Clamer haut et fort qu'on est libre. Oui. C'est bien beau. C'est louable. Parfois c'est exceptionnel. Le dire reste différent du fait de le vivre...
Je suis libre: qui ne l'a jamais sorti de sa bouche ?
Être libre et s'habiller selon un code. Un code établi par une société.
Être libre et manger comme les autres. Avec des couverts alors qu'au fond, on veut juste s'asseoir par terre et se servir de ses doigts. Peu importe le nombre de comptes bancaires à notre nom.
Être libre et être obligé de côtoyer des gens insipides, à la limite crétins, pour ne pas déroger à une règle de bienséance.
Être libre et acheter son pain à la boulangerie, cirer ses chaussures chez le petit du coin. Faire la queue dans les banques, patienter lors d'un embouteillage.
Être libre et ne pas pouvoir rire lors des funérailles en constatant l'hypocrisie de certains.
Être libre et tomber amoureux d'un tiers sans être certain d'avoir un avenir avec... Parce que ? Vous n'êtes pas de la même ethnie, de la même religion, de la même "classe sociale " de la même ville où de la même "race".
Classe sociale et race. Attardons nous un peu sur ces points.
Si parmi vous, quelqu'un a une définition précise de ces termes, qu'il m'en fasse cadeau.
Si ma mémoire est bonne. L'Égypte antique avait établi une classe sociale pour son peuple. Les nobles, les scriptes, les prêtres, les artisans, les paysans, les serviteurs et les esclaves. Merci de corriger s'il y a erreur.
Antique, lisez bien. Le contraire de antique c'est... Contemporain. En d'autres termes, l'époque à laquelle nous vivons. Les trains de vie ont changé, mais pas les mentalités rustiques qui bousillent des générations. Inutile de rappeler qu'on naît sans rien amener et qu'on meurt sans rien ramener. Ce type de discours n'a rien changé. Comme le fait que quand on a besoin de sang ce n'est pas celui de ton "pair" qui va te sauver. La seule manière de faire comprendre à ces suffisants, c'est de suivre ces inepties et laisser la vie les éduquer.
D'un autre côté, le terme race paraît tellement péjoratif. En réalité, elle n'a même pas de définition. Comprenez par là, une signification scientifique. Par déduction tout son champ lexical est insensé.
Pour revenir à la liberté, d'aucuns diront que la liberté n'est pas égal à l'indépendance. Oui.
Qu'il n'y a pas de liberté absolue. Oui
Qu'il faut des règles, des devoirs dans une société pour éviter la barbarie, l'anarchie. Oui.
Les plus pernicieux comprendront qu'il s'agit de libre-arbitre. Dans sa globalité.
Refuser, c'est dire non. Pas de place pour des "c'est que... C'est à dire. "
C'est sur ces notes qui seront probablement jugées philosophiques que débute ce qui va suivre.
Parfois on choisit, ou on est choisi.
Parfois on agit ou on subit
Parfois on consomme ou on est assommé
Parfois on aime quelqu'un qui aime quelqu'un qui aime quelqu'un qui nous aime
Parfois on vit ou on survit
Parfois on prie ou on rit
Parfois on crie ou on nie
Parfois on se bat ou on est battu
Parfois on assume ou on est abattu.
Parfois on accepte notre sort ou on est rejeté
Parfois on tente autre chose ou on laisse tomber.
Un célèbre écrivain a dit : "La vie est un subtile mélange entre lâcher prise et tenir bon.
Comment allier les deux ? La grande question. Quand faut-il lâcher prise, quand faut-il tenir bon ? Où doit-on lâcher prise et où doit-on tenir bon ?
Comment ?
Quand ?
Où ?
Il manque quoi et pourquoi.
Qu'est-ce qu'il faut lâcher et qu'est-ce qu'il faut tenir ? Pourquoi délaisser ceci et s'appuyer sur cela ?
Cette citation résumera, à dire vrai, ce roman. Cette histoire idyllique entre Amadou Bashir Niane et Yolande Erika Dupuy.
Un sénégalais bon teint, lambda issue d'une grande famille du Fouta. Et une franco-portugaise qui s'est installée avec sa famille là, à la porte de l'Afrique.
Le père de Yolande est un élément français envoyé par son pays d'origine pour assurer la sécurité sénégalaise. Il a fait plus de 20 années de service à tel point que ce pays qui l'a adopté est dans son coeur. Accompagné par sa fidèle et tendre épouse portugaise Barbara Oliveira qui est la mère de ses 3 enfants. 2 garçons et une fille. Les deux premiers ont rejoint leurs épouses pour fonder un foyer là-bas. Il n'y avait plus que Yolande à la maison. Sa petite protégée. C'était sans aucun doute sa préférée car elle ne discutait jamais ses ordres et le respectait par dessus tout.
Yolande a fait des études de médecine car c'était le rêve de son père d'avoir dans la famille un médecin car lui-même avant d'être forcé à faire l'armée adorait ce métier. Ses fils ont suivi la voie de leur instinct faisant fi de sa demande. Yolande faisait ainsi sa fierté, il l'exhibait comme un trophée devant ses collègues et amis.
Elle avait à peine 26 ans, la jeune femme. Élancée, teint mate et cheveux frisés, elle croquait la vie à pleine dent. L'avènement Bashir a complètement fait disparaître la monotonie de ses jours. Son sénégalais salvateur. Il rendait sa vie presque parfaite.
Leur amour était inattendu. Étant de la Marine, il remettait souvent des commissions au Capitaine Éric Dupuy durant des années. Seulement, il n'a jamais su qu'il avait une fille. Jusqu'au jour où celle-ci eut besoin d'aller d'urgence au centre-ville mais que malheureusement sa voiture refusait de s'allumer. Elle était rentrér sans frapper dans le bureau de son père mais s'excusa avant de refermer la porte. Son père lui demanda de lui dire le problème qu'elle avait. Elle lui expliquait ce que sa traîtresse de voiture venait de lui faire. Bashir écoutait cette voix derrière lui sans connaître le visage de la propriétaire. Voulant aider, il proposa de l'amener puisqu'il se rendait au port.
Éric ne savait pas qu'en laissant sa fille avec lui, il allait faire jaillir le feu de l'amour entre eux. Sans arrière pensée, il était ravi de les présenter. Le jeune homme était correct en disant seulement : Ravi de vous connaître Mlle Dupuy.
Il conduisait sans un mot ni un regard vers Yolande. Très professionnel et le visage grave.
-Je sais que vous pensez que je suis capricieuse. Sort-elle avant de se mordre l'intérieur de la bouche car ces mots devaient rester dans son esprit.
Il ne dit rien mais coule un regard vers elle. Quelques minutes après il dit:
-Je ne juge pas une personne dès le premier jour.
-Donc vous jugez les gens ? Demande-t-elle.
-Non mademoiselle. Je me suis mal exprimé.
-Ah.
Il n'avait rien rajouté. Jusqu'à ce qu'elle descende à l'hôpital Aristide Ledantec.
-Je suis médecin. Dit-elle avant de descendre. Si vous avez des bobos, venez me voir. Elle rit mais constate que son interlocuteur reste de marbre.
Merci, dit-elle honteuse.
Il hoche la tête avant de s'en aller, laissant une traînée de fumée derrière lui.
-Quel caractère ! Dit-elle en sortant son badge de son sac à main.
Le soir, de retour à la maison, elle prit le risque de visiter l'agenda de son père pour avoir le numéro de Bashir. Une fois en poche, elle sort sur la pointe des pieds regagner sa chambre.
Après maintes hésitations et réflexions sur comment entamer la conversation, elle lance l'appel le coeur qui bat.
-Bonsoir. Heu... Amadou Bashir Niane ?
-Oui, c'est bien lui. Qui est à l'appareil ?
-C'est Yolande. La fille du Capitaine Dupuy. Je voulais vous remercier de nouveau pour le service de cet après-midi. J'ai vraiment apprécié votre geste. Et je m'excuse si je vous ai vexé avec ma dernière phrase.
Elle l'a dit d'un trait, sans respirer. Comme un bon élève qui récite une leçon, apprise par chœur.
-Vous n'auriez pas dû vous déranger mademoiselle. Je l'ai fait avec plaisir et ne vous excusez pas, vous n'avez rien dit de déplaisant.
-Vous me rassurez. En fait...
-Je dois vous laisser, je suis très occupé.
-Oh. Au revoir alors.
"Quelle sotte" dit-elle en tapant nerveusement le téléphone sur le lit. Elle comprit que c'était une très mauvaise idée de l'avoir appelé et regrettait beaucoup. Elle décida de déchirer la feuille qui contenait son numéro et de supprimer l'appel.
Cette nuit-là, elle dormit en rêvant de lui. Celle-là et toutes les autres nuits qui ont suivies.
Elle vivait avec cette étincelle, ces pensées peuplées par cet homme noir. Elle voulait le revoir, entendre de nouveau sa voix, même si c'est pour cinq minutes.
Alors qu'elle perdait espoir, elle l'a trouvé un matin dans son bureau, à la pédiatrie. Il était assis sur sa chaise, avec sa tenue qui lui allait tellement bien. Comme si ce bureau lui appartenait, feuilletant quelques pages de bouquins et magazines.
Elle avança, muette et s'assit sur la chaise en face de lui. La longue table faisait office de barrière entre eux. Yolande voulait qu'elle la protège de lui, de cette attirance qu'elle a pour lui, pour ce charme qu'il dégage sans être un dieu grec, pour cette belle barbe qui orne son visage sans qu'il soit arabe... C'était une torture, décidément. Il savait qu'elle était là mais continuait de lire quelque chose qui semblait important, les doigts sur la page. Ce qui fit dessiner les muscles de ses bras à travers le tissu de la tenue.
-Bonjour Yolande. Dit-il soudain en refermant le livre.
Elle manqua de sursauter. Puis se rendit compte que l'appellation mademoiselle était à la poubelle.
-Bonjour Bashir. Répond-elle cachant son trouble.
-Je suis là depuis 7 heures car j'ai un bobo.
Elle ouvre d'abord grand les yeux avant d'éclater de rire.
-Tu es médecin non ?
-Pour enfants, je précise.
-En tout cas, j'ai besoin de soins.
-Pas de soucis, je vais te mettre en rapport avec un généraliste très sérieux qui pourra t'aider.
-Non, si ce n'était que cela, je l'aurai réglé depuis longtemps.
-Je ne comprends pas alors ce que tu veux.
Il se lève et elle fait pareil sans comprendre pourquoi. À petits pas, il se rapproche. Yolande soutient son regard vu qu'il n'est pas trop grand. Il le dépasse d'une dizaine de centimètres. Il saisit ses doigts puis sa main entière pour la faire monter jusqu'à sa poitrine, à gauche.
-J'ai un bobo à ce niveau. Murmure Bashir. Il bat si fort quand je pense à toi. Tellement mais tellement fort. Tu n'as même pas idée. Il ferme les yeux en bougeant la tête.
Yolande a oublié de respirer en l'entendant parler ainsi avec tellement de douceur, de sincérité, de pureté. Elle avale sa salive bruyamment et continue de le regarder.
-J'étais quelqu'un d'autre ces derniers mois. Je ne sais pas ce que tu m'as fait. Je n'ai même pas envie que ça disparaisse. Dis-moi juste que je ne suis pas le seul à ressentir ça.
-Bashir... S'il te plaît. Dit-elle en soufflant.
Elle recule, le contourne pour s'asseoir sur la chaise qui lui est propre.
-Arrête de dire des bêtises. Elle se tient le front en baissant la tête.
-Des bêtises ? Je n'ai pas laissé mon travail en suspens pour venir faire ça, des bêtises. Je suis sérieux, Yolande. Tu me plais et je te veux.
-Tu es resté durant tous ces mois silencieux. Sans prendre de mes nouvelles, sans donner signe de vie. Et un bon matin monsieur dit qu'il veut m'avoir dans sa vie. À d'autres s'il te plaît.
Il la rejoint pour l'aider à se lever et lui prend les deux mains.
-Ce qui compte c'est ce que je te dis. Ne te réfère pas au passé. Regarde moi Yolande, non... Ne dis rien. Tu as créé un séisme ici, tu as réveillé un volcan dans mon coeur. Entretiens-le. Prends en soin. Tu es mon...mon évidence.
Son coeur à elle se gonfle. Elle ferme les yeux en sentant ses lèvres près des siennes. Ce moment, c'est tout simplement la réalisation de son rêve, la concrétisation d'un souhait qu'elle a maintes fois confié au Petit Jésus.
-Yoyo, ma puce, tes patients te réclament, crient une voix féminine en entrant. Une entrée qui occasionne le détachement des deux "amis".
Heu... Désolée. Je repasserai plus tard.
-Non Ndella. Reviens.
Elle s'approche en saluant le gars qui avait ses mains dans ses poches.
-Je te présente Bashir, Bashir c'est Ndella. Introduit-elle la voix tremblante.
-Enchanté (e) disent-ils en choeur.
-Je vais y aller. Décide-t-il. Tu as du travail. Tu me raccompagnes ?
-Ok. Elle retire un mouchoir en papier du paquet qu'elle avait dans son sac avant de marcher derrière lui, laissant son amie souriante car elle a compris ce qui se passait.
Arrivés là où il a garé son auto, il monte non sans lui avoir fait un bisou long, très long sur la commissure des lèvres. Générant un torrent d'émotions dans tous le corps de la pédiatre.
-À ce soir Yoyo. Il sourit sarcastiquement et démarre.
* * *
-On a du travail Ndella. Insiste Yolande face à son amie qui réclamait des explications.
-Tu n'iras nulle part tant que tu ne...
-Ok oui c'est lui. Tu es contente ?
-Il est venu te draguer ?
-Je ne dirai pas ça comme ça. En tout cas, il allait m'embrasser si tu n'avais pas ouvert la porte.
-Je l'ai remarqué. Et maintenant ? Qu'est-ce que tu comptes faire ?
-Je ne sais pas Ndella. J'attendais ça depuis longtemps et maintenant que ça arrive...bof, je suis perdue.
-Heureusement que tu n'as pas accepté la proposition du fils de l'ami de ton père. Ce Roblochon je ne sais quoi.
-C'est Phillipe Poncho. Je te dis une chose, il s'en est fallu de peu pour que j'accepte. Ça fera plaisir à mon père mais...
-Ton sénégalais détient la clé de ton coeur. Termine sa collègue. Écoute le Yoyo. La décision finale te revient. Mais laisse le te charmer, tu verras que mes compatriotes savent aussi s'occuper d'une femme.
Elle sourit puis sort entamer son travail. La tête ailleurs durant toute la journée.
Le soir, alors qu'elle discutait avec son père dans le salon, son téléphone sonne. Elle s'excuse pour aller répondre dans sa chambre.
-Allô. Bonsoir Yolande.
-Bonsoir. À qui ai-je l'honneur ?
-Bashir. Tu as oublié le son de ma voix si vite ?
-...
-Ça va ? Tu as passé une bonne journée ?
-C'était pas mal. Et la tienne ?
-Je n'ai cessé de penser à toi. Tellement que je devenais étourdi.
-Ne me perturbe pas, je t'en prie.
-Ce n'est pas mon intention. Je dis juste la vérité.
-Bashir, qu'est-ce que tu veux ?
-Tu le sais déjà.
-Je vais te demander de me donner du temps. J'ai reçu beaucoup d'informations aujourd'hui. Tu me brusques sans le savoir et c'est déstabilisant.
-Ok, je comprends.
-Laisse moi intégrer tout ça et si ça donne du positif, je te contacterai.
-J'ai une chance. Répond s'il te plaît.
-Je ne sais pas. Elle raccroche doucement puis se couche les larmes aux yeux.
C'était la deuxième fois qu'elle tombait amoureuse. La première, elle s'était tellement cassé la gueule qu'elle ne veut pas revivre cela. Elle ne sait pas donner 50%, elle y va à fond quand elle aime et c'est quelque chose qu'elle voyait comme un danger.
Quelques temps après, Yolande trouvait absurde de retarder cette imminente relation avec Bashir. Elle voulait profiter de ce cadeau que la vie lui offrait avant qu'il ne lui échappe. Il est vrai que Bashir a été patient, pas de messages, pas d'appels, pas d'irruption dans son bureau. Une autre preuve qu'il tient à elle et respecte son choix. C'est la raison pour laquelle, elle l'a une fois appeler et ils ont discuté durant 3 tours d'horloge. Faisant connaissance, se confiant sur leur vie respective, discutant de leur métier, de leur famille, de la société entre autres... Tout cela sans parler de leur sentiment l'un envers l'autre.
Un jour suivant, au détour d'une conversation téléphonique, Bashir a relancé le débat et elle a donné son accord pour essayer. Il était très heureux. Et elle, encore plus.
Leur relation était exemplaire et le parisien Poncho était aux oubliettes au grand dam du sieur Éric et de sa mère Barbara. Ils voyaient leur fille plus que jamais rayonnante sans soupçonner qu'elle était amoureuse d'un noir, d'un sénégalais. Mettant cela sur le compte de son travail qui est une passion.
Yolande adore les enfants et aime faire du social. Voilà pourquoi, elle a toujours refusé que son père l'aide à ouvrir une clinique privée. Elle disait ne plus pouvoir être si proche de ces anges malades mais tellement attachants. Son surnom, c'était docteur Yoyo. Partout dans l'hôpital, même les parents l'appelaient ainsi.
Bashir était plus tard dans les navires. Très souvent. Donc, il voyait de moins en moins Yolande et communiquait très difficilement avec elle du fait des aléas du réseau. Il revenait une fois tous les mois, pour un week-end et c'était dur de partager ces deux jours avec sa famille et sa dulcinée toubab*.
Yolande était très compréhensive avec lui et l'aidait moralement et psychologiquement. Il avait trouvé des qualités et une hygiène de vie rares chez son Marin. Sa sensibilité était ce qui lui plaisait le plus. Puisqu'il a vécu des choses inimaginables dans l'apprentissage de sa fonction. Elle a été la première à découvrir les atrocités qu'on lui a fait vivre il y a quelques années. Il a énormément appris de la vie et ça a changé sa façon de faire, à jamais.
Ils étaient les meilleurs amis du monde.
Bashir, quant à lui adorait son humanisme et son amour pour son travail. Elle avait une bonne éducation et était si humble...
Un an de vie commune lui a suffi pour lui demander sa main.
Yolande venait de recevoir des mains d'un livreur un gâteau et une petite boîte emballée. Elle défait les ficelles et l'ouvre. Grande fut sa surprise en voyant dessus: "Deviens mon épouse Erika". Elle se tient la bouche pour éviter de crier. Elle saisit la boîte pour savoir ce qu'elle renferme et y trouve une bague. Pas n'importe laquelle. Celle en argent que Bashir porte toujours et qui contient ses initiales. C'était même plus beau que n'importe quel autre bijou en or ou en diamant.
Oui elle était émue. Pour cette demande, pour cette attention. Pour tout ce qu'elle vit avec son Bashir.
Elle appelle Ndella afin qu'elle soit témoin de ce que son homme vient de faire pour elle.
-Ne pleure pas ma cocotte. Félicitations, tu le mérites vraiment. Allez, viens t'asseoir.
-Je suis si heureuse Ndella.
-Si toutefois tu doutais de l'amour de Bashir, aujourd'hui sois certaine qu'il n'aime que toi.
-Je n'ai jamais douté de son amour Ndella. Au contraire ! C'est le... Paradis avec lui. Je l'adore.
-Vous êtes si mignons que vous me rappelez mon couple avec Mamour, avant qu'on ne se marie.
Mais Yoyo, je suis assez inquiète. Tu es prête à franchir le cap ?
-Bien sûr. Je suis plus que prête.
-Le mariage, au Sénégal c'est très compliqué. Il y a des choses qui se cachent derrière et que tu ignores.
-Je serai endurante, persévérante et gentille avec tout le monde. Et puis, tu seras là pour me conseiller si besoin.
-Oui, tu pourras compter sur moi. Mais Yolande, ce ne sera pas juste entre Bashir et toi. Tu te maries avec les gens de sa famille, ses amis, ses proches. Bref avec tout le monde. Il faut être forte mentalement et savoir se taire quand il faut mais aussi et surtout obéir à son mari et savoir bien s'occuper de lui. L'amour seul ne suffit pas. Tu comprends ?
Elle hoche la tête en l'écoutant lui dévoiler tout ce que renferme le mariage sénégalais.
-Et tes parents Yolande ? Tu ne redoutes pas leur réaction ?
-Si mais mon père est très ouvert d'esprit et il mettra en avant mon bonheur. J'en suis sûre.
Son amie la regarde, un brin sceptique.
-Et la religion ?
-On en a déjà discuté et plusieurs fois, il accepte que je conserve ma religion mais nos enfants seront musulmans. Je suis très attachée à la mienne et il le comprend très bien.
-Heureusement qu'entre vous, il y a de la communication. Cultivez cela et vous serez tranquille.
-Maintenant, viens. Nous allons partager le gâteau avec les autres médecins. Dit-elle en prenant le carton.
Yolande et Bashir étaient assis sur le canapé du salon de Ndella. Bashir jouait à la play station pendant qu'elle était couchée de tout son long sur lui. En effet, lorsqu'ils voulaient se voir souvent, c'est Ndella qui les "hébergeait" en leur laissant une intimité mais juste dans le salon afin qu'ils puissent discuter sans être mal à l'aise.
-Dou, l'appelle-t-elle contre son cou.
-Hun ? Répond-il toujours concentré sur l'écran.
-Tu as parlé à tes parents ?
Il met sur pause et l'aide à se tenir correctement.
-On s'était dit que tu allais d'abord discuter avec les tiens avant que je ne leur en parle.
-Oui, je sais. Le problème c'est que... En fait, je voudrai qu'on y aille ensemble. Si nous sommes tous les deux, on aura plus d'arguments pour défendre notre couple. Et puis, j'ai besoin de ton soutien pour avoir du courage.
-Je pensais qu'il fallait que tu prépares le terrain avant que je n'entre en jeu. Je ne veux pas que ton père soit fâché parce que je suis venu lui parler sans que tu aies au préalable pris la peine de le prévenir d'abord. C'est plus respectueux.
-J'ai besoin que tu sois avec moi quand je leur parlerai. Pour que si ça se passe mal, tu sauves la situation. Tu sais convaincre les gens, tu es calme et patient, tu...
-Ok. Tu n'as pas besoin de me jeter des fleurs. Je viendrai demain, après le déjeuner.
-Demain. Ce n'est pas trop tôt ?
-Il va falloir que tu dises ce que tu veux réellement Erika. On ne le fera pas le mois prochain quand même.
-Ne t'énerve pas. Je suis juste stressée.
-Ça va bien se passer. Rassure-t-il.
Elle reprend sa place précédente en jouant avec les cheveux de sa barbe.
-Je t'aime. Dit-il en lui faisant un bisou sur la tête.
-Moi encore plus.
-Non, puisque je t'ai aimé en premier.
-C'est ce que tu crois. Murmure-t-elle.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Ils n'interdisent pas les barbes à la Marine ? Esquive-t-elle.
-Ne change pas de sujet Babe. Explique moi ce que tu as voulu...
Elle l'interrompt avec un baiser langoureux et plein de passion. Ils passent tous les deux leurs doigts sous la chemise de l'un et le t-shirt de l'autre. C'est Bashir qui ralentit d'abord avant de tout arrêter car il était un peu à l'étroit, au sens propre comme figuré.
Yolande refait ses cheveux dans un silence commun.
-Tu ne m'as jamais demandé plus. Pourquoi ? Demande-t-elle soudain.
-Je ne te demanderai plus que si tu deviens officiellement Mme Niane.
- Je ne sais pas si je pourrai refuser quand tu me le demanderas avant le mariage.
-Nous serons deux à résister à la tentation. Je te montrerai mon côté coquin le moment venu. Et je t'apprendrai tout ce que ma religion m'a fait savoir. C'est bon ?
Elle le regarde tendrement tout en caressant son menton avec son pouce.
-On rentre ?
Ils disent au revoir à Ndella avec des remerciements et des bisous puis chacun rentre chez lui, Bashir en bus et Yolande avec sa voiture.
* *
*
-Tu arrives pile à l'heure.
-Ça va ? Je suis présentable ?
-Tu es magnifique. Écoute, ils sont assis au salon et me trouvent mystérieuse mais j'ai tenu bon jusqu'à ce que tu arrives.
-Ok. Attends, avant qu'on y aille. Sache que peu importe ce qui se passe, on finira ensemble. Je ne te laisserai jamais.
Elle lui fait un smack et ils pénètrent le salon. Bashir lance un bonjour ensuite il donne la main à ses futurs beaux-parents.
Barbara comprend tout de suite en les voyant assis ensemble, les doigts mêlés. Quant à Éric, il attend qu'on lui dise le contraire, espérant se tromper.
-J'ai fait venir Amadou Bashir pour vous le présenter comme mon fiancé.
-Pardon ? Crie son père.
-M. Dupuy, votre fille et moi sommes ensemble depuis un an maintenant et je suis là pour vous demander sa main.
-Je rêve. Dit-il en se levant pour marcher.
-Calme toi Éric, s'il te plaît. Apaise son épouse.
-J'aime Bashir Papa et j'ai besoin de votre bénédiction à tous les deux pour vivre heureux à ses côtés.
-Toi Yolande ? Ma princesse ? Tu es tombé amoureux de ce nègre. Tu as refusé la proposition de jeunes gens de bonne famille de France pour cette merde. Cette race inférieure.
-Ne l'insulte pas Papa. Toutes ces choses dont tu parles n'existent pas. On est tous égaux. Tu as toujours été juste. Ne réagis pas de cette façon. Je ne m'attendais pas à ce que tu sois si irrespectueux envers Bashir qui est l'homme de ma vie.
-Ce n'est pas lui qui se fout de ma gueule mais c'est toi. Tu as cru que mon enfant allait épouser un noir, ce terroriste là.
-Arrête Papa. Il ne t'a rien fait. Je veux que tu comprennes que c'est lui le soleil de mes journées sombres. Il me donne le sourire, il me complète et nous nous aimons. Mon bonheur ne compte-t-il pas pour toi ? Mets toi à ma place. C'est la seule faveur que je te demande. J'ai toujours vécu selon tes consignes. La fille modèle dont tu es si fier te supplie de bien vouloir accepter ses sentiments pour cet homme ici présent. Argumente Yolande, la voix empreinte d'émotions.
-Il t'a fait un lavage de cerveau. Tu pouvais me présenter n'importe quel gars mais pas un noir. Tu ne te marieras pas avec lui. C'est mon dernier mot.
-Tu vas devoir me tuer pour pouvoir me séparer de lui. Crie-t-elle.
-Calmez vous s'il vous plaît. Intervient la mère de Yolande. Chérie, ton père a raison. Vous êtes différents, il n'y a pas d'avenir entre vous. Accepte le.
-Maman tu m'as toujours dit de me battre pour atteindre mes objectifs. Je vais le faire comme toi tu t'es battu pour te marier avec papa. Je t'en fais le serment.
-Fille indigne. Tonne son père en lui donnant une gifle.
C'est là que Bashir se lève pour l'arrêter car il s'apprêtait encore à la frapper.
-Je vous défends de lever encore la main sur elle. Dit-il en retenant ses deux mains avec la sienne.
La force d'un jeune n'étant pas comparable avec celle d'un vieux. Il le maîtrise immédiatement. Dupuy le fixe, les yeux grands ouverts et ils se jaugent du regard. Toute la pièce resta silencieuse suivant la scène.
-Vous pouvez m'insulter, je digérerai par respect pour votre fille. Mais quand il s'agit de violence à son égard, il en est hors de question. Je la protégerai contre tout et même contre vous. Dit-il en relevant Erika pour la prendre dans ses bras.
Les relations humaines ne peuvent pas être assimilées à un commerce.
-Sors tout de suite de chez moi, sale connard. Crie Éric.
-Je vais m'en aller mais pas avant de vous rappeler que Yolande et moi, c'est pour l'éternité. Intégrez cela dès maintenant dans votre tête, c'est valable pour vous aussi Madame. Et si jamais j'apprends que vous l'avez violenté, vous le regretterez.
-C'est avec ce sauvage, sans éducation que tu veux te marier. C'est pour lui que tu me défies ?
-Rentre Bashir, je t'en prie. Je vais continuer de parler avec lui pour le convaincre. Murmure Yolande face à lui.
-Un seul coup de fil et sois sûre que je courrai te chercher. Il lui caresse la joue puis donne cinq baisers sur son front.
-Fais moi confiance.
Il s'en va menaçant du regard le capitaine Dupuy.
Celui-ci prend son téléphone avant de claquer la porte de sa chambre.
-Assieds toi Yolande. Nous allons discuter comme deux dames civilisées. Propose sa mère.
-Maman, rien de ce que tu vas dire n'influera sur ma décision.
-Un mariage dont les parents s'opposent ne fera pas long feu. Confie Barbara.
-Cela dépend des raisons de ce refus maman. Papa et toi, vous êtes à vos 40 de noces. Si je n'aimais pas si fort Bashir, je ne m'embarquerai pas dans une chose aussi sérieuse et cette fois personne ne m'en détournera. Je ne demande que votre soutien.
-Tu pouvais choisir un autre homme. Un homme de ta culture.
-Le coeur ne choisit pas. C'était inattendu, Papa lui même nous a présenté. Nous nous sommes mis ensemble 4 mois plus tard et depuis, je revis maman. Il est la source de mon bonheur. Lui aussi, va défier ses parents pour moi. Il va se battre pour nous, ce serait injuste à son endroit d'abandonner pour les sornettes qu'a sorti mon père. Il ne sera pas plus digne que moi.
-Tu serais capable d'abandonner ta famille pour suivre un gars que tu as connu hier ?
-Ce qui me ferait plaisir c'est que vous soyez d'accord mais au cas échéant, je n'hésiterai pas à rompre toute relation avec vous pour me marier avec lui.
Sa mère tremble face à la façon directe avec laquelle sa fille a parlé.
-Mon Dieu, je ne te reconnais plus Yolande.
-Vous avez vécu votre vie maman. Je ne demande qu'à faire de même.
Sur ce, j'étouffe ici. Je vais prendre l'air.
Elle sortit en claquant aussi la porte. Barbara pleurait. Sa fille était déterminée à garder cet homme dans sa vie quoi qu'il lui en coûtera. Elle décide d'aller parler à son mari pour qu'ils trouvent une solution.
Même après la déception vécue chez les parents de sa bien-aimée, Bashir décida de parler à ses propres parents. Sans perdre de temps, juste après le dîner. Il les a rejoint dans leurs appartements pour les tenir informé de la décision qu'il vient de prendre. En effet la famille Niane possède une grande maison aux HLM et tous les fils de la famille ont chacun un appartement, avec au moins deux chambres, un salon et des toilettes. La cuisine est commune est ce sont les belles-filles qui se chargent de nourrir tout le monde. Tous les deux jours, sous forme de relais, elles cuisinent et c'est leur belle-mère qui leur donne la dépense quotidienne issue de la cotisation mensuelle de tous les garçons. Elle choisit le menu et leur remet une modique somme qui, quelques fois ne suffit pas du tout. Et pourtant, ses fils lui donnent énormément d'argent mais... Elle fait ce qu'elle veut.
Marietou Rachelle Dia est une dame mondaine, Toucouleur fière et parfois rabaissante. Elle a éduqué ses enfants dans la modestie jusqu'à ce qu'ils puissent faire pour elle tant de Choses. Devenue aujourd'hui une femme qui peut se mesurer aux grandes dames de Dakar, elle a tendance à oublier le passé et s'est trouvée d'autres amies à la hauteur de sa classe sociale. Cependant, ses enfants ne doivent se marier qu'avec des personnes de la même ethnie qu'elle. Toutes ses filles ont des maris venant du Fouladou. Et les garçons ont épousé leurs cousines ou les filles de ses amies.
Malado Niane, son pater est le pilier de la famille. Il est le seul à pouvoir faire entendre raison à sa femme lorsqu'elle dérape. Mais maintenant qu'il prend de l'âge, il trouve plus utile de se concentrer sur sa religion plutôt que de perdre son temps à faire palabre avec elle.
Bashir est l'avant-dernier né d'une fratrie de 6 enfants. La cadette est une fille qui s'est mariée récemment.
Il est le seul à ne pas être dans un ménage et il sera le premier à ramener une étrangère dans la famille conservatrice.
Est-ce qu'il aura carte blanche ?
En tout cas, c'est ce qu'il souhaite.
-Si j'ai demandé à vous parler, c'est pour vous dire que je veux me marier.
-Quelle bonne nouvelle ! S'exclame son père.
-Qu'elles sont ses origines. Elle est Toucouleur n'est ce pas ?
-Doucement Marietou. Si tu es patiente, il te dira tout ce que tu veux savoir. Intervient Pa Malado.
-D'abord, je voudrai vous dire que je l'ai choisi pour tout ce qu'elle m'apporte et que je l'aime. Mon coeur l'a choisie elle et pas une autre et je pense qu'il a ses raisons. Je vais vous demander d'accepter ce choix par respect pour moi.
-Amadou, je vais te demander de me donner le nom de famille de la jeune fille. Dit Mme Niane, le visage sérieux.
-Dupuy, Maman. Répond Bashir.
-Dupuy ? Dis-moi Malado, dis-moi qu'il y a des Toucouleurs qui portent ce nom de famille là. Han Amadou ? Son père est de Podor, Matam, Saint-Louis ou Ziguinchor ?
C'est à vous deux que je parle. Je vais vous demander de répondre.
-Elle est française Maman. Elle s'appelle Yolande Erika Dupuy.
-Non. Dit-elle en secouant la tête. Tu n'oses pas.
-Amadou, sois plus clair s'il te plaît.
-Mais c'est très clair Malado. Amadou veut épouser une blanche. Une BLANCHE. Tu te rends compte ?
-C'est elle que j'aime, Maman.
-Mouni (que dis-tu ?). Si je savais qu'un jour, c'est une femme blanche que tu allais m'imposer, j'allais t'égorger à la naissance.
-Ne dis pas ça maman.
-Danga meusseu beug Lou bone. Tu as toujours aimé les mauvaises choses. Quand les gens allaient à gauche, tu prenais le sens contraire. La preuve, tu as laissé les meilleurs métiers pour cette merde que tu fais dans la mer. Conséquence, tes frères ont un meilleur salaire que toi, ils rentrent chaque soir auprès de leur famille alors que tu as fait des études plus poussées qu'eux. Aujourd'hui, eux ils ont choisi des femmes qu'il faut et toi, rejetant toutes celles que je t'ai présenté, tu préfères une toubab. Amadou Tu es un chien.
-Maman, tu pourras dire ce que tu veux, je vais l'épouser. Maintient Bashir.
-Tu ne m'as jamais respecté de toute façon. sois sur que si la Française entre dans cette maison, je nique vos mères à tous les deux.
-Non chère épouse. N'insulte personne. Amadou, n'écoute pas ce qu'elle dit. Elle est énervée. Marietou, tu fais du mal à ton enfant
-Énervée ? Mais je n'en ai rien à foutre qu'il soit vexé. C'est à moi qu'il manque de respect. Billay (je jure) tu ne t'en sortiras pas comme ça. J'aurai préféré une sérère, diola, lebou, une manjaque même ou une griotte. Mais jamais je n'aurais cru que tu aurais l'audace de me faire subir cet affront. C'est quoi le projet en fait Amadou. Elle a de l'argent ? Tu as pitié d'elle parce qu'elle est malade ? Elle est plus vieille que toi ? Tu veux voyager ? Parle, bon sang.
-Je l'aime. Il n'y a que ça. Et non elle n'est ni vieille ni malade et je n'ai pas besoin de son argent ou de sa nationalité.
-Quel amour ? Tu mens. C'est une croqueuse de diamant et toi, un gigolo. Amadou, personne ne fait souffrir une mère puis avoir un avenir prometteur.
(Oh ! Ma tension).
-Maman. Crie Amadou en allant vers elle.
-Ne me touche pas. Je savais que tu allais occasionner ma mort. Domaram (fils de chien).
Elle crie en se tenant la poitrine, le foulard jeté sur la table. Toute la maison avait accouru, et les voisins les plus proches aussi. On demandait ce qui se passait. Pa Malado prenait soin de son épouse tandis que Bashir était à côté de la télévision, le visage inquiet et le coeur serré. Il n'avait pas le courage d'expliquer ce qui se passait. Les résultats de son annonce étaient pires que ce qu'il avait imaginé. Il était troublé. Sa mère criait et pleurait bruyamment accusant Bashir, l'insultant, répétant qu'elle le détestait et qu'il était le pire de tous ses enfants.
Subitement, elle s'est remise et tout le monde l'écoutait religieusement narrer ce qui s'est passé depuis qu'il leur avait parlé de ses intentions. Ils étaient sidérés et avaient donné raison à dame Marietou. Certains le raisonnaient, demandant à ce qu'il change d'avis pour le bonheur de sa mère et les autres, plus téméraires s'étaient permis de le critiquer. Et c'était ses frères.
-Tu as toujours agi selon tes désirs, sans te soucier de nos avis. Si ce soir ma mère s'en est sortie, quand tu épouseras cette femme vous l'achèverez. Garde ça au fond de ta grosse tête. S'était énervé Cheikh Omar, l'aîné.
-Tu es la honte personnifiée Amadou. Nos voisins ne nous ont jamais entendu. Aujourd'hui, ils sont témoins de tout ça, en pleine nuit en plus. On sera la risée du quartier dès demain. Et devine à qui la faute. Rajoute Demba.
Sans un mot, il quitte le salon, traverse la cour de la maison et monte pour rejoindre son gît. Il se couche sur son lit. La lumière de son téléphone attire son attention. Il tend la main, s'en empare et le consulté. C'était des appels en absence de son Erika et quelques messages qui disaient de décrocher parce qu'ils devaient parler. Il la rappelle et quelques secondes plus tard, il entend sa voix et ça l'a de suite calmé.
-Sunshine. Ça va ?
-Non, dit-il en soufflant.
-Ça s'est mal passé aussi.
-C'était pire Babe. Pire, je te jure. Ma mère était dans un état indescriptible. Elle m'a insulté, menacé puis elle a fait une crise disant que je voulais la tuer. C'était le bazar. J'ai subi la foudre de ma famille et même des voisins. Je ne vais pas bien du tout.
-Tu veux que je te laisse pour que tu puisses te calmer.
-Non, s'empresse-t-il de répondre. Ça me fait toujours du bien de parler avec toi.
-Comme tu veux. Mon père aussi n'est pas en reste. Il m'a encore appelé pour me demander de lui dire demain matin ce que je choisis. Une vie avec toi ou avec eux. En d'autres termes, c'est...
-Eux ou moi. Pourquoi nos parents sont si intolérants avec nous ? Pourtant ce qu'on demande n'est pas difficile. Ils ne veulent pas qu'on se marie pour leur propre intérêt : la réputation. Ils ont peur du regard accusateur de la société, leur jugement, le qu'en dira-t-on. Ou tout simplement pour des supposés principes qui ne tiennent pas la route.