~ Mirabelle Aworet ~
Aujourd'hui, ma meilleure amie, Stéphanie, la soeur que la vie m'a donnée, se marie, je suis tellement heureuse pour elle. Et en ce jour si important, elle m'a choisie comme dame de compagnie, mais aussi comme son témoin de mariage.
J'entre dans la chambre d'hôtel, Stéphanie est assise face au miroir, la maquilleuse s'active sur son visage.
– Où étais-tu, Mira ? dit-elle, d'une voix anxieuse.
– Calme-toi, mon coeur. Je suis allée chercher à boire, dis-je en sortant des canettes de jus du sachet que j'ai apporté.
J'ouvre une canette que je lui tends.
– Merci, je commence à stresser.
– Détends-toi, tout va bien se passer.
– J'espère que les soeurs d'Édouard ne vont pas me faire un sale coup, parce que je t'assure que si elles osent, je ne les raterai pas !
– Même le jour de ton mariage, tu veux te disputer, dis-je, amusée.
– Bien-sûr que oui, elles sont de vraies plaies ces filles.
– Ne t'inquiète pas, elles n'oseront rien faire qui va gâcher cette magnifique journée.
Il y a quatre ans, Stéphanie a fait la rencontre d'Édouard qui deviendra son époux dans quelques heures, ils s'aiment éperdument tous les deux, mais le souci est que les soeurs de ce dernier n'apprécient pas mon amie, elles cherchent tout le temps à lui créer des histoires et cela a le don de l'agacer.
Lorsque la maquilleuse termine son travail, je suis éblouie par la beauté de Stéphanie, elle est naturellement belle, mais ce maquillage la sublime encore plus.
– Tu es tellement magnifique, dis-je avec le sourire, Édouard tombera une seconde fois amoureux en te voyant.
– Merci mon amour, dit-elle en souriant.
Je sors mon téléphone et je prends des tonnes de photos avec la future mariée. La mère de Stéphanie nous rejoint dans la chambre et nous faisons une prière toutes les trois.
⁂
Le mariage de Stéphanie était une totale réussite, bien que ses belles-soeurs tiraient la tronche, elles ont su se tenir à carreau. C'est au petit matin que je rentre chez moi, mon rôle de dame de compagnie m'obligeait à être aux aguets.
Je retire mes chaussures à talon et la robe sirène que je portais. Je me jette sur mon lit en soupirant, je suis tellement épuisée.
Deux jours plus tard,
Ce matin, je me rends plus tôt que d'habitude dans mon magasin afin de procéder à l'inventaire mensuel de tous les articles.
Il y a deux ans, après de nombreuses galères financières, j'ai pu ouvrir un magasin. J'ai un BTS en communication, mais la portée du chômage a fait que je n'ai jamais pu trouver du travail dans ce domaine. J'ai enchaîné des boulots de caissière et de secrétaire pour pouvoir mettre de l'argent de côté afin d'être propriétaire de cette boutique de vêtements, Stéphanie m'a aussi soutenue financièrement.
Je suis une grande passionnée de mode, avoir une boutique de vêtements était comme une évidence, je vends essentiellement des styles d'habits que moi-même je porte, cela permet de faire ma propre publicité et aussi de gagner la confiance des clients cibles.
Lorsqu'en fin de soirée, je ferme le magasin, je prends un taxi en direction de la maison de Brad. Il m'ouvre la porte en souriant.
– Coucou bébé, fais-je en souriant.
– Salut, mon coeur.
J'entre dans le salon et je dépose mon sac sur un fauteuil.
– Tu viens de rentrer ?
– Oui, je rentre à peine du travail, répond-t-il.
– J'ai faim.
– Si je savais que tu venais, j'aurais pris à manger avant de rentrer.
– Ce n'est pas grave.
Je me rends à la cuisine pour faire à manger, Brad me rejoint en se collant à moi.
– Tu sens tellement bon, bébé, fait-il à mon oreille.
Il soulève ma robe et se faufile entre mes jambes.
– Brad, je cuisine, dis-je d'une voix plaintive.
Mais il ne m'écoute bien évidemment pas. Lorsqu'il me pénètre, je m'abandonne complètement, je m'accroche à lui en gémissant de plaisir.
Une trentaine de minutes plus tard, je fais la cuisine tout en discutant avec mon chéri.
Brad et moi, nous sommes en couple depuis deux ans, je l'ai rencontrée en allant faire des achats pour ma boutique, je venais tout juste de l'inaugurer. Lorsqu'il m'a abordé, j'ai été attirer par son humeur joviale et son sourire charmeur, et depuis, nous ne nous sommes plus quittés.
Mon téléphone vibre, je le prends, un sourire se dessine sur mes lèvres lorsque je vois que c'est Stéphanie qui m'a envoyée des photos, elle est en lune de miel avec Édouard.
– Mirabelle ?
Je lève les yeux de mon téléphone et je fixe Brad.
– Oui ?
– Tu discutes avec qui ? J'espère que ce n'est pas un autre homme qui fait sourire ma femme.
Je roule des yeux d'un air amusé.
– C'est Stéphanie.
– Ok, elle va bien ?
– Oui, elle s'amuse avec son mari.
– C'est cool.
– Dis, tu as pris les informations avec ton cousin ?
– Les informations ? Pour quoi ? dit-il, perdu.
– Pour le terrain.
– Tu ne vas pas revenir sur ça, dit-il en soupirant.
– Tu m'as promis, Brad !
– Pourquoi tu insistes avec cette affaire ? Si tu veux tant qu'on vive ensemble, il te suffit juste de prendre tes bagages et de venir vivre ici !
– Ici, ce n'est pas chez toi, tu es locataire, dis-je d'une voix calme.
– Et alors ?
– Si je dois vivre avec mon homme, j'aimerai que ça soit sur notre terrain.
– Tu commences sérieusement à m'énerver !
Je soupire.
– Tu travailles dans le pétrole, tes amis construisent des maisons, alors que toi, tu es toujours locataire, cela ne te dérange pas ? Tu as les moyens pourtant.
– Tu ne me parles pas comme ça !
– J'ai dit quoi de mal ? fais-je, surprise.
– C'est mon argent, je fais ce que je veux avec !
– Je veux juste...
– Tu es qui pour me dire quoi faire avec mon argent ?
– Je ne suis donc rien pour toi, dis-je, blessée.
– Tu veux me dominer, c'est ça ? Tous les jours, c'est la même chose ! Je t'ai dit que j'avais besoin de toi pour gérer mon argent ?
– Brad...
– Dégage d'ici !
Je le regarde, le coeur battant.
– Tu me fais chier ! lance-t-il.
Je sors de la cuisine en claquant la porte, je prends mon sac et je sors de la maison. Une fois à l'extérieur, je sens des larmes de frustration coulées sur mon visage, je les essuie rageusement.
À chaque fois, c'est la même réaction. Est-ce une mauvaise chose de vouloir évoluer avec son homme ? Il m'énerve !
~ Mirabelle Aworet ~
La personne qui a dit que l'amour rend stupide avait certainement raison. Ce n'est que la stupidité qui puisse expliquer que mon cœur bat fort en voyant le nom de Brad s'afficher sur mon téléphone. Cela fait juste quelques minutes que je suis rentrée chez moi et Brad n'a cessé de m'appeler.
Je soupire puis je décroche le téléphone.
– Quoi ? dis-je, froidement.
– Je suis devant ta porte, ouvre-moi, s'il te plait bébé.
Il raccroche.
Je me lève et j'ouvre la porte, il est effectivement là.
– Je peux entrer ? fait-il d'une voix calme.
Je me mets sur le côté et il entre. Je ferme la porte, puis je vais m'assoir sur le canapé du salon. Brad s'avance et prend place près de moi.
– Bébé ? dit-il d'une voix douce.
Je le fixe d'un air mauvais, il soupire.
– Je n'aime pas lorsqu'on se dispute, Mira.
– J'ai compris que je ne suis absolument rien pour toi, alors qu'est-ce que tu es venu faire ici ?
– Tu sais très bien que tu comptes énormément pour moi, c'est la colère qui m'a fait dire des bêtises.
– Tu m'as carrément dit de dégager de chez toi, comme si je n'avais pas de domicile.
– Je te demande de m'excuser, je suis vraiment désolé.
– Tu m'énerves, dis-je d'une voix sèche.
– Je sais, bébé.
Je soupire en le regardant.
– Si tu n'as pas l'intention de faire avancer notre relation, il serait préférable que tu me le dises, Brad.
– Bien-sûr que je compte faire avancer notre relation, c'est moi-même qui t'ai parlé du fait d'aménager ensemble.
– Alors, pourquoi refuses-tu que nous construisions notre chez nous ?
– Je ne refuse pas de le faire, c'est juste que c'est assez brusque, une maison, c'est un énorme investissement.
– Je compte aussi y investir, tu ne seras pas le seul à le faire.
– Oui, mais je veux que nous ayons une maison digne de ce nom, laisse-moi le temps de me préparer et de mettre de l'argent de côté.
– Tu n'as pas d'économies ? fais-je, les sourcils froncés.
– Bien-sûr que si, mais accorde-moi juste du temps, l'année prochaine, je te promets qu'on achète notre terrain et on lancera les travaux de notre maison.
Je le jauge du regard en me demandant s'il ne dit pas des paroles en l'air.
Brad veut que l'on vive ensemble, mais j'aimerais que cela soit dans une maison dont on sera tous les deux propriétaires, j'ai tellement entendus des histoires de femmes qui se sont faites chasser comme des malpropres après plusieurs années de concubinage tout simplement parce qu'elles vivaient totalement chez l'homme. S'il arrive que je me sépare de Brad alors que nous vivons ensemble, je ne veux pas sortir perdante, je ne veux pas squatter chez lui.
– Qu'est-ce qui me garantit que tu ne changeras pas d'avis ?
– Je te le promets, mon amour.
– Ok, dis-je en soupirant.
Il approche son visage près du mien.
– Embrasse-moi, dit-il en souriant.
Je colle mes lèvres contre les siennes et je l'embrasse langoureusement. Lorsqu'il pose ses mains sur mon visage pour approfondir ce baiser, je fonds comme une glace, comme s'il venait d'apaiser ma colère.
Brad se décolle de moi avec le sourire.
– Je n'aime pas quand tu me parles mal, dis-je en le fixant.
– Tu sais que j'ai tendance à m'emporter quand je suis énervé.
– Oui et je n'aime pas ça.
– Je ne le referai plus.
Il me fait un bisou sur les lèvres.
Brad est naturellement d'une franchise qui peut très vite devenir blessante, c'est son plus grand défaut, il a la langue trop aiguisée.
– J'aimerai qu'on sorte ce soir tous les deux, dit-il.
– Pour aller où ?
– On va s'amuser, je ne travaille pas demain.
– Ok, mais je dois d'abord me préparer.
– Pas de souci, je reviendrai te chercher, tout à l'heure.
Il m'embrasse encore, se lève, puis s'en va.
Aux environs de 23h, la voiture de Brad gare à mon niveau, j'ouvre la portière et je m'installe dans le véhicule.
– Mon Dieu ! Tu es trop belle, bébé, dit-il en me dévorant du regard.
– Merci, dis-je, ravie.
Je me penche vers lui et je l'embrasse tendrement.
Pour ce soir, j'ai opté pour une robe rouge qui moule mon corps et des chaussures noires à talons aiguilles.
Quelques minutes plus tard, il gare son véhicule devant un restaurant que j'apprécie beaucoup, je sais déjà que je vais me régaler. Lorsque nous entrons dans le restaurant, des regards curieux se posent sur nous, il faut dire que mon chéri et moi, nous formons un beau couple.
Brad est de ces hommes qu'on qualifie familièrement de « bon pain », il est beau avec un physique de sportif qu'il entretient soigneusement et il a aussi le sens de la mode. Il est toujours très bien habillé, c'est une chose qui m'a énormément plu au début de notre relation, je n'ai jamais eu besoin de lui faire des remarques pour qu'il se fasse toujours beau, il est tout le temps bien apprêter. Personnellement, je fascine généralement à cause de mon teint noir éclatant, mais aussi à cause de mon corps svelte aux formes rebondies, accompagné de mes traits de visage qui sont d'une douceur charmeuse.
Nous prenons place à une table. Le dîner se passe dans une magnifique ambiance, Brad met les petits plats dans les grands pour me faire plaisir, je sais que c'est aussi sa manière de s'excuser pour notre dispute de tout à l'heure.
– On va danser, Mira ? dit-il quand nous sortons du restaurant.
– Ok, si je dis non, tu vas insister de toute façon.
Il rigole et m'ouvre la portière de sa voiture.
Nous entrons dans la boîte de nuit la plus prisée de la ville, un salon VIP a déjà été réservé par Brad. Je ne suis pas une personne vraiment fêtarde, je préfère passer du temps chez moi, alors que Brad aime faire la fête, il sait s'amuser et de temps en temps, je me laisse embarquer dans ses virées chaudes.
Lorsque je me lève pour danser, Brad reste assit, mais il me surveille du regard. Je suis une assez bonne danseuse et les verres de whisky m'ont détendue. Un homme s'avance pour danser avec moi, Brad se lève et vient poser sa main sur mes hanches, il jette un regard froid au monsieur, ce dernier s'éloigne en dévisageant Brad.
– Tu exagères, dis-je, amusée.
Il se colle à moi et chuchote à mon oreille :
– Personne n'a le droit de toucher ma chérie.
Nous dansons tous les deux, je me frotte à lui tout au long de la soirée et je le sens excité.
Quand nous sortons de la boîte de nuit, il nous conduit jusqu'à chez lui.
L'alcool ayant émoustillé nos sens à tous les deux, nous nous jetons prestement l'un sur l'autre, c'est en tanguant que nous allons dans la chambre, nos bouches ne se quittent plus et nos vêtements volent dans la pièce. Brad me plaque à plat ventre sur le lit et s'introduit d'un coup en moi.
– Oh ! Bébé, dis-je en gémissant.
Il me culbute avec force, mon corps s'enflamme. Je hurle de plaisir.
– Je t'aime tellement, Mira.
– Je t'aime, Brad, je t'aime.
– Tu es à moi, dit-il à mon oreille.
– Ne t'arrête pas, bébé.
Mes gémissements se mêlent aux grognements de Brad, nous jouissons en même temps.
Il s'allonge près de moi et me prend dans ses bras, nous nous endormons enlacés, l'un contre l'autre.
Le lendemain,
C'est avec énormément de difficulté que j'ouvre les yeux, je me sens affreusement lourde, j'ai la gueule de bois. Brad n'est pas allongé sur le lit, il s'est levé plus tôt que moi. Je prends mon téléphone et je soupire en découvrant l'heure, il est pratiquement midi.
Je me lève et j'enfile mes vêtements. Je sors de la chambre et des voix me parviennent, je reconnais aisément celle de la mère de Brad, je souffle avant d'aller au salon. Lorsque j'entre dans la pièce, je découvre Brad assit en face de sa mère, quand elle me voit, son visage se ferme aussitôt.
– Bonjour, maman, dis-je.
– Hum, dit-elle du bout des lèvres.
– Mira te salue, maman, fait calmement Brad.
– Bonjour ! lance-t-elle froidement.
– Tu as bien dormi, mon cœur ? me demande Brad.
– Oui, tu es debout depuis ?
– Depuis une heure environ, je n'ai pas voulu te déranger.
Sa mère secoue la tête.
– Une femme qui se lève après l'homme, on a vu ça où ? dit-elle en me toisant.
J'ignore sa pique et Brad aussi, depuis le temps, je suis habituée.
– Je dois ouvrir le magasin, il faut que j'y aille.
– Ok, bébé, je t'aurais déposé, mais je ne peux pas laisser maman toute seule.
– Ne t'inquiète pas, dis-je en lui faisant les gros yeux.
Sa mère tchipe fortement.
– Au revoir, maman, dis-je.
Elle ne répond pas, je ne m'attendais même pas à ce qu'elle le fasse de toute façon. Je sors calmement de la maison, il faut que j'aille travailler.
~ Brad Kombila ~
Maman agite nerveusement ses pieds en me regardant, je sais qu'elle ne va pas tarder à se plaindre.
– C'est quel genre de femme que tu es allée soulever ? Une paresseuse !
– Maman, nous avons dormi tous les deux très tard, c'est normal qu'elle ait autant dormi.
– Jusqu'à 12 H ?
– Je te signale que c'est ton appel qui m'a réveillé ce matin.
– Et elle s'en va sans même faire à manger, c'est quoi ça ?
– Tu as envie de manger ? demande-je, calmement.
– Qui ? Tu crois que si j'ai faim, c'est sa nourriture que moi, Béatrice, je vais manger ?
– Alors, de quoi tu te plains ?
– Donc toi, tu ne dois pas manger, elle ne pouvait pas cuisiner ?
– Maman, je suis un grand garçon, je peux me faire à manger tout seul.
– Une vraie paresseuse !
Elle continue de pester contre Mirabelle, mais je n'y prête pas attention.
Depuis le début de notre relation, ma mère m'a toujours montrée et dit qu'elle ne veut pas de Mirabelle comme belle-fille, selon elle, l'ingénieur civil que je suis devrai être avec une femme de mon rang, je trouve cela complètement tirer par les cheveux. Mirabelle est une femme indépendante qui se bat honnêtement pour gagner sa vie, elle ne m'a jamais donné le sentiment de s'intéresser à mon argent, parce que pour être honnête, je suis financièrement aisé, le secteur dans lequel je travaille paye bien, à 30 ans, j'ai un salaire qui fait toujours trembler les femmes que je rencontre.
Ma mère pense qu'une simple vendeuse de vêtements, comme elle-même le dit, ne me mérite pas, mais de toute façon, ce n'est pas elle qui décide, j'aime Mira et elle devra s'y faire, qu'elle le veuille ou non.
Ma mère s'en va une heure plus tard. Je décide de sortir pour prendre un pot avec des amis.
Lorsque j'arrive dans le bar, les regards assoiffés des femmes se posent sur moi, je suis un beau gosse et je fais de l'effet.
– Son excellence, monsieur Kombila, hurle mes potes.
– En chair et en os, dis-je avec vantardise.
Je prends place et je passe ma commande.
Une fille assise à la table d'en face me fait un clin d'œil, je pouffe de rire, ce n'est clairement pas mon genre de femme. Je fais quoi avec une femme qui se dépigmente la peau ? Je suis sûr qu'elle sent l'eau de javel. Voilà une chose que j'adore avec Mira, son teint noir ! Elle en prend tellement soin qu'il brille magnifiquement. Je ne sais pas qui a dit à certaines femmes que pour être belle, il faut être presque transparente.
Je bois une bière tout en discutant avec mes amis.
– Notre magnifique belle-sœur va bien ? me demande l'un.
– Oui, ma femme se porte bien.
Tout le monde sait dans cette ville que j'aime Mirabelle, c'est ma femme, celle qui va porter mon nom et mes futurs enfants. Cette femme est la seule à me rendre complètement dingue d'elle, elle me tient dans sa main. Avant de rencontrer Mirabelle, je n'étais jamais tombé amoureux, sa beauté, sa personnalité et son caractère m'ont séduit. Si ce n'était pas cette affaire de terrain, à l'heure qu'on est, elle vivrait déjà avec moi, mais ce n'est qu'une question de temps. Je ne suis pas contre le fait de construire une maison, mais rien ne presse.
La femme à la peau transparente se lève et se place devant notre table.
– Bonjour les gars, dit-elle en souriant.
– Bonjour, répondent les autres.
Elle plante son regard sur moi.
– S'il te plait, je peux te parler un instant ? fait-elle d'une voix sensuelle.
– Non, je n'aime pas les femmes qui ont plusieurs couleurs, dis-je.
Son visage se décompose, elle a honte, les autres ne se gênent pas de ricaner. Elle se retourne sans plus rien ajouter.
– Brad, tu es trop tranchant !
Je porte ma bouteille à mes lèvres en souriant, je ne suis pas dans les bêtises.
Une semaine plus tard,
La porte de mon magasin s'ouvre, une de mes clientes fidèles entre.
– Bonjour madame, comment vous allez ? dis-je en souriant.
– Bonjour, ma chérie, je vais très bien.
– Qu'est-ce que je peux faire pour vous aujourd'hui ?
– J'ai vu sur la page Facebook de la boutique, des tenues qui m'ont énormément plu, je suis venue tout dévaliser.
Je pouffe de rire.
Je contourne le comptoir et je vais vers elle.
– Comment tu fais pour être toujours aussi belle ? dit-elle en admirant ma tenue, tu me rends jalouse là, tu es trop fraîche.
– Merci, dis-je avec le sourire.
Elle sort son téléphone et me montre les captures d'écran qu'elle a eu à faire. Ayant fait des études de communication, il est très aisé pour moi de faire la publicité de mon magasin, je gère des pages sur différents réseaux sociaux dédiés à mon entreprise, c'est assez prenant, mais cela me rapporte de la clientèle.
La porte s'ouvre de nouveau, je me retourne et découvre avec le sourire Stéphanie.
– Surprise, dit-elle en souriant.
– Mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne m'as pas dit que tu rentrais aujourd'hui, dis-je ravie.
– Bah, c'est une surprise, Mira, dit-elle amusée.
– Accorde-moi quelques minutes, je te reviens mon cœur.
– Pas de souci.
Elle s'installe sur une chaise pendant que je m'occupe de ma cliente. Une fois la dame partie, je prends place aux côtés de mon amie.
– Tu rayonnes, cette lune de miel t'a fait du bien.
– Tu n'as pas idée, je ne voulais même plus rentrer.
– Alors, ça fait quoi d'être mariée à l'homme de sa vie ?
– Tu sais bien que cela n'a été qu'une formalité, la seule chose qui change, c'est cette magnifique bague qui brille à mon doigt, dit-elle en levant la main.
– Et n'oublie pas que tu as aussi un nouveau nom, madame Obame.
– J'ai trop le goût d'entendre ça ma copine !
Nous éclatons de rire.
– Mira, est-ce que tu sais que si mes belles-sœurs sont restées tranquilles à mon mariage, c'est parce que leur mère les a menacées.
– Ah bon ?
– Oui, c'est Édouard qui me l'a dit. Le matin du mariage, ma belle-mère a dit à ses filles que si elles ne se tiennent pas à carreaux, elles auront affaires à elle.
– Ta belle-mère est vraiment formidable.
– Je t'assure. C'est un amour cette femme, ce sont juste ses filles qui sont de vrais boulets.
– Il fallait voir comment elles froissaient leurs visages.
– Bien vilaines.
J'éclate de rire en secouant la tête.
– Tu abuses, Steph.
– Laisse ça. Au fait, comment se porte Brad ?
– Il va bien, dis-je en souriant.
– Mon propre beau-frère ! L'ingénieur de sa mère.
Je roule des yeux.
– Sa mère est épuisante, elle ne rate jamais une occasion de me critiquer.
– Elle finira par se fatiguer, son fils t'aime, c'est le plus important.
Je soupire.
– Tu as de nouveaux habits qui peuvent me plaire ? me demande-t-elle.
– Oui, j'ai eu à recevoir de nouveaux articles.
– J'espère qu'il y a ma taille.
– Bien-sûr.
Mon amie est une femme magnifique aux formes généreuses. Nous sommes toutes les deux physiquement à l'opposé l'une de l'autre, tandis que je suis menue et petite, Stéphanie est grande et en rondeur, même au niveau du teint de la peau, nous sommes différentes, mon teint noir contraste au sien qui est caramel.
Stéphanie et moi passons toute la journée ensemble. À la fermeture du magasin, nous allons manger dans un restaurant.
– Steph, est-ce que tu peux me donner le numéro du monsieur qui vous a aidé à trouver votre terrain à Édouard et toi ?
– Oui, pas de souci. Brad accepte enfin de construire la maison ?
– Non, mais je ne vais pas attendre qu'il se décide, je veux acheter mon terrain et construire ma maison.
– Il est informé de ce projet ?
– Je préfère garder cela pour moi, nous ne sommes pas mariés, je me dois d'être prudente.
– Tu as raison, il faut investir de ton côté et si votre relation évolue, tu pourras peut-être l'en informer.
– C'est exactement ce que je me suis dit.
J'ai réellement envie de faire ma vie avec Brad, je suis amoureuse de lui, mais je ne suis pas idiot.e. Il est important que je me fasse un patrimoine personnel, même si nous nous marions plus tard, je dois assurer mes arrières.
Un serveur s'approche de nous et se tourne vers Stéphanie.
– Madame, il y a un monsieur qui m'a demandé de vous remettre ça, dit-il en lui tendant une feuille de papier.
– C'est un numéro de téléphone, je suppose, dit-elle calmement.
– Oui.
– Je ne suis pas intéressée, mettez-le à la poubelle.
– Heu... mais...
– Vous dérangez notre dîner là, dit-elle en souriant.
– Désolé, madame.
Le serveur se retourne et s'en va.
– Madame Obame, même avec une bague à ton doigt, tu fais de l'effet, dis-je en rigolant.
– J'ai dit à Édouard que s'il s'amuse avec moi, y a beaucoup d'hommes qui sont prêts hein, dit-elle en riant.
Nous passons une belle soirée, puis nous nous séparons.
Le lendemain,
Je traverse le portail de la maison de ma mère, je l'aperçois de loin, assise dans la cour près de son mari.
– Bonjour, dis-je en souriant.
– Bonjour, Mira, dit maman en souriant.
– Mirabelle, ça va ?
– Oui, tonton. Je vais bien et toi ?
– Ça va. Je vais vous laisser discuter entre femmes, dit-il en se levant.
Il s'en va et je prends place.
– Tu as enfin décidé de venir me voir.
– Maman, tu exagères, dis-je en riant.
– Mais tu m'oublies, la dernière fois que tu étais ici, ça remonte à deux mois.
– J'étais occupée avec le magasin, mais aussi par le mariage de Stéphanie.
– Comment elle se porte Stéphanie ?
– Elle va bien, elle est rentrée de lune de miel.
– C'est bien ça.
Des voix attirent notre attention, mes deux petites sœurs entrent dans la cour en rigolant.
– Bonjour, disent-elles en me regardant.
– Bonjour, réponds-je.
– Vous sortez d'où vous deux ? Depuis le matin, je vous cherche.
– On est allé voir une amie, répond Aude.
– Tôt le matin, vous allez chez les gens, vous ne pouvez pas rester chez vous ? tonne notre mère.
– Mais on est déjà là non, dit Christiane d'un air boudeur.
– Il faut aller prendre l'argent avec votre père, vous allez faire le marché.
– Ta fille préférée est là, elle peut aller faire le marché, dit Aude.
– Vraiment, ajoute Christiane.
– Je ne suis pas votre égale, dis-je en les regardant.
– Comme si Mirabelle vit ici, allez-y prendre l'argent, dépêchez- vous !
Elles s'en vont en traînant des pieds et en murmurant.
Mes sœurs, Christiane et Aude, ont respectivement 21 et 23 ans, nos rapports n'ont jamais été au beau fixe. Après que mon père ait quitté ma mère lorsque j'avais 4 ans, elle a rencontré son mari avec qui elle a eu mes sœurs. J'ai grandi en étant consciente que j'étais l'enfant rapportée, mon beau-père a toujours été correct avec moi, mais je voyais bien qu'il faisait toujours une différence entre ses enfants et moi, sa famille à lui me rappelait aussi sans cesse que j'étais une étrangère parmi eux, cela me faisait énormément de peine, mais en grandissant, je n'y prêtais plus attention.
Je ne parle jamais de mes sœurs en utilisant le terme « demi-sœurs » parce que maman nous a toujours défendues de l'utiliser, mais je sais que c'est ainsi qu'elles me considèrent, une sœur qui n'est vraiment pas la leur.
Deux jours plus tard,
Mon téléphone portable sonne et me tire du sommeil, je le prends, c'est Stéphanie.
– Allô ? dis-je d'une voix enrouée.
– Bonjour Mira, tu dors ?
– Je dormais.
– Désolée. Il y a ma collègue qui vient de m'informer qu'elle vend son terrain.
– Ah bon ? dis-je en me redressant sur le lit.
– Oui et c'est situé dans un très bon quartier.
– Elle le vend à combien ?
– 1 million cinq cent mille, mais on pourra négocier.
– D'accord, je peux la rencontrer quand ?
– Aujourd'hui même, je viendrai te chercher.
– D'accord, merci Steph.
Je me lève du lit afin de m'apprêter. J'ai des économies dans mon compte, je vais me rendre à la banque pour les retirer. Je dois acheter ce terrain, je n'attendrai pas que Brad se décide, je dois construire ma maison.