Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Loup-garou > Apprivoiser l'alpha puissant
Apprivoiser l’alpha puissant

Apprivoiser l'alpha puissant

Auteur:: FALENNI
Genre: Loup-garou
Dans un monde où loups garous et vampires vivent librement parmi les humains, Lyra Laine est une jeune fille de 19 ans, solitaire et débrouillarde vivant à New York. Son seul but est d'amasser suffisamment d'argent pour fuir au Canada, afin de mettre plusieurs états entre elle et Carlos, son beau père, un chef de gang, qui a décidé de faire d'elle sa chose. Dans sa course pour gagner sa liberté elle va croiser le chemin d'un animal immense qu'elle pense être un chien géant. Hypnotisée par ces yeux, fait elle vraiment le bon choix en recueillant cette bête blessée chez elle ? Ne vient elle pas de faire rentrer le grand méchant loup dans la bergerie ? © Tous Droits Réservés

Chapitre 1 01

_ Lyra, dépêches toi, le client attend !

J'arrache le paquet des mains de ce crétin de secrétaire afin de courir pour enfourcher mon vélo. Je travaille comme coursier dans New York, et cet idiot vient de me faire perdre 5 précieuses minutes parce qu'il avait mal fait son emballage. Le temps c'est de l'argent, moi, je n'en ai pas assez pour en perdre.

J'ai déjà fait plus de 50 kilomètres aujourd'hui, pourtant j'aimerais pouvoir faire encore au moins deux ou trois courses afin d'augmenter mon salaire de la journée. Pour atteindre mes objectifs, je fonce à travers la circulation, slalomant entre les voitures, m'accrochant parfois à un bus ou un taxi pour prendre un peu de vitesse.

Mon prochain client se trouve au milieu de Manhattan. Je dois me rendre à l'immeuble Vérone, dans un des quartiers d'affaires de la grosse pomme. C'est un endroit où je n'ai encore jamais mis les pieds malgré mon travail, car c'est un quartier plutôt vampire et ils ont tendance à faire appel à leurs serviteurs pour le genre de service que je rends. Ce n'est toutefois pas un problème pour moi d'aller là bas car l'argent n'ayant ni odeur, ni race, ni patrie d'où qu'il provienne, je le prends sans vergogne.

En suivant mon GPS d'un œil, je regarde les immeubles autour de moi en me demandant vaguement à quoi m'attendre. A ce que j'en sais, je n'ai jamais croisé de non humains, et contrairement au reste des gens que je cotoie je ne m'y suis jamais intéressé. Heureusement, les vampires sont de loins ceux qui s'expose le plus, donc malgré le faite que je vive dans un district exclusivement habité par ma race, j'ai quelques notions sur eux.

En premier lieux, sachant qu'il fut un temps où ils chassaient mon espèce pour ce nourrir, je suis contente d'être protégée par l'accord primaire. C'est un pacte de non agression qui interdit la chasse et la consommation non autorisée d'autres individus.

Même si je n'ai jamais fait confiance à la justice ni au loi pour me défendre, la prime que mon entreprise me propose pour venir si loin de mon quartier habituel m'aide à mettre de côté la prudence. Si les choses tournent mal, j'aviserai en tant voulu. Ce n'est de toute façon pas la première fois que je doive assumer ma sécurité toute seule.

Posant mon vélo contre le mur, je me dit qu'après tout, tout les bipèdes humanoïdes se ressemblent, aussi je n'ai pas plus à les craindre que les autres. Levant les yeux sur le building aux vitres impeccables et aux lignes vertigineuses, je songe aussi que la plupart des gens à l'intérieur doivent faire attention à leur image de marque: Manger le livreur ferait sans doute mauvais genre.

Enfonçant ma casquette sur mon crâne, je cale correctement mon colis sous mon bras, avant de passer les portes automatiques, trottinant jusqu'à l'accueil en chassant tout les doutes de mon cerveau. La femme à l'entrée me regarde arriver d'un œil sévère, tiquant sur mon jeans déchiré aux genoux ainsi que mon t-shirt Carapuce. Je suis bien consciente d'avoir 19 ans, et d'avoir dépassé l'âge des Pokémons, mais je me moque complètement de ce que pense le reste du monde.

De toute façon je ne suis pas là pour faire un défilé de mode. Sans lui laisser le temps de faire la moindre remarque, j'attaque directement :

_ J'ai un colis pour Monsieur Veroni, il faut que je monte, c'est urgent !

Elle hésite à me donner l'accès aux étages supérieurs, faisant la moue d'un air dégoûté sans cesser de me dévisager. Que croit-elle ? Que je viens faire des graffitis dans l'immeuble ?

_ Bon, au pire je peux vous laissez le colis ! Dis-je en haussant les épaules. Pour moi, ce n'est pas un problème, je dirais que c'est de votre faute si le client ne l'a pas eut à temps ...

Elle se mord la lèvre, inquiète en triturant ses dossiers, pesant le pour et le contre, tandis que je fais mine de tourner les talons.

_C'est bon, c'est bon ! Finit-elle par me répondre de mauvaise grâce. 42ème étage, le premier bureau à droite !

Stratégie du coursier numéro un : Quand l'accueil n'est pas chaleureux, opposer un calme apparent puis insinuer que l'interlocuteur risque sa place. C'est l'une de mes techniques préférées, j'adore voir les petits chefs de service passer de l'arrogance à la peur. Avec un sourire en coin, je la regarde me tendre un badge du bout des doigts.

_ Il est à rendre en sortant ! Me crache-t-elle en se tournant tout de suite face à son écran d'ordinateur.

_Sans blague ! Dis-je d'un ton acide. Moi qui rêvais de commencer une collection !

Je pars, alors qu'elle me jette un regard en coin furieux. La pique n'était pas obligatoire, mais je l'ai rajoutée en supplément pour le plaisir.

Je passe la porte de l'ascenseur, me retrouvant serrée au milieu d'une troupe d'hommes et de femmes en costume sévère sombre, tiré à quatre épingles. Je suppose que la plupart sont des suceurs de sang, mais je ne saurais pas les reconnaître et au fond cela m'est égal. Je ne pense qu'à ma prime et en attendant je me glisse dans un recoin pour mieux les surveiller.

Au 42ème, je fonce jusqu'au bureau indiqué, frappant à la porte avant d'entrer sans attendre de réponse. Après tout, plus vite j'en finit, plus vite je sors de cet endroit qui me rend un peu mal à l'aise.

Dans ma précipitation, je tombe nez à nez avec un grand brun en costume cravate, que je percute, prise dans mon élan.

Tout en grommelant contre les gens aux carrures trop larges, je fais un pas en arrière, cependant j'ai a peine bouger qu'il me retient par le bras.

_Votre odeur est fort agréable... Me dit-il d'une voix rêveuse tandis que ses narines se dilatent.

Je cligne des yeux, perplexe, en me disant qu'il n'a pas l'air sain d'esprit. Levant un sourcil, perplexe, je tente de me dégager en lui expliquant ce que je viens faire là.

_ J'ai un colis pour monsieur Veroni !

Il ne me lâche pas, ses yeux noirs me fixant avec l'intention de rentrer dans mon âme .

_C'est moi ! Dit-il tandis qu'un sourire en coin étire ses lèvres. Quel coïncidence, je crois que nous étions destinés à...

Je lui coupe sa réplique, qui je le sens va être bien lourde, en lui plaquant le paquet contre le torse de manière un peu brutal avant de lui tendre ma tablette pour la signature.

_ Signez ici, s'il vous plaît ! Lui répondis-je froidement, en lui donnant un coup de coude pour qu'il lâche mon bras qu'il tient toujours fermement.

Une fois qu'il se décide enfin à relacher son étreinte sur mon poignet, attrapant le colis par réflexe, je lui montre l'écran ainsi que l'endroit où signer. Quoi qu'il arrive rester professionnel : stratégie numéros 2 du livreur. La technique marche habituellement avec tout les dragueurs de bas étages et les gratte-papiers un peu trop énervés.

Malheureusement, cette fois ci fait partit des d'échecs car il me fixe sans bouger, comme s'il attendait autre chose que le colis qui ne semble nullement l'intéresser.

Ses yeux pétillent d'un éclats qui ne me dit rien qui vaille. Espérant en finir plus vite, alors que toutes mes craintes semblent prendre vie, je reprends en tentant de garder mon calme, malgré le malaise qui grandit en moi.

_ Monsieur Veroni, voulez vous votre paquet oui ou non ? Demandai-je avec insistance.

Contre toute attente, une autre voix masculine moqueuse résonne un peu plus loin.

_ Alors, patron, tes phéromones ne fonctionne plus ?

Je penche la tête en avant pour mieux voir derrière mon imbécile de client, découvrant un homme assis sur un large bureau de noyer qui nous regarde en souriant. Il s'approche soudain avec une démarche de prédateurs, sûr de lui comme si j'allais fondre sous son charme. Je plisse les yeux, en observant ce grand blond à la peaux pâle qui contraste étrangement avec son costume noire.

_ Vous êtes des vampires ? Lui demandai-je, en me demandant dans quel traquenard je suis tombé.

_On ne peut rien te cacher ! Me répond-il amusé. C'est Stéphane Veroni et au cas où tu ne m'aurais pas reconnu je suis Nigel Caliene...

Il a l'air sûr de lui, comme si aucune personne au monde ne pouvait ne pas savoir qui ils sont, et encore moins ne pas se pâmer devant eux.

Énervée par leur petit duo de crétins, je hausse les épaules, en le dévisageant de manière sarcastique, oubliant toute prudence.

_ Parce que vous êtes connus ?

Il me regarde bouche bée, pendant que l'autre explose de rire face à son visage dépité. Le blond, à priori vexé, se gonfle avant de reprendre avec dédain.

_ Je suis LE mannequin le plus en vue de ce siècle ! Je suis l'un des vampires les plus riches de New-York ! Le monde entier s'arrache notre marque ! Sans compter que Stéphane est l'un des plus grands PDG de New-York, il fait la une des magasines les plus côtés !

Je le regarde d'un air blasé.

_ Et en quoi ça m'intéresse dans ma vie de tous les jours ?

Il me fixe de ses yeux ronds, complètement halluciné, ouvrant la bouche comme un poisson hors de l'eau.

La situation n'avance pas, pire l'autre vampire tend sa main pour reprendre mon poignet, avec la tête du dragueur qui pense tenir une proie.

Je perds patience: je suis une livreuse, je suis là pour travailler pas pour supporter de gros lourds. Plus je reste immobile, plus ils ont l'impression qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent.

Agissant instinctivement, j'attrape le pouce qui frôlait la peau de mes doigts pour le tirer violemment en arrière. Les yeux du vampires s'agrandissent de surprise, alors que je pousse toujours plus loin jusqu'à ce qu'il mette un genoux à terre. Je lie dans ses yeux beaucoup d'incompréhension, comme s'il était beaucoup plus surpris par le fait que la souris attaque le serpent, que gêné par la douleur.

Choqué son ami se précipite vers nous. N'osant toutefois pas briser ma prise, il gesticule simplement inutilement avec de plus en plus d'énervement, tandis que celui sous ma poigne ne bouge pas d'un cil me regardant bouche bée.

_ Tu es dingue petite ! S'écrie le blond avec fureur, Tu joues ta vie ! Tu sais au moins à qui tu t'attaques ? Il est le prince de sang de New-York !

_ Au cas où vous ne l'auriez pas encore compris, je m'en bat les noix ! Ce que je sais, c'est que lancer ses phéromones devant quelqu'un de non consentant est considéré comme de la chasse ! Vous risquez bien plus gros que moi sur ce coup !

Je relâche ma prise, alors que les deux vampires me regardent abasourdis. Pour ma part, je tente de garder un visage impassible, tandis que je ne sais pas vraiment si la police viendrai me secourir ici.

Profitant qu'ils soient sidéré que quelqu'un ose leur tenir tête, je tend à nouveau ma tablette au brun qui est toujours à genoux par terre.

_Veuillez signer ! Lui ordonnai-je, en espérant qu'il mette du temps à s'en remettre.

Clignant des yeux, toujours aussi abasourdi, le grand Veroni de pacotille attrape le stylet puis gribouille sur l'écran. Je la récupère ensuite avec un geste vif avant d'enfonçer ma casquette à l'effigie de ma société sur mon crâne.

_ Merci d'avoir fait appel à la société Hermès express, leur dis-je a tout les deux en souriant tandis que le magnat vampire me regarde avec de grands yeux de plus en plus écarquillés. N'hésitez pas à nous recontacter pour d'autres commandes !

Stratégie 2 du livreur: Rester professionnel en toute circonstances. Il faut toujours respecter les règles.

_ Soyez en revanche plus polis la prochaine fois ! Leurs lançai-je en avertissement, ou vous prendrez mon poing en pleine figure ! Ce sera plus difficile de faire la une des magasines avec le nez de travers et les dents brisées !

Je tourne ensuite les talons vivement, me dirigeant vers l'ascenseur, aussi digne et calme que possible tout en essayant d'avancer très vite. Une fois à l'abri, quand les portes se ferment, je m'adosse à la parois, le souffle court en passant une main dans mes longs cheveux bruns, tout en essayant de me calmer.

J'étais à deux doigts de la crise cardiaque. Je ne connais pas bien les vampires, mais à priori une proie respirant leurs phéromones se trouve paralysée. C'est comme cela qu'ils se nourrissaient autrefois, avant que les trois races ne signent le pacte. Je ne suis pas passée loin de la catastrophe car je crois bien que le brun voulait faire de moi son dîner.

Les portes s'ouvrent soudain sur le rez de chaussée me faisant me redresser comme un diable à ressort. J'ai encore beaucoup de travail devant moi, je n'ai pas le temps de m'apitoyer sur mon sort. Ce n'est qu'une mésaventure dans ma vie déjà bien rempli de galère.

Une fois au bureau d'accueil, je jette le badge à la secrétaire outrée, qui le récupère inextremist en manquant de tomber de sa chaise. Je ricane d'un air mauvais en me dirigeant vers la sortie sans ralentir alors qu'elle se lève perdant totalement son calme en m'invectivant. Elle c'est tut avant même que je passe la porte, sa chef venant la gronder pour avoir troublé l'ambiance feutrée du hall.

Sans perdre de temps, je reprends mon vélo tout en jetant un œil sur ma tablette qui m'indique que j'ai un paquet à récupérer dans un autre quartier. Sautant sur la selle, je n'ai que quelques coups de pédales à donner pour me réinsérer dans la circulation, reprenant facilement un bon rythme. Heureuse de pouvoir sortir de la partie vampire de Manhattan.

Une heure plus tard, j'ai réussi à finir deux courses de plus avant de décider que c'était assez pour aujourd'hui. Je rentre donc au dépôt qui n'est pas très loin de mon dernier client.

Je suis entrain de poser mon vélo au moment où je croise Sam, un petit blond surexcité et toujours joyeux. En me voyant, il m'interpelle aussitôt avec un grand signe de la main.

_ Salut ma belle ! La forme ?

_ Ouais ! Dis-je laconique en espérant terminer rapidement la conversation.

_ Il paraît que tu as encore éclatée le quotas de course aujourd'hui ! Reprend-il admiratif en regardant les données de la journée sur sa tablette.

Après chaque vacations nos données personnel sont téléchargées de manière à être visible sur l'intranet. L'idée est que nous soyons tous en compétition, car celui qui effectue le plus de trajet gagne une prime. Autour de moi, je sens les autres coursiers qui me jettent des regards en coin acide, énervés que je remporte une nouvelle fois l'argent de la journée. Je sais que beaucoup d'entre eux rêvent au mieux de me détrôner, au pire de me voir passer sous un camion. S'ils savaient comme leurs jalousies me passe au dessus de la tête, j'ai bien d'autre chose à faire dans ma vie que m'occuper de ce qu'ils pensent de moi.

A vrai dire, je ricane, en me disant qu'ils seraient surpris en sachant ce que l'employée du jour a fait à ses clients durant sa vacation. Tout en cadenassant mon vélo, je me demande si les deux vampires que j'ai choqué, oseront venir se plaindre de ma prestation.

_ Tu as encore besoin d'argent ? Me lance Sam en me sortant de ma rêverie, se glissant à coté de moi sans faire attention aux regards courroucés autour de lui.

Véritable rayon de soleil, Sam fait parti de ses gens qui socialisent avec n'importe qui sans s'intéresser à ce que pense les autres. Il est une des rares personnes avec lesquelles je parle un peu.

_J'ai toujours besoin d'argent ! Lâchai-je en haussant les épaules.

Je n'ai pas encore atteint mon objectif pour pouvoir refaire ma vie au Canada. Il y a un certain quotas de fond à avoir pour faire sa demande de visa, surtout quand, comme moi, on a arrêté l'école à 14 ans. Alors que je range mes gants dans mon sac a dos, il me tend fièrement une affiche sur un centre vampirique.

Chapitre 2 02

_ Tu as une forme Olympique, tu ne fumes pas, tu ne bois pas ! Me dit-il comme si c'était un exploit. Tu pourrais peut-être aller dans ce centre, il paye bien pour un sang de bonne qualité ! Voir même, tu pourrais te trouver un régulier !

Je grogne en le regardant. J'ai déjà entendu parler de ce genre de centre. Il paraît que l'on peut gagner pas mal d'argent en donnant son sang volontairement aux suceurs de sang, le plan le plus juteux étant de se trouver un régulier. La rumeur dit que chaque humain à un goût différent, si vous trouver un vampire qui aime votre "parfum", vous pouvez lui extorquer de l'argent tant qu'il bois a votre jugulaire. Toutefois si je suis prête à faire beaucoup de choses pour de l'argent, je refuse de vendre mon corps sous quel forme que ce soit. Si j'omet le fait que je ne ferai pas confiance au suceur de sang pour me relacher avant de m'avoir entièrement dévorée, je ne suis pas une marchandise et je n'en serai jamais une ! Seul mon travail me rapporte de l'argent.

D'ailleurs, j'en ai un autre qui m'attend.

_ Laisse tomber, lui dis-je en repoussant le flyers qu'il me tend toujours, ça ne me dis rien ce genre de chose! En plus, je suis occupée...

Après m'être assurée que mon vélo est bien accroché, je me tourne vers lui afin de terminer notre conversation mais notre manager l'appel. Sam me fait signe de la main pour me dire au revoir, sachant qu'il en a pour un moment, tandis que je sort déjà du dépôt afin d'attraper le bus qui va me ramener vers le Bronx.

Je m'autorise 30 minutes de sieste rouler en boule sur une banquette, avant de descendre à mon arrêt.

Je travail dans un bar. Rien de très glamour, je nettoie simplement le sol et les toilettes tout en m'occupant de ravitailler les boissons. Cela me fait juste un petit appoint pour atteindre mon objectif plus vite. En plus de ses deux boulots réguliers, je fait aussi quelques extras par ci par là. Je suis passée maître dans l'art de trouver des bons plans. Réparant quelque chose pour l'un, faisant une course pour l'autre, je fait tous ce qui me rapporte un peu d'argent, même si parfois ça m'emmène dans des endroits peu recommandable.

D'ailleurs, la rencontre avec les deux vampires n'est ni la première, ni la pire de mes expériences. Je m'interroge toutefois un long moment sur la facilité avec laquelle j'ai fait plier le genoux au brun. Puis, comme à chaque fois que ma situation dérape, je pousse tout cela dans un coin de ma tête, passant à autre chose pour survivre une journée de plus.

Il est presque deux heures du matin quand je rentre chez moi. Un petit studio dans lequel je vis seule.

La description c'est cocooning pour éviter de dire que j'habite un timbre poste. Cela n'est pas un problème pour moi, le loyer est très faible, sans compter que je n'ai de toute façon besoin que d'un coin pour dormir et d'un endroit pour entreposer mes maigres possessions. D'ailleurs, à peine ai-je mis un pied à l'intérieur que je récupère un sac de croquette ainsi qu'un bidon d'eau dans un recoin, avant de retourner dans le parc à côté de chez moi.

C'est la seule chose que je fais qui ne me rapporte pas d'argent. C'est mon petit plaisir personnel.

Je prends les gamelles que je cache dans un buissons au moment où mes compagnons, alertés par le bruit, sortent de partout.

Ce sont des chiens abandonnés ou fugueurs, il y a des gros, des petits, des vieux, des jeunes... Je vois dans leurs yeux tout le mal que leur à fait les trois espèces. Je me contente d'essayer de les apaiser un peu en leur donnant à manger, à boire et un peu d'affection.

Je verse les croquettes tandis que les plus affamés n'attendent pas et se jettent dessus. Je ne m'inquiète pas, j'ai toujours suffisamment à manger pour tout le monde.

Quand ils profitent tous de leurs repas, j'attrape les plus gloutons en les caressant afin que d'autres puissent manger. Je me retrouve bientôt enseveli sous les chiens pour mon plus grand bonheur.

Je patiente longtemps, car cela fait plusieurs jours que j'ai un nouveau compagnon un peu timide. Toutefois, je ne l'ai vu que de loin. Il ne me fait pas encore assez confiance, même s'il vient de plus en plus près. Je pense que c'est un très grand modèle, il est cependant si discret que je n'en suis pas sûr. Pour le moment je lui laisse des gamelles à disposition en partant, espérant qu'il les mange. Comme il vient assez tard, j'attends en caressant mes "habitués", cette fois ci j'aimerais vraiment qu'il s'approche.

Les buissons bougent sur ma gauche, me faisant tressaillir, je tâche de prendre un air calme et détaché, mais la meute autour de moi a déjà changée de comportement. Certains se sont éloignés un peu, tandis que les autres couchent leurs oreilles en s'aplatissant, preuve que mon nouvel ami est un dominant.

Je ne dit rien, de peur de le voir partir. Je ne crains pas de le laisser approcher sans l'avoir vue, je ne suis pas effrayée par les canidés, je sais que tant que je lui laisse la possibilité de fuir, il n'a aucune raison de m'attaquer. Assise par terre, je respire profondément en attendant qu'il soit prêt à se montrer.

Au bout d'un long moment, tout mes amis reculent pour lui laisser la place. Étonnée, je le vois sortir des buissons devant moi en boitillant, la tête basse. Je savais qu'il serait grand, mais pas à quel point exactement ! Quand il me contourne pour mieux me flairer, son ombre me recouvre entièrement. Je crois qu'il doit avoir la taille d'un petit poney. Je n'avais jamais vue de chien aussi énorme avant.

Toutefois, malgré sa taille imposante, il semble avoir eu une vie difficile. Sa fourrure est aussi terne que mitée, tandis que ses flancs et ses cuisses sont striés de cicatrices. Il tient à peine sur ses pattes, il n'a pas dû non plus manger à sa faim depuis un bon moment... En même temps, il va me falloir plusieurs paquets de croquettes si je veux réussir à le remplumer.

Il s'assoit soudain face à moi, baissant un peu plus sa tête pour se mettre au niveau de mes yeux. Ses iris bleu acier me font louper plusieurs battements de cœur. J'ai l'impression que je pourrais rester comme cela pendant des heures. J'en ai les poils qui se redressent.

Sans me lâcher du regard, il s'avance encore un peu avant de poser sa tête sur mes cuisses avec un soupire d'épuisement. Aussi délicatement que possible, je tend ma main vers son museau afin qu'il la sente, puis je la fait glisser sur son crâne. Il se ramolli à mon contact, avant de s'allonger sur le flanc, totalement détendu alors qu'il a l'air vraiment épuisé.

Je me demande vaguement de quelle race de chien il s'agit. Je sais que certains dogues tibétain sont vraiment énorme. Je connais plus d'un homme à New York qui espère faire des croisements avec eux et des Bull-mastiff pour réussir à avoir de grand chien de combat impressionnant. J'ai peut être l'un de ses spécimens entre les mains.

En tout cas, d'où qu'il vienne, il est vraiment dans un sale état !

Je n'ai pas envie de le laisser comme ça, mais je me demande quel marge de manœuvre j'ai. Il n'a pas un format qui me permette de l'emporter sous mon bras.

Je décide de tenter le tout pour le tout, me levant doucement alors qu'il me regarde. D'une patte, aussi grosse que mon bras, il tente de me retenir au sol, mais il manque de force. Je me dégage facilement, reculant pour l'attirer, espérant pouvoir le ramener chez moi en sécurité.

_ Allez viens mon petit loup...

Je tend ma main, afin qu'il vienne la sentir, voyant qu'il étire le cou comme prévu et se relève, je récupère mon bidon ainsi que mon sac vide, puis je me décale un peu plus en arrière. Au début il hésite, puis il avance doucement d'une démarche difficile. En sortant du parc, il claudique à ma hauteur, s'adossant à moi pour ne pas vaciller.

Son dos m'arrive presque sous l'épaule, et il pèse lourd, mais je finis par l'amener chez moi.

Une fois la bas, il s'écrase au sol prenant toute la place qui reste après mon matelas. Je suis obligée de l'enjamber pour circuler. Il reste d'ailleurs étonnement calme et stoïque. Ce qui veut dire qu'il a déjà habité une maison, malgré sa taille hors norme.

Je hausse les épaules, son histoire m'importe peu pour l'instant, il faut d'abord le soigner. Je m'accroupis à côté de lui en lui montrant mes mains pour qu'il sente le matériel que je suis parti chercher pour m'occuper de ses plaies. Après quelques reniflements il repose sa tête au sol, rassuré, je commence donc à travailler sereinement. Les blessures ne sont heureusement pas profondes, mais on dirait qu'il s'est battu contre un ours... Ou peut-être juste contre un chien comme lui...

Une fois toutes ses lacérations nettoyées, Je lui redonne à manger. Il ne semble pas avoir beaucoup d'appétit, aussi je fais décongeler mes restes de pâtes aux fromages, auxquelles je rajoute du jus de viande. Ce n'est pas très équilibré, mais il a vraiment besoin d'énergie.

Quand il finit enfin d'avaler la dernière nouille, il est quatre heure du matin. Dans un soupire, je me jette sur mon matelas, me roulant en boule pour récupérer un maximum durant la dernière heure de sommeil qu'il me reste.

Quelques minutes plus tard, quand le réveil sonne, je grogne en tapant dessus pour le faire taire. En essayant de me relever, je sens mon loup autour de moi tandis qu'il s'est incrusté sur mon matelas. Sa tête pèse de tout son poids sur ma taille alors que son corps chaud immobilise mes jambes. Je lui fais une petite caresse entre les deux yeux pendant qu'il baille. Puis comme je bouge, il se décale me laissant me lever. Je file ensuite à la salle de bain.

Le reflet n'est pas flatteur: mes yeux vert émeraudes sont entourés de cernes dignes d'un panda, tandis que je suis d'une pâleur terrifiante. Espérant me donner forme humaine, je brosse vigoureusement ma crinière brune afin de l'attacher en une queue de cheval haute puis je passe vite fait à la douche. J'enfile un jeans noir, ainsi qu' un t-shirt gris, avant de trottiner vers la porte d'entrée.

Mon loup est debout, me fixant avec curiosité. Je vois que ses plaies se sont étonnement bien refermées depuis tout à l'heure, même son poil semble moins terne. Peut-être avait il seulement besoin de manger. J'hésite un peu à le laisser chez moi, mais il colle son museau sous mon bras. Je sent qu'il veut sortir, et puis je ne veux pas qu'il fasse ses besoins ici.

Je lui ouvre donc grand la porte, le regardant la franchir d'un pas plus alerte que la veille. Descendant les marches, il part flâner comme un jeune chiot la truffe au vent. C'est plutôt agréable de le voir aller bien aussi vite, de plus, il ne risque pas grand chose à cet heure ci. Je le regarde disparaître à l'angle de la rue tandis que le bus arrive. Je grimpe à l'intérieur, rassurée sur son état. Je le reverrai peut-être ce soir, ou peut-être aura-t-il trouvé un autre endroit où dormir. Je ne revois pas toujours mes habitués, mais pour éviter d'avoir le bourdon je me dit que c'est parce qu'ils ont trouvé un bon endroit où vivre, et pas parce que quelqu'un leur a roulé dessus.

Je m'assois sur la banquette alors que le bus redémarre. Soudain, un hurlement retentit qui me crève les tympans et le cœur. Le chauffeur aussi l'a entendu, mais au lieux de s'arrêter comme je lui demande d'un air désespéré, il accélère. J'en suis plaquée au fond de mon siège.

Je tente de regarder au travers de la vitre pour voir ce qu'il c'est passé toutefois on a déjà tourné à l'angle de la rue. Courant à l'avant malgré le roulis de la route, je demande une nouvelle fois d'arrêter le bus, cependant le chauffeur ne m'écoute toujours pas. Il est trop terrifié pour ça.

Je regarde les rues défiler, le cœur serré. Je ferai peut être bien de descendre au prochain arrêt pour revenir auprès de mon loup. C'est-il fait percuter par une voiture justement ? Il n'y avait pourtant pas de circulation sur la route!

Je suis toujours debout, accrochée à la rambarde du bus quand mon téléphone sonne. Je regarde l'écran tandis que mon cœur s'écrase au sol, j'ai envie de balancer l'appareil contre la vitre sur ma gauche. Pourtant je décroche parce que je sais que je n'ai pas le choix. La voix de mon beau père, Carlos, retentit à l'autre bout du fil.

_Tu as l'argent ?

_Oui...

_ Ce soir, 21 heure chez toi ! Soit à l'heure !

Il raccroche. Cet immonde bâtard !

Je déteste cet homme du plus profond de mon cœur. C'est lui que j'essaie de fuir de toute mes forces: je ne suis même pas sûre que le Canada soit assez loin de lui. Il a transformé ma mère en strip-teaseuse avant d'en faire une call-girl. Son seul rêve est de faire pareil avec moi. Il a fait de chaque jours de ma vie un enfer de peur et de souffrance depuis ma plus tendre enfance.

Il doit rassembler autour de lui toute la lie de la société, qui se repaît de tout ce que la ville peu compter d'illégal et d'atroce. Tout ce que je peux faire pour qu'il me laisse un peu tranquille, c'est lui donner l'argent qu'il me demande pour m'avoir élevée depuis mes 5 ans.

Je pourrais le frapper, lui briser les dents: il est à peine plus grand que moi, et bedonnant. Sauf que personne ne dit non à Carlos. Je n'aurais pas le temps de lui mettre le moindre coup que ses hommes de mains me tueront. J'ai déjà essayé de m'enfuir, malheureusement c'est la police qui m'a ramené auprès de lui. Il m'a fallu un bon mois pour remarcher après qu'il m'ait passée à tabac.

Je m'assoit la tête basse, tremblante, je crains toujours les rencontres avec cet homme. Mon loup devra se débrouiller seul, je dois absolument continuer à amasser de l'argent ou il finira par avoir ma peau.

Je maîtrise difficilement mes larmes de rage, mais je garde à l'esprit qu'un jour, je serais libre !

Chapitre 3 03

Toute la journée j'ai appréhendé le moment où je devrais revenir chez moi. Entre mon loup peut-être agonisant et Carlos, je suis terrifiée à l'idée de ce que je vais trouver...

Pourtant je suis là.

J'ai appelé le bar où je travaille pour leur dire que je ne viendrais pas, et j'ai prétexté un rendez vous médical pour arrêter mes livraisons bien avant l'heure habituelle. Malgré la lenteur de l'omnibus, j'espère arriver à l'heure car je sais que plus mon beau père attend, plus il devient dangereux. Je l'ai déjà vue défenestrer un homme car ce dernier avait eu deux heures de retard. On ne manque pas de respect au "Padre" en le faisant attendre.

Tremblante, je descend du bus, regardant aux alentours en craignant de voir débarquer les sbires de Carlos, toutefois je suis seule. On voit même un emballage s'envoler au milieu de la route, s'emmêlant ensuite dans les grilles d'une épicerie fermée depuis probablement avant ma naissance. La ville parle d'une rénovation complète du pâté de maison, en attendant, si vivre avec des rats gros comme des chats ne vous fait pas peur, les loyers sont très abordable dans ce district humain délabré.

J'en profite pour essayer de voir s'il y a la moindre trace de mon loup, cherchant une tâche de sang ou des poils, pourtant je ne vois rien. Personne n'aurait nettoyé ici, donc s'il a été accidenté, il est parti se cacher plus loin. J'aimerais prendre le temps de le retrouver, toutefois j'en manque cruellement. Carlos avait l'air à cran au téléphone, je crains qu'il ne me fasse payer une mauvaise journée.

Les mains tremblantes sur mes clefs, je me dirige vers mon studio d'un pas traînant. Arrivée dans la cage d'escalier, j'ai l'impression que mon cœur va exploser alors que j'entends du bruit dans les étages supérieurs. Je me sens un peu comme une brebis qui va d'elle même rentrer dans une boucherie. Montant les marches avec appréhension, j'arrive à peine au milieu de l'étage que j'aperçois déjà la tête de dogue de Jerry, l'un des sous fifres de mon beau père. L'homme est couvert de larges cicatrices obtenues dans des combats clandestins, mais c'est son regard d'encre inexpressif qui me fait le plus froid dans le dos. Il porte, comme d'habitude, un jeans ainsi qu'un débardeur qui mettent ses muscles et ses tatouages en valeur tout en laissant volontairement dépasser la cross de son arme à feu, comme s'il avait besoin de ça pour avoir l'air dangereux.

Je rends mon visage impassible, avançant calmement pour ne pas titiller son envie d'en découdre. Les dents serrées, craignant un coup par derrière, je continue toutefois vers les deux autres hommes de mains qui m'attendent près de ma porte aux côtés de Carlos.

Je sens les yeux noirs de mon beau père me transpercer de là où il est, à tel point que j'ai l'impression d'être un gros cafard qu'il s'apprête à écraser.

Je me force à le regarder droit dans les yeux tout en me répétant comme un mantras que je n'ai pas peur.

_Approches ! M'ordonne-t-il de sa voix rauque.

Mon cœur bat à cent kilomètres heures, j'aimerais m'enfuir, pourtant je marche comme si je n'avais rien à craindre, je ne veux pas lui faire le plaisir de voir à quel point il me terrorise.

C'est là que je vois tapi dans l'ombre du couloir, une grosse masse sombre. Mon cœur loupe un battement quand je croise les yeux froid comme du métal de mon loup, quelques mètres derrière mes bourreaux. Il est couché au sol, les babines relevées, tendu, près à leur sauter dessus. Ce pourrait être une bonne nouvelle, seulement, ils sont tous armés, alors que lui est blessé. Il va se faire tuer, et je refuse qu'il se mette en danger pour moi.

D'un signe de la main, j'essaie de le chasser discrètement. Si j'arrive bien à attirer son attention, il ne bouge pourtant pas d'un pouce. Obnubilée par mon compagnon à quatre pattes, je n'ai pas le temps de voir arriver, et encore moins de me protéger, de la gifle qui me projette contre le mur. Je m'écrase au sol sous le coup de Carlos qui me toise avec son rictus habituel.

_ Je t'ai déjà dit de te presser sale chienne, quand tu te présente à moi, j'ai autre chose à faire que t'attendre devant ta porte ! Dit-il de sa voix hargneuse en tapotant l'écran de sa montre qui indique 21h02. Il n'y a de toute façon jamais rien qui est entré dans ton sale crâne de piaf !

J'ai les yeux larmoyants, alors que je réalise qu'ayant passé une mauvaise journée il est probablement venu se défouler. Je ne m'apitoie pourtant pas sur mon sort, me concentrant sur mon loup auquel je jette un regard suppliant, réussissant à l'arrêter avant qu'il ne bondisse. Profitant de mon inattention, Jerry et un de ses collègues m'immobilisent les bras, me tenant à genoux au sol, avant de me mettre un couteau sous la gorge.

Je me crispe, tout en tentant de montrer un visage calme. J'ai trop peur qu'en voyant mes émotions, mon compagnon à quatre pattes n'attaque, se faisant sûrement tuer en essayant de me protéger. Je ne doit pas lui faire sentir que je suis en danger. Du coin de l'œil, je l'observe hésiter, grognant tout bas tandis que je sens le plancher trembler jusque sous mes genoux. L'homme de main derrière Carlos commence même à s'agiter en regardant autour de lui, sentant lui aussi les vibrations.

Je prends la parole pour attirer l'attention de ce dernier.

_Ne me frappes pas, j'ai ton argent, Carlos ! Dis-je d'une voix rendue rauque par la peur tandis que le sbire se focalise à nouveau sur moi, exciter par l'envie de voir les billets. La somme que tu m'as demandé !

Mon beau père m'envoie un revers de sa main, si puissant que mes propres dents entament l'intérieur de ma joue en me faisant saigner. J'en ai du mal a reprendre mon souffle tandis que les tremblements du sol gagne en intensité. Je n'ai cependant pas le temps de vraiment reprendre mes esprits, que l'on me plante une aiguille dans le bras, après avoir pris l'enveloppe d'argent dans la poche avant de ma veste.

Paniquée, je tourne vivement la tête, les observant me prélever du sang. Incapable de me débarrasser de mes tortionnaires, je les vois brancher un tuyau sur la seringue rapidement rougit par mon liquide vital qui se vide ensuite dans des tubes à essaie. Pendant ce temps, mon beau père s'approche de moi un sourire mauvais planter sur ses grosses lèvres.

__Je me moques de ce que tu as a dire, petite chienne ! Me lâche-t-il, fais comme ta mère laisse toi faire !

Je me débats, serrant les mâchoires alors que les tubes se remplissent à une allure folle. Que compte-il faire ? Est ce qu'il s'est décidé à vendre mes organes ? Les yeux écarquillés de terreur à cause de tout les scénarios terribles qui tournent dans ma tête, je finis par ouvrir la bouche.

_ Qu'est ce que tu me veux, bordel ? Ma voix est trop aiguë, mais je suis au bords de la crise de panique.

Il m'observe, comme si j'étais une gamine de 5 ans qui venait de poser une question bête.

_Tu as 19 ans, Soupire-t-il en prenant un des tubes pour les regarder à la lumière, comme si c'était un rubis. Il est temps que tu me rapportes vraiment de l'argent !

Une fois leurs prélèvements terminés, Jerry me relâche avec un coup de pied dans le dos. Je termine à quatre pattes devant mon beau père qui me regarde avec un mélange de hargne et d'amusement. Je déteste son sourire, j'aimerais pouvoir le lui arracher de sa sale face de rat. Cependant, tout ce que je peux faire c'est rester prostrée au sol, en espérant qu'il se lasse avant de me tuer.

Au bout d'un moment, il finit par me tapoter doucement la joue, comme s'il avait une once de tendresse pour moi.

_ Prend soin de toi... jusqu'à ce que je revienne ! Me souffle-t-il avec une pointe de sadisme dans la voix.

Il se relève ensuite en ricanant sans la moindre explication avant de me contourner pour s'en aller. J'entends ses sbires le suivre, tandis que mes larmes glissent de mes joues vers le plancher. J'ai du mal à respirer : j'ai peur, j'ai mal, j'ai honte. Encore une fois, il m'a mise plus bas que terre, encore une fois, il a gagné. Pire, il m'a fait la promesse de revenir bientôt pour me faire je ne sais quoi... Cette fois ci, je suis sûr qu'il ne se contentera pas d'un simple "loyer".

Le temps s'écoule doucement, toutefois j'ai toujours des difficultés à me calmer. Épuisée, je m'appuie d'une main contre le mur pour me redresser, quand des doigts m'agrippent par le t-shirt avant de me soulever. Tournant la tête vers ce nouvel agresseur, je me rend compte que c'est un des hommes de mon beau père, alors que je les croyais tous parti. Sans que je ne puisse esquisser le moindre mouvement, il me plaque contre le mur, son visage vicieux bouchant mon champs de vision.

Mes tripes se nouent alors que je tente de le repousser.

_ T'es sacrément bonne, petite pute ! Me sort-il avec son haleine de chacal. On va jouer ensemble toi et moi... Je ne voudrais pas faire baisser le prix de la marchandise, aussi je ne m'occuperai que de ta bouche ! Pas un mot à Carlos !

Par instinct, sachant ce qui m'attends, je lui balance un coup de tête dans le nez. Il recule, tandis que je me retourne pour fuir.

Se reprenant plus vite que prévu, il me fait un croche pied avant même que je n'ai le temps de faire un pas, m'envoyant m'écraser contre le sol. Prenant un air triomphal devant mon visage affolé, il sort un couteau de son dos tandis que je me retourne afin de ramper pour lui échapper. Il est persuadé d'avoir gagné, il en salive d'avance. J'entends sa respiration saccadée dans mon dos alors que je tente de me relever en criant de toute mes forces, tout en sachant que personne ne viendra à mon secours.

Au moment où tout semble désespéré, je vois soudain mon loup se ramasser sur lui même à l'autre bout du couloir, puis bondir au dessus de moi avant de le percuter à la taille. L'homme hurle autant de terreur que de douleur pendant que les dents de mon protecteur s'enfoncent dans sa chair. Le chien le secoue comme une poupée de chiffon puis le balance sans ambage dans les escaliers tel un simple déchet.

Il est prêt à descendre quand je l'attrape par l'encolure pour le retenir.

_ Tout doux mon loup ! Lui susurrai-je à l'oreille en espérant le calmer.

Hésitante, je me penche en avant pour voir l'état de l'autre pourriture. Je le vois étalé sur le palier, les vêtements déchirés, du sang coulant de son torse, mais respirant encore. Je décide que la punition a été suffisante pour aujourd'hui, aussi je resserre mon étreinte sur mon ami canin tout en le caressant sous le menton. Je le grattouille de mon mieux pour attirer son attention, afin de l'empêcher de dépecer mon agresseur.

À vrai dire, le sbire de mon beau père pourrait mourir là, ce serait bien mieux pour le reste de l'humanité, cependant ce qui m'inquiète c'est que la police nous traque s'il venait à périr. S'il le déchiquette, ils sauront qu'un animal sauvage de grande taille est passé par là. Ils nous chasserons alors sans pitié pour le tuer.

_ Tout doux ! Lui dis-je avec tout le calme dont j'en suis capable. Tout va bien ! Il ne faut pas qu'on reste là... Dépêche toi !

Je tire sur ses poils afin de l'obliger à venir, alors qu'il grogne de toute ses forces. Je dois l'emmener loin car il faut qu'on file avant que Carlos ne revienne et ne voie ce que mon ami à poils à fait à son sous-fifre. Je cours rapidement, retournant dans mon appartement en coupe vent, attrapant mon sac à dos d'urgence dans mon armoire, toujours prêt au cas où, sans m'occuper de mes autres possessions tandis que je sens le museau du chien me renifler avec inquiétude.

Ne sachant pas jusqu'où il pourrait vouloir me suivre, je prends un morceau de viande dans le frigo, que je tends ensuite vers lui afin qu'il reste à mes côtés. Il ne met pas longtemps à se lécher les babines en relevant les oreilles. Quelques instants plus tard, je trottine dans le couloir, alors qu'il marche en léchant le sang qui dégouline du steak à moitié congelés.

La première chose à faire c'est trouver un endroit sûr pour passer la nuit, ensuite, il faudra aviser. Mon cerveau fonctionne à cent kilomètres heures alors que je cours maintenant pour atteindre le palier.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022