L'obscurité enveloppait la forêt d'une épaisseur presque palpable. Chaque pas de Léna Stone semblait résonner dans un silence pesant, malgré la douceur avec laquelle ses pieds effleurant le sol. Le vent soufflait entre les arbres, sifflant comme un avertissement tandis que ses sens suraigus captaient chaque bruit, chaque craquement de branche, chaque battement de son cœur affolé. La peur serrait son ventre comme un étau, mais elle ne pouvait pas s'arrêter. Pas maintenant.
Son souffle était court, presque rauque, tandis qu'elle jetait un dernier coup d'œil derrière elle. Les geôles de sa meute, autrefois son foyer, n'étaient plus qu'un amas sombre de douleur et de trahison. Elle revoyait encore le visage du Beta, ce sourire cruel qu'il avait arboré lorsqu'il avait planté la dague dans le cœur de son père, le grand Alpha de leur meute. Ses yeux se fermèrent un instant, mais les larmes ne venaient pas. Elle ne pouvait pas se permettre de pleurer.
« Garde ton calme, Léna, » murmura-t-elle à elle-même, le souffle haché. « Ils sont encore loin. »
Mais combien de temps encore avant qu'ils ne la rattrapent ? Ses jambes la portaient à une vitesse qu'elle n'aurait jamais crue possible. Son corps, malgré la fatigue et la douleur qui le tenaillait, se mouvait comme par instinct, guidé par une seule idée : fuir. Fuir loin de cette trahison, loin des souvenirs qui la déchiraient.
Les arbres défilaient autour d'elle, leurs silhouettes menaçantes se découpant dans la pâle lueur de la lune. La forêt était dense, mais elle connaissait chaque recoin de ce territoire. C'était là qu'elle avait grandi, où elle avait appris à chasser, à se battre. Maintenant, ces mêmes lieux tentaient de l'engloutir.
Un craquement soudain la fit s'arrêter net. Ses oreilles captèrent le bruit, à peine audible, mais suffisant pour la mettre en alerte. Elle se colla contre un arbre, son souffle se faisant plus discret. Son cœur battait à un rythme effréné dans sa poitrine, et chaque seconde qui passait semblait s'étirer à l'infini. Elle tendit l'oreille, cherchant à distinguer s'il s'agissait d'un animal ou d'une patrouille qui la traquait.
« Où es-tu ? » souffla une voix dans l'obscurité.
C'était l'un des leurs. Elle le reconnut immédiatement. Darius, un des traîtres, celui qui avait aidé le Beta à prendre le pouvoir. Sa voix suintait de satisfaction, comme s'il savourait déjà l'idée de la capturer.
Léna serra les poings. Elle n'était pas prête à mourir, pas maintenant. Elle baissa les yeux, cherchant à apercevoir le moindre signe de mouvement dans les fourrés. Elle les vit enfin : des silhouettes mouvantes, des chasseurs de sa propre meute qui fouillaient la forêt, cherchant des indices de sa présence.
« Allez, on la retrouve. Ce n'est qu'une question de temps, » dit un autre, plus loin.
Léna sentit une bouffée de colère monter en elle. Traîtres. Ils avaient tué son père, décimé sa famille et pris tout ce qui comptait pour elle. Mais ils ne l'auraient pas elle. Pas ce soir.
Elle reprit sa course, cette fois plus discrète, se fondant dans l'ombre des arbres. Ses muscles criaient de fatigue, mais elle refusait de ralentir. Les voix derrière elle se faisaient plus proches, mais elle savait qu'elle connaissait mieux cette forêt qu'eux. Ils pouvaient la traquer, mais ils ne la rattraperaient pas.
Le temps s'étirait tandis qu'elle avançait. Ses pieds nus étaient couverts de boue et d'écorchures, mais elle ne sentait plus la douleur. Chaque pas la rapprochait de la liberté, même si cette dernière semblait si lointaine. Ses pensées étaient tournées vers un seul objectif : atteindre les frontières de la meute de Dark River.
Ce territoire voisin était redouté par tous. Ceux qui y pénétraient sans y être invités n'en ressortaient jamais. Mais Léna n'avait plus le choix. Elle devait tenter sa chance là-bas. Mieux valait risquer la mort entre les mains d'une meute ennemie que de tomber dans celles des traîtres qui avaient détruit sa vie.
Un hurlement déchira soudain la nuit, un cri de frustration qui résonna dans l'air lourd de la forêt. Ils avaient trouvé sa piste. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Ils se rapprochaient.
Elle accéléra encore, sentant ses muscles se tendre sous l'effort. Elle atteindrait bientôt la frontière. Elle le savait. Si elle pouvait juste... Elle trébucha soudain sur une racine, son corps s'effondrant brutalement au sol. La douleur éclata dans sa cheville, et elle laissa échapper un gémissement de surprise.
« Non... non... » murmura-t-elle en essayant de se relever.
Mais ses jambes étaient faibles, et sa cheville blessée la faisait souffrir terriblement. Elle serra les dents, refusant de céder à la panique.
« Léna ! »
Elle sursauta en entendant son nom, glacée d'effroi. Ils étaient proches, bien trop proches. Elle tourna la tête, cherchant une issue, une cachette, quelque chose qui pourrait la sauver.
Mais avant qu'elle ne puisse réagir, des mains puissantes l'attrapèrent par le bras, la tirant brusquement de son abri. Elle se retrouva face à Darius, son sourire mauvais étirant ses lèvres.
« Je t'ai trouvée, petite princesse, » ricana-t-il.
Le sang de Léna bouillonnait dans ses veines. Elle tenta de se débattre, mais ses forces l'abandonnaient. Darius la maintenait fermement, ses doigts s'enfonçant dans sa peau.
« Lâche-moi ! » hurla-t-elle en essayant de le frapper.
« Oh, tu es coriace. C'est amusant, vraiment. Mais tout ça est terminé maintenant. » Son regard se fit plus dur. « Tu ne peux pas fuir ton destin. »
Léna, désespérée, lança un dernier coup de pied qui atteignit Darius à la jambe. Il lâcha un juron et la repoussa violemment contre un arbre.
« Assez ! » gronda-t-il en se redressant. « On t'emmène à Dark River. C'est ce que tu voulais, non ? »
Les yeux de Léna s'agrandirent. Ils savaient. Ils savaient qu'elle tentait de rejoindre la meute ennemie. Comment pouvaient-ils être au courant ? Sa gorge se serra tandis qu'elle comprenait qu'ils l'avaient traquée bien avant qu'elle ne s'enfuie.
Mais avant qu'elle ne puisse protester, un hurlement strident déchira la nuit, plus proche cette fois. Ce n'était pas un hurlement de loup. C'était autre chose, quelque chose de plus sombre, de plus terrifiant.
Darius se figea, tout comme Léna. Ils échangèrent un regard, mais avant que l'un d'eux ne puisse réagir, une silhouette massive émergea de l'ombre. Un lycan, bien plus grand et imposant que Darius, s'avança, ses yeux brillants de menace.
« Relâche-la, » gronda la créature.
Darius hésita, son visage se tordant de peur. Léna ne bougea pas, trop choquée pour comprendre ce qui se passait. Le lycan s'approcha, ses pas lourds écrasant le sol sous lui. Puis, avec une vitesse surprenante, il saisit Darius par la gorge et le souleva du sol comme s'il ne pesait rien.
« Tu n'as rien à faire ici, » rugit le lycan avant de le jeter brutalement contre un arbre.
Léna, haletante, regarda la scène avec incrédulité. Qui était cet être ? Pourquoi l'avait-il protégée ? Avant qu'elle ne puisse poser la moindre question, le lycan se tourna vers elle, ses yeux perçants la fixant.
« Tu as franchi nos terres, » dit-il d'une voix rauque. « Mais ce soir, tu vis. »
Léna était paralysée, incapable de bouger ou de parler. Le lycan massif qui se tenait devant elle semblait presque irréel, une créature sortie des ténèbres. Ses yeux, brillants comme des flammes bleues, la transperçaient avec une intensité inhumaine. Ses traits étaient durs, sculptés par la violence et le pouvoir. Elle ne savait pas s'il était un ennemi ou un allié.
Le corps de Darius, jeté sans cérémonie contre un arbre, gisait inconscient. Pour la première fois depuis sa fuite, Léna n'avait plus à courir, mais l'homme-lycan qui l'avait sauvée ne semblait pas moins dangereux. Ses pensées s'embrouillaient entre la peur et le soulagement.
« Qui... qui es-tu ? » murmura-t-elle enfin, sa voix tremblante.
L'homme l'observa encore un moment avant de répondre, sa voix rauque et basse comme un grondement.
« Tu es sur les terres de Dark River. Je suis Rhogar, l'un des leurs. »
Le nom fit frémir Léna. Dark River. Elle avait passé les frontières sans même s'en rendre compte. Ses jambes étaient faibles, prêtes à céder sous elle, mais elle se força à tenir debout.
« Je ne voulais pas... »
« Tu as franchi nos terres sans permission, » l'interrompit-il d'un ton sec. « Et les lois sont claires. Tu es maintenant sous la garde de Dark River. »
Elle déglutit, réalisant la gravité de la situation. Elle avait fui pour échapper aux traîtres de sa propre meute, mais elle avait couru droit vers un autre danger. Dark River ne la traiterait probablement pas mieux. En fait, ils étaient connus pour leur cruauté envers les intrus.
« Si je suis sur vos terres, c'est parce que je n'avais pas d'autre choix, » se défendit-elle, tentant de garder une certaine dignité malgré sa peur. « Ma meute... ils m'ont trahie. Je n'ai nulle part où aller. »
Rhogar haussa un sourcil, légèrement intrigué. Il se rapprocha lentement, et Léna dut faire un effort surhumain pour ne pas reculer sous sa carrure imposante.
« Et pourquoi devrions-nous te croire ? »
Sa question n'avait rien de rhétorique. Il attendait une réponse, et Léna le savait. Elle pouvait sentir son pouvoir. Il n'était pas qu'un simple soldat. Ses yeux et sa posture trahissaient une autorité naturelle, peut-être même celle d'un Beta. S'il décidait de la livrer à l'Alpha de Dark River, elle ne pouvait pas imaginer ce qui l'attendait.
Elle prit une profonde inspiration, essayant de calmer les battements frénétiques de son cœur.
« Mon père... » Elle hésita. Devait-elle tout révéler ? « Mon père était l'Alpha de la meute de Silvermoon. Il a été assassiné par son propre Beta. Depuis, ma meute est tombée sous le contrôle des traîtres. Ils m'ont emprisonnée... et j'ai fui. »
Rhogar la fixa un long moment sans dire un mot. Léna ne savait pas s'il la croyait ou s'il pesait simplement ses options. Puis, avec une lenteur calculée, il se tourna vers le corps inconscient de Darius.
« Celui-ci faisait partie de ta meute ? »
Léna hocha la tête, se sentant soudainement épuisée. Darius avait été un ami autrefois, avant de trahir sa famille. Maintenant, il n'était plus qu'un ennemi comme les autres. Sa trahison faisait mal, mais elle ne pouvait se permettre de faiblir.
« Oui, » murmura-t-elle. « Il est l'un des traîtres. »
Rhogar se pencha légèrement sur Darius, observant l'homme avec un mélange de dégoût et de mépris.
« Il semble que tu dises la vérité. »
Avant que Léna ne puisse réagir, Rhogar agrippa Darius par le col et le souleva sans effort. Avec une facilité déconcertante, il le jeta sur son épaule comme un sac de farine.
« Suis-moi, » ordonna-t-il en se tournant vers elle.
Léna hésita. Elle était épuisée, blessée, et l'idée de suivre cet étranger dans les profondeurs des terres de Dark River la terrifiait. Mais elle n'avait pas d'autre choix. Si elle tentait de fuir, elle savait qu'il la rattraperait en un clin d'œil. Et sans allié, elle ne survivrait pas longtemps dans cette forêt.
Elle emboîta donc le pas, essayant de cacher sa douleur lorsqu'elle posa le pied sur sa cheville endolorie. Rhogar ne ralentit pas, avançant à travers la forêt comme s'il n'était pas perturbé par le poids de Darius. Léna le suivit en silence, son esprit tourmenté par une multitude de questions. Où la menait-il ? Que comptait-il faire d'elle ? Et pourquoi l'avait-il épargnée ?
Après un moment qui lui sembla une éternité, ils débouchèrent sur une vaste clairière. Devant eux s'élevait une forteresse imposante, faite de pierres noires et entourée de hauts murs. L'ombre des arbres et la brume qui s'accrochait aux racines donnaient à cet endroit une allure presque surnaturelle. Les légendes racontaient que Dark River était un lieu où le soleil ne se montrait jamais, où les ombres étaient aussi vivantes que ses habitants.
Léna frissonna en contemplant la forteresse.
« Bienvenue à Dark River, » lança Rhogar sans se retourner.
Ils franchirent les portes massives, et Léna sentit les regards de plusieurs gardes posés sur elle. Des lycans, plus grands et plus menaçants que ceux de sa propre meute, patrouillaient les lieux, leurs yeux jaunes brillant dans la pénombre. Ils ne dirent rien, mais leurs grognements sourds montraient clairement qu'elle n'était pas la bienvenue ici.
Rhogar la conduisit à travers plusieurs couloirs sombres, jusqu'à ce qu'ils arrivent devant une grande porte en bois massif. D'un geste brusque, il ouvrit la porte et poussa Léna à l'intérieur.
Elle trébucha »légèrement en entrant dans la pièce. Celle-ci était sobre, mais étrangement oppressante. Au centre, un homme était assis dans un fauteuil imposant. Ses cheveux noirs étaient courts, et ses yeux perçants la scrutèrent avec une froideur calculée. Elle comprit immédiatement qu'il s'agissait de l'Alpha de Dark River.
« Rhogar, » dit l'homme d'une voix calme mais autoritaire. « Qui est cette fille, et pourquoi l'amènes-tu ici ? »
Rhogar s'inclina respectueusement avant de répondre.
« Alpha Aiden, voici Léna Stone. Elle prétend être la fille de l'Alpha de Silvermoon. Sa meute a été renversée par des traîtres, et elle cherche refuge. »
Aiden haussa un sourcil, son regard passant de Rhogar à Léna. Il se leva lentement, s'avançant vers elle avec une grâce inquiétante.
« La fille de l'Alpha de Silvermoon ? » murmura-t-il en la fixant avec intensité. « Tu as franchi nos terres sans permission, et maintenant tu demandes refuge ? »
Léna déglutit difficilement. Elle savait que sa situation était précaire. Tout dépendait de cet homme.
« Je... Je ne demande pas de refuge, » répondit-elle, essayant de contrôler sa voix. « Je veux juste survivre. »
Aiden la regarda encore un instant avant de sourire légèrement, un sourire qui ne la rassura pas du tout.
« Survie, dis-tu ? » Ses yeux se plissèrent légèrement. « Ici, à Dark River, la survie a un prix. »
Léna sentit un frisson glacial parcourir son échine. Elle savait qu'elle n'était pas en position de négocier. Elle baissa les yeux, se préparant au pire.
Aiden fit un geste à Rhogar, qui jeta brutalement Darius sur le sol devant l'Alpha.
« Un des traîtres, » expliqua simplement Rhogar.
Aiden l'observa avec dédain avant de relever les yeux vers Léna.
« Très bien, Léna Stone, » dit-il finalement. « Tu resteras ici. Mais sache que tu es maintenant sous ma protection. Et sous mon contrôle. »
Léna sentit le poids de ses mots s'abattre sur elle comme un couperet. Elle avait échappé à une prison pour tomber dans une autre, mais elle n'avait pas d'autre choix que d'accepter.
« Merci... » murmura-t-elle faiblement, consciente que son destin venait de basculer une nouvelle fois.
« Ne me remercie pas encore, » répondit Aiden avec un sourire sinistre. « Tu découvriras bientôt ce que cela implique. »
Léna fixait les flammes qui dansaient dans l'âtre, leur lueur projetant des ombres inquiétantes sur les murs de la pièce. Le silence qui régnait autour d'elle semblait peser de tout son poids sur ses épaules. Aiden, l'Alpha de Dark River, était retourné s'asseoir sur son trône improvisé, un fauteuil orné de cuir et de métal sombre. Son regard la transperçait encore, une lueur indéchiffrable dans ses yeux.
« Rhogar, » dit-il soudainement, rompant le silence lourd qui régnait dans la pièce. « Conduis-la à ses quartiers. »
Léna se tendit à ces mots. Des quartiers ? Elle s'était attendue à être emprisonnée, à être traitée comme une ennemie ou, au mieux, une esclave. Mais « ses quartiers » ? Le doute et l'inquiétude se mêlaient en elle.
Rhogar hocha la tête et se tourna vers elle. « Suis-moi. »
Elle obéit sans un mot, se forçant à ignorer la douleur lancinante dans sa cheville alors qu'elle marchait à ses côtés. Les couloirs de la forteresse étaient aussi froids que l'atmosphère qui y régnait. Des torches accrochées aux murs diffusaient une lumière vacillante, projetant des ombres mouvantes sur les pierres rugueuses. Chaque pas résonnait comme une menace sourde, rappelant à Léna qu'elle était loin d'être en sécurité ici.
Après plusieurs minutes de marche silencieuse, Rhogar s'arrêta enfin devant une porte en bois massif. Il l'ouvrit d'un geste brusque, révélant une petite pièce sobre mais propre. Une couchette en bois, un bureau rudimentaire, et une fenêtre étroite qui donnait sur les bois environnants.
« Voici tes quartiers, » dit-il en entrant, sa voix grave résonnant dans l'espace restreint. « Tu n'es pas prisonnière ici, mais tu es sous surveillance. »
Léna hocha la tête, toujours incertaine de ce qui l'attendait. Elle observa la pièce sans un mot, essayant de comprendre la raison de cette relative clémence. Rhogar ne semblait pas être du genre à poser des questions inutiles, mais elle ne pouvait plus contenir sa curiosité.
« Pourquoi... pourquoi ne m'avez-vous pas emprisonnée ? » demanda-t-elle enfin, sa voix légèrement tremblante.
Rhogar la regarda un moment, ses yeux sombres brillant d'une lueur qu'elle ne parvenait pas à déchiffrer. Il croisa les bras avant de répondre.
« L'Alpha a vu quelque chose en toi, » dit-il simplement. « Peut-être ton potentiel, peut-être autre chose. Mais sache que tout ce que tu fais ici sera observé. »
Elle fronça les sourcils. « Mon potentiel ? Je suis une fugitive, pas une guerrière. Je n'ai rien à offrir à votre meute. »
Rhogar esquissa un sourire en coin, presque amusé par ses paroles. « C'est ce que tu crois. »
Il se dirigea vers la porte, mais avant de sortir, il se tourna à nouveau vers elle.
« Repose-toi. Demain, tu commenceras tes nouvelles tâches. »
Puis il disparut dans le couloir, fermant la porte derrière lui d'un geste sec. Léna resta un moment immobile, le regard fixé sur le bois rugueux de la porte. Ses pensées tourbillonnaient, cherchant à comprendre ce qu'il voulait dire. Des tâches ? Quelles tâches ?
Elle s'effondra finalement sur le lit, sentant la tension quitter peu à peu son corps. Mais son esprit, lui, restait en alerte. Elle n'était pas en sécurité ici, même si Aiden lui offrait une certaine protection. Dark River était une meute crainte de tous, et elle devait être vigilante.
Le lendemain matin, le bruit sourd des pas dans le couloir la réveilla en sursaut. Pas de réveil brutal, pas de geôlier pour la tirer du lit comme elle s'y attendait. Au lieu de cela, la porte s'ouvrit doucement, et une jeune femme entra, portant un plateau.
« Bonjour, » dit-elle d'une voix douce mais pressée. « Je suis Elara. L'Alpha m'a demandé de t'apporter ceci. »
Léna la regarda, surprise par sa gentillesse. Elara avait des cheveux bruns foncés attachés en une tresse simple, et ses yeux brillaient d'une certaine compassion, chose rare ici, pensa Léna. Elle posa le plateau sur le bureau avant de se tourner vers elle.
« Tu as faim ? » demanda-t-elle avec un sourire chaleureux.
Léna hocha la tête, encore désorientée par cette hospitalité inattendue. « Oui... merci. »
Elara s'assit sur le bord du lit, observant Léna avec curiosité. « Alors, tu es la fille de l'Alpha de Silvermoon, c'est bien ça ? »
Léna déglutit, incertaine de la réponse à donner. Mais elle savait que mentir ne servirait à rien ici. « Oui... enfin, je l'étais. Ma meute a été trahie. »
Elara hocha la tête, son regard se faisant plus compatissant. « J'ai entendu des rumeurs. Les traîtres, c'est toujours une tragédie. »
Le silence qui suivit fut lourd de sens. Léna n'avait pas encore eu l'occasion de pleurer la perte de son père, et chaque mention de sa trahison était comme une lame enfoncée dans son cœur. Mais elle savait qu'elle devait rester forte. Pleurer n'était pas une option ici.
« Qu'est-ce que l'Alpha attend de moi ? » demanda-t-elle, rompant le silence.
Elara haussa les épaules. « Ça dépend de lui. Mais ici, tout le monde a un rôle. Peu importe qui tu étais avant, tu dois prouver ta valeur maintenant. »
Léna prit une profonde inspiration. Elle avait déjà tout perdu. Elle était prête à se battre pour survivre, mais elle craignait ce que cette « valeur » pourrait signifier dans une meute comme Dark River.
« Viens, » dit Elara en se levant. « Rhogar t'attend pour te montrer tes tâches. »
Rhogar l'attendait effectivement à l'extérieur de ses quartiers. Son expression était toujours aussi impassible, mais Léna sentait une tension sous-jacente chez lui.
« Suis-moi, » ordonna-t-il d'une voix dure.
Ils descendirent plusieurs escaliers jusqu'à atteindre une vaste cour intérieure. Là, des membres de la meute s'entraînaient, des lycans aux muscles saillants se battant avec une férocité qui faisait frémir Léna. Elle n'avait jamais vu un tel déploiement de force. Chez elle, les entraînements étaient plus discrets, plus techniques. Ici, tout semblait brut, sauvage.
Rhogar l'amena près d'une série d'armes alignées contre un mur. Des épées, des haches, et même des armes plus primitives comme des lances.
« Ton rôle ici sera d'assister les combattants, » expliqua-t-il. « Tu t'occuperas de l'entretien des armes et de l'équipement. »
Léna fronça les sourcils. « C'est tout ? »
Rhogar sourit, mais ce sourire n'avait rien de rassurant. « Pour l'instant. Mais crois-moi, ce n'est que le début. »
Elle acquiesça, ne sachant pas quoi répondre. Elle s'attendait à pire, mais la froideur dans la voix de Rhogar lui fit comprendre que cette tâche n'était qu'un test. Un simple aperçu de ce que la vie à Dark River lui réservait.
Elle se dirigea vers les armes, prenant une épée rouillée et l'examinant sous la lumière. La lame était émoussée, presque inutilisable. Elle se mit à la tâche en silence, nettoyant et aiguisant les armes sous le regard attentif de Rhogar. Mais elle savait qu'il y avait plus en jeu que ces simples lames.
Son destin à Dark River n'était pas scellé. Tout dépendait de ce qu'elle ferait ensuite, de la manière dont elle prouverait sa valeur aux yeux de l'Alpha. Et, surtout, de sa capacité à survivre dans cette meute impitoyable.
Le froid du matin se faisait ressentir plus durement que d'habitude dans la cour de Dark River. Léna frottait ses mains, couvertes de petites coupures, contre ses cuisses pour tenter de les réchauffer. La fatigue de la veille pesait encore sur ses muscles, mais elle n'avait pas le luxe de se plaindre. La journée ne faisait que commencer, et elle avait déjà une pile d'armes à entretenir.