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AMOUR BRISÉ

AMOUR BRISÉ

Auteur:: The world of stories
Genre: Romance
Combien de fois avez-vous pu voir un homme dire à sa femme « désolé de t'avoir laissé m'aimer » ? L'histoire de Nabil et d'Angélina n'est pas banale. C'est ce qui a d'ailleurs poussé Angélina à cacher la vérité sur Nabil pendant plus de 25ans à sa fille unique. Le temps des révélations est arrivé et notre héroïne a décidé de tout raconter à sa fille dans une lettre la plus détaillé possible. Venez découvrir le récit bouleversant et plein de rebondissements pour sa fille.

Chapitre 1 Chapitre 01

INTRO

- Docteur est ce que vous pouvez mettre cette machine sur silence ? elle m'empêche de dormir dis-je

- Ah vous alors ! toujours là à plaisanter répondit la doctoresse en réajustant ses lunettes. J'ai de mauvaises nouvelles, le dernier potentiel donneur qu'on avait identifié...

- Laissez tomber docteur la coupai-je. De toute façon les chances étaient minces non ?

- Oui je sais, on va continuer la chimio un peu en attendant mais si...

- Arrêtez ça tout de suite je vous ai dit qu'il était hors de question qu'elle sache !

J'avais fait une promesse ! Une promesse à moi-même de toujours garder le secret sur l'identité du père de ma fille unique. Mais aujourd'hui ma fille a fêté ses 25ans sans moi et je ne suis pas sûre d'assister à sa 26ème anniversaire. Cela fait maintenant plus de six ans qu'elle ne me parle plus, ne répond plus à mes lettres ni appels. Le moment est peut-être venu de replonger dans le passé, de revivre ma vie pour espérer partir en ayant reçu le pardon de ma fille. Je pourrai ainsi reposer en paix.

En ce moment je pris une résolution simple : au diable la chimio et la recherche de donneur... je vais consacrer le restant de mes forces à écrire une lettre à ma fille. Il est temps de lui présenter son père.

- Docteur, pourriez-vous me trouver une rame de papier et un stylo s'il vous plait ? je dois écrire une lettre.

- Euh vous avez besoin d'une rame de papier pour une seule lettre ?

- Oui répondit-je avec un petit sourire, ça sera une si longue lettre... (petite pensée à Mariama Bâ, qui a traversé et marqué toutes les générations de notre pays)

_______________________________________________

Cathy, ma chère fille

Cela fait cinq ans aujourd'hui que tu refuses de me parler, peut-être à raison. Je pense que, comme tout enfant, tu mérites de connaitre ton père. Je ne t'ai jamais rien dit sur lui car il y a quelques années juste avant ta naissance je me suis faite une promesse enfin deux : tout faire pour que tu ne manques jamais de rien et tout faire pour que tu ne découvres jamais l'identité de ton père. Mais quand j'y repense, l'un empêche peut-être l'autre.

Aujourd'hui les médecins ne me donnent que quelques mois voire quelques semaines à vivre à cause de mon cancer et je crois que le moment est venu pour moi de te parler de ton père. Tu mérites d'en savoir le plus sur lui et je veux que son nom me survive.

Tout a commencé un après-midi de printemps, alors que j'avais dix-sept ans j'ai suivi une de mes copines de l'époque, Manon, en balade dans la voiture de son père. Aucune de nous deux n'avait le permis mais l'excitation de l'aventure était plus forte que la petite voix de la raison qui essayait de m'en dissuader. On est parti faire le tour de la ville et s'amuser vraiment bien. Insouciante mais surtout inconsciente, on a décidé de faire un dernier tour vers le quartier ouest de la ville, un quartier populaire réputé pour être dangereux pour des jeunes filles comme nous. Au bout de quelques minutes nous décidâmes de rentrer. Mais comme si le destin voulait nous punir la voiture a calé d'un coup et refusait de redémarrer.

- Qu'est ce qui se passe ? demandais-je.

- J'en sais rien moi, putain mon père va me tuer

Manon commençais à paniquer et je n'étais pas vraiment plus calme. A ce moment-là j'ai remarqué que ses yeux bleus virèrent légèrement au vert quand elle est paniquée, mais je me gardais bien de lui faire la remarque. En tout cas pas en ce moment-là. Fallait trouver une solution pour limiter les dégâts.

- Et on est censée faire quoi maintenant ? dis-je

- J'en sais rien mais faut que cette voiture redémarre! il le faut.

Elle n'arrêtait pas tirer ses cheveux frisés vers l'arrière comme pour les arracher et ça me faisait presque rire. Après un long moment de silence elle finit par me dire :

- Je vais appeler mon père

- T'es sûre ?

- Oui je n'ai pas le choix, on s'y connait pas du tout en voiture et on ne va pas passer la nuit ici.

En y réfléchissant bien je crois qu'on savait toutes les deux qu'il n'y avait que ça comme solution mais on ne voulait pas se l'admettre au début.

Mais appeler son père impliquait que ce dernier me ramène chez moi, dise tout à mes parents... à cette pensée je sentis un arrière-gout amer dans la bouche et toute envie de rire disparut chez moi. Comment vais-je expliquer cela à mes parents ? Après, ma mère me laissera-t-elle à nouveau revoir Manon ? Les pensées se bousculaient dans ma tête et j'avais de plus en plus peur mais la voix de Manon me sort de cet état songeur.

- Pardon tu m'as parlé ? lui demandais-je.

- Oui je disais qu'il valait mieux que tu partes.

- Pardon ? ça veut dire quoi ça ?

- Écoute, si mon père voit que j'étais avec toi il va le dire à tes parents et il ne me laissera plus jamais te revoir. Là au moins je serais punie mais tu pourras toujours me rendre visite à la maison.

- Mais t'es folle ! m'énervais-je. Tu crois vraiment que je vais te laisser porter le chapeau pour nous deux ?

- Arrête de t'énerver ça ne sert à rien. Au fond tu sais que j'ai raison ça ne sert à rien qu'on soit punies toutes les deux réfléchis un peu.

- Et pourquoi ce n'est pas toi qui partirais et moi j'attends ton père ? dis-je d'un air prudent, presque comme si j'avais peur de dire une bêtise.

- Ah oui pourquoi j'y ai pas pensé tiens ! C'est logique après tout. T'es venue chez moi, t'as volé les clés de mon père puis sa voiture sans que je le sache... ben voyons.

- Oui c'est vrai ce n'est pas très crédible.

Oui l'idée qu'elle se fasse punir seule pour une bêtise qu'on a faite ensemble me rendait malade mais c'était de loin la moins pire idée qu'on pouvait avoir sur le coup.

J'ai donc accepté. J'ai tenu compagnie à Manon jusqu'à ce qu'on aperçoive la dépanneuse qui devait surement venir avec son père et je suis partie vers l'arrêt de bus deux rues plus loin.

Je n'arrêtais pas de penser à Manon et du savon qu'elle devait être en train de se prendre.

Arrivée à l'arrêt de bus, appuyée contre l'abri j'ai commencé à pleurer sans savoir pourquoi. Était-ce de l'empathie pour mon amie ? De la peur de ce qui pouvait m'arriver avant l'arrivée du bus ? De la peur de la réaction de mes parents quand je vais tout leur raconter ? Non, non je n'allais pas leur raconter sinon je trahirais ma promesse faite à Manon.

Tout à coup des voix me firent sursauter. Trois jeunes qui semblaient revenir du sport s'arrêtèrent à mon niveau. Ils étaient tous les trois vêtus de survêtements et de baskets. Le plus grand avait fait une crête avec ses cheveux noirs. Ses yeux foncés luisaient au soleil. Il avait une grosse chaine en or et semblait être le chef de la bande. Après m'avoir regardée de bas en haut il se tourna vers ses amis et leur dit avec un sourire assez malsain :

- Une hirondelle s'est perdue ici on dirait.

Les deux autres rirent bêtement comme par complaisance pour leur chef. En ce moment-là j'avais la trouille de ma vie mais je n'ai pas pu m'empêcher de glousser, j'ai toujours trouvé ringard cette façon d'aborder une fille. Ce qui ne lui a pas trop plu apparemment.

- Ça te fait rire toi ? me lança-t-il furieux.

Je commençais à sentir mes mains trembler et mon cœur battait à tout rompre. Il s'approcha alors de moi avec un regard pas très rassurant et me dis tout doucement avec une voix qu'il voulait sensuelle.

- Tu sais que ça peut être très dangereux pour une fille comme toi de trainer toute seule ici.

J'étais tétanisée et je me suis contentée de déglutir. Plus il s'approchait plus je distinguais une odeur de parfum bon marché mêlé à la sueur. Et en y regardant de près j'ai vu que ses amis portaient des planches de skateboard, ce qui expliquerait cette odeur de transpiration.

- Qu'est-ce que t'es venue faire ici parce qu'entre nous vu comment t'es sapée tu fais tache.

Je n'avais nullement envie de répondre. Je préférais garder le silence tout en priant que le bus arrive au plus vite. J'avais peur comme jamais auparavant mais une partie de moi avait envie de dire aux deux autres d'arrêter de jouer les bouffons et de rire à chaque mot de leur maitre. J'ai préféré me taire car si j'avais une chance de m'en sortir totalement indemne ce n'est surement pas en les provoquant.

- T'es bien silencieuse dis donc, tu sais si t'es un peu « gentille » avec moi je pourrais te raccompagner jusque chez toi.

- Non merci, dis-je fébrilement.

- Ah mais t'as une langue, je commençais à désespérer

Je ne supportais plus son rire démoniaque qui accompagnait chacune de ses phrases aux arrières pensées perverses. Je me dis en ce moment-là « perdue pour perdue je vais les remettre à leur place et peu importe les conséquences ».

- Salut Kevin, t'as fait la connaissance de mon amie visiblement dit une voix pleine d'assurance derrière moi.

J'ai ressenti du soulagement mêlé à de la peur. Cette voix m'inspirait confiance mais après tout je me trompais peut-être. Et si c'était lui le vrai méchant dans l'histoire ? Le suspens ne pouvait plus durer ainsi. Je me suis retournée pour voir à qui appartenait cette voix qui m'a redonné le sourire.

Un jeune homme de mon âge environ était à deux pas de moi. Il était de taille normale plutôt svelte avec un beau sourire qui semblait ne jamais pouvoir quitter son visage. Il était mignon et avait l'air timide. Il portait un tee-shirt à longue manche blanc avec un jean noir et des baskets blanches. Il y avait vraiment quelque chose de bienveillant en lui et le petit clin d'œil qu'il me fit me rassura complètement.

- Attends tu la connais ? beugla le fameux Kevin, chef de bande

- Ben ouais idiot c'est moi qu'elle attendait dit le jeune homme à Kevin puis se tourna vers moi et ajouta à mon encontre

- Désolé du retard, je finissais une bricole pour ma mère.

- Pas grave mais préviens la prochaine fois, lui dis-je le plus naturellement possible pour ne pas trahir ma surprise...

- Bon on s'arrache les gars dit Kevin à ses acolytes et ajouta à l'adresse du jeune homme en partant : toi, évite de laisser trainer tes affaires n'importe où.

Le jeune ne lui prêta aucune attention, il se contenta de les regarder s'éloigner en silence. Quand ils disparurent à la rue suivante il se tourna vers moi et s'apprêta à dire quelque chose mais je l'interrompis.

- Merci de m'avoir sortie de là

- Je t'en prie dit-il l'air gêné. Ces trois-là c'est des vrais chahuteurs, au fond ils ne sont pas méchants mais un peu trop casse-pied quand ils s'y mettent. Je m'appelle Nabil.

- Moi c'est Angelina, mais mes amis m'appellent Angie.

- Enchanté, Angelina mais qu'est-ce que tu fais ici ?

- Je n'aime pas qu'on m'appelle Angelina lui dis en plaisantant

- Ah je m'excuse, mais je ne pouvais pas encore me considérer comme ton ami et donc je n'ai pas osé t'appeler Angie.

- C'est pas faux.

Après une minute de silence on éclata de rire en même temps comme commandés pas une force invisible. Ma main finit par lui effleurer le bras et je sentis le feu me monter aux joues. J'étais intimidée et j'avais peur qu'il remarque que je rougissais. Il l'a remarqué. Mais il a préféré détourner le regard comme s'il guettait le bus et j'en ai profité pour détourner le sujet.

- Dis-moi Nabil, tu vis ici ?

- Oui un peu plus loin avec ma mère et toi ?

- Ben moi j'habite au nord de la ville.

Là je lui ai raconté toute ma mésaventure avec Manon et la voiture de ses parents. Jusqu'à l'arrivée de Kevin et sa bande. Pendant que je parlais il se contentait de hocher la tête il avait l'air de m'écouter attentivement. Quand j'eus fini je m'attendais à ce qu'il me juge, me fasse la morale même pour plaisanter, ou encore s'étonner qu'une fille prenne autant de risque mais il se contenta de sourire. Un sourire complice comme pour compatir et me réconforter. Il finit par me dire :

- Je peux rester avec toi jusqu'à ce que ton bus arrive si tu veux.

J'étais gênée et surtout surprise d'une telle gentillesse de la part de quelqu'un que je ne connaissais pas il y a 1h. Au fond de moi je savais que sa proposition était limite inespérée mais je lui ai juste dit non.

- Permets moi d'insister me dit-il avec son sourire qui le quittait jamais

- Je ne veux pas abuser, je suppose que t'es pas sorti de chez toi sans raison

- Effectivement mais je vais juste chercher du pain, ne t'en fais pas pour moi

- Dans ce cas-là je veux bien, et merci je te le revaudrai

- Ah bon ? tu comptes revenir dans mon quartier pour « payer ta dette » ?

- Arrête de te moquer de moi c'est pas gentil ça. Et puis si je suis sûre de revoir un certain Nabil je reviendrais peut être.

Dans ma tête j'arrêtais pas de prier pour qu'il me demande mon numéro de téléphone mon adresse mail peu importe. J'avais vraiment envie de rester en contact avec cette personne. Mais comment se faisait-il que ce garçon que je venais de rencontrais me fasse autant d'effet ? J'avais envie de rester là à lui parler de tout et de rien, de l'écouter rire. J'ai l'impression qu'à côté de lui on ne pouvait pas ne pas être jovial. J'avais hâte de rentrer. Hâte de raconter ma rencontre à Manon.

Manon ! Avec tout ce qui s'est passé j'en ai oublié que ma meilleure amie devait vivre une triste soirée aujourd'hui. J'ai pas le droit d'être aussi enthousiaste, je dois être triste car moi aussi j'ai fait une grosse bêtise.

J'aperçus au loin mon bus qui arrivait enfin et je sortis un bout de papier de mon sac y griffonnai mon numéro de téléphone et le tendis à Nabil.

- Tu voudras peut-être savoir si je suis bien rentrée... lui dis-je avec un petit clin d'œil.

Je montai ensuite dans le bus fis signe à mon nouvel ami et sentis un pincement au cœur. En ce moment-là je ne le savais pas encore mais ma vie allait changer pour toujours. Ce garçon mystérieux que je venais de rencontrer allait bouleverser mon existence.

Il était d'une élégance rare pour son âge et son éloquence digne d'un poète. Ces deux choses combinées faisaient de lui un homme charismatique. Et même si je le connaissais que depuis moins d'une heure je comprenais mieux pourquoi en une phrase il avait réussi à me tirer d'affaire. Dans le bus je n'ai pas vu le temps passé, mon corps y était mais mon esprit était resté avec Nabil. Je pensais à ses cheveux courts frisés, son regard plein d'assurance mais en même temps timide. Y avait tellement de mystères autour de cet homme que j'avais envie de l'assaillir de question.

Chapitre 2 Chapitre 02

Mais pourquoi ne m'avait-il toujours pas contacté ? Si ça se trouve il n'avait même pas regardé le bout de papier que je lui ai donné. « Je m'en fous de toute façon je le connais même pas ce gars!» : bien évidemment je me mentais à moi-même et ça me rendait folle.

Ce matin-là je fis exprès de trainer au lit pour ne pas croiser mes parents. Peine perdue ! en descendant les escaliers je les trouvais tous les deux à table dans la salle à manger.

J'étais enfant unique. Mon père (Rolland) était expert financier et ma mère (Sylvie) médecin. On vivait le quartier Cimiez, réputé bourgeois de la ville de Nice dans un grand duplex. On vivait dans un relatif luxe, vu ce que gagnaient mes parents. Je n'avais jamais manqué de rien, mes parents satisfaisaient à tous mes besoins. J'ai toujours eu une très bonne relation avec mes parents. Ils me faisaient bien marrer quand ils pariaient, pour rigoler bien sûr sur mon avenir à savoir les traces duquel je suivrai. Juste pour les embêter j'avais envie de leur dire que je deviendrai danseuse mais j'ai toujours voulu éviter le conflit avec eux et je n'étais pas sûr de leur sens de l'humour.

Je n'avais pas trop la tête aux plaisanteries ou autres taquineries familiales ce matin-là, raison pour laquelle je voulais éviter mes parents. Mais sinon en temps normal j'adore leur compagnie, on était une famille assez complice. Mais quand j'y repense maintenant, je ne pouvais pas savoir à l'époque si on était vraiment complice. Mon expérience aujourd'hui m'a montrée que la complicité se mesurait aux épreuves traversées et aux liens raffermis ou dégradés après ces épreuves. Ma famille à cette époque n'avait eu qu'un long fleuve tranquille comme vie. La plus grosse dispute que j'ai eue avec eux jusqu'à cet instant c'était à cause d'une mauvaise note ou d'une absence non justifiée.

- Tu sais qu'Halloween c'est déjà passé ma chérie ? me lança ma mère dans un rire complice avec mon père.

Je ne relevai pas la pique, je savais bien que je devais avoir une mine affreuse. J'ai passé la nuit à me retourner dans mon lit et surtout à regarder mon téléphone à la quête de nouvelles de mon Nabil ! J'espère que je ne te choque pas ma fille mais dès l'instant que je l'ai vu, c'était déjà « mon Nabil » dans ma tête. Il y a de ces personnes sorties de nulle part et qui sans prévenir deviennent essentielles dans notre vie. On vit en fonction d'eux ou de ce qu'ils pensent. On fait tout pour compter à leurs yeux. Nabil était assurément de cela. Tu trouveras ma fille que j'exagère, que je n'ai aucune modération dans mes propos sur quelqu'un que j'ai vu une demi-heure seulement, mais cet homme était un spécimen rare.

Peut-être me faisais-je des films, peut-être m'emportais-je pour rien. De toute façon je ne savais même pas comment le revoir, ni même s'il se rappelait de moi ! mais pourquoi diable il ne me faisait pas signe ?

Je décidai d'arrêter de me faire du mouron et de prendre mon petit déjeuner. J'essayais de rigoler un peu avec mes parents et ça me faisait du bien. Tout de suite une autre pensée amère me traversa l'esprit : Manon ! Je n'avais toujours pas pris de ses nouvelles depuis la veille, quelle piètre amie je faisais ! j'avais honte. Je décidai alors de passer la voir après ma douche comme je n'avais pas école ce jour-là.

Comme on n'habitait pas loin l'une de l'autre je préférai marcher ce qui me permettait de me vider la tête un peu. Arrivée devant chez ma copine, j'hésitais longtemps avant de sonner et sa mère ouvrit la porte. Elle m'accueillit bien comme toujours mais en me précisant que Manon avait été punie.

- Ton amie a encore fait une bêtise, elle est privée de sortie et de visite mais on va faire exception pour toi. S'il te plait essaie de la raisonner elle suit une pente dangereuse.

En ce moment là j'étais partagée entre le rire et la tristesse. Que dirait-elle si elle savait qu'on avait fait cette fameuse bêtise ensemble ? je devais une fière chandelle à mon amie d'avoir tout pris pour nous deux mais je m'en voulais encore plus de pas avoir plus pensé à elle depuis la veille. J'allai dans sa chambre et la trouvai sur son poste de travail en train de bosser ses cours...

- Depuis quand tu bosses les samedis matin toi ?

Elle éclata de rire. Manon n'était pas du genre très bosseuse. Elle me disait souvent que l'école ne servait à rien mais elle était obligée d'y aller tant qu'elle ne pouvait pas s'assumer toute seule.

- Pour un mois je n'ai le droit de sortir que pour aller en cours, et ici j'ai droit à aucun loisir, juste bosser... quelle vie de merde ! dit-elle

- Je suis vraiment désolée que tu subisses ça pour nous deux répondis-je avec une sincère tristesse.

- Arrête ça tu veux ! c'était mon choix et je sais que c'était le bon. Mais toi raconte-moi, qu'est ce qui s'est bien passé après mon départ ?

- Oh rien de bien spécial, j'ai attendu tranquillement mon bus et suis rentrée après.

Manon me dévisagea comme pour détecter le mensonge. Elle me connaissait tellement bien qu'elle ne tarda pas à éclater de rire en me demandant la vraie version. Je lui racontai alors la rencontre avec la bande de Kevin puis mon chevalier servant Nabil qui me rendait littéralement folle mais qui ne donnait plus signe de vie. Je n'omis aucun détail car je connaissais son coté commère mais aussi parce que je savais qu'elle en avait besoin pour faire passer le goût amer de sa punition. Elle semblait dévorer mon histoire comme si elle la vivait à travers moi.

Passé les commentaires et petits noms d'oiseaux envers Kevin et sa bande, elle commença à formuler des milliers de théories sur le mutisme de Nabil. J'aimais la voir ainsi, j'aimais passer des moments avec elle. Maintenant je n'étais plus toute seule à angoisser pour mon Nabil et elle s'offrait un petit moment de distraction durant sa punition. Mais tout ça ne disait pas pourquoi Nabil ne me donnait pas signe de vie.

- Peut-être devrais-je retourner là-bas pour tenter de la voir ?

Manon éclata de rire jusqu'à en avoir les larmes aux yeux.

- Ok tu vas te pointer à l'arrêt de bus et attendre qu'il repasse là-bas par hasard ? tu sais même pas où le chercher laisse tomber.

Je réalisai à quel point mon idée était stupide. Elle avait raison je ne me suis pas assez servi de ma tête pour sortir une connerie pareille. A cet instant je sentis mon téléphone vibrer dans ma poche et me ruai dessus pour voir si c'était lui : « numéro masqué ». Je le reposai, ce n'était pas le moment de parler à un inconnu j'étais trop irritable. Manon me fit remarquer qu'il pourrait s'agir de Nabil après tout et je décrochai avec un « allo » mi-sec mi-excité.

Cette voix au bout du fil, ce timbre si particulier, cet accent à faire pâlir n'importe qui... je pensai que j'allais m'évanouir d'excitation. J'ai pas du tout réussi à garder mon calme, il m'avait appelé, il m'avait appelé. Il prit rapidement de mes nouvelles, puis de Manon compatissant pour elle au passage et voulut prendre congé mais il était hors de question que je le laisse filer sans me donner son numéro.

- Pourquoi tu m'appelles en privé ? demandai-je presque méfiant.

Il m'expliqua que c'était juste une habitude. Je lui demandai son numéro mais il hésita. Je ne sais pas s'il voulait juste jouer avec mes nerfs ou alors il ne voulait pas me donner son numéro. Après plusieurs secondes d'hésitation il me promit de ma rappeler et raccrocha comme pour éviter que j'insiste davantage. Je me tournai vers Manon et commençai à sortir quelques mots peu élégants. Mon amie s'amusait beaucoup de la situation, elle me regardait bizarrement.

- Qu'est ce qu'il y a encore ? m'énervai-je.

- T'es complètement amoureuse de ton Nabil ma foi répondit-elle avec un clin d'œil.

Je voulus protester mais en y réfléchissant un peu je me rendis comte j'étais complètement hystérique depuis quelques minutes. Je me comportai comme si Nabil était mon petit copain et qu'il avait des comptes à me rendre alors qu'en fait il n'en est rien, il ne me doit rien. Au contraire c'est moi qui lui dois quelque chose. Après tout il m'a sauvé et a pris le soin de prendre de mes nouvelles après. Mais alors pourquoi je me comportai comme une gamine de 12ans devant son boys band préféré ?

Ce n'était pas le moment de se soucier de cela. Je savais que Nabil était un homme de parole donc il me rappellera comme il l'a dit et j'aurai mes réponses à ce moment-là. Je restai passer la journée avec Manon pour lui tenir compagnie mais aussi pour ne pas me retrouver seule et trop penser à mon Nabil.

Cette nuit là encore j'étais partagé entre rêve et frustration. J'avais eu l'occasion d'entendre la voix de mon Nabil, il pensait forcément à moi. Mais en même temps je n'étais pas plus avancée. En m'appelant en privé il a tout de suite mis des barrières entre nous. C'est comme s'il m'avait dit « écoute fillette, je m'assure que tu vas bien mais après tu m'oublie ! ». Quelle injustice, mais surtout quelle ironie.

Oui quelle ironie. Ma fille tu me connais et tu as déjà vu des photos de moi jeune. Sans être prétentieuse j'étais magnifiquement belle, blonde avec de longs cheveux frisés, des yeux noisette avec des cils naturels à rendre jaloux les faux cils. Tous les mecs de mon lycée, les plus populaires me courraient après et je n'ai jamais voulu sortir avec l'un d'eux. Et aujourd'hui me voilà dans le rôle de celle qui court après et lui ne veut pas de moi ? comment était-ce possible ? pourquoi il me fuyait ? je lui offrais sur un plateau d'argent ce que tous les mecs de son âge convoitaient et pourtant cela ne semblait guère l'atteindre.

J'allais affecter ma santé mentale en me posant toutes ces questions pour cet homme. En valait-il la peine après tout ? je voulais que ça soit lui mais je devais me préparer au pire. Cet homme n'était pas comme les autres, il était complexe. Et moi cela me rendait complètement folle.

Y a des choses qui ne changent jamais peu importe l'âge qu'on a. se lever le lundi en fait partie. A l'époque je n'aimais pas aller en cours le samedi et tout le temps que j'ai travaillé je n'ai jamais aimé y aller le lundi. Décidément je comprends Garfield !

Enfin bref je m'éloigne un peu du sujet. Ce matin là je n'avais pas envie d'aller en cours ! si seulement mon Nabil était en dans mon lycée, ça me motiverait un peu. Mais je ne savais même pas ce qu'il faisait de sa vie ! quelle tristesse. Je l'ai fait exprès d'arriver un peu en retard pour aller directement en cours et ne pas avoir à croiser qui que ce soit. Manon m'avait gardé ma place habituelle à ses côtés. Dès que j'entrai dans la salle elle m'accueillit avec un sourire plein de curiosité. Je devinai déjà sa soif d'informations. Elle devait s'imaginer que j'ai eu des nouvelles de Nabil le dimanche. J'étais presque désolée de casser son enthousiasme. Je passai devant le prof qui faisait une réflexion sur la ponctualité à laquelle je ne prêtai aucune attention.

-Alors raconte ? me lança Manon avant même que j'eus posé mon sac.

-Désolé de te décevoir ma vieille mais que dalle ! c'est le calme plat.

Elle fit une moue très expressive. Je fis la même. On passa une grande partie du cours à papoter de tout et de rien. Le cours n'était pas intéressant et on n'aimait pas le prof donc on essayait de faire passer le temps. En me retournant je vis un garçon me saluer d'un signe de la main avec son plus beau sourire.

Il s'agissait de Cédric, un des garçons les plus gentils et les plus serviables de mon lycée. Je l'aimais bien et partageais souvent mes repas avec lui et Manon. Il était de taille normale, les cheveux noirs toujours bien coiffés, les yeux marrons et un sourire timide ornait toujours son visage. Je lui rendis son sourire et me retournant de nouveau vers Manon, elle faisait une tête bizarre ce qui m'étonnait.

-Si jamais Nabil te rappelle tu vas faire quoi de Cédric ? me demanda-t-elle de but en blanc. Tu vas pas nous faire un triangle amoureux quand même ?!

J'étais presque choqué par sa remarque. Je ne voyais pas du tout où elle voulait en venir. Il n'y a jamais rien eu entre Cédric et moi et elle le savait alors pourquoi me faire une telle réflexion ? voyant que je n'arrivais pas à sortir un mot cohérent sous l'effet du choc elle reprit la parole.

-Ecoute je dis juste que le gars est fou de toi depuis le début de l'année il te lâche pas, il est juste trop timide pour te l'avouer et toi t'es trop aveugle pour le voir ou trop naïve pour croire que c'est juste un ami. En tout cas il mérite pas de souffrir donc peu importe ce que tu vas faire, essaie de pas être ambiguë avec lui d'accord ?

Je ne pipai mot. Je restai dans un silence total fixant le tableau comme si le cours commençait à m'intéresser d'un coup. Je me rejouai toutes les scènes qui se sont passé dans cette école depuis le début de l'année. Manon était juste folle et elle voyait de l'ambiguïté partout ! mais tout de suite je me souvins qu'un mois et demi environ en arrière il m'avait rapporté une rose à l'occasion de la Saint Valentin en « plaisantant » que j'étais l'élu. Ou encore à cette soirée juste avant les vacances quand je lui avais dit avoir mal au dos, il m'avait tout de suite proposé de me faire un massage. Je repensai encore à d'autres petits gestes qu'on fait souvent par galanterie, pour plaire et que lui n'hésitait jamais à faire pour moi.

Oh mon Dieu Manon avait raison ! je vais briser le cœur de ce jeune homme ! ce qui était vraiment dommage. Je l'appréciais vraiment en tant qu'ami et là fallait que j'arrête de le fréquenter pour ne pas lui donner de faux espoirs, pour ne pas le faire souffrir.

Chapitre 3 Chapitre 03

A la pause entre deux cours je n'ai pas voulu sortir et pour que Cédric ne reste pas avec moi je lui ai fait comprendre que je devais faire un truc important. En réalité je voulais juste éviter la foule. C'était vraiment bizarre, j'avais l'impression d'être une nouvelle dans cette école alors que j'étais en terminale et j'ai aussi fait mon collège là-bas donc en tout j'en étais à ma septième année là-bas. Cette école était très huppée et affichait souvent un taux de réussite de 100% au BAC ce qui avait motivé mes parents à m'y inscrire.

La majorité des élèves ici étaient des fils à papa ou des surdoués. Ce qui avait valu à cette école d'être toujours classé dans le top 3 des meilleurs lycées de la ville.

Je pris mon tel pour envoyer un message à Manon et je vis que j'avais reçu un message 2 minutes plus tôt. Comme le numéro m'était inconnu je décidai de le lire plus tard et écrivis à Manon : « t'as réussi à foutre le bordel dans ma tête ! lol ». Je ne m'attendais pas vraiment à une réponse mais j'ai quand même eu droit à une floppée de smileys pleurant de rire. J'adorai cette fille sauf quand elle avait raison, elle n'avait jamais la victoire modeste ; mais bref passons.

Le reste de la journée était assez nul, je n'étais présent que physiquement. Mon esprit quant à lui distribuait des tracts à la recherche de mon cher Nabil ! il me manquait, j'avais envie de l'entendre me parler, de rire avec moi...

A la fin de la journée et comme d'habitude je rentrai avec ma copine que je boudai toujours mais elle semblait bien s'amuser de la situation. Je suis descendu au même arrêt qu'elle pour marcher le reste du trajet entre chez elle et chez moi. Sur la route je sentis mon téléphone vibrer et découvris un message moqueur de Manon « Cédric ou Nabil ? ». Après lui avoir répondu de me laisser tranquille en des termes peu élégants, je m'aperçus que je n'avais toujours pas lu le message de l'expéditeur inconnu. Je l'ouvris donc : « Coucou ! comme promis, voici mon num, je t'appelle plus tard. Nabil ». Mon cœur ne fit qu'un tour, j'étais aux anges. Mais pourquoi diable ai-je attendu aussi longtemps pour ouvrir ce message ?! qu'est ce qu'il devait se dire en voyant mon absence de réponse ? j'espérais juste que je ne venais pas de tout gâcher. Je lui répondis alors avec un message qui se voulait détacher « Coucou, je viens juste de voir ton message. J'attends ton appel. Bisous ».

J'appelai tout de suite ma copine pour lui raconter ce qui venait de m'arriver mais personne au bout du fil. J'avais oublié qu'elle n'avait pas droit au téléphone quand elle rentrait chez elle, saleté de punition ! ça nous apprendra à moins faire de conneries à l'avenir.

J'étais donc dans une euphorie totale mais je n'avais personne avec qui partager ma joie ! et soudain une idée amère me traversa l'esprit : Cédric. J'avais de plus en plus de la peine pour lui. C'est tellement injuste. En moment je souhaitais intérieurement qu'il soit un ami gay à qui je pourrai raconter mon voyage émotionnel en l'absence de ma copine.

En arrivant chez moi je ne pouvais rien faire, je n'arrivais pas à me concentrer sur quoi que ce soit. Je guettai mon téléphone comme si l'appel avait déjà du retard. En réalité je ne savais même à quelle heure il appellerait, ni même s'il appellera... Je décidai de ranger un peu ma chambre en attendant puis je descendis vers 19h30 manger quand mes parents furent rentrés. Comme à notre habitude on se racontait notre journée, enfin ils se racontaient leur journée et moi je me contentai d'écouter et de faire des petits commentaires de temps à autres... d'habitude j'aimais assez bien ces moments mais ce jour-là je ne les écoutai même pas.

Vers 20h passé de quelques minutes je décidai de prendre congé de mes parents et remonter dans ma chambre. Je regardai mon téléphone une fois seule et rien... alors je commençai à préparer mes affaires pour le lendemain. Quelques minutes plus tard mon téléphone se mit à sonner et mon à jouer au yoyo dans mon cœur. Impossible de garder mon calme. Je ne regardai même pas qui m'appelait, je le savais déjà et décrochai :

-Allo

-Oui bonsoir Angélina, je te dérange pas ?

Il m'énervait à continuer de m'appeler Angélina ! je détestai ce prénom. Mais je ne voulais pas lui dire pour l'instant.

-Non ça va, j'attendais un peu ton appel. La prochaine donne une heure exacte hein

-Oui c'est vrai mais comme je savais pas à quelle heure j'allais rentrer...

On continua à bavarder de banalités de tout et de rien. En fait je disais tout et lui ne disait rien... il arrivait toujours à trouver une pirouette pour ne pas répondre aux questions que je posais et c'était très frustrant. En moment je sus qu'il ne me restait qu'une chose à faire

-Dis Nabil, j'aimerai qu'on se voie ce weekend, t'en penses quoi ?

-Hmm... faut que je voie si je suis pas pris

Sa réponse ressemblait beaucoup à une réponse de politesse pour ne pas dire non. Mais j'étais déterminé et il ne me dira pas non, je ferai ce qu'il faut.

-Ok donc regarde et fais moi signe demain matin pour me dire

-Euh t'es du genre pressé toi, dit-il en rigolant

-Ben c'est interdit ?

-Hmm je suppose que non. Allez faut que je te laisse, passe une bonne nuit demain je t'envoie un sms

-Bonne nuit à toi aussi. Bisou

Il avait raccroché et j'étais aux anges malgré ma frustration je venai de faire un grand pas en avant dans « ma relation » avec Nabil. Je contemplai encore mon téléphone quelques minutes avant d'écrire un sms : « c'était un plaisir d'entendre ta voix, au plaisir de te revoir, bonne nuit bisous ». j'attendais pas qu'il me réponde, j'ai directement mis mon téléphone sur mode avion avant de me réfugier dans les bras de Morphée pour une nuit de rêves pailletés.

La semaine s'est bien mieux finie qu'elle n'avait commencé. J'étais content d'aller en cours. En fait j'étais surtout impatient de voir se finir cette semaine. Vu mon état de béatitude continu Manon me fit remarquer que je ressemblais à une idiote à sourire aussi bêtement tout le temps. J'adorais le langage fleuri de cette fille. Mais dans le fond elle n'avait pas tort. Mais pourquoi bouder ma joie ? j'allais rencontrer Nabil à nouveau le weekend, il me l'avait confirmé et j'étais aux anges.

Je n'arrivais pas à me concentrer sur mes cours, je ne pourrais même pas dire à quel cours j'avais assisté cette semaine-là. Heureusement mes profs n'ont rien remarqué, ou du moins ne me l'ont pas fait remarquer. Toute la semaine j'ai échangé des petits sms avec Nabil, des banalités mais ça me faisait du bien de savoir que le lien existait bel et bien entre nous.

La semaine passait quand même trop lentement au point que le vendredi semblait ne jamais vouloir arriver. Quand enfin la sonnerie annonçant le weekend retentit dans le lycée, mon premier réflexe fut d'envoyer un sms à mon rencard pour lui demander si c'était toujours d'actualité. En réalité je connaissais déjà la réponse mais je voulais juste avoir l'occasion de lui reparler par sms. Mais en envoyant le sms je me suis rendu compte que je venais de lui donner l'occasion d'annuler et je m'en suis voulu terriblement. Heureusement il ne semblait être de ceux qui se défilent à la moindre occasion.

Le samedi matin, contrairement à mes habitudes je me suis levée aux aurores, je n'arrivais plus à dormir de toute façon. Je pris un petit déjeuner très rapide et remontai dans ma chambre. Je restai au lit à trainer sur internet avec un millier de question qui me traversaient l'esprit et m'assaillaient de doutes. Et là commença le marathon des « et si... ». Et si ça se passait mal ? et s'il me trouvait stupide ? et s'il me trouvait bourge ? et s'il me posait un lapin ?

A un moment donné je me rendis compte que je me faisais du mal pour rien avec toutes ces questions mais je ne pouvais pas m'en empêcher, c'était plus fort que moi. Vers midi, à trois heures du rendez-vous je pris une longue douche qui m'a beaucoup calmé avant de stresser à nouveau face à mon dressing. Je ne savais pas quoi mettre. J'avais sous les yeux des milliers de combinaisons possibles dans mon armoire mais rien n'allait. J'étais énervé contre moi-même et je n'arrivais pas à me calmer. Les secondes défilèrent et se transformèrent en minutes qui à leur tour se transformèrent en heure.

Je me résignai et voulus appeler Manon mais elle était toujours punie et donc pas de téléphone le weekend. « Tu es vraiment toute seule ma vieille » me dis-je. Pourquoi, nous les filles nous compliquons toujours la vie ? pourquoi ne pouvons-nous pas juste nous montrer telles qu'on est à un premier rendez-vous ? en plus les mecs ne sont pas naïfs et s'en amusent même à notre détriment. Tu sais ma fille, on a beau savoir que la manière dont on va s'habiller à un rendez-vous ne changera pas grand-chose à l'opinion de l'autre, on se cassera toujours la tête pour s'habiller le mieux possible. Et finalement, cela nous énerve et pendant le rendez-vous on stresse et on ne profite pas vraiment des moments qu'on est censé passer avec l'autre. Mais bon je suppose que c'est notre fardeau.

Ce qui était censé être un jour parfait commençait à dériver dangereusement vers le chemin du désastre. Je commençai à paniquer. Cela faisait une semaine que je me préparai pour ce jour, une semaine que je ne vivais que pour ce rendez-vous et voilà qu'à trente minutes de l'heure je n'étais même pas fichu de trouver quoi de mettre. Quel paradoxe ! à quoi ça a servi de se lever à 5h du mat avec un seul objectif préparer un rendez-vous dans 10h et ne pas être à l'heure ? Je crois bien ma fille que cela aurait pu rentrer dans le Guinness book des records, c'était quand même une sacrée performance.

Je me résignai donc à mettre un jean déchiré noir et un haut moulant, les cheveux détachés, direction la place Masséna, lieu de notre rendez-vous ! il était 14h55 et je savais que j'allais être en retard mais si ça se trouve lui aussi, après tout il vient de plus loin.

On avait de la chance il faisait beau ce jour là et pas encore trop chaud, le temps idéal pour profiter du soleil. A peine j'étais sortie de chez moi, je reçus un sms. C'était lui ! « Je suis à la fontaine, je t'attends ». J'ai cru devenir folle ! c'est quoi cette ponctualité, il était 15h00. J'avais honte, je ne pouvais tout de même pas lui dire que je venais de sortir de chez moi, c'était hors que question. Je me contentai alors de mettre : « j'arrive, attends-moi ». C'était pas très loin mais comme le bus n'arrivait pas encore je savais vraiment pas quand j'y serai et ça me rendait vraiment folle.

Enfin arrivée avec une bonne vingtaine de minute de retard, je l'aperçus de loin assis sur les rebords de la fontaine. Malgré le monde qu'il y avait je reconnus au premier coup d'œil. J'étais surexcitée et n'arrivais plus à garder mon calme et pourtant il fallait que je sois impeccable devant lui.

En arrivant à sa hauteur il avait les yeux rivés sur son téléphone et ne prêtait guère attention à ce qui l'entourait.

- Désolé du retard, lui lançai-je.

- - Hmm ok. Se contenta t-il de dire les yeux toujours sur son téléphone.

J'étais extrêmement déçu, je me sentais presque humiliée. Le Nabil que je veux était éloquent, gentil et respectueux, mais le Nabil que j'avais en face de moi semblait presque un connard comme tous les mecs de son âge. Mais je n'allais pas renoncer bien au contraire son attitude me donnait juste envie de mieux le connaitre.

- Alors on va où et on va faire quoi ? lui demandai-je.

- C'est toi qui m'as fait venir non ? alors propose... mais de toute façon moi je suis bien ici au niveau de la fontaine alors posons-nous là.

Encore une réponse assassine ! mais à quoi diable il jouait ? bon la bonne nouvelle c'était qu'il m'avait regardé en me répondant la deuxième fois. Je commençais néanmoins à perdre patience avec ce garçon qui était parfait dans mes souvenirs. Mais ce jour là je n'avais que le fantôme de mon chevalier servant.

Je me posai alors à coté de lui de sorte que nos bras se touchent mais il eut un petit mouvement de recul comme pour éviter le contact. Mais c'était quoi ce mec franchement ?! il faisait tout le contraire de ce que faisaient les mecs normaux, surtout un ado de son âge. Et tout de suite une idée amère me traversa l'esprit et sans réfléchir je lui posai la question.

- Est-ce que tu as une copine ? lançai-je sans réfléchir.

A peine ces mots traversèrent mes lèvres que je les regrettai déjà. Il se tourna vers moi avec un sourire en coin comme prêt à me remettre à ma place. Je rougis comme une tomate murie au soleil, j'étais vraiment gênée. En remarquant cela, il radoucit son visage certainement pour atténuer mon malaise et me sourit.

- Je pense que si on doit apprendre à se connaitre il y a des étapes avant cette question non ? me dit-il en rigolant.

Il avait réussi, je me sentis de suite mieux ! à ce moment-là, l'espace d'une minute je reconnus mon Nabil, celui qui avait le bon mot à chaque situation. Je saisis alors l'occasion pour le bombarder de questions mais il restait évasif et cela m'énervait vraiment ! au bout du compte je n'appris rien de bien significatif sur lui. Il a joué tout l'après midi avec mes nerfs, il m'a frustré et je savais que ce n'était pas ce à quoi je m'étais attendu.

L'humiliation ultime pour moi était le fait qu'il regardait l'heure sur son téléphone tous les quarts d'heure comme s'il se trouvait au pays de l'ennui. En temps normal je pense que je l'aurais envoyé paitre et rentrer chez moi mais quelque chose en lui me retenait tel un aimant. Le moindre mot aussi ridicule soit-il qu'il prononçait me transperçait de joie. Étais-je en train de tomber amoureuse de cet homme qui, visiblement n'en avait rien à faire ? ça serait dur à supporter. J'avais toujours rêvé d'un homme doux et romantique et le visage que Nabil a voulu me présenter aujourd'hui était tout le contraire. Qu'étais-je sensée faire ? ne plus le revoir pour éviter de souffrir ? ma raison me dictait évidemment cette option et ma fierté était bien d'accord. Après tout je trouverais sûrement un homme qui connaisse ma valeur et me respecte.

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