POV Steeven
En débarquant du jet de mon père je suis déjà nostalgique de mes petites vacances. Dans quelques heures, je devrais reprendre mon rôle dans la société et ma prochaine soirée entre potes risque de ne pas être pour tout de suite. Mais c'était le deal, l'accord qu'on avait lui et moi en sortant de la fac. Deux mois de vacances sans aucune surveillance avant de passer une année dans la boîte afin d'apprendre les ficelles du métier sur le terrain. Ensuite, du moins normalement, je serais sensé pouvoir faire mon choix sans me soucier de l'avis de ma famille, enfin jusqu'à ce que mon père trouve une nouvelle combine pour me garder à l'œil.
Je n'ai pas envie de rentrer, pas maintenant, pas encore. Mes potes n'ont visiblement pas plus envie que moi de reprendre leurs responsabilités.
- Si on allait profiter de cette dernière soirée de liberté, dit Vivien mon meilleur ami depuis que je suis gosse.
Lui aussi est le fils d'un important PDG et tout comme moi, il est né dans l'unique but de faire perdurer son nom. Les trois autres nous rejoignent rapidement, aucun de nous n'est vraiment libre alors de temps à autre, on s'échappe pour une fiesta de malade, avant de replonger dans l'enfer de nos familles respectives.
- Je suis partant, répond Aurélien en venant nous attraper par les épaules. Quelques verres, de belles nanas, de la bonne musique, rien de tel avant de retrouver nos chers parents.
Je souris alors que j'étais sûr qu'il serait le premier à se porter volontaire. Je le connais suffisamment pour savoir qu'il est à deux doigts de craquer. Son père lui colle une pression de malade et malgré tout les efforts qu'il fournit il n'est jamais à la hauteur de ces exigences.
Les autres acquiescent, aucun de nous ne veut rentrer.
- Alors allons y, dis-je en me dirigeant vers la voiture qui nous attend déjà.
Nous montons tous à l'arrière sans même nous soucier duquel de nos chauffeurs il s'agit. Qu'importe, il doit bien se douter que pour nous la nuit est loin d'être finie et tant qu'on est pas couché, lui non plus. Il nous conduit à travers la ville. On connaît déjà tout les bars branchés mais ce soir j'ai envie d'un peu de nouveauté. Alors que le chauffeur ralentit, je tape dans la vitre qui nous sépare et il retrouve son allure initiale.
- Une envie soudaine, me dit Vivien.
- Plutôt un besoin de changement.
Je regarde à travers la fenêtre et après quelques centaines de mètres une enseigne attire mon attention. Ça n'est pas mon quartier de prédilection c'est vrai mais après tout, pourquoi pas. Je tape une nouvelle fois dans la vitre pour faire signe au chauffeur de s'arrêter.
- Sérieux, dit Aurélien, t'as pas mieux avant qu'on retourne au bagne ?
- C'est un bar donc il y a de l'alcool et forcément des filles c'est ce que tu voulais, dis-je en lui faisant un clin d'œil.
- Vaudrait mieux que ça en vaille la peine.
Il proteste mais il va me suivre comme toujours. C'est un peu comme si j'étais le leader de notre groupe de fils de riches à problèmes. Des jeunes de notre âge sont devant l'entrée, ils semblent surpris par notre arrivée ce qui ne m'étonne pas tant que ça. Notre petit groupe descend du véhicule et comme nous avons l'habitude de le faire, je passe devant la fille d'attente en sortant une grosse coupure.
Le videur me regarde de façon un peu étrange mais si la vie m'a bien appris quelque chose c'est que le fric ouvre toute les portes encore plus dans ce genre d'endroit. Il nous laisse entrer et aussitôt je sens la ferveur de la salle. Il y a sûrement un artiste particulier où une prestation quelconque qui pousse cette masse à se déchaîner.
Nous avons du mal à nous frayer un chemin jusqu'au bar mais nous finissons par y arriver. C'est très différent des lieux que je fréquente, en général, le champagne coule à flot et les serveuses sont bien moins vêtu.
L'une d'elle, derrière le comptoir s'approche de nous avant de nous accorder son attention.
- Qu'est ce que je vous sert?
- Je suppose qu'il n'y a pas de champagne, demande Vivien.
- Sérieux magnez vous, ça va bientôt commencer.
Je ne sais pas de quoi elle parle mais au vu de l'agitation je me dis qu'il y a bien un événement de prévu pour la soirée.
- Vodka, dis-je en sortant un billet, laissez la bouteille.
Elle observe le billet que je lui donne comme si ça pouvait être un faux et fini par repartir avant de revenir quelques minutes plus tard avec une bouteille et cinq verres qu'elle dépose devant nous.
Je nous sers tout les cinq avant de me tourner vers la salle en essayant de distinguer quelque chose sans y parvenir. Il y a beaucoup trop de monde mais le silence se fait dès qu'une voix s'élève en résonnant dans les enceintes du bar.
- Merci d'être venu aussi nombreux. Comme vous le savez c'est la dernière étape avant la finale qui aura lieu la semaine prochaine ici même. Vous savez comment faire, vous avez les cartes en mains pour envoyer les meilleurs en finale alors à vos votes et que le show commence.
Une salve d'applaudissements s'élève ainsi que des sifflets et des encouragements. Je me lève pour voir ce qui attire tant de personnes alors que la musique se met en route.
La foule est dense mais j'arrive à me frayer un chemin et découvre alors des danseurs qui semblent s'affronter. Les encouragements fusent de toutes part poussant les participants à se donner à fond. J'ai déjà vu des pros mais ça, c'est complètement différent. C'est presque comme si ils étaient en parfaite harmonie avec la musique, chaque geste, chaque mouvement est réalisé à la perfection, sûrement répété des centaines de fois pour en arriver à un tel résultat.
Les couples dansent aux grès des accords, c'est sensuel, charnel, on dirait presque une étreinte, une sorte de préliminaire avant le sexe. Je ne parviens pas à détacher mon regard de ces corps qui ondulent.
Lorsque la chanson prend fin, les applaudissements retentissent, largement mérité, les deux couples saluent les spectateurs et s'éclipsent pour en laisser deux autres prendre leur place. Aussitôt, l'une des danseuse attire mon regard. Ces yeux sont presque aussi noir que sa longue chevelure qu'elle a attachée en une haute queue de cheval. Il y a quelque chose qui se dégage d'elle, quelque chose qui la fait sortir du lot pour la rendre captivante.
Elle s'étire rapidement en fermant les yeux. J'imagine qu'elle doit se chercher à se concentrer alors que son partenaire, lui, semble sûr de lui, un peu trop d'après moi, ce qui lui donne un aire prétentieux. Elle regarde le sol un instant et la musique repart. Dès les premières notes, je reconnais la chanson. Elle se met en action, bougeant, ondulant chaque partie de son corps dans une chorégraphie millimétré dans laquelle son binôme est presque de trop.
Sa présence, sa prestance, écrase tout les autres participant. C'est comme si elle dansait depuis qu'elle née, comme si elle avait ça dans le sang et putain, elle est vraiment douée. Je vide mon verre d'une traite sans la lâcher du regard. Je ne sais pas qui est cette fille mais elle est clairement d'un tout autre niveau.
En la voyant se coller à ce mec, je regrette presque de ne pas être à sa place et sursaute en sentant la main de Vivien sur mon épaule. Je suis tellement absorbé par le spectacle que j'en ai oublié la présence de mes amis durant quelques minutes.
- Je comprends ce qui te retient loin de tes potes, dit-il en s'approchant de mon oreille pour que je puisse l'entendre. Si cette nana est aussi bonne au lit que sur une piste de danse, je me porte volontaire tout de suite.
Je ne lui réponds pas, mais l'image de son corps élancé entièrement nue s'impose à moi. Elle est vraiment belle tout en ayant un petit côté sauvage qu'il me plairait de dompter. Il reste près de moi jusqu'à la fin de la chanson et cette fois, j'applaudie à mon tour avant de rejoindre mes potes au bar. Je suis certain que cette fille va gagner, aucun doute là dessus au vue de sa performance.
- Alors mon pote, qu'est ce que tu foutais, me demande Aurélien.
- Il matait une des danseuse, répond Vivien en souriant avant de nous resservir un verre. Et comme toujours, il a bon goût, ajoute t-il avant de boire une gorgée, sauf que celle là est plus habillée que les nanas qu'il lève en générale.
Je soupire en souriant. Je ne peux pas lui en vouloir, c'est vrai que les dernières qui sont passées dans mon lit n'y sont pas arrivées pour leur intelligence. J'avoue que c'est plus facile comme ça, pas d'attache, pas de risque d'embrouille où de chantage pour me soutirer une quelconque somme de frics contre une photo compromettante.
- Je plaide coupable, dis-je en levant mon verre.
Ils me connaissent suffisamment pour qu'aucun ne soit surprit et nous continuons à boire alors que la musique reprend. La serveuse à l'aire plus intriguée par la piste de danse que par ces clients au comptoir, ce que me fait remarquer Aurélien sans la moindre gêne.
- Franchement, pour notre dernière soirée, on aurait du aller au César, au moins là bas, les serveuses s'occupent de leurs clients et les fauteuils sont confortables.
- C'est surtout les danseuses à poil qui te plaisent là bas, dis-je en riant.
- Que veux tu, je suis un homme faible, dit-il théâtralement.
On éclate tous de rire, même si ça n'est que pour quelques heures, là, maintenant, on ressemble à tout les jeunes de notre âge, avec peut-être un peu plus de classe quand même quand je vois comment les autres sont habillés ici. Deux autres chansons défilent sans que je ne m'y intéresse, je suis sûr qu'elle a passé les premières sélections haut la main, et je compte bien suivre le deuxième round de cette compétition.
Finalement, alors que la première partie se termine, la serveuse reprend du service et revient vers nous en constatant que notre bouteille est vide.
- Je vous sers autre chose?
- Une autre bouteille, dit Vivien en lui tendant un billet.
Elle s'éloigne avant de revenir avec notre bouteille mais avant qu'elle ne parte, je l'attrape par le bras pour la retenir une seconde. Aussitôt, elle dégage son bras, craignant sûrement que je cherche à la draguer où un truc du genre.
- Désolé, dis-je en levant les mains pour m'excuser. Je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise.
- Ouais, c'est bon, dit-elle en me lançant un regard noir.
- Est ce que vous connaissez les danseurs qui sont là ce soir?
- La majorité ouais, c'est des habitués de ce genre de concours, pourquoi?
- Il y a une danseuse qui sort du lot, dis-je alors qu'elle se met à sourire en croisant ces bras sous sa poitrine.
- Lâches l'affaire, dit-elle amusée avant même que je ne puisse terminer ma phrase. Tu perds ton temps, elle s'intéressera jamais à un mec comme toi.
- Un mec comme moi?
- Laisses moi deviner. T'es un fils à papa, plein aux as et qui pense qu'il peut tout avoir en sortant quelques billets? Toutes les nanas tombent à tes pieds et tu passes de l'une à l'autre sans même te rappeler leur prénom? Cette fille que tu as vue, elle est ton exact opposé. Elle se fou du fric que tu peux avoir. La seule chose qui compte pour elle, c'est la danse.
- Je ne t'ai même pas dis de qu'elle danseuse je parlais.
- Pas besoin, à chaque fois qu'elle danse c'est la même chose. Un mec vient me poser des questions sur elle, bien sûr, aucun ne m'écoute et tous essaye avant de se faire jeter. Je te le redis, t'es hors compétition alors gagnes du temps et passes à la suivante.
Je n'aime pas vraiment la manière qu'elle a de me juger mais j'avoue que je ne me souviens pas du prénom de la dernière nana que j'ai baisé et franchement, je ne pense même pas lui avoir demandé.
- OK, félicitation pour tes talents de profiler, néanmoins, comme tu l'as dis, je vais quand même essayer, comme tout les autres. Alors vu que tu la connais, tu me dire comment elle s'appelle.
- Tu le seras bientôt, le boss va annoncer les résultats, tu peux être sûr qu'elle est sélectionnée pour la demie finale.
Elle me regarde en souriant de manière presque moqueuse et finit par rendre le billet à Vivien avant de me dire,
- Un petit cadeau perso, tu pourras au moins noyer ton chagrin dans l'alcool quand elle t'aura jeté.
Aurélien me tape dans le dos en éclatant de rire.
- Alors celle là, on te l'avait encore jamais faites, avoue.
Il a raison, je la trouve bien arrogante mais si elle me lance un défit, je le relèverais. Alors que Vivien ouvre la bouteille, la voix résonne à nouveau dans les enceintes.
- Vous avez votés et nous avons donc les quatre couples qui vont s'affronter pour la demie finale. Celui qui a recueillit le plus de votes, Léna et Matt, ensuite Carole et Julien, puis Rebecca et Kevin et enfin, Léonie et Mick. Vous savez tous comment faire, c'est vos votes qui enverront les meilleurs en final. Allez, place au show.
Une nouvelle salve d'applaudissements s'élève alors que la serveuse décroche complètement. Je prends mon verre et retourne au centre de cette salle, je veux la voir, la revoir danser, bouger, onduler toute en sensualité. Et elle est là, avec son partenaire. Ils se parlent à voix basse et malgré ce qu'elle dégage quand elle danse, là, elle semble très froide, presque détachée. Elle n'a pas un seul regard pour le public, la serveuse à raison, elle vit pour danser, ça se voit, ça se sent. On dirait presque qu'elle est dans une bulle qui la coupe du reste de la salle juste avant que la musique se lance.
Alors je la retrouve, elle se transforme, devient cette créature magnifique, attrayante, sensuelle, quasi sexuelle. Encore une fois, la musique est suave, incitant aux rapprochements et même si il est loin d'être à sa hauteur, elle fait en sorte que tout soit fluide, chaque mouvement, chaque geste. L'autre couple même si ils sont probablement doués, n'a aucune chance. Car autour de moi, les autres aussi ne peuvent détacher leurs regards d'elle, de ce qu'elle dégage.
Jamais encore je n'avais vue ça. On sent qu'elle est passionnée, qu'elle aime ce qu'elle fait, qu'elle s'abandonne même et dieu sait que ça lui réussit. C'est dingue ce qu'il se passe quand elle bouge, je sens ma respiration s'accélérer, mon cœur battre plus vite. Je ne vois qu'elle et rien qu'elle. Elle prend toute la place dans ce bar, c'est comme si elle aspirait tout l'oxygène juste pour pouvoir briller un peu plus.
Les accords défilent sans qu'ils n'aient vraiment de sens, je crois qu'elle pourrait bien danser sur n'importe quoi tant qu'elle continue de bouger ça n'a pas d'importance. Et d'ailleurs, quand la musique s'achève, je réalise que je suis loin d'être le seul à penser ça quand j'entends la foule en réclamer une autre, en demander encore.
Une bouffée de chaleur s'empare de moi alors que je vide mon verre. Je ne la connais pas, mais je vais remédier à ça et rapidement. Dés qu'elle quitte la scène, je la suis du regard avant de me faufiler au travers de la foule pour essayer de la rattraper. Il me faut bien cinq bonnes minutes pour réussir à arriver à une zone un peu à l'écart où elle est assise en buvant une bouteille d'eau alors que son partenaire est affalé un sourire niais étalé sur son visage.
- J'étais sûr qu'on serait qualifié, dit-il en s'essuyant le front.
- Tu rigoles j'espère, dit-elle en refermant sa bouteille. T'as de la chance que ça soit un concours à deux. Je passe mon temps à devoir me mettre à ton niveau. Tu fais aucun effort, dit-elle fermement.
- J'ai pas besoin d'en faire plus ma jolie. Tu sais comme moi qu'ils ne sont pas là pour me regarder moi, ils sont là pour ton jolie petit cul, alors continue de le bouger et fais nous gagner le gros lot.
- T'as intérêt d'en profiter, c'est la dernière fois qu'on bosse ensemble.
- Si tu veux, de toute façon, personne n'est jamais assez bien pour toi. Personne ne danse comme tu le veux.
Elle soupire en s'inclinant un peu plus dans son fauteuil. Même comme ça elle est belle, bien plus que la majeure partie des chiennes que j'ai ramené dans mon lit. Elle ne répond pas mais après quelques secondes, elle tourne la tête vers moi en ouvrant les yeux.
- Putain, pas maintenant, dit-elle en soupirant une nouvelle fois.
Elle ne se redresse pas, reste dans cette position presque lascive sans quitter mon regard. Je me sens bouger pour avancer jusqu'à elle. Ces yeux sont magnifiques, je crois que je n'en n'ai jamais vu d'aussi noir que ça et en même temps, malgré cette teinte, il y a cette étincelle, celle d'une lionne qui n'a besoin de personne pour avancer.
- Salut, dis-je plus vite que je ne le voudrais.
Elle me regarde de la tête au pieds et soupire à nouveau avant de me répondre.
- C'est pas personnel mais ça ne m'intéresse pas. Je suis là pour bosser, rien d'autre. C'est très flatteur mais je passe.
J'avais raison, une vrai lionne dans le corps d'une déesse. Je souris sans pouvoir me retenir, cette nana a vraiment un truc en plus.
- Je m'appelle Steeven, dis-je en lui tendant une main qu'elle regarde étrangement l'espace d'une minute avant de la serrer.
- Steeven donc, je te le redis, ça ne m'intéresse pas. Y a des tas de nanas dans la boîte, vas en trouver une autre. Je ne fais que danser, je ne cherche ni mec ni coup d'un soir.
- Je suis pas sûr que les autres soient aussi intéressantes que toi.
- Sérieux, ça marche vraiment ce genre de truc dans ton monde?
- Je t'ai regardé danser, tu es très douée, bien plus que ton partenaire.
Il tique en m'entendant dire ça et se redresse alors qu'elle tend son bras pour lui faire comprendre de ne pas relever. Donc elle le contrôle, tout comme elle mène la danse quand la musique guide ces pas.
- Tu perds ton temps et le mien par la même occasion. Retournes voir tes potes, trouvez vous des nanas où aller en acheter mais fou moi la paix, dit-elle en se levant.
- Désolé, je ne voulais pas te déranger, c'est juste que quand je t'ai vue danser, en fait, c'est la première fois que je vois quelqu'un danser comme toi.
Elle se tourne vers moi et incline légèrement la tête avant de me répondre.
- ça me surprends pas vraiment, généralement, les filles ont moins de fringues et plus tu glisses de billets, moins elles en portent, c'est ça?
J'avoue que sur le coup, je ne sais pas vraiment quoi lui répondre. Bien sûr que c'est vrai, mais ça ne change rien, j'aime sa manière de bouger et jamais je n'ai vue ça avant ce soir, pas même quand mes parents me traînaient à des ballets où je devais lutter pour ne pas m'endormir.
- C'est pas faux, néanmoins, j'ai vue des pros et plus d'une fois et je sais ce que je dis. Ta manière de danser, de bouger, c'est comme si la musique faisait partie de toi.
Elle plisse les yeux, méfiante, pourtant, je ne fais que lui dire la vérité.
- Dans ce cas, tu ferais mieux de retourner tes voir tes pros, j'ai autre chose à faire que de t'écouter parler et je suppose que tes potes t'attendent. Vas les retrouver.
- Je vais y aller, je voulais juste te dire à quel point tu as du talent et connaître ton prénom.
- Pourquoi?
- Pourquoi pas?
- Et j'ai une tête à m'appeler comment?
- Léna. Tu as une tête à t'appeler Léna.
Elle sourit rapidement avant de lever les mains vers le ciel.
- Gagné, dit-elle en repartant.
Elle ne me laissera pas la moindre chance de l'approcher, du moins pas maintenant, pas aussi vite et pourtant, je ne compte pas baisser les bras. Elle à quelque chose de plus, un petit truc qui me pousse à vouloir en savoir plus sur elle, beaucoup plus. Je retourne auprès de mes amis avec un sourire con sur les lèvres. C'est suffisant pour que la serveuse soit surprise. Elle croit quoi? Que je suis le genre de mec à abandonner face au premier obstacle? Au contraire, elle ne fait que m'ouvrir l'appétit.
- Alors il était pas si magistrale ce râteaux, me dit Aurélien visiblement bien éméché.
- Disons qu'elle est un défit que j'aimerais bien relever, dis-je en me servant un autre verre.
Il n'y aura pas d'autre danse ce soir, je ne la reverrais pas danser, mais je sais déjà que la semaine prochaine, elle sera là et moi aussi, je serais là, rien que pour la voir bouger, rien que pour ressentir encore une fois ce frisson qui ne veut pas me quitter. Je vide mon verre d'une traite et durant le reste de la soirée, je suis avec eux tout en ne faisant que penser à elle, tout en la revoyant onduler, en la voyant dégager cette énergie qui semble m'hypnotiser.
Les résultats sont annoncés un peu plus tard, sans surprise, elle est en finale. Je souris en entendant son prénom. Quelques minutes plus tard, elle s'installe au bar à l'opposé de moi. La serveuse va aussitôt la voir avec un verre déjà prêt. Visiblement elle a ces petites habitudes ici, c'est une habituée. Elle sirote son verre, tranquillement, jusqu'à ce qu'un homme ne l'approche. Il est bien plus âgé et de ce que je vois, elle ne semble pas le connaître. Elle soupire comme elle l'a fait avec moi et fait un signe de tête à la serveuse qui comprend aussitôt le message.
Il insiste, je le vois alors qu'elle le repousse, une fois, deux, fois, trois fois. La quatrième, elle se lève, furieuse et balance son verre à la face de ce mec. Je ne sais pas ce qu'il lui a dit mais ça ne semble pas lui avoir plut et je dois dire que je la trouve encore plus belle comme ça, quand elle se défend, quand elle s'impose et qu'elle ne courbe pas l'échine face à un homme visiblement plus fort qu'elle.
- Casses toi rejoindre ta femme, dit-elle à voix suffisamment haute pour que je puisse l'entendre. Où je te jure que je t'arrache les couilles et je les plante sur le comptoir, continue t-elle en sortant un couteau papillon de la poche de son jean et en le plantant avec force sur le dit comptoir.
- T'es qu'une pauvre salope, dit-il en lui crachant presque ces mots au visage. T'allumes, t'allumes, mais t'assumes pas.
Alors je la vois, cette étincelle, celle d'une lionne sur le point d'attaquer, prête à déchiqueter sa proie qui n'a plus aucune échappatoire. Ce regard me fait trembler. Putain mais qui est cette fille?
- Une salope, dit-elle avec une voix qui me fait frémir. Vraiment? C'est ce que tu penses? Mais toi espèce d'enfoiré, qu'est ce que tu es? T'as une femme, des gosses et pourtant, t'es là, à draguer lourdement une nana qui pourrait être ta fille uniquement parce que tu l'as vue danser? T'es qu'un taré, qu'à un putain de problème pour garder sa queue dans son froc. Un pervers qui s'imagine qu'une fille comme moi pourrait s'intéresser à un vieux comme toi.
Remballes ta queue et tes insultes, rentres retrouver cette sainte qui a eu la pitié de bien vouloir partager sa vie avec toi et remercie là de pouvoir te supporter, dit-elle en retirant son couteau du comptoir. Maintenant barres toi avant que je décide de passer à l'étape supérieur.
Il hésite, à son regard, je vois qu'il panique, qu'il se demande si ça en vaux vraiment le coup et finalement, il part en jurant si bas que je ne comprends rien à ce qu'il dit. Mais elle sourit en relevant son verre pour faire signe à la serveuse de la servir à nouveau. Je termine le mien et m'en sers un autre avant de me diriger vers elle.
- Abandonnes, dit-elle en soupirant. Sérieux j'ai pas envie de remettre ça.
- T'inquiètes, je compte pas te faire chier, vois en moi un garde du corps. Tu n'as pas besoin de me parler, juste de me payer à boire, tout les autres hommes penseront que je suis ton mec et donc ils ne t'approcheront pas. C'est gagnant gagnant, tu as la paix et moi je continue de boire.
- Je dois aussi fournir tes potes? dit-elle en tendant le doigt vers mes amis.
- Pas le moins du monde, le deal ne concerne que toi et moi. Je bois et tu es tranquille.
Elle ne compte pas accepter, je le sais, mais elle regarde autours d'elle et voit le nombre de mecs prêt à tenter leur chances. Elle soupire longuement avant de vider son verre et d'en recommander un autre.
- OK, mais ça ira pas plus loin, autant que tu te le foutes dans le crâne tout de suite. Y aura rien entre toi et moi.
- Je te propose un deal, je te demande pas de devenir ma femme tu sais, bien qu'à mon avis ça ferait bondir mon père et rien que pour voir sa tête, je dois dire que je pourrais payer une fortune.
- Le fric, dit-elle, toujours le fric.
- J'avoue, je fais partie de ceux qui ont eu leur première carte en or avant de savoir marcher. Mais si tu connaissais mon père, tu comprendrais ce que je voulais dire.
- On est pas obligé de parler, dit-elle en plongeant son regard dans son verre.
- Je sais, mais vue que tu as clairement dit que tu ne me ramènerais pas chez toi malgré mon corps de rêve, autant parler, ça serait dommage de seulement boire, c'est toujours plus agréable quand on le fait avec un ami.
- On est pas des amis.
- Forcément, on ne se connait pas. C'est pour ça qu'on doit parler, pour apprendre à nous connaître avant de devenir amis.
Elle me regarde et se met à sourire avant de terminer son verre.
- T'es bizarre comme mec.
- C'est ce qui fait mon charme en générale mais ça semble ne pas du tout fonctionner sur toi.
- ça me permets de supporter ta présence c'est déjà pas mal, si tu me connaissais, tu comprendrais ce que je veux dire.
La serveuse revient, mais cette fois, elle laisse la bouteille avant de glisser un regard sur moi qui n'a rien d'amicale. Je ne sais pas quelles relations elles ont, mais elles sont forcément proches. Elle se sert un autre verre qu'elle prend le temps d'observer. Elle passe son doigt sur le bord de son verre comme si elle le caressait en soupirant.
- Il vaudrait mieux que tu partes, dit-elle en serrant son verre entre ces doigts.
- Pourquoi?
- Parce que t'es assez futé pour me laisser y croire tout en sachant que ça n'est qu'un mensonge et que je ne peux pas me permettre de me laisser aller à un plan cul en ce moment. J'ai une finale à préparer, un autre travaille qui me fait vivre et plein d'autres choses auxquelles je dois penser là maintenant. Alors pars? Rends moi service même si tu ne penses probablement qu'à ton désir personnel. Casses toi. Retrouves tes potes, va baiser la première que tu trouves et remontes dans la limousine qui t'attends certainement devant. Pars. N'essayes pas. Laisses moi.
Je me tourne vers elle, elle n'a plus rien à voir avec celle qui dansait il y a encore quelques minutes. Elle semble perdue, comme si elle tenait en équilibre sur un fil et qu'un simple coup de vent pouvait la faire tomber à tout instant.
- Je ne ferais rien, dis-je avant même d'y penser. Sauf revenir la semaine prochaine pour te voir danser et te servir de garde du corps si tu le souhaites. Mais je ne ferais rien. Rien de plus que ce que je fais là, maintenant, c'est à dire, boire un verre avec toit tout en discutant de tout et de rien.
- Y a pas de danseur chez les bourges?
Je souris en l'entendant dire ça. Après tout, je ne peux pas lui en vouloir de ne voir que ça en moi. C'est ce que je représente. Le fils d'un riche qui ne fait que profiter de son pognon.
- Y a des danseurs chez les bourges mais aucun qui danse comme toi.
- Et toi, tu danses?
Moi? Oui, parfois, mais pas comme elle, pas comme tout ceux que j'ai pu voir ce soir. Je ne suis qu'un petit danseur du samedi soir.
- Pas vraiment, dis-je en soupirant. Parfois ça m'arrive mais comparé à ce que j'ai vu, je ne dirais pas que je danse.
- La danse, ça n'est pas apprendre des pas par cœur, c'est une harmonie avec la musique. Un sentiment étrange qui fait que durant quelques minutes, plus rien ne compte, que tu es seul au monde et qu'importe si une bombe venait à exploser, tu sais au fond de toi que tu fais ce que tu as envie de faire. Juste ce pourquoi tu es fait.
Même si elle a but, les mots qu'elle prononce sont pleins de sens, je comprends ce qu'elle veut dire, je comprends du moins cette sensation de vouloir connaître la liberté sans vraiment pouvoir l'obtenir.
- à la place de me payer à boire, tu pourrais me montrer, dis-je en nous surprenant tout les deux.
- De quoi tu parles?
- Emmènes moi dans ton monde, montres moi, Léna, fais moi danser.
Elle sourit avant de rire et de poser sa main sur ma joue en s'approchant de moi.
- Personne ne rentre dans mon monde, c'est pour ça que c'est le mien et uniquement le mien.
Elle attrape la bouteille et commence à se lever pour partir mais avant qu'elle ne disparaisse, je la rattrape et lui dis,
- Tu n'as peut-être laissé entrer personne, mais il y a une porte, une trappe qui n'est pas totalement verrouillée. Regardes moi de haut si tu le veux Léna, mais la semaine prochaine je serais là et comme ce soir, je viendrais te voir et la fois d'après aussi et encore la suivante. Je veux juste apprendre à te connaître.
- Sans te demander si c'est ce que moi je veux, ajoute t-elle en souriant.
Et elle s'en va, me laissant seul comme un con. J'ai pas l'habitude de ce genre de situation et pourtant, au fond de moi, je sens qu'il y a peut-être encore un espoir, une étincelle qui fait que si elle avait vraiment voulu me rejeter elle l'aurait fait aussi violemment qu'avec ce vieux qui l'a emmerdé. Je regarde rapidement ma montre, trois heures du matin. La récréation est finit, je vais devoir rentrer, m'enfermer dans cette baraque de malheur pour écouter les ordres de mon père. Je finis mon verre avant d'aller retrouver les autres. Aurélien s'est barré avec une nana tout comme deux autres amis, on aura de leurs nouvelles quand ils auront désaouler. Vivien est encore là à finir son verre.
- C'est bon, t'as eu ta dose de refus, on peut y aller, dit-il en me souriant.
- Comme si on avait le choix.
- Alors c'est repartis pour l'enfer, dit-il en prenant la bouteille sur le comptoir.
Ce soir pour tout les petits connard de ce bar, on a du passer pour des bourges cherchant juste à de défouler, mais aucun d'eux ne sait ce que ça fait de naître en étant le fils de. D'être née juste pour être le fils de.. Je n'ai jamais eu la moindre marque d'affection vis à vis de mes parents. Ma mère était trop occupé à embaucher les nouveaux jardiniers ou piscinier alors que mon père baisait les femmes de chambres. Ils avaient tout les deux, autre chose à faire que de s'occuper de moi, c'est pour ça que comme tout les autres, j'ai été élevé par une nourrice, une femme payée pour m'apporter de l'attention.
Après ça, je ne m'étonne même pas d'avoir des relations étrange avec les femmes, du moins distante sauf quand il s'agit de les baiser. Pour moi, ça n'est qu'une sorte de pacte, je donne et reçois et ça s'arrête à. Certaine sont meilleures que d'autre, mais tant que j'obtiens ce que je veux, c'est largement suffisant.
Nous sortons en équipe réduite mais sans nous inquiéter pour nos amis et montons dans la voiture qui n'a pas bougé de place. En refermant la portière derrière nous, Vivien soupire avant de me dire,
- Rien qu'à nous trois, on a assez de fric pour partir et disparaître. On pourrait enfin vivre la vie qu'on veut.
- Nos parents ont plus de frics, suffisamment pour corrompre deux fois ceux qu'on aurait payé. Ils sont plus fort que nous, ils évoluent dans un autre monde, dis-je en sortant un paquet de cigarette de ma poche. Tu crois que le chauffeur les a pas déjà appelé pour leur dire qu'on était revenu? On peut baiser dix filles ici sans qu'il ne dise rien mais si nos parents l'appellent alors il leur dira tout ce qu'ils veulent. On est comme des chiens pour eux, loyaux, obéissants, ils relâchent la laisse quand on la pense trop serrée avant qu'ils ne tirent un coup sec en nous privant de tout nos rêves.
- Je sais, dit-il avant de boire à la bouteille, je voulais juste me l'entendre dire, histoire de.
Et le silence retombe. Plus on roule et plus on se rapproche de nos familles, de notre pseudo foyer qui ne souhaite qu'une chose, nous emprisonner afin de nous faire rentrer dans le moule, afin de nous rendre suffisamment lisse pour faire face aux regards de la société. Il y a un premier arrêt puis Vivien et moi nous retrouvons seuls tout les deux.
- Mon père m'a annoncé qu'il était temps que je me trouve une femme, dit-il en regardant à travers la vitre. Pour tout dire il a déjà trouvé la femme, une fille de bonne famille, une fille dont le nom donnerait un peu plus de poids au mien. Il veut que je l'épouse pour conclure un contrat. Il a déjà prévu la datte de naissance de notre premier enfant. Il veut que je bande sur commande pour une nana que je connais même pas.
- Je suis désolé, dis-je sincèrement, vraiment.
- Je sais, dit-il alors que la voiture ralentit. Je dois la voir dans deux jours. Le mariage sera annoncé dans la foulée. Je voulais que tu sois le premier à savoir, dit-il en buvant une nouvelle gorgée.
Je n'aime pas le voir comme ça mais je ne peux rien faire, il a déjà accepté l'avenir qui lui est tracé.