Ma grand-mère m'a toujours dit que notre don était à la fois une bénédiction et une malédiction.
Dans ma première vie, j'ai tout donné pour guérir Victor de Courtenay, l'héritier d'un empire du champagne.
En retour, je suis devenue son épouse, mais son cœur appartenait à Chloé.
Quand Chloé est morte, Victor m'a accusée et m'a forcée à produire mon essence jusqu'à mon dernier souffle, me laissant mourir vidée de ma force vitale.
Pourtant, juste avant de mourir, j'ai surpris une vérité déchirante : Chloé n'était pas morte accidentellement, elle avait été éliminée par l'épouse d' un banquier avec lequel elle avait une liaison.
Ma vie entière n'était qu'une blague tragique, construite sur les mensonges et les manipulations.
À ma mort, je n'ai connu que la trahison, l'épuisement et le désespoir d'une existence volée.
La haine et la déception ont été mes derniers compagnons.
Mais maintenant, je suis de retour.
Et cette fois, je ne serai la sauveuse de personne, surtout pas la sienne.
Ma grand-mère m'a dit un jour que le don de notre famille était une bénédiction et une malédiction. Que l'huile essentielle que ma peau sécrétait, la « larme de fleur », pouvait guérir, mais qu'elle pouvait aussi détruire.
Dans ma première vie, je n'ai pas compris. J'ai guéri Victor de Courtenay, l'héritier arrogant de la plus grande maison de champagne, et comme promis, je suis devenue sa femme.
Mais son cœur appartenait à Chloé. Quand elle est morte dans un accident de ski, il m'a accusée.
« C'est de ta faute ! Sans toi, Chloé m'aurait guéri et nous serions heureux ! »
Il m'a forcée à produire mon essence jusqu'à l'épuisement, espérant la ramener à la vie. Je suis morte, vidée de ma force vitale, en l'entendant murmurer le nom de Chloé. Juste avant de mourir, j'ai surpris une vérité : Chloé n'était pas morte accidentellement. Elle avait été éliminée par la femme d'un banquier avec qui elle avait une liaison.
Ma vie entière était une blague tragique.
Maintenant, je suis de retour. Le téléphone sonne, et c'est Éléonore de Courtenay, la mère de Victor. Sa voix est impérieuse, mais pleine d'une anxiété à peine contenue.
« Mademoiselle Amélie, mon fils, Victor... Il a besoin de vous. Venez à Reims. Nous vous donnerons tout ce que vous désirez. »
Je ferme les yeux. Je me souviens de la froideur de Victor, de mon propre corps se vidant de sa vie. La haine est une chose froide et dure dans ma poitrine.
« Madame de Courtenay, votre argent ne peut pas tout acheter. »
Je raccroche. Cette fois, je ne serai la sauveuse de personne. Surtout pas la sienne.
Quelques heures plus tard, une voiture noire et luxueuse s'arrête devant ma petite parfumerie à Grasse. Éléonore de Courtenay en sort elle-même, son visage habituellement parfait marqué par l'inquiétude.
Elle ne supplie pas. Elle ordonne, d'une manière qui ne tolère aucun refus.
« Vous venez avec moi. »
Je la suis, non pas par obéissance, mais par curiosité. Je veux voir le visage de l'homme qui m'a tuée, maintenant qu'il est brisé et impuissant.
Le domaine de Courtenay est aussi opulent que dans mes souvenirs. Victor est dans son fauteuil roulant, au milieu du grand salon. Il est pâle, mais son arrogance est intacte. En me voyant, il ricane.
« Alors c'est elle, la sorcière de Grasse ? Ma mère croit vraiment que tes potions de bonne femme peuvent faire quelque chose ? »
Chloé est à ses côtés, lui caressant l'épaule, son visage plein d'une fausse compassion.
« Victor, chéri, ne dis pas ça. Mademoiselle Amélie est notre dernier espoir. »
Je m'approche lentement. Je regarde Victor droit dans les yeux. Je ne vois pas le patient, je vois le monstre. Je me penche, comme pour examiner ses jambes inertes. Puis, je me redresse et je prononce les mots que j'ai préparés.
« La maladie de Monsieur de Courtenay est incurable. »
Ma voix est claire et froide. Le silence dans la pièce est total.
« C'est une dégénérescence nerveuse irréversible. »
Le visage de Victor se crispe de fureur. Chloé halète, jouant la surprise. Seule Éléonore reste stoïque, mais ses mains serrées sur son sac trahissent sa tension.
Je continue, ma voix ne tremblant pas.
« Vous êtes un prince déchu, Monsieur de Courtenay. Un empire du champagne attend, mais son héritier ne pourra jamais se tenir debout pour le diriger. »
Chaque mot est choisi pour blesser.
« Madame de Courtenay, au lieu de courir après des chimères, vous devriez peut-être vous concentrer sur la gestion de votre entreprise. Ou trouver un autre héritier. »
Victor, fou de rage, a attrapé une flûte de champagne en cristal sur la table et l'a fracassée contre le sol.
« Dehors ! Sortez cette charlatan de chez moi ! »
Son cri est plein de haine et d'humiliation. C'est exactement ce que je voulais.
Je lui tourne le dos, ignorant les éclats de verre. Éléonore me suit dans le couloir, sa voix un murmure pressant.
« Amélie, je vous en prie. Nommez votre prix. »
Je m'arrête et la regarde.
« Il n'y a pas de prix, Madame. Je ne peux pas le guérir. Personne ne le peut. »
Je mens, bien sûr. Je pourrais le guérir. Mais je ne le ferai pas. Je sais que Chloé prétend chercher une fleur miraculeuse dans les Alpes. C'est un mensonge. Dans ma vie passée, elle est revenue les mains vides, avant de trouver la mort. Cette fois, je ne la laisserai pas gagner, même par défaut.
Je quitte le domaine sans un regard en arrière.
Alors que ma voiture s'éloigne de Reims, une autre voiture me bloque le passage. Une femme d'une cinquantaine d'années, aux vêtements simples et au visage marqué par le chagrin, en descend.
« Mademoiselle Amélie ? Je suis Hélène Dubois. »
Le nom me frappe. Dubois. La famille rivale des de Courtenay.
« Mon fils, Léo... Il était dans la même voiture que Victor de Courtenay. Il est dans le coma depuis l'accident. »
Elle me regarde avec un espoir désespéré qui me tord l'estomac.
« Les médecins disent qu'il n'y a rien à faire. Mais j'ai entendu parler de vous... On dit que vous faites des miracles. »
Je regarde cette mère digne et souffrante. Une partie de moi veut l'aider. Mais la douleur de ma vie passée est encore trop vive. Utiliser mon don m'a coûté la vie. Je ne peux pas recommencer.
« Je suis désolée, Madame Dubois. Je ne suis pas une faiseuse de miracles. Je ne peux rien pour votre fils. »
Je vois l'espoir mourir dans ses yeux. Ça me fait mal, mais je démarre la voiture et je pars, le cœur lourd de culpabilité.