Le lustre en cristal du Château de Versailles s'était écrasé devant mes yeux.
« Louis... Ne m'aime jamais... Ne m'épouse jamais... Laisse-moi être avec Julien... » Ce furent les derniers mots d'Éléonore, ma femme, mourante dans mes bras après avoir pris ma place sous les décombres.
Dix ans d'un mariage infernal, marqué par sa haine indéfectible et le fantôme de Julien, son demi-frère suicidé le jour de nos noces. Elle me tenait pour responsable de sa douleur, me détestant à en mourir pour un amour que je n'avais jamais su lui donner.
Son vœu post-mortem de ne jamais m'avoir aimé résonnait comme une malédiction, gravée dans mon âme. Comment un amour aussi profond pouvait-il engendrer une telle répulsion, une telle injustice ? La souffrance était insoutenable.
J'avais dédié ma fortune et ma vie à une seule chose : revenir, changer ce destin tragique grâce à une machine secrète. Je me suis réveillé, le cœur lourd, dans notre chambre nuptiale. Éléonore était là, ivre, murmurant le nom de Julien à mes côtés. Cette fois, j'accomplirais son souhait : je ne l'aimerais pas, nous ne nous épouserions pas. Et Julien ne mourrait pas.
Le lustre en cristal du Château de Versailles s'était écrasé. Un vacarme assourdissant, puis le silence. Éléonore m'avait poussé, son corps frêle absorbant l'impact. Ses yeux, grands ouverts, fixaient un point au-dessus de moi. Le sang maculait sa robe de bal.
« Louis... » sa voix n'était qu'un souffle. « Ne m'aime jamais... Ne m'épouse jamais... Laisse-moi être avec Julien... »
Dix ans. Dix ans d'un mariage infernal, commencé après le suicide de Julien, le jour de nos noces. Elle m'avait haï, me tenant responsable. J'avais découvert trop tard qu'elle l'aimait, lui, son demi-frère par alliance.
Ses derniers mots étaient une malédiction, un souhait gravé dans mon âme.
J'avais consacré ma fortune, ma vie, à une seule chose : revenir. Changer ce destin. Une machine, fruit d'années de recherche secrète, financée par mes parents qui espéraient me voir retrouver un semblant de vie. L'élément spécial, celui qui permettait le voyage, était enfin prêt.
Je me suis réveillé.
La chambre nuptiale. Notre chambre. Éléonore était là, à côté de moi dans le lit immense. Ivre.
Elle pleurait, agrippant ma main.
« Julien... ne me quitte pas... Maman t'a arrangé ce rendez-vous, mais ne pars pas... »
Son souffle sentait le champagne. Ses mots, destinés à un autre, me transperçaient. Encore. Toujours.
Je fermai les yeux. Les souvenirs affluèrent, clairs, précis.
Éléonore, enfant, me consolant après une bêtise à l'école, ses petites mains tapotant maladroitement mon épaule.
Éléonore, adolescente, bravant une pluie battante pour m'apporter des croissants chauds alors que j'étais puni, consigné.
Éléonore, jeune femme, s'interposant courageusement entre moi et des voyous, une égratignure sur sa joue parfaite, parce qu'ils m'avaient bousculé.
Sa gentillesse. Sa nature bienveillante. Pas de l'amour. Jamais pour moi. Son cœur avait toujours appartenu à Julien.
Ses trois regrets avant de mourir, murmurés dans un souffle sanglant : m'avoir épousé, ne pas s'être opposée à ses parents, ne pas avoir "sauvé" Julien.
Cette fois, je réaliserais ses vœux.
Je ne l'aimerai pas. Ou du moins, je ne le montrerai jamais.
Je ne l'épouserai pas. Ou plutôt, je divorcerai au plus vite.
Et Julien ne se suicidera pas. Je m'en assurerais.
Le cœur lourd, je me suis levé. Il était tard. J'ai appelé mon avocat personnel, réveillant le pauvre homme.
« Préparez un contrat de divorce. Immédiatement. Tous les biens restent à Madame. Une pension alimentaire généreuse. Aucune condition. »
Puis, j'ai imprimé le document.
Je suis retourné près du lit. Éléonore marmonnait encore le nom de Julien.
J'ai éclairci ma gorge, imitant la voix de Julien, un talent que j'avais perfectionné dans ma solitude, écoutant de vieux enregistrements.
« Éléonore, ma chérie, signe ça. C'est pour annuler mon rendez-vous. Tu signes, et je reste. »
Ses yeux se sont entrouverts, embués. Elle a cherché le stylo que je lui tendais.
« Julien... tu restes ? »
« Oui. Signe. »
Elle a apposé sa signature tremblante au bas du document, sans lire. Un simple nom, Éléonore Beaumont, bientôt redevenu son seul nom.
Elle s'est rendormie aussitôt, un faible sourire aux lèvres.
Moi, je regardais cette signature. La première étape de mon plan. La première déchirure.
Le lendemain matin, le soleil filtrait à travers les lourds rideaux. J'étais déjà habillé, mon téléphone à l'oreille.
« Oui, Maître Dubois, le contrat est signé. Envoyez quelqu'un le récupérer. La procédure doit être la plus rapide possible. »
Un bruit derrière moi. Éléonore se tenait dans l'encadrement de la porte de la salle de bain, un peignoi