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Au carrefour de nos différences

Au carrefour de nos différences

Auteur:: MIRAH
Genre: Romance
Ce sont les coups de klaxons appuyés des voitures derrière elle qui avaient ramené Elisa à la réalité. Totalement plongée dans ses tristes pensées, elle ne s'était même pas rendu compte que le feu était passé au vert depuis plusieurs secondes. Se ressaisissant, elle démarra prestement suivant le même parcours qu'elle connaissait par cœur pour l'avoir fait chaque jour de semaine en aller-retour depuis trois années maintenant. Même si elle essayait de se concentrer sur sa conduite, elle ne pouvait chasser cette grosse amertume qui envahissait son être et rendait ses yeux larmoyants. Elle avait beau s'être juré de se montrer forte et ne pas céder à la détresse, cela lui était impossible. Tout comme son cœur, son âme aussi se déchirait à l'idée de savoir que ce soir, Ousmane, son Ousmane, se retrouvera dans les bras d'une autre femme sans qu'elle ne puisse rien y faire. La douleur qu'elle ressentait depuis la veille au soir, quand il l'avait prévenu de ce long weekend qu'il allait passer avec l'autre, était tellement vive qu'elle se demandait comment elle faisait pour rester encore un tant soit peu lucide. Si elle avait passé une nuit carrément blanche pour n'avoir pas fermé une seule fois les yeux, ce matin, elle s'était armée de tout son courage pour montrer un visage serein à ses enfants qui ne se doutaient pas encore des changements importants qui allaient survenir dans leur vie de famille. En effet, même si Ousmane l'avait mis au courant de son second mariage dès le lendemain de la célébration de celle-ci, toute à sa peine, elle avait complètement oublié ses enfants et ne leur avait pas encore annoncé la nouvelle. Elle savait qu'Ousmane ne s'attèlerait jamais à cette difficile tâche et que ce sera donc à elle de les aviser. Mais comment leur dire que leur père allait avoir une autre vie avec une autre femme, une autre maison, une autre famille avec des enfants qui ne seront pas d'elle et, surtout, qu'eux si attachés à lui ne le verront plus que tous les deux jours ?

Chapitre 1 Chapitre 01 : Entre peines et douleurs

Comme elle se garait quelques minutes plus tard dans le parking de son service, Elisa avait toujours les pensées toutes emplies de ses doutes et questionnements. Lui revenaient aussi en mémoire tous ses douloureux moments qu'elle avait traversé au début de sa relation avec Ousmane alors que ses parents, son père surtout, avait été catégorique dans son refus de la voir se marier à ce dernier.

Par amour pour Ousmane, elle avait sacrifié sa très belle relation avec son père tant chéri qui avait toujours était son complice et cédait à tous ses caprices au point que ses frères et sœurs disaient qu'elle était sa préférée. Très ancré dans sa foi Chrétienne, pour la première fois, celui-ci avait été en total désaccord avec elle quand elle avait lui fait part de sa décision de se convertir à l'islam pour se marier avec Ousmane.

En effet, même s'il n'avait pas tellement apprécié l'entrée de ce dernier dans sa vie alors qu'elle n'avait que dix-huit ans et venait de réussir avec brio à son baccalauréat, il avait cependant laissé faire juste pour ne pas la contrarier dans sa toute première histoire sentimentale, pensant certainement que cela n'était qu'une amourette d'adolescente qui s'estompera avec le temps. Cependant, contrairement à ce que pensait celui-ci, trois ans plus tard, elle était toujours avec Ousmane qui avait formulé son désir de concrétiser enfin cette relation.

Cela n'aurait certainement pas posé beaucoup de problèmes si le père d'Ousmane n'avait pas imposé à son fils sa conversation à l'Islam prioritairement à la célébration de cette union, ce à quoi ses parents à elle avait dit niet arguant qu'elle n'avait pas été baptisée, communiée et confirmée en grandes pompes pour qu'elle s'apostasie ainsi juste pour les beaux yeux d'un jeune homme.

Alors folle amoureuse et se disant majeure du haut de ses petits vingt-et-un ans, elle avait tenu tête à ces derniers car elle ne voyait pas sa vie sans Ousmane et était prête à tous les sacrifices pour vivre avec lui. Entrant en conflit direct avec son père, à qui sa mère reprochait de l'avoir trop gâtée et toujours cédé à ses caprices au point d'en récolter maintenant les fruits avec son entêtement à satisfaire coûte que coûte son envie de se marier, elle avait même fini par bouder la maison familiale pour aller chez sa grand-mère maternelle moins catégorique dans cette affaire.

En effet, celle-ci dont le défunt mari était d'origine cap-verdienne, était plus compatissante car se rappelant de la difficulté qu'elle avait elle-aussi eu pour faire accepter son fiancé à sa famille très traditionnaliste, et profondément ancrée dans leurs racines, qui lui avait même déjà choisi un de ses cousins germains comme futur mari depuis son enfance. Il lui avait fallu batailler ferme pour imposer son choix qu'elle ne regrettait pas pour avoir écouté la voix de son cœur et en se voyant maintenant entouré de ses adorables enfants et petits-enfants. Cependant, dans son cas, une question de religion ne se posait pas comme cela l'était pour Elisa et Ousmane.

« Puisque cet homme que tu as juste croisé un jour au détour d'une rue compte beaucoup plus pour toi que nous ta famille qui t'avons élevé, protégé et éduqué jusqu'à ce que tu deviennes la jeune femme respectable que tu es, alors soit ! A partir de cet instant même, tu peux considérer que je n'ai plus de fille qui s'appelle Elisabeth Anne Louise Diouf ! » Lui avait dit son père le jour même où il avait appris sa conversion.

Même si son reniement public par son père l'avait beaucoup affecté, de savoir qu'elle allait bientôt unir sa vie avec celle d'Ousmane n'avait pas fait réaliser à Elisa la gravité du moment. De plus, vu l'attachement que son père avait pour elle, elle se disait que c'était la colère qui avait ainsi fait parler celui-ci et, qu'avec le temps, il reviendrait à de meilleurs sentiments. Malheureusement, jusqu'à trois années plus tard, ce dernier ne lui avait pas adressé la parole et il avait fallu l'intervention de sa mère, qui s'était adoucie avec sa première grossesse, pour qu'elle puisse remettre les pieds à la maison familiale après son accouchement.

C'est le jour-même de sa sortie de la clinique que, elle tenant son nouveau-née dans les bras et Ousmane les noix de colas qu'ils avaient acheté en cours de route, ils étaient alors venus s'agenouiller devant son père pour lui demander pardon et en lui disant qu'ils ne voulaient baptiser leur enfant sans avoir au préalable sa bénédiction. Surpris d'abord par leur geste inattendu, puis attendri par la vision de sa petite-fille, ce dernier avait finalement dit leur avoir pardonné mais, même s'il avait assisté aux baptêmes de tous leurs deux enfants, avec qui il était d'ailleurs très attentionné, sa relation avec sa fille n'avait jamais plus été la même. En effet, il avait pardonné mais pas oublié car jusqu'à présent, après de vagues salutations, c'est presque toujours avec un mal-être mal dissimulé qu'il les côtoyait ensuite, Ousmane et elle, lors de leurs visites à la maison familiale.

Actuellement même, comme elle pénétrait enfin dans son bureau, après avoir traversé l'accueil du service en affichant un visage faussement souriant, Elisa pensait à son père. Bien qu'au courant du second mariage d'Ousmane, qu'elle était partie annoncer tout en pleurs à sa mère le jour même où elle l'avait su, celui-ci n'avait fait aucun commentaire ni laissé transparaître la moindre émotion.

Son grand-frère Thierry, par contre, n'avait pas manqué de l'appeler dès qu'il avait appris la nouvelle mais, même s'il s'était plutôt enquis de la situation et cherché à la réconforter, elle savait, qu'au fond de lui, il se rappelait des paroles qu'il lui avait dites, huit années plus tôt, au plus fort de ses tiraillements avec leur père.

« J'espère que tu sais exactement ce que tu es en train de faire et surtout ce pour quoi tu es en train de te battre de façon si acharnée ? » Lui avait-il d'abord dit avant de préciser qu'en tant que musulman, Ousmane avait le droit d'avoir jusqu'à quatre femmes et qu'elle devait donc être prête à partager un jour son mari.

« Je te rappelle que tous les musulmans ne pratiquent pas la polygamie qui est un droit et non une obligation ! Et mon Ousmane à moi est l'homme d'une seule femme ! » Lui avait-elle alors répondu avec assurance dans la fougue de son fol amour.

Qu'elle s'était donc fourvoyée !

Depuis dimanche dernier, Ousmane était devenu l'homme de deux femmes !

Depuis dimanche dernier, il était devenu le mari d'une autre femme !

Après tout ce par quoi elle était passée pour concrétiser leur amour, il lui avait fallu huit années seulement pour qu'il lui trouve une coépouse !

Oui ! Huit années qui n'ont pas toujours étaient roses mais où elle avait su être ferme et souple à la fois pour surmonter toutes les petites crises inévitables et forger un couple que leurs connaissances jugeaient solide. Huit années où elle lui avait fait deux enfants, une fille et un garçon, à qui elle veillait à donner la meilleure des éducations. Huit années où elle avait su être là pour le soutenir dans les moments difficiles et le réconforter dans les moments de doute.

Oui ! Huit années où elle avait cédé à tous les caprices de sa belle-famille et laissé de côté certaines des siennes pour lui permettre de vivre en parfaite harmonie. Huit années où elle croyait avoir fini de connaître cet homme et pensait le satisfaire sur tous les plans. Huit années où elle avait eu l'exclusivité sentimentale de cet homme qui allait désormais avoir deux foyers et deux familles, cet homme qu'elle allait désormais partager avec Awa !

Oui ! Awa ! Elle s'appelle Awa, la femme qui venait ainsi de faire voler en éclat l'unicité de son foyer.

Chapitre 2 Chapitre 02 AWA : Mise en place du plan d’action

« Toi alors ! C'est quoi tout cet arsenal ? On dirait que tu prépares la troisième guerre mondiale ! » N'avait pu s'empêcher de taquiner Adama, en voyant toutes les armes de séduction massive que sa jumelle avait disposé sur le lit et s'apprêtait à ranger dans sa petite valise.

« Tu ne penses pas si bien dire ma chère ! C'est justement la troisième guerre mondiale que je compte déclencher ce soir ! Et crois-moi que quand j'en aurai fini avec cet homme, sa première deviendra totalement insipide devant lui ! » Avait répondu Awa, la nouvelle mariée qui se préparait à passer sa toute première nuit avec son mari.

« Tu recommences encore avec cette histoire ! Et moi qui croyais que tu étais redevenu raisonnable ! Ne penses-tu pas que c'est déjà assez difficile pour cette femme de se voir trouver une coépouse pour que tu cherches en plus à la chasser ! » Avait repris Adama qui ne cautionnait pas l'idée qu'avait sa sœur de se débarrasser au plus vite de la première épouse de son mari au lieu d'essayer de cohabiter pacifiquement avec cette dernière qu'elle avait trouvé dans son foyer.

« C'est vraiment son problème si elle n'a pas été capable de retenir son mari dans ses jupons ! Moi je ne compte pas gérer un polygame ! Ousmane sera à moi et à moi seule ! C'est tout simplement parce que je ne pouvais exiger de lui qu'il se sépare d'elle avant notre mariage que j'ai accepté d'être sa deuxième ! Mais c'était juste un moyen d'accéder à l'enceinte ! Une fois bien installée, je veillerai sans en donner l'air à ce qu'elle prenne très rapidement la porte ! »

« Awa ! Soit raisonnable ! Ne fait jamais à une femme ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ! Et comment peux-tu même être si sure de toi ? Qui te dit qu'elle n'a pas elle-même des arguments assez solides pour se défendre et peut-être même te faire éjecter si tu cherches à la chasser ? »

« Oh arrêtes ! Si elle maîtrisait réellement ce qu'elle faisait, on ne lui aurait pas ramené de coépouse ! Si Ousmane est devenu aussi accro à ma personne c'est parce qu'il trouve en moi des choses qui manquent à sa femme donc elle ne me fait pas peur ! » Avait répliqué Awa avec assurance.

« C'est là que tu te trompes ma chère ! Ne vas surtout pas croire que les hommes prennent d'autres femmes pour combler les lacunes des premières ! Il y en a qui aiment collectionner tout simplement et ne seraient pas même rassasiés avec dix autour d'eux ! Alors ne part pas dans ce mariage en te croyant plus complète et plus capable que la première ! » Avait dit Adama pour faire redescendre sa jumelle sur terre.

« En tout cas l'avantage psychologique est de mon côté et je compte bien l'utiliser ! Je ferai en sorte que, rien qu'en entendant mon prénom, elle en perde le sens de l'orientation !»

« Fais gaffe à toi en tout cas ! Quand cette femme trimait avec son jeune mari pour en arriver là où ils sont aujourd'hui tu ne savais même pas qu'un Ousmane existait ! De plus, à ce que je sache, celui-ci ne s'est jamais plaint de quoi que ce soit la concernant ! Il est tout simplement tombé amoureux de toi pour une raison ou une autre et si toi-même tu as pu l'apprécier dès que tu l'as vu c'est parce qu'il était très présentable, ce qui veut dire qu'on s'occupait de lui ! Réfléchit bien Awa ! Ne va pas semer la zizanie et la discorde chez ta coépouse ! Essaie de gérer de ton côté sans partir en guerre contre elle ! »

« Toi tu seras une éternelle rêveuse sentimentale ! A la guerre comme à la guerre ! Je ne partage pas mon homme ! Elle a eu la malchance que cela tombe sur le sien et elle va donc devoir céder la place ! C'est dès ce soir même que je vais entamer mon plan d'action ! Et tu peux me croire si je te dis que je ferai voir le soleil en pleine nuit à Ousmane et que c'est complètement KO qu'il sortira de ce weekend ! Je vais tellement l'éreinter, qu'à son retour dimanche, elle sera obligée de lui faire de la soupe et des massages et saura dès lors à qui elle a à faire ! »

« Sincèrement je ne te comprendrai jamais ! Tu devrais pourtant être plus compatissante avec cette dernière car tu es très bien placée pour savoir ce que cela fait de perdre l'homme qu'on aime ! Ton histoire avec Doudou devrait te servir de leçon ! » Avait dit Adama, abattant ainsi sa dernière carte.

« Ecoutes ! Si tu veux que notre discussion se passe bien, ne ramènes plus ce sujet sur la table ! J'ai définitivement tourné la page Doudou et notre enfant est désormais notre seul lien ! J'avais commis l'erreur de croire qu'en tombant enceinte papa et maman accepteraient finalement notre union mais tel n'a pas été le cas et j'ai dépassé maintenant le cap et vais faire ma vie avec Ousmane qui est actuellement le seul qui m'intéresse ! Il m'aime et m'accepte malgré mon passé et je ferai tout pour le garder ! » Avait répondu Awa avec subitement beaucoup moins d'enthousiasme.

« Justement ! Si lui a accepté ton passé, tu devrais aussi accepter le sien ! Cette femme que tu veux chasser fait partie de sa vie et tu devrais l'aider à conserver son foyer plutôt qu'à songer à le détruire ! As-tu d'ailleurs pensé à la relation d'Ousmane avec ses enfants si sa femme s'en allait ? »

« Oh Ada cela suffit ! Ne gâche pas ma belle humeur ! Changeons d'ailleurs de sujet car on ne trouvera jamais de terrain d'entente sur celui-là ! Ce qui m'intéresse, moi, c'est ce long weekend que je vais passer avec mon mari ! Cela fait plusieurs mois que je fais une diète à cause de sa fichue fidélité envers sa poufiasse et mon corps est terriblement en manque ! » Avait repris Awa, coquine, et Adama l'avait fixé totalement surprise.

« Comment cela plusieurs mois que tu es en diète ! Ton fils à deux ans ! Ne me dit que Doudou et toi avaient continué vos bêtises après ton accouchement ? » Avait-elle demandé.

« Hey ! Laisses-tomber ! N'ouvre pas un autre débat ici ! Mais si tu veux quand même tout savoir, oui, Doudou et moi avons continué à être intime même après ma rencontre avec Ousmane ! On savait tous les deux que rien ne sera jamais possible mais on en profitait en attendant, voilà ! C'est quand j'ai su qu'Ousmane voulait du sérieux et pensait réellement au mariage que j'ai tout arrêté avec Doudou ! » Avait avoué Awa surtout pour choquer sa sœur dont les sermons l'énervaient parfois.

« Awa ! » S'était d'ailleurs écriée cette dernière ne trouvant pas les mots pour qualifier la révélation de sa sœur.

« Toi la prude voilée, restes là-bas avec tes principes ! N'est-ce pas qu'on disait que mademoiselle la pieuse allait se marier très rapidement et me laisser ici moi, la grande dévergondée ? Pour le moment il me semble que c'est tout le contraire ma chérie ! Continue à cacher tes belles courbes dans tes amples habits et surtout à bien serrer les cuisses en attendant sagement un potentiel mari ! Pendant ce temps, moi, je vais aller m'amuser avec celui que je me suis dégotée et à qui je compte faire voir des étoiles en plein jour ! »

Au moment même où Awa terminait sa dernière phase, son téléphone portable s'était mis à sonner et, comme elle avait décroché en prononçant un « Ouz chéri » d'une voix mielleuse, Adama avait compris qu'il s'agissait d'Ousmane et avait donc quitté la pièce pour se rendre dans la courette arrière où sa mère et ses deux-petites sœurs se trouvaient à prendre le frais.

Nonchalamment couchée sur une natte étalée à même le carrelage, M'aa, comme elles appelaient affectueusement leur mère, égrenait lentement son chapelet en souriant aux chamailleries affectives de ses deux dernières filles qui étaient comme chien et chat. En effet, assise sur une des deux chaises en plastique, Ndéye Maguette, qui venait juste après les jumelles qu'étaient Adama et Awa, était en train de titiller Binette, la benjamine qui était installée sur la natte auprès de M'aa à laquelle elle était adossée, en lui disant d'arrêter de se coller autant à cette dernière.

« Elle n'a pas encore fini de s'apprêter Awa ? » Avait demandé M'aa à Adama qui venait de tirer à elle la deuxième chaise en plastique libre pour s'asseoir.

« Elle a presque fini ! D'ailleurs elle est au téléphone avec Ousmane actuellement ! » Avait répondu celle-ci.

« Ah d'accord ! » Avait repris M'aa avant de porter son regard au loin, légèrement pensive.

Même si elle n'avait pas de préférence entre ses enfants qu'elle aimait toute avec la même grande force malgré leurs différences, elle était quand même légèrement surprise de cette union d'Awa scellée le dimanche dernier. Celle-ci étant la plus rebelle de ses filles, elle s'était toujours inquiétée de son avenir et se demandait actuellement ce que voulaient vraiment les hommes. Comme tout le monde, elle avait toujours pensé qu'Adama, la voilée, plus pieuse, posée et respectueuse, allait plus vite trouver chaussure à ses pieds mais c'était tout à fait le contraire.

Cependant, même si elle était heureuse pour Awa, dont elle espérait que le mariage allait désormais la faire filer droit, son union avec Ousmane la mettait tout de même assez mal à l'aise. En effet, elle avait beaucoup de scrupules par rapport à la mère de la première femme d'Ousmane qu'elle côtoyait assez souvent vu qu'elles avaient une connaissance commune. D'ailleurs, quand Ousmane avait commencé à fréquenter Awa, elle avait tenté de sermonner sa fille mais celle-ci s'était obstinée et elle l'avait finalement laissé faire car il y avait déjà eu l'antécédent de sa relation avec Doudou, son copain d'une certaine caste qui avait mis sens dessus-dessous la famille encore profondément ancrée dans certaine mentalité, et avec qui elle avait même fait un enfant pour leur forcer la main.

« Pourvu seulement qu'elle se tienne tranquille et ne cause pas de misère à sa coépouse ! » Avait finalement pensé M'aa, compatissante envers la première femme d'Ousmane dont elle savait toutes les péripéties par lesquelles elle était passée pour concrétiser son amour.

Chapitre 3 Chapitre 03 Nuit de noce, Nuit de remord…

Simplement vêtu de son pantalon de pyjama, alors qu'il était nonchalamment étendu sur le lit de la chambre d'hôtel en attendant la sortie de la salle de bain d'Awa, Ousmane avait les idées confuses. Pour la première fois depuis huit années qu'il était maintenant marié, il se retrouvait en intimité avec une autre femme qu'Elisa et, même si Awa avait autant de droit sur lui que cette dernière, il se sentait quand même légèrement mal-à-l'aise.

Comme la vie réservait parfois des surprises !

Lui qui, avec fierté, avait souvent clamé haut et fort être l'homme d'une seule femme, et disait ne pas comprendre ses jeunes camarades polygames, se retrouvait cependant depuis dimanche dans la même catégorie que ces derniers. D'ailleurs, il ne comprenait toujours pas ce qui lui était arrivé avec Awa. D'une fidélité irréprochable à Elisa durant toutes leurs sept premières années de mariage, il avait fini par succomber, il ne savait toujours comment, au charme presque insolent d'Awa. Physiquement, cette dernière n'était pourtant pas plus belle qu'Elisa, qui avait hérité des traits métissés de sa mère, mais il se dégageait de sa personne une sensualité féline qui ne laissait aucun homme indifferent.

Ayant toujours fustigé l'attitude de certains de ses amis qui continuaient à courir les jupons après leur mariage, lui n'avait d'yeux que pour sa femme qui la satisfaisait sur tous les plans mais, quand son regard s'était posé pour la première fois sur la silhouette très attractive d'Awa qui avait pris soin de bien mettre en exergue ses savoureuses rondeurs, il avait senti quelque chose d'assez bizarre naître en lui.

Tout à l'opposé de la très naturelle Elisa, dont la classe et l'élégance faisaient depuis toujours partie de sa belle réputation, Awa n'était pourtant pas le genre de femmes qui aurait pu attirer son attention avec tous ses artifices superficiels cependant, dès qu'elle avait franchi le pas de la porte de la salle de réception où il attendait d'être reçu par son rendez-vous, son regard était resté accroché à elle.

Dès son apparition, le délicieux effluve de son parfum, d'une senteur sauvagement tentante, avait envahi les lieux, titillant de façon presque énervante ses narines, et c'est avec la démarche pleine d'assurance d'une jeune fille fière de ses atouts avantageux, qu'elle s'était dirigée vers la réceptionniste qui était apparemment une connaissance à qui elle était venue faire un petit coucou. Au passage, elle lui avait lancé un bonjour, d'une voix mielleusement caressante, et il s'était surpris à émettre un petit temps d'arrêt avant de répondre à sa salutation.

Malgré tous ses efforts pour lutter contre cette incroyable force d'attraction qui retenait ses yeux sur elle, pendant les quelques petites minutes où il était encore resté assis dans la salle de réception avant d'être enfin accueilli par son rendez-vous professionnel, leurs regards s'étaient plusieurs fois retrouvés plongés l'un dans l'autre et elle lui avait envoyé un sourire dévastateur comme il l'a dépassé pour pénétrer à l'intérieur des locaux.

Il avait alors eu bien du mal à se concentrer sur ses échanges avec son partenaire d'affaire et c'est presque avec hâte qu'il avait bouclé leur discussion mais, quand il était enfin retourné dans la salle de réception, Awa n'y était plus à son grand désarroi. C'est donc légèrement penaud qu'il s'était dirigé vers la sortie, après un timide aurevoir à la réceptionniste à qui il mourrait d'envie de demander les coordonnées de sa copine mais qu'un reste de dignité l'empêchait de faire. Cependant, ô surprise, il n'en avait pas cru ses yeux quand il s'était retrouvé en face d'Awa qui discutait gaiement au téléphone dès qu'il avait mis les pieds dehors.

Toutefois, alors qu'en une fraction de seconde, il avait élaboré un plan d'action pour passer à l'attaque, les pensées d'Ousmane étaient subitement allées vers Elisa et il avait de suite comme repris ses esprits. C'est alors qu'il battait en retraite en se dirigeant prestement vers sa voiture qu'il avait cependant entendu la voix toujours aussi mielleuse qui s'adressait cette fois à lui, s'excusant d'abord de l'aborder ainsi, avant de lui demander s'il connaissait un endroit qui se trouvait comme par hasard pas très loin de son service.

Sans réfléchir, il avait répondu par l'affirmative avant de lui proposer de l'y déposer vu qu'il allait dans la même direction, et c'est comme il lui ouvrait très galamment la portière du passager avant qu'il avait enfin réalisé la grande coïncidence entre son lieu de travail et là où Awa disait aller. Cela était devenu flagrant pour lui que c'était un coup monté de toute pièce par Awa et sa copine réceptionniste qui connaissait son adresse professionnelle mais il était trop tard pour faire marche-arrière.

Ce qu'il avait craint était d'ailleurs rapidement arrivé car, dès qu'il avait démarré, Awa avait gaiement entamé la discussion, disant qu'elle adorait l'odeur du parfum qu'il portait et, quelques minutes plus tard, quand il la déposait devant l'endroit où elle avait prétexté aller, elle ne s'était pas gênée pour lui demander sa carte de visite. C'est dès le lendemain qu'elle avait commencé à l'appeler de temps en temps pour soi-disant prendre de ses nouvelles et ils avaient fini par si bien sympathiser par téléphone qu'il n'avait pas hésité à répondre par la positive à sa première invitation à prendre un pot qu'elle disait amicale.

Alors qu'Awa n'était toujours pas sortie de la salle de bain, Ousmane pensait cette fois à Elisa qui se retrouvait toute seule ce soir avec leurs deux enfants. Cela n'avait pas été facile pour lui de voir Awa sans éveiller ses soupçons mais, surtout, de lui avouer son second mariage avec cette dernière, et il se sentait presque comme un traitre en se retrouvant actuellement ainsi à se préparer à passer sa première nuit avec Awa.

En effet, Elisa n'avait jamais douté de sa fidélité et avait toujours eu une totale confiance en lui et, lui, qui avait pourtant toujours fait preuve d'une grande sincérité et d'une vraie transparence avec elle, avait été obligé de lui dire des contrevérités et lui faire des cachotteries pour fréquenter Awa. Elisa n'avait jamais émis de doute quand il rentrait très tardivement arguant un surcroît de travail, au contraire, elle le plaignait plutôt et se mettait même à le chouchouter pour l'aider à se délasser et décompresser.

A dire vrai, il n'avait absolument rien à reprocher à cette dernière. Depuis le début de leur mariage, malgré son jeune âge à l'époque, elle avait su gérer sa vie de couple en concomitance avec ses études, d'abord, puis avec la naissance de leurs enfants et sa vie professionnelle plus tard. Femme soumise, mère conseillère, amante fougueuse, elle avait été tout cela en même temps avec lui pour le satisfaire sur tous les plans.

Oui ! Il n'avait vraiment rien à reprocher à Elisa qui aurait pu le pousser à se chercher une seconde épouse car il avait tout ce que recherchait un homme dans son foyer. Il avait juste senti un attrait incontrôlable pour Awa et avait préféré la marier plutôt que de forniquer et cela ne le rendait pas très fier de lui. Finalement, il avait laissé ses pulsions le guider et choisi de les satisfaire plutôt que de lutter contre celles-ci.

« Elisa ! Que devait-elle ressentir en ce moment toute seule dans sa couche qu'il avait désertée pour celle d'une autre ? » Pensait Ousmane.

Comme il la connaissait, il savait qu'elle n'allait pas fermer l'œil de la nuit qu'elle passera certainement à pleurer toutes les larmes de son corps. Même si elle n'avait pas fait de scandale ni élevé une seule fois la voix quand il lui avait annoncé son second mariage, depuis lundi, elle le boudait cependant et ne s'était pas donnée à lui. Devant les enfants, elle essayait de sauver la face, mais une fois dans l'intimité de leur chambre, il devenait un parfait étranger pour elle.

Depuis lundi, il n'avait cessé de s'excuser et lui répéter tout l'amour qu'il éprouvait pour elle en lui disant qu'elle est et restera la seule femme de sa vie, celle qui lui avait fait découvrir l'amour et fait de lui un mari et un père mais, son mutisme dédaigneux était la seule réponse qu'elle lui donnait et ce silence d'Elisa était ce qui le torturait le plus. Au fond de lui, il aurait préféré la voir se rebeller, l'insulter voire même casser tout ce qui se trouvait à portée de sa main mais son silence et son indifférence, bon Dieu comme son silence et son indifférence étaient comme un dard qui lui perçait le cœur.

C'était cette attitude d'Elisa qui faisait d'ailleurs qu'il ne pouvait savoureux pleinement son statut de nouveau marié depuis lundi. Il aurait même certainement laissé encore un peu de temps s'écouler avant de consommer son second mariage mais Awa ne lui avait pas laissé le choix. Elle lui avait clairement réclamé son dû en lui disant qu'elle devait avoir le même traitement à égalité qu'Elisa car elle était autant sa femme que cette dernière. Il lui avait d'ailleurs fallu batailler ferme pour lui ôter de la tête l'idée de venir s'installer chez Elisa et lui comme elle le suggérait.

« Cela ne me gêne pas de vivre sous le même toit que ta première car je pense qu'on est assez responsable pour cohabiter sans heurt ! Cela permettra de mieux nous connaître et nous rapprocher car je veux qu'elle sache que je viens en amie et pas en ennemie ! Je vais lui montrer toute la déférence qu'il se doit et me ranger derrière elle. » Lui avait-elle dit mais, par respect pour Elisa et surtout pour épargner le spectacle de sa relation à trois à ses enfants, il lui avait plutôt promis de lui trouver un appartement le plus rapidement possible en précisant que c'était ce qu'il préférait véritablement.

C'est alors que la voix d'Awa était enfin parvenue à Ousmane, provenant de la salle de bain où elle lui demandait de fermer les yeux. Se prêtant à son jeu, celui-ci lui avait obéi et répondu que c'était fait avant d'entendre d'abord le bruit de la porte de la salle de bain qui s'ouvrait puis d'être envahi par le parfum particulier d'Awa qui lui faisait toujours autant d'effet que lors de leur première rencontre.

Il avait ensuite senti comme la caresse légère d'un ongle sur son torse et des mordillements sur le lobe de son oreille avant qu'Awa ne prenne une à une ses mains qu'elle avait attaché à la tête du lit avec des menottes de plumes. C'est comme elle s'installait sur lui qu'elle lui avait enfin demandé d'ouvrir les yeux et, quand ceux-ci se sont posés sur l'habillement très suggestive de cette dernière, il avait failli suffoquer.

Il y a huit ans, il se retrouvait en nuit de noce avec une petite vierge effarouchée qu'il avait eu bien du mal à dompter et, ce soir, c'était sans nulle doute à une vraie expérimentée qu'il avait à faire et cela n'était pas pour lui déplaire.

Rapidement, alors qu'Awa déployait tout son talent de sensuelle séductrice, tout remord envers Elisa avait quitté les pensées d'Ousmane qui se laissait lentement submerger par le plaisir.

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