Miranda fixait son écran, le cœur battant à tout rompre. Ses doigts tremblaient encore sur le clavier alors qu'elle venait de presser la touche « Envoyer ». Un frisson glacé remonta le long de sa colonne vertébrale. Un mauvais pressentiment lui noua l'estomac. Elle rouvrit immédiatement la conversation, s'attendant à voir le nom familier de son complice, mais son sang se glaça en découvrant celui qui s'affichait à la place. **L'Alpha.**
- Non... non, non, non... murmura-t-elle en secouant la tête, comme si elle pouvait nier l'évidence.
Elle sentit une vague de panique l'envahir alors que ses yeux parcouraient le message qu'elle venait d'envoyer. Son plan, détaillé, organisé avec soin, chaque étape pensée pour renverser l'Alpha... Elle venait de lui livrer sur un plateau d'argent la preuve de sa trahison. Une erreur. Un simple clic. Et toute sa vie venait de basculer dans le chaos.
Ses mains se crispèrent sur son téléphone, et elle sentit la panique grimper en flèche. **Il fallait qu'elle agisse, vite.** Elle bondit sur ses pieds, sa respiration saccadée. Peut-être que l'Alpha n'avait pas encore vu le message. Peut-être qu'elle pouvait trouver un moyen d'accéder à son appareil, d'effacer la conversation avant qu'il ne la lise.
Elle attrapa sa veste en cuir, fourra quelques affaires dans un sac et se précipita hors de sa chambre. Chaque pas résonnait dans le couloir désert, et son cœur battait à un rythme affolé. Lorsqu'elle atteignit la grande salle, elle aperçut plusieurs guerriers massés près de l'entrée, murmurant entre eux, l'air grave.
Son souffle se coupa. **Ils savent.**
L'un d'eux leva les yeux vers elle. Son regard d'ordinaire amical se fit dur, presque hostile. Miranda sentit la sueur perler sur sa nuque. Son instinct lui hurlait de courir, mais elle savait que le moindre faux pas pouvait sceller son sort.
Elle s'avança prudemment, tentant de garder une apparence calme malgré le tremblement dans ses jambes.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-elle, feignant l'innocence.
Un guerrier s'approcha. Tobias. Un vétéran loyal à l'Alpha.
- L'Alpha veut te voir. Immédiatement.
Sa voix était sèche, dénuée de toute émotion. Miranda sentit son estomac se tordre. **Il savait.**
Elle hocha la tête, affichant une expression neutre, et le suivit en direction de la salle du trône. Mais à chaque pas, son esprit hurlait. **Je suis fichue.**
Derrière la grande porte sculptée, l'atmosphère était lourde. L'Alpha était là, debout devant son siège, un téléphone à la main. Son regard d'un or brûlant était braqué sur elle, et dans ces prunelles scintillait une colère froide, une menace sourde qui fit trembler Miranda jusqu'à la moelle.
- Approche.
Sa voix, calme et impitoyable, résonna dans la pièce. Miranda obéit, chaque muscle tendu à l'extrême.
Il leva son téléphone et lut lentement :
- *"Plan d'exécution pour renverser l'Alpha. Objectif : neutraliser les chefs de meute et s'emparer du territoire."*
Chaque mot tomba comme un couperet.
- Tu peux m'expliquer ça, Miranda ?
Elle ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Son cerveau tournait à toute vitesse, cherchant désespérément un mensonge, une excuse, une échappatoire.
- C'est... une erreur, balbutia-t-elle finalement.
Un ricanement mauvais s'échappa des lèvres de l'Alpha.
- Une erreur ?
Il fit un pas vers elle, son aura écrasante envahissant tout l'espace.
- Tu crois que je vais gober ça ?
Miranda serra les poings.
- Je n'ai jamais voulu vous trahir...
Il abattit son poing sur l'accoudoir du trône, faisant trembler toute la pièce.
- *Assez !*
Son hurlement résonna, et Miranda sentit le sol se dérober sous ses pieds.
- J'ai été patient avec toi, Miranda. Je t'ai offert une place parmi nous. Je t'ai donné ma confiance. Et toi...
Son regard flamboya.
- Toi, tu m'as trahi.
Un silence pesant tomba.
- Tu sais ce que ça signifie ?
Le ton de sa voix était glacial. Miranda avala difficilement sa salive. Elle savait. La trahison contre l'Alpha ne laissait qu'une seule issue : la mort.
- Emmenez-la.
Tobias et deux autres guerriers s'avancèrent pour l'attraper.
Son instinct prit le dessus. Elle recula brusquement, son cœur battant à tout rompre.
- Non !
D'un mouvement fluide, elle esquiva la première main qui tenta de l'agripper et, d'un coup de pied bien placé, envoya son agresseur au sol. L'effet de surprise lui donna un instant d'avance. Elle pivota sur elle-même et se rua vers la sortie.
- Attrapez-la !
Les cris fusèrent derrière elle, mais Miranda n'avait qu'un seul objectif : **s'enfuir.**
Elle bondit à travers les couloirs de la meute, son souffle court, son cœur tambourinant dans sa poitrine. Derrière elle, elle entendait les pas des guerriers à sa poursuite. **Ils ne me laisseront pas partir.**
Elle savait que si elle était prise, elle ne reverrait jamais le soleil se lever.
La forêt. C'était sa seule chance.
Miranda dévala les escaliers en trombe et s'élança à travers la cour. Des ombres bougeaient déjà autour d'elle. Ils essayaient de l'encercler.
Elle accéléra, sentant l'adrénaline lui donner des ailes.
Un guerrier surgit devant elle, mais elle plongea sous son bras, roulant sur le sol avant de se relever d'un bond.
**Plus vite, plus vite !**
Elle atteignit enfin la lisière de la forêt et s'y engouffra sans hésiter. Les branches fouettaient son visage, ses poumons brûlaient, mais elle ne ralentit pas.
Derrière elle, les hurlements de loups résonnèrent.
Ils se transformaient.
Miranda redoubla d'effort, sachant qu'une fois sous leur forme lupine, ils seraient bien plus rapides qu'elle.
Son esprit hurlait. **Si je tombe, je suis morte.**
Elle sauta par-dessus une rivière, atterrit maladroitement, manqua de glisser, mais continua.
Les hurlements se rapprochaient.
Elle savait qu'elle n'avait que quelques minutes d'avance, tout au plus. Mais dans l'ombre de la forêt, une lueur d'espoir brilla dans son esprit.
Elle n'avait peut-être plus de meute.
Mais elle n'était pas encore morte.
Et elle comptait bien se battre jusqu'au bout.Le froid mordait sa peau tandis que Miranda avançait à travers la forêt, le souffle court, les jambes en feu. La fuite l'avait vidée de ses forces, mais elle n'avait pas le luxe de ralentir. Les hurlements des loups s'étaient estompés derrière elle, mais elle savait que ce n'était qu'un répit. **Ils la cherchaient toujours.**
Ses pieds nus s'enfonçaient dans la boue, ses vêtements déchirés collaient à sa peau trempée de sueur. L'adrénaline la maintenait debout, mais elle sentait son corps réclamer du repos. Elle s'appuya un instant contre un arbre, essayant de calmer sa respiration.
Un craquement retentit non loin d'elle. Son cœur manqua un battement.
Elle se redressa d'un coup, prête à fuir, mais au lieu des yeux brillants d'un loup traqueur, elle aperçut une cabane en bois à moitié cachée par les feuillages. La bâtisse semblait abandonnée, ses planches rongées par le temps, la fumée absente de la cheminée. Pourtant, c'était un abri. Un endroit où elle pourrait souffler, ne serait-ce que quelques heures.
Elle s'approcha prudemment, posant la main sur la vieille porte qui grinça en s'ouvrant. L'odeur de bois humide et de cendres froides lui emplit les narines.
- Qui va là ?
La voix rocailleuse la fit sursauter. Un vieillard aux longs cheveux gris se tenait dans l'ombre, un fusil entre les mains, le regard perçant braqué sur elle.
Miranda leva les mains en signe de paix.
- Je ne veux pas de problèmes... Je cherche juste un endroit pour me reposer.
L'homme la détailla un instant, ses yeux parcourant ses blessures et son état misérable.
- Une louve en fuite, hein ?
Il abaissa légèrement son arme, mais son regard resta méfiant.
- T'es poursuivie ?
Elle hésita, puis hocha la tête.
- Ils vont me tuer.
Le vieil homme poussa un soupir, puis fit un geste vers l'intérieur.
- Entre, mais si tu m'attires des ennuis, je te fous dehors.
Miranda ne se fit pas prier. Elle entra et s'effondra près du foyer vide.
- Merci...
Le vieil homme s'approcha lentement, s'agenouillant près d'elle.
- Comment t'appelles-tu ?
- Miranda.
- Moi, c'est Ezechiel.
Il l'observa encore un moment avant d'attraper une couverture qu'il lui tendit sans un mot. Elle l'attrapa et l'enroula autour de ses épaules, sentant pour la première fois depuis des heures une vague de chaleur réconfortante.
Mais la réalité la rattrapa aussitôt. **Son petit ami.**
Son cœur se serra. **Que lui faisaient-ils en ce moment ?**
***
Dans le sous-sol glacé du domaine de l'Alpha, le sang tâchait déjà le sol.
Il haletait, ses poignets attachés par des chaînes, son torse couvert de plaies encore fraîches. Chaque respiration était une torture, chaque mouvement un supplice. Mais il ne céderait pas.
Un coup brutal s'abattit sur sa mâchoire, lui arrachant un râle de douleur.
- Où est-elle ?
La voix de Tobias était impitoyable.
Le prisonnier redressa lentement la tête, son regard défiant malgré la souffrance.
- Allez au diable.
Tobias serra les dents avant de lui envoyer un autre coup de poing, plus violent encore.
- Tu crois que tu vas la protéger éternellement ? L'Alpha la retrouvera. Et toi, tu ne seras plus qu'un cadavre quand elle reviendra.
Un ricanement rauque s'échappa des lèvres du prisonnier.
- Alors... il va devoir chercher longtemps.
Tobias soupira, puis recula.
- Très bien. On a tout notre temps.
Il fit signe à un autre guerrier, qui s'avança, un couteau en main.
Le prisonnier ferma les yeux.
Il ne parlerait pas. **Jamais.**
***
Miranda se réveilla en sursaut, un cri coincé dans sa gorge.
Son corps était couvert de sueur, et son cœur tambourinait contre sa poitrine. L'angoisse lui serra les tripes alors qu'elle revoyait le visage de son amoureux, ensanglanté, brisé.
Elle se redressa brusquement, cherchant son souffle.
Ezechiel la regardait depuis l'ombre, les bras croisés.
- Mauvais rêve ?
Elle passa une main tremblante sur son visage.
- Quelque chose ne va pas, murmura-t-elle.
Ezechiel l'observa un moment avant de soupirer.
- Tu es liée à lui, pas vrai ?
Elle leva les yeux vers lui, surprise.
Il hocha la tête.
- Je l'ai vu dans ton regard quand t'es arrivée ici. Ce genre de lien... ça ne se brise pas facilement.
Elle serra la mâchoire, les larmes menaçant de couler.
- Ils vont le tuer.
Ezechiel resta silencieux, puis alla fouiller dans une vieille malle.
- Si tu veux aller le sauver, t'as intérêt à être prête.
Il sortit une dague argentée et la lui tendit.
Miranda l'attrapa, le regard brûlant de détermination.
Elle ne le laisserait pas mourir.
***
À plusieurs kilomètres de là, l'Alpha se tenait sur le balcon de son domaine, observant la forêt sous la lumière de la lune.
Ses chasseurs d'élite étaient déjà en route.
Miranda pouvait courir, se cacher, lutter autant qu'elle voulait.
Elle ne lui échapperait pas. Miranda sentait encore le poids de la dague d'Ezechiel contre sa cuisse lorsqu'elle s'enfonça dans la forêt. Chaque pas était un défi. Son corps hurlait de fatigue, mais son esprit refusait d'abandonner. Elle n'avait pas le droit.
L'Alpha la pourchassait. Son petit ami souffrait entre ses griffes.
Et elle était seule.
Ou presque.
Ezechiel lui avait parlé d'une meute rebelle, un groupe de loups bannis, traqués, mais qui refusaient de plier sous la domination impitoyable de l'Alpha. Ils vivaient en marge, cachés, des ombres insaisissables.
Si quelqu'un pouvait l'aider, c'était eux.
Le vieil homme lui avait donné des indications vagues, comme s'il hésitait à la jeter dans la gueule du loup. Mais elle n'avait pas le choix. Elle devait les trouver. Et les convaincre.
Elle marcha des heures, le vent froid fouettant sa peau, avant de sentir un changement dans l'air.
Un frisson lui parcourut l'échine. Elle n'était plus seule.
D'un geste rapide, elle posa la main sur sa dague.
- Ce n'est pas nécessaire.
La voix surgit des ombres, calme mais tranchante comme une lame.
Miranda se tendit. Deux silhouettes émergèrent des arbres, puis trois autres. Des loups en chair et en os, vêtus de cuir sombre, les regards perçants. L'un d'eux, un homme grand, au visage marqué par une cicatrice traversant sa joue, s'avança.
- Une louve égarée... et traquée, ajouta-t-il en humant l'air.
Miranda serra la mâchoire.
- Je cherche votre chef.
Le loup ricana.
- Tu l'as trouvé.
Un mélange de soulagement et d'appréhension se mêla en elle.
- Je veux une alliance.
Un silence tomba. Puis, il rit. Un rire rauque, moqueur.
- Tu es sérieuse ?
Miranda sentit la colère grimper en elle.
- J'ai des informations. Un plan. Je sais comment renverser l'Alpha.
Le regard du chef s'assombrit.
- Et pourquoi je t'écouterais ?
Elle avança d'un pas, le fixant droit dans les yeux.
- Parce que nous avons un ennemi commun.
Les loups autour d'eux échangèrent des regards. Mais le chef secoua lentement la tête.
- Tu ne comprends rien, gamine.
Il s'approcha, si près qu'elle sentit son souffle sur son visage.
- On ne renverse pas l'Alpha. On survit.
Il tourna les talons.
- Repars d'où tu viens avant qu'il ne soit trop tard.
Un mur. Il lui opposait un mur.
Elle sentit l'impuissance lui serrer la gorge.
- Attendez ! Vous ne pouvez pas juste... fuir !
Il s'arrêta mais ne se retourna pas.
- C'est exactement ce qu'on peut faire.
Puis il disparut dans l'ombre des arbres, suivi de ses guerriers.
Miranda resta figée, tremblante de frustration.
Il l'abandonnait.
***
- Il ne t'aidera pas.
Miranda sursauta.
Une femme aux cheveux courts et aux yeux sombres s'adossait à un arbre, les bras croisés.
- C'est une cause perdue.
La voix de la guerrière était dure, mais il y avait quelque chose dans son regard.
- Toi, tu n'es pas d'accord, murmura Miranda.
Lena la fixa un instant, puis haussa les épaules.
- L'Alpha est un monstre. Beaucoup d'entre nous veulent sa chute. Mais personne n'ose le dire à voix haute.
Miranda s'accrocha à cet espoir.
- Alors aide-moi.
Lena soupira, jetant un regard furtif autour d'elle.
- Si je fais ça, je risque gros.
Miranda la fixa, suppliant presque.
- Tu ne veux pas être libre ?
Lena ferma les yeux une seconde. Puis elle expira lentement.
- Retrouve-moi ici demain soir.
Elle disparut aussi vite qu'elle était apparue, laissant Miranda seule dans la nuit.
Le pacte était scellé.
Et avec lui, le début d'une guerre.Miranda serra les dents en enfonçant la pointe de la dague dans l'écorce. La nuit était tombée depuis longtemps, et le vent froid soufflait à travers la forêt, portant avec lui le parfum de la terre humide et du danger qui rôdait. Lena l'attendait quelques mètres plus loin, les bras croisés, l'air méfiante.
- T'es sûre de ton coup ? murmura-t-elle.
Miranda ne répondit pas tout de suite. Son cœur battait vite, mais elle n'avait pas le choix.
- Il doit savoir que je suis en vie, chuchota-t-elle finalement.
Sous ses doigts, elle traça les dernières lettres du message. Il était simple. Juste un code, caché dans une marque sur un tronc, un symbole qu'il reconnaîtrait instantanément.
Un souvenir d'eux, de leurs jeux d'enfants.
Avant que tout ne bascule.
Elle recula, observant son œuvre. Un œil non averti n'y verrait que des griffures laissées par un loup de passage. Mais lui... lui comprendrait.
Lena s'approcha, plissant les yeux.
- Et comment tu comptes faire passer ça jusqu'à lui ?
Miranda inspira profondément.
- Les gardes patrouillent souvent ici. L'un d'eux le verra, et tôt ou tard, l'info circulera.
Lena secoua la tête.
- C'est risqué.
- Tout l'est, répondit Miranda en rangeant sa dague.
Elles échangèrent un regard. Puis Lena hocha la tête, résignée.
- Alors il faut qu'on s'éloigne avant qu'on nous repère.
Miranda acquiesça et s'éloigna du tronc, jetant un dernier regard à la marque gravée dans l'écorce.
Elle pria silencieusement pour qu'il la voie.
***
Le froid s'infiltrait sous sa peau, mordant ses os comme des crocs acérés. Ses poignets, enchaînés au-dessus de sa tête, lui arrachaient des élancements de douleur chaque fois qu'il bougeait.
Son souffle était court. Chaque inspiration était une brûlure, chaque mouvement un supplice. Mais il ne plierait pas.
Il ne plierait jamais.
Les pas lourds de Tobias résonnèrent sur la pierre du cachot.
- Tu es plus résistant que je ne le pensais.
Le prisonnier ne répondit pas. Ses lèvres fendues formaient un rictus silencieux, un défi muet.
Tobias s'accroupit devant lui, posant un coude sur son genou.
- Tu sais que c'est inutile, n'est-ce pas ?
Un silence.
- Elle est seule, traquée. Elle ne tiendra pas longtemps.
Il baissa légèrement la tête, son regard perçant fouillant celui du captif.
- Alors, pourquoi souffrir pour rien ?
Le prisonnier rit doucement, un son rauque et brisé par la douleur.
- Parce que ça vous emmerde.
Tobias lui décocha un coup de poing qui lui fit cracher du sang.
Mais il riait toujours.
Puis, soudain, son regard se figea.
Derrière Tobias, à travers les barreaux de la fenêtre, il aperçut quelque chose.
Un symbole gravé dans l'écorce d'un arbre.
Son cœur rata un battement.
Un message.
**Elle est en vie.**
Il sentit une vague de chaleur le traverser, balayant la douleur, la peur, le désespoir.
Elle était en vie.
Et elle n'abandonnerait pas.
***
L'Alpha scrutait la nuit depuis son balcon, son regard d'or froid braqué sur l'obscurité.
- Quelque chose ne va pas.
Sa voix n'était qu'un murmure, mais Tobias, derrière lui, l'entendit clairement.
- Nous avons renforcé la garde, mon Alpha. Il ne peut pas s'échapper.
- Non... mais elle peut essayer de le contacter.
L'Alpha se tourna lentement vers son bras droit, un sourire glacé aux lèvres.
- Je veux des hommes partout. Chaque arbre, chaque ombre, chaque bruissement doit être surveillé.
Tobias hocha la tête avant de disparaître dans l'obscurité.
L'Alpha resta seul, le regard perçant toujours la nuit.
**Je t'aurai, Miranda.**
***
Les buissons frémirent à sa gauche.
Miranda se figea, le cœur battant.
Un craquement. Puis un souffle, trop proche.
Son sang se glaça.
**Ils sont là.**
D'un mouvement fluide, elle agrippa le bras de Lena et la tira en arrière, plongeant derrière un tronc couché.
- Merde, souffla Lena.
Les ombres se mouvaient entre les arbres, silencieuses, dangereuses.
L'Alpha avait renforcé ses hommes.
Et elles venaient de tomber dans un piège.
Miranda échangea un regard avec Lena. Elles n'avaient qu'une seule issue : courir.
Sans un mot, elles bondirent en avant, fendant la forêt à toute vitesse.
Des cris retentirent derrière elles.
- Là !
Le sol défilait sous ses pieds, les branches griffaient sa peau, mais elle ne ralentit pas.
Un sifflement fendit l'air.
Une flèche.
Elle plongea, sentant l'arme frôler son épaule avant de se ficher dans l'écorce d'un arbre.
Lena jura.
- Ils nous encerclent !
Miranda ne répondit pas. Elle savait.
Mais elle n'avait pas l'intention de mourir ce soir.
Son regard balaya l'obscurité. Puis elle le vit.
Une crevasse, juste à quelques mètres.
Sans réfléchir, elle attrapa le bras de Lena et l'entraîna vers le bord.
- T'es folle ?!
- Fais-moi confiance !
Les voix des chasseurs se rapprochaient.
Un.
Deux.
Trois.
Elles sautèrent.
Le vide les engloutit.
Miranda sentit l'air siffler à ses oreilles avant que l'eau glaciale ne l'engloutisse.L'eau glaciale l'engloutit comme un linceul, coupant son souffle d'un coup sec. Miranda ouvrit les yeux sous la surface, luttant contre le choc thermique qui engourdissait ses membres. Son corps sombra un instant, emporté par le courant puissant, puis son instinct reprit le dessus. Elle donna un coup de pied, perçant la surface avec une inspiration haletante. À côté d'elle, Lena refaisait surface aussi, toussant et jurant à mi-voix.
Au-dessus d'elles, les chasseurs s'étaient arrêtés au bord de la crevasse, scrutant l'eau trouble en contrebas.
- Elles sont mortes, grogna l'un d'eux.
- On doit en être sûrs, répliqua un autre.
Miranda ne leur laissa pas l'occasion. Elle attrapa le poignet de Lena et l'entraîna en aval, se laissant porter par le courant avant que leurs poursuivants ne descendent les chercher.
Le froid mordait sa peau, mais ce n'était rien comparé au souvenir brûlant qui venait de resurgir dans son esprit.
Un autre plan d'eau, plus paisible. Une clairière baignée de lumière.
Un rire.
Et un garçon aux yeux sombres.
***
C'était il y a des années. Miranda avait à peine dix-sept ans. À cette époque, elle n'était qu'une louve parmi tant d'autres dans la meute, une fille obéissante qui suivait les règles sans les questionner. Jusqu'à lui.
Il était arrivé un jour, un étranger, un oméga rejeté par sa propre meute, recueilli par l'Alpha par simple pitié. Les omégas n'avaient aucun statut, aucun droit. Ils devaient courber l'échine, accepter leur sort.
Mais lui... il refusait de se soumettre.
Miranda s'était approchée de lui par curiosité d'abord. Il ne parlait à personne, passait ses journées à l'orée de la forêt, comme s'il rêvait de s'enfuir.
- Pourquoi tu ne pars pas, alors ? lui avait-elle demandé un jour.
Il avait levé les yeux vers elle, surpris par sa franchise.
- Parce que je n'ai nulle part où aller.
Elle s'était assise à côté de lui, sans réfléchir.
- Alors reste ici, mais ne baisse jamais la tête.
Il avait souri, et elle avait su, à cet instant, que quelque chose en elle venait de changer.
Les semaines avaient passé. Leur amitié s'était transformée en quelque chose de plus fort, de plus brûlant. Mais c'était un amour interdit.
Une bêta comme elle n'avait pas le droit d'aimer un oméga.
Quand l'Alpha l'avait découvert, la punition avait été immédiate.
Ils avaient fouetté son dos sous les yeux de toute la meute, pour lui rappeler sa place.
Elle aurait dû se détourner, l'oublier.
Mais elle n'avait jamais été aussi sûre de ce qu'elle voulait.
Et c'est à cet instant qu'elle avait commencé à planifier leur fuite.
***
Le souvenir la frappa si fort qu'elle en oublia presque où elle était.
Elle s'accrocha à une racine, haletante, alors que Lena se hissa hors de l'eau à ses côtés.
- On doit bouger, chuchota cette dernière.
Miranda hocha la tête, chassant ses souvenirs. Pas maintenant.
Elles s'enfoncèrent dans la forêt, profitant de l'obscurité pour se cacher.
Elles devaient rejoindre Ezechiel.
***
Quand elles arrivèrent à la cabane, un silence pesant les accueillit.
Miranda sentit aussitôt que quelque chose clochait.
- Reste derrière-moi, murmura Lena.
Elles avancèrent prudemment. La porte était entrouverte, la bougie à l'intérieur vacillante.
Et une odeur de sang flottait dans l'air.
Miranda sentit son cœur se serrer.
Elle entra en premier.
Le corps gisait là, au centre de la pièce.
Son complice.
Celui qui l'avait aidée à concevoir le plan pour sauver son amour.
Son ami.
Elle lâcha un hoquet étranglé en tombant à genoux à côté de lui. Son torse était couvert de plaies profondes, son visage figé dans une expression de douleur et de défi.
Lena jura entre ses dents.
- Ils nous ont trouvées.
Miranda posa une main tremblante sur la poitrine inerte de son ami.
Il était mort pour elle.
Son souffle se bloqua.
Un ricanement rauque s'éleva dans l'ombre.
- C'est ça, la guerre, gamine.
Ezechiel était là, adossé à un mur, les bras croisés.
Son visage buriné par les années semblait encore plus dur sous la lumière tremblotante.
Miranda se releva, tremblante de rage et de douleur.
- Tu savais qu'ils viendraient ?
Ezechiel haussa les épaules.
- L'Alpha ne laisse rien au hasard.
Lena s'avança, le regard noir.
- Tu aurais pu nous prévenir.
- Vous n'auriez pas écouté.
Un silence.
Puis Ezechiel poussa un long soupir et s'approcha de Miranda.
- Écoute-moi bien, gamine. Je ne t'aide pas parce que je crois en ton combat. Je t'aide parce que tu es différente.
Elle releva les yeux vers lui, encore aveuglée par la douleur.
- Différente comment ?
Il s'accroupit devant elle, plongeant son regard perçant dans le sien.
- Tu n'es pas une simple louve.
Le silence s'épaissit.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
Ezechiel effleura une de ses mèches trempées.
- Ton sang, Miranda. Il n'est pas comme le nôtre.
Un frisson lui parcourut l'échine.
- Explique-toi.
Il hésita. Puis il murmura :
- Tu es la descendante d'une lignée oubliée. Une lignée qui pourrait changer le destin de cette meute.
Elle sentit son souffle se bloquer.
Ezechiel lui attrapa le poignet, le serrant légèrement.
- C'est pour ça que l'Alpha te veut morte.
Le monde bascula autour d'elle.
Rien de ce qu'elle croyait être vrai ne l'était vraiment.
Et si elle voulait survivre...
Elle devait découvrir la vérité.La nuit était froide et pesante. L'air sentait la terre humide et le sang séché. Miranda n'avait pas dormi. Elle n'en était plus capable.
Ezechiel lui avait jeté la vérité en pleine face, et maintenant, tout son monde s'effondrait.
Son sang était différent.
Elle n'était pas une simple louve.
Mais alors... qu'était-elle ?
Elle fixait ses mains tremblantes, cherchant un signe, un indice. Pourtant, sa peau était la même, ses ongles étaient courts et sales, et son souffle saccadé d'épuisement.
- Si tu restes figée comme ça, tu vas geler sur place.
Lena venait de s'asseoir en face d'elle, un bout de viande séchée entre les doigts. Ses cheveux courts étaient encore mouillés de leur fuite dans la rivière.
Miranda leva les yeux vers elle, hésitante.
- Et si Ezechiel disait vrai ?
Lena haussa un sourcil.
- Il dit souvent de la merde, mais cette fois... il avait l'air sérieux.
Elle mordit dans la viande, mâchant lentement avant de reprendre :
- T'as jamais ressenti quelque chose de... bizarre en toi ?
Miranda ouvrit la bouche pour dire non, puis s'arrêta.
Un souvenir lui revint en mémoire.
Elle devait avoir dix ans. Un jour d'orage. Une dispute avec un autre enfant de la meute. Il l'avait poussée, et elle s'était mise en colère.
Elle ne savait plus exactement ce qui s'était passé ensuite, mais elle se souvenait de la peur dans les yeux du garçon, du vent qui s'était levé autour d'elle, et des ombres qui avaient semblé danser sur le sol.
Son père l'avait attrapée par le bras, serré si fort qu'il lui avait fait mal, et lui avait ordonné d'oublier.
Elle n'en avait plus jamais parlé.
Miranda se frotta les tempes, frustrée.
- Ça n'a aucun sens.
Lena haussa les épaules.
- Alors prouve que c'est faux.
Elle se redressa et balança une dague à Miranda, qui l'attrapa au vol, surprise.
- Lève-toi.
- Quoi ?
Lena sourit, un sourire carnassier.
- On va voir si ton « sang spécial » change quelque chose à un vrai combat.
***
La lame sifflait à chaque attaque.
Miranda parait, esquivait, mais Lena était rapide, trop rapide. Elle sentit une brûlure sur son bras alors qu'une coupure fine y apparaissait.
- Concentre-toi, grogna Lena.
Miranda recula, haletante.
- J'essaie !
Lena tourna autour d'elle comme un prédateur.
- Ce n'est pas suffisant. Si un chasseur de l'Alpha te trouve, il ne te laissera pas le temps de réfléchir.
Elle attaqua encore, plus vite. Miranda tenta d'éviter, mais la botte de Lena la percuta dans l'estomac, l'envoyant rouler dans la terre.
Elle toussa, cracha la poussière.
- Encore, ordonna Lena.
Miranda se redressa, furieuse.
Elle attaqua cette fois, sans réfléchir. Sa dague fusa, rapide, mais Lena la dévia sans effort.
Un coup dans ses côtes, puis un autre.
Miranda s'effondra à genoux, à bout de souffle.
- Putain...
Lena s'accroupit devant elle.
- Tu dois arrêter d'avoir peur de ce qui sommeille en toi.
Miranda releva la tête.
- Et si je ne sais pas quoi c'est ?
Lena haussa un sourcil.
- Alors trouve-le. Avant qu'un autre ne le fasse à ta place.
***
L'attaque arriva plus tôt que prévu.
La nuit était avancée. Miranda et Lena dormaient près du feu mourant.
Un craquement dans les bois.
Un souffle.
Miranda ouvrit les yeux, trop tard.
Une main brutale se referma sur sa gorge et la souleva du sol.
Son hurlement mourut dans sa gorge alors qu'elle suffoquait.
Un chasseur.
Ses yeux dorés brillaient dans l'obscurité, son visage était froid, impassible.
- Enfin, murmura-t-il.
Il serra sa prise. Miranda tenta de se débattre, mais il était trop fort.
Lena bondit sur lui, lame en main. Il la repoussa d'un simple mouvement du bras, l'envoyant s'écraser contre un arbre.
Miranda suffoquait.
Des points noirs dansaient devant ses yeux.
Pas comme ça.
Elle refusa.
Elle sentit quelque chose au fond d'elle. Un frisson glacé, une énergie sombre, brute.
Elle ferma les yeux.
Et lâcha prise.
La nuit sembla vibrer.
Une onde invisible traversa l'air.
Le chasseur la lâcha brusquement, reculant comme s'il avait reçu un choc électrique.
Il vacilla.
Miranda ouvrit les yeux.
L'ombre autour d'elle avait changé.
L'homme tituba, portant une main tremblante à son front.
- Qu'est-ce que...
Sa voix se perdit alors qu'il s'effondrait, inconscient.
Le silence retomba, épais, suffocant.
Lena, encore sonnée, releva lentement la tête.
Son regard alla du chasseur à Miranda.
Elle plissa les yeux.
- Qu'est-ce que tu viens de faire ?
Miranda n'avait pas de réponse.
Mais une chose était sûre.
Le loup endormi en elle venait de s'éveiller.La fumée piquait les yeux de Miranda alors qu'elle courait à travers la forêt en flammes. Chaque respiration lui brûlait la gorge, mais elle ne pouvait pas s'arrêter.
Derrière elle, des cris résonnaient, le fracas des branches brisées, les grognements des chasseurs lancés à sa poursuite.
Et Lena.
Elle s'était arrêtée, lame en main, pour leur faire face.
- Cours, avait-elle ordonné.
Miranda avait hésité.
- Je ne peux pas te laisser-
- Cours, putain !
Et Miranda avait obéi.
Ses jambes étaient lourdes, son cœur battait si fort qu'il menaçait d'exploser. Elle jeta un dernier regard en arrière.
Lena se tenait là, droite, un sourire tordu sur les lèvres, prête à affronter la mort.
Puis Miranda tourna la tête et disparut dans la nuit.
***
Elle ne savait pas combien de temps elle avait couru.
Quand elle s'arrêta enfin, son corps entier tremblait.
Elle s'écroula contre un arbre, le front en sueur.
Lena était morte.
Elle le savait, elle le sentait au fond d'elle.
Et c'était de sa faute.
Un sanglot lui échappa, mais elle le ravala aussitôt. Elle n'avait pas le droit de pleurer. Pas maintenant.
Elle leva les yeux vers le ciel.
Elle devait continuer.
L'Alpha tenait son petit ami en otage, et maintenant qu'il savait qu'elle était encore en vie, il allait l'utiliser comme appât.
Elle devait entrer dans la meute.
Et elle devait le faire sans être reconnue.
***
L'entrée du territoire était surveillée, comme elle s'y attendait. Des gardes patrouillaient le long de la frontière, flairant l'air à la recherche de tout intrus.
Miranda s'était couverte de boue et de cendres pour masquer son odeur. Elle avait volé des vêtements à un voyageur, une simple tunique sombre et un pantalon élimé.
Elle était une oméga en fuite. Une inconnue.
Elle n'était plus Miranda.
Elle attendit le bon moment, puis s'avança vers la frontière, titubant comme si elle était blessée.
Les gardes se retournèrent aussitôt.
- Arrête-toi là !
Elle s'effondra sur les genoux, haletante.
- Pitié... souffla-t-elle.
Les gardes échangèrent un regard.
- Qui es-tu ?
Elle baissa la tête, feignant l'épuisement.
- Une exilée... J'ai fui ma meute il y a des semaines. Ils m'ont traquée... Je n'ai plus nulle part où aller.
Elle trembla volontairement.
Un des gardes s'accroupit devant elle, reniflant l'air.
- T'es à moitié morte.
Elle hocha faiblement la tête.
- Laissez-moi entrer... Je ferai n'importe quoi...
Ils hésitèrent.
Puis l'un d'eux haussa les épaules.
- L'Alpha aime les survivants. Viens.
Elle se força à ne pas montrer son soulagement.
Elle avait réussi.
Elle était à l'intérieur.
***
La meute n'avait pas changé.
Les mêmes cabanes de bois, les mêmes feux de camp crépitants, les mêmes regards froids et méfiants.
Mais il y avait une tension nouvelle dans l'air.
Miranda le sentit dès qu'elle passa la porte du camp.
Quelque chose n'allait pas.
Elle se fit discrète, longeant les ombres. Il fallait qu'elle trouve des informations, qu'elle sache où était retenu son petit ami.
Puis elle entendit un murmure.
- L'Alpha va parler.