Dans l'ambiance assourdissante du Céleste, Adèle Dupont, styliste réputée et fiancée de Romain Dubois, noie son désespoir dans le whisky.
Trois heures plus tôt, son monde s'est écroulé : Romain et sa demi-sœur, Léa, ont vidé son entreprise de ses fonds et l'ont chassée, la laissant sans rien.
La brûlure de l'alcool ne fait qu'attiser la douleur, transformant son chagrin en une rage froide, une audace téméraire.
Comment ont-ils pu la trahir ainsi, elle qui leur a tout donné ? Les larmes refoulées et l' amertume montent, la soif de vengeance brûle en elle. Pourquoi une telle perfidie ?
Alors, une idée folle germe : dépenser sans compter, et cet homme intriguant au fond du bar sera son arme. Adèle titube vers lui, une carte noire à la main, prête à écrire le premier chapitre d'une implacable vengeance.
La musique du bar Le Céleste était assourdissante, les lumières colorées balayaient les visages excités de la foule, mais Adèle Dupont ne ressentait rien d'autre qu'un vide glacial. Elle tenait un verre de whisky, le liquide ambré se balançant doucement, et le buvait d'un trait. La sensation de brûlure dans sa gorge était la seule chose qui lui rappelait qu'elle était encore en vie.
Il y a trois heures à peine, elle était encore la célèbre styliste Adèle Dupont, la fiancée de Romain Dubois. Maintenant, elle n'avait plus rien. Son entreprise, qu'elle avait bâtie de ses propres mains, avait été vidée de ses fonds par son fiancé et sa demi-sœur, Léa Dupont. Ils l'avaient même chassée de sa propre maison de couture.
Elle a commandé un autre verre, puis un autre. L'alcool ne pouvait pas apaiser la douleur dans son cœur, mais il lui donnait un courage téméraire. Ses yeux, flous à cause de l'ivresse, balayaient la salle. Soudain, son regard s'est fixé sur un homme assis seul dans un coin.
Il était incroyablement beau, avec des traits profonds et un air noble. Il portait un costume sombre sur mesure qui criait le luxe discret, et une montre à son poignet brillait subtilement sous la lumière. Même assis là tranquillement, il dégageait une aura puissante qui le distinguait de la foule bruyante.
Une idée folle a germé dans l'esprit d'Adèle. Puisque Romain et Léa aimaient tant l'argent, elle allait leur montrer ce que c'était que de vraiment dépenser. Elle allait se venger, et cet homme serait son arme.
Elle s'est levée, a titubé légèrement, puis s'est dirigée droit vers lui. En se rapprochant, elle pouvait sentir son parfum, un mélange frais et boisé qui était étonnamment agréable.
Adèle s'est arrêtée devant sa table. L'homme a levé les yeux, son regard calme et profond la fixant, comme s'il pouvait voir à travers son âme.
"Bonsoir," a-t-elle dit, sa voix un peu rauque à cause de l'alcool et des larmes réprimées.
Il a haussé un sourcil, un léger sourire amusé jouant sur ses lèvres. "Bonsoir."
Adèle a pris une profonde inspiration, rassemblant tout son courage. "Je veux vous entretenir."
Le sourire de l'homme s'est élargi. Il ne semblait ni surpris ni offensé, seulement curieux. "Vraiment ? Et pourquoi donc ?"
"Parce que j'ai de l'argent, beaucoup d'argent," a-t-elle déclaré, sortant une carte noire de son sac et la jetant sur la table. "Et j'ai besoin d'un homme. Un homme qui m'obéira."
L'homme a jeté un coup d'œil à la carte, puis a de nouveau levé les yeux vers elle. Son regard était intense, comme s'il essayait de déchiffrer une énigme complexe. "Intéressant. Et que se passe-t-il si je refuse ?"
"Vous ne refuserez pas," a dit Adèle avec une certitude qu'elle ne ressentait pas. "Personne ne refuse l'argent."
Elle pensait à Romain, à la façon dont il avait rampé à ses pieds pour son argent, pour ensuite la trahir de la manière la plus cruelle. Elle pensait à Léa, sa demi-sœur, qui avait toujours convoité tout ce qu'elle avait. Ils étaient tous les deux des esclaves de l'argent. Cet homme, aussi beau soit-il, ne devait pas être différent. Il était probablement un escort de luxe, attendant sa prochaine cliente riche.
L'homme a ri doucement, un son grave et agréable. "Vous êtes très directe. J'aime ça." Il s'est levé, sa grande taille la dominant. "Très bien. J'accepte votre proposition."
Adèle a été surprise par sa réponse rapide. Elle s'attendait à plus de négociations.
"Mais j'ai une question," a-t-il ajouté, son visage se rapprochant du sien, son souffle chaud caressant sa joue. "Pour combien de temps ?"
La question l'a déstabilisée. Elle n'y avait pas pensé. "Je... je ne sais pas," a-t-elle bafouillé. "Aussi longtemps que je le voudrai."
Il a souri de nouveau, un sourire plein de mystère et d'une confiance en soi déconcertante. "Alors, c'est un accord." Il a pris sa main et a déposé un léger baiser sur ses doigts. "Je suis Antoine Lefevre. Et je suis à vous."
Adèle a retiré sa main, un peu troublée par son contact. Elle n'était pas prête pour ce genre d'intimité, pas après Romain. "Juste une chose," dit-elle, la voix plus ferme. "Pas de contact physique non désiré. C'est un arrangement professionnel."
Le regard d'Antoine s'est assombri un instant, mais il a vite retrouvé son sourire charmeur. "Comme vous voudrez, patronne."
Le mot "patronne" a envoyé un frisson étrange le long de sa colonne vertébrale. C'était un mélange de puissance et de malaise.
"Je dois d'abord régler quelques affaires," a-t-elle ajouté, pensant à la maison de ses parents où elle devait retourner. Elle devait affronter les visages hypocrites de sa famille, y compris celui de Léa. "Je vous appellerai demain."
"Vous avez déjà mon numéro ?" a-t-il demandé, un air malicieux dans les yeux.
Elle a hésité. "Non. Donnez-le-moi."
Il a sorti un stylo et a écrit une série de chiffres sur une serviette en papier avant de la lui tendre. "J'attendrai votre appel avec impatience."
Adèle a pris la serviette et est partie sans un mot de plus. Elle ne voulait pas rester une seconde de plus dans ce bar, ni avec cet homme trop perspicace.
En rentrant chez ses parents, la villa semblait froide et hostile. C'était la maison où elle avait grandi, mais elle ne s'y était jamais sentie chez elle. Ses parents avaient toujours préféré Léa, la fille de la maîtresse de son père, qu'ils avaient accueillie après la mort de sa mère. Adèle n'était pour eux qu'un outil, une source de revenus.
Alors qu'elle s'apprêtait à monter dans sa chambre, des voix provenant du salon l'ont arrêtée. C'était sa belle-mère, la mère de Léa, qui parlait.
"Léa, ma chérie, tu es sûre que Romain va vraiment épouser Adèle ? Et si elle découvre la vérité ?"
"Ne t'inquiète pas, maman," répondit la voix douce et innocente de Léa. "Romain est complètement sous mon charme. Il n'épouse Adèle que pour son argent. Une fois qu'il aura mis la main sur toute sa fortune et sur l'entreprise Dupont, il la quittera. Et alors, nous pourrons être ensemble, ouvertement."
Le cœur d'Adèle s'est serré. Elle savait qu'ils la trahissaient, mais entendre les mots, la confirmation de leur plan diabolique, était une autre forme de torture.
Son père a alors pris la parole, sa voix pleine de cupidité. "Léa a raison. Adèle est naïve. Elle ne soupçonnera rien. Bientôt, toute la fortune des Dupont nous appartiendra, et nous n'aurons plus à dépendre de cette fille."
Les larmes ont brouillé la vision d'Adèle. Elle serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes. Elle s'est souvenue de tous les sacrifices qu'elle avait faits pour cette famille, de tout l'amour qu'elle leur avait donné, pour ne recevoir que trahison en retour.
Ce n'était plus de la tristesse qu'elle ressentait, mais une rage froide et déterminée. Ils allaient payer. Tous.
Elle s'est retournée et est sortie de la maison sans faire de bruit. Elle ne pouvait pas rester sous le même toit que ces monstres. Elle a sorti son téléphone et a composé le numéro sur la serviette.
Antoine a répondu à la première sonnerie. "Déjà ? Je suis flatté."
"Où êtes-vous ?" a-t-elle demandé, sa voix tremblante de colère. "J'ai besoin de vous. Maintenant."
Il y a eu une courte pause. "Je suis à l'hôtel Ritz. Suite 1208. Je vous attends."
Sans un mot de plus, Adèle a raccroché, a démarré sa voiture et a foncé dans la nuit parisienne, vers l'inconnu qui était désormais sa seule ancre dans cette tempête.