2004
Plus que quelques kilomètres et j'arrive à destination.
Les vacances, enfin ! Chaque année j'oublie à quelle point les dernières heures de cours de l'année sont fatigantes. Pour les élèves, comme pour les profs ; je suis professeur de littérature dans un lycée à Paris. Ce n'est pas de tout repos.
Comme à mon habitude, je suis parti tout de suite après mon dernier cours, ne participant bien évidement pas aux derniers jours ennuyeux avec les élèves, à faire je ne sais quelle activité pour passer le temps et les obliger à venir en classe.
Mes valises faites la veille et déjà dans le coffre, à 17 heures, me voilà sur la route des vacances.
Durant dix mois de l'année, je vie une vraie vie de célibataire endurci. Sorties avec les potes dans les bars, plusieurs coups d'un soir sur la même soirée, adepte de cochonneries en tout genre, tant que la ou les filles sont belles et consentantes évidement. J'abuse de tout. Du sexe, de l'alcool et dis rarement non à un petit pétard ou une petite ligne.
Mais durant les deux mois restants, je m'isole un maximum de tous ces abus. Bien sûr, en tant qu'écrivain à mes heures, je ne dis jamais non à un petit verre de whisky ou un petit joint pour booster mon imagination.
Sept heures de route me séparent de mon point d'arrivée. Je connais la route comme ma poche. Déjà quatre ans que je l'use un peu plus chaque été pour rejoindre mon havre de paix, ma maison en bord de côte.
De nuit, je reconnais le paysage, j'arrive dans peu de temps.
J'ai acheté cette maison pour pouvoir écrire en paix durant mes deux mois de congés - quelques prix par-ci par-là et on prend vite la grosse tête quand on est écrivain. Elle est située dans le sud. Petite mais chaleureuse, elle est isolée de tout et face à l'océan.
C'est une maison finalement plutôt simple, blanche craie, bordée par les dunes et les falaises. Dans les dunes, un petit chemin mène jusqu' à la route du dessus qui va au village.
Elle a deux entrées ; l'une donne sur le petit chemin en lattes de bois, bordé d'euphorbes, de lagures et autres plantes sauvages, qui remonte le long des dunes. L'autre entrée donne sur le porche face à la plage. Une dizaine de mètres de sable fin et blanc la sépare de l'océan.
Aux alentours, pas un chat, pas une maison, rien. Juste les vagues et le sable.
Quel que soit le climat, cette maison est onirique. On y est bien. L'été, les couchés de soleil y sont spectaculaires et l'hiver, les orages font trembler la terre, les éclaires zèbrent le ciel sans interruption et se reflètent dans l'océan rendant la nuit aussi claire que le jour.
Je me gare enfin. Comme d'habitude : sur le bas-côté de la chaussée à quelques mètres du chemin qui descend vers la plage et ma maison. Les valises en main, j'emprunte le chemin en latte - un peu casse-gueule en descente finalement – pour un repos bien mérité.
Je défais les valises et me pose enfin sur mon fauteuil. Bouteille de Jack Daniel's en main et joint en bouche.
Je ne suis pas assis depuis deux minutes que j'entends du bruit de l'autre côté de la maison.
Je regarde l'heure : minuit passé. Surement un animal errant.
Le bruit revient. Je vais voir.
Une jeune fille. Assise là, sur le vieux fauteuil suspendu de mon porche, les yeux écarquillés comme si elle venait de se faire attraper après une grosse bêtise.
Ses cheveux bruns et bouclés, noués en une longue tresse épaisse, reviennent sur son épaule. Elle porte une robe blanche et courte et s'est recouverte d'une chemise en flanelle pour avoir plus chaud.
Ses pieds sont nus.
La lune se reflète dans ses yeux. Ses yeux immenses et noirs.
Je reste là, à la regarder, scotché par sa beauté.
- Salut ?
Sa voix est douce et interrogative.
Je remarque qu'elle tient un joint en main, pratiquement terminé. Je lui tends le mien qu'elle prend et me rend en échange un immense sourire. Le plus beau sourire que je n'ai jamais vu.
-Eléonore.
Me dit-elle en tendant la main vers moi.
-Derek... Qu'est-ce que tu fais ici Eléonore ?
-Je suis désolée. Je... Je pensais qu'il n'y avait personne dans cette maison. Je viens ici quasi' tous les soirs.
Je ne sais pas quoi lui répondre, elle ne me dérange pas après tout.
-Y'a rien de mal, tu viens ici quand tu veux.
Je la dévisage, la regarde de haut en bas pendant plusieurs minutes. Elle a l'air apaisé qu'on se soit présenté, elle contemple l'océan.
Je prends une chaise à l'autre bout du porche et m'assois près d'elle.
Je lui tends la bouteille de Jack, qu'elle prend et bois de bon cœur, et lui pose quelques questions pour entamer la conversation.
-Tu habites dans le coin ?
-Je viens du village d'à côté, j'aime bien me promener la nuit ici. Tout est calme.
Elle se balance sur le fauteuil suspendu, rêveuse. Elle boit le Jack à la bouteille comme de l'eau.
-Et... tu as quel âge Eléonore ?
Elle me sourit encore et tire sur le joint avant de me le rendre.
-Vous pouvez m'appeler Lili. Tout le monde m'appelle comme ça. J'ai 15 ans. Et vous ?
Je repère le ton taquin de sa question. Je ne suis déjà plus de première génération c'est vrai, mais j'estime que je suis encore bien conservé malgré ma chevelure poivre et sel.
-J'ai 47 ans fillette. Tu me donnais plus ?
Elle rit.
-Il est quelle heure ?
Je lui réponds : 00h45.
-Si je rentre trop tard alors je me couche trop tard. Si je me couche trop tard, alors je me lève trop tard et je perds mon temps. CQFD.
Elle me rend la bouteille et me remercie.
-Bonne nuit.
-Bonne nuit Eléonore. Lili.
Je la regarde s'éloigner le long de la plage, jusqu'à la perdre dans le virage de la côte.
Quelle rencontre ! Mon cœur bat la chamade. Son sourire. Ses yeux. Sa fougue. Je ne désire plus qu'une chose, c'est la revoir.
Je vais me coucher, dans l'espoir de libérer mon esprit et passer vite à autre chose.
Je suis allongé dans mon lit. Je repense à elle, à son odeur, à son regard. Elle m'obsède déjà. J'imagine mes mains sur son corps et l'effet de mes caresses sur sa peau.
Je chasse vite ses idées de ma tête. Elle a 15 ans, elle pourrait être mon élève. Elle pourrait être ma fille.
Je m'endors, frustré et excité par cette visite nocturne improbable.
*
Il est 10h et déjà, il fait une chaleur étouffante dans cette maison.
Après une bonne douche, un café suivi d'une bière bien fraiche, je commence mon nouveau roman.
Je ne sais pas si c'est la chaleur ou la surprenante rencontre d'hier, mais l'inspiration me gagne. Je ne m'arrête plus. Les lignes de texte s'empilent et s'empilent sur mon écran. J'ai rarement été si productif en si peu de temps. Surtout pour des premières pages.
Midi, je fais une pause pour manger. Je n'ai pas eu le temps de faire les courses vu mon arrivée tardive d'hier soir, je vais manger à l'extérieur.
L'avantage quand on habite à la côte, malgré le tourisme, c'est qu'on a la chance d'avoir du poisson frais en permanence et en quantité. Je me dirige donc vers un restaurant en bord de mer, réputé pour sa bouillabaisse.
Un régal.
Je n'ai pas envie de rentrer tout de suite et bien que mon livre avance plutôt bien, j'aimerais profiter de mes vacances et du moment. Je m'engage dans une promenade en voiture à travers les routes et chemins que je connais. Faisant une halte de temps en temps pour fumer un joint avant de reprendre le chemin en direction de la plage.
Je pense à Lili. Je me demande si elle va revenir ce soir.
C'est d'ailleurs la première chose que je fait en rentrant à la maison, vérifier si elle est là.
Elle est là.
Sur la balancelle, fidèle au souvenir que j'ai de la veille. Assise et se balançant, avec sa tresse le long de son épaule. Cette fois-ci en plein jour, elle est encore plus éblouissante.
Les scènes que j'imaginais avec elle hier soir dans mon lit me reviennent à l'esprit, j'essaie de me contrôler. Qu'a-t-elle de plus que les autres ? Rien que la regarder suffit à me faire de l'effet.
-Il fait particulièrement chaud aujourd'hui, il y a un ventilateur à l'intérieur si tu veux être plus au frais fillette.
Mais qu'est ce qui me passe par l'esprit ? Pourquoi je lui demande ça ?
-Volontiers, merci. J'ai beau être à l'ombre, je sue comme une dinde un jour de Thanksgiving.
Elle accepte en plus, et avec le sourire.
Je l'invite à se mettre sur le fauteuil et nous sers un whisky sur glace. Je retourne à mon bureau, la laissant se rafraichir devant le ventilateur.
Je la regarde.
-Vous êtes écrivain ?
-J'essaie oui, j'ai déjà édité quelques livres.
Je lui tends un joint.
-Vous écrivez sous votre vrai nom ou un pseudo ?
-Un pseudo. Pourquoi ? Tu aimes lire Lili ?
Elle acquiesce fièrement.
-J'adore ça, les policiers surtout. C'est quel genre vous ?
Elle a l'air intéressé. Elle se promène dans la pièce, scrutant la moindre photo ou bibelot que je peux avoir laissé en évidence.
-Vous avez l'air d'avoir beaucoup voyagé ?
-J'ai été un peu partout c'est vrai.
Je n'ai pas écrit une ligne ou jeté un coup d'œil à ma feuille depuis mon retour. Je la regarde déambuler dans ma maison, dans son petit short en jeans. Toujours pieds nus. Est-ce une habitude chez elle ? Elle a un bracelet à la cheville, des créoles aux oreilles et des bagues pleins les doigts.
-Vous avez préféré quelle destination Derek ?
La curiosité fait briller ses yeux. Elle s'accoude sur mon bureau, impatiente de connaitre le pays que j'ai préféré visiter.
J'avale cul-sec le fond de mon verre.
-J'ai adoré le Vietnam et dans un autre registre et plus proche, j'ai beaucoup aimé l'Irlande.
-Le Vietnam ? Je ne m'attendais pas à ça. - A quoi pouvait-elle bien s'attendre ? - Pourquoi le Vietnam ?
-Parce que j'aime la culture Vietnamienne, la gentillesse des Vietnamiens et pour le pays en lui-même. Les paysages, les étendues sauvages, les fleuves...
-Le Mékong ?
Elle fait des ronds avec la fumée de son pétard.
Je la taquine un peu.
-Par exemple, oui, le Mékong. Je vois que tu connais ta géographie.
-J'aime bien le Vietnam aussi figurez-vous. Vous saviez que le Mékong là-bas était appelé Fleuve des neuf dragons ?
Je vois qu'elle n'a pas fini sa prise de parole. Elle lève les yeux au ciel pour réfléchir.
-Attendez si je me souviens bien en vietnamien ça se dit « Sangue Cou longue » (Sông Cửu Long). Enfin, faut imaginer avec le bon accent.
Elle rigole de son accent francophone. C'est qu'elle est cultivée en plus.
-Toujours est-il que vous ne m'avez pas dit quel genre de bouquin vous écrivez.
-Je dirais plutôt le genre énigmes – policiers.
-Vous écrivez des romans policiers ?
Elle me regarde avec ses yeux immenses et curieux.
-Sous quel pseudo vous écrivez ?
-Si je te le dis, ce sera plus nécessaire de prendre un pseudo.
Elle lève les yeux au ciel et continue sa ronde dans la pièce. Elle passe dans la cuisine, prend la bouteille de whisky et nous ressert un verre.
Je sens son regard sur moi tandis que je fais semblant de me concentrer sur mon livre. A quoi pense-t-elle ?
-Vous ne mettez jamais de musique quand vous écrivez ?
D'habitude oui, je mets toujours de la musique pour écrire. Je lui indique le meuble sous la fenêtre à côté du fauteuil.
-La platine est sur le meuble à ta gauche et les vinyles sont en dessous dans le meuble. Fais-toi plaisir.
Elle regarde les vinyles un par un, les plus neufs comme les plus anciens, les 45 tours comme les 33. Je la vois commencer à faire différentes piles, annonçant peut-être ses prochaines venues.
Je me replonge dans mon roman une bonne fois pour toute. Je reprends la dernière ligne pour la dixième fois en une demi-heure et parviens à faire un paragraphe supplémentaire. Ma concentration est dissipée quelques secondes quand la mélodie des premières notes de Wish You Were Here des Pink Floyd résonne dans la maison. Ce n'est pas la première piste de la face, elle a volontairement mis cette chanson.
Elle est assise sur le meuble, à côté de la platine. Une jambe pliée, amenant son genou assez haut pour y poser son menton. Son autre jambe pend dans le vide et remue au rythme de la musique.
Elle tourne la tête vers moi et souri.
-Je trouve que Pink Floyd c'est toujours efficace pour scruter le fond de son esprit. C'est ce dont vous avez besoin pour écrire : de la bonne musique.
-C'est parfait Pink Floyd, je suis déjà lancé. Merci fillette.
Le nom « fillette » la fait rougir. Elle me fait littéralement craquer.
Elle retourne dans le fauteuil face au ventilo, après avoir pris soin de mettre de côté les vinyles sur lesquels elle a jeté son dévolu.
Elle allume son joint et s'allonge de tout son long.
Elle m'explique que les rencontres, ce n'est jamais par hasard. Que si nous nous sommes rencontrés tous les deux c'est le destin qui l'a voulu.
Elle et ses parents ont emménagé le quartier il y a 8 mois. Avant ils habitaient à quelques kilomètres d'ici, direction nord, dans une petite ville à flanc de montagne, mais Lili ne s'y plaisait pas. Elle y avait passé toute sa vie et connaissait tout le monde. En plus, elle n'y avait d'affinité avec personne.
Elle voulait habiter près de l'océan.
Les parents de Lili sont en permanence en voyages d'affaires, ils sont représentants de la marque LIRDAN, la marque des produits de nettoyage. Ils parcourent sans cesse le globe à la recherche de nouveaux clients. Laissant Lili seule, durant parfois des semaines entières.
En raison de leur absence régulière, les parents de Lili ne peuvent rien lui refuser. Ils ont donc emménagé près de l'océan.
-Tu ne t'ennuies pas trop depuis que tu es seule ici ?
-Non, je m'occupe à ma façon, en plus des cours.
Ses parents ont beau ne pas être très présents, Lili ne profite pas de leur absence pour faire des fêtes, inviter des copines ou mettre la music à fond. Elle préfère se promener le long de la plage, de jour comme de nuit, pour regarder le paysage maritime et fumer un joint. C'est ça son truc qu'elle me dit.
Ses pieds nus sur le sable chaud et mouillé, l'écume qui s'évapore sur ses orteils, la brume qui caresse ses joues... Le calme, la solitude, c'est ça qu'elle recherche par-dessus tout.
-C'est pour ça que j'adore votre balancelle. Avec un livre, en tête à tête avec l'océan, je me sens chez moi.
Elle me raconte que ça fait huit mois qu'elle vient ici tous les soirs, qu'elle pensait même que cette maison n'était plus habitée.
-Je vie ici durant plus ou moins deux mois par an. Le reste du temps, effectivement, elle n'est pas habitée. Tu es ici chez toi Lili, tu viens quand tu veux.
Je remarque qu'il se fait tard, je lui propose un truc à manger.
Elle accepte et je m'attelle à la tâche. Avec cette chaleur, je prépare des sandwichs, ce sera frais et nourrissant.
Elle vient s'assoir au bar séparant le petit salon de la cuisine. Elle a pris nos deux verres.
La platine diffuse Across The Universe du vinyle des Beatles Let It Be Naked. Pourquoi es-tu entrée dans ma vie Lili ?
Après manger, nous nous posons dans le canapé, elle choisit un film. X-Men 2. Elle a vu le premier volet et en garde un bon souvenir. Va pour X-Men 2.
J'évite d'être trop près d'elle, je ne voudrais pas l'effleurer par inadvertance. Elle, s'allonge tête sur l'accoudoir du fauteuil, et glisse ses pieds nus et froids sous ma cuisse. Mes yeux longent ses jambes des pieds aux genoux et remontent sur son visage. Elle est déjà absorbée par le film.
Quand elle repart, il est minuit passé.
-Bonne nuit Derek, merci pour cette soirée.
Elle s'approche de moi pour me dire aurevoir. D'un geste conditionné, je la prends dans mes bras et la serre fort contre moi. Si seulement je pouvais ne plus la lâcher.
- Bonne nuit fillette, à demain.
Elle me répond « oui » de la tête et me tourne le dos pour s'évanouir dans la nuit, dans le bruis des vagues.
Bonne nuit Lili. Je suis à nouveau tout retourné.
Je prends la bouteille de whisky avec moi et vais me coucher.
Je ne cesse de me répéter son âge en tournant dans mon lit mais son image m'obsède. Il faut que j'en sache plus sur elle. Qu'a-t-elle voulu dire par « le destin à voulu qu'on se rencontre ». A part ajouter une ombre supplémentaire à ma liste de pêchés déjà bien longue, en quoi cette rencontre peut-elle être bénéfique pour elle comme pour moi ?
Déjà trois semaines que Lili vient à la maison tous les soirs pour parler, rire ou regarder la télé.
J'apprends à la connaître.
C'est une élève brillante, passionnée de littérature. Un point commun avec moi, très satisfaisant quand on aime citer des extraits de livres et autres évocations célèbres à tout bout de champs.
Quand on est tous les deux, plus rien d'autre n'existe. On met la musique et on partage des moments de conversations interminables. Je lui cache beaucoup de moi, j'essaie de la faire parler un maximum. Je ne veux pas qu'elle connaisse le vrai « moi », le professeur dévergondé qui se tape tout ce qui lui passe sous la main et qui arrive encore défoncé de la veille en cours. Oui, ça m'est arrivé.
Elle est arrivée plus tôt que les autres jours aujourd'hui.
-Mes parents arrivent demain, je me suis dit que j'allais profiter un peu d'eux, le temps qu'ils resteraient. Alors pour palier au temps passé loin de vous, je suis venue un peu plus tôt aujourd'hui. Je ne vous dérange pas ?
Elle a mis sa petite robe blanche, celle qu'elle avait le premier soir sur la balancelle. Elle a troqué sa longue natte contre deux tresses africaines qui lui arrivent au milieu du dos. Je me rends compte que je ne l'ai jamais vu les cheveux lâchés.
-Tu ne me déranges jamais Lili. Je suis touché de l'attention.
Je stop là l'écriture pour la journée et vais, dans ces conditions, profiter de sa présence.
Il ne fait pas trop chaud aujourd'hui, je lui propose un petit tour sur la plage, pour lui montrer les entrées des grottes accessibles via le bas des falaises. Chaussures obligatoires bien entendu.
Après quelques minutes de marches dans le sable, on arrive au bas de la falaise à quelques centaines de mètres de la maison. Le but, c'est de longer la falaise au-dessus de l'océan. Il est calme, ce sera un jeu d'enfant. Je passe en premier pour l'aider à monter la roche.
Sans aucun problème, nous arrivons à l'entrée de la première grotte.
Elle s'approche, curieuse.
-Vous y êtes déjà entré ?
-Juste de quelques mètres. Je n'ai pas l'équipement pour aller plus loin malheureusement.
-Et les autres grottes ?
-Même problème. Il faut un équipement de spéléo. Si tu es intéressée, je nous trouve tout l'équipement nécessaire pour demain.
Elle rit.
-Non c'est gentil. La spéléo, ce n'est pas trop mon truc.
Elle s'assied par terre, les pied pendant vers l'océan. Elle sort un joint de sa poche et l'allume.
Je me pose à ses côtés. Sa tête se penche sur mon épaule et le reste de son corps se rapproche de moi, jusqu'à me coller. Je passe mon bras autour d'elle et nous regardons l'océan sans rien dire.
Les vagues s'écrasent sur les falaises sous nos pieds.
Au bout de presqu'une heure, je brise le silence.
- Ça te dit des grillades sur la plage devant la maison ? D'ici quelques heures, on aura droit à un magnifique couché de soleil.
Ses yeux s'illuminent. Quelle partie de ma phrase a eu cet effet ? Les grillades ? Le couché de soleil ?
De retour sur la plage, je commence le feu de bois. J'ai encore quelques côtelettes au congélateur et un peu de salade, je prépare le souper.
Lili est allongée sur un plaid dans le sable à côté du feu qui crépite.
Après manger, je m'allonge à ses côtés. Elle dort à moitié, blottie contre moi.
Je profite du coucher de soleil avec Lili endormie dans mes bras. Je la regarde, encore et encore, pour ne pas perdre une seconde de sa présence.
Je fini par la réveiller pour ne pas sombrer également. On boit un dernier verre à l'intérieur, elle lance The Air That I Breathe de The Hollies sur le fond et s'assied à côté de la platine pour siroter son whisky.
Elle me rend dingue.
J'espère, égoïstement, au fond de moi, que ses parents ne resteront pas longtemps. Plus vite ils repartent, plus vite Lili revient près de moi.
Elle termine son verre sur les dernières notes de la chanson puis vient vers moi et me serre dans ses bras.
-Je reviens vite.
-J'espère bien fillette.
Elle me regarde.
-Je n'ai pas envie de partir. Je peux rester dormir ici cette nuit ?
Je la décroche de moi.
-Ce n'est pas une bonne idée Lili, mais je peux te raccompagner en voiture si tu veux.
Elle me dit non de la tête et tourne les tâlons.
-Bonne nuit Derek.
-Bonne nuit Lili, profite bien de tes parents.
Comme chaque soir, je la regarde partir en espérant la revoir la seconde d'après.
**
Ça fait trois jours que je n'ai pas vu Lili. J'en profite pour avancer sur mon livre, j'ai la totalité du scénario. Il faut maintenant romancer le tout.
**
Dix jours que je n'ai pas vu Lili et je pars dans une semaine.
Peut-être que ses parents sont déjà repartis ? Peut-être qu'elle n'a plus envie de venir ? Je n'arrive plus à me concentrer. Mon livre est en standby.
J'ai envie de la voir, de la serrer contre moi. Ça fait des jours que je bande comme un âne, il faut que je rentre à Paris.
J'ouvre la deuxième bouteille de la journée, il est 17h. Je suis assis sur la balancelle. Je regarde en direction de la côte, elle n'arrive pas.
**
Je pars dans 2 jours.
Mes valises sont déjà faites. Je n'ai plus qu'à emballer mon PC et à partir, mais l'envie n'y est pas. Je ne suis pas pressé de retourner bosser et pas pressé de partir sans avoir vu Lili une dernière fois.
En plus, avec le taux d'alcool qui coule actuellement dans mes veines, je ne me donne pas dix kilomètres avant d'avoir un accident ou de me faire arrêter.
Je m'assieds devant mon ordinateur et poursuis mon écriture.
On toc à la porte. Lili ?
Je ne réfléchis pas, je me dirige vers la porte et ouvre.
C'est elle.
Elle devient d'un coup toute rouge et gênée. Elle bafouille quelque chose puis se cache les yeux.
Je me rends compte que je suis nu. Et merde. Je suis sorti de la douche et par cette chaleur j'ai préféré rester en tenu d'Adam. Dans la précipitation et mon ami Jack aidant, j'ai oublié ce détail.
J'aperçois un plaid sur le canapé, je le prends et m'en fait un kilt.
-Désolé Lili, c'est... c'est bon tu peux ouvrir les yeux.
Elle ouvre les yeux, rigole et me saute au coup. Je sens tout son corps contre le mien.
-Vous m'avez trop manqué ! Je craignais que vous soyez déjà parti.
Elle s'agrippe à moi. Je me dirige vers le fauteuil pour l'y déposer et accrocher mon plaid correctement.
Je prends la bouteille de Jack Daniel's, bois une gorgée et lui tends. Je vois dans ces yeux que nos moments lui ont manqués.
-Vous avez bien avancé sur votre livre ?
-J'ai eu l'occasion oui. Tu veux y jeter un coup d'œil ?
Elle acquiesce avec un grand sourire et s'approche du bureau. J'ouvre le fichier à la bonne page.
Je m'apprête à lui laisser ma chaise mais Lili, plus rapide que son ombre, s'assied sur mes genoux. Je cesse de respirer quelque seconde, je dois penser à autre chose qu'à lui sauter dessus.
Elle est déjà prise par l'histoire. Elle est là, sur moi, sa jupe légèrement remontée pour pouvoir m'enjamber. Je sens sa chaleur à travers le plaid. Mes mains parcourent son corps sans la toucher, son odeur m'enivre. Elle me rend fou.
Je me fais violence pour ne pas la prendre, là, sur mon bureau. La toucher comme personne ne l'a encore touchée. La faire crier comme personne ne l'a encore fait crier.
Je fais en sorte qu'elle ne sente pas mon érection en me reculant dans le fond de ma chaise. Je lui embrasse l'épaule. Son épaule douce et bronzée. Elle se tourne vers moi, me sourit, je continue d'embrasser son épaule, puis son cou. Je vois ses poils se hérisser sur tout son corps. Je devrais la mettre dehors et aller me coucher, autrement, j'ai peur de déraper.
-Tu es vierge Lili ?
Pourquoi ?
Pourquoi ai-je posé cette question ? Je savais que cette deuxième bouteille n'était pas une bonne idée.
Elle acquiesce de la tête doucement et se replonge dans le livre.
-Tu devrais revenir demain Lili, je ne pensais pas que tu viendrais aujourd'hui, j'ai peut-être un peu trop bu pour te recevoir – j'ai la tête dans son cou, je l'embrasse – ce n'est pas une bonne idée.
Elle arrête sa lecture et descend de mes genoux.
-Je reviens demain vers, disons, midi ? Comme ça je peux continuer un peu ma lecture et vous, vous êtes au courant que je passe : vous n'avez pas d'excuse.
-On fait comme ça Lili, je t'attends demain.
Elle hésite quelques secondes puis viens me dire au revoir d'un câlin.
-A demain fillette.
-A demain Derek.
Je la laisse aller vers la porte et rentrer chez elle, je ne suis plus bon à rien dans cet état.
Je me dirige vers ma chambre, ôte le plaid qui commence à gratter et me jette sur le lit ; j'ai bien l'intention de penser à Lili toute la nuit.
*
Je pars demain. Je me réveille morose, malgré ma nuit exaltante. Ces deux mois sont passés bien trop vite. J'ai pu écrire le gros de mon livre, comme chaque année, mais j'ai une boule au ventre de quitter Lili.
Il est déjà 11h, cette journée défile. Je profite de la plage, au soleil.
Eléonore doit passer à midi, je file me laver et prépare un petit apéritif.
11h45, je l'attends de pieds fermes, la bouteille de Jack déjà bien entamée. Si je ne veux pas me retrouver dans l'état d'hier, il vaudrait mieux que je freine maintenant. Je me roule un joint et décide de l'attendre à la balancelle.
En sortant, je vois sa silhouette au loin arriver. Je ne me contrôle déjà plus. Je m'assieds sur les marches du porche et la regarde s'approcher, avec impatience. Je sors déjà le pétard que je lui ai roulé et lui tends quand elle arrive à ma hauteur.
-Bonjour Fillette.
Elle me répond par son plus grand sourire, prend le joint et va s'assoir dans la balancelle, huilée le matin-même. Elle allume son joint.
-Bonjour Derek. Vous avez bien dormi ?
Me demande-t-elle le sourire en coin. Je lui rends ce sourire coquin et vais chercher l'apéritif que je pose sur la petite table basse sortie pour l'occasion.
Elle a l'air ravi, mais, comme si elle avait oublié quelque chose, elle se lève et va à l'intérieur.
Une minute plus tard, j'entends The Dark Side Of The Moon des Pink Floyd résonner. Elle monte le son et revient s'assoir près de moi.
-J'adore vos vinyles ! Chez mes parents, les seuls vinyles qu'il y ait, sont des Demis Roussos et la Compagnie Créole.
Elle a l'air dépité.
-Tu reprends tous les vinyles que tu veux quand je m'en vais Lili. Ou même, si tu veux les écouter ici, je te laisse un jeu de clés et tu es ici chez toi.
Elle me regarde, les yeux grands ouverts et les sourcils levés à l'extrême.
-Vous me laisseriez les clés de chez vous ? Vraiment ?
-Elle est vide dix mois par an cette maison, ça lui ferait plaisir d'avoir un peu de compagnie. Attends.
Je me dirige à l'intérieur et fouille dans le tiroir de l'entrée pour en ressortir un jeu de clés, avec un vieux porte clé « I Love Paris » accroché dessus. Je lui amène.
-Tiens, voilà tes clés. Tu es chez toi.
Elle en pose son toast et prend les clés, les yeux brillants et écarquillés.
-Je ne sais pas quoi dire... Merci beaucoup !
Elle me saute au cou. Elle sent bon... la vanille je dirais.
Elle examine le porte clé et me regarde d'un air désappointé.
-I Love Paris ?
Elle ricane.
-Je le garde quand-même, il me fera penser à vous.
On échange un regard captivé. Lili, arrête de m'envouter comme ça, tu me rends fou...
-Vous partez quand d'ailleurs ?
-Tiens donc. Ça t'intéresse maintenant que tu vas avoir la maison.
Elle rit.
-Je pars demain à 6h du mat' fillette. Déjà demain...
Je jette au loin le cul du joint qui me restait en main.
Elle me regarde, l'ai stupéfait.
-Demain ? Déjà ?
-Je bosse lundi. Enfin, je « bosse ». Je vais assister aux réunions interminables entre dirlo et professeurs pour préparer la rentrée. Rien de passionnant.
Elle ne dit plus rien. Pour la première fois depuis que je la connais, elle a l'air triste. Est-ce mon départ qui la met dans cet état ?
Elle vient s'assoir près de moi, sur les marches du porche. Elle penche sa tête sur mon épaule et se glisse sous mon bras.
On regarde l'océan tous les deux. Breathe (In The Air) des Pink Floyd tourne sur le fond.
Je pense à la route qui m'attend demain. Comment partir loin d'elle ? Je voudrais pouvoir la voir tous les jours, l'avoir tous les jours près de moi.
Nos regards se croisent et se fixent quelques secondes.
-Ça vous dit un petit film ?
Je me lève, lui tends la main pour l'amener à l'intérieur. Je prends la bouteille posée sur le bar et de quoi rouler avant d'aller dans le salon.
On se pose sur le canapé. Elle décide de regarder 28 Jours Plus Tard de Dany Boyle. Très bon choix. Elle le connait déjà par cœur à ce qu'elle me dit.
Je lui sers un verre et bois au goulot une bonne gorgée pour me détendre. Lili vient se blottir contre moi, dans mes bras. Elle recroqueville ses jambes sur le canapé.
Elle s'endort à la moitié du film, il est 14h. Il fait une chaleur étouffante ici ou c'est moi ?
Je laisse le film tourner et la regarde dormir. Je remets une de ses mèches de cheveux rebelles derrière son oreille. Aujourd'hui, elle est coiffée de sa longue natte qui me fait tellement d'effet. Je me retiens de la toucher, de la caresser. J'essaie de penser à mon bouquin, mais rien n'y fait. Mes yeux finissent rivés sur elle, sur ses jambes nues.
Le générique de fin, plus volumineux que le reste du film, la réveille. Son premier réflexe en ouvrant un œil est d'attraper son verre posé sur la table et d'en boire une gorgée.
Elle se redresse, l'air encore endormi, puis se lève et va lancer un album : Pearl de Janis Joplin. Elle remarque le jeu d'échecs posé sur l'étagère en face de la porte d'entrée.
-Une petite partie ça vous dit ?
-Je suis toujours partant pour une partie d'échecs.
Ça fait des années que je n'ai plus joué, voyons si c'est comme le vélo.
C'est un jeu en verre. Les blancs sont en verre translucide et les noirs sont en verre opaque. Elle installe le jeu correctement à première vue.
-Honneur aux plus jeunes. Lili, à toi les blancs.
Elle se défend bien. Elle connait des bonnes tactiques, mais je reste imbattable. À la quatrième manche perdue, elle veut arrêter.
-Vous êtes trop fort ! C'est trop dur de jouer contre vous.
-Tu t'avoues vaincue Lili ?
-Je déclare forfait, oui.
Elle fait tomber son roi et remballe le jeu dans sa boîte qu'elle remet à sa place, le tout avec son plus beau sourire.
Elle vient se rassoir dans le fauteuil pour m'enlacer.
-Je peux dormir avec vous ce soir Derek ?
-Lili, je n'ai pas voulu hier, ce n'est pas pour accepter aujourd'hui.
-Hier vous m'avez dit que c'est parce que vous aviez trop bu. Pas aujourd'hui.
Elle ressert son étreinte et colle sa tête sur ma poitrine ; elle doit sentir mon cœur battre la chamade.
Je ne comprends pas ce qu'elle attend de moi.
-Je veux juste dormir avec vous Derek. On n'est pas obligé de faire des trucs, je n'y connais rien de toute façon. J'ai juste envie de rester coller à vous jusqu'à votre départ.
-Lili.... Je t'assure fillette ce n'est pas l'envie qui manque - Putain non ! - mais ce n'est pas une bonne idée.
Poussé par un élan consciencieux que je regrette déjà, je l'éloigne de moi.
-Je vous reverrai quand si je ne reste pas ce soir ?
Sa voix tremble. Elle a l'air triste.
-Je reviens l'année prochaine, en juin.
-Je ne vous reverrai pas avant juin de l'année prochaine ? Dans un an ?
-Je ne pourrai pas redescendre avant. Si le cœur t'en dit, tu peux monter me voir à Paris.
Elle prend un air boudeur, partagée entre colère et peine.
Je la prends dans mes bras.
-Ne m'en veut pas Lili, s'il te plait. Il ne faut pas que ces deux mois terminent comme ça. On a passé une bonne journée, il faut rester sur la même lancée. Je te ramène chez toi ?
Elle hoche de la tête pour dire oui.
Elle écrase la fin de son joint dans le cendrier, descend d'une traite la fin de son verre et s'assure qu'elle a bien repris les clés « I Love Paris ».
-Je suis prête.
Je l'invite à emprunter le petit chemin de latte de bois qui mène à la route. Elle monte dans le pickup.
J'ai le cœur gros. Quand la reverrais-je la prochaine fois ?
On arrive chez elle. Je stoppe le véhicule dans le virage, caché par les haies qui clôturent son allée.
Elle comprend le message et me monte dessus pour m'enlacer. Je plonge ma tête dans son cou et la serre fort contre moi pour m'enivrer encore une fois de son parfum.
-Tu vas me manquer Lili.
Je m'imprègne de son odeur. Elle m'enserre fort dans ses bras, puis ouvre ma portière pour descendre par mon côté.
-A bientôt Derek, bonne route demain.
-Merci fillette. A bientôt.
Elle s'éloigne dans le chemin, m'adresse un dernier regard et disparait dans l'allée derrière le massif.
A bientôt Lili. Tu me manques déjà.
Je démarre le moteur et rentre me coucher. Demain, une grosse journée m'attend.
*
5h30, le réveil sonne. Je profite d'un café-clope sur le porche en regardant le soleil se lever doucement à l'horizon.
Ils annoncent beau temps sur tout le pays aujourd'hui. Heureusement, quitter le soleil pour la pluie serait encore plus déprimant.
Je sors de la douche et regroupe les dernières affaires.
Je laisse un mot à Lili.
Fillette,
Fais comme chez toi. Tout ici est à toi.
Y compris ce qu'il y a dans le pochon sur le bureau.
A bientôt Eléonore.
Derek
Je lui laisse le reste d'herbe que j'avais emportée. Quand elle viendra, elle aura de quoi passer le temps.
Je rempli le coffre de la voiture, tout est prêt.
Je fais un dernier tour pour vérifier que je n'ai rien oublié et termine par le porche.
L'odeur de Lili flotte dans l'air. Je regarde en direction du chemin qu'elle emprunte pour venir, dans l'espoir de la voir peut-être, mais rien.
Après avoir tout fermé, je m'apprête à remonter le chemin à travers les dunes pour rejoindre la route.
-Derek !
J'entends Lili m'appeler, est-ce une hallucination ?
-Derek !
Je fais le tour de la maison et retourne sur la plage.
C'est Lili. Elle arrive en courant, tellement pressée qu'elle tombe dans le sable. Je me retiens de rire... pas elle.
Elle se relève et court à nouveau vers moi, elle me saute dans les bras, je ne la lâche plus. De mes deux mains, je la garde serrée contre moi.
-J'ai eu peur de vous rater.
Elle me regarde et dépose ses lèvres sur les miennes, le temps d'une seconde qui me semble une éternité. Une éternité de douceur et de volupté, dans laquelle je m'abandonne complétement. Je tombe à genoux dans le sable, elle reste enlacée à moi. Je la serre fort et l'allonge sur la plage. Je la touche enfin. Sa peau, sa bouche... me font tellement d'effet.
-Lili, je dois y aller fillette. Il faut vraiment que j'y aille.
Elle me regarde.
-Ne m'oubliez pas s'il vous plait Derek.
Ses yeux ne quittent pas les miens, ils me pénètrent.
-Comment t'oubliez Lili ? Comment oublier ces deux mois ? Tu me rends dingue depuis le premier jour.
Je n'ai pas envie de la lâcher, j'ai envie de l'embrasser, de lui sauter dessus et de la prendre sur la plage. J'aimerais que ce moment soit interminable : elle et moi, ici, indéfiniment.
Le soleil est à peine levé, le sable et les dunes de couleur rosée, ne font qu'accentuer le côté chimérique du moment.
Elle reste là, dans mes bras à me regarder. Qu'est-ce que cette magnifique jeune fille trouve au vieux bonhomme que je suis ? Elle pose sa main sur ma poitrine, elle passe entre les boutons de la chemise et caresse ma peau.
Je commence à être à l'étroit dans mon jeans.
-Lili, je vais y aller avant que ça dérape complètement. J'ai tenu bon durant deux mois, ne me fais pas flancher maintenant.
Je rapproche ma bouche de la sienne sans la toucher. J'embrasse à la place, sa joue et son cou.
-Vous me manquez déjà.
-Toi aussi fillette, tu n'imagines pas.
Elle sourit.
Je me lève et me dirige vers la voiture. Je l'embrasse malgré tout une dernière fois avant de m'en aller, elle, reste assise dans le sable.
Je ne peux pas conduire dans cet état, j'essaie de penser à autre chose. J'allume la radio, Earth Angel, la version de Bobby Veel est jouée dans la voiture. Lili, pourquoi es-tu venue ? J'ai encore la sensation de tes mains sur ma peau.
J'ai une petite demi-heure de retard sur mon planning, que j'essaie de rattraper sur l'autoroute. Je trace à 190 en espérant ne pas me faire attraper.
Après 3 heures de route, je remarque les paysages déjà bien différents des paysages côtiers. Plus d'immeubles, moins de verdure et une architecture rurale différente, moins romanesque. Chaque année je pense la même chose, pourquoi suis-je remonté ? J'aurai mieux fait de rester là-bas etc etc...
Engagé dans le périphérique, je ne peux plus ignorer que je suis arrivé à destination. Les mendiants, les ordures, la pollution, les klaxons... Nous sommes à Paris.
J'habite dans le 16ème, je sors Porte de la Muette et direction la maison.
Je me gare en bas de l'immeuble, atteins péniblement l'ascenseur et arrive enfin devant mon appartement.
Je m'affale sur le canapé en rentrant. Plus que quelques heures et le boulot recommence, le traintrain quotidien va reprendre son rythme.
Une bonne douche et un bon verre de whisky et je m'endors, épuisé par la route.
*
7h, le réveil sonne, la routine reprend. Un café, un pétard, une douche. Je pense à Lili. Je ne la verrai pas aujourd'hui, ni demain. Putain qu'est-ce que je fou ici ? J'ai envie de la voir.
Aller ! On se reprend et direction le lycée. Premier jour, je suis déjà blasé.
Les lettrages de la cour ont été refaits durant l'été. Ils sont d'un blanc aveuglant.
Dans la salle des profs, je retrouve mes collègues. Je remarque des nouveaux assis dans les canapés. Un nouveau et une nouvelle pour être précis. Une nouvelle très mignonne d'ailleurs, une petite brune à lunettes, en jeans baskets et débardeur customisé Batman. Elle va plaire aux étudiants, sans aucun doute, et pas qu'aux étudiants...
Je me dirige vers les collègues avec qui j'ai un peu d'affinité. Ils racontent leurs vacances. Je préfère ne pas trop m'étendre sur les miennes, je concentre mon récit sur mon livre et les beaux paysages.
Je regarde du coin la nouvelle. Je ne sais pas l'âge qu'elle a, ni même son domaine. Je demande si les autres se sont déjà présentés.
-C'est qui la nouvelle ? C'est quoi son truc ?
-Déjà à l'affût Derek ? Mollo, elle vient d'arriver.
Je ne fais pas attention à sa remarque et me dirige vers elle, je me présente.
-Salut ? Derek, professeur de littérature.
Je lui tends la main en m'asseyant sur le fauteuil face à elle.
-Marjorie, bonjour. Je suis la nouvelle prof de dessin.
Une artiste, j'aurais dû m'en douter, avec un accent parisien à s'arracher les oreilles.
-Tu n'hésites pas si tu as besoin d'infos ou autre, je serais ravi de t'aider.
Je fais le charmeur, la drague un peu et elle a l'air réceptive, je commence bien l'année.
Le directeur arrive dans la salle des profs. Les autres y vont à coup de « Bonjour Monsieur le Directeur ». Je reste affalé dans mon fauteuil sans dire un mot. Il se place au milieu de la pièce pour prendre la parole.
-Bonjour à tous. Je vois que vous êtes tous présents, même les petits nouveaux, pour la réunion de rentrée. Merci.
Rires dans l'assemblée. Je souffle déjà d'ennui.
-Comme chaque année, la réunion de ce jour se concentrera sur la distribution des plannings et la configuration des nouvelles mises en place du règlement d'intérieur. Nous dispatcherons également les élèves par classe en fonction des options choisies de chacun. Mais d'abord, petit tour de table et présentation des nouveaux.
L'assemblée s'affaire dans la salle. Le tour de table est bien trop long pour le peu de profs que nous sommes. Forcément, tout le monde à son histoire à raconter : les nouvelles grossesses, les décès, les vacances à la plage avec les enfants qui courent partout....
-Bonjour à tous, moi c'est Enrique, je suis le nouveau prof d'Espagnol. Je me réjouis de rencontrer mes nouveaux élèves et de passer cette année en votre compagnie.
Enrique est l'Espagnol typique. Noir de cheveux et d'yeux, il a le teint légèrement halé et parle avec un léger accent hispanique. Il doit avoir plus ou moins mon âge.
-Bonjour, moi c'est Marjorie, la nouvelle prof de dessin. Je travaillerai en collaboration avec Bastien durant ses cours d'arts plastiques. J'espère que cette année va bien se dérouler, c'est mon premier travail en tant que prof, j'appréhende un peu.
Elle a l'air très stressée. Il va falloir qu'elle se détende si elle veut se faire respecter par des ados de juste quelques années de moins qu'elle.
La pause arrive enfin, je file dans la cour me faire une clope, j'en ai bien besoin. Marjorie me suit de peu. Je savais que c'était une bonne idée de me présenter. Je poursuis notre conversation, brutalement interrompue par le directeur une heure plus tôt.
-Ça va ? Tu ne stresses pas trop pour ton premier jour ?
-Si un peu. Cette petite pause cigarette se faisait désirer. Et là, ce ne sont que les collègues, j'appréhende bien plus les élèves.
Elle tire une longue bouffée sur sa cigarette.
Elle est petite, plutôt mince. Ses lunettes carrées lui donnent beaucoup de charme.
-Tu commences fort en même temps, des lycéens directement.
-Oui, on m'a beaucoup de fois fait la réflexion mais je suis plus à l'aise avec des jeunes qu'avec des enfants.
-Tu as quel âge ?
-J'ai vingt-cinq ans. J'ai eu mon diplôme il y'a deux ans, mais ce n'est pas évident de trouver un travail en tant que prof de dessin. En littérature ce doit être déjà plus facile.
Elle se tourne vers moi, attendant confirmation.
-Je ne pourrais pas te dire, ça fait vingt ans que je suis nommé ici. Je ne me souviens même pas du temps que ça m'a pris pour trouver cette place.
Elle reste songeuse quelques secondes.
-Vingt ans ? Tu as quel âge Derek ?
Décidemment, qu'ont-t-elles toutes avec mon âge ?
-Quarante-sept.
Elle me lance un regard épaté. J'ai beau me sentir bien conservé, je pense tout de même faire mon âge. Que ce soient mes cheveux gris, mes rides ou mes kilos en trop, je n'ai plus le corps d'un homme de trente ans.
-Tu me donnais qu'elle âge ?
-Je ne sais pas, plus proche de la quarantaine que de la cinquantaine. Mais je te rassure, tu es plutôt pas mal pour ton âge.
Elle rit. Stressée mais du genre direct la Marjorie.
La pause se termine, tels des élèves, nous trainons pour rentrer.
Le directeur nous fait faire un tour du bâtiment. Ce bâtiment que j'arpente depuis maintenant vingt ans ; je le connais bien assez.
Après la distribution des plannings et lecture du règlement d'intérieur, il est presque 18h quand cette journée se termine enfin.
Je me dépêche d'aller à ma voiture et donne rendez-vous à mes potes de guindailles dans notre pub privilégié.
Je passe par l'appartement pour me rafraichir et me trouver une tenue plus tape à l'œil : ce soir, je ne dormirai pas sur la béquille.
C'est déjà la grande ambiance quand j'arrive au Malet'O, dans le 8ème. Il est à peine 20h et les gens sont chauds bouillants. Les filles sont plus canons les unes que les autres avec leurs jupes au ras des fesses et leurs décolletés plongeants.
Je vois mes potes accoudés au bar, en charmante compagnie.
-HEY ! DEREK !!!
Pierre et Marc sont du genre exubérant. Si quelqu'un dans le bar ne les a pas entendus c'est qu'il est sourd.
Petite accolade et présentation des deux biches qui les accompagnent, et je paie ma tournée. Retour des bonnes habitudes.
Je sens que la petite blonde qui accompagne Pierre, Ilona, a le béguin pour moi.
Son visage a l'air en plastique, mais elle est plutôt jolie, la trentaine. Elle a un beau regard, des yeux bleus très clairs. Elle me colle et me caresse le bras. Je ne rentrerai pas seul ce soir, désolé Pierre, mais ta petite blonde est pour moi.
Pierre s'est de toute façon trouvé une autre bimbo pour la soirée, avec laquelle il entame une partie de billard.
Marc est déjà reparti avec son escorte, il est à peine minuit.
Ilona m'effleure constamment. Elle boit beaucoup et commence à m'allumer sensuellement. Elle fait mine de rien et pose sa main sur mon entre-jambe, déjà bien renflée. Discrètement, je lui propose de continuer ça dans un endroit plus adéquat.
Je règle la note, fais signe à Pierre que je m'en vais et prends Ilona par la main pour l'accompagner jusqu'à la voiture.
A peine assis derrière le volant, qu'elle m'enjambe et détache ma ceinture. Malgré l'excitation croissante qui m'envahie depuis mon retour, je la repousse sur son siège.
-Attends. Je fais les choses bien, je t'emmène chez moi.
Elle continue de m'embrasser et déboutonne mon jeans pour passer sa main dans mon caleçon et me caresser. Putain ça fait deux mois que j'attends ça.
Je démarre le moteur et fonce à l'appartement, tout en laissant sa main faire des allers-retours lascifs dans mon caleçon.
On arrive enfin. Aussitôt entrée dans l'ascenseur, elle se déshabille déjà.
Je la plaque sur le miroir derrière elle et porte ses cuisses à mes hanches. Mon jeans pas tout à fait rattaché, il me faut moins d'une seconde pour le faire tomber et la pénétrer violemment d'un seul coup. Je la prends comme si je n'avais pas baisé depuis des mois.
L'ascenseur s'arrête. Je remonte mon jeans d'une main et tire Ilona jusqu'à l'appartement.
Je reprends là où je me suis arrêté dans l'ascenseur. Je la mets à quatre pattes sur le canapé, elle me demande de la prendre, et de la prendre encore. Je n'arrive plus à me retenir.
-Lili...
Merde, non, c'est Ilona. Elle n'a pas l'air de s'en être rendu compte.
Je vais me servir un verre de Jack dans mon mini bar et lui propose de rouler un joint. Elle ne fume pas. Tant pis, je me défonce seul. Je lui propose une douche, mais elle préfère rentrer chez elle.
Je lui promets pourtant monts et merveilles pour cette nuit et demain matin, mais elle se lève tôt demain et ne veut pas rentrer tard.
Je me retrouve ma gueule tout seul à nouveau avec mon whisky. Je lance une chaîne X et termine ma soirée.
**
Trois mois que je suis rentré de vacances et je n'arrive pas à me retirer Lili de la tête. Sa bouche douce et pulpeuse, son goût... Eléonore...
J'ai beau me taper toutes les filles faciles de Paris, je n'arrive pas à me débarrasser de mon envie d'elle.
J'écoute les Pink Floyd et Janis Joplin en boucle.
Je me réjouis d'être aux vacances d'hiver. J'aime imaginer que Lili pourrait venir à Paris durant ses vacances, mais sans numéro de téléphone, ni adresse, ni nom de famille, le rêve devient compliqué.
Elle s'est peut-être trouvé un petit copain depuis la rentrée.
C'est quoi déjà ce site sur lequel les jeunes communiquent avec des photos ? Skyblog ou quelque chose comme ça ? Je regarde sur internet si je ne trouve pas une Eléonore qui habite le sud de la France. Je dis n'importe quoi... Je me ressers un verre.
Il vaut mieux que je sorte, je prends la voiture et roule vers l'est.
**
Noël approche à grands pas. Mon frère, Nathan, passe comme chaque année avec son mari Gérald et leurs deux enfants.
Ça fait 15 ans qu'ils sont ensemble, dont 5 ans de mariage. C'est le couple le plus stable que je connaisse. Stéphanie et Maxime, âgés de 7 et 4 ans, sont adorables. Polis, bien élevés, se sont de chouettes mômes. A chaque noël on sort le grand jeu pour voir leurs grands yeux émerveillés.
Nathan est mon petit frère et le voir en costume de père-noël pour ses enfants fait partie des traditions familiales depuis maintenant 7 ans. N'empêche que, l'appartement transformé en garderie pendant dix jours, ça m'irrite un peu. Des jouets à droite à gauche, des cris, des pleurs... la joie d'avoir des enfants.
Quand le 24 au soir arrive, la magie opère. Cette année, c'est Gérald qui fait le père-noël, Nathan a trop mal au dos, son travail de cariste aura eu raison de lui.
Le sapin n'est pas assez large pour couvrir la quinzaine d'énormes cadeaux emballés avec soins pour les enfants.
Ils s'émerveillent à chaque déchirage de paquet cadeau. Une mini-cuisine, des dinosaures, des poupées, des petites voitures ; de quoi s'occuper toute l'année.
A minuit, tout le monde au lit. Nathan et Gérald sont eux aussi fatigués. Ils défont le canapé-lit et s'installent pour dormir. Je vais faire un tour.
Je monte dans le pickup et regarde mon répertoire téléphonique à la recherche d'une autre âme esseulée :
Des noms de filles dont je ne me souviens même pas, des potes-parents donc occupés en ce soir de noël, Marc et Pierre ... si je ne trouve personne d'autre seulement. Je soupire.
Marjorie... Tiens, pourquoi pas ?
-Allo ? Marjorie ? C'est Derek.
Elle est seule. Sa famille habite dans le centre du pays et ce n'est pas la porte à côté. Je lui propose d'aller la chercher et d'aller boire un verre, elle me répond qu'elle a du champagne chez elle et qu'elle ne le boira jamais seule.
C'est parti, je fonce chez Marjorie.
Elle m'ouvre vêtue d'une petite robe rouge et d'un chapeau de père-noël. Définitivement pas timide la Marjorie.
Elle m'amène dans son salon. Elle vit dans un chouette studio en banlieue. Il est décoré de façon très féminine, du rose, du velours et de la fausse fourrure, elle a allumé des bougies pour l'occasion.
Elvis qui chante noël tourne sur le fond. Ça fait longtemps que je ne me suis pas senti aussi bien. Elle m'offre une coupe de champagne pour parfaire le tout et s'assoit à côté de moi.
-A la tienne Derek.
-A la tienne Marjorie.
Elle boit une petite gorgée de son verre en me regardant, sa main devient baladeuse. J'ai à peine le temps de réagir à ses avances qu'elle remonte sa robe sur ses hanches et s'assoit sur moi pour m'embrasser. Je me prête totalement au jeu et lui retire sa robe. Elle est nue dessous. Je l'embrasse et la caresse, partout. J'abaisse mon pantalon sur mes chevilles, elle s'agenouille devant moi. Résolument pas timide cette petite Marjorie.
Je l'admire à l'œuvre et profite de ses faveurs.
Je la retourne et la prends sur la petite table basse devant son canapé. Elle crie fort, je me laisse entraîner par son plaisir. Elle crie mon nom, ça m'excite encore plus, je ne me retiens plus et donne tout ce que j'ai.
C'était trop bon.
Je me rassois sur le canapé. Elle est à genoux, devant moi, elle tremble et n'arrive pas à reprendre son souffle. Elle me regarde, les yeux brillants. Ses cheveux sont en pétard, elle est très jolie comme ça.
-Derek... C'était trop bien.
Elle a l'air assouvie. Je le suis aussi. Une soirée bien remplie.
Je remonte mon pantalon et termine mon verre.
-Bonne nuit Marjorie.
Je l'embrasse sur le front.
-Tu t'en vas maintenant ?
-Pourquoi, tu veux remettre ça ?
Je la reluque de haut en bas, intéressé.
-Je...heu... non pas forcément, mais je pensais que tu voudrais rester dormir.
-J'essaie de ne pas abuser des bonnes choses. A très vite Marjorie.
Je claque la porte derrière moi, satisfait de cette soirée improvisée.
En rentrant, je fais le plus doucement possible pour prendre de quoi rouler dans le salon où dorment mon frère et son mari. Je lance un film sur le PC portable, branche un casque pour ne pas réveiller les enfants dans la pièce d'à côté et m'endors.
**
Le soir du réveillon de la St Sylvestre, une baby-sitter est venue pour les enfants. Je traine Nathan et Gérald au Malet'O. L'ambiance bat son plein et l'année 2004 se termine gentiment.
Marc est à nouveau venu avec la même fille, c'est la 5ème fois de suite qu'il vient avec elle. Il ne le dira pas, mais il est piqué. Pierre est là aussi, accompagné de jumelles. Une bonne soirée l'attend.
Gérald vient vers moi.
-Alors Derek ? Toujours pas de petite femme en vue ?
-Non, rien de sérieux. En même temps, tu sais bien que je ne cherche pas beaucoup.
-Des enfants, une femme ou même juste une fiancée. Ça ne t'attire pas ?
-Rien de tout ça ne me donne envie. Je suis trop vieux déjà pour ça et puis la vie en couple j'ai déjà donné, tu sais bien. Je vie pour le cul et le travail. Mais d'abord le cul.
Je vide d'une traite mon verre de whisky en reluquant la jolie brune au fond du pub. Elle a les cheveux noirs et bouclés. La vingtaine, de grands yeux noisette. Inévitablement, elle me fait penser à Eléonore.
Elle porte une petite robe noire, magnifiquement décolletée devant et indécemment décolletée derrière. L'ouverture du dos laisse apparaître ses sublimes creux de Vénus. C'est très subjectif, très sexy. Elle me rend mon regard intéressé.
Je ne suis pas le seul à apprécier la vue, je remarque une bande de lourds sur la gauche en train de la reluquer comme des morts-de-faim devant un morceau de viande.
Elle s'approche pour commander au bar dans une démarche élégante sur ses talons aiguilles. En arrivant à ma hauteur, elle sent mon regard insistant sur elle et me regarde. Elle me sourit.
-Je peux vous offrir à boire mademoiselle ?
-Volontiers. Un rhum coca s'il vous plait.
Je fais signe au barman qui nous apporte deux verres.
Je l'invite à venir se poser avec moi sur une banquette qui vient de se libérer dans la salle.
-Je m'appelle Angélique, Et vous c'est quoi ?
-Angélique ? Ça te va très bien. Moi c'est Derek.
Elle rougit. Physiquement et pour certaine de ses réactions, elle me fait penser à Lili. C'est agréable d'être près d'elle.
Après un tête-à-tête d'une grosse demi-heure, je me dis qu'elle ne doit pas avoir plus de vingt ans. Ses talons, sa robe et son maquillage font office d'apparat. Elle doit avoir dix-neuf ans, tout au plus.
Dans 10 minutes, il est minuit. Ce sera le passage en 2005. Je la regarde à mes côtés, elle boit son verre.
-Tu veux vraiment passer tes dernières minutes de l'année avec moi mon ange ?
-Pourquoi ? Vous ne pensez pas que c'est une bonne idée ? Vous êtes un genre de psychopathe ou un cannibale ?
-Non, je suis un homme, je ne sais pas si c'est mieux.
Elle rigole et bois une gorgée de son verre.
On entend le décompte se faire crier dans le pub.
10 ! 9 ! 8 !
Je regarde Angélique. Encore une nymphette, c'est quoi mon problème ?
4 ! 3 ! 2 !
Angélique me regarde et attend le « 1 » pour me sauter au cou.
BONNE ANNEE !!
Le patron met sa tournée de champagne pour tout le monde, un verre en entrainant un autre, je mets la tournée suivante.
Angélique ne me lâche pas de la soirée, accrochée à mon bras, elle profite de sa nuit et me présente à ses copines, plus âgées qu'elle.
À 3h30, il ne reste pratiquement plus personne. Les copines d'Angélique sont rentrées et je me suis engagé à la ramener chez elle en un seul morceau.
On est dans la voiture vers 4h.
-Vous m'amenez chez vous Derek ?
-Chez moi ? Tu veux venir chez moi ? C'est pas du tout ce qui était prévu fillette.
J'ai l'impression d'être en présence de Lili, je lui caresse la joue. Elle ferme les yeux et prends ma main dans la sienne.
-J'ai envie de passer la nuit avec vous.
Elle se penche vers moi et m'embrasse. So Far Away de Carol King passe à la radio. Je me recule.
-Tu as quel âge Angélique ?
-Je ne suis pas vierge si c'est ça qui vous inquiète.
Elle m'embrasse à nouveau.
-Lil... euh, Angélique, réponds-moi. Tu as quel âge ? Ne me mens pas.
-J'ai vingt ans. Je vous jure que c'est vrai. J'ai vingt ans.
-Qu'est-ce que tu fous dans cette caisse avec moi ?
Je laisse tomber ma tête sur l'appui-tête, dépité.
-Tu sais l'âge que j'ai ? Pourquoi tu veux passer la nuit avec moi ?
Elle sourit, je ne comprends pas.
-Vous êtes encore plus beau quand vous êtes fâché.
-Je ne suis pas fâché, j'ai juste du mal à comprendre ce que tu fais ici.
Je caresse sa peau chaude et douche.
-Emmenez-moi chez vous, j'ai juste envie de passer la nuit avec vous.
Elle se couche sur mon épaule.
-J'ai passé la soirée avec vous et vous me plaisez. Je vous trouve beau. J'ai adoré parler avec vous toute la nuit. La suite logique, c'est une nuit ensemble non ?
Elle m'embrasse sur la joue et dans le cou. Elle essaie d'atteindre ma bouche.
-Vous n'êtes pas le premier homme de plus de trente ans avec qui je sors vous savez. J'en ai déjà connu quelques-uns. C'est vrai.
Elle prend ma main et la pose sur son genou.
- J'ai juste envie de passer mes premières heures de 2005 avec vous, s'il vous plait.
Je me laisse prendre au piège et l'embrasse. Elle veut monter sur moi, mais je la repousse sur son siège. Nous sommes toujours dans la rue devant le Malet'O.
-Je ne peux pas t'emmener chez moi, il y a la famille.
Je la dévisage, elle respire l'envie de baiser. J'envisage la banquette arrière, elle hausse les épaules.
-Tu ne seras pas choquée si je prends une chambre d'hôtel ?
Elle fait signe que non de la tête et me dévore des yeux en se mordillant la lèvre. Elle fait aller sa main de sa poitrine à son entre-jambe, se caresse la cuisse et gémit légèrement quand sa main disparait sous sa jupe et touche sa petite culotte. Elle écarte les jambes et continu de se caresser.
J'appuie sur l'accélérateur, je cherche un hôtel avec une chambre libre et des accès extérieurs. Il va falloir la jouer discret pour entrer avec Angélique dans la chambre.
Je tente un hôtel que je connais, à quelques minutes en voiture. Bingo, une chambre libre et elle est accessible par l'extérieur.
Je gare la voiture.
-Toujours décidée à passer tes premières heures de 2005 avec moi Angélique ?
-Toujours décidée Derek.
Je l'invite à me suivre jusque-là chambre. On rentre, j'allume la radio. Elle me tourne le dos et contemple la chambre. Je vois Lili. Je la prends dans mes bras, par derrière. Je l'embrasse dans le cou et caresse ses cuisses. Je passe ma main sous sa robe pour continuer ce qu'elle commençait sans moi dans la voiture.
Je goûte le parfum qu'elle laisse sur mes doigts et m'en délecte. Elle se retourne vers moi, je l'en empêche. Je veux la garder de dos et imaginer Lili dans cette chambre d'hôtel avec moi.
Je lui ôte sa robe et embrasse ses épaules, son cou, son dos.
Je la plaque contre le mur derrière moi et lui écarte légèrement les jambes, façon fouille policière. Je descends sa petite culotte sur ses chevilles. Elle est magnifique nue, dans cette posture.
Je lui demande de ne pas bouger, le temps de retirer mon pantalon et ma chemise.
-Baisez-moi Derek. Venez.
Je ne me fais pas prier. Je la prends contre le mur et la fait crier comme elle n'a jamais crié. Je camouffle ses cris avec ma main pour ne pas ameuter tout l'hôtel.
Je ralentis le rythme pour qu'elle puisse reprendre son souffle. Elle ne tient plus sur ses jambes ; je la laisse s'effondrer sur ces genoux. Je suis toujours raide comme un poteau, je la prends encore. Elle n'en peut plus. Ses poils s'hérissent sur son corps, je jouis en même temps qu'elle.
-Lili, c'est trop bon !
Et merde, encore !
Elle ne réagit pas. Surement en train de se remettre de son homme de plus de trente ans.
J'attrape mon pantalon pour prendre une clope. Je lui en propose une.
Avec un sourire jusqu'aux oreilles et les cheveux en bataille, elle s'en allume une.
-Derek... C'était...
Elle ne termine pas sa phrase. Elle se contente de rougir et de me regarder passionnément.
Après la clope, je l'invite à passer au lit. Je ne sais pas elle, mais moi je n'ai plus vingt ans. Une nuit blanche et une partie de jambes en l'air comme celle-ci et il me faut 10 heures de sommeil pour me remettre.
Elle enfile ma chemise et va se coucher.
Je nous plonge dans le noir avant de me glisser près d'elle dans le lit. Elle vient se blottir dans mes bras.
Je l'embrasse sur le front et sombre dans les bras de Morphée.
Quand je me réveille, il est 14h passée. Angélique dort toujours à côté de moi. Son maquillage a disparu avec la nuit et les mouvements, elle a l'air si jeune.
Elle porte ma chemise. C'est malin, je ne peux pas m'enfuir sans la réveiller.
Je vais prendre une douche et rassemble nos affaires. Elle se réveille quand j'allume une clope.
-Salut.
-Bonjour Angélique, bien dormi ?
J'aimerai lui tendre une tasse de café, mais je n'ai que des cigarettes sur moi. Elle accepte et se rallonge sous le drap.
Je reste sur le fauteuil en face du lit et espère vite récupérer ma chemise pour mettre les voiles.
Après sa clope, elle va se laver. Se rhabille avec sa robe de soirée et ses talons, puis remonte sa masse de cheveux encore mouillée en chignon.
-On décolle quand vous voulez.
Dit-elle en me rendant ma chemise.
On passe par l'extérieur pour retourner à la voiture. Je rentre son adresse dans le GPS, direction la banlieue parisienne.
Elle se colle à moi.
-Merci pour cette nuit Derek, j'ai passé un super moment.
Elle me sourit. Je pose ma main sur sa cuisse, je ne dis rien. Je ne regrette pas cette nuit, mais j'ai encore une fois abusé. 20 ans.
Je la dépose chez elle et retourne à l'appartement où Nathan et Gérald m'attendent.
-Je ne te demande pas si tu as passé une bonne nuit.
Nathan est en train de préparer le souper du soir. Ils partent demain. Il a toujours souhaité que je me case une bonne fois pour toute, que je fonde une famille. Que je sois aussi heureux que lui.
-Une nouvelle histoire sans lendemain si tu veux tout savoir petit frère.
Je fouille après une bière dans le frigo. Rien. Je me dirige vers le mini-bar et descends le fond de la bouteille de whisky.
Gérald entre dans la pièce et me regarde d'un air accusateur.
-Tu fais de la peine à voir Derek. C'est avec la petite brune que tu as passé la nuit ?
Les images de cette nuit me reviennent. La petite Angélique chaude comme les braises.
J'ignore Gérald et vais fumer un joint dans ma chambre - avec les enfants à la maison, les habitudes changent forcément. L'entente entre Gérald est moi n'a jamais été au beau fixe, il y a toujours eu des hauts et des bas. Il estime que je suis une mauvaise influence pour Nathan et n'a jamais approuvé mon mode de vie.
**
Dans deux jours c'est déjà la rentrée, les examens et tous les retombés de cette période de fête. Le retour à la morosité.
Après le départ de mon frère, je me réapproprie l'appartement. Petit apéro avec Marc et Pierre. Sans gonzesse cette fois, entre hommes. On branche la console et on se fait une partie de GTA San Andreas, en se relayant la manette.
Marc nous raconte qu'avec la fille de l'autre soir, celle qu'il amène maintenant à chaque soirée, il y a effectivement un truc. Il pense à se poser avec elle.
Pierre et moi le regardons dubitatifs. Marc est, après moi, le célibataire le plus endurci que je connaisse.
-Et quoi, vous allez habiter ensemble ?
Pierre s'inquiète du changement que cela va apporter à sa vie. Sans Marc, Pierre ne sortirait pas autant. Et ce n'est pas moi qui vais remplacer Marc pour les guindailles de tous les soirs. J'apprécie Pierre, mais ma solitude encore plus.
Ils partent vers une heure. Je m'effondre au lit, demain, la semaine d'examens commence.
*
Les élèves sont adossés aux murs ou parterre, cahiers et livres en main en train de réviser dans les couloirs. Quelle salle période.
Seuls quelques invétérés cancres sont dans la cour en train de fumer. L'air d'en avoir rien à faire, ils sont carrément venus les mains dans les poches.
Les élèves défilent dans la classe un par un pour nous présenter l'avancement de leur projet de fin d'année et répondre aux questions des différents professeurs. On prévoit une heure par élève. Après ça, ils se dirigent vers les salles d'examens écrits.
Cette semaine semble interminable et dans quelques jours, il faudra déjà leur faire emmagasiner la nouvelle matière pour l'examen final. D'année en année, j'oublie à quel point c'est pénible.
J'invite Marjorie à manger avec moi ce soir. J'ai besoin d'un vendredi soir tranquille.
On se commande un chinois, chez elle. On regarde la télé, on rit devant la série Scrubs.
Je lui propose de passer la nuit chez moi, j'ai envie de fumer.
Arrivés à l'appartement, je roule un pétard et nous sers deux verres de Jack. Elle ne fume pas d'habitude, mais ce soir, elle a envie d'être dans le même état d'esprit que moi.
Je lance Polaroid Girl de Massive Attack sur la chaîne-hifi et vais me rassoir sur le canapé à ses côtés.
Elle me monte dessus et se trémousse sur moi au rythme de la musique. J'accompagne le mouvement de son corps avec mes mains puis l'allonge dans le canapé pour la prendre, lascivement. Quelques minutes plus tard, elle s'endort dans le canapé. J'ai envie de la laisser là, mais finalement, je la porte et la couche dans mon lit avant de me glisser à côté d'elle.
Quand j'émerge le lendemain, elle est déjà levée et a préparé le café.
Elle est assise nue dans le fauteuil devant un dessin animé, une clope en bouche et un café dans la main. Une image plutôt agréable à voir dès le matin.
Elle se lève pour me servir mon café et m'embrasse tendrement la joue.
-Je me lave et je m'en vais, ne t'inquiète pas. Je ne vais pas squatter ton appartement très longtemps.
Elle me fait une mimique d'effrontée et se dirige vers la salle de bain, ses fringues en main.
Je regarde son petit cul dandiner en buvant mon café, encore à moitié endormi.
Je la laisse rentrer en métro, je n'ai pas envie de prendre le volant, je préfère passer la journée devant un jeu vidéo.