Cinq ans de mariage. J' avais tout donné à Sophie, même mis de côté mon désir d' enfant pour la soutenir dans sa "formation" à Paris.
Je suis donc arrivé à l' improviste, bouquet de roses rouges en main, le cœur battant d' impatience.
Mais, à l' ouverture de la porte, son visage n' a exprimé ni joie ni surprise, seulement une panique glaciale.
Puis, sous les bras, au lieu de
l' étreinte familière, une rondeur dure, impossible à ignorer : un ventre de femme enceinte. Six mois.
Le bouquet m' a échappé, comme tout mon univers.
Elle était enceinte de six mois, et l'enfant n'était pas le mien.
Pire encore, la "formation" à Paris n' était qu' un paravent pour sa liaison avec son ex, un homme qu' elle prétendait mourant d' un cancer pour justifier leur "insémination artificielle" .
Quand il est apparu à l' appartement que je payais, arrogant et bien vivant, il a raillé ma naïveté.
Leur trahison était totale.
J' ai frappé cet homme, mais le véritable coup est venu de Sophie, qui s' est interposée, le protégeant, et me faisant accuser de violence.
La police est arrivée.
"Je... je ne le connais pas," a-t-elle murmuré, me livrant aux autorités.
Je me suis retrouvé seul, menotté, pour un crime que je n' avais pas commis, tandis qu' eux se jouaient de moi.
L' injustice était telle qu' elle avait transmué ma douleur immense en une colère froide, tranchante.
Ils voulaient me détruire.
À mon tour de jouer.}
Je tenais le bouquet de roses rouges si fort que mes jointures étaient blanches. Vingt-quatre roses, une pour chaque mois où Sophie avait été en « formation » à Paris, loin de moi, loin de notre maison à Lyon. Cinq ans de mariage, et ces deux dernières années avaient été les plus difficiles, mais je savais que ça en valait la peine. Elle poursuivait sa carrière, et moi, je la soutenais, comme toujours.
L'hôtesse de l'air avait annoncé l'atterrissage à Charles de Gaulle il y a une heure. J'avais sauté dans le premier taxi, le cœur battant d'excitation. C'était une surprise. Elle ne savait pas que je venais. Je voulais voir l'étincelle dans ses yeux, son sourire surpris, sentir ses bras autour de mon cou. Je nous imaginais déjà dînant dans notre petit restaurant préféré du Marais, célébrant mes retrouvailles anticipées.
Devant la porte de l'appartement qu'elle louait dans le 15ème arrondissement, j'ai pris une grande inspiration, l'odeur sucrée des roses remplissant mes poumons. J'ai arrangé ma chemise et j'ai sonné. J'entendais des bruits étouffés à l'intérieur, puis le silence. Quelques secondes de plus, qui m'ont paru une éternité.
La porte s'est finalement entrouverte.
Sophie était là. Ses cheveux blonds étaient un peu en désordre, et elle portait un simple peignoir de soie. Mais ce n'est pas ça qui m'a frappé. C'est son visage. La joie que j'attendais n'était pas là. À sa place, il y avait un choc pur, une panique à peine dissimulée dans ses yeux bleus.
« Marc ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
Sa voix était un murmure, fragile et tendu.
« Surprise ! » ai-je dit, mon sourire se figeant un peu face à sa réaction. « Tu me manquais trop. »
J'ai fait un pas en avant pour la prendre dans mes bras, le bouquet de fleurs coincé entre nous. Je m'attendais à la chaleur familière de son corps, à sa finesse.
Mais ce que j'ai senti était autre chose.
Sous le peignoir de soie, contre ma poitrine, il y avait une rondeur ferme, impossible à ignorer. Un ventre proéminent, dur. Un ventre de femme enceinte.
Je me suis figé. Mon cerveau a refusé de traiter l'information. J'ai reculé d'un pas, mes yeux descendant instinctivement de son visage paniqué à son corps. Le peignoir bâillait légèrement, révélant la courbe indéniable de sa grossesse. Elle n'était pas juste un peu enceinte. Elle l'était de plusieurs mois.
Le bouquet de roses a glissé de mes doigts, tombant sur le paillasson avec un bruit sourd et pathétique. Mes mains tremblaient.
« Sophie... » Ma voix était méconnaissable, un souffle rauque. « C'est quoi, ça ? »
Elle a porté une main à son ventre, un geste protecteur qui m'a transpercé. Ses yeux, remplis de larmes, ne pouvaient plus rencontrer les miens.
« Marc... il faut qu'on parle. »
« Parler ? »
Le mot a explosé dans le silence du couloir. Ma voix était pleine d'une fureur que je ne me connaissais pas.
Sophie a fait un pas en arrière, ouvrant la porte plus largement.
« S'il te plaît, entre. Ne restons pas ici. »
Son calme apparent, sa tentative de gérer la situation comme une crise professionnelle, a fait bouillir mon sang. Je suis entré, mais pas comme elle l'espérait. J'ai donné un coup de pied dans les roses éparpillées sur le sol, les pétales écrasés marquant mon passage.
« Je ne veux pas entrer ! Je veux que tu m'expliques ! » ai-je crié, faisant un geste large vers son ventre. « Qu'est-ce que c'est que cette merde, Sophie ? »
Elle a fermé la porte derrière moi, me tournant le dos un instant pour reprendre contenance. Quand elle s'est retournée, son expression avait changé. La panique avait fait place à une sorte de résignation froide, presque calculée.
« Je suis enceinte, Marc. De six mois. »
Chaque mot était un coup de poing dans l'estomac. Six mois. Pendant six mois, elle m'avait menti au téléphone, me parlant de ses cours, de ses examens, de sa solitude.
« Enceinte ? » ai-je répété, le sarcasme dégoulinant de ma voix. « Mais comment est-ce possible ? La grande directrice marketing, Sophie Leclerc, qui m'a juré pendant cinq ans qu'elle était stérile ! Tous ces médecins, tous ces tests... C'était du pipeau ? Dis-moi que c'était du pipeau ! »
Elle a baissé les yeux, incapable de nier.
« Je ne pouvais pas avoir d'enfant à ce moment-là. Ma carrière... »
« TA CARRIÈRE ? » J'ai éclaté de rire, un rire horrible, sans joie. « Alors tu m'as menti. Tu m'as regardé souffrir, espérer, dépenser une fortune en spécialistes, et tu m'as menti. »
« Je t'aime, Marc, ça n'a rien à voir... »
« Ne prononce pas ce mot ! » ai-je coupé, ma voix se brisant. « Ne le dis pas. Dis-moi juste une chose. C'est qui ? C'est qui le salaud qui t'a mis ça dans le ventre ? »
Je la regardais avec un dégoût total, cette femme que j'avais aimée plus que tout. Elle était devenue une étrangère, une manipulatrice.
Elle a pris une profonde inspiration, comme pour se préparer à une autre révélation.
« C'est Julien Moreau. »
Le nom ne me disait rien.
« Mon ex, » a-t-elle précisé, voyant mon incompréhension. « L'homme que je fréquentais avant toi. »
La nausée m'est montée à la gorge. Non seulement elle m'avait trompé, mais avec un fantôme de son passé.
« Ton ex ? Tu as couché avec ton ex ? »
« Non ! » s'est-elle défendue, presque trop vite. « Ce n'est pas ce que tu crois. C'était... une insémination artificielle. »
Je la fixais, attendant la suite de cette histoire insensée.
« Julien est malade, Marc. Il a un cancer en phase terminale. Les médecins lui ont donné quelques mois à vivre. Il... il voulait laisser une descendance. Quelqu'un pour porter son nom. Il m'a demandé de l'aide. J'ai fait ça par compassion. »
Compassion. Le mot résonnait dans le salon luxueux, absurde et obscène.
« La compassion ? » ai-je sifflé. « Tu appelles ça de la compassion ? Te faire engrosser par un autre homme dans le dos de ton mari ? Tu as détruit notre vie, notre mariage, pour la "compassion" ? »
« Tu ne peux pas comprendre, » a-t-elle dit, sa voix se durcissant. Elle commençait à se défendre, à se draper dans une vertu outragée. « C'était un acte de générosité. Ça ne change rien à mes sentiments pour toi. L'enfant naîtra, Julien mourra, et nous l'élèverons ensemble. Comme notre fils. »
J'ai secoué la tête, abasourdi par son audace, par sa logique tordue. Elle avait tout prévu, tout scénarisé, sans jamais penser une seconde à moi, à ma dignité. J'étais juste un pion dans son grand plan.
« Tu es complètement folle. »