CHAPITRE 1
Je me réveille ce matin avec un espoir renouvelé. Comme quoi se fixer des objectifs participe à créer un effet mobilisateur dans tous les domaines de la vie, pas seulement sur le plan professionnel. J'ai pris le temps de bien y penser pendant la soirée d'hier. Comme tous les ans, Pierre et moi avons passé le nouvel an avec ses amis. Je vous avais dit que Pierre était béninois? Non je ne pense pas! Eh oui, mon Pierre est du pays du vodou! Je vous entends d'ici! « Anna-Belle tu n'as pas peur? ». Non je n'ai pas peur! Pierre est tellement inoffensif qu'il ne pourrait faire de mal à personne, même pas à une mouche.
Donc comme je vous disais, nous avons passé la soirée au milieu de ses amis, qui bien évidemment prennent un malin plaisir à parler leur langue maternelle. Et devinez quoi? Je n'y comprends rien. Alors je vais me balader sur facebook, et autres pour me distraire pendant qu'eux s'amusent. C'est ainsi chaque fois que nous passons du temps avec eux. Au début, ça m'affectait, mais avec le temps, j'ai pris sur moi et je peux dire qu'aujourd'hui c'est plus agréable de ne pas avoir de conversion à faire. Vous vous demandez si ses amis n'ont pas de copines, de femmes? Laissez-moi vous dire que si j'avais eu la moindre chance d'intégrer la cellule des hommes, celle des femmes m'est hermétiquement proscrite. Elles me regardent toutes comme si je viens d'une autre planète. J'ai fini par me dire que je présente sans doute une caractéristique physique, qui dans leur pays me désigne comme une pestiférée. Ce n'est donc pas leur faute si elles sont incapables de socialiser avec moi. Elles ne m'avaient donnée aucune chance et c'était bien dommage. Bref... Je n'en ai cure. Pierre veut passer sa soirée du réveillon avec eux? On la passe avec eux... Du moins tant que nous ne sommes pas une famille officiellement! Ce qui ne saurait trop tarder.
Donc de retour tôt ce matin, nous avons fait la grasse matinée. Enfin, lui! Moi j'avais des plans à élaborer. Tout d'abord, j'ai dressé la liste de tous les défauts et toutes les remarques qu'il a l'habitude de me faire. Pierre dit que je suis imbue de ma personne, nombriliste, égoïste, psychorigide et que je crois que lui et moi sommes « égaux ». Je vais tout de suite vous dire ce que j'en pense : c'est un petit complexé mon chéri. Il trouve que je suis imbue de ma personne parce que je n'ai pas besoin de lui pour prendre soin de moi du point de vue financier. Quand nous nous sommes connus, je travaillais déjà depuis deux ans et lui il était encore aux études. Je ne me suis donc jamais attendue à ce qu'il prenne soin de moi d'une quelconque façon sur le plan matériel. Quand il a commencé à travailler, un an plus tard, il n'a jamais manifesté le désir d'apporter un changement à cet état de choses. Il voulait que je lui demande? Que je le supplie? Vraiment trop peu pour moi. On a eu beau discuté de ce sujet, on arrive pas à se mettre d'accord. Il n'a pas besoin de moi pour prendre son rôle d'homme en main. Il ne me demande pas de prendre soin de la maison ou de faire la cuisine, alors pourquoi devrais-je lui demander de prendre soin de moi financièrement? Ce qui nous amène tout droit au point de l'égalité. Je pense que tous les deux nous travaillons de longues heures par jour et par semaine. Je suis consultante en gestion de risque dans une institution financière. Il m'arrive fréquemment de sortir à 7 heures du matin, de ne revenir qu'à 19 heures, et de n'avoir pas pris de pause au courant de la journée. Alors quand je rentre, j'espère au moins que les assiettes sont dans le lave-vaisselle! Un minimum! Mais non! Pierre le fait quand il veut! Alors quand il fait son béninois, moi je vais prendre ma douche, je me commande un bon plat de sushis, j'ouvre une bouteille de vin et je m'installe à côté de lui comme si de rien n'était : moi aussi j'ai besoin de me détendre! Non? Nous avons abordé ce sujet également, de long en large, et il n'arrête pas de répéter son seul et unique argument : sa mère travaillait aussi, mais elle n'a jamais demandé à son père de faire quoique ce soit dans la maison. Et ma réponse : la mienne aussi, mais je ne suis ni ma mère, ni la sienne! Elles ont accepté ce qu'elles ont accepté! Moi j'accepte ce que j'accepte. Et moi, de quelques fois lui rappeler que nous n'avons aucun engagement l'un envers l'autre! Son père a eu la décence de donner un statut à sa mère. Peut-être que s'il m'en donne un je deviendrais disons... plus conventionnelle! C'est donc à cause de ce point de vue, que je veux non négociable, que Pierre me trouve psychorigide! Il parait que j'enferme tout dans un cadre et que je suis réfractaire au changement et aux situations ambiguës! Réfractaire aux situations ambiguës, mais nous voici depuis deux longues années sous le même toit sans aucun statut, sans aucun projet, sans aucune promesse. Tsuip! Ce point ne mérite même pas que je le commente. J'aimerais toutefois préciser que m'installer avec un homme sans être mariée ne faisait pas partie de mes projets à court, moyen, ou long terme. Alors la psychorigide que je sois a beaucoup de points à améliorer dans son schéma psychologique! Vraiment Tsuip! Il dit aussi que je suis égoïste! Je vous explique! La première année qu'on a emménagé ensemble j'ai réussi à convaincre mon chéri pour qu'on aille en vacances dans les Bermudes! Les Bermudes! Et là, ma chère potentielle future belle-mère décide qu'elle veut venir se reposer chez son fils! Son fils qui, soit dit en passant ne paie pas son loyer tout seul comme un grand! Bref... Elle décide de venir la semaine de notre départ. Évidemment que ça ne m'arrange pas! Je fais un bon salaire je vous le concède, mais aucun salaire n'est assez gros pour jeter des billets d'avion et réservations d'hôtel pour un séjour de rêve dans les Bermudes! Malgré tout, je reste en mode solution et je lui suggère donc de changer sa date d'arrivée pour arriver 10 jours plus tard : nous devions passer une semaine dans les Bermudes et nous aurions eu quelques jours à notre retour pour préparer son arrivée. Savez-vous quoi? Elle s'est vexée, arguant que je suis « impolie »! De toutes les façons, je suis camerounaise donc impolie. Mais venant de celle que j'espère ma future belle-mère, j'ai voulu rattraper le coup. J'ai donc proposé à mon cher et tendre qu'on annule son billet en classe économique et qu'on lui envoie un billet en classe affaire pour les dates qui nous convenaient. C'est à cet instant précis que je suis devenue égoïste! Je dois vraiment continuer pour exposer mon point? Juste pour être sûre de me faire comprendre comme je voudrais l'être je vais en rajouter. Elle achète son billet sans nous demander quels sont nos plans, si ses dates nous conviennent, ni même si je suis à l'aise de la recevoir chez moi - - oui c'est aussi chez moi- et c'est à nous de nous adapter? J'essaie tout de même d'accommoder toutes les parties en présence et ça me retombe dessus! Pour finir, elle a fini par annuler son voyage, et nous, nous sommes allés dans les Bermudes! Le séjour était extra! Je vous laisse le soin de rajouter tous les qualificatifs que vous voulez après le « extra », ce ne sera qu'une pâle description de la réalité. Et c'est ÇA qu'elle voulait me faire manquer! Continuons mon analyse. Ce qui me vaut le qualificatif de nombriliste selon mon cher Pierre, selon lui, j'analyse les situations seulement de mon point de vue. Dites-moi! Qui sait lire dans les pensées? Moi je fais avec ce qu'on me donne! Je ne suis ni devin, ni voyante, ni télépathe! J'ai beaucoup de qualités mais elles n'en font pas partie!
Bref, tout ça c'était avant! Je vais travailler fort sur chacun de ses points. Déjà, je vais me lever, et aller lui préparer le petit-déjeuner! Il devrait apprécier! Des patates, du bacon, des œufs, des toasts et du thé! Il devrait se régaler! Mais avant je vais prendre une bonne douche! L'occasion d'essayer le nouveau masque corporel au beurre de karité et sel du lac rose que je viens de m'offrir! Sait-on jamais... Peut-être que le petit-déjeuner le mettra en appétit. Haha!
Moins d'une heure plus tard, ma table est prête. Je vais donc le réveiller.
- Pierre? Chéri tu te réveilles?
- Hum... Il est quelle heure?
- 13 heures déjà. En plus je t'ai fait à manger, lui dis-je avec un sourire éclatant.
Il me regarde étrangement. Je crois que mon objectif est atteint. Pour répondre à votre question, jamais je ne lui ai fait de petit déjeuner depuis que nous sommes ensemble. Il nous est déjà arrivé de le faire ensemble, ou de sortir en prendre un dans un restaurant, mais ce matin c'est une première.
-Je me lève et je me brosse les dents. As-tu parlé à maman pour les vœux de bonne année me demande-t-il en se levant!
C'était un point que j'avais négligé. Je n'aimais pas l'appeler. Nos conversations duraient deux interminables minutes! Et au final, elle se plaignait quand même de moi! « Anna-Belle ne nous considère pas ! », « Anna-Belle ne me respecte pas! » Anna-Belle ci, Anna-Belle ça...
-Non chéri, je voulais attendre pour qu'on le fasse ensemble! Tu sais que maman si elle pouvait elle te parlerait matin, midi et soir.
Il me regarde du coin de l'œil. Je vois sur son visage qu'il veut dire quelque chose, mais il se retient. C'est bien Pierre! C'est très bien! Tu es très réceptif! Il a continué à la salle de bain, et moi pendant ce temps, j'ai fait le lit et rangé ses affaires! Il n'en reviendra pas. Je vous explique. J'estime qu'il n'est pas un enfant, alors ses vêtements, sous-vêtements, chaussures et autres accessoires de son attirail vestimentaire sont sous sa responsabilité! Au début, c'était un sujet de dispute permanent, et il a fini par laisser tomber et ne plus me le reprocher. Tiens, le voilà qui revient.
Il entre dans la chambre et s'arrête net. Il constate ce que je veux qu'il constate et me regarde encore une fois, mais ne dit toujours rien! Il n'a encore rien vu! Je sais qu'avant la fin de la journée, nous allons aborder le sujet de notre relation... Et là, ce sera la cerise sur le gâteau.
-On va manger? Lui dis-je! Il faut rester concentré sur l'objectif avoué! L'autre on verra plus tard!
-Ok!
Nous sortons de la chambre et nous nous dirigeons vers la table à manger. Je le vois, je le sens, mon cher et tendre est déstabilisé. Il ne dit toujours rien le bougre. Nous mangeons, nous parlons et le repas se passe dans la bonne humeur. Quand il finit, il va s'affaler dans le fauteuil. Il me teste, je le sais! Je crois avoir dit que je n'étais pas totalement stupide! Non? Il ne m'aura pas aussi facilement. Je débarrasse la table, toujours avec un sourire éclatant. Je fais la vaisselle, je range ce qui ne nous n'avons pas terminé de manger et je le rejoins au salon.
-Et si on appelait maman maintenant? Lui dis-je.
-Appelle là alors!
-D'accord.
Je prends donc mon téléphone cellulaire, et je compose son numéro. Ça sonne, mais je n'ai aucune réponse. Sans rien dire, et sous le regard attentif de Pierre, je prends son cellulaire et j'appelle belle-maman! Anna-Belle la terrible égoïste s'apprête à devenir Anna-Belle la victime! Un meurtre prémédité, mais pas par l'assassin, plutôt par la victime elle-même!
À la première sonnerie elle décroche.
-Pierre! Comment ça va?
Bien évidemment elle ne l'a pas dit en français! Mais cette phrase-là, pour l'avoir entendue des centaines de fois je la comprenais.
-Allo Maman! Répondis-je d'une voix enjouée!
Le silence de l'autre côté. Je savais qu'elle était mi- surprise, mi- déçue de me parler. Surprise sans doute à cause de l'enjouement que je laisse paraître et déçue parce qu'au lieu de parler à son précieux fils elle parle à la sorcière qui partage sa vie. Mais bon! Quand le vin est tiré, il faut le boire! De toutes les façons, ça finira par me servir. Alors, d'avance je remercie belle-maman pour toutes les crasses qu'elle va dire à son fils me concernant dans les prochaines minutes.
-Maman! Allo? Tu m'entends?
-Oui! Anna-Belle!
-Bonne année Maman! Je te souhaite la santé, la paix, le bonheur...
-Merci! Santé pour toi aussi! M'interrompit-elle!
Je crois que je l'ai suffisamment agacé pour la journée. Mais je ne peux pas abréger ses souffrances comme à mon habitude. Cette fois, c'est elle qui va mettre fin à la conversation.
-Comment vas-tu maman? Ton réveillon s'est bien passé?
-Oui merci! Pierre est là?
Bingo! C'est beau de voir à quel point l'évaluation de risques que je fais dans mon travail m'aide à prévoir les réactions de ceux qui m'entourent. Elle ne pouvait pas résister... C'était une évidence cristalline.
-Oui maman! Attends s'il-te-plaît, je te le passe!
-Hum! Merci!
J'ai donné le téléphone à Pierre et il s'est mis à parler avec sa mère dans son dialecte, le mina. Je me suis assise près de lui et j'ai sagement attendu qu'ils finissent. Aucun signe d'exaspération de ma part. Je le sens quelque peu nerveux mon Pierre. J'entends belle-maman élever le ton à l'autre bout du fil. Au final, elle lui raccroche la ligne au nez. Pierre est mal à l'aise. Je sais que l'objet de la discorde n'est nulle autre que moi. Il est temps d'aborder LE sujet.
-Pierre!
-Oui...
-J'aimerais te parler si tu veux bien.
-Je t'écoute.
-Écoute bébé, je voulais qu'on parle de nous. J'ai beaucoup réfléchi à tout ce que tu me reproches. Je veux faire des efforts, je veux être la femme qui te rendre heureuse. Je suis prête à faire des efforts mais j'ai besoin de toi. J'ai besoin que tu m'aides. Je voudrais que nous soyons un couple solide, soudé. Je t'aime et je comprends maintenant que si je veux que les choses fonctionnent entre nous je dois y mettre du mien. Veux-tu qu'on prenne un nouveau départ tous les deux? Peut-être que si nous nous donnons une vraie chance, maman m'en donnera une aussi. J'aimerais vraiment m'entendre avec elle et avec tes sœurs. Je ne sais pas si tu es d'accord. Qu'est-ce que tu en penses?
Pierre me regarde et ne répond pas. Il semble désarçonné. Je me suis montrée vulnérable et pour la première fois en 5 ans, je lui demande de faire quelque chose pour moi. Je sais, j'en suis certaine, il dira oui.
-Anna-Belle, que veux-tu vraiment?
Je ne m'attendais pas à celle-là, mais je suis prête à toute éventualité. Les objectifs dans la vie, il n'y a que ça de vrai. Alors je ne perds pas le Nord. Ma mine s'attriste légèrement avant que je ne lui réponde.
-Pierre, je t'en prie ne me fais pas regretter de t'avoir ouvert mon cœur. Je sais que les dernières années je t'ai fait voir Anna-Belle la forte, mais aujourd'hui tu as en face de toi Anna-Belle la vraie. Ne me rejette pas. J'ai pris le risque d'être transparente avec toi. Tout ce que je te demande, c'est de prendre à ton tour le risque de me croire.
Je continue en lui prenant les mains.
-Si nous sommes restés ensemble quelques années, c'est bien qu'il y a quelque chose qui nous unit. Quelque chose de fort. Je voudrais vivre pleinement notre vie de couple, sans orgueil, sans calcul, sans
-D'accord, m'interrompit-il
-Pierre tu es d'accord c'est vrai?
J'avais prévu de feindre la joie à ce moment précis, mais je suis véritablement heureuse. Je me suis jetée à son cou et j'ai senti son étreinte se resserrer. Il mérite une récompense pour sa réceptivité. Non? Moi je pense que oui. Le reste de la journée promet d'être... disons épuisant!
CHAPITRE 2
Depuis quelques semaines déjà, Pierre et moi filons le parfait amour. Nous versons dans les mots d'amour aussi souvent que nous en avons l'occasion. Je nous trouve aussi ridicules que mignons. Au début, je devais me forcer pour accomplir certaines tâches afin d'être sûre de rentrer dans le moule de la future épouse de ce cher Pierre. Mais avec le temps, j'ai fini par ne même plus y penser, ne plus rien calculer ou préméditer. J'ai commencé à prendre plaisir à jouer la fée du logis et à dorloter mon chéri. Chose surprenante, je dois avouer qu'il me le rend bien. Si Pierre au début m'observait beaucoup, je me rends compte qu'il est plus naturel à présent. Il ne me scrute plus, ne cherche plus à analyser mes moindres faits et gestes. L'effet qui en découle est que je découvre un autre Pierre. Il est plus attentionné, plus concerné par mes journées, et surtout moins paresseux. Je suis surprise de ce que le changement de mon attitude a pu créer en seulement quelques semaines! Pierre m'envoie des sms pendant la journée! PIERRE! Pas un autre... Il me complimente plus souvent sur mon look, ma cuisine et surtout il m'en donne plus... question intimité si vous voyez ce que je veux dire! Toutefois, j'ai beau apprécié la situation telle qu'elle est, je ne perds pas de vue mon objectif. À 32 ans, on ne se nourrie pas d'amour!
Le mois de février est le mois le plus froid de tout l'hiver. J'ai l'habitude de prendre mes vacances pendant ce mois pour aller dans le Sud, prendre du soleil. J'ai toujours été convaincue que si je restais tout le mois de février, je ferais une dépression saisonnière. Toutefois, cette année est différente. Le voyage dans le Sud est un choix que j'ai choisi de mettre de côté, à la grande surprise de Pierre. De toutes les façons, je n'ai pas vraiment envie de voyager cette année. Je suis sans doute occupée... non, plutôt préoccupée par d'autres « soucis ». Je me surprends à regarder Pierre le soir quand nous sommes installés dans le divan du salon. Je me demande de quelle partie de son anatomie nos enfants hériteront. Est-ce qu'ils auront son nez caucasien? Son teint noir ébène? Sa taille élancée? Est-ce qu'ils auront mon intelligence? Mes lèvres pulpeuses? Sans conteste, Pierre est un homme d'une grande beauté dotée d'une musculature digne d'un bodyguard. Je suis bien loin d'être moche, alors j'ose croire que nos enfants seront au moins aussi beaux que nous! Au mieux, ils prendront le meilleur de chacun de nous et seront de vrais petits dieux grecs! De temps en temps, quand il surprend mon regard, je lui souris et je lui donne un baiser, simplement pour le distraire. Pierre est loin d'être stupide et surtout, lui aussi me connaît bien. Il finira par faire 1+1 lorsque je lui annoncerais ma grossesse. Alors, il ne faut pas que je lui donne de quoi étayer son analyse, sinon la conclusion deviendra bien trop évidente, et alors, je pourrais le perdre définitivement.
Vous vous demandez comment je compte tomber enceinte? Eh bien c'est somme toute assez simple et vieux comme le jour. Ma grossesse sera, ce que nous, gestionnaires de risque, appelons une valeur aberrante. J'utilise un contraceptif hormonal : la pilule. Sans doute le contraceptif hormonal le plus utilisé par les femmes. Et pour ceux qui en connaissent un rayon, il faut, pour qu'elle soit efficace, à 99.7%, la prendre tous les jours à la même heure. Ce n'est pas une condition difficile à satisfaire pour moi. Je suis tellement à mes affaires – comme disent les québécois- que même lorsque je voyage, je modifie l'heure de la prise de ma pilule en fonction du fuseau horaire dans lequel je me trouve pour être certaine que mon corps reçoit la même quantité d'hormones à intervalles réguliers. Alors, j'ai fait simple et j'ai arrêté d'en prendre. Pierre n'a jamais prêté attention à tout ça. Dès lors que nous avions faits nos examens pour connaître notre état de santé respectif, il y a quelques années de cela, la contraception est devenue mon affaire personnelle : tant mieux pour moi! Aujourd'hui, c'est encore mon affaire personnelle et je compte bien en tirer profit! Il me reste à peine un mois pour tomber enceinte et accoucher si je veux être au mariage de ma petite sœur. J'ose espérer que les choses iront comme je le souhaite. En attendant, je satisfais chacune des gourmandises de mon Pierre. D'ailleurs, je prévoyais organiser une dîner « spécial » pour le 14 février, mais Pierre m'a prise de court et nous a offert une belle surprise pour la St-Valentin : une escapade en amoureux. Pierre aime que je prenne du temps pour lui, et pour lui seul. Alors je me consacrerais à satisfaire la moindre de ses exigences et le moindre de ses désirs pendant ces quelques jours. Au programme, plaisir et luxure sans restriction aucune. Les plaisirs furtifs... Il n'y a rien de mieux pour embraser les passions. Après tout, les bébés on ne les boit pas dans un verre d'eau. Nous partons le week-end prochain, mais d'ici là, j'ai beaucoup de choses à préparer. Je dois premièrement enlever ce vieux tissage que j'ai sur la tête. Si nous devons profiter des bains nordiques, je voudrais pouvoir ne pas m'en faire pour mes cheveux. J'ai pris rendez-vous dans un hammam traditionnel pour le vendredi, la journée de notre départ. C'est un endroit tenu par des marocaines. Chaque fois que j'y vais, je ressors la peau douce comme celle d'un bébé. D'ailleurs, je ne pense pas travailler cette journée. Je ne prends jamais de congé maladie ou de journées congé pour raisons personnelles. Il est temps que ça change. Qu'en pensez-vous? L'enjeu en vaut la peine! Non? J'ai fait un tour également dans une boutique de lingerie que j'adore... Petite correction : une boutique de lingerie qu'il adore. Je lui ai acheté une montre que je trouve magnifique. Je l'ai vue en vitrine pendant les fêtes de fin d'année mais je lui avais déjà acheté un cadeau, alors j'avais laissé tomber. C'est l'occasion idéale pour la lui offrir. J'ai hâte à ce week-end.
*******VENDREDI MATIN*********
Je suis particulièrement excitée ce matin. Je le sais, je le sens, ce week-end sera épique. Pierre aussi semble impatient de faire ce voyage. Il en a parlé toute la semaine. Même si je ne travaille pas ce matin, je me lève en même temps que Pierre. Pendant qu'il est sous la douche, je passe un coup de fer sur sa chemise pour le défroisser, je lui fais son café et sa boîte à lunch. Une fois toutes ses petites choses faites, je me suis assise à table : je l'attends. Je l'entends sortir de la salle de bain. La porte de notre chambre vient de se fermer. Quelques minutes plus tard, Pierre me rejoint à table. Il prend son café en m'expliquant ce qu'il va faire toute cette journée. Je n'avais jamais pris le temps de prendre en compte à quel point son travail le passionne... Mais ça, c'était avant! J'aime l'entendre en parler, le voir essayer de m'impressionner... j'adore! Son café finit, il m'embrasse tendrement, longuement... Sans doute la promesse de la volupté de ce week-end... Il s'en va et moi je retourne dans mes draps. Je me lèverai plus tard pour faire nos bagages. De toutes les façons, mon rendez-vous est prévu pour 11heures et Pierre sera de retour pour 14 heures, puisque notre départ est prévu pour 15 heures.
****14heures 17minutes*****
DRING! DRING! DRING!
-Allo!
-Tout va bien?
-Oui! Oui! Pourquoi?
-Euh, il est 14h17 et tu n'es pas encore rentré
- Déjà? Désolé je n'ai pas vu passé l'heure. Je bouge tout de suite.
-Sinon je peux passer te prendre au boulot et on y va tout de suite. J'ai fait ta valise déjà.
-Non! Je rentre
-N'oublie pas qu'il va y avoir du trafic sur l'autoroute!
-Anna-Belle j'arrive.
-Ok!
Je l'ai senti un peu irrité alors je n'ai pas insisté. Rien ne doit venir gâcher notre week-end.
Il est 16 heures 23 minutes quand Pierre franchit le seuil de la porte. Inutile de vous dire que je ne suis pas impressionnée du tout de le voir entrer à cette heure! Je l'accueille tout de même avec les égards qu'il estime mériter, ce qui me vaut quand même une pâle explication.
-Je suis désolé Anna-Belle! Une urgence au travail!
-Pas grave chéri. Tu as pu régler la situation?
-Oui, fort heureusement.
-Tant mieux! La prochaine fois, laisse le moi savoir par message texte plutôt que de me laisser sans nouvelles. Ok?
-Ok
Il avait tenu à prendre une douche rapide et nous avions pris la route vers 17 heures. L'endroit où nous allons est à 2 heures de chez nous. Une fois dans sa voiture, Pierre a mis la musique et je me suis endormie. Je plaide coupable : je suis une piètre copilote! On dirait que je suis un bébé : les déplacements en voiture me bercent. Je ne suis absolument pas de celles qui chantent, discutent ou autre en voiture. Moi, je DORS! Pierre m'a réveillée une fois arrivés. L'endroit était vraiment charmant : parfait pour un week-end en amoureux.
-Oh Pierre c'est magnifique!
C'est un hôtel à l'allure rustique, comme un chalet. Il scintille de mille feux dans l'obscurité de la nuit. Mon chéri vient de marquer un point et un qui compte. Je me sens toute émerveillée... comme si j'avais 18 ans. Il semble satisfait de l'effet que le lieu me fait.
Nous prenons possession de notre chambre et nous prenons nos aises.
-Va prendre une douche ma puce.
-Quoi? Je sens mauvais?
-Haha! Un peu!
-Même pas vrai!
-Bien sûr que ce n'est pas vrai. Mais va prendre une douche ça va te faire beaucoup de bien.
-Oui patron!
-Bien!
Je suis donc allée prendre cette fameuse douche. Je l'ai d'ailleurs étirée plus que de raison pour le punir un peu de son insistance et da sa vilaine remarque. J'ai pris le peignoir qui était à ma disposition dans la salle de bains et je suis sortie.
-Oh!
Je suis restée immobile sur le seuil de la porte de la salle de bain! La chambre avait changé du tout au tout. Pierre a fait servir un dîner dans notre chambre et a installé des bougies un peu partout. Elles sont parfumées à la vanille : ma senteur préférée. Il me tend la main pour que je le rejoigne sur le lit. Je n'en reviens pas. C'est Pierre, mon Pierre qui a pensé à tout ça? Impossible! Je dois rêver! Je me pince la joue, juste pour être sûre que je ne rêve pas. Ce qui a pour effet de l'amuser bien évidemment. Il se lève et viens vers moi.
-Ma chérie tu ne rêves pas.
Il me prend par la taille, avant de continuer.
-Tu m'as dit de prendre le risque de te croire, alors je le prends jusqu'au bout.
Je suis émue. Je crois que pour la première fois en 5 ans je me sens vraiment aimée. Je comprends que ce week-end, il l'a planifié et pour une seule et unique raison : me faire plaisir.
-Merci Pierre.
-Tu viens?
Il m'entraîne vers le lit. Nous nous asseyons et dégustons notre dîner. La bouteille de vin qu'il a choisie est excellente. Ne supportant pas l'alcool, je m'enivre assez vite et je me mets à somnoler. Je vois Pierre débarrasser, enlever ses vêtements et venir s'allonger à côté de moi. Il me prend dans ses bras et je me sens bien. Il ôte mon peignoir et je me love dans ses bras. Très vite je m'endors, aider par ses doigts qui jouent dans mes cheveux.
*****SAMEDI MATIN*****
-Anna-Belle!
-Oui...
-Il faut que tu te lèves...
-Tout de suite?
-Oui fainéante!
-Ok...
J'ai encore terriblement sommeil, mais je vais faire un effort. Pierre lui, est déjà prêt. Je me lève pour aller à la salle de bains mais aussitôt debout, je fais un malaise : j'ai la tête qui tourne. L'alcool et moi ne faisons pas bon ménage. Je prends ma douche et presqu'une heure plus tard je suis prête. Pierre a préparé tout un programme pour moi. Tout d'abord, nous avons pris un petit-déjeuner léger. Ensuite, nous avons fait une activité d'extérieur : la raquette. Épuisant plus que plaisant comme activité selon moi! Nous avons ensuite profité d'un sauna et avons laissé ensuite nos corps se faire masser par des mains expertes à l'aide de roches volcaniques. Après, je n'avais plus qu'une seule envie : DORMIR! Et lui aussi.
Nous sommes donc retournés dans notre chambre et je me suis sans doute endormie avant que mon corps ait touché le lit. J'ai rouvert les yeux et il était 19 heures 08 minutes et pas de trace de Pierre dans la chambre. Je l'ai appelé et je n'ai eu aucune réponse. Je suis allée voir dans la salle de bains et il n'y était pas. Je l'ai appelé sur son cellulaire et toujours pas de réponse. J'ai donc allumé la télévision pour faire passer le temps. Les programmes étaient tous plus ennuyants les uns que les autres : distraction inefficace. J'ai donc éteint la télévision et je suis sortie prendre de l'air. J'ai croisé une dame dans le hall qui portait un parfum horrible : Son odeur m'a levée le cœur et j'ai été prise de nausées. Malheureusement pour moi, les toilettes les plus proches étaient bien trop éloignées pour moi. J'ai donc vomi dans un des pots de fleur du hall. La honte!
-Madame, tenez!
C'était une hôtesse qui me tendait un mouchoir. J'étais vraiment gênée de ce que je venais de faire.
-Ne soyez pas gênée. C'est souvent comme ça au début!
-Au début?
-Oh pardon! J'ai présumé que vous étiez enceinte...
-Enceinte?
-Oui... Vous n'avez pas l'air malade du tout et c'est la seule chose à laquelle j'ai pensé quand je vous ai vu vomir aussi brusquement.
Je la regarde longuement et je la sens gênée à son tour. Elle ne sait pas qu'en fait, je suis en train de résoudre des équations dans ma tête. Oui! C'est possible que ce soit le cas. Je baisse les yeux et mon regard va de son visage à son badge. Je lis son prénom : Audrey-Anne.
-Si c'est une fille je l'appellerais Audrey-Anne.
Je lui souris et elle me rend mon sourire.
-Voulez-vous en avoir la confirmation? Ce serait un beau cadeau pour votre amoureux...
-Je n'ai malheureusement pas de test de grossesse et je pense que c'est le matin qu'il faut le faire. Non?
-Je peux vous en apporter un d'ici une dizaine de minutes. Pour le moment de la journée, c'est sûr qu'on vous suggère de le faire le matin, mais de vous à moi, ça ne change pas grand-chose. Juste une question de concentration d'hormones. Avez-vous beaucoup bu ces dernières heures?
-Non!
-Alors donnez-moi votre numéro de chambre et je vous l'apporte!
-Non! Je vais vous attendre ici. Je ne voudrais pas que mon copain rentre avant vous. Il est sorti et ne devrait plus tarder à revenir.
-Très bien! Ça ne devrait pas être long!
Je me suis assise dans un des salons du hall, celui qui donne sur la montagne. La vue est vraiment spectaculaire. Audrey-Anne m'a extirpée de ma contemplation moins de 10 minutes plus tard. Je me suis faite la réflexion qu'il est primordial que je souligne, à notre départ et à qui de droit son excellent service. Après l'avoir remerciée, je me suis dirigée vers ma chambre, en espérant que Pierre ne serait pas encore rentré. Toutefois, j'ai caché le test dans mon soutien-gorge, entre mes seins, pour être certaine qu'il ne le voit pas si jamais je le trouve. Je suis entrée dans la chambre, le cœur battant la chamade, le souffle court. Pas de Pierre! Excellent! Une fois assise sur la cuvette des toilettes, j'ai déchiré l'emballage et j'ai fait le petit pipi sur le petit bâton. Dire que mon avenir se décide dans des gouttes d'urine! Pas très glamour comme métaphore! Les secondes qui ont suivi ont sans aucun doute été les plus longues de toute ma vie! C'était un de ces tests qui ne laissent pas place au doute : si je suis enceinte, je vais lire « enceinte, de x semaines ». Ça y est le résultat s'affiche! Au même moment, j'entends la porte s'ouvrir, alors je me lève et je le cache dans la poche arrière de mon jeans : juste à temps pour que Pierre ne le voit pas. Il vient d'ouvrir la porte.
-Bébé, on sort dîner. Tu t'habilles?
-On sort? À quelle heure?
-Tu travailles demain?
-Non, mais...
-Alors sors de là on y va m'interrompit-il!
-Ok.
Il a fermé la porte et moi je me suis empressée de sortir le test de ma poche. « ENCEINTE DE 2-3 SEMAINES ». Mon bonheur était indescriptible! Je vais être maman! Toutefois, je ne peux pas en profiter tout de suite, je dois rejoindre Pierre. Il va finir par s'impatienter.
En sortant de la chambre, je suis surprise de trouver Pierre en smoking! C'est seulement à ce moment que je réalise qu'effectivement, il portait une chemise blanche quand il a ouvert la porte de la salle de bains. Une robe de soirée est posée sur le lit : je viens de la voir. Aussitôt, Pierre me parle.
-Tu t'habilles?
-Pierre... Vraiment?
-Ce n'est pas une réponse! Vraiment les camerounais, vous répondez toujours aux questions par d'autres questions! Tu t'habilles?
-Tout de suite.
-Je sors, je t'attends dans le hall.
La robe que Pierre a déposée sur le lit est noire, scintillante, près du corps. Elle est sublime. Je me maquille sommairement et très franchement je suis bien trop fébrile pour faire un maquillage plein de subtilités. Je suis prête à rejoindre mon preux chevalier. Je marche vers lui et il se retourne pour me regarder approcher.
-Satisfait?
-On ne peut plus!
Il me tend le bras et je m'y accroche. Je suis tellement émerveillée que je ne vois pas le monsieur qui s'approche de nous.
-Par ici Monsieur! Madame!
Pierre et moi nous le suivons. Ou plutôt Pierre le suit et moi je suis Pierre. Nous prenons l'ascenseur et nous nous rendons au dernier étage. La porte de l'ascenseur s'ouvre sur un autre hall. Nous continuons d'avancer et le monsieur ouvre une porte sur la droite qui dévoile sur un salon privé. Un serveur et un chef nous attendent. Je reconnais le chef grâce à son chapeau. Je n'en reviens pas! Pierre a vraiment fait ça pour moi!
-C'est notre soirée Anna-Belle! Je voulais t'offrir ce qu'il y a de mieux...
-Pierre...
Je suis sans voix! Au risque de me répéter, jamais je ne me suis sentie aussi aimée de mon chéri. Il me fait avancer, tire la chaise et je prends place.
-Madame, Monsieur, je suis le chef Mario et je suis à votre service ce soir. N'hésitez pas à me faire part de vos moindres désirs.
Il nous a ensuite présenté le menu général. J'ai demandé pour la suggestion du chef, ce qui l'a, à mon humble avis, ravi! C'est d'ailleurs ce que Pierre et moi avons choisi comme plat. La soirée est magique! Tout est parfait, du lieu, à la présentation des plats, en passant par leur goût, l'harmonie des saveurs. Mon compagnon de table est lui aussi parfait : Pierre a des manières si élégantes ce soir. Je n'avais qu'une seule envie concernant ce week-end, qu'il dure éternellement! Si j'avais le moindre doute quant à mes aspirations, il s'est dissipé ce soir. J'ai raison de vouloir faire une enfant à Pierre! Je dois le garder, vaille que vaille!
Le plat principal desservi, nous attendions le dessert. Pierre prit alors mes mains dans les siennes. Son air devint sérieux.
-Anna-Belle, j'aimerais avoir toute ton attention. Il y a quelques semaines tu m'as parlé d'une vraie chance, d'un nouveau départ pour nous. Je t'aime Anna-Belle, j'aime celle que tu étais mais je suis fou de celle que tu es aujourd'hui. Nous sommes ensemble depuis déjà 5 ans. Je sais que c'est long, surtout à nos âges. Mais j'avais du mal à t'imaginer partager ma vie ou élever mes enfants. Mais je t'ai vu aller ces dernières semaines. J'ai bien vu qu'au début tu te forçais, mais après j'ai pu constater que tu apprenais à aimer cette nouvelle façon d'être. Anna-Belle, je n'ai jamais voulu d'une femme soumise au sens péjoratif du terme, sinon je ne serais pas resté avec toi toutes ces années. Mais je voulais d'une femme qui sache combien est riche le rôle d'une épouse, d'une mère de famille et qui prenne plaisir à ces rôles. Je suis certain à présent que c'est toi.
Pierre s'est levé, sans lâcher mes mains et est venu prêt de moi. Il a posé un genou au sol avant de continuer.
-Anna-Belle, veux-tu m'épouser?
Il a sorti un écrin dans lequel trônait une bague, sur laquelle était perché une pierre : sans doute un diamant si je me fie à la façon dont elle reflète la lumière!
-Oui! Oui Pierre je le veux!
Il a mis la bague à mon doigt et elle était juste parfaite. Je l'ai contemplée un moment et nous avons conclu notre engagement par un long baiser.
-Pierre?
-Mon amour...
-Retournons dans notre chambre
C'est le moment parfait de jouir des bienfaits de ma visite à la boutique de lingerie! Non?
-Avec grand plaisir.
Cette année c'est mon année. Enceinte, fiancée... Connaissez-vous un plan qui va aussi bien que le mien?
CHAPITRE 3
Je ne rêve pas! Pierre m'a bien demandée ma main et j'ai accepté! J'ai dit oui! Nous sommes fiancés et je suis enceinte! Enceinte! J'ai tellement hâte d'apprendre la nouvelle à Pierre! Je vais annoncer nos fiançailles à ma mère dès que je rentre à Montréal. La personne qui a dit « ce que femme veut Dieu veut! » est un philosophe éclairé! J'en suis la preuve vivante!
Nous avons quitté l'hôtel sur les coups de 11 heures. J'ai bien évidemment pris la peine de faire l'éloge d'Audrey-Anne auprès du responsable présent à ce moment. Je lui ai également laissé une enveloppe dans laquelle je lui confirmais ma grossesse, avec un généreux pourboire : elle l'a largement mérité. Je n'arrive plus à détacher mes yeux de Pierre, mon Pierre. Un jour prochain, je serais Mme Mensah! Son épouse! Maman va enfin arrêter de s'inquiéter. Quand je repense à tout le chemin parcouru depuis le Cameroun jusqu'ici, je me dis que je suis une véritable miraculée.
J'ai obtenu mon baccalauréat avec une moyenne à peine acceptable aux yeux de mon père. Il faut dire que je n'ai pas toujours été aussi brillante qu'à l'université. J'ai toujours été consciente de mes capacités intellectuelles et cognitives, mais j'étais bien trop frustrée au collège pour laisser éclater mon potentiel. J'étais ce qu'on appelle communément un laideron. J'étais grosse comme un ballon de volleyball. Je faisais de l'acné sévère, je portais un appareil dentaire et pour couronner le tout, j'avais un problème de sudation. J'étais systématiquement le souffre-douleur de ma classe : garçons comme filles ne me faisaient aucun cadeau. Alors, tant que je pouvais passer inaperçu, rester sous les radars, je le faisais. Vous imaginez si j'avais eu des tableaux d'honneur ou autres récompenses, et que devant le collège entier, il me faille monter sur l'estrade pour les recevoir? J'étais déjà la victime parfaite pour mes camarades de classe, je n'avais aucune envie de devenir celle de tous les autres.
Il y avait une bande de filles populaires, un peu plus âgées, qui prenaient un malin plaisir à « coter » les filles. Elles s'asseyaient proches du terrain de basket, lieu de rencontre par excellence des adonis du collège. Elles donnaient des notes sur 10 à toutes filles qui osaient s'aventurer par là. Moi, je me cachais toujours derrière la salle d'eau : lieu de rassemblement de tous les loosers de l'école. Un malheureux jour, j'ai fait une indigestion et je suis sortie de ma cachette en courant pour atteindre les toilettes. Sur mon passage, j'ai bousculé l'une d'entre elles. Comme mon envie était pressante, je ne me suis pas arrêtée pour présenter mes plus plates excuses à sa majesté la reine : erreur fatale! Il aurait mieux valu que je défèque, là! Dans mes culottes! La honte du moment n'aurait sans doute pas été aussi terrible que les représailles de ce malheureux incident : elles ont fait de ma vie un enfer.
J'avais le béguin pour un garçon fort séduisant de terminale qui était un ami à elle. Je me suis confiée à ma voisine de banc, qui à son tour s'est confiée à un tel et ainsi de suite. Les divas du collège ont fini par l'apprendre : toute information pertinente servant à m'humilier représentait du pain béni pour elles. Savez-vous ce qu'elles ont fait? Une d'entre elles m'a approché : Stéphanie! Elle m'a parue particulièrement gentille et je me suis laissée avoir, bien que méfiante au départ! Elle m'a expliquée qu'elle savait que j'en pinçais pour Bastien. Elle m'a dit que lui aussi m'avait remarquée. Bien évidemment je ne l'ai pas crue sur le coup. Mais ça, elle l'avait prévu. Alors elle s'est mise à m'expliquer qu'en fait, la seule chose qui le retenait c'était mon attitude renfermée. Elle a soulevé le fait que j'étais tout le temps cachée derrière la salle d'eau. Elle m'a dit qu'il ne savait pas vraiment comment m'approcher, ni ce qu'il pourrait me dire pour m'intéresser. Elle m'a suggérée de me montrer plus souvent, et de choisir d'autres personnes avec qui me tenir : en gros, je devais quitter le camp des loosers pour « entrer dans la lumière ». Ce que j'ai fait. Bastien n'a évidemment pas arrêté de ne pas me voir, mais le reste du collège lui, a commencé à me voir! Aujourd'hui encore, quand j'y pense, j'ai dû mal à croire que j'étais aussi crédule. La réalité était bien différente : elles s'étaient arrangées pour liguer la quasi-totalité des élèves contre moi. Trop populaires pour qu'on leur résiste, la masse avait cédé. Je n'ai compris le stratagème qu'une longue semaine plus tard... trop tard! Et quand elles ont réalisé que la lumière avait fini par s'allumer dans mon ciboulot, la même Stéphanie est revenue vers moi, à la cantine –pour s'assurer d'avoir le plus de public disponible- et m'a dit sans détour : « Non mais tu pensais sincèrement que tu pouvais lui plaire? Regarde-toi dans un miroir! Pff Tu es un thon et lui il est allergique au poisson ». Les autres se tenaient en retrait mais suivait très attentivement la scène. Quand Stéphanie a fini sa tirade, en cœur, elles ont éclaté de rires. Je n'ai jamais eu aussi honte de ma vie. Je me sentais aussi important qu'une crotte de vache! Et encore, je suis conservatrice... Je n'étais qu'en 3ème et déjà, je comptais les années qui me séparaient de la terminale et de mon baccalauréat. Paradoxalement à mon envie irrépressible de quitter le collège, je n'arrivais pas à étudier davantage. Quand elles ont quitté le collège, deux ans plus tard, j'ai connu un peu de répit. Malgré tout, ma réputation de victime, laideron, thon, sac de pommes de terre, couscous, et j'en passe m'a collée à la peau jusqu'en terminale.
Au final, j'ai eu mon baccalauréat et mon père a choisi de m'envoyer continuer mes études au Canada. Il disait : « Elle ira rester avec les grosses gens comme elle. Si elle parlait anglais, j'allais l'envoyer aux États-Unis une fois! ». J'étais habituée à ce genre de remarque. Je n'y faisais plus attention. Mon père disait souvent que si bébé je ne lui avais pas ressemblé, il aurait douté de sa paternité tant je suis différente de lui : en effet, c'était un homme svelte! Ma petite sœur avait tout pris de lui! Moi en grandissant, j'avais changé. Tout comme ma vie à mon arrivée à Montréal.
Cette ville a changé ma vie du tout au tout! Je me suis jetée corps et âme dans mes études et dans le sport! Au bout de trois ans, j'avais obtenu mon bachelor, réglé mes problèmes d'acné, de sudation excessive et surtout, j'étais mince! Je n'avais jamais revu mon père depuis mon départ. Il faut dire que je limitais au maximum nos contacts. Il avait l'art et le talent de me gâcher l'humeur. Alors quand il m'a dit qu'il viendrait pour assister à ma graduation, pour « vérifier » si j'avais vraiment réussi, j'ai vu là une occasion de lui rabattre le clapet. Le jour de son arrivée au Canada, j'ai pris la peine de me coiffer, me maquiller et de me vêtir plus que convenablement pour aller le chercher à l'aéroport. Quand je l'ai vu marcher la sortie, j'ai su que je vivrais un moment inoubliable. Il est sorti de la zone internationale, s'est arrêté et s'est mis à me chercher dans la foule. Je le voyais s'impatienter : il pensait sûrement que j'étais en retard. Nos regards se sont croisés et il ne m'a pas reconnu. Il a continué à balayer la foule du regard et brusquement, il a tourné la tête pour me regarder à nouveau. Il m'avait enfin reconnue. Il était saisi de stupeur. Je suis donc allée vers lui, pour lui confirmer ce qu'il soupçonnait mais refusait visiblement d'accepter. Plus je m'avançais, plus je voyais l'incrédulité se dessiner sur son visage : on aurait dit qu'un énorme « IMPOSSIBLE » était tatoué sur sa face! Il n'en était qu'à sa première surprise. J'avais aussi décroché la médaille du gouverneur général pour l'excellence de mes résultats académiques, mais ça il l'apprendra plus tard, lors de la cérémonie elle-même. Dès cet instant, je suis devenue sûre de moi. J'ai commencé à fréquenter des garçons, mais jamais mes relations ne duraient. Alors, je m'investissais davantage dans ce qui marchait, ma carrière. J'avais eu la chance de décrocher un emploi dans une institution financière et j'ai commencé à gravir les échelons. Parallèlement, je continuais mes études. Des diplômes et des accréditations professionnelles j'en ai accumulé plus que nécessaire. Je passais beaucoup de temps dans des séminaires de perfectionnement professionnel. C'est d'ailleurs à l'occasion de l'un d'eux que j'ai rencontré Pierre. Je me souviens qu'il s'agissait d'un séminaire en finance sur les produits dérivés : on peut dire qu'on a pas mal dérivé depuis lors! Haha!
Je l'avais tout de suite remarqué : je trouvais ses interventions brillantes! J'ai tout de suite vu que Pierre est comme moi : il aime la performance, l'excellence. Il m'a fait la cour, comme la moitié des individus de sexe masculin présents. J'avais pris l'habitude de me faire courtiser lors de ce genre de colloques. J'étais séduisante : j'avais l'air de la secrétaire alors que je faisais partie, la plupart du temps, des intervenants. Je les intriguais, j'étais un bel oiseau à capturer, une bête à chasser. Pendant la phase de questions, les hommes –majoritaires dans l'assistance le plus souvent- n'hésitaient pas à me poser des questions plus complexes les unes que les autres. Elles étaient quelques fois hors propos, simplement pour valider qu'au final je n'étais qu'une « femme »! Mais à leur grande surprise, je répondais parfaitement et clairement. Plus jamais je ne voulais courber l'échine, ou encore me laisser humilier pour quelques raisons que ce soient. Pierre lui n'a pas été désarçonné par ma froideur lorsqu'il m'a abordée : ça m'a plu. Au début entre nous, ce n'était qu'une histoire de sexe... pour moi tout au moins. Mais avec le temps, je me suis attachée et nous sommes restés ensemble. Il venait de la France et avait dû reprendre des études universitaires pour obtenir un diplôme canadien : raison pour laquelle il était encore aux études! Grâce à son expérience professionnelle antérieure, ses excellents résultats académiques et son titre professionnel de CFA, il a rapidement trouvé un emploi. Et la suite vous la connaissez... À force de repenser à tout ça, je n'ai pas dormi durant tout le trajet. Je suis trop excitée par tout ça. Avouez que c'est une belle histoire : le thon s'est transformé en sirène!
À notre arrivée, Pierre est allé dans la chambre s'étendre : le voyage l'avait fatigué. Pendant ce temps, j'ai appelé ma mère.
DRING! DRING! DRING!
-Allo!
-Maman!!!!!
-Oui Anna-Belle! Pourquoi tu cries?
-Maman, Pierre m'a demandée en mariage! Tu vois? Je t'avais dit de ne pas t'en faire!
-C'est vrai ma fille?
-Oui maman! Attends je fais une photo de la bague je te l'envoie par mail.
-Oh! Que Dieu soit loué! Tu ne vas plus vivre dans le péché.
Vraiment maman et ses convenances du siècle passé! Même si vivre avec Pierre avant le mariage n'était pas mon premier choix, je n'ai jamais vu ça comme un « péché ». La Bible a été écrite il y a trop longtemps pour s'y référer de nos jours! Quel mal y a-t-il pour deux adultes consentants de partager leurs vies sans contracter d'union légale?
-Maman!!!!
-Quoi? Est-ce que je mens? Vous les jeunes vous vivez comme si vous avez réinventé le monde! Comme tu as mis Dieu dans une boîte là, ne t'en fais pas Il va y rester. Mais c'est toi qui perds! Fais confiance à mes vieux jours!
-Maman ce n'est pas le sujet qui nous occupe...
-Ok... Mais je suis très heureuse pour toi ma fille. Vous avez déjà planifié les choses?
-Non c'est tout nouveau. Tu es la première au courant.
-D'accord! Mais parlez vite hein! Tu n'es plus toute jeune!
-Tu as raison maman! Aussi...
-Oui quoi?
Je voulais lui parler de la grossesse mais ce serait une décision inconsidérée et le résultat d'une mauvaise évaluation de la situation. Le risque que Pierre m'entende est trop élevé. L'annonce de ma grossesse attendra.
-Non rien maman! Je dois te laisser. Embrasse papa de ma part.
-D'accord.
Nous avons raccroché et je suis allée rejoindre Pierre dans la chambre. Il s'était allongé pour se reposer. Je me suis couchée à côté de lui pour lui parler. J'espérais qu'il me dise comment il envisage le déroulement de nos noces, mais il m'a prise de court.
-Anna-Belle je voudrais te demander quelque chose
-Oui je t'écoute.
-Pour le moment, je ne voudrais pas en parler à ma famille. Tu sais que les rapports entre toi et eux sont tendus. Je voudrais prendre le temps d'amener ça doucement.
Je me suis redressée pour mieux l'écouter.
-Attends je ne comprends pas. De quoi as-tu peur?
-Je n'ai pas peur! Voyons! Je veux simplement que les choses se passent de la meilleure des façons entre nous. Et c'est la façon de nous donner le plus de chances.
-Le plus de chances? J'avoue que là je suis larguée. J'ai du mal à te suivre Pierre.
-Qu'est-ce que tu ne comprends pas?
Je le sens s'impatienter. Ça tombe bien, il n'est pas le seul à perdre patience.
-Je ne comprends pas que tu me demandes ma main et qu'ensuite tu attendes l'accord de tes parents. Si tu avais besoin de leur permission, il fallait l'obtenir avant de me demander ma main!
-Tu prends toujours tout de travers.
-Très bien. Explique-moi que je comprenne bien la situation!
Il s'est aussi redressé
-Pour venir demander ta main au Cameroun je dois bien être accompagné de mes parents! Non? Alors laisse-moi-leur présenter les choses pour que ça puisse se faire.
-Je te le concède. Mais j'ai toutefois une question si tu permets.
- Vas-y
-Et s'ils refusent? Que vas-tu faire?
-Nous n'en sommes pas là! Tu sais? Tu n'es pas obligée de tout voir en termes de scénario optimiste et scénario pessimiste! Quelques fois, il faut que tu laisses la gestion de risque au travail. Ça me ferait des vacances.
-Pierre ne commence pas à être condescendant. Tu me demandes de t'épouser en me disant que je suis la bonne et que tu en es sûre mais tu ne précises pas que c'est conditionnel à l'approbation de tes parents. Dois-je vraiment te rappeler que ta mère n'est pas capable de me voir en photos? Tu t'attends à quoi? Qu'elle accueille la nouvelle de nos fiançailles comment? Tu crois qu'elle va t'applaudir? M'accepter?
-MAIS QUE VEUX-TU QUE JE FASSE?
-Que tu prennes tes responsabilités Pierre. Que tu lui dises que tu m'as choisie, MOI et pas une autre. Que tu lui dises que ton bonheur se bâtira avec moi!
Les larmes me montent et je n'ai aucune envie de les retenir.
-Anna-Belle, mes parents ne sont pas les tiens! OK? Il y a une façon de faire les choses chez nous!
-Pierre ce n'est pas une question de béninois ou de camerounais. Quand un homme, qui plus est de ton âge, demande une femme en mariage il n'attend plus l'aval de ses parents. Et moi? Pierre as-tu pensé à moi? À notre bébé?
Non, je confirme que ce n'est pas un lapsus. Je pense que c'est le moment idéal de lui en parler. En réalisant qu'il va être papa, il comprendra qu'il est temps de sortir des jupes de maman! Pour le moment il a plus l'air d'un petit garçon en culottes qui se pètent les bretelles!
-Notre... bébé?
Je n'arrive pas à déceler ce que le ton de sa voix exprime, mis à part la surprise évidemment!
-Oui Pierre! NOTRE bébé!
En disant ces mots, j'ai ouvert les vannes de mes yeux et les larmes ont déferlé sur mon visage. Pierre lui s'est levé. Il semble stressé. Il fait les 100 pas dans la chambre et chuchote des choses à peine audibles dans sa langue. Pierre semble complètement désorienté. Je m'attendais à ce qu'il soit surpris, mais là il y autre chose. Je choisis de garder le silence, et de l'observer. Il finit par s'arrêter et se retourne brusquement vers moi.
-Tu n'es pas censée prendre la pilule ou un truc pour empêcher ce genre d'accident?
Non mais je rêve! C'est mon bébé qu'il appelle accident? Je dois garder mon sang froid et ne pas perdre de vue que je suis supposée être moi aussi plus ou moins « gênée » par cette grossesse.
-Si! Et je suis la première surprise! Hier à l'hôtel j'ai fait un malaise, et c'est une des hôtesses qui a évoqué la possibilité d'une éventuelle grossesse. Malgré mon insistance à lui expliquer que ce n'est statistiquement pas plausible, elle a toutefois tenu à m'apporter un test de grossesse. Je l'ai fait juste pour me rassurer. Techniquement il y a 0.3% de chances de concevoir sous la pilule. Je ne pensais pas en faire partie. J'ai 32 ans! Bon sang Pierre! Inutile de te sortir les statistiques sur l'évolution de la fertilité d'une femme en fonction de l'âge! Non?
-Et tu comptais me le dire quand?
-Je voulais aller voir un médecin pour confirmer ou infirmer le résultat avec une prise de sang!
-Il y a quelque chose de pas net dans ton histoire!
-Ah oui?
Je savais qu'il se poserait des questions. C'est bien qu'il le verbalise!
-Anna-Belle es-tu sûre que cet enfant est un accident?
-Je crois que tu perds la boule! Je vais ignorer cette remarque et m'allonger. Pendant ce temps tu vas sortir prendre de l'air et ne reviens pas tant que tu n'as pas les idées claires. Après, je te ferais la faveur de ne pas tenir compte de ce moment d'égarement de ta part.
-Non Anna-Belle! Je n'irais nulle part! Tu vas répondre à ma question.
-Ok je vais y répondre. Je t'ai piégé! Voilà! Tu te sens comment maintenant?
-Ne joue pas avec moi Anna-Belle! Réponds!
-Qu'est-ce que ça change dis-moi? C'est moins ton enfant? Pierre je ne te comprends pas. Je ne te comprends vraiment pas. Pourquoi je mettrais ma vie entre parenthèses sans aucun engagement de ta part. Si encore j'étais tombée enceinte deux mois plus tard après ta demande en mariage, j'aurais compris que tu me soupçonnes. Mais là? Dans la situation actuelle! Regarde ta réaction! Fiancés tu réagis comme si j'avais commis un meurtre...
-Merde!
-Merde? MERDE?
Là la colère est montée.
-Anna...
-MAINTENANT TU VAS M'ÉCOUTER! S'il s'avère que je suis enceinte et que tu ne te sens pas prêt pour avoir un enfant je l'élèverais sans toi. Je n'ai pas 18 ans pour courir pleurer dans les jupes de ma maman. J'ai un travail et les moyens d'assumer cet enfant seule. Alors n'y vois aucune pression de ma part. D'ailleurs tiens!
J'ai enlevé ma bague et je la lui ai tendue. Il est resté immobile un moment, puis s'est avancé vers moi. Il a pris la bague et l'a remise sur mon doigt.
-Je te demande pardon. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je suis vraiment con parfois. On va gérer! Ok?
Il a voulu me prendre dans ses bras mais je me suis échappée de son étreinte.
-Pierre écoute j'ai besoin d'être un peu seule.
Il m'a regardée un moment avant d'ajouter.
-Je comprends. Je vais faire un tour et je reviens.
Il m'a donnée un bisou sur le front et est sorti. Je me suis assise. Il faut que j'intègre tout ce que nous venons de nous dire. Il faut que je lise entre les lignes. Je comprends que Pierre n'est pas prêt à m'imposer à sa famille. Et l'enfant? Il semble l'avoir accepté mais jusqu'à quel point? Nous verrons bien. Avant d'alerter la planète au complet, je vais faire ma prise de sang et ensuite nous aviserons.
Quelques heures plus tard, Pierre est rentré. Il m'a rapportée des macarons. Sans doute pour se faire pardonner. Il m'a rejointe sur le sofa et a posé les macarons sur la table.
-Anna-Belle, j'ai bien réfléchi.
-S'il-te-plaît... pas ce soir!
Il ne faut pas que je lui donne le sentiment d'être pendue à ses lèvres, me languissant après un mot favorable à mon endroit.
-Non s'il-te-plaît. C'est très important ce que j'ai à te dire.
Il a pris la télécommande et a éteint la télévision. Il s'est ensuite accroupi devant moi. Bien sûr, je faisais celle qui n'en avait rien à faire. Mais Dieu Seul à cet instant sait combien je trépigne d'impatience.
-Bébé je t'en prie écoute moi, me dit-il
Je lui ai fait signe de la tête pour lui signifier mon accord.
-Bébé, j'ai bien réfléchi. Tu as raison. Je te veux, toi, et personne d'autre. Je vais m'occuper de mes parents. Tu n'as aucune inquiétude à avoir.
Il a ensuite posé la main sur mon ventre avant de continuer.
-Ce bébé nous allons l'élever ensemble en parents responsables.
-Pierre... Es-tu sûr de toi? Je ne veux pas compter sur toi et être déçue ensuite. Je préfère que les choses soient claires entre nous.
En guise de réponse, j'ai reçu un baiser. Mais ce n'est pas la réponse que j'attends.
-Pierre je veux t'entendre le dire
-Je te le promets.
-Qu'est-ce-que tu me promets exactement? J'ai du mal à comprendre.
-Anna-Belle Nzali, je te promets que toi, moi et notre enfant nous formerons une famille, dans tous les sens du terme! Satisfaite?
Si je suis satisfaite? Pas qu'un peu!