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AMOUR CARCERAL

AMOUR CARCERAL

Auteur:: LaDame K.
Genre: Moderne
Jeune cadre de l'administration pénitentiaire, Aaric Ewalle est un ambitieux; il aime son travail tout comme il aime les belles femmes; coincé et emprisonné dans le vice, il finit par se retrouver dans une tourmente sans fin au point de mettre en péril sa vie personnelle et même professionnelle...

Chapter 1 Prologue

La douce musique en fond sonore qui passe en boucle semble me bercer ; mais en fait je ne dors pas, je suis juste pensif ; je cogite, je trace mille et un plans dans ma tête. Je jette un coup d'œil rapide à ma montre, 21 heures... je souris...

-C'est parfait! Dis-je en me levant et en m'étirant gaillardement.

Torse nu et vêtu uniquement d'un boxeur, je prends la peine de passer devant la glace et je me regarde un peu ; sans me vanter, je me permets d'admirer ce buste bien taillé et ces pectoraux assez développés. Je fais du sport régulièrement ; je ne rigole pas avec mes atouts, je sais que le très haut m'en a pourvu alors je me dois de les préserver, et c'est ce qu'on me dit tout le temps, les filles en l'occurrence...

-Aaric! Dis-donc! Tu es trop mignon! Mais ne te vante pas trop!

Ça me fait rire, et parfois je joue les modestes ; mais au fond ça me plait, de savoir que je plaise autant. N'allons pas exagérer, je suis tout juste humain et je sais bien me mettre c'est tout. Aaric Stéphane Ewalle c'est mon nom ; je viens d'avoir 23 ans. Etudiant, je vis encore sous le toit familial. Cadet d'une fratrie de trois, mes deux sœurs aînées sont parties en mariage, ce qui ne peut que rassurer notre mère.

Selon elle, mes sœurs ont trouvé des maris comme il faut...

-Pfff! Parle pour toi mère! Des hommes qui n'ont que le fric, les affaires! Je le redis, le fric et les affaires dans le cerveau! Va alors demander le dépannage! Bonjour les donneurs de leçon de la vie!

-Aaric! Impoli et complexé va! Me dit ma mère en me lançant un regard perçant. Ce sont de grands hommes! Ils ont réussi! Ce n'est pas tuant de les féliciter quand même !!! Demain toi aussi tu seras un homme et un mari qui se respecte! Mais si tu te cantonnes dans tes lubies en attendant qu'on fasse tout pour toi tu mens!

-Ah! Je dis ce que je pense c'est tout!

-Avant de parler comme un savant essaie d'abord d'organiser ta vie! Tu te compares aux grands! Tsuip !!!

Bah! Elle est comme ça ma mère, mais je l'aime plus que tout ; jamais mariée, elle nous a eus chacun avec un homme différent ; d'un côté je la comprends un peu ; mes sœurs ont réussi ce qu'elle n'a pas pu. Moi je n'ai connu mon père qu'à l'adolescence ; au départ je l'ai détesté cet homme, un peu pour avoir abusé de ma mère et de l'avoir abandonnée ; pareil pour ces précédents pères inconnus de mes sœurs. Ma mère n'a jamais évoqué mon père, jusqu'au jour où, je venais de passer mon brevet, un homme a débarqué ce soir-là à la maison...

-Aaric! Elle m'appelle, alors que je me trouvais dans ma chambre. Viens saluer ton père!

-Quoi? Quel père? Tu parles de quoi là?

-Je parle de ton père! C'est vrai je n'en ai jamais parlé! Mais il est venu en personne te féliciter!

-Et pourquoi c'est maintenant qu'il pointe sa tronche?

-Ne sois pas si hargneux stp! C'est grâce à lui que tu fréquentes les meilleures écoles! C'est lui qui a toujours tout payé, jusqu'à aujourd'hui! Je m'excuse de n'avoir jamais parlé, j'ai mes raisons! Mais je pense qu'il est temps que vous fassiez plus amples connaissance!

Je me suis levé à contrecœur ; je ne ressentais aucun engouement, jusqu'à ce je le trouve assis au salon... mes yeux se sont écarquillés, je n'en revenais pas... cet homme qui se disait mon père n'était autre que le célèbre Jean Ewalle, journaliste réputé à la télévision nationale. Je n'avais jamais fait le lien avec le patronyme que je porte, Ewalle, pensant qu'il ne s'agissait que d'une pure coïncidence.

Au fil du temps nos rapports se sont améliorés ; nous avons appris à nous connaître et à resserrer les liens familiaux ; j'ai été étonné de son ouverture d'esprit ; il m'a expliqué tant de choses, d'homme à homme ; des choses que ma mère n'aurait sans doute jamais pu faire.

-Fils! Quand j'ai rencontré ta mère j'étais sur le point de me marier avec une autre... je savais qu'après ta naissance ta mère n'aurait jamais voulu que je te prenne! Je suis un homme public ; j'avais tous les moyens pour ça, mais je n'ai jamais voulu user de la force, ni de mon influence ; mon mariage était encore tout frais et je devais le préserver! Alors j'ai juste promis à ta mère de m'occuper entièrement de toi, mais à distance ; et je l'ai toujours fait! Je suis content de te rencontrer ; c'était difficile tout ça, mais aujourd'hui, j'ai tenu à te voir en personne, et je veux surtout apprendre à te connaître!

Je n'en demandais pas plus qu'un peu de réconfort paternel. Jusqu'à présent, nous sommes toujours en contact, et il m'arrive souvent d'aller passer du temps chez lui, en toute quiétude.

Ma mère a toujours su combiner les deux rôles ; je pense d'ailleurs qu'elle les réussi très bien ; je la félicite d'ailleurs pour cela ; il n'y a qu'à voir... je m'en sors pas mal à l'école ; je suis en année de maîtrise même si pour le moment je ne sais pas encore ce que je compte faire plus tard ; je ne me casse pas la tête ; tout ce que je sais c'est qu'on me dit toujours que j'ai l'âme d'un manager, d'un leader ; j'aime bien diriger les hommes ; ce rôle me va comme un gant ; il n'y a qu'à voir ma bande de copains ; ils me suivent et me collent au train comme des toutous qui suivent fidèlement leur maître...

Ils sont effectivement au nombre de cinq, et aucun d'eux ne fait rien sans mon consentement, surtout lorsqu'il s'agit d'une virée en groupe, où je règne en maître absolu. Ce soir donc, il est question qu'on se retrouve tous aux environs de 22-23 heures... je finis de prendre ma douche et j'appelle Romuald... lui c'est mon meilleur ami! Sérieux! Avec lui on s'est toujours très bien entendus, depuis le lycée. Toujours assis sur le même banc, nous avons tout partagé, ou presque ; on fait les 400 coups ensemble, il est mon second et c'est presque jamais l'un sans l'autre...

-Allo? Oui Romuald c'est comment? Tu es où? Moi je suis prêt et je m'apprête à commot* (sortir) là tout à l'heure! Ok! On se retrouve alors là-bas avec les autres! Passe-leur le message stp! Ce soir c'est du noir! Tout le monde se met en noir! Ok! A tout à l'heure!

C'est le code ; on a souvent l'habitude de faire ce genre de conneries, juste pour se faire remarquer ; on a aussi l'habitude de faire de drôles de paris, du genre celui qui réussirait à emballer la fille la plus sexy de la soirée, ou encore à avoir le numéro de telle ou telle fille ; ça nous plait bien ; mais ce soir c'est autre chose... personne n'a encore digéré le coup de Manuella, une petite chipie qui a réussi à mettre Gérard, un des nôtres dans ses filets.

Dans mon groupe personne n'a le droit de tomber amoureux! J'estime que ce n'est pas encore le moment ; à 23 ans nous avons encore la vie devant nous et nous devons en profiter. Les filles on les drague pour le fun et la baise et après on passe à autre chose. Mon désir de vengeance poussé me donne assez d'autorité et de courage ; je pousse toujours le vice très loin, et je profite de la situation.

Ce soir-là, on a décidé d'écarter Gérard de la bande ; pour le moment il ne sait encore rien de ce qui se trame! Je veux juste lui donner une petite leçon, afin qu'il comprenne que les instructions, j'aime qu'on les suive à la lettre. Manuella n'a jamais été fan de

Gérard au fond ; ça se voit comme le nez sur la figure

; mais lui il est vraiment dingue d'elle et ça me met en rogne qu'il se laisse mener aussi facilement par elle. Sans me vanter, c'est quand même grâce à moi qu'elle a connu Gérard ; je les ai branchés juste pour un soir...

-Gérard tu la baratines et tu conclues avec elle, juste une fois! Si ça mord ce soir c'est que tu es un caïd! Après tu la laisses tomber! Elle n'en vaut pas la peine!

-Pas de soucis! M'a rassuré Gérard. C'est comme si c'était fait!

Ils se sont bien foutus de ma gueule ces deux! Mais Gérard fait partie des nôtres ; tout ce que je veux c'est qu'il revienne à la raison et se comporte comme il a toujours été, serviable, et tout; c'est le mec qui sait tout faire ; il suffit que je lui explique ce que je veux, et il obtempère sans rechigner ; d'ailleurs c'est toujours grâce à lui que nous réussissons à obtenir des entrées un peu partout, des réductions et j'en passe... mais depuis que Manuella lui tourne le cerveau, les choses vont au ralenti... alors ce soir, je décidé de passer à l'action...

Assis tous les quatre dans ce club ultra populaire de la ville de Yaoundé, je la repère ; je me lève et je vais vers elle...

-Manu! Manu! Ca alors! Je savais que j'allais te choper ici! Tu fais quoi là sans ton Gérard?

-Et toi tu fais quoi là sans lui! Hein? Jamais deux sans trois!

-C'est ça! Tu as toujours réponse à tout! C'est bien toi ça!

-On va faire comment?

-On fait donc comment ce soir? Lui ai-je demandé tout en avalant mon verre de whisky.

Je lui lance un regard provocateur et plein de sens... elle le perçoit très vite...

-Ah! C'est toi qui me barre! Tu me branches avec ton pote et après tu viens jouer les amoureux!

-Tu m'as toujours tapé dans l'œil c'est vrai, mais...

-Mais quoi? Tu dis quoi alors?

-Ce soir à l'hôtel, j'y serai! Gérard ne sera pas là!

-Tu me tentes Aaric!

-Je sais que tu aimes ça! Lui ai-je dis dans le creux de l'oreille. Alors c'est oui? Ou c'est non?

Elle secoue la tête en guise d'affirmation...

-D'accord! C'est pour où? Elle me demande.

-A l'hôtel! Toi tu viens, tu vas me trouver!

-Okay!

Manuella, c'est la fille facile qui te libère en une soirée ;il suffit juste que tu lui plaises et que tu aies un peu de fric.

Du fric, mon père m'en donne tout le temps ; je ne manque vraiment de rien ; j'ai le nécessaire et chaque mois il remplit mon compte d'épargne ; que demander de plus? Alors ce soir j'ai un peu sur moi, et elle m'a flairé; elle me sourit du coup et me dit...

-J'ai toujours su que les gars comme toi ne chôment pas trop ici dehors! Tu me tapes trop dans l'œil Aaric! C'est toi que je voulais! Mais tu me zappes comme si...

-Calme-toi! Gérald me faisait un peu pitié! Voilà! Mais on peut régler ça ce soir! Si tu me retrouves à l'hôtel tu ne seras pas déçue!

Cette nuit donc à l'hôtel je lui ai fait sa fête... je l'ai attendue comme convenu ; j'ai pris une suite luxueuse ; elle est arrivée une heure de temps après ; à peine elle a frappé que j'ai ouvert et je l'ai attirée contre moi... j'ai écrasé ma bouche contre la sienne, tout en la dévêtant ; sa robe noire en simili cuir et ultra moulante, pas facile du tout à enlever à cause de la matière surtout, mais aussi à cause de son déhanché proéminent, sans oublier sa poitrine voluptueuse, m'ont donné du fil à retordre; j'ai transpiré avant le temps, mais je suis quand même parvenu à la mettre au pieux en tenue d'Eve, et moi, en tenue d'Adam! Je ne me suis pas fait prier ; je l'ai labourée avec fracas, alors qu'elle gémissait comme une folle à lier ; un coup je me retire brusquement ; je lui prends tour à tour les poignets et je la menotte, comme dans les films quoi!

-Qu'est-ce que tu fais? Tu me menottes? Tu as pris ça où? Me demande-t-elle encore en feu.

-Calme-toi ma belle! C'est pour rendre ça encore plus hot! Je vais éteindre la lumière d'accord?

–D'accord chéri! Fais-vite!

-Voilà c'est fait! Je me prends un verre, je reviens!

-Okay!

Une fois sorti de là, je rejoins mes trois autres compères en solo... ils sont à poil dans l'autre pièce ; c'est chacun qui agite sa quéquette comme moi et gesticule en même temps comme des poussins prêts à recevoir des grains...

-Allez-y les gars! Chacun à son tour...

Quand on y repense encore on en rit à gorge déployée ; mais Manuella a su ; du coup, elle a commencé à se faire rare et au fil du temps elle a quitté la ville, a-t-on appris. Quant à Gérard il a aussi appris ce qui s'est passé, mais je m'en battais bien les couilles à propos de son ressenti...

-Ecoute Gérard! Je l'ai fait pour ton bien! Une de perdue, dix de retrouvées!

Il n'a pas eu le courage de me répondre et de regarder même en face ; mais les jours qui ont suivis, il a commencé à se faire rare lui aussi, au point de nous éviter et de ne plus nous fréquenter... nous n'étions plus que quatre dorénavant, et le groupe fonctionnait toujours comme si de rien n'était ; l'absence de Gérard ne se faisait pas trop ressentir non plus.

Quelques jours après, alors que je passais quelques jours chez mon père, je reçois un coup de fil de Romuald...

-Aaric! Ça craint! On... on a chopé les autres!

-Qu'est-ce que tu dis?

-Merlin et David... on les a chopés, je ne sais comment!

-Comment ça? Qui les a chopés? Explique-moi bien!

-La police! On les accuse de viol!

-C'est Manuella! Je le sens!

-C'est clair!

-Est-ce que ton père peut...

-Je vais voir... c'est vrai mon paternel a les relations, mais c'est un homme très droit! Il ne...

-Aaric! C'était ton idée!

-On ne l'a pas violée! Elle était consentante!

-Avons-nous des preuves? Non! Apparemment elle a aussi la côte !Si on ne réagit pas vite on va les déférer!

-Il faut qu'on se cache pendant un bon bout! Je vais en toucher un mot à mon vieux!

-D'accord... on se tient au courant!

Manuella n'était pas celle qu'on pensait ; on s'est rendu compte par la suite qu'elle aussi avait un membre influent dans la sa famille, son oncle ; il a tout pris en charge et le type voulait notre peau à tous ; ça craignait au plus haut point. Au bout de quelques mois, l'affaire s'est tassée ; mon père a pu m'éviter à moi et à Romuald la prison ; quant aux 2 autres, ils n'ont pas eu de chance ; ils ont purgé une peine d'un an.

Romuald et moi nous sommes restés proches ; devenus discrets, on ne se faisait plus voir ; on va toujours ensemble à l'université, et la vie a repris le cours normal des choses. A leur sortie de taule, Merlin et David nous ont laissés tomber ; ils m'en ont voulu de n'avoir pu rien faire alors que moi, le cerveau de la bande j'ai pu profiter de la notoriété de mon père ; ils m'ont traité de tous les noms et jalousé, avant de me tourner définitivement le dos...

Bien après, je me suis un peu rangé ; mon père, accompagné de ma mère m'ont proposé de faire un concours administratif; j'ai pensé que ça en valait la peine, alors je me concentre et je m'adonne à fond dans la préparation de ce concours. Romuald aussi n'est pas en laisse, lui il s'est très vite lancé dans la vie active ; il vient d'être recruté comme temporaire dans un ministère de la place, et de temps en temps on se retrouve presque tous les week-ends pour papoter...

-C'est comment Aaric?

-Ca va Romuald et toi?

-Ca va! On gère!

-Dis-donc! C'est le week-end on fait quoi?

-Ce soir je vais à un truc de dingue! Me dit-il.

-Quel truc?

-Accompagne–moi si tu veux! Il y a élection de miss je sais pas trop quoi? C'est une copine à ma sœur qui est candidate! Belle comme tout! Ma sœur veut que je l'accompagne ; mais je sais que je vais m'ennuyer je t'assure si tu viens ça sera encore plus cool!

-Ok! Pas de soucis! Je n'ai pas grand-chose à faire!

La soirée, pour dire vrai est ennuyeuse ; ce n'est pas trop mon truc, mais pour Romuald j'ai accepté de l'accompagner ; la candidate en question est vraiment canon, je confirme...

-Elle s'appelle Elisa! Me dit Romuald.

-Ah oui? Je vote donc pour elle!

-Et comment!

A l'issue de la cérémonie, la miss est couronnée... Elisa bien sûr, et elle en a le mérite après tout. J'ai pris mon courage à deux mains et je suis allé la féliciter en personne ...

-Vous êtes très belle !!! Félicitations! Je suis l'ami du frère d'une de tes copines!

-Ah ben! Merci l'ami du frère de ma copine!

Nous éclatons de rire... alors qu'elle est acculée de partout, je veux lui parler encore, mais ça devient compliqué...

-Moi c'est... c'est Aaric! J'espère qu'un jour je te reverrai!

Elle n'a pas eu le temps de me répondre ; mais je sens qu'elle aussi n'est pas indifférente à mon charme. Les semaines d'après je ne me sens pas dans mon état normal ; la hantise me gagne ; je vois son visage partout... Elisa me hante ; je fantasme sur elle, du matin au soir ; j'épluche ses comptes sur les réseaux sociaux, bref je ne dors plus... je finis par en parler à Romuald...

-Romuald... je suis amoureux!

-Hein?

-Comme tu entends! Je n'avais jamais ressenti ça auparavant! Tu sais comment nous étions!

-Sérieux! Mais ça ne fait pas longtemps qu'on faisait les fous! Nos virées et tout ça! Tu as quoi 26 ans!

-Oui je sais! Mais je sens cette fille!

-Elisa? Me dit-il dans le coin de l'œil.

-Oui! Il... il faut que je la voie! Tu es le frère de sa copine!

-Oui... mais dans ce cas je te conseille de causer directement avec ma sœur! Elle saura peut-être comment te brancher avec elle!

-D'accord! Merci du conseil!

Je n'ai pas perdu de temps ; j'ai causé avec Patricia, la sœur de Romuald ; elle a senti dans mon regard que je n'en pouvais plus et que je souffrais de ne pas revoir cette Elisa...

-Arrange-moi le coup Pat! Sûr! Sûr! Je la sens cette fille! Je veux juste lui causer un peu quoi!

-Hum! Elisa? Mama! Il faut être un caïd pour la voir maintenant!

-Mieux elle me rejette directement! Je prends le risque! Arrange les ways! Dis-donc!

-Ok! Je vais voir et je te tiens au courant!

-Chouette! Tu es une vraie pote toi là!

En deux semaines les choses sont allées très vite ; j'ai commencé à m'afficher avec Elisa sans complexe ; on se voit fréquemment, on passe du temps ensemble, et même ses détracteurs soupçonnent déjà qu'on flirte ; on ne tient compte de rien, on s'apprécie ; mon entourage aussi n'en revient pas ; Romuald n'en croit pas ses yeux...

-Papa !!! Respect! Elisa et toi vous formez une belle paire je t'assure!

-Merci! J'ai encore du mal à réaliser! On dit qu'elle est belle, c'est vrai! Mais à l'intérieur il y a plus que ça! On apprend à se connaître réellement et je t'assure, c'est fou!

-Je suis content pour toi! Vraiment... content! Toi tout te réussis toujours! Le school, les filles! Bref que demander de plus?

-Tu sais que chacun de nous a ses chances! Il suffit de bien ouvrir les yeux!

-Ne me fais pas rire Aaric! Toi tu es un veinard! Si si! Je te le dit! Elisa... comment te dire... moi aussi je l'avais dans la peau!

-Qu'est-ce tu dis?

-Elisa... hum... est-ce que tu sais qu'avant qu'elle ne devienne célèbre, elle n'était rien du tout qu'une gamine bourrée de complexes. On se connaît depuis le primaire en fait! Au lycée on a eu une petite amourette de rien du tout! Ça n'a pas duré! Mais t'inquiète! C'est le passé maintenant! Après qu'on ait cassé, j'ai juré de ne plus m'engager dans une relation ; heureusement, dans notre groupe on

n'avait pas le droit d'aimer une fille en vrai! Tu vois?

-Je... je vois! Mais pourquoi c'est maintenant que tu me le dit?

-Oh! Juste comme ça! Ce n'est pas important au fond! Moi je suis juste content pour vous! Crois-moi! Rien de grave!

-Si tu le dis! Je te remercie pour ta franchise! Je compte bien l'épouser!

Romuald a ouvert grands les yeux...

-Waouh! Super !!! Non salue moi! Comme je te connais là! Quand tu dis un truc, tu finis par le réaliser!

-C'est vrai que c'est encore trop tôt! Mais tu es mon seul ami! On se dit toujours les vérités! Si tout se passe bien tu seras mon témoin!

-Avec joie mon pote! J'accepte!

On se regarde et on se fait une tape avec les mains. Romuald et moi sommes comme les doigts de la main. J'ai bien apprécié le fait qu'il me révèle une partie de son passé à propos d'Elisa, mais ça fait partie de son passé à lui ; ils n'étaient que des gamins inconscients. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est qu'Elisa m'en a parlé bien avant...

-Ton pote là... Romuald! Quand on était au primaire il me collait trop! Un gamin! Même au lycée, il a voulu qu'on ait une aventure, mais je refusais! Il m'apportait tout le temps des petits cadeaux de rien du tout! C'était amusant! Alors un jour je lui ai dit que j'allais montrer tout ça à mes parents! Il m'a supplié grave! Je voulais qu'il arrête je n'en pouvais plus, alors il m'a dit : Juste un bisou et je te laisse alors tranquille! J'ai accepté! Il a eu son bisou sur la joue et on en a plus parlé!

-Vrai? Ahahahha !!!

-Stp ne lui en parle pas! C'est ton ami! Il aura honte!

-T'en fais pas! Je ne dirai rien!

On en a plus reparlé de ce détail...

Ce sont les grandes vacances et je m'ennuie un peu!

Mon père m'invite donc à venir passer quelques jours chez lui ; J'ai envie de faire une fête, juste pour me détendre, il ne refuse pas ; d'ailleurs sa femme est assez cool ; ils ont deux filles qui m'apprécient bien ; le courant passe entre nous. Romuald est là, et il m'aide comme il peut dans l'organisation ; on a passé toute la semaine ensemble, à organiser l'évènement ; du matin au soir on monte et on descend ; je vois Elisa quand je peux ; tous ses derniers temps elle a un agenda hyper chargé, mais on parvient à se voir pour une ou deux heures de temps.

Tout est fin prêt ; la fête bat son plein... j'attends ma dulcinée, elle compte être de la partie... je n'arrête pas de regarder à ma montre ; je m'impatiente ; je l'appelle, ça sonne, mais elle ne décroche pas, j'insiste, rien! Elle finit par être injoignable ; je ne comprends rien...

-Elle m'a pourtant confirmé qu'elle sera là!

-Va la chercher c'est mieux! Propose Romuald.

-Ok! Toi tu gères ici en attendant, j'arrive!

En cours de route, je la rappelle, ça sonne... enfin!

-Allo? Allo? Elisa! Mais tu es où? Pourquoi tu ne...

-Ce n'est pas Elisa... je suis sa mère... elle... elle a eu un accident!

-Quoi? C'est... c'est grave?

-Assez oui! Nous sommes à l'hôpital!

-Ok! J'arrive madame! Je suis son ami! Lui dis-je sur ton paniqué.

-Oui je sais qui vous êtes! Venez, on vous attend!

Une fois sur les lieux, on m'empêche d'aller la voir... je m'agite, je suis inquiet, mais on me retient...

-Vous ne pouvez pas encore la voir! Son état est critique! Dit le médecin en service ce soir-là.

-Mais que s'est-il passé?

-On... on ne sait pas encore, mais on l'a trouvée inanimée dans sa chambre et baignant dans son sang!

-C'est... c'est pas possible! Nooon !!! Mais qui lui a fait ça?

Au même moment j'entends m'appeler...

-Aaric? Dit la voix féminine.

Je reconnais sa mère...

-Oui madame! Que s'est-il passé? Svp dites-moi! Je suis mort d'inquiétude!

Elle me pointe subitement du doigt ...

-C'est lui !!!

-Quoi? Qu'est-ce que...

-C'est toi n'est-ce pas? L'auteur de tout ce grabuge !!! Meurtrier !!! Meurtrier !!!

Je vois deux costauds débarquer de nulle part et s'emparer de moi... je perds la tête...

-Lâchez-moi! Je... je n'ai rien fait !!! Elisaaaaa! Laissez- moi la voir !!! Je... je n'ai rien fait !!!

Chapitre 2 Nouvel envol

2 ans plus tard...

Assis dans un coin de la pièce, je regarde dans le vide ; j'ai ramené mes deux mains vers mon visage et je semble soucieux ; je pourrai l'être en effet, après toutes ces deux dernières années ; mais aujourd'hui je peux dire que j'ai quand même roulé ma petite bosse...

-Aaric ? Tu es prêt ?

C'est ma mère ; elle a frappé avant d'ouvrir, me tirant des mes profondes pensées...

-Tu es prêt ? Répète-t-elle.

-Oui maman !

Je me lève en trombe, et je la regarde...

-Comment tu me trouves ?

-Ooooh ! Mon... mon fils ! Tu es élégant dans ta tenue ! Ca alors !

Je la vois couler une larme...

-Tu pleures ? Au lieu d'être contente pour moi !

-Non ce sont des larmes de joie ! Tu es enfin devenu quelqu'un !

-Merci ! C'est grâce à vous, papa et toi, que j'ai pu redresser la pente et retrouver mon chemin... désormais je sais ce que je veux !

-J'espère que tu vas bien faire ton travail !

-On a toujours dit que j'étais un bon manager ! J'espère que je serai à la hauteur !

-Je te fais confiance mon fils ! Voilà ! Je n'ai plus rien de concret à te dire ! L'essentiel est fait !

-Oui ! On y va ?

La cérémonie de ma sortie prévue pour 9 heures a été reportée de deux heures à cause du retard accusé dans l'organisation, mais le plus important est le fait de voir ma famille, mes sœurs, mes beaux-frères ; ils ont fait le déplacement pour assister à cet événement. Admis à l'Ecole Nationale d'Administration Pénitentiaire (ENAP) de Buéa il y a deux ans, j'ai suivi le cursus avec brio ! J'ai tout donné pour m'en sortir ; je me suis battu pour prouver que j'avais du mérite.

C'est en comptant justement sur l'assistance de mes parents, et surtout celle de mon père ; je lui en suis redevable à un tel point que lorsque je l'ai vu assis à la tribune, l'émotion s'est emparée de moi brutalement ; je savais qu'il était fier de moi et de ma bravoure ! La preuve, après la remise du diplôme, quand je me suis jeté dans ses bras en dernier lieu, après tout le reste, j'ai coulé les larmes...

-Monsieur l'Administrateur des prisons !!! S'est-il écrié avec entrain !

-Papa !!!

-Dans mes bras fiston ! Je suis si content !!!

Qui ne l'est pas ? Partis de là, nous avons continué les festivités jusqu'au lendemain. Une fois à Yaoundé, j'ai organisé une autre cérémonie de réjouissance pour ceux qui n'ont pas pu faire le déplacement ; il faut avouer que ma liste d'amis s'est raccourcie avec le temps ; mon meilleur ami, Romuald vit désormais à Bertoua depuis près de deux ans. Bertoua c'est une ville de la région de l'est du pays. Apparemment il occuperait un poste assez important ; il est toujours célibataire comme moi ; de temps en temps on papote au téléphone, question de nous enquérir des nouvelles de chacun...

-Gars c'est comment ? Félicitations !!! Tu es devenu quoi ? Me demande-t-il.

-Administrateur des prisons !

-Merde ! Tu n'es plus un petit hein ?

-Avec quoi dis-donc ! On attend les affectations !

-Ça va aller ! J'ai toujours su que tu seras un grand dirigeant ! Ça commence souvent comme ça ! Tu sais où tu iras ?

-Non ! Je crains seulement qu'on m'affecte dans une ces brousses je t'assure !

-Ça va aller ! Avec mon poste ici à Bertoua je ne suis pas sûr de pouvoir me déplacer pour la cérémonie de ta sortie, mais je suis de tout cœur avec toi, et je sais que la fête sera belle, comme toujours !

-Ne t'en fais pas je comprends ! Tu te souviens ? La dernière fois que j'ai organisé une fête j'ai eu de sérieux problèmes par la suite à cause d'Elisa !

-Oui ! Mais c'est passé ! Laissons ça derrière ! Heureusement que ton vieux t'a sorti du pétrin !

-Exact ! Mais j'étais innocent je te jure ! Je n'avais rien à voir avec cette histoire et en plus c'est elle qui...

-Laissons ça derrière ! C'est bien le passé tout ça ! Ce qui compte c'est ton devenir c'est tout !

-Comme tu dis ! Nous sommes toujours célibataires ! Tu te rends compte Romuald ? J'ai 28 ans et toi 30 !

-Je ne me presse pas tu sais ? Ça viendra comme ça viendra ! Nous sommes encore jeunes !

-Tu as raison ! Moi non plus je ne me focalise pas trop dessus ! Je veux avoir une brillante carrière, pour le reste on verra !

-Je te dis ! Ok ! Tiens-moi au courant de l'évolution des choses stp ! Même si je ne peux pas y être, j'aimerai suivre ça à distance !

-Pas de soucis ! On fait comme ça !

Je n'aime pas trop ressasser les choses qui se sont passées il y a de cela deux ans, mais c'est en partie ça qui m'a poussé à vouloir donner un sens à ma vie ; le fait d'avoir été en contact avec la justice et d'avoir frôlé de près la prison ont déclenché en moi l'envie de me battre. Certes mes parents avaient déjà émis le souhait que je fasse plutôt l'ENAM (Ecole Nationale de Magistrature), mais j'ai opté pour l'ENAP ; je trouve que cela me convient mieux ... je ne sais pas si c'est par désir de vengeance ou alors comme je le disais tantôt, c'est parce que j'aime diriger les hommes...

Je suis dans les préparatifs de la petite cérémonie que j'organise donc ici à Yaoundé, dans une salle des fêtes allouée pour l'occasion, pour ceux qui n'ont pas pu faire le déplacement à Buéa ; tout est fin prêt pour la circonstance ; il a fallu que je revête encore ma tenue et que les autres membres de ma famille, en l'occurrence, les oncles, tantes de la ville et même ceux du village me voient comme tel, sans oublier les différents représentants de chaque famille paternelle et maternelle, et aussi pour m'arroser en quelque sorte les galons...

La fête se passe bien, sans aucun incident, l'ambiance est vraiment au top, entre quelques effusions par ci par là avec les uns, et les autres qui s'en donnent à cœur joie à se trémousser au rythme des décibels ; le DJ, un pote à moi qui anime bien, sans oublier bien sûr le service traiteur, détail crucial permettant aux convives de bien se remplir la panse.

Je suis rassuré, car je sais que je viens d'assurer. A un moment donné on me fait comprendre qu'on cherche à me voir...

-Aaric ! Me dit un de mes cousins. Elle est dehors !

-Qui ça ? Qui me cherche ?

-Elle dit qu'elle est une de tes connaissances ! Elle préfère rester dehors, elle a refusé d'entrer !

-Elle ne t'a pas donné son nom ?

-Non ! Elle dit que c'est une surprise !

-Ok ! Installe-la quelque part à la terrasse, je suis encore occupé ! Qu'elle patiente un peu !

Un peu intrigué, je n'ai pas vite cherché à savoir qui ça peut bien être, encore que je suis bien trop occupé avec certains convives. Je parviens même à oublier cette invitée surprise qui attend tout bonnement à l'extérieur. Ce n'est qu'au bout d'une heure de temps que je finis par m'arracher de mon petit groupe d'amis ; il est vrai que ma relation avec les filles a beaucoup changé; mon aventure avec Elisa m'en a donné des leçons, au point où, j'ai du mal à me remettre en couple avec quelqu'un d'autre.

En sortant de la salle, j'ai au fond de moi l'espoir que cette invitée forcée se soit éclipsée, las de m'attendre. Tout au contraire ! En la voyant assise là, j'ai d'abord marqué un temps d'arrêt et je suis resté interdit ; elle s'est levée, souriante et timide...

-Bonsoir Aaric ! Aaric ! Tu... tu m'as manqué ! Je sais, je n'aurai pas dû ! Je n'aurai pas dû te faire ça !

-Elisa...

-C'est moi ! Je suis revenue ! Pour... pour te parler, t'expliquer !

-Elisa... ai-je dit cette fois en secouant la tête à plusieurs reprises.

-Stp ! Accorde-moi encore 5 minutes ! Le temps de t'expliquer !

-Comment tu as su que je me trouvais ici ?

-La fête ne s'ignore pas ! J'ai juste appris, et je suis très contente pour toi !

-Va-t'en !

-Stp ! Laisse-moi t'expliquer...

-On n'a plus rien à se dire et tu le sais ! Nous ne sommes pas du même monde !

-Si tu savais...

-Je ne veux justement rien savoir ! Plus rien ! J'ai encore ça en travers de la gorge ! Je ne suis plus le même !

Je fini par lui tourner le dos que je l'entends me dire dans un murmure et en larmes...

-Je... j'étais enceinte !

-Oui je sais ! Tu me l'avais dit indirectement, et tu ne m'as pas laissé le temps de réaliser ce qui était en train de nous arriver !

-Mais je... je n'étais sûre de rien ! Snif !

-Tu peux répéter ?

-Ma carrière... tout ça comptait pour moi ! Je n'ai pas su quoi faire et en plus mes parents, j'avais honte qu'ils l'apprennent ! C'est alors que je décide de le faire, mais ça se passe mal ! Je te demande pardon ! Pardon ! On t'a accusé à tort... j'ai fait croire à une agression ! J'ai fait croire que... que tu étais entré par effraction dans la maison et que tu m'en voulais pour cette grossesse... snif ! J'ai dit tout un tas de mensonges, juste pour t'incriminer ; je leur ai fait croire que tu étais un mauvais garçon et que j'ai failli mourir par ta faute ! Comme je regrette ! On a mal fait ! Ma mère a mal fait ! C'est à mon réveil que j'apprends qu'elle a porté plainte contre toi ! On t'a accusé injustement !

-J'ai failli aller en prison par ta faute !

-Excuse-moi Aaric ! Je ne voulais pas que ça se passe ainsi !

-On m'a pris pour un bandit de grand chemin ! Je t'ai crue morte ! On a refusé que je te voie dans la chambre d'hôpital ! Ta mère m'a accusé ouvertement ! On m'a arrêté et on m'a traîné comme un brigand !

-Tu ne l'es pas ! Tu ne l'as jamais été ! J'ai tout avoué à mes parents ! Je leur ai dit qu'il s'agissait d'un avortement raté occasionné par moi-même ! Ils ont honte à présent !

-Qu'est-ce que tu veux ?

-Je suis venue te voir en face et te dire que je regrette ! Tu n'as fait que me fuir, m'éviter après tout ça !

-Que voulais-tu que je fasse ? Je me suis éloigné de toi ! J'ai eu peur pour ma personne ! On m'a relaxé fautes de preuves ! Si mon père n'était pas là je crevais en prison, et pour rien !

Je n'aime pas me souvenir de cette mauvaise période... j'étais fou amoureux de cette fille et le simple fait qu'elle ait laissé faire et qu'on me prenne à cause d'une fausse histoire m'a rendu amer... je lui en veux encore jusqu'à présent d'avoir menti sur toute la ligne. Juste après j'ai décidé de couper les ponts avec elle ; je ne l'ai plus revue jusqu'à ce soir. Le simple fait de la revoir me rend si nerveux ; j'ai envie de l'envoyer balader, j'ai envie de l'attraper de mes mains et de la secouer de toutes mes forces, mais je me retiens de ne pas commettre une gaffe.

Je suis en train de célébrer ma sortie d'une grande école et je sais qu'un avenir certain m'attends peut-être...

-Elisa... j'ai tellement envie de... de... tu ferais mieux de t'en aller ! Ce que je vaux et ce que j'ai à présent valent bien mieux que ta présence ici !

-Je venais juste te dire que je regrette... tu me manques beaucoup !

Je... je t'aime... snif ! Je me sens perdue !

-Va le dire à tes parents ! Laisse-moi tranquille ! Tu as une belle vie ! Tu es une star adulée ! Pourquoi tu reviens ! Parce que...

-C'est vrai j'ai presque tout ! Mais ma vie est dérisoire sans toi ! Je te jure ! Je n'ai fait que te chercher ! Quand j'ai appris que tu es allé à Buéa pour ta formation j'ai été heureuse pour toi ! J'ai voulu venir te voir mais je savais que ce serait compliqué ! J'ai attendu patiemment ton retour, en priant intensément pour que tu puisses me pardonner ma bêtise ! J'ai besoin de toi Aaric !

-C'est impossible ! Je... trop de choses !

-Il a besoin de toi aussi !

-Qui ça ? Je ne comprends pas !

-Ton fils !

Je la regarde, éberlué ; je commence à croire qu'elle est dans un délire qui ne dit pas son nom...

-Qu'est-ce qui t'arrive ?

-Juste après mon hospitalisation, je suis restée cloîtrée des jours, des mois à la maison sans sortir ! Ma grossesse n'a fait qu'évoluer au contraire !

Comme je te l'ai dit, les parents ont été mis sur le fait accompli ! L'enfant est né... ton fils !

-Qu'est-ce que tu me chantes là comme ça ? Où est-il ? Ne me manipule surtout pas !

-Il est chez mes parents... ils demandent après toi ! Les regrets nous rongent !

-C'est pas vrai ! J'ai... j'ai... quoi ? Il a pu naître !

J'ai le cœur qui bat très fort et je ne sais quoi penser, ni quoi dire, avant de me raviser aussitôt...

-Qu'est-ce qui prouve que tu ne te joues pas de moi ?

-Si tu veux on pourra faire un test de paternité ! Il a deux ans maintenant ! Ca coïncide bien avec les faits, car nous étions encore ensemble, avant les problèmes !

Je lui ai tourné le dos, j'ai fait quelques pas en avant, comme pour réfléchir. Je sais que j'ai été un mauvais garçon par le passé ; je voulais me ranger, faire ma vie avec elle, parce que je l'aimais... mais un enfant à mon âge ; je n'en sais trop rien ; ce qui me rassure c'est ma situation, je sais qu'elle serait assez stable et que je pourrai sûrement prendre mes responsabilités ; je me retourne vers elle et je lui dis...

-Je vais le voir ! Je veux le voir cet enfant !

Elle s'est jetée à mes pieds, à genoux et en larmes...

-Ooooh Aaric ! Tu es un homme bien ! Je te remercie du fond du cœur ! Snif !!!

Gêné, je ne voulais pas attirer l'attention sur nous...

-Non relève-toi ! Ça ne sert à rien ! J'irai le voir ! Mais sache que toi et moi ça ne peut pas continuer !

J'ai coupé court ; je ne veux pas non plus lui donner l'impression d'être si faible. Plus tard après la fête, je me suis affalé sur mon lit ; je n'ai pas arrêté de penser à elle, à son apparition si soudaine ; elle est réapparue, encore plus belle et si bien mise ; elle n'avait aucune raison de revenir vers moi, vu son statut, en tant qu'ancienne miss et tout; mais elle est venue vers moi et elle s'est agenouillée devant moi ; elle m'a dit qu'elle reconnait ses torts et que nous avons un fils... je n'en reviens pas. N'ayant pas grandi avec mon père, je sais bien ce que c'est.

J'entends cette petite voix me demander de lui donner une seconde chance...

Et c'est ce que j'ai fait ; au bout de deux semaines nous avons pu recoller les morceaux. Les parents d'Elisa se sont excusés et m'ont accueilli avec beaucoup de joie, sa mère en particulier...

-Eeeeh mon fils ! Je t'ai traité de tous les noms ! Je suis une mère et je peux ressentir ton mal ! Vraiment faisons la paix ! Je t'ai accusé à tort !

Touché par autant de sympathie et d'humilité vis-à-vis de la part de ces gens, j'ai fini par céder ; on m'a présenté mon fils. Surpris de me voir père à 28 ans, je me suis senti interpellé par le rôle que j'aurai à jouer auprès de lui ; j'ai succombé instantanément en le voyant là, devant moi ; je me suis senti encore plus responsable; je me suis senti lié à cette fille, Elisa.

Bien qu'elle ait voulu se faire avorter par le passé, j'ai pu faire table rase...

-Oublions tout ! Je veux refaire ma vie ! Je veux avoir une vie stable !

Lui ai-je dit plus tard alors qu'on vient de se remettre ensemble ; j'ai fait les présentations à ma mère et ainsi qu'à mon père ; nos deux familles ont fini par se rapprocher valablement ; ma mère et la mère d'Elisa s'entendent super bien, et Elisa vient tous les week-ends chez ma mère pour passer du bon temps avec moi, accompagnée de notre fils Kevin.

Après deux mois de stage effectué à la prison de New-Bell à Douala, j'ai reçu mon affectation comme intendant adjoint à la prison principale d'Edéa ; je n'étais pas très enjoué...

-Edéa ??? Je vais faire quoi là-bas ? Je voulais Yaoundé ! Me lamentais-je en permanence.

-Non vas-y ! Je pense que tu dois y aller Aaric ! Me dit Elisa. C'est comme ça les débuts ! Tu reviendras ici plus tard !

-Je comprends ! Mais ce qui me chagrine c'est la distance ! Je serai encore loin de vous ! Je ne sais pas...

-J'ai connu ça avec mon père... les affectations ! Me dit- elle. J'en sais quelque chose ! Mais on finit par s'y habituer ! Ne t'inquiète pas, nous viendrons te voir !

-Non ! Viens vivre avec moi là-bas ! Venez ! J'ai besoin de vous !

-Euh... tu... en es sûr ?

-Et certain ! Elisa... épouse-moi ! J'ai besoin de toi ! J'ai besoin d'une épouse, d'une femme !

Elle a fermé les yeux avant de laisser perler une larme le long de sa joue...

-Aaric ! Si tu savais comme tu me rends heureuse ! J'accepte ! J'accepte de devenir ta femme !

-Toi aussi tu me rends heureux !

Elisa n'est pas parfaite ; mais j'ai trouvé en elle LA FEMME que je recherche ; on commet parfois des erreurs certes, mais lorsqu'on finit par se ranger on devient quelqu'un de meilleur ; Elisa me le démontre si bien, et malgré sa notoriété, elle a fait profil bas en revenant vers moi, le cœur ouvert et sincère ; c'est ce qui m'a touché et motivé. Cette nuit-là, dans ma chambre, on s'est parlé en se regardant droit dans les yeux, et on s'est accordés sur ce que nous aurions à faire...

-Je t'aime Elisa et je ne te laisserai pas tomber !

-Je t'aime aussi Aaric ! Je serai avec toi, quoi qu'il advienne !

Pendant qu'on se parle les yeux dans les yeux, mes mains devenues très baladeuses n'ont fait que parcourir tout son corps, en commençant par sa poitrine ; assis côte à côte sur mon lit, j'ai vite fait de dégrafer son corsage ; on s'embrasse avec beaucoup d'entrain ; quelques minutes plus tard je l'ai fait basculer; j'ai pris plaisir à contempler sa nudité, tout en m'abreuvant de la saveur naturelle de son corps ; elle a fait de même, lorsque sa main s'est emparée de mon sexe ; son agilité n'a fait qu'augmenter mon envie de la rejoindre ardemment...

Désormais, c'est elle et moi, et moi en elle ; je suis parti à la recherche du bonheur, et j'ai su qu'il existe chez elle. Parvenu à l'extase, nous sommes restés allongés, sans se parler ; nous n'en avons pas besoin ; rien que la chaleur qui se dégage de nos corps suffit amplement à nous prodiguer assez de bien-être et de répit.

6 mois plus tard...

Installé dans la ville d'Edéa, ville carrefour entre Yaoundé, Douala et Kribi, elle se situe dans la province du Littoral, sur les rives du fleuve La Sanaga, j'ai pu prendre mes fonctions comme il se devait ; rien n'a été facile au début, mais j'ai tenu bon, et je reste confiant pour les jours à venir. Mon travail en tant qu'intendant adjoint dans cette prison pour hommes, est assez prenant ; je fais le gros du travail ; la prison étant surpeuplée, j'ai essayé de trouver une alternative à ce que les prisonniers soient traités selon la règlementation en vigueur, même si cela attire parfois les foudres de mon supérieur hiérarchique, j'essaye de faire la part des choses. A 29 ans, j'attire l'attention de tous, et je lis parfois dans le regard de certains, une profonde admiration, et chez d'autres une certaine jalousie.

Mon mariage approche à grand pas ; Elisa a tenu sa promesse, celle de souvent venir me voir ; quand elle ne le fait pas, c'est moi qui rapplique à Yaoundé, juste pour deux ou trois jours. Je suis logé dans un appartement de deux chambres, avec salon douche, cuisine, etc. Ce n'est pas le luxe, mais c'est assez confortable ; et avec le temps j'ai fini par m'en accommoder. La toute première fois qu'Elisa et Kevin sont venus me voir j'ai eu un peu honte...

-Waouh ! Aaric ! C'est super ! S'exclame-t-elle avant d'entrer.

-Tu trouves ? C'est pas très grand je t'assure et puis c'est...

-C'est bien et c'est beau ! Je suis fière de toi ! Tu es un battant !

-Merci ma belle !

Elisa me met sans cesse en confiance et c'est ainsi que je gagne en assurance ; je lui accorde valablement sa place et tous les deux nous sentons qu'on évolue.

Notre mariage a été célébré en grande pompe au mois de décembre; Romuald était mon témoin, il m'a accompagné dans toutes les étapes; je ne saurai comment qualifier son assistance sur tous les plans, tant par sa présence que par son aide financière. Elisa Makosso Ndingue est devenue Madame Ewalle, et la semaine qui a suivie, elle a posé ses valises à Edéa. J'ai obtenu un petit congé de quelques jours et nous avons profité pour faire du rangement, dans la bonne humeur.

Alors qu'on s'extasie devant tous ces présents qui nous ont été offerts, Elisa s'en donne à cœur joie de les ouvrir un à un sans omettre d'en faire un commentaire satisfaisant. Assis à ses côtés, je la regarde et je souri à grandes dents, alors que Kévin lui n'arrête pas de faire des pirouettes de gauche à droite...

-Waouuuh depuis que j'en rêve ! Aaric regarde ! C'est le cookéo !!!

-Comprends rien ! A quoi ça sert ?

-C'est un cuiseur ! Attends c'est écrit dessus multi cuiseur ! Il te cuit tout à la vapeur en même temps, sans que tu ne te décarcasses à venir tout le temps contrôler ! Et en plus tu es sûr que tu manges BIO !

-Ce sont vos trucs de femmes ! Pourvu que tu nous serves de la bonne nourriture et sans la brûler ! Ahahaha !

-Ahahahah ! Je te dis !

Nous partons dans un fou rire ; elle finit par se lever et se diriger vers la cuisine...

-Attends ! Je nous installe-ça vite fait !

Au même moment je reçois un appel d'un numéro inconnu, je décroche...

-Allo ? Allo ? Je ne vous entends pas ! Parlez plus fort !

On raccroche aussitôt. Le même numéro me rappelle, pareil, je n'entends rien à l'autre bout du fil. L'action se répète plusieurs fois, jusqu'à ce que je ne prenne plus la peine de décrocher. A la fin je reçois un sms...

« Tu devrais avoir honte gros naïf comme ça ! On te malmène comme une marionnette... Kevin n'est pas de toi ! Ouvre les yeux ! ».

Chapitre 3 Visite surprise

J'ai lu ce message à plusieurs reprises ; je ne veux pas me sentir mal, ou dans une situation où tu as l'impression de t'être fait avoir aussi bêtement, surtout que ma vie, elle commence à avoir un sens ; c'est maintenant que je me sens homme et je ne veux surtout pas perdre la face.

Au même moment je me suis levé ; et discrètement, je suis sorti ; mais avant, j'ai lorgné Elisa qui est affairée à la cuisine, ainsi que Kevin qui se tient à ses côtés...

-Je fais un tour dehors là ! Je vérifie quelque chose !

-Ok chéri ! A tout de suite ! Je nous concocte déjà un bon petit plat !

-D'accord !

Je garde mon calme pour ne laisser rien paraître ; une fois à l'extérieur, je prends un grand coup, je ferme les yeux...

-C'est impossible ! Cela ne se peut pas qu'elle me fasse un coup pareil !

Je relis le message et directement j'appelle le numéro... bien évidemment il ne passe plus ; je reste pensif et je réfléchis un court instant, j'essaie de me faire le film de tous les derniers événements, des retrouvailles avec Elisa jusqu'à l'heure actuelle... Kevin m'interrompt subitement; il accourt vers moi en criant à tue-tête...

-Papaaaa !!! Papaaaa !

L'entendre m'appeler à l'instant me fend le cœur ; vu la façon dont les choses se sont passées, Kevin et moi on a vite accroché dès le premier jour; et même s'il ne porte pas mon nom, il s'appelle en effet Kevin Makosso ; mais j'ai toujours senti qu'il est bel et bien mon fils. Il n'y avait aucun doute là-dessus. Sa maman le suit juste derrière...

-Oh !!! Kevin! Reviens ici ! Laisse papa tranquille !

-Non c'est bon ! Laisse-le, je le prends ! Lui dis-je en tenant le petit dans mes bras.

-Ça va ? Me demande-t-elle l'air inquiet.

-Ca va ! Ça va ! T'inquiète ! Je... j'ai reçu un message très parlant, je dirais même très alarmant !

-Moi aussi !

-Comment ?

-Tout à l'heure à la cuisine, juste quand tu es sorti ! J'ai reçu ça !

Elle me tend son téléphone... je lis le message...

« Comment peux-tu être aussi bête et naïve ? Tu as fait une erreur en l'épousant !»

-Qu'est-ce que c'est ? Me suis-je exclamé. Qui s'amuse à nous faire ça ?

-Je ne comprends pas ! Et toi ? C'est quoi que tu as reçu comme message ?

-Tiens ! Lis-le !

Elle le lit ; elle appose ses mains sur sa bouche...

-Miiince Aaric ! Que... que Kevin n'est pas... mais il est prévu qu'on fasse les tests non ? Il est de toi !!! Il est bien de toi !!!

-Laisse ! Reste calme ! C'est quelqu'un qui veut nous embêter, un jaloux ou un envieux ! Laissons, et observons !

-D'accord ! Ça fait quand même peur hein !

-N'aies crainte ! Je vais me charger de trouver l'auteur de cette saleté !

-D'accord ! Mais sois prudent ! Reste discret !

-Ça va aller ! Je connais ce genre de chose !

Il est bien vrai que ma vie sociale et familiale est assez bien organisée, pour un fonctionnaire comme moi ; j'évolue bien et rapidement ; je ne peux que faire des envieux, et surtout je sais que j'ai la plus belle femme de la région ; elle ne passe jamais inaperçue ; certains même la reconnaissent comme ancienne miss ; il pouvait arriver que j'attrape les regards des uns et des autres sur elle, mais je me contente toujours de la tenir par la taille et de leur fermer indirectement le clapet.

Elisa a tout laissé en plan pour venir avec moi, alors je me dois d'être loyal envers elle. Le fait qu'elle s'attelle à s'occuper de notre foyer nous rends si heureux en quelque sorte, au point où nous avons fini par oublier cette histoire de message anonyme, du moins pour le moment...

-Je vais quand même faire tirer un listing ! Dès que j'ai un moment ! Ai-je fini par lancer un soir, alors que nous étions à table. Et toi ? Tu n'as plus rien reçu ?

-Non ! Hum ! Quand j'y repense encore... la personne connait bien le prénom de l'enfant !

-Oui ! Ça veut dire qu'elle nous connait bien ! J'ai fait le tour de nos proches et franchement je ne vois pas qui pourrait nous en vouloir de ce côté-là !

-Tu parles ! Je ne vois personne ! Ici je ne cause pas avec tout le monde ! Je suis sympa, polie et...

-Juste ça ! N'en fais pas trop ! Je n'aime pas que tu traînes longtemps dehors !

-Je fais juste l'essentiel Les courses, le marché c'est tout ! Les asso* (comme pour dire meilleur client, meilleur acheteur) du marché m'aiment bien !

-Ok ! Mais fais gaffe ! On ne sait pas qui est qui ! Sois courtoise, souriante, mais reste méfiante !

-T'inquiète ! Mais moi je dis, celui ou celle qui nous joue ce sale tour n'est pas loin, c'est un proche, j'en suis persuadée !

-Comme tu dis ! C'est bien louche tout ça !

Quelques jours plus tard l'affaire est vraiment passée aux oubliettes ; nos recherches étant infructueuses, on a fini par mettre ça sous le coup de la jalousie d'un tiers. Après cet épisode aucun d'entre nous n'a plus reçu ce type de message. La sérénité, l'harmonie semblent régner dans notre couple et comme on dit, RAS ! Rien à signaler.

Mon travail à la prison va bon train, j'ai déjà pris la main et je mène à bien les hommes ; au final ma proposition qui était celle de d'alléger les effectifs et de traiter les prisonniers selon les catégories a été acceptée, contre toute attente ; et cela fait plus de deux semaines que le décret a été signé... mon chef et moi sommes assez satisfaits.

De son côté Elisa tient bien son rôle de femme au foyer, bien que je lise parfois dans son regard un degré de lassitude...

-Ne t'en fais pas ma chérie ! Je vais te trouver quelque chose, pour t'occuper un peu !

-Oh tu sais ! J'ai fait un choix, et je dois l'assumer !

-Ne le prends pas mal ! Je pensais que tu l'as fait par amour !

-C'est ce que je dis ! Je ne m'en plains pas !

-Mais pourquoi je te sens parfois acariâtre ? Des soirs comme celui-ci tu me boudes presque ! Tu me lances un mauvais regard ! Je vois mais je ne dis rien !

-Je fais tout ici ! Ménage, cuisine, lessive ! Bref c'est pas un sujet sur lequel on devrait s'attarder... je te l'ai dit, j'ai choisis et j'assume !

-Je n'aime pas quand tu parles comme ça ! On dirait que moi je ne fais rien ! Je travaille comme un dingue à la prison ! Presque tout repose sur moi là-bas ! Tu penses que je suis en vacances ? Je ramène tout mon salaire ici, pour qu'on vive bien ! Tu ne manques de rien ! Toutes tes huiles et produits de beauté, tes vêtements et j'en passe qui te les achète ? Je te mets à l'aise... mais si tu vois que tu en fais trop ici ! Tu peux laisser je vais le faire !

-C'est pas ce que je dis ! Excuse-moi ! J'ai les nerfs un peu à vif c'est tout !

-Ce n'est pas la première fois ! Si ça continue je vais mal le prendre !

-Tu m'interdis de sortir ! Tu ne veux pas que je sympathise avec les gens du coin !

-J'ai dit... sois méfiante ! Sois prudente !!! Je ne t'ai jamais interdit de faire quoi que ce soit ! Tu es libre !!!

-Ok ! J'ai donc trouvé un emploi !

-Quoi ?

-Si ! Si ! J'ai pensé que je pouvais apporter un plus !

-Quel genre d'emploi ?

-C'est dans une école maternelle...

-En tant que quoi ? Enseignante ?

-Oui ! Dès la rentrée prochaine, je vais commencer !

-Ça alors ! Je ne savais pas que tu avais le diplôme requis !

-J'aime beaucoup les enfants ! Tu te souviens quand j'étais miss... j'ai participé et contribué pour les réfections de plusieurs orphelinats ! Et par la suite j'ai été élue marraine de tous ces enfants !

-Je m'en souviens ! Mais où est le rapport avec l'enseignement ?

-Je suis allée voir le Délégué Départemental de l'Enseignement ici ! Monsieur Edoa Prosper ! Tu le connais ?

-Pardon ?

-Il m'a recommandée !

Je me suis levé d'un bond, furieux... je suis peut-être content du fait qu'elle ait pu trouver un travail, mais de là à ce que ça se passe comme je viens de l'entendre... ça me mets hors de moi...

-Tu es malade ??? Lui ai-je lancé.

-Mais... où est le mal ?

-Comment tu l'as rencontré ?

-Ça y est ça recommence ! Quand je dis que tu n'aimes pas quand je sors ! Je sors pour me débrouiller et chercher comment trouver une occupation ! Tu ne m'aides pas je te signale !

-Elisa... tu vas me dire... tu vas me dire comment tu as fait pour... pour entrer en contact avec cet homme !

-Là c'est une crise de jalousie que tu me fais ! Il ne s'est rien passé comme tu crois ! C'est la voisine qui m'a aidée, c'est son oncle !

Je m'essuie plusieurs fois le visage et je pousse plusieurs jurons, avant de sortir de la pièce ; je ne suis pas un homme violent, et la colère m'ayant complètement dominé, j'ai préféré sortir...

J'ai enfilé une casquette pour qu'on ne me reconnaisse pas en tant que tel, et je suis sorti ; j'ai longtemps marché avant d'aller m'assoir dans un petit bistrot du coin ; une heure de temps plus tard, je reçois un message d'Elisa, me faisant comprendre qu'on a de la visite... je l'a rappelle aussitôt...

-Allo ? Quelle visite ? Je n'attends personne ! Et si ce sont tes « amis » dis leur que je ne suis pas d'humeur à venir jouer une comédie qui ne dit pas son nom et...

-C'est ton ami Romuald !!! Il est venu de Bertoua !!!

Me dit-elle sèchement avant de me raccrocher au nez...

Pour une surprise c'en est une ! En voilà un au moins qui va peut-être me calmer, me suis-je dit intérieurement. Romuald est effectivement là ; venu directement de Bertoua, il a décidé de passer quelques jours avec nous...

-Si ça ne gêne personne, je viens pour une semaine ! Dit- il. Je te l'avais promis non ? Aaric ! On en a parlé le mois dernier !

-Ah oui ! J'ai complètement oublié ! Tu sais avec les occupations, on perd parfois la tête ! Gars je suis content ! On va passer du bon temps ! Lui dis-je en l'embrassant comme un pote.

Elisa qui assiste à la scène, finit par lâcher...

-Contente que tu sois venu Romuald, mais ton ami ne me dit jamais rien ! Il prend les décisions tout seul ! Et après c'est sur moi qu'on cri après, pour n'avoir rien dit à propos mes occupations !

Ni lui ni moi, personne ne prends ses paroles au sérieux, et on lâche un petit rire, question de tourner en dérision sa remarque...

-Ne le prends pas mal Elisa ! Dit Romuald. Tout est de ma faute, je n'ai pas prévenu quand je quittais, je voulais vous faire la surprise... et devinez quoi ? J'ai apporté de la bonne viande de brousse, des vivres et tout... c'est sur la cour !

-Ah bon ? S'exclame Elisa ! Tu nous as alors gâtés !

Romuald n'a pas fait dans la dentelle ; les vivres, il y en a tellement qu'il manque de place pour ranger tout ça...

-Ca alors !!! Romy tu nous as gâtés !!! Me suis-j exclamé. On en a pour un mois au moins !

-Au moins comme tu dis ! Renchérit Elisa.

Au moins avec ça nous sommes sur la même longueur d'ondes... ma femme et moi ; nous en sommes parvenus à oublier notre petit différend ; tout est revenu dans l'ordre et la présence de Romuald nous fait tellement de bien dans la maison.

Je peux aller au travail le cœur le serein, et Romuald reste souvent à la maison; il aide même parfois Elisa dans certaines tâches et tout le reste.

L'atmosphère est au top, et personne ne s'en plaind... il peut nous arriver de passer toute la nuit à papoter et à rigoler...

-Ahahaha je vous dis ! Les femmes ! Aaaah les femmes !!! S'exclame un soir Romuald. Elles sont terribles hein !

-Mais... Romuald ! Tu ne nous as jamais présenté une copine ! C'est quelle qualité comme ça non ? Demande Elisa.

-Bah ! Laisse tomber ! J'étais justement sur le sujet ! Elles finissent toujours par me décevoir ! Je ne sais pas pourquoi !

-Tu manques de patience c'est tout ! Lui ai-je dis.

-Peut-être... je crois bien que je suis trop exigeant, ou trop libéral ! J'en sais rien ! Ma dernière conquête remonte à un mois ! Une vraie paresseuse ! Elle ne voulait rien faire ! J'ai tout fait pour lui trouver un job ! Elle m'a ri au nez ! Ahahahah !!! Je l'ai chassée le lendemain !

Elisa et moi on se regarde, mais je fais mine de la considérer ; je veux tout faire pour changer de sujet qu'elle fait tout pour qu'on s'attarde dessus... à la fin Romuald lui donne un peu raison...

-Une femme doit travailler boss ! Me dit-il.

-Je n'ai pas dit le contraire ! Elle va travailler ! Ai-je coupé court...

-Ok ! Bon ! Moi je vais me coucher ! Lance Romuald.

Au fait c'est mon dernier week-end !

-Déjà ? Ça passe vite ! Lui ai-je dit, l'air surpris .

-Oui ! Mais j'ai encore une autre surprise pour vous deux !

-Encore ? Lance Elisa.

-Tu en fais trop mon pote ! Laisse comme ça !

-Non Aaric ! J'insiste ! Tu sais qu'on ne se voit presque pas ! De plus, je suis ton témoin, c'est un devoir ! Tu sais que j'ai été nommé !

En effet Romuald vient d'être nommé comme directeur des finances et du budget, mais ce n'est pas tout...

-Je reviens sur Yaoundé ! Je prends mon poste le mois prochain ! Lance-t-il.

-Waouh mon pote ! T'en as de la chance ! Félicitations !!!

Il faut avouer que l'ascension de Romuald est si fulgurante au point où je ne me considère plus du tout comme supérieur à lui comme par le passé ; la vie nous réserve parfois ce genre de surprise ; il ne faut jamais jurer de rien, moi en premier ! Romuald n'est plus l'adolescent typique timide et mal foutu de l'époque ; avec le temps il s'est transformé et s'est façonné une image complètement différente ; il a tout pour lui, une voiture de service, des bons de carburant plein dans sa caisse ; n'en parlons plus de son style vestimentaire...

il a vraiment l'air d'un boss. En plus de ça, la chance esmble tourner vraiment de son côté... Il revient à la capitale, le centre de tout ; rien qu'à y penser, je me suis mis à l'envier un peu, mais au final j'ai fini par garder la tête haute, en me disant tout simplement que c'est chacun qui a sa chance cette terre...

-J'ai bataillé dur pour qu'on m'affecte à Yaoundé je vous assure ! C'est tout ce que je voulais ! Mais bon... la nomination est venue avec !

Elisa et moi nous l'avons félicité sincèrement et l'avons encouragé à toujours y aller de l'avant.

-Merci mes chers ! Nous sommes des amis, mais plus que ça, nous sommes une famille... alors pour l'autre surprise, je vous invite à venir passer un week-end, à à Limbé ! Ça vous dit ? Vu que c'est mon dernier week-end !

Nous y sommes allés le lendemain vendredi en début d'après-midi ; la mère d'Elisa est arrivée en matinée ; nous avions déjà convenu auparavant qu'elle serait parmi nous pour un séjour d'un mois. Restée avec Kevin, nous avons mis cap tous les trois sur Limbé...

Nous sommes logés dans l'un des plus grands hôtels de la ville, le « Fini Hotel », et le tout aux frais payés par Romuald. Il a eu raison en quelque sorte ; l'escapade en valait la peine, surtout qu'elle ferait beaucoup de bien à Elisa ; du coup j'ai commencé à culpabiliser de ne pas lui faire suffisamment confiance et de l'acculer pour rien. La suite qui nous a été réservée à ma femme et moi n'a fait que nous rapprocher...

-Je m'excuse... je crois que je suis un peu trop regardant et exigeant ! Le moindre détail m'accable et je...

-Je m'excuse aussi Aaric ! Tu es mon mari et je devrais te tenir au courant de mes mouvements !

-Ce serait vraiment bien que tu aies une occupation ! Ça va te rendre indépendante !

-Ça nous fera du bien ! Et comme je disais, j'adore les enfants !

On finit par se rapprocher et se câliner ; ce soir-là, j'avais envie de lui faire l'amour, mais on a frappé à notre porte... c'est Romuald...

-Oooh désolé de vous embêter ! Je croyais qu'on avait prévu de sortir ! Je nous ai réservé un restaurant de grande classe et... mais pas grave on va reporter, amusez-vous bien !

-Non ! Non ! Romuald on s'apprête ! T'inquiète ! On a toute la nuit pour ça ! Hein ? Chérie ?

-Oui ! Oui ! On va s'apprêter vite fait ! C'est toi qui nous invite, alors on doit...

-Ok ! Comme vous voulez ! On va bien s'amuser, je l'espère !

Nous sommes sortis comme convenu aux environs de 19h, et contre toute attente, Romuald nous a présenté une fille...

-Je vous présente ma charmante Lolita ! J'ai juste oublié de vous parler d'elle... on se connait depuis un moment, mais elle vit plutôt à Douala ; je lui ai demandé de nous rejoindre ici !

La soirée s'annonce super bien ; nous avons sympathisé avec Lolita, très sympa sur les bords ; voire même très gentille... Elisa et elle ont bien accroché, on aurait dit qu'elles se connaissent depuis des siècles, au point d'organiser un autre plan de sortie rien qu'entre elles pour le lendemain...

-C'est juste entre nous les filles ! Lancent-elles tout de go, et au même moment.

Romuald et moi on a juste haussé les épaules et souri. Pendant le dîner, je reçois un coup de fil...

-Oulà ! Ça vient de la prison ! Excusez-moi !

Je me lève et je décale un peu... quelques minutes plus tard je reviens avec la mine abattue...

-Pffff ! Désolé ! Il... il faut que je reprenne la route ! Il y a eu évasion à la prison ! C'est grave !

-Oh mon Dieu !!! Aaric ! On... on rentre ! Se lamente Elisa.

-Si tu veux, mais je vais directement là-bas !

-Ooooh !!! Désolé mon pote ! Dit Romuald ! Si tu as besoin de mon assistance je peux venir avec toi !

-Non ! Non ! Tu ne peux pas ! Reste ! Restez ! J'y vais ! Elisa tu peux rester !

-T'en fais pas Aaric ! Elisa je vais veiller sur elle, me rassure Lolita !

-Ok ! Chérie, fais-toi plaisir ! Tu le mérites ! J'y vais ! Je te promets que tout ira bien !

-Tu promets ? Stp fais attention à toi ! On s'appelle alors toutes les minutes ok ? Je vais appeler maman sur le champ !!!

-D'accord ! Je vais le faire aussi ! A plus tard !

-A plus tard mon pote on s'appelle ! Rétorque Romuald.

Rentré sur Edéa, j'ai directement filé à la prison ... c'est vraiment le branle-bas ; il y a vraiment eu évasion ; un des prisonniers, réputés comme l'un des plus dangereux venait de s'évader, mais dieu merci on a pu l'appréhender plus tard dans la nuit, aux environs d'une heure du matin; c'était plus de peur que de mal.

Vers les 3 h du matin, j'ai fait mon rapport et je suis resté à la prison ; il fallait encore déléguer et gérer avec mon chef, afin de se rassurer que tout soit rentré dans l'ordre, et surtout voir comment renforcer la sécurité et tout le reste. J'ai appelé ma belle-mère et ma femme, pour les rassurer que tout venait de rentrer dans l'ordre, mais je suis obligé de rester plus longtemps à la prison ; ce n'est qu'au petit matin que je pu me libérer.

Un mois plus tard après les événements, j'ai reçu une nomination; c'est mon chef direct qui me l'a lui-même annoncé...

-Tu es nommé intendant de prison !

-Quoi ? Mais... mais je n'ai nullement l'intention de prendre votre place chef ! Je suis votre adjoint et... Non ! Rassure-toi tu vas de l'autre côté !

-Je ne comprends pas ! Je vais où ?

-On t'envoie chez les femmes ! Tu vas diriger l'aile des femmes ! J'ai appris ça ! On attend que ça se confirme ! Tu recevras ta lettre d'ici peu !

Je ne suis pas très enjoué à cette idée, mais je n'ai pas le choix ; j'ai annoncé la nouvelle à Elisa qui l'a très bien pris d'ailleurs.

-Je pense que c'est mieux là-bas ! Chez les hommes c'est trop dangereux ! Et les évasions, et les bagarres et tout et tout ! On ne respirait pas avec ! J'avais peur pour toi !

-Comme tu dis ! Je prends le bon côté de la chose !

-Prends le bon côté des choses... surtout que tu vas être papa pour la deuxième fois ! Me dit-elle dans un sourire...

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