L'air frais du matin purifie l'air présent dans mes poumons. J'inspire de grandes goulées d'air et m'enfonce dans les bois appartenant à ma famille depuis des générations. Le sol est meuble, mes pattes s'enfoncent dans le sol et retournent la terre. Tous les sons environnants parviennent à mes oreilles, le chant des oiseaux, le bruissement des ailes des différents insectes, le clapotis de la rivière qui parcoure les bois à environ un kilomètre de ma position.
Je fonce dans les bois, sautant par-dessus les souches d'arbres morts qui étaient présents sur mon passage, évitant à toute vitesse les quelques cerfs et biches faisant leur tour de la forêt. Une odeur étrange m'oblige à me stopper dans ma course. Droite. Son odeur provient de la droite.
Prudemment, je me dirige alors le plus discrètement possible vers elle afin d'identifier l'individu qui a osé pénétrer sur notre territoire. Le vent étant dans mon sens, il ne peut pas repérer pas ma présence.
Alors que je m'approche, un loup noir me barre la route. Ses yeux sont vairons, l'un vert émeraude et l'autre doré comme une ambre. Hypnotisée quelques secondes par ce regard, je me reprends et me mets en position défensive. Il est sur mon territoire, je dois donc découvrir ce qu'il fait là et le dégager.
Lorsqu'il commence à s'approcher de moi, je recule de quelques pas et grogne sur lui, lui indiquant que s'il avance encore, j'attaque. Il se stoppe, puis me fixe. Son regard s'éclaire, puis il se met à avancer vers moi. Je grogne à nouveau en signe d'avertissement, il prend une longue inspiration et gonfle son corps pour tenter de m'impressionner. Dommage pour lui, mon père est l'un des Alphas les plus redoutés du continent. Je lui saute dessus, gueule grande ouverte et alors que mes crocs sont sur le point de se refermer sur sa gorge, il s'écarte vivement et grogne à son tour. Je réitère alors mon attaque qui ne rate pas cette fois. Il s'allonge au sol à contre cœur, en signe de soumission. Alors qu'un sentiment de fierté se fait sentir, une voix lourde de reproches résonne dans ma tête.
- Emilie, lâche-le tout de suite !
Le doute et l'incompréhension me font douter, je regarde alors le loup noir curieusement puis diminue légèrement la pression de mes dents sur sa gorge.
- Pourquoi le ferais-je ? Il est sur notre territoire, sans permission.
- Il n'en a pas besoin. C'est un Alpha.
Surprise, je le lâche immédiatement tandis qu'il se relève. Un Alpha... Je viens d'agresser un Alpha ! Lorsqu'il me regarde de nouveau, la peur et la méfiance s'insinuent vicieusement en moi et mon cœur se met à battre la chamade. Je ne dois pas me laisser impressionner. Je serai une Alpha à mon tour dans les années à venir, alors ce n'est certainement pas un jeune Alpha qui va m'impressionner !
- Il n'a peut-être pas besoin d'autorisation, mais la politesse veut que l'on prévienne avant de venir.
Le rire de mon père résonne dans ma tête, puis sa présence quitte mon esprit. Je reprends contenance, m'assois et toise l'Alpha, qui me regarde de façon curieuse. Mon père nous rejoint en forme de loup quelques minutes plus tard, en compagnie de ma mère. L'énorme loup gris et blanc qu'est mon père s'approche du loup noir tandis qu'une magnifique louve au pelage sablé me fait signe de la rejoindre. J'ai hérité à mon plus grand bonheur du poil couleur sable de ma mère, avec quelques taches blanches de celui de mon père. Ma mère m'emmène plus loin le temps que les deux Alphas discutent et m'indique un sac de vêtements. Je me métamorphose en humaine et monte sur le dos de ma mère, puis nous rentrons tous les quatres dans le modeste manoir qu'est notre demeure familiale.
Sous-bois, 9h34.
Mes pattes foulaient le sol mou que m'offrait les sous-bois. Je courais, l'ivresse de liberté me poussant à aller encore plus vite, à faire ce que je voulais. Je zigzaguais à travers les arbres, sautais par-dessus les troncs morts allongés sur la terre, montrant ma puissance et l'air me fouettant le museau.
Dans cet air, il y avait l'odeur des sous-bois. La mousse, la terre, les feuilles, les arbres, les fleurs, le cerf qui broutait l'herbe grasse, l'écureuil qui grignotait une noisette, l'oiseau qui rapportait de la nourriture à ses oisillons. Une odeur me fit stopper net. Je relevai le museau, et reniflai avidement. Une odeur étrangère était présente.
Je me dirigeai vers la gauche et galopai rapidement, pour voir qui avait osé s'introduire sur notre territoire, le territoire de mon père. Mon ouïe développée me permettait de tout entendre, l'animal en question buvait dans un ruisseau. J'accélérai l'allure. Des buissons me bloquaient le chemin pour atteindre le ruisseau où buvait l'étranger qui avait osé s'introduire ici. Je les franchis en sautant par dessus. Un loup magnifique se trouvait là. C'était lui, l'intrus. Son pelage noir était lisse et brillant, ses yeux verts ressemblaient à des joyaux. Il était grand, imposant. Cependant, il était sur le territoire de la meute de mon père, et il n'avait rien à faire là.
Je poussai un grognement, lui faisant comprendre qu'il n'avait rien à faire là et qu'il devait partir, quand il leva sa grosse tête vers moi. Ses oreilles se plaquèrent sur son crâne et il grogna à son tour, gonflant son corps pour paraître menaçant. Il l'était, mais il ne m'impressionnait pas. Je fis de même, et grognai encore plus fort, montrant mes crocs. Il s'énerva et bondit par-dessus le ruisseau. Je m'écartai sur ma droite alors qu'il retomba à l'endroit où je me trouvais précédemment. Je me mis en position d'attaque, et bondis à mon tour, gueule grande ouverte. Il ne vit pas le coup venir, mes dents se refermèrent sur sa gorge et un gémissement s'échappa de celle-ci. Ne préférant pas lutter, le loup se coucha sur le sol, mes dents toujours refermées au cas où il s'agirait d'un piège.
- Emilie, lâche-le, m'ordonna mon père.
- Il est sur notre territoire ! grognai-je par la pensée.
- C'est un Alpha. Relâche-le ! m'apprit mon père.
Un Alpha ? Qu'est-ce qu'il faisait ici ? Je lâchai prise et me reculai rapidement, honteuse. Le loup noir se releva, et me fixa pendant un instant qui me paru extrêmement long. Un loup gris tout aussi imposant arriva par ma gauche, mon père, Peter Lemon.
Il me fixa de son regard bleu gris, et comprenant l'ordre, je me métamorphosai en humaine. J'étais repliée sur moi-même, en position fœtus lorsqu'un tissu recouvrit mon corps dénudé et j'ouvris les yeux. Ma mère était là, me regardant tendrement. J'attrapai la main qu'elle me tendait, et elle me releva. Je la remerciai du regard et rejetai mon attention sur les deux Alphas présents devant moi, sous leur forme de loup. Ils me regardaient. Mon père de mécontentement, et l'autre me regardait d'une façon que je ne parvenais pas à déchiffrer.
J'haussai un sourcil en sa direction bien que je n'avais pas le droit de faire cela puisque ça pouvait être considéré comme un geste irrespectueux, et ma mère tira doucement sur mon bras avant se transformer en une magnifique louve argentée avec quelques nuances crèmes et rousses. Elle s'allongea et m'invita à grimper sur son dos.
- Je ne vais pas monter sur toi alors que je suis nue ! Surtout devant un inconnu !
- Il y a des vêtements au pied des buissons, indiqua-t-elle.
Je regardai les buissons en question, et y remarquai une pile de vêtements. Je les enfilai tout en veillant à ne pas perdre le drap, quand un grognement se fit entendre. Le loup noir. Il commença à s'approcher quand mon père se plaça devant lui, se dressant de toute sa hauteur. Je me dépêchai d'enfiler le sweat-shirt, le jean et la paire de bottes et grimpai sur le dos de ma mère. Mon père nous regarda avant que ma mère ne fila à toute allure jusqu'à notre manoir.
- Fais attention Emilie. Cet Alpha en a après toi..., m'informa mon père.
Manoir des Lemon, 10h06.
"Cet Alpha en a après toi..." Les paroles de mon père se répétaient sans cesse dans ma tête. Que voulait-il dire par là ? Enfin, en avoir après moi, se faire sauter à la gorge ne devait pas être très plaisant. Surtout pour un Alpha. Ceci dit, il n'avait pas à être sur le territoire.
- Emilie, ton père va bientôt arriver avec l'autre Alpha. Pourrais-tu aller t'occuper des enfants pour leur faire cours ? me demanda-t-elle, bien que son ton laissait deviner qu'il s'agissant d'un ordre.
- Oui maman, obéis-je.
Mon regard quittait la fenêtre pour tomber sur celui de ma mère. Son regard ambré me surprenait à chaque fois, non pas par sa couleur inhabituelle, mais pour sa facilité à lire en une personne, comme si tout ce qu'elle pensait était affiché rien que pour elle. Elle avait le don de toujours deviner ce que je voulais faire, lorsque je mentais ou lui cachais quelque chose. C'était très frustrant. Mais il n'y avait pas que son regard qui me surprenait non. Sa beauté saisissante également. De longs cheveux blonds tombaient en cascade dans son dos et sur ses épaules, sa peau était bronzée juste comme il faut, il n'y avait pas de contraste avec sa blondeur. Elle était grande et fine, elle pourrait devenir mannequin tant elle est belle.
Il fallait l'avouer, ma mère ressemblait à un ange. Elle avait le physique et le caractère de cet être parfait. Elle était ma référence, mon modèle.
Maintenant je devais remplir mon devoir de fille d'Alpha, même si j'étais la fille du loup le plus puissant de la meute, je devais participer à son organisation. Avant ma naissance, ma mère se chargeait de donner des cours aux enfants loups, on leur apprenait à contrôler ses émotions, on leur expliquait également comment se passerait leur première transformation, l'âge à laquelle elle se ferait et comment se comporter sous sa forme de louve. On leur donnait également des cours sur notre histoire. Après ma naissance, ma mère m'avait élevé jusqu'à mes dix ans, ma première transformation. En général, elle se déroulait à l'âge de quinze ans mais étant une fille d'Alpha, j'échappais à la règle. Étant donné que ma mère devait reprendre son devoir d'épouse d'Alpha à plein temps soit accompagnée mon père lors de ses nombreux conseils, la femme du second de mon père, Gabriella, se chargeait de m'apprendre les règles de vie dans le haut rang. Elle était vraiment très gentille avec moi, mais j'étais de nature très capricieuse et voulais ma maman, ce qui m'avais valu la première réprimande de mes deux parents. Après ça, j'écoutais et obéissais à Gabriella.
Depuis mes dix huit ans, je devais transmettre mon savoir aux plus jeunes, les loups de quatre à neuf ans. À partir de l'âge de dix ans, l'éducation devait être prise en charge par les parents. Les petits étaient très sympas avec moi, et me respectaient, à la plus grande surprise de mes parents. Je ne suivais pas les cours traditionnels, je préférais m'amuser. Je me transformais en loup à des moments, sous leur demande et grâce à la télépathie je les faisais étudier l'anatomie d'un loup, ainsi que ses capacités. Les petits montaient sur mon dos, et je galopais doucement autour des autres tout en leur enseignant ce que j'avais appris. C'était un véritable plaisir d'être avec eux.
Je sortis par l'arrière de la maison, saluant ma mère au passage, et me dirigeai vers la colline qui était à quelques mètres de chez moi. De son sommet, on pouvait apercevoir mon manoir, ainsi que quelques maisons des loups de la meute. Je me mis à marcher d'un pas énergique vers la colline, joyeuse de rejoindre mes petits loups. Sur le chemin, le chant des oiseaux était une musique agréable à mes oreilles, le temps était ensoleillé. Il faisait bon pour une fin d'été. J'arrivai à la colline, et aucun des élèves n'étaient là. Je les appelai en imitant un jappement, un signal qu'ils devaient faire si ils ne me trouvaient pas, mais aucun ne me répondit. Je tournais sur moi-même, inspectant chaque endroit, commençant à paniquer. Un craquement de brindille m'extirpa de ma recherche, suivi de petites voix énervées et une qui protestait. Les filous.