Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Fantaisie > ... Ange Froid ...
... Ange Froid ...

... Ange Froid ...

Auteur:: Amy Logan
Genre: Fantaisie
Juin 2007. Canicule et vieille demeure ne sont pas au goût d'Alice qui se retrouve coincer chez sa Grand-tante suite à son déménagement dans une vieille bourgade française. Elle a déjà du mal à faire une croix sur la villa américaine estivale que sa tante venait de troquer pour cette ruine perdue que la voilà prise aux piège ici! Dès le départ, Alice ne la sent pas cette maison. L'arrivée surprise de ses amis ne lui seront que d un maigre réconfort quand elle s'aperçoit que cet été semble bien parti pour être son dernier... Des forces surnaturelles semblent œuvrer en ces lieux... Et si cette maison semble bien hostile à la jeune fille, peut-être que cette maison recèle bien des secrets ...

Chapitre 1 Prologue

Je n'avais jamais cru au surnaturel : les légendaires histoires de fantômes et tout ce blabla qui font frémir les ados en manque d'adrénaline n'étaient pas à proprement parler ma tasse de thé.

Mais parfois, aussi rationnel que l'on puisse être, on est forcé d'admettre que certaines choses ne sont pas normales et reste aux yeux de presque tous inexpliquées. Je m'étais toujours considérée comme une fille plutôt terre-à-terre, jusqu'à ce jour-là du moins. Il me fut difficile de l'admettre, mais je n'eus pas d'autres choix : certaine chose ne sont pas normales.

Elle, par exemple, n'était pas normale. Pas du tout. Elle pouvait être qualifiée de bien des façons certes mais elle n'était pas "normale". Et encore moins "humaine". Fut un temps où elle avait dû l'être, mais dorénavant, elle ne l'était plus et elle cherchait à se venger de ce que je lui avais fait, il y a tant d'années.

Moi, qui ne le connait pas, qui n'y suis pour rien, elle m'accuse de tous ses maux. Elle semble déterminée à me faire payer en me prenant ce dont elle même elle a été dépossédée. Elle ne me laissera pas échapper à sa vengeance...

...ou dû moins, pas vivante !

Chapitre 2 Hallucination

C'était un mois de juin, un mois de juin 2007 et l'été était déjà omniprésent, étouffant quiconque osait s'aventurer dehors, ce que les gens saints d'esprit ne faisaient pas. C'est dans ce climat caniculaire _ pour une région française où le mauvais temps est presque imposé ! _ Que nous, ma mère, mon oncle et moi-même, aidions mon enquiquinante _mais attachante_ grand-tante à emménager dans ce qui _pour elle_ était une nouvelle demeure.

En effet, lorsque je la vis pour la première fois : grande, spacieuse, en ruine et poussiéreuse, je n'aurais jamais songé à utiliser le mot « nouvelle » pour cette maison. Toutefois, malgré près d'un demi-siècle d'inhabitation et faute de la trouver « charming » à l'instar de ma grand-tante, elle avait au moins le mérite de tenir, je-ne-sais-par quel miracle, debout.

Cette maison avait été le coup de cœur de ma grand-tante. Ma grand-tante, Myriam était ce que j'appellerais une femme d'âge mûr, une vieille fille_ disons qu'elle avait passé, il y a trois ans son quarantième anniversaire _ mais par son attitude, genre : pas de sexe avant le mariage, religion de rigueur, la vieille école en somme ! _ mais elle avait la qualité de ne pas l'imposer à son fils (pas totalement dû moins), dieu merci pour lui ! En fait, elle possédait encore les mœurs du Moyen Age. Mon père ne cessait de dire que Myriam venait d'un autre siècle, enfin c'est ce qu'il disait avant !

Ma tante revenait des États-Unis, où elle avait toujours vécu, avec son fils de sept ans et où j'étais née avant que ma tyrannique mère ne suive mon père en France. Dès lors, j'allais chaque été chez ma grande tante vivre par procuration le rêve américain que l'on m'avait si cruellement arraché à mes deux ans. Et voilà que ma grande tante me trahissait, quittant les USA pour cette ruine, certes noble à bien des égards mais antique, demeure perdu dans ce coin de campagne paumé de France. Plus d'été à Phoenix et son soleil qui réchauffait les cœurs les plus glacés, plus de centre commercial immense où il fallait trois jours entiers pour parvenir à visiter chacune des boutiques, plus cette mentalité que l'on ne trouvait nulle part ailleurs et qui était presque aussi agréable que les beaux sportifs américains _ je ne devais pas penser à cela car je savais quelle pensée malhonnête se dissimulait derrière celle-ci.

Passons ! Ainsi, ma tante venait s'établir ici. Je la verrais donc souvent et cela aurait dû m'emplir de joie mais la peine de tout ce que je perdais en échange était trop important pour l'instant ! Je m'en voulais de me montrer si égoïste mais il me fallait du temps pour digérer tout ça.

J'adorais ma tante Myriam, à petite dose : elle était douce, quand elle le décidait, gentille et généreuse, quoique suffisamment autoritaire pour mener parfois la vie dure à son fils unique.

Nous déchargions le camion de déménagement loué par tante Myriam que mon oncle avait habillement conduit jusqu'ici, empilant bons nombres de cartons, soigneusement étiquetés par les bons soin de ma tante et de Ashley Simon sa voisine et amie de Phoenix, dans le salon, que nous devions entreposer selon les directives de Myriam dans le salon , l'une ou l'autre des nombreuses pièces (quasiment toutes des chambres ou petits dressing aussi grand que la chambre qui m'était revenu lorsque à la mort de mon père j'avais dû m'installer avec ma mère.

Je maudissais ce soleil inhabituel qui striait ma peau blanche de plaques rouges dont la morsure brulante me faisait atrocement souffrir et dont la chaleur rendait mes respirations douloureuses au point où j'avais l'impression que ma cage thoracique allait exploser d'un moment à l'autre. Mes muscles aussi me faisaient mal, mis à l'épreuve par le poids de ces innombrables cartons qui semblaient peser des tonnes. Cette chaleur me donnait la migraine, j'espérais être chanceuse et échapper à l'insolation qui nous guettais mais je n'y cru pas : j'étais connu pour n'avoir pas plus de chance qu'une glace de ne pas fondre dans un micro-onde en marche.

Franck, quant à lui, jouait dehors, à l'ombre d'un majestueux arbre centenaire, protégé des rayons du soleil, avec Pilou et Spikie, les deux bergers allemands de ma grand-tante. Il se mit soudain à pleurer. Voyant là une excellente excuse pour échapper à la chaleur oppressante du soleil qui commençait _ trop lentement à mon goût _ à se coucher en embrassant l'horizon d'une lueur orangée, donnant l'impression que la rencontre du ciel et de la terre allumait un brasier. Malgré cela, la chaleur persistait, nous refusant l'air frais. Je me dévouai donc pour aller le voir. Je me dirigeai donc vers le vieil hangar où se restaurerait dès lors les deux molosses et retrouva Petit-Franck à terre, couvert de poussière, une main sur son genou écorché, des larmes roulant sur ses joues telles de petits diamants brillants.

Voir le pauvre petit ainsi me fit de la peine et je m'agenouillai face à lui, indifférente aux petits gravillons blancs qui en plus de salir mon jeans, me faisait mal. Je lui demandai alors avec une douceur dont je ne me croyais pas capable :

- « Que t'est-il arrivé, Petit-Franck ? Comment es-tu tombé ? C'est encore Pilou... » commençais-je, Pilou étant jeune et parfois un peu brusque, je le suspectai d'être trop démonstratif par moment.

Le petit, en sanglots qu'il s'efforçait de dissimuler, m'interrompit avant que j'eu le temps de formuler cette hypothèse :

- « Non, ce n'est pas mon Pilou, c'est la petite fille qui m'a poussé !» déclara-t-il

Perplexe, je fis courir mon regard aux alentours pour être sûre de pouvoir voir cette sale gamine qui rodait visiblement à notre insu dans les parages et qui allait m'entendre quand je lui aurais mis la main dessus, elle s'en était prise à mon petit cousin, non mais !

Rien ! Pas un chat _ hormis Armani, celui de ma grand-tante, mais passons. Aucune trace d'une quelconque fillette dans les parages. Je regardai Franck et lui demanda d'une voix surprise :

- « Mais quelle petite fille, Franky ? »

- « J'sais pas, mais elle a été méchante avec moi ! » répliqua-t-il.

Je réfléchis calmement : la seule fillette des alentours était ma petite demi-sœur Alana. Mais elle n'avait que trois mois et demi et je la savais incapable, à cet âge-là, de quitter son landau. Aux pieds du landau, gisait la masse sombre de Misty, ma petite chienne qui refusait que quiconque, en dehors de mon beau-père, ma mère et moi-même, s'approche de la petite, celle-ci n'avait même pas relevée la tête.

Je lui demandai alors, avec douceur, mais fermenté à mon petit-cousin :

- « As-tu réellement vu une petite fille ici, Petit-Franck ? »

Sa réponse me prit au dépourvu tant elle était empreinte de sincérité :

- « Oui. Elle m'a dit de partir vite ! Et elle est... partit ! »

Je restai sans voix. Je ne pouvais tout simplement pas mettre en doute sa parole lui qui ne mentait jamais et qui n'avait aucune raison de cela. Il était évident que c'était la vérité : jamais un gosse de sept ans n'irait s'inventer une gamine imaginaire méchante. À cet âge-là, les gamins s'inventent des amis imaginaires pour jouer avec eux, pour les accuser à leur place des bêtises mais jamais ils n'inventent des « amis méchants ». C'était stupide. Illogique même. Et Franky n'était pas stupide, loin de la !!

J'étais certaine d'une chose : cette petite fille peu importe où elle était, elle existait ! Qui était-elle ? Je l'ignorais mais je savais que mon cousin n'avait pas mentit c'était d'une évidence infantile ! Elle était surement une petite voisine venue s'aventurer ici, pensant que la propriété restait comme d'ordinaire inoccupée et reprochait à mon cousin de la privée de son terrain de jeu. Même si la maison la plus proche était à près de deux kilomètres, après la mini foret qui menait jusqu'ici, il était possible qu'elle ait pris l'habitude de venir s'amuser dans cette propriété immense et abandonnée. Une petite voisine un brin chipie sur les bords, un bon sermon et les deux enfants finiront par devenir amis avec un peu de chance.

Il faisait tard, la nuit tombait enfin, chassant le soleil. La nuit commençait à déployer son manteau sombre sur la chaleur, la poussière et sur mes pensées ténues quand ma mère m'héla. Je pris Petit-Franck par la main et cria à ma mère que nous rentrions. Nous traversâmes la cour, aussi vite que mon corps endoloris par les efforts de la journée me le permettait, qui nous séparait de la grande maison lorsque je m'arrêtai subitement.

J'étais arrivée au centre de la cour, et je venais de sentir une présence derrière moi. Je fis donc une brusque volte-face mais je ne vis rien. Il n'y avait personne en dehors de Franklin et moi, à l'instar de tout à l'heure. Je lâchai la main de mon petit cousin et lui intima de rentrer et de dire que j'arrivais. Il obtempéra sans rechigner. Le vent se leva, ébouriffant mes cheveux et me donnant la chair de poule. Pourtant, les arbres ne bougeaient pas plus que tout à l'heure. La houle qui s'était soudain levé semblait murmurer mon nom « Alice... » et je me mis à trembler. Ma mère me rappela _ elle perdait patience, comme toujours _ et, malgré moi, je sursautai, effrayé, ma mauvaise impression me rendait nerveuse, je m'étais fait peur toute seule. Je finis par la rejoindre, elle m'attendait avec mon cousin, heureux d'être dans la maison qui sentait le vieux mais avait le mérite d'être fraiche. J'aurais toutefois pu jurer qu'il y avait quelqu'un derrière moi, j'avais été stupide, la fatigue et ma paranoïa avaient déployé mon imagination.

Il était tard et ma grand-tante avait convenu, en mon absence, que nous mangerions et dormirions ici cette nuit dans les chambres de « friends » comme elle les appelait ma tante. Je fusillai ma mère _ cette traitresse _ d'un regard noir : je détestais la campagne, pire, je détestais cet endroit ! Mais je comprenais que prendre la route après être aussi fatigué était dangereux mais en plus de cette drôle d'impression que j'avais eu, cette nouvelle finie par finir de me déprimer totalement. Apres avoir engloutit une pizza italienne aux fromages _ plutôt bonne, faute d'être ma favorite _, ma grande tante nous conduisit dans les chambres d'hôtes, une pour maman et Alana et un autre dont mon oncle Jérémy et moi allions devoir partager, les autres n'étant pas encore meublé : de mieux en mieux ! Mais au moins, je ne serais pas seule dans cette baraque ! Il est clair que j'adorais depuis toujours mon oncle de sept ans mon ainé. C'était mon presque frère. Nous avions été élevés ensemble par ma mère lorsque ma grand-mère n'avait pas pu s'en charger elle-même. Ou n'avait plus voulu plutôt après la mort de mon autre oncle partit trop tôt et de la disparition qui a suivi de mon grand-père malade. C'était pour moi un frangin et j'étais pour lui une Sister casse-pied mais qu'il adorait. En fait, c'était plus un frère qu'un oncle ! Nous avions toujours été proche l'un de l'autre et le lien qui nous unissait était très fort, mais comme toute relation frère-sœur, nous étions sans cesse en conflit, pour des broutilles, c'était une sorte de jeu, a qui serai le plus chiant des deux. J'avoue exceller dans ce domaine faute de briller comme Jérémy.

Epuisé, mort de fatigue après une journée de dur labeur, même s'il était toujours épuisé de toute manière, il se vautra sur le lit plutôt spacieux qu'on devrait partager pour la nuit déjà fort avancée et ne s'attarda pas sur le décor de la pièce, contrairement à moi.

La pièce était vieille et pu vraiment au goût du jour. Elle respirait la poussière et sentait le moisi. Rien d'extraordinaire pour une maison abandonnée depuis près d'un demi-siècle. Autrement, la pièce donnait une bonne impression, elle semblait douillette et chaleureuse mais me mettait également mal à l'aise. Quelque chose me dérangeait. Oui, il y avait quelque chose de bizarre. Le plus étrange était le mobilier : tout était d'époque. Non que cela était étrange du point de vue que l'on pourrait s'y attendre mais on aurait dit qu'il n'était qu'une représentation d'une image typique de la chambre de l'époque. Selon ce que j'en déduisis, nous logions dans une chambre qui fut celle d'une adolescente mais le peu de mobilier qui était présent semblait être le fruit d'un agencement plus pour être conforme à l'image d'une chambre que de celle d'un être vivant qui se serait épanoui ici. Comme s'il me paraissait impossible de vivre dans un endroit trop strictement défini. Sans personnalité.

Un lit double à baldaquin trônait magistralement au centre de la pièce, avec blottit dedans un Jérémy endormi qui ronflait bruyamment. Il semblait occuper tout l'espace de la chambre. Des photos, noires et blanches rendues impossible à voir avec la poussière ornaient les murs eux même grisés par le temps qui passe. Le parquet, usé par le temps et auquel il manquait certaines lattes grinça violemment lorsque je me dirigeai vers la fenêtre mais ne parvînt pas à réveiller mon oncle qui ronflait et grinçait des dents. La fenêtre en question était encadrée par la gauche par une grande armoire _ surement infestée de cafards et bestioles à huit pattes, beurk, quelle horreur ! Ce qui me dissuada de fouiner dedans _ et par une imposante bibliothèque recelant de vieux livres plutôt méconnus mais qui semblaient usés pour avoir été lu souvent. La personne a qui appartenait cette chambre devait être bibliophile, cela me plaisait, j'aimais moi-même lire bien que ma passion première était le dessin.

Je n'y prêtai pas plus attention, j'aurais bien l'occasion de voir les milliers d'ouvrages qui semblaient sommeiller en attendant une bonne âme prête à leur accorder l'intérêt qu'ils méritaient, en attendant, je voulais regarder la lune _ une grande passion que je partageais jadis avec mon père, dont l'ambition avait toujours été de devenir astrologue bien qu'il se contenta de devenir historien dans un musée, une autre passion dont je semblais avoir hérité de lui. Je fus obligée de frotter la vitre encrassée à l'aide de la manche de mon gilet favori, pour enlever suffisamment de poussière pour voir enfin la lune, à demi mangé par les nuages quand quelque chose attira mon attention.

Elle attira mon attention immédiatement. Elle captiva mon regard, me fascinant de manière incompréhensible. Elle se tenait là, debout, seule dans la cour où je me trouvais quand j'avais senti une présence. Je devinai instantanément qu'elle était bien là ce soir lorsque j'avais senti une présence. Sa présence. Elle devait avoir sept ou huit ans, guère plus. Tout en elle faisait penser à un ange : sa longue et merveilleuse robe d'une blancheur jaunie par le temps, ses cheveux noirs, un noir d'encre qui rappelait les ailes d'un corbeau et qui frisaient, formant des boucles fines et désorganisées tombant en cascade jusqu'aux reins de la fillette. Sa peau avait une pâleur de craie mettant en valeur ses lèvres roses et son regard vert émeraude, pareil aux mien. Je me fis la remarque qu'on aurait dit une poupée de porcelaine.

Alice... Ce murmure s'éleva dans ma tête dès lors où mes yeux s'était posé sur moi. Une voix douce et mélodieuse mais j'étais persuadé qu'elle ne venait pas de la fillette. Déjà parce que les lèvres de la fillette n'avaient pas bougé et parce que c'était une voix plus mûre. Bienveillante. Et malgré son apparence d'ange, la fillette n'était pas un ange.

En effet, tout en elle évoquait un ange. Tout... ou presque ! Je n'avais jamais vu d'ange, mais je doute qu'un ange puisse vous regarder comme elle me regardait à ce moment-là. Ses yeux verts luisaient dans la nuit obscure tels ceux d'un serpent prêt à attaquer sa proie, me scrutant avec une hostilité non dissimulée et dont je ne parvenais pas à m'expliquer, cela sans cligner une seule fois des yeux. Son regard me cloua sur place : il est vrai qu'il était merveilleusement fascinant et magnifique mais il était également froid, méchant et avait quelque chose de menaçant qui me donna la chair de poule, comme cette sensation que j'avais eu précédemment dans la soirée.

Comment une fillette de huit ans à tout cassé pouvait-elle m'effrayer à ce point ? Qui était-elle ? D'où venait-elle ? Que faisait-elle à...DEUX HEURES DU MATIN ?! Seule dans la nuit ? Ses parents n'étaient pas très responsables !! Ne pas savoir qui elle était alors qu'elle me rendait mal à l'aise me donnait envie de hurler.

J'ignorais tout cela ! Je continuais à la fixer, soutenant avec peine son regard, tout en examinant chacun de ses traits, mon regard allait de ses pieds nus et boueux à sa tête, en passant sur ses bras dénudés et à la cicatrice qu'elle avait sur l'avant-bras gauche et sur le médaillon d'argent qui pendait à son cou, brillant sous la lumière de la lune. Elle me regardait toujours lorsqu'elle pencha soudain la tête, son regard toujours braqué sur moi et fit un pas en avant, je retins ma respiration, craignant stupidement ce qu'il allait arriver et...

Alice...

- « Aliice ? m'appela soudain Jérémy d'une voix endormi en même temps que cette voix qui semblait venir de ma tête et qui s'était fait plus pressante, alarmiste.

Je retins un cri, sursauta et me retourna vers mon oncle, tous mes sens en alerte. Il était affalé sur le lit qu'il n'avait pas pris la peine de défaire, encore tout habillé. Il me regarda sans voir véritablement et retomba dans les bras de Morphée. Tout cela en une minute à peine, j'avais été ridicule d'avoir eu si peur ! Il avait dû rêver !! Mais cette voix apeurée dans ma tête... elle me faisait peur. Mais peut-être était-ce seulement le mugissement du vent que ma fatigue et mon imagination avait cru entendre prononcer mon nom.

Je regardai à nouveau par la fenêtre, là où se tenait la fillette il y avait moins d'une minute auparavant et c'est alors que je ne vis...rien ! Rien. Absolument rien d'autre que la noirceur de la nuit, le néant. Elle avait disparu, comme elle était apparue, rapidement, tel un courant d'air juste le temps de me glacer d'effroi. Elle n'était là ! Elle avait dû rentrer chez elle, et ce n'était pas trop tôt !!

Perplexe, je décidai de me coucher, songeant à cette...fillette mystérieuse rapide comme l'éclair, et me gronda moi-même, ce maudit déménagement me faisait avoir des hallucinations ! Visuelles et auditive en plus. Une fillette en pleine nuit !! Il était temps que j'aille au lit !!

Chapitre 3 Mauvais Rêves

Maudite campagne ! La citadine que j'étais, n'avait jamais été réveillé par le chant matinal _ très matinal, même _ du maudit coq de tante Myriam. Cette maudite bestiole m'avait réveillé aux aurores et m'étant couchée extrêmement tardivement je ne doutais pas de l'épaisseur qu'auraient mes cernes ce matin. J'allais commencer la journée d'une humeur exécrable.

-"Foutue campagne !" pestais-je, râleuse.

Je me résignai à me lever bien qu'à cause d'une nuit courte et agitée, j'étais plus fatiguée encore qu'hier et courbaturée. En effet, comme si l'heure tardive à laquelle je m'étais endormi ne suffisait pas, j'avais cauchemardé toute la nuit d'un couloir sombre menant à une porte qu'il m'était impossible d'atteindre. Cette porte m'obsédait car de la lumière brillait à l'intérieur et j'entendais cette voix comme hier, la même, qui certes ne disait pas la même chose mais je la reconnaîtrais parmi mille tellement le soprano avait des allures d'un carillon musical. Cette voix m'intimait de venir à elle, qu'elle me protégerait... ça avait été un drôle de rêve mais je m'étais réveillé, la poignée à la main, la porte entrouverte et la vision qui s'était offerte à mes yeux m'avait arraché un hurlement qui avait réveillé mon oncle. Puis quand je n'étais rendormi, assurant à mon oncle inquiet _ ce n'était pas dans mes habitudes de faire des cauchemars ! _ Que j'allais bien que ce maudit volatil m'eût réveillée. Je ne parvenais pas à me rappeler ce qui m'avait tant effrayé dans ce rêve.

Je descendis à la cuisine où tante Myriam s'affairait déjà aux fourneaux, vêtue de son tablier _ ma tante était cuisinière dans un grand resto américain avant d'arrêter pour se consacrer à mon petit cousin ! _ jetant de brefs coups d'œil inquiets à Petit-Franck qui mangeait ses céréales au chocolat en regardant la télévision, l'air plus fatigué que moi encore si cela était possible.

Ma mère et mon oncle venaient de descendre lorsque tante Myriam déposa un bol _ enfin personnellement, je le qualifierais davantage comme un seau, mais bon _ de café américain _ autrement dit dégueu comme le dirait ma meilleure amie, Carly _ devant moi. À peine assis à table, à mon grand dam ! tous trois se mirent à tergiverser sur de Franky. Comment pouvait on s'intéresser à autres choses que son café si tôt le matin ? Je vous le demande ! Je ne voulais ni même ne pouvais me mêler à eux et me contenta d'entendre _ faute d'écouter _ des brides de phrases :

- « ... n'a pas cessé de sangloter ! » s'exaspérait ma tante

- « n'ai même pas entendu ! » répliquait Jérémy

- « à cause de tous ces changements », supposais ma mère

- « mais de là à inventer des choses pareilles ?! » s'opposait ma tante, agacée

- « je n'ai pas inventé !! » s'exclama mon cousin catégorique avec une insolence qui ne lui était pas coutumière et qui m'intrigua suffisamment pour que je lève le nez de mon café. Ma tante le gronda de son insolence _ typique des parents ça ! _ et il rechigna _ typique des enfants _ puis se reconcentra sur la télévision HD de ma tante où il suivait son dessin animé favori où des enfants rentraient dans leur ordinateur pour sauver le monde _ super idiot mais bon, les gamins aiment ça visiblement et c'est le principal !!

C'est alors que ma tante fit cette remarque qui résonna en moi, s'insinuant en moi me glaçant comme si l'on m'avait jeté une bassine d'eau gelée et me fit me redresser brusquement _ un peu trop même _ en renversant mon bol encore chaud de café partout sur le sol, explosant en mille morceaux le bol. Je nettoyais le sol maculé, indifférente aux éclats de porcelaine qui venaient se figer dans ma main à force de ramasser par poignée et aux picotements que cela me procurait, me remémorant sa phrase qui résonnait en moi « Franky ! Tu n'as jamais vu de petite fille ici ! Encore moins dans ta chambre. Tu m'entends ? Il n'existe aucune petite fille se promenant par ici ! »

Ma mère me sermonnait de ma maladresse, tout en s'excusant auprès de ma tante des dégâts que j'avais occasionné, ce qui la rendait un peu ridicule _ mais j'avais d'autres priorités que de me moquer d'elle, pour l'instant du moins. Et c'est un art que de mêler réprimandes et excuses à la fois, c'était du grand art, je le reconnais, mais ma mère était particulièrement habile dans ce domaine, j'étais forcée de le reconnaitre.

Je me relevai, les ignorant tout _ ce qui les irrita, je le savais bien, ma mère en particulier ce qui me fit sourire intérieurement et alla auprès de mon petit cousin, sous les regards outrés et chargés de menaces silencieuses qui me promettaient de s'abattre sur moi tôt ou tard. Je pris Franklin par la main _ qu'elle était chaude et si douce pour une main si petite que cela me surprend, aujourd'hui encore quand j'y repense _ m'agenouillant près de lui, il me regarda avec intensité, surprit de mon attitude et ses yeux bruns rencontrèrent les miens.

- « Alice ?! » m'héla mon oncle, troublé par mon attitude.

Je l'ignorai et ce dernier n'insista pas _ une des qualités de mon oncle, si ma mère avait pu être comme lui !! _ Je demandai alors, avec une douceur inhabituelle venant de moi :

- « Franky... dis-moi ce que tu as vu cette nuit, s'il te plait ! »

J'entendis un tonnerre de protestations et de réprimandes cent pour cent féminin _ hormis un soupir de mon oncle _ amplifier d'un décibel _ et encore ! _ Mais je devinais le haussement de sourcils de mon oncle qu'il faisait chaque fois que mon attitude lui paraissait étrange et qui en gros signifiait « super, la nièce est tarée ». Mais je m'en moquais éperdument ! Une fois encore, je les ignorai _ ce qui, aussi étonnant que cela puisse paraitre, me sembla facile _ et réitéra ma demande à Franky. Je lui serrais chaleureusement la main, promesse muette que je le protégerais en endossant toutes les punitions seule et il baissa la tête, hésitant et sa terreur tangible me frappa tel un coup de poing dans l'estomac lorsqu'il me fit son récit :

- « j'étais dans mon lit, je dormais mais y'a un bruit qui m'a réveillé. J'ai cru qu'c'était m'man mais non. Mais y'avait la petite fille sur mon lit. Assise. Tout au bout d'mon lit ! »

Il a stoppé son récit, le regard affolé. Dans ma main, j'ai senti ses petits fragiles qui tremblaient. J'étais avide de savoir ce qu'il s'était passé exactement mais je redoutais que mon petit cousin fasse une crise d'angoisse. Je pense qu'à ce moment-là, je venais inconsciemment de comprendre que quelque chose d'au-delà de l'imaginable se tramait mais bien sûr, il m'était impossible de me l'admettre. Je lui serrai ses petits doigts chauds afin qu'ils ne tremblent plus et cela sembla lui redonner un peu de courage car il me sourit. Je lui demandai de continuer, d'une voix plus assurée que je ne l'étais véritablement et le petit garçon poursuivit son récit :

- « elle est grande comme moi mais... »

Il s'interrompit et leva ses yeux humides vers moi. Je voyais bien qu'il n'osait pas vraiment dire ce qu'il avait vu mais je devais savoir. J'ignorais pourquoi mais il m'était vital de le savoir.

- « mais ? » insistais-je

- « mais elle te ressemble beaucoup !! » acheva-t-il

Là, je restai muette ! M'aurait-il giflée que cela aurait eu le même effet. Je n'y croyais pas pourtant Franck continua à la décrire :

- « elle a des cheveux noirs et son visage est tout blanc, comme toi ! Et elle portait une robe... »

- « blanche tachée de boue ? Et avait une griffure sur le bras ? » continuais-je pour lui, redoutant qu'il acquiesce.

Ma mère cessa de vociférer _ un scoop venant d'elle _ mon oncle du se redresser et tante Myriam étouffa un hoquet de surprise.

Un ange passa.

J'entendais mon sang battent dans mes trempes, mon pouls m'était douloureux, mon cœur cognait ma cage thoracique avait violence afin de sortir, et semblait prêt à me déchirer le corps.

Franky me regarda, ses yeux en formes d'amandes brillant d'une nouvelle lueur et me demanda :

- « et elle n'avait pas de chaussures ! Alors tu l'as vu aussi, tante Alice ?! »

- « pas exactement ! » tempérais-je

- « quoi ?! » s'exclamèrent les trois adultes _ mon oncle venait de sortir de sa léthargie légendaire.

Une fois encore, je feignis de ne pas les avoir entendus et questionnés le petit qui semblait moins terrifié maintenant qu'il savait que moi je le croyais car je l'avais vu aussi.

- « elle était dans ta chambre ou dans le jardin ?

- « au pied de mon lit !! Mais hier elle était dans le jardin quand elle m'a poussé ! Tu sais celle qui m'a fait mal ! » répondit-il avec un naturel propre à l'enfance.

- « exact ! Mais tu trouves vraiment qu'elle me ressemble ?! Sérieux ?! »

Question futile et totalement dérisoire, et je ne fus pas surprise lorsqu'il affirma, feignant l'exaspération ce qui m'arracha même un sourire qu'il me rendit bien que cela me troublait et me dérangeait. Après tout, quelle importance qu'on soit brunes toutes les deux ? Cela n'aurait pas dû me gêner. Pourtant quelque chose en moi s 'était éveillée, comme une alarme interne. Je préférais me focaliser sur mon cousin et laisser cela dans un coin de ma tête, j'aurais le temps d'y réfléchir plutard. Quelque chose s'était passé et une sorte de lien qui n'avait jamais exister semblait nous lier mon cousin et moi, il n'y avait plus que lui et moi et les trois autres adultes n'existaient plus, ni pour lui ni pour moi. Il m'ouvrait son petit cœur innocent et pur, ne cherchant pas à ce que cela m'intéresse ou pas, et me parla de ses impressions.

Il ne l'aimait pas, elle était méchante. Elle lui avait parlé, enfin elle s'était parlé toute seule. Elle avait parlé de trucs bizarres, des choses qui l'avait effrayé. Il me raconta :

- « Elle me regardait sans me voir ! Et elle a dit... »

Je dus me retourner vers les trois adultes pour leur demander de la fermer _ en effet, ils étaient bel et bien toujours là _ ce qui me vaudrait, à coup sûr, une belle punition en retour, mais bon. J'intimai à Franck de poursuivre, lui confirmant que je partageais son avis, elle n'était pas quelqu'un que j'estimais non plus, qu'il pouvait tout me dire.

Il bégaya, hoqueta ces paroles _ la peur était de retour, plus présente encore qu'auparavant, si évidente que même ma mère et ma tante se la bouclèrent, piquées par la curiosité, peut être aussi avide que moi de découvrir ce qui pouvait paraître si effrayant pour un petit garçon tel que Franck qui était loin d'être un enfant facilement impressionnable loin de là.

Il confia, la voix tremblante :

- « Elle... elle... elle a... a dit que... que le temps était enfin venu de, de... PUNIR. (Il pleurait désormais, comment ma tante pouvait douter de ses propos ?!) Et que... que la fille allait... mou...mourir !! »

Tout ce qui suivit fut rapide, pas comme au cinéma mais d'une intensité indescriptible qui me serait impossible de retranscrire quand bien je serais un écrivain hors pair, je m'en savais incapable !

Ma mère hurla que je n'étais qu'une « idiote de pousser un petit garçon influençable dans des histoires imaginaires à dormir debout, que j'aurais mérité une bonne correction si elle avait été mon grand-père. »; ma tante prit son fils par le bras et le secoua avec force tout en lui interdisant de raconter ce qu'elle qualifiait d'ineptie et le menaça de le punir si jamais il recommençait avec ces âneries et mon oncle fut obliger d'intervenir pour arracher le gamin de la poigne énergétique de sa féroce mère furieuse. Quant à moi, je palis, et me mis à trembler comme jamais auparavant _ pourquoi ? La pression enfin je ne savais pas vraiment _ et mes jambes se dérobèrent sous mon poids et je tombai au sol, sous le coup de l'émotion.

Ma chute fracassante provoqua un long silence pesant autour de moi. Personne ne pipa mot et l'atmosphère était lourde en sentiments négatifs ce qui n'arrangeait pas mon état. Trois paires d'yeux me fixaient avec inquiétude et curiosité, s'inquiétant probablement de mon état de santé mental. Enfin ma mère rompit le silence, affolée :

- « Marie Alice Brigg, vas-tu m'expliquer ce qui vient de se passer, car il est dans ton intérêt d'avoir une bonne raison d'avoir perturbé ton petit cousin et créer tant d'ennuis à ta tante !! Et quant à ton insolence, ma petite, tu vas devoir aussi te justifier !! »

À l'entendre décliner mon identité dans son entier _ ce qui était rare, même venant de ma mère car personne ne m'appelait par mon nom complet, m'appelant plus facilement Alice ce qui m'arrangeait bien, ayant horreur de ce maudit nom !! _ Je savais que les choses allaient mal et irait mal pour moi pendant un bon moment. Je me relevai, encore blême et tremblante, prise de vertiges, mon regard croisa celui de mon petit cousin et l'on se mit d'accord, à travers cet échange silencieux de ce qu'il convenait de faire, à savoir minimiser les risques de représailles pour lui comme pour moi et donc de mentir car il était plus évident de croire les mensonges que la vérité parfois. Je me suis ressaisie tant bien que mal _ autant faire bonne figure et être un minimum crédible _ et regarda donc ma mère avec toute l'insolence dont j'étais encore capable _ c'était une seconde nature chez moi, je n'avais pas besoin de jouer la comédie plus que cela _ en lui lançant, en guise de réponse :

- « T'expliquez quoi ? Que ce foutu déménagement nous a épuiser et que regarder les films d'horreur de David (mon beau père) n'était pas à proprement parler la meilleure idée que nous avions eue ?! Que je suis désolée de ne pas avoir passé une super nuit ici ? Et bah oui alors, DESOLEE ! » rugis-je, utilisant mon malaise en le déguisant en colère. « Finissons donc ce maudit déménagement que je retrouve mon lit et que Franky dorme son comptant !! »

Je les plantai là, bouche bée _ on aurait dit que maman c'était pris une claque dans la figure tellement mes propos suintaient de colère et de rancune, après tout c'est à cause d'elle et de tante Myriam que nous étions resté ici cette nuit alors qu''elles s'en prennent à elles, bon sang ! Je n'éprouvai pas le moindre scrupule à leur mettre sur le dos ce qui venait de se passer.

Je montai dans la chambre qui fut mienne pour cette affreuse nuit, montant les marches quatre à quatre pour être sûre que personne ne m'empêche d'atteindre celle-ci, ce dont tout le monde s'abstint heureusement. J'avais besoin de solitude et surtout pas de maman sur le dos ni de sa tante que j'adorais mais qui m'horripilais aujourd'hui à tel point que je regrettais qu'elle ne reste pas vivre en Arizona.

Je claquai la porte avec force _ le message était pour le moins clair : je ne voulais pas être dérangée _ et je verrouillai la porte. Mieux valait être prudente des fois qu'ils n'aient pas saisi mon message.

J'étais enfin seule !!

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022