de colère déformant son visage.

« PUTAIN ! ENCORE ? »

Tyler se contente de dégager son menton et regarde, penaud, le motard qui fulmine de rage.

« Chance, c'est r....

- S'il te plaît, ne me dis SURTOUT PAS que ce n'est RIEN ! Monte ! Je t'emmène au concert, tu me diras ce qu'il s'est passé devant une bière. »

Chapitre 2 No.2

Quand Chance se met à fulminer, ce n'est pas conseillé de s'opposer à lui et encore moins de prendre la défense de son bourreau. Tyler saisit le casque noir que lui tend le noir bleuté et le met avant de l'attacher. Puis il monte derrière le motard et passe ses bras autour de la taille de son collègue qui démarre au quart de tour. À vive allure, le motard traverse la ruelle avant de rejoindre l'avenue qui donne sur la boîte de nuit où se produisent les Knightmare Hells puis de tourner dans une ruelle où est déjà garé un van noir avec l'emblème du groupe.

Le motard se gare non loin du véhicule et baisse la béquille avant de couper son moteur tandis que Tyler enlève le casque qu'il donne à Chance. Le noir bleuté saisit le casque et se lève pendant que le roux l'imite puis soulève le siège qui fait office de couvercle avant d'y glisser le casque et ses mitaines de cuir. Le couvercle remis en place, ce dernier le ferme à clef puis regarde la lèvre de Tyler de près.

« T'as mangé ?

- Nan ! J'suis parti direct de l'appart quand elle a eu le dos tourné... elle m'a encore parlé comme si j'étais un vulgaire chien... »

Non loin d'eux, Colin vient tout juste de s'adosser à l'un des murs de l'arrière-cour et fronce des sourcils en entendant le discours de Tyler. Son air est sombre lorsqu'il les écoute et il ferme les yeux un instant. Aussitôt, les années de maltraitance sous le joug d'Avril lui reviennent en mémoire : les insultes, les coups de basse, parfois elle lui enfonçait même ses talons dans les paumes de ses mains et souvent, il hurlait tellement fort de douleur qu'il finissait par annuler des concerts parce qu'il n'avait plus aucune voix pour chanter. Lui aussi avait cumulé les séjours à l'hôpital et souvent il demandait à être prolongé de séjour parce qu'il savait qu'elle n'oserait pas lever la main sur lui dans un lieu public.

Colin rouvre les yeux et secoue la tête comme pour chasser ces souvenirs qui le hantent encore et qui lui font faire des cauchemars la nuit. Il regarde Chance et Aiden qui parlent avec Tyler alors qu'ils se dirigent vers lui. Le chanteur aux yeux d'argent regarde l'état de la lèvre inférieure de son collègue webmaster et comprend aussitôt : Tyler s'est fait encore frapper par Alison... et à entendre le bruit que fait l'estomac du jeune homme, ce dernier ne semble pas avoir mangé.

Lentement, il approche sa main du col de Tyler qui baisse la tête comme pour éviter un quelconque jugement. Colin tire sur le col et aperçoit une épaisse couche de fond de teint faisant le tour du cou puis regarde Tyler. Ce dernier garde les yeux rivés au sol et serre le poing tandis que, sans un mot, Colin appelle Chance du regard et l'invite en silence à jeter un œil sur le cou du rouquin. Le Portoricain tape l'acier peint du van du plat de la main et regarde, obligeant Tyler à lever les yeux vers lui, en lui soulevant le menton.

« Elle a reçu du monde quand ? »

Tyler regarde Chance, les yeux brillants, et déglutit en grimaçant de douleur... preuve que les marques sont toutes fraîches et datent probablement de la journée même. Des larmes commencent à poindre le bout de leur nez, mais la fierté de Tyler est telle qu'il préfère encore les réprimer et, déglutissant une nouvelle fois, il tente de s'éclaircir la voix qui se fait pourtant légèrement tremblotante.

« En début de soirée... »

Chance se retient de donner un autre coup puis prend une grande inspiration avant d'aider Aiden à décharger le matériel et le porter en coulisses, laissant seuls Tyler et Colin. Le chanteur au fort tempérament remet le col de son collègue en place puis lui donne une barre KitKat qu'il sort du van.

« Le temps qu'on fasse la représentation. J'te commanderais à bouffer après, tu viendras à notre table avec Chance. »

Tyler prend la barre en le remerciant et s'apprête à répliquer quand Colin le somme silencieusement de manger la barre pour patienter du vrai repas. Le rouquin aux yeux d'or fatigués et cernés le regarde avant d'ouvrir la barre en suivant Colin qui le guide jusqu'aux coulisses. Arrivés dans l'immense pièce où sont entreposés caisses et matériel de musique, le chanteur aux cheveux noirs et reflets violets mène Tyler dans les loges où il le fait asseoir sous le regard d'une Avril agacée... et défoncée. Avant qu'elle n'ait pu prononcer un mot, Tyler se met à trembler malgré lui alors que Colin se tourne vers celle qui est, à présent, son ex et la regarde d'un air mauvais.

« Toi, tu l'touches, j'te défonce la gueule ! T'as compris, connasse ? »

Il prend ensuite une trousse de premiers soins dans un des tiroirs, puis en sort une compresse de gaze avec un antiseptique à base d'alcool à 90 °C. Colin regarde Tyler qui a déjà un mouvement de recul en voyant la compresse, mais le jeune homme finit par lancer un regard inquiet au développeur et consultant data.

« Bon, j'te préviens, ça va piquer un peu. J'vais la désinfecter et on verra l'état d'ta lèvre après. »

Le rouquin hoche du chef avant de relever un peu le menton vers Colin qui commence doucement à tamponner la plaie. En baissant un peu la lèvre, il remarque le sang à l'intérieur de la bouche et regarde Tyler en silence, réalisant que ça fait un petit moment que le jeune homme est dans cet état. Alison ne l'a pas raté, car la plaie est assez profonde.

Soudain, Tyler se fige et, l'espace d'un instant, Colin se demande si cette réaction est due au fait qu'il touche un endroit douloureux, mais, bientôt, en tendant plus l'oreille, il entend une sonnerie provenant d'une des poches du pantalon du jeune homme. Le chanteur pose la compresse et avec l'autorisation de Tyler, fouille dans une ses poches pour en sortir le smartphone dont l'écran s'allume et indique un appel... d'Alison. Colin regarde le portable quand une large main se saisit brusquement du portable avant de décrocher et de mettre en haut-parleur.

« Allô ? »

Le ton de Chance est brusque et annonce déjà la couleur de la tournure que prendra la conversation téléphonique. À l'autre bout du fil, Alison est estomaquée... elle pensait vraiment que Tyler décrocherait et qu'il serait seul. À aucun moment, elle n'avait songé que quelqu'un d'autre prendrait l'appel. Elle tente de se reprendre, de garder une certaine contenance tout en demandant où se trouve Tyler, sa chère victime adorée. Un sourire mauvais s'affiche sur les lèvres de Chance.

« Fous-lui la paix pour ce soir... »

Pas un mot de plus n'est échangé lorsque ce dernier raccroche au nez d'Alison, mais dans la tête de cette dernière, tout se met déjà en place. Tyler a osé filer en douce hors des murs de l'appartement ? Soit, mais il le paiera très cher à son retour. Et si elle dort quand il sera de nouveau là ? Aucun problème, il prendra sa dérouillée pendant le petit déjeuner.

Comment a-t-il osé faire prendre l'appel à quelqu'un d'autre ? Mauvais chien ! Et les mauvais chiens doivent être dressés et recevoir la correction qu'ils méritent. Tyler, tu en prendras pour ton grade...

Elle se recouche en réfléchissant déjà à la manière dont elle va punir ce petit con qui a osé sortir sans sa permission... mais en attendant, elle ferme les yeux et s'endort alors qu'à quelques kilomètres de là, Chance entraîne Tyler avec lui dans la fosse pendant que Colin et Aiden installent leurs matériels en vue de donner leur concert.

La scène prête et les balances faites, les lumières s'estompent petit à petit pour laisser bientôt place à une obscurité. Puis les projecteurs de la scène s'allument éclairant Colin et son groupe qui se préparent à se produire. Aiden compte jusqu'à trois et commence à battre la mesure de la première chanson, bientôt suivi d'Avril qui se calque sur le second temps pour entamer sa mélodie puis la voix rocailleuse et sensuelle de Colin qui chante les premières paroles, déclenchant les cris de ses nombreuses fans dans l'assemblée. Chance passe un bras autour des épaules de Tyler qui grimace en entendant les cris stridents des filles puis le rapproche de lui afin de ne pas le perdre dans la foule qui commence à se mouvoir au rythme de la musique.

Le beau rouquin tatoué aux yeux dorés constate, alors, que Colin n'est pas le même que dans la vie de tous les jours. Il est plus enjoué, plus assuré un peu comme si la musique était le facteur révélateur de sa vraie personnalité et pas ce masque du mec peu bavard qu'on lui connaît habituellement. Mais Tyler ignore encore le lourd passé que traîne son collègue chanteur derrière lui, un passé qui n'a vraiment rien à envier à sa situation actuelle. Il n'est pas certain, mais il pense l'avoir lu dans le regard qu'avait le chanteur lorsque ce dernier était adossé au van. Il le regarde, l'observe chanter en faisant rouler sa voix quand Colin lui adresse un clin d'œil discret, visible uniquement de lui seul pour ne pas déchaîner la colère de ses fans.

Chapitre 3 No.3

Une femme fait déjà souffrir le roux en permanence alors pas besoin de rajouter un troupeau d'hormones en furie parce qu'il lui aura fait un clin d'œil. La situation fait sourire Chance qui observe la scène tandis que Tyler arbore son premier sourire de la soirée. Il est furtif, mais bien présent sur ses lèvres fines et charnues.

« Il t'apprécie, je crois. »

Tyler regarde son collègue, un peu surpris puis tente une question.

« Mais... j'ai pourtant rien fait. Alors pourquoi ? »

Si le roux ignore tout du passé de Colin, le motard, lui en connaît un rayon et cette simple question le fait revenir environ trois ans en arrière.

À ce moment-là, il trempait encore dans un gang avec Riven. Un soir, en sortant d'une bagarre de rue avec l'argent du pari en poche, Chance avait décidé de traîner un peu le temps de souffler et prendre l'air en faisant un tour sur sa moto.

Durant sa balade, Chance roulait sur un pont en direction du domicile de sa grand-mère quand il avait remarqué une silhouette, debout, sur la rambarde, semblant contempler l'immensité du vide qui se trouvait sous ses pieds. Le motard s'était doucement rapproché en se déportant sur le côté pour mieux observer la situation. Quand il arriva à la hauteur de l'inconnu aux cheveux mi-longs noirs et aux vêtements gothiques punks, il fut surpris par l'expression qu'il avait lue dans les yeux argentés de ce dernier. Le regard reflétait le désespoir, la souffrance et la fatigue de la vie qu'il avait. C'était le regard de quelqu'un qui n'avait plus goût à rien, mais pas de ces personnes qui n'ont plus goût à la vie parce qu'elles ont perdu un proche trop cher à leur cœur, non. Lui c'était comme si on lui avait enlevé et aspiré toute envie de continuer à exister et sa mort aurait pour lui un goût de libération.

Lorsque Chance avait compris que ce type comptait en terminer avec ses jours en se jetant du haut de ce pont, il s'était approché en tentant de raisonner ce jeune homme punk au regard gris. Il lui avait dit que s'il décidait d'en finir avec la vie de cette manière, ça donnerait à la personne, qui lui a fait du mal, la sensation d'avoir gagné.

« Ne lui donne pas cette opportunité, ne lui fais pas cet honneur qu'elle ne mérite pas. »

Ces mots, bien qu'ils remontent à trois ans, Chance les entend toujours comme un souvenir qui se doit d'être là pour ne pas oublier ce qu'avait enduré Colin. En l'espace de ce souvenir, le motard n'est plus au concert de son ami, mais toujours sur ce pont à tendre doucement la main tout en faisant son possible pour faire entendre raison à cet animal apeuré et à bout qu'était Colin. Il peut entendre encore la voix déjà bien enrouée de ce dernier lui répondre

« Ce n'sont pas tes affaires ! J'en peux plus d'elle, j'veux en finir ! Comme ça, je me sentirais, au moins, libéré de son emprise sur moi. Tu n'sais pas ce que c'est de s'faire frapper tous les jours pour un rien par celle que tu pensais aimer ! Alors, laisse-moi crever... laisse-moi crever parce que c'est la seule option qui m'reste... »

Chance revoit encore le visage de son ami déformé par la douleur et les larmes qui débordaient de ses yeux d'argent et qui roulaient sur ses joues. La mort était la seule issue libératrice qu'il lui restait en option. Son « personne peut m'aider toutes façons ! » déchirant résonne encore dans sa mémoire. Il se souvient qu'il avait passé de très longues minutes à calmer le jeune homme face à lui et quand, enfin, il s'était décidé à descendre de cette rambarde en tenant fermement cette main qui l'avait empêché de faire la plus grosse erreur de sa vie, Colin s'était laissé tomber dans les bras de Chance, complètement à bout de force et épuisé. Le motard avait coupé le moteur de son deux-roues et s'était assis adossé contre la rambarde avec Colin assis sur ses jambes. Il lui avait frotté le dos doucement, de manière rassurante, le temps que Colin se reprenne, l'observant un peu.

À partir de cet instant, plus jamais il ne laisserait Colin se laisser faire et le motard s'était promis de lui apprendre quelques techniques de défense.

Cette simple image d'eux deux suffit à faire rouler une larme solitaire sur la joue de Chance dont le regard s'est perdu dans le vide l'espace d'un instant. Quand enfin, il revient à la réalité, le motard relève la tête et la secoue comme pour se réveiller puis pose ses yeux bleu électrique rougis sur Tyler qui ne l'a jamais quitté du regard. Malgré la tristesse qu'on peut lire dans ses yeux, Chance sourit et tapote le dos du jeune roux aux yeux d'or.

« Parce que vous avez bien plus en commun que tu ne le penses, mec. »

Soudain, les lumières se rallument et Tyler pose son regard sur la scène sur laquelle il voit Colin, Aiden et Avril saluer leur public et les remercier avant de disparaître en coulisses en faisant, discrètement, signe à Chance et Tyler de les y rejoindre. Le motard prend Tyler par le poignet et l'entraîne à travers la foule de filles en délire pour se frayer un chemin jusqu'aux loges dont ils franchissent la porte au bout de quelques minutes. Une fois au calme dans la pièce, Chance referme la porte après avoir talonné Tyler.

Colin observe son ami et sourit.

« T'étais pas avec nous sur la fin du concert, Chance. »

Chance regarde son ami avec un air penaud comme un gosse pris en faute d'une grosse bêtise qu'il était en train de faire et s'excuse tandis que Colin se rapproche de lui.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Le motard se contente de regarder Colin qui comprend immédiatement ce qui s'est tramé dans la petite tête de Chance. Il jette un bref regard à Tyler puis repose ses yeux gris sur son ami.

« Tu y as repensé.

- Comment ne pas y repenser quand je vois que ce pauvre gosse est en train de vivre le même enfer que toi, il y a trois ans ? Tu m'avais, moi, pour t'aider et compter sur moi... mais lui... »

Colin jette un regard mauvais à Avril et prend Chance par les épaules en donnant à Aiden la consigne de veiller sur Tyler et de faire en sorte qu'Avril ne le touche pas. Il s'isole ensuite dans une pièce et ferme la porte avant de regarder Chance qui se prend la tête entre ses mains. »

« Lui, il n'a personne pour l'épauler, Colin ! Tu... »

Chance se mord la lèvre en observant son ami puis reprend.

« Tu as vécu la même chose que lui ! Tu peux peut-être l'aider, non ? »

Colin le regarde avant de baisser les yeux au sol en mettant ses mains dans ses poches et sans prononcer une seule parole. Devant le silence de son ami, Chance affiche un air sidéré : comment, Colin, qui a vécu cet enfer lui-même peut-il rester de marbre devant le cas de Tyler ? Son ami a-t-il tellement souffert qu'il en a perdu son cœur ?

Colin relève soudainement la tête puis plante son regard dans les prunelles opalescentes de son meilleur ami.

« C'est pas que je veuille pas lui donner un coup de main, Chance. J'en ai envie, j'le veux quand j'le vois débarquer tous les jours au taf avec de nouvelles marques... des marques qu'il recouvre soit avec du fond de teint, soit avec un tatouage. J'veux l'aider, mais je sais pas comment m'y prendre sans qu'il doive en subir les conséquences derrière. Je veux l'aider sans qu'il puisse en pâtir. »

Chance réalise alors que Colin est tiraillé entre cette envie maladive de venir en aide au jeune roux et la peur de le voir subir des coups en représailles à cette aide. Au fond de lui, il a peur qu'à son tour, Tyler finisse par avoir envie de mourir et de le retrouver là, à l'endroit même où Chance l'avait sauvé lui.

En soupirant lourdement Colin fait une promesse à Chance, mais aussi une promesse à lui-même.

« Quand j'aurais trouvé la solution la plus adéquate, j'te promets que je l'aiderais et que j'le lâcherais plus. J't'en fais le serment, Chance. »

Ce qu'ignore encore le chanteur, en ce moment précis, c'est que Tyler finira exactement par agir de la même manière que lui... mais que l'aide qu'il lui apportera ira bien plus loin qu'un simple coup de main.

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