_ je t'aime Benoît, mais papa ne sera jamais d'accord pour nous deux . Que l'un de nous le veuille ou pas, je me marierai demain à cette même heure.
**Trois années plus tôt.**
Anicha a réussi son examen . Elle a finalement eu ce brevet malgré les invectives de son père qui considère qu'une jeune femme n'est pas faite pour l'école, mais doit être formée par d'autres femmes pour devenir une bonne mère au foyer et savoir tenir une maison . Son rêve est d'être documentaliste dans quelques années. Son unique soutien est sa maman qui l'encourage secrètement dans tout ce qu'elle entreprend. Elle ne souhaite pas voir sa fille terminer sa vie comme elle: dans un foyer polygamique avec de nombreuses coépouses qui ne s'apprécient pas et sont perpétuellement en concurrence pour être la plus aimée de leur mari . Avec son diplôme d'ingénieur agronome, elle aurait souhaité être en ce temps quelque part dans le monde en train d'étudier un sol ou d'exporter des produits alimentaires bio pour le compte d'une société de renom . La sienne peut-être, mais elle a sacrifié tous ses rêves pour faire plaisir à son papa et obéir à sa religion. Son mariage fut grandiose, mais rien de plus . Elle passe ses journées à tourner entre les quatres murs de sa dépendance, à nettoyer autant de fois que peut se faire des taches ou la poussière sur le sol. À force , elle a fini par s'y habituer mais demeure nostalgique de sa jeunesse et de ses grands projets disparus sous ses yeux larmoyants toutes les nuits . Sa seule fierté est sa fille. Anicha est aussi intelligente que sa maman, pleine de vie, a de grands projets, mais surtout est une très belle jeune fille . Elle devient une femme et cela ne cesse d'inquiéter sa maman, car le milieu dans lequel ils vivent est hostile à l'épanouissement de la gente féminine en dehors du cercle de sa croyance . Anicha ne s'en rend pas encore compte car elle entre de plein-pied dans l'adolescence et continue d'être éblouie par les belles attentions que lui porte son papa qu'elle ne quitte jamais longtemps. Ils sont très proches. Quand le jour fatidique arrivera, Allah seul sait ce qui se produira car la jeune fille s'est accommodée aux habitudes de ceux de son entourage . Surtout à celles de ses amies Chrétiennes qui mettent des pantalons et se baladent la tête découverte où elles veulent. Youssouf, son père, ne les a jamais apprécié. Pour lui, elles sont des envoyées spécial du diable en mission pour dérouter sa fille de son destin prestigieux d'être l'épouse d'un riche homme d'affaires dans leur pays d'origine.
Il a toujours pensé que déménager pour la France était une très mauvaise idée, mais Latifa l'a convaincu du contraire il y a quinze ans car c'était son pays de rêve et il en était fou amoureux . Depuis lors, il fait des allers et retours entre son pays d'accueil et la Turquie. Il y passe un mois sur deux en compagnie de ses deux autres épouses et retourne auprès de Latifa et sa fille pour s'occuper de son business de maroquinerie de luxe . Si Anicha avait été un garçon, il serait entièrement comblé de joie mais son entité supérieure a voulu le contraire . À présent qu'elle a enfin obtenu son brevet, il peut se permettre de lui trouver un mari . Il a lui aussi remarqué qu'elle devient une femme et attire les jeunes adolescents de son voisinage, qu'il menace à chaque fois que ceux-ci rôdent à ses côtés. Elle doit se marier pure , en ayant conservé son innocence pour présever l'honneur de sa famille aux yeux de son mari et de sa futur belle-famille ; mais aussi aux yeux du voisinage qui a un grand respect pour eux . Ils sont dans un quartier majoritairement privilégié par la communauté musulmane issue de divers horizons . Comme toutes les vacances de fin d'année scolaire après la publication des résultats définitifs, Anicha et ses parents se rendent à Istanbul pour les vacances . ils y passent un mois entier et retournent une semaine avant la rentrée en France. Seulement, pour cette fois, un fait déconvenue devra les retenir quelques jours de plus dans ce pays qu'elle adore .
Latifa prépare du thé pour son époux dans la cuisine. Elle ira le rejoindre dans quelques instants pour le persuader que ce n'est pas le bon moment. Son mari l'aime et l'écoute la plupart du temps, mais pour ce sujet elle a très peur. Tout porte à croire qu'il a pris une décision radicale et ne la changera pas. Elle espère pouvoir l'apaiser avec cette dernière carte dans son sac . Si ça se passe mal, sa famille sera à jamais disloquée. Une chose qu'elle aurait du mal à supporter et s'en voudra longtemps de n'avoir rien pu faire . Le visage anxieux, elle se dirige dans la chambre Youssouf à pas lents. Une de ses coépouses qu'elle apprécie le moins l'interpelle pour des chimères comme, d'habitude mais elle ne s'intéresse pas à ses provocations . Celle-ci lui lance un juron et s'en va tandis que Latifa ficelle son souhait. Elle cherche les bons mots pour s'adresser à son époux lorsqu'ils seront dans la même pièce.
_ Je te salue Habibi . Voici ton thé.
_ Merci . Pose le là.
Elle pose son café la table près du divan et se tient devant lui la tête baissée, les yeux braqués sur le sol.
_ Que veux-tu de plus ?
_ Il faut qu'on parle de la situation d'Anicha je t'en prie .
_ Il n'y a plus rien à redire . Nous en avons déjà discuté et j'ai fait mon choix . Tout se passera comme prévu. Dans un mois lunaire nous en aurons terminé et tout le monde sera content .
_ Non Habib. Non !!! Tout le monde ne sera pas content . Ta fille mourra de tristesse et mon cœur de mère sera meurtrie. Je ne saurais le supporter .
_ j'ai scellé un contrat avec le père d'Ahkim en lui donnant ma parole il y a seize ans . Le moment est venu de l'honorer. Elle est prête.
_ Non, non Habib. Elle ne l'est pas encore . Elle n'est pas au courant de tout ce qui se passe . Je n'ai pas osé lui en parler. Donne lui le temps d'obtenir son diplôme de fin d'étude secondaire je t'en prie . Je prendrai sur moi de la préparer dès à présent à cette lourde responsabilité qui l'attend, je te le promets, mais s'il te plaît pour l'instant, ne fait pas une telle chose .
Elle continue d'implorer son époux en se jetant à ses pieds. Elle sait que c'est un homme juste et compréhensif. En plus, il a beaucoup d'amour pour elle et n'aime pas la savoir triste . L'amour qu'il a pour sa femme et pour sa fille unique est aussi grand que celui qu'il a pour sa fortune et son pouvoir dans le pays. Il pense à sa Anicha et son visage tendre, ainsi qu'à la tristesse que pourrait ressentir cette jeune enfant. Il souffle un instant .
_ Va dans ta chambre. Je ferai appel à toi quand le besoin se présentera. Je t'ai écouté.
Latifa remercie son époux qui essuie ses larmes qui ont, il y a peu, trempé les cils de ses grands yeux envoûtant. Elle se lève sans se retourner et emprunte le chemin qui mène à la porte de sortie de l'immense chambre du richissime homme d'affaires . Elle ouvre la porte de sa chambre et tombe nez à nez avec Aïcha, la première épouse de l'émir qui ne se fait pas prier pour épier ses moindres faits et gestes durant chacun de leur séjour par jalousie . Il s'en a fallu de peu pour qu'elle lui tombe dessus . Cette dernière lui en a toujours voulu de lui avoir volé la vedette devant leur époux depuis son arrivée dans leur vie .
_ Tu écoutes toujours aux portes ma chère Aïcha ...
_ Que lui disais-tu ? Tu as une maison à toi toute seule pendant des mois à ses côtés et même ici, tu persistes encore à vouloir le garder pour toi . Je ne te laisserai pas le faire une fois de plus . Pourquoi as- tu rencontré Youssouf ?
_ Pour un sujet qui ne te concerne pas .
Elle ôte son bras que l'autre avait fermement tenu et s'en va sous l'œil ébahi d' Aïcha qui a du mal à croire ce qu'elle vient de faire .
_ Je raconterai tout à Youssouf tu verras !!!
Elle se met à chercher Noura, l'épouse palabreuse pour lui relater les faits qui viennent de se produire. À la base, les deux femmes ne s'entendent pas, mais forment à chaque fois un bloc pour nuire à Latifa car c'est la préférée de leur mari .
Au même moment dans sa chambre Youssouf réfléchit à tout ce que lui a dit sa femme au sujet de sa fille. Il trouve qu'elle n'a pas totalement tort . Anicha est très jeune et naïve par rapport aux jeunes filles de son âge. Il serait risqué de la bousculer avec des idées de mariage mais que faire ? Il a scellé l'union entre ces deux enfants il y a quelques années en prenant une dote partielle à son ami d'enfance . Son fils aujourd'hui âgé de vingt-cinq ans a terminé ses études et souhaite se caser. Il sent son désir pressant de devenir son gendre avant même qu'il ne vienne à lui . Un mois de trente jours devrait suffire pour trouver une raison de repousser ce mariage et donner une chance à sa fille unique de faire une chose qu'elle aime; et de mûrir entre-temps sous les conseils de sa mère. D'un autre côté, il pourrait étendre ses succursales de maroquinerie avec l'aide de son ami au Maroc et dans bien d'autres pays s'il accepte que la seconde partie de la dote lui soit versée dans le délai conclu . Ahkim est de bonne famille et c'est un as dans les affaires comme son père. Avec lui aux côtés de sa fille, il dormirait le cœur léger sachant que cette dernière ne manquerait jamais de rien.
Latifa de son côté s'interroge sur la décision finale que prendra son époux . Elle n'apprécie pas ce potentiel gendre et prie tout au fond de son cœur pour que le fil d'Ariane qui existe entre son époux et cette famille de gens arrogants soit coupé au plus vite; au mieux, elle prie pour qu'il disparaisse une bonne fois pour toute . Ce que cette mère ignore est qu'entre les hommes, il a déjà été arrêté définitivement un marché. Tout ce qu'elle peut faire c'est repousser ce qui devra tôt ou tard arriver.
Deux jours passent sans suite. La jeune femme est perturbée . Elle n'a pas revu son époux depuis lors et l'accès à sa chambre lui est interdit . Cette semaine,il la passe avec Aïcha, elle n'y peut rien . Pour se changer les idées, elle prend un temps de repos dans le jardin, admirant les hirondelles et les papillons qui volent autour d'elle en formant une parade nuptiale. Quelqu'un couvre ses yeux. Elle sourit . Ces petites mains ne peuvent être que celles d'Anicha . Elle a toujours aimé causer de petites frayeurs à sa maman en signe d'amour. Elle est toujours amusée de la voir en sursaut lorsque ses mains touchent son visage .
_ Bonjour maman .
Sa tendre mère la prend dans ses bras et elles se font un long câlin chaleureux .
_ Comment vas - tu ma chérie ? Comme tu m'as manqué !!!
_ Toi aussi maman. Papa m'a demandé d'aller chez ma tante passer la nuit . J'ai laissé un message à la femme de ménage pour qu'elle te prévienne . Apparemment ça n'a pas été le cas .
_Oui. Nous ne nous sommes pas vus. Elle est en repos ce week-end je crois. Dans la hâte de partir, elle a dû l'omettre . Mais là n'est pas la question . Dis moi une petite chose ma chérie. Pourrais-tu accepter de vivre ici si papa et moi décidions de quitter La France pour des besoins économiques ou tout simplement nous ressourcer ?
_ Tu sais maman . J'aime beaucoup ce coin, mais je préfère encore mieux cet endroit qui m'a vu grandir, cet endroit où je connais plein de gens et où plein de gens m'aiment. Ma vie n'est pas ici. Papa et toi n'avez pas de soucis d'argent, alors cette question n'a pas sa place actuellement.
À la suite de ces mots, elle regarde les feuilles jaunes d'arbres quitter des troncs pour mourrir sur la terre, le visage froncé . Latifa comprend qu'elle a un grand travail à abattre si elle désire voir sa fille dans un foyer, soumise et respectueuse des valeurs culturelles qu'elle n'a jamais réellement pris le temps de lui inculquer . La priver de cet aspect de sa vie a été une grande erreur . C'est une honte pour elle selon les mœurs. Les voisins commenceront à en parler, les plus curieux le font déjà avec joie . La fille unique de l'émir n'a pas un chemin contraire à celui prescrit par les écritures. Au contraire, elle doit servir d'exemple pour les autres.
Sur ce, les deux femmes quittent le jardin pour la maison. Lorsqu'elles atteignent le grand salon , un des serviteurs du chef de famille précise à Latifa que son maître désir la voir . Elle dit au revoir à sa fille et le suit aussitôt sous le regard circonspect de celle-ci.
_ Prends place. Lui dit son époux en la voyant entrer dans son bureau.
_ Bonjour mon Cheikhou .Vous m'avez manqué.
_ Tu n'as pas besoin de me flatter Latifa. Je sais ce que tu veux. Je sais aussi que tu tiens à moi et plus encore à ton enfant. Alors j'ai réfléchi . J'ai trouvé une idée pour satisfaire ton envie de voir notre fille épanouie .
_ Merci Habib .
Latifa est très heureuse de savoir que ses efforts n'ont pas été vains .
_ Laisse moi terminer . Tu vas organiser un dîner ici même dans deux jours . Les membres importants de la famille d'Ahkim seront présents. Je discuterai de nouveaux accords avec eux, seul, dans le grand bureau du fond. Personne ne devra nous perturber.
Latifa ne discute pas les ordres de son mari et sort de son bureau le cœur plus apaisé; et rassurée du fait que ce mariage n'aura pas lieu. Leurs convives considèreront cela comme un affront, un déshonneur envers eux . Ahkim en sera le premier vu le degré d'insolence qui le caractérise depuis son bas âge .
En bonne épouse, elle devrait prévenir ses coépouses de ce qui est en train de se passer, mais ne le fera pas. Noura et Aïcha seraient prêtes à tout faire pour caser la jeune fille. Elles se considèrent déjà comme étant supérieures à elle parce qu'elles ont pu donner des héritiers à Youssouf . La marier au premier venu les enchantera plus que tout . Pour pallier celà , elle décide avec prudence d'attendre le retour de la nourrice d'Anicha le jour qui suit pour qu'elles puissent tout mettre en place. Ce ne sera pas une grande fête. Elles feront juste le nécessaire pour mettre chaque personne qui sera dans cette grande pièce à l'aise . La décoration ne prendra pas beaucoup de temps . Elle sera très soft .
Il est cinq heures de l'après-midi lorsque la femme de ménage tant attendue revient enfin de son congé d'un jour. C'est une chance pour sa patronne qu'elle ait pris son jour de repos un jour avant le week-end . Si cela avait été comme d'habitude, elle aurait été très embarrassée en compagnie des deux autres femmes venimeuses de la maison. Celle qui vient de lui faire des baisers sur la joue est la seule en qui elle a confiance dans le domaine. En plus d'avoir pris soin de sa fille depuis sa naissance, elle a longtemps joué le rôle de mère pour elle-même, en lui prodiguant des conseils qui l'ont aidé à tenir dans son mariage jusqu'à ce jour, alors qu'elle était devenue orpheline de père et de mère il y a un peu plus de seize ans .
_ Bienvenue Adja . Je suis heureuse de te revoir . Retrouve moi dans ma chambre après avoir repris ton souffle de ce long voyage .
Adja n'a pas perdu de temps . Elle est allée deux heures plus tard rejoindre " sa fille " afin qu'elles puissent discuter.
_ Vous avez demandé à me voir Latifa, je suis là .
_ Tu n'as pas besoin de me vouvoyer Adja. Nous avons toutes les deux dépassé ce stade .
_ Une vielle habitude mon enfant .
_ Youssouf veut marier Anicha. J'ai pu le convaincre d'attendre qu'elle termine le collège.
_ Tu sais que celà finira par arriver . Laisse les choses se mettre en place . Ne repousse pas son destin plus longtemps . Tu es toi aussi passée par là à son âge.
_ Oui, J'étais déjà préparée à tout ceci et je connaissais très bien la famille de mon futur mari . Je l'ai aimé de loin et il m'a fait la faveur de me laisser terminer mes études universitaires . Même si je n'ai pas le droit de travailler, je lui en suis reconnaissante. Anicha n'est pas comme moi . Elle ne comprendra pas . Je crains qu'elle ne soit très occidentalisée.
_ Que comptes- tu faire ?
_ Nous devons organiser le dîner entre mon époux et son futur époux demain. Je prie pour que rien ne marche .
Après cette discussion , les deux femmes se sont mises à faire des préparatifs pour la réception à venir .
Le jour du dîner arrivé , les autres membres de la maison sont surpris de voir ce qui se passe. Les allers et retours qui sont effectués de la salle de banquet au grand bureau attire la curiosité de chacun d'eux . La décoration haute en couleurs est parfaite .
Le maître de maison et son conseiller attendent leurs invités dans le bureau . Ahkim, son père et trois autres personnes arrivent. Ils sont conduits dans le bureau où Youssouf les accueille chaleureusement. Il pleut de longs baisers d'amour et d'amitié entre les hommes durant quelques minutes, puis une servante leur offre du thé . Une troupe de chanteurs et deux danseuses au déhanché séduisant mettent la bonne ambiance dans la salle . L' heure des discussions sérieuses sonne .
_ Nous te remercions pour ton accueil cher Emir. Maintenant , nous nous préparons pour donner le reste de la dote de notre enfant dans quelques jours . Quelle est la raison de notre présence en ce jour ?
Youssouf ne macha pas ses mots.
_ La nuit m'a porté conseil par rapport à ce mariage . Votre fils n'est pas encore financièrement prêt pour prendre soin de ma fille.
_Tu ne veux plus de mariage ...
_ Je ne dis pas une telle chose . Comme reste de la dote pour ma fille. J'exige d'Ahkim ici présent qu'il construise par ses propres moyens une maison digne de ce nom pour l'accueillir. À l'obtention de son dernier diplôme, nous célébrerons le mariage sans plus tarder.
Il y a eu des murmures parmi les invités et la musique a été coupée. Les chanteurs sont sortis et un silence de cimetière a envahi la salle.
Ce silence a duré près d'une quinzaine de minutes . Ils se regardaient les uns les autres sans que personne ne puisse émettre un son. Ahkim, on ne peut plus contrarié, s'est déplacé et est allé au balcon pour observer la nature, dans l'espoir de pouvoir évacuer sa colère et ne pas se montrer méprisant face à son futur beau-père. Son courroux se lisait aisément sur son visage aux sourcils froncés. Youssouf savait qu'il était en train d'user de son pouvoir d'une certaine manière pour tout retourner en son avantage,mais les savoir contrariés ne le gênait point.
Ce retournement de situation avait pour but secondaire de lui permettre de savoir à quel point Ahkim tenait à sa fille et jusqu'où celui-ci serait prêt à aller pour elle .
Quelqu'un a finalement été assez courageux et a pris sur lui de briser ce silence devenu on ne peut plus pesant qui créait une situation d'inconfort entre les deux groupes d'hommes. Cette personne c'était Hamadi, le conseiller de l'émir . Dans sa casquette d'homme de paix, il avait proposé aux convives de retourner chez eux si un terrain d'entente n'était pas trouvé ce jour; et de revenir pour un nouveau rendez-vous avec de meilleures décisions . Il en a profité pour dire que l'émir était un homme de paix et d'harmonie, un rassembleur qui voudrait être certain de faire le bon choix pour sa progéniture . L'émir a soutenu ses propos en leur précisant que son unique fille était le rayon de soleil de sa maison et même de sa contrée. S'il fallait qu'il la marie à un quelconque prétendant , celui-ci se devait d'être à la hauteur de ses attentes; c'est-à -dire pouvoir prendre soin d'elle autant; voire plus que lui, son père ne l'a jamais fait . Son gendre bien que montrant les signes d'un avenir fructueux n'était pas encore assez stable pour la prendre auprès de lui.
Il y a eu quelques grognements puis tout est revenu dans l'ordre et le père d'Hakim avec son fils dores et déjà assis près de lui a accepté la proposition de son vieil ami. Le consensus a finalement mis les deux parties d'accord et la date du mariage fut finalement repoussée . Hakim a promis de commencer la construction de la maison de sa future épouse dès le mois suivant . Il avait beaucoup d'amour pour Anicha . Lui, il la connaissait, car son père lui avait déjà montré plusieurs photos d'elle, mais la jeune demoiselle pétillante à l'innocence hyperbolique n'avait jamais entendu parler de celui-ci, même furtivement. Quelques semaines plus tard, les préparatifs du retour en France ont été effectifs . Anicha avait tenu à faire un petit tour au marché, accompagnée de sa maman et des hommes de mains de son père,pour acheter des souvenirs de cette année-là.
Les rues du marché étaient bondées. Les vendeurs d'épices de différentes variétés,hauts en couleurs et aux parfums exotiques s'employaient à attirer vers eux les meilleurs clients par des qualificatifs assez tentants. Une stratégie de marketing d'approche assez répandue dans la région, mais les deux femmes avaient une idée précise de ce qu'elles désiraient . Elles se sont dirigées dans le petit marché de légumes pour acheter de quoi ravitailler le domaine pour un mois entier vu que cette charge revenait ce jour-là à Latifa; puis ont fait un tour dans une poterie pour acheter un de ces vases tant recherchés sur le marché pour leur originalité. Enfin, Anicha s'est achetée une douzaine de Hijab qu'elle comptait mettre au courant de la nouvelle année scolaire à venir . Elles ont fini par passer devant la grandiose boutique d'Hakim. Anicha attirée par les articles qui s'y trouvaient avait voulu qu'elles y aillent voir mais sa mère s'était empressée de la dépasser avant qu'elle ne remarque Hakim qui s'occupait à vu d'œil d'un client important.
De retour à leur domicile, Noura et Aïcha lui ont fait des injonctions pour qu'elle change le menu du jour; car leur époux était sur régime depuis une semaine à cause de son mal constant d'estomac. Latifa le savait et comptait le faire avant leur arrivée . Elle a néanmoins laissé ses aînées conjugales faire à manger à leur époux pour ne pas lui causer plus d'un problème à devoir résoudre . Ils avaient déjà dû repousser la date de leur retour en France à cause du mariage raté de leur fille. Très mal à l'aise dans cet abri, tout ce qu'elle lui souhaitait de mieux était qu'il guérisse promptement afin qu'ils puissent tous ensemble, rentrer à temps . Septembre était dans très peu de temps et Anicha devait reprendre les cours...
Une nouvelle semaine s'annonce. Elle est plus joyeuse que la dernière: l''émir s'est remis sur pieds, au grand bonheur de tout le monde, et semble encore plus fort qu'il y a quelques mois. Ils peuvent maintenant s'en aller.
Les aurevoirs ont été émouvants. Comme à chaque fois, d'ailleurs. La petite Anicha a toujours eu beaucoup de mal à les faire quand il fallait qu'elle s'éloigne d'Adja sa nourrice. Cette bonne femme était autant pour sa mère que pour elle une confidente et une conseillère de confiance. Pour atténuer sa douleur, l'émir avait dû promettre à sa fille qu'elle les rejoindrait dans trois mois pour passer avec elle quelques-uns de ses jours de congés en temps de Noël.
Faute de temps, ils ont dû prendre le dernier vol de la veille qui allait dans leur destination en classe économique. Pas de choix,le deux septembre c'est demain, jour de la rentrée scolaire d'Anicha dans ce collège de Roubaix qu'elle chérit tant . Ils ont malheureusement eu une semaine de retard par rapport à leur retour habituel,mais c'est toujours mieux que rien. Ils se reposeront le week-end suivant .
La jeune fille avait hâte de retrouver ses amies et de faire de nouvelles rencontres car chaque année il y en avait toujours . Cette adolescente très extravertie savait profiter de chaque seconde de sa vie à fond. Par son innocence, elle puisait toute sa joie et sa grande énergie dans le bonheur que lui procuraient tous ceux qui l'entourent . Les voir en joie était pour elle une raison de joie . Elle pleurait et riait avec eux en fonction des différentes situations dans lesquelles ils se retrouvaient.
Il est déjà sept heures quarante-cinq minutes quand la sonnerie de l'établissement d'enseignement secondaire résonne au grand désarroi de ses étudiants. La plupart des élèves rejoignent leur salles de classes respectives, tandis que d'autres traînent encore quelque temps dans la cour de récré, car les cours à proprement parler débutent aux environs de huit heures du matin. Anicha qui est restée à l'extérieur vient d'apercevoir ses deux meilleures amies qui l'attendent : Éloïse et Emma. Elles ont toutes les deux quinze ans d'âge et sont très proches d'Anicha qu'elles appellent affectueusement Ancha (Lire Encha ) . Les trois amies se prennent dans les bras et se font de gros câlins,puis se dirigent dans la salle qui leur servira d'abri porteur de savoir pour les neuf prochains mois . Éloïse qu'elle appelle affectueusement Lou et Emma s'installent au niveau des deux premiers table-bancs à l'extrémité gauche de la salle . Anicha s'installe juste derrière elles. Au même moment entre Yan, un jeune garçon qui fait depuis toujours d'Anicha son souffre-douleur à cause de son voile qu'il dit haut et fort ne jamais avoir apprécié. Il en fait des sujets de moqueries et de railleries à chaque fois qu'il l'aperçoit, pour marquer sa suprêmatie auprès de ses camarades de bande et installer la crainte au ventre de ses autres condisciples. Dès que leurs regards se croisent, la jeune fille pâlit du visage.
_ Je croyais qu'il devait changer son établissement cette année. Chuchote-elle en s'adressant à ses deux amies .
_ Nous aussi !!! Répondent-elles en chœur .
_ Je crois qu'il va s'asseoir près de toi, renchérit Emma à voix basse à son amie.
_ Je ne le souhaite pas...
Malheureusement,le vœu de la jeune fille ne peut se réaliser. Il ne reste qu'une seule place de libre dans la salle entière et elle se trouve à l'autre bout de son siège. Yan s'approche et s'installe près d'elle. Au même moment, le professeur d'histoire fait son entrée. Le regard méprisant de son voisin de banc ayant pour but de la faire perdre en assurance ne lui dit plus rien pour la première fois depuis quatre ans qu'ils se connaissent. Les autres élèves en sont étonnés, mais nul n'ose faire allusion à cette nouvelle posture qu'ils trouvent très courageuse. Face à lui à présent , celle-ci reste de marbre. Après moultes plaintes auprès de ses supérieurs hiérarchiques et des corrections pas à la hauteur de ses attentes et de celles des parents de la jeune demoiselle, Yan avait eu à revenir plusieurs fois à la charge avec encore plus d'aisance pour une raison qu'ils n'avaient jusqu'ici toujours pas réussi à cerner . C'est en majeure partie pour cette raison que son père,l'émir, désirait la marier il y a quelques semaines de cela. Pour lui, c'était un bon moyen pour la sortir de ce milieu qu'il trouve " non adapté " à sa personnalité. Elle a eu, il y a peu de temps encore,une discussion avec sa maman qui lui a demandé de s'en foutre et de se concentrer uniquement sur elle-même et ses études car ce sale temps ne sera plus qu'un mauvais souvenir dans quelques années. Pour la rassurer, elle lui avait dit avoir vécu une histoire de ce genre et s'en était sorti en gardant tout le temps la tête froide face aux réactions exécrables de son " ennemi " et Anicha a bien retenu la leçon cette fois.
Elle n'était plus une gamine pour chialer à la moindre occasion et se devait d'être courageuse pour elle-même lorsque ses parents et les hommes de mains de son père ne sont pas à ses côtés. En début d'année dernière, à ce même endroit stratégique dans une autre salle; la jouvencelle pleurait face au simple fait de savoir qu'ils pourraient se rencontrer; Yan et elle dans un des couloirs du bâtiment ou encore en salle de sport. Seul ou en présence des autres, il ne s'était jamais gêné pour l' opprimer.
Yan à cet instant porta un regard très scrutateur sur "sa proie", pas du tout heureux de voir qu'il s'est opéré un changement en sa défaveur dans l'esprit de son ancienne victime. Elle suivait très attentivement le cours et semblait pratiquement l'avoir oublié. Sa conclusion a été qu'elle le faisait expressément dans le but de le pousser à bout. Deux heures après la sortie de l'enseignant , leurs camarades se sont mis à susurrer . Leurs messes basses parvenaient malgré tout à eux . Il se disait que Yan Bernard était devenu faible et sans amour propre. Les deux premières paires d'heures se sont écoulées. Vint enfin le temps de pause . Anicha qui avait la vessie prête à éclater courut aussi rapidement que possible aux toilettes afin d'être parmi les premières à y accéder . Au sortir de là, après seulement quelques minutes, elle fit le constat qu'elle était seule. Les demoiselles pom-pom girls qui se maquillaient pendant qu'elle entrait n'étaient plus présentes . On pouvait aisément entendre une mouche volée de l'autre côté du mur. Ce fait n'était pas habituel. Prise de peur, elle referma vite le robinet qui devait lui servir de lave-main et s'apprêtait à sortir, quand Yan apparut devant elle . Son visage noir exprimait aisément les intentions malsaines qu'il avait à l'esprit. Anicha se mit à faire des pas lents en arrière en essayant au même moment de trouver une issue de secours pour s'enfuir . Elle était en mauvaise posture.
_ Alors comme ça t'as plus peur hein ? Tu ne t'effraies plus à ma vue c'est ça ? Dit la brute qui s'approchait d'elle le point fermé.
Se retrouvant coincée à l'angle du mur, Anicha se replia sur ses genoux,le visage dans ses mains pour couvrir ses larmes chaudes . Elle entendait ces pas rustiques avancés vers elle et sentait la main de son bourreau défaire brutalement son hijab, quand d'un coup , une autre voix masculine émit sur un ton sévère ces mots libération :
_ Lâche là !!!
Yan quitta les toilettes à pas de course en lui promettant qu'ils n'allaient pas en rester là.
_ Ouais ,c'est ça !!! Mauviette va !!!
Bien que ce garçon cruel soit parti, Anicha garda la tête contre ses genoux, terrifiée et en pleurs. Son salvateur lui dit avec un timbre vocal plus doux que celui de tout à l'heure :
_ C'est fini. Relève toi . Regarde, il n'est plus là.
Elle a quand même craint de voir de qui il s'agissait car son père n'aurait pas été content de savoir qu'elle a été aussi proche d'un garçon. La sentant timide,il se mit à genoux face à elle; lui sortit la tête de ses paumes tout en lui tendant un mouchoir pour qu'elle se nettoie le visage. Voir son visage, à lui, causa en elle un grand choc, il n'en resta pas moins subjugué par le portrait fort avenant de la jeune demoiselle au teint crémeux qui se trouvait en face de lui. Ses yeux brillants de couleur vert émeraude se noyèrent dans ceux perçants de ce jeune sportif au visage hagardement attirant, qui la faisait littéralement flancher. Le beau brun aux cheveux soigneusement coupés la releva finalement pour se présenter à elle avec un peu de nervosité.
_ Moi c'est Benoît et toi ?
_ Anicha, appelle moi Anicha . lui répondit son interlocutrice avec des balbutiements,les yeux baissés vers le sol.
_ Tiens ça !!!!
Il lui tendit son voile en lui précisant qu'elle avait de très beaux cheveux. Sur le champ, le bruit marquant la pause terminée se fit entendre et Benoît retourna à ses classes. Anicha se rafraîchit rapidement le visage et fît de même . Avant de rentrer dans sa classe, elle essaya non intentionnellement de retrouver ce jeune homme sans le voir. Il devait avoir entre dix-sept et dix-huit ans; et être un nouveau car elle côtoyait pratiquement tout le monde dans le lycée,mais ne l'avait pas encore vu . Tout ce qu'elle a retenu de lui c'est son uniforme de sport. C'était celui de basketteurs de l'établissement . À cette pensée, un sourire illumina son visage gracieux et elle entra dans sa classe en jetant un regard noir à Yan qui venait d'échanger sa place avec un jeune homme assis à deux bancs du trio d'amies. Anicha entra deux minutes avant le cours de français. Le calme de la salle marquait la surprise générale que provoquait ce changement brusque.
_Qu'est-ce qui se passe? demanda Éloïse à son amie.
_Euh j'en sais rien . Répondit Anicha
_Quelque soit ce qui lui arrive, c'est une très bonne chose. Répliqua Emma avec joie et allégresse .
Le reste de cette journée,Anicha la passa en pensant sans cesse à ce garçon qui l'avait défendu. Elle avait été tellement troublée qu'elle avait omis de lui dire un simple " merci ". Les remerciements dans sa culture sont des choses très importantes. Elle se devait de le retrouver et avait hâte de raconter ce qui venait de se produire à ses parents, sa mère en occurrence. Sa famille se devait de trouver celle du jeune garçon pour remercier ses parents de lui avoir donné cette belle éducation qui l'a permise de protéger leur fille avec autant de courage. Ça avait toujours été ainsi dans leur maison . D'ailleur, c'est de la même façon que les deux familles d'Émma et de Lou étaient devenues très amies avec la sienne il y a quelques années. Ce n'était pas à la même période, mais c'était pour les mêmes raisons: son voile . Emma l'avait sorti des griffes de deux adolescentes qui exigeaient de voir la couleur de ses cheveux et l'année suivante, Eloïse avait empêcher un jeune homme dans la rue de la bousculer parce qu'il n'appréciait pas son accoutrement. Depuis, elles sont devenues inséparables et se protègent les unes autant que les autres tant qu'elles le peuvent .
Anicha avait hâte de retourner à la maison . À peine la sonnerie de l'établissement retentit qu'elle était déjà devant le portail. Sa bonne humeur très particulière de la journée l'avait même fait oublier ses bonnes amies qui se sont un tout petit peu plaintes; mais elles la comprenaient. À cet effet, tout le monde avait pensé que cette attitude était dû au fait que Yan l'avait finalement laché,mais non, Il s'était allumé en Anicha une étincelle qu'elle même ne parvenait pas à contrôler. Elle avait hâte d'apercevoir la voiture du chauffeur habilité à la ramener à chacune de ses sorties de classe. En elle s'atisait un petit feu magique qu'elle ne souhaitait aucunement éteindre . Le chauffeur arriva avec dix minutes de retard,mais elle ne le réprimanda même pas . Son visage était resté très lumineux et son sourire chancelant était toujours au top. Elle le salua et ouvrit elle-même la portière pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient. Hamed,agréablement surpris, trouva bon de la ramener sans plus poser de questions . Il aurait pu placer une phrase inadéquate et plomber la bonne ambiance,car oui, aussi agréable à vivre qu'était sa jeune patronne, elle avait l'humeur facilement changeante et pouvait devenir extrêmement désagréable sur un coup de tête.
Tout le trajet qu'elle trouva grandement plus long que d'habitude, Anicha avait ôté son voile et ajusté sa très longue chevelure brune et ferme en arrière. La tête posée sur le haut de son siège de véhicule, elle avait gardé le regard vers l'extérieur, admirant le paysage,l'esprit joyeux, mais aussi rêvassant. Son magnifique sourire qu'elle a gardé jusqu'à l'arrivée ainsi que ses yeux brillants avaient laissé son chauffeur personnel sans voix . Il se dépêcha néanmoins pour sortir plus tôt et lui ouvrir la portière. Si son Émir voyait sa fille sortit seule du véhicule, il risquerait de perdre son boulot. Comme à chaque fois il lui sortit la fameuse phrase :
_ Bienvenue à la maison princesse Anicha.
Elle n'appréciait pas toujours cette civilité, alors pour ne pas lui causer d'embrouille, elle lui lança un dernier sourire et entra dans la maison . Sa mère qui observait la scène depuis le bureau stratégique de son époux ne manqua pas de s'inquiéter au vu de sa fille sans son port de voile. Jamais , au grand jamais elle ne l'avait oublié quelque soit la situation. Elle crut dans un premier temps que sa fille une fois de plus avait subie une autre forme d'agression comme dans les années antérieures,mais cette idée lui passa très vite lorsqu'elle se heurta pratiquement à la jeune fille au niveau de la rampe d' escalier.
_ Salut maman.
Sa fille venait de la traverser à la hâte. Pas de bisous, pas de câlins . C'était la première fois qu'elle paraissait autant invisible aux yeux de son unique enfant . Son cœur de mère lui a permis de comprendre qu'il venait de se passer quelque chose de déterminant pour la suite de la vie de sa fille . En bonne mère,son instinct ne la trompait jamais. Elle a levé un regard rempli d'inquiétude, appuyé sur un cœur serré pour la voir disparaître dans sa chambre sans plus .
Benoît est arrivé chez lui un peu plus tard que sa tendre moitié. Celui-ci a dû perdre quelques minutes en plus pour la réorganisation de la nouvelle équipe de Basketball qui l'avait nommé capitaine. Le jeune homme a le cœur tellement en joie qu'il ne souhaite qu'une seule chose: évacuer le trop plein d'émotions grandissant en lui. Il souhaiterait avoir un avis mature sur ce sujet qui le trouble quelque peu, en parler à quelqu'un et recevoir un conseil sur l'attitude à adopter en tant que novice pour ce cas d'espèce. Tout son ressenti lui est étrange, mais le rend très heureux.
Le nouveau capitaine a cherché dans toutes les pièces de la maison sa mère qui n'était,pour son désarroi, pas encore rentrée du boulot. Sachant d'office où la trouver, il s'est précipité dans sa chambre pour changer ses vêtements et emprunter un taxi en direction de l'épicerie familiale. Pour s'acheter les faveurs de celle-ci,il fait un saut dans sa boulangerie favorite et lui rapporte une douceur qu'elle affectionne particulièrement. Celui-là qui dans quelques mois doit célébrer ses dix-huit ans n'a jamais eu de petite-amie malgré sa grande popularité dans son dernier centre de formation. Toute sa vie, il la consacre à la pratique du sport et se donne à fond dans ses études. Ses victoires, il les offre sans exception à sa maman avec qui il partage tout. Maintenant qu'il s'apprête à lui parler de l'intégration d'une troisième personne dans leur petite bulle, il craind de lui causer de la peine... il craind de la rendre triste. Déjà devant son bureau,il pousse un souffle et revérifie son accoutrement avant entrer. Elle apprécie de voir son fils toujourq bien vêtu.
_ Salut m'man !!!
Il lui fait un bisou sur la joue et s'installe devant celle-ci les yeux luisants.
_Hummm, ma gourmandise préférée !!! Merci mon grand. Je ne t'attendais pas... Oh !!! tu n'aurais pas quelque chose à me dire chéri ?
_Non. J'ai juste voulu te voir. répond-il toujours en gardant son immense sourire plaqué sur son visage .
_ Nous vivons dans la même maison sieur Coquerel !!!
Sa maman croise les bras derrière son bureau et le regarde avec un air de " je t'écoute " . Celui qui languit nouvellement d'amour commence par rougir, puis a un peu de mal à articuler. Toujours dans le viseur de sa génitrice quelques minutes plus tard, il se lève diligemment en se frottant un avec légèreté le front, l'inquiétude plissant son visage.
_ Suis amoureux !!!
_ Yes !!! S'est-elle écriée en allant le prendre dans ses bras
_ T'es pas contrariée m'man? Lui demande-t-il sur un ton de surprise.
_ Du tout !! Il était finalement temps. Au moins je suis certaine que tu ne finiras pas vieux garçon. Tu me la présentes quand ? Il faudra l'inviter au bal hein... Tu ne comptais quand même pas t'y rendre avec moi ?.
Son fils reste figé face à autant d'engouement. Il s'attendait à tout sauf ceci.
_ Stop !!! Tu veux bien te rasseoir s'il te plaît?
Le jeune soupirant lui raconte de suite l'entièreté de sa première journée de cours en tâchant de lui préciser qu'il ne connait presque rien de celle pour qui il a ce béguin, et surtout qu'elle ne voudra peut-être pas de lui parce qu'elle pourrait avoir un copain. Au bout d'un long moment de partage, ils ont fermé deux heures plus tard l'espace de travail, après une belle conversation remplie de conseils et d'engouement pour préparer un dîner spécial à cette belle occasion. Ce sont des lève-tôt et couche-tard, la journée suivante sera plus belle que celle d'aujourd'hui quelque soit l'heure à laquelle il termineront leur soirée.
Chez l'Emir, l'atmosphère est plutôt morne. Tout l'après-midi, Latifa a rodé devant la chambre de sa bonne enfant, patientant que celle-ci daigne comme il est de coutume en cette période, sortir pour se chercher un verre d'eau fraîche ou prendre un goûter après un moment de repos...mais la vision de la porte fermée l'attristait à chacun de ses passages. Même pour un compte rendu de la première journée de cours, elle a dû patienter pour le jour suivant. Il n'y a pas eu de dîner familial à la maison ce soir-là. Anicha n'avait pas voulu manger. Elle était trop dispersée pour cela et Youssouf s'imposait une privation pour une grâce particulière auprès de son Allah.
Le lendemain matin fut très particulier. Anicha est venue prendre le petit-déjeuner tout en chantonnant et accordant des bisous à sa mère qui n'en revenait pas de ce que ses yeux étaient en train de voir. À Youssouf, elle a juste fait une révérence car même si entre eux existait une grande complicité, il n'en demeurait pas moins que son père très traditionaliste tâchait de la tenir à une certaine distance de lui. Dès les premiers signes de puberté chez la jeune fille, il avait cessé de la prendre dans ses bras et ne l'avait plus reçu dans chambre. Même son bureau lui est presque interdit. Le seul endroit où on les voit c'est dans le salon ou dans le jardin, dans un en coin public ... et même là encore il ne faut pas qu'elle dure longtemps auprès de lui car les hommes et les femmes ne doivent pas fréquenter les mêmes espaces l'un et l'autre. À cet effet, il avait éprouvé un grand malaise à l'inscrire dans des établissements scolaires mixtes, mais son épouse une fois de plus avait réussi à le convaincre du contraire.
La petite a pris place face à celui-ci toujours en ébauchant son joli sourire sur ses lèvres.
_Qu'est-ce qui rend ma fille aussi joyeuse ce matin ?
_ Bah, rien . C'est une belle journée, c'est tout.
_ Je te connais Anicha, crache le morceau. lui a dit sa mère, déjà contaminée par sa bonne humeur envoûtante.
Youssouf a gardé son air farouche car il parlait peu, mais sur son visage, on pouvait facilement lire sa brûlante envie d'être mis au parfum du moindre détail. Anicha a observé son père avec circonspection avant de continuer sa prise de parole.
_ Eh bien !!! Yan Bernard a complètement cessé de me perturber vous l'imaginez ?
_Vous êtes encore dans la même classe? Lui a demandé son père sur un ton très dur !!!!
_ Ouiiii, mais le débat ne se trouve plus à ce niveau. Il a une fois encore essayé de m'agresser dans les toilettes pour filles, mais quelqu'un m'a défendu et il s'est enfui très apeuré. Je ne l'ai jamais vu afficher une tête de neuneu pareille ahahah.
_ Surveille ton langage Anicha. a-t-il insisté.
_ Désolé papa ...
_ Qui c'est ma chérie ?
_ C'est là tout le soucis maman, je ne sais pas. J'étais en pleure et ...
La jeune fille s'est de suite égarée en repensant au visage de celui pour qui elle a le plein de sentiments paisiblement troublant ; en affichant un sourire abêti sous le regard démâté de ses parents. La voix de sa mère l'a sortie de son rêve éveillé:
_ Et ensuite ?
_ Euh, ...et plus rien, je ne l'ai plus revu. Je n'ai même pas pu le remercier ...Je vais le chercher .
Sur cette cadence, elle saute de sa chaise et donne un baiser d'au revoir à sa maman. Youssouf garde son air farouchement curieux. Il n'aime pas ce qu'il voit.
_ Ta fille... ta fille Latifa !!!
Son épouse qui s'était perdue dans le rapprochement avec sa fille, tremble à l'écoute du son de voix de son mari et baisse les yeux en signe de soumission. Elle ne les relève qu'après que celui-ci ait quitté la table pour se rendre au magasin de maroquinerie; et sa journée reprend de plus belle dans les travaux ménagers. C'est tout ce à quoi sa vie est réduite: faire du rangement, dépoussiérer et essorer. Les prises décisions en dehors de la cuisine et du ménage ne la concerne pas. Elle ne peut que faire des suggestions. Tristement, elle pousse un souffle de désespoir et s'en va nettoyer les tasses de café et de thé qu'ils viennent d'utiliser. Après qu'elle ait terminé ses tâches ménagères, la femme qui se trouve dorénavant au centre d'une situation délicate est allée dans la chambre de sa fille, cet après-midi-là. Elle ne l'avait plus fait en son absence depuis un moment. La jeune femme s'est assise sur le bord du lit de sa portée et a serré contre elle le gros ourse en peluche qu'elle lui avait offert lors de la fête d'anniversaire de ses quinze ans. Sur sa table d'étude se trouvait un journal intime qui était resté ouvert. Elle s'est mortifiée le cœur pour ne pas enfreindre l'intimité de celle-ci, mais a finalement dû le lire pour savoir ce qui passait réellement en son sein et elle l'a bien trouvé.
Les descriptions de cette première journée d'école étaient bien plus complexe que ce que leur avait dit leur fille unique en matinée. Elle ne décrivait pas une journée passée aux côtés d'un inconnu, mais plutôt aux côtés d'un beau garçon qui éveille en elle des sensations qu'elle a encore du mal à comprendre. Elle le trouve très beau. Youssouf avait-il raison d'afficher cette tête en matinée ? La dame de maison n'a pas voulu donner raison à son époux prenant cela pour un simple béguin d'adolescent. Elle aussi en avait eu pour un de ses camarades de lycée, mais les choses n'étaient jamais allées plus loin. Dès la remise de diplômes de fin d'études, tout n'était plus que de l'histoire ancienne vu qu'elle ne le voyait plus. Après ces pensées, elle est retournée en cuisine pour apprêter le repas du soir.
Au même moment dans l'établissement d'Anicha, la sonnerie marquant la seconde pause de la journée rétentit. Elle court se prendre un truc avec ses amies au restaurant d'à côté. Lou, s'arrête à mis chemin pour discuter avec son nouvel amoureux tandis qu'Emma choisit une table pour toutes les trois.
_ T'as vu son nouveau mec ? Il est canon hein ? Quand te mettras-tu avec quelqu'un ? Dit-elle en pinceant l'autre.
_ Je l'ignore !!! Sûrement quand je serais prête...
_ Quand ton père le choisira pour toi tu veux dire ? Tu es la fille d'un émir ma belle, tu n'epouseras pa n'importe qui.
Anicha a regardé Lou qui venait de les rejoindre avec un air furieux et a continué en disant :
_ Jamais !!! Il est hors de question que ça arrive...
_ C'est ce qu'on verra... c'est ce qu'on verra chère amie. A-t-elle rétorqué sur un ton à la fois inquiet et plein d'assurance .
Anicha on ne peut plus courroucée a été sur le point de quitter la table, lorsqu'elle a vu les joeurs de l'équipe de basketball entrer dans la salle. Ils avaient une place spécialement préparée pour eux ainsi qu'un commis de cuisine pour leur alimentation. Ils étaient vraiment traités tels des rois. De vrais privilégés!!! Elle a bloqué sur sa chaise en les observant attentivement. Emma a de nouveau soufflé :
_ Ces gars sont trop beaux !!!
_ Tu n'as pas tord, mais mon mec est le plus beau. A répondu Lou en croquant dans sa pomme.
_ Et toi Ancha ? Lequel te fais craquer ?
Anicha qui cherchait du regard Benoît en vain, n'a pas perdu de temps pour lui répondre. Emma ne lâchait jamais rien.
_ À toi de me le dire, madame je sais tout !!!
_ Celui en bleu peut-être ? C'est quoi ton genre petite sainte ?
Elle le disait pendant que Benoit faisait son entrée, captivant l'attention de tous ceux présent dans la salle. Elle s'est arrêtée de parler quelques petites secondes avant de continuer. Anicha n'était plus à leur table que de corps. Bien qu'elle essaya de masquer sa gêne, son esprit l'avait replongé dans le dernier moment qui l'avait uni à ce garçon un peu trop sociable à son goût . Elle aurait voulu l'aborder sur le tas et lui adresser de nouveau la parole, mais n'osa pas le faire. Une cohorte de filles s'était déjà aggriper à lui. D'autres, lui laissant sans honte aucune leurs numéros de téléphones et certaines désirant juste obtenir un moment de causerie avec lui, assises à sa table. Le voir autant entouré et réceptif à leurs demandes lui a brisé le cœur bien qu'ils n'étaient pas en couple. Face à ces filles populaires pour leur beauté phisique et légèrement habillées, elle s'est sentie moins belle avec ses cheveux et son corps entièrement couverts. Elle s'est persuadée qu'il ne la regardera jamais différemment, qu'il ne ferait jamais attention à elle. Après tout, il l'avait juste aidé, elle se faisait sûrement des idées pour rien. Son cœur à cette pensée se contracta de douleur. Sentant des larmes remplir ses beaux yeux, elle a pris congé de ses amis sous le fallacieux prétexte d'avoir un besoin pressant. En sortant du restaurant, Benoît l'a remarqué mais n'a pas pu venir jusqu'à elle ni l'interpeller à cause de toutes les jeunes rombières qui s'aggripaient à son bras. La jouvencelle a courru jusqu'aux toilettes et a pleuré un coup sans trop comprendre le pourquoi de sa réaction. Après s'être rafraîchie le visage, elle est retournée en cours la tête assez sonnée. Emma l'a très vite remarqué mais n'a pas voulu en faire tout un plat. Lou aussi, elle a pensé que c'était peut-être à cause des paroles qu'elle lui avait récemment dit. Se rapprochant d'elle, sa congénère lui a présenté des excuses pour avoir été assez dure envers elle.
_ Ne t'en fais pas, ce n'est rien .
_ C'est encore Yan ?
_ Non. Pour une fois il n'a rien à voir avec ma tristesse.
Emma a trouvé qu'elle chialait un peu trop pour son âge.
_ Tout te fais pleurer de toutes façon tchrrr !!!
L' entrée de l'enseignant de géographie les a forcé à abréger la conversation. Le cours s'est plutôt bien terminé, mais pas la journée pour la jeune fille. Anicha a rejoins son chauffeur qui l'attendait à l'entrée, assez triste.
_Vous allez-bein mademoiselle ?
_ Oui, ça va, ne vous en faite pas. J'ai juste eu une journée difficile.
Il fut peiné de la voir afficher cet air, mais n'a pas voulu creuser pour en savoir la raison réelle. Si c'était plus grave qu'elle ne souhaitait le laisser croire, son émir lui en parlerait pour qu'il garde un œil sur celle-ci. Son arrivée à la maison fut silencieuse cette fois. Elle a accordé une salutation distante à sa maman et s'est de nouveau enfermée dans sa chambre. À l'heure du dîner, elle est descendue avec son chagrin manger. Youssouf la regardait toujours avec prudence. Quand sa fille n'allait pas bien , le dîner était sans chaleur. On n'entendait que les bruits d'argenterie résonnés, une chose qui était assez gênante. Latifa a donc essayé de casser la mauvaise humeur.
_ Comment était ta journée chérie ? As-tu pu retrouver ce fameux garçon ?
Anicha a froncé les sourcils avant de lui répondre.
_ Non, pas encore. Bon, je dois me lever tôt demain. Bonne nuit papa, bonne nuit maman ...
Elle s'est presque enfuie pour rejoindre sa chambre.
Du côté de Benoît, il raconte de nouveau sa journée à sa maman à la fin du dîner, et celle-ci le conseille de la retrouver pour avoir une discussion honnête avec elle, de lui avouer ses sentiments. Il se promet de le faire dès que possible.