D'un teint d'ambre clair, des yeux de gazelles, d'une bouche trop petite et trop allongée mais d'un modelé déjà net, Régina avait une taille souple, gracile mais sans raideur ni noblesse affectée. La finesse racée de ses poignets n'avait d'égale que la délicatesse de ses chevilles ou semblait courir un perpétuel frémissement. Si les camisoles de Régina n'étaient pas faites de riches étoffes, elles donnaient pourtant à son teint plus d'éclat et de fraîcheur. Sa mère les choisissait de couleur vert d'eau, rose pâle, bleu clair et elle les faisait coudre sans broderies ni dentelles, ni Falbalas.
En fait, Régina était une femme de dix-neuf ans très belle, très jolie et très mignonne. Elle était issue d'une famille bien fortunée. Unique fille de la famille Hotegni, Régina avait trois frères : Anstea, l'aîné de la famille ; Pascal, l'avant et Damien qui était enfin le benjamin. Régina était en effet la cadette de la famille. Denis, ayant tenu sa parole à l'égard de sa femme Célestina, n'avait jamais songé après leur mariage civil, la seconder au détriment d'une autre femme.
Denis était en réalité une personne de bon cœur. Considérant chaque fois sa femme, ce quarantenaire savait ce qui pouvait la rendre heureuse. Et puisqu'il savait aussi les conséquences que courait la polygamie, malgré sa richesse, il n'avait jamais songé mener de cette vie de luxe-là.
Toujours était-il qu'il n'oubliât guère la main forte que lui avait apportée sa femme pendant que tout ne lui était pas encore beau. Et voilà pourquoi, pour lui exprimer sa gratitude, l'homme avait supprimé de sa cervelle toute tentation qui pourrait l'inciter à poser l'acte horrible qu'était la polygamie.
Chaque fois que Dieu lui en offrait l'occasion, Denis ne se lassait de promettre à sa femme Célestina la fidélité éternelle. Pendant que tous ses collègues du boulot couraient après d'autres femmes, Denis n'y songeait même pas.
En fait, Denis était d'une personnalité exemplaire et la mère de ses quatre enfants lui en était toujours reconnaissante. Même à table, lorsqu'ils partageaient le déjeuner ou le dîner en présence des enfants, ils étaient fiers de s'exprimer l'un à l'autre combien l'ombre de l'un valait chère pour l'autre. Et la chose la plus marrante qui faisait rire parfois les enfants était les quelquefois où père et mère se taquinaient pendant le repas.
Odile, la jeune femme domestique de la maison qui, au regard de tous ces scénarii, priait qu'un jour, Dieu puisse lui donner un mari aussi simple comme le maître de la maison et qui pourrait lui donner elle aussi, toutes ces joies.
Parfois, toute désespérée, la jeune femme s'emmurait dans un embarras très critique. Connaissant bien combien sur cinquante hommes, il serait très rare d'en trouver deux hommes de la même catégorie que son maître, la jeune femme se disait intérieurement et désespérément « tous les hommes n'ont et n'auront jamais les mêmes caractères ; à peine sur cent, c'est difficilement on trouverait un seul ».
Et quand cette pensée lui effleurait l'esprit, elle se décourageait et perdait parfois l'espoir de vivre un jour le mariage. Elle se rappelait aussi quelquefois de ses parents où à moindre une petite erreur, son père passait sa mère à tabac. Elle avait combien son père était trop furieux à l'égard de sa mère et combien rien de ce que sa mère faisait n'était apprécié par le père.
L'histoire d'amour des Hotegni impressionnait la jeune domestique qui travaillait pour la famille depuis bientôt six ans.
Odile était une jeune femme pas très élancée. Avec sa taille qui n'était pas aussi trop comparable à celle de Régina, Odile avait vingt-trois ans. Depuis deux ans plus tôt qu'elle a commencé à avoir une belle forme, la poitrine qui prenait de volume et le derrière qui finissait à se faire plus remarquer, Anstea n'arrivait plus à contrôler ses émotions vis-à-vis de la jeune fille. Surtout quand celle-ci se considérait à la maison et portait de simple corsage qui laissait à découvert sa belle poitrine qui pourrait faire baver tout homme qui verrait par malheur les racines de ses seins et le bout pointu de ses mamelons, le jeune garçon n'arrivait pas à se maîtriser.
Odile était en réalité le genre de jeune fille que les hommes admireraient. Et Anstea lui éprouvait des sentiments. Son seul défaut était le fait que parfois, il n'avait pas le courage de lui avouer face à face combien il était tombé amoureux d'elle.
Quelquefois quand la jeunette quittait les salles de toilettes pour sa chambre, Anstea avait toujours quelque chose à lui demander tout simplement pour mieux contempler son corps frais qui revenait fraîchement des salles de bain.
Parfois, une voix venait l'embrouiller tout en lui chuchotant que la pauvre domestique n'était ni de son genre ni de sa classe. Parfois allait jusqu'à lui dire que tomber amoureux d'une telle fille, c'était de foutre la honte à sa famille.
Sinon Pascal, lui aussi, avait le regard sur la même domestique et personne ne le savait et ils étaient tous quittes.
Sinon franchement, Odile n'était moche. Elle avait du charme. Son teint et sa taille svelte lui donnaient une très belle légende qui pourrait être comparable à une métisse déesse. Pascal, en l'observant tout simplement, songeait être dans un lit prenant du plaisir avec elle.
Mais toujours était-il que ses frères lui soient encombrants. Pendant que Pascal envoyait peut-être la jeune fille dans sa chambre, histoire de lui arranger ses documents ou lui plier ses habits, c'était en ce moment qu'Anstea l'envoyait lui faire autre chose.
La famille Hotegni vivait heureuse. Seule Régina, l'unique fille de la famille ne vivait pas indépendamment tels ses frères. Puisqu'elle était une jeune qui ne manquait pas de charme, son père la surveillait de près.
Pour sa sécurité, Anatole le jeune chauffeur emmenait et ramenait Régina de l'école. Dans la maison toute entière, Régina était la seule personne qui regrettait d'être conçue de son père sinon tout le reste s'enorgueillissait.
Elle se voulait plutôt la mort et d'être réincarnée dans une autre famille que de vivre dans cette famille qu'elle trouvait d'encombrant. Chaque fois, surtout lorsqu'elle se rappelle combien ses copines viennent lui parler de leur liberté chez elles là-bas, Régina en pleurait. Pour elle, il lui fallait une toute petite liberté que de chaque fois l'enfermer dans un enclos telle une vache.
Elle pleurait tout le temps car, bien qu'elle soit inscrite dans un internat, elle comparait le mode de vie de ses condisciples au sien et en regrettait ; parfois, elle regrettait pour le fait que son créateur fasse d'elle une femme.
Parfois, en classe, même ses professeurs n'arrivaient pas à comprendre le but de ses pleurs. De même que ses copines. Même à la maison, c'est la même chose. Malgré les milles et une question que lui adressait sa mère, jamais Régina n'osait dire la vraie raison qui se cachait derrière ses larmes. Cet état de chose inquiétait parfois la mère. Toujours était-il que Denis ne soit pas à la maison pour vivre la scène.
Ce matin, Régina avait l'air pâle comme d'habitude. Rien de ce que lui disait sa mère ne la rendait heureuse. Celestina, pétrifiée de l'air inquiet de sa fille, s'approcha d'elle et tenta de à l'aventurier.
– Ma fille, pourquoi depuis ton retour des toilettes, tu n'as que la mine serrée ? Que se passe-t-il ? Je suis ta mère, en parle-moi je t'en prie.
– Rien maman, répondit-elle automatiquement comme si elle s'attendait déjà à une telle question qui allait venir de sa mère ou de quelqu'un d'autre exceptée la mère.
– Mais, t'attendais-tu déjà à ma question ?
– Maman, s'il vous plaît, je ne suis de mauvais poil ce matin et moi-même je ne sais pourquoi.
-– ce cas, essaie de te relaxer ! Mais Anatole t'attend déjà dans la cour pour démarrer la voiture.
– D'accord, maman, je vais partir, à ce soir.
– Bonne journée à toi, ma chérie !
– Merci maman.
Régina s'empara de son sac à dos puis, quelques minutes plus tard, rejoignit Anatole qui avait déjà fini d'épousseter les pneus de la Ranger il y a quelques minutes.
– M. Anatole, nous pouvons maintenant partir.
– S'il vous plaît mademoiselle Régina, s'écriait Odile qui courait du salon, vous avez oublié votre téléphone.
– Non, je n'ai pas l'envie de le porter sur moi puisque ça ne me servira à rien aujourd'hui.
– D'accord, excusez-moi.
– C'est inutile de te faire excuser pour de choses banales.
Odile se retourna dans la pièce pendant que le véhicule faisait une intermittente reverse et longeait le pavé.
Dans le véhicule comme d'habitude, un silence lourd interposait chauffeur et fille du patron ; nul n'adressait mot à l'autre.
Au bout de quelques minutes, la Ranger finit par atterrir le seuil de la devanture du portail de l'école de la jeune lycéenne.
– S'il te plaît Anatole, fit tristement Régina, je t'en prie, ne tarde pas à revenir me chercher le soir, d'accord ?
– C'est d'accord ! Je viendrai à temps, c'est promis ; répondit l'autre.
– Mais Anatole, pendant combien de temps te fredonnerai-je le même refrain ? Je t'ai déjà interdit plusieurs fois d'arrêter de me vouvoyer. Où ne sais-tu pas que tu es plus âgé que moi ?
– Mlle Régina, peu importe ce que vous diriez, vous êtes ma patronne et quoi que vous fassiez, je vous dois le respect. Je suis tenu à vous respecter afin de conserver mon job.
– Mr Anatole, supprime cette idée enfantine de ta de ta tête. Ecoute-moi, peu importe les fortunes d'une personne riche, n'oublie pas qu'il aura toujours besoin de l'aide du pauvre. L'aide du pauvre dans la vie d'un riche est très indispensable, retiens-le. A partir de maintenant, sache que le fait de me tutoyer ne diminuera rien de ton salaire ni de la conservation de ton job tel tu le prétends. Tu es un beau gars, mignon et battant. Donc, même si tu perdais ta place dans ma famille, tu trouverais mieux ailleurs et qui te serait même...
– S'il vous plaît mademoiselle Régina, coupa-t-il, arrêtez de vous faire ces idées. Je n'aimerais pas que vous abordiez un thème traitant ce sujet de perte d'emploi parce que...
– Parce que quoi ? Un dernier avertissement, à partir d'aujourd'hui, apprends à me tutoyer car, j'ai le pouvoir de te faire perdre ton job si tu ne sais pas faire. Je peux te créer un petit ennui et ouf, tu seras raflé du terrain.
A ces mots, Anatole détacha son regard de l'adresse de son interlocutrice et se plongea dans un stress.
– Je sais bien que tu ne voudrais pas perdre ton job. Alors tu as intérêt à m'obéir sinon...
– Ce me sera un peu difficile, croyez-moi.
– Anatole, n'oublie pas que c'est toi qui me retiens encore sur la pelouse du portail, alors, épouse ma décision pour que le jeu soit clos.
– D'accord, comme c'est ce que tu veux, je te tutoierai dorénavant.
– Merci, à ce soir !
– D'accord.
Anatole redémarra la voiture et un moment plus tard, s'éclipsa des lieux. Régina ne se tint pas longtemps avant de pénétrer dans la cour du lycée.
***
Assise en face de la télévision, Monique ne cessait une seconde de jeter de petits clins d'œil sur le cadran de l'horloge qui se tenait au chevet de l'écran plasma sur lequel les dessins animés faisaient leur jeu.
– Mais qu'est-ce qui ne va pas ? se demanda-t-elle, tout bas ; pourquoi jusqu'à l'heure-là, mon mari ne revient pas encore ?
Dérangée dans l'âme et dans tout le corps, la jeune femme se leva de son canapé et se mit à faire le tour d'air de la pièce.
– Est-ce toujours le travail qui l'occupe jusqu'à cette heure ?
Dans ses lamentations, la jeune femme dirigea son regard une fois encore vers la pendule murale.
– Voilà qu'il s'en va être zéro heure ; où lui est-il arrivé quelque chose ?
Elle s'approcha de la table de la salle d'à manger, saisit une fois encore son téléphone, y composa quelques chiffres et lança un appel. Au bout de quelques secondes, Monique se désola.
– Mon Dieu, jusque-là son numéro ne passe pas, se dit-elle, déséquilibrée.
Monique ne cessait à se lamenter. Le non-retour de son époux à la maison l'attristait. Embrouillée, elle ne savait qui appeler au secours. Elle se posait des questions mais hélas, il n'y avait personne dans la salle pour lui répondre.
Au fait, Monique était une jeune femme qui, après son mariage depuis quelques années soit quatre, n'a pas eu la chance de concevoir. Et, jour comme de nuit, voyant comment son mari se comporte à son gars, la jeune mariée ne cesse de pleurer.
Elle pleurait tous les jours. Parfois, au bout de ces larmes qui lui coulaient involontairement des yeux, elle se demandait à son Dieu créateur pourquoi il évitait la honte à certains couples en leur donnant aussi tôt d'enfants et en privait certains de ce miracle ?
-Seigneur, pourquoi donnes-tu gratuitement et fortuitement de grossesse à certains jeunes couples qui ne sont pas encore prêts pour en assumer les responsabilités et nous qui sommes déjà prêts, tu nous mets de la honte ? demandait-elle parfois à Dieu.
Cette nuit-là, après avoir longuement pleuré comme d'habitude, une idée lui effleura l'esprit et lui fit savoir que ce n'étaient pas ses larmes qui résoudraient sa situation. Elle s'essuya rapidement le visage et alla s'asseoir afin de mieux tracer son plan, le plan de ces milliers images qui déambulaient dans la mémoire de sa tête.
Aujourd'hui, c'est le week-end et toute la famille Hotegni, comme tous les autres samedis, allait au terrain de sport sauf la domestique.
Aujourd'hui, pendant que tout le monde s'apprêtait pour monter dans le véhicule de leur mère, Anstea avait un jeu en tête, lequel il mettait déjà à l'épreuve.
Ce matin-là, Anstea avait pour projet de tromper la vigilance de ses parents tout en leur faisant croire qu'il n'était pas embonpoint.
Titubant, elle s dirigea vers la mère qui les attendait tous dans la cour de la maison, à côté de la jeep garée.
– Maman, appela-t-il, inquiet, je ne me sens pas bien.
– Oh, fiston, tu as quoi ?
– Une migraine ophtalmique, maman.
– Oh mon gros garçon ! Et quel comprimé as-tu avalé ?
– Je vais du paracétamol dans l'armoire.
– D'accord, va en prendre et reste à la maison avec la domestique.
Et tout à coup, Pascal qui venait à l'adresse de la mère pour monter dans la voiture, perçut une partie de la conversation, s'explosa.
– Il va rester à la maison avec quelle domestique ? Hein maman ?
– Ton frère est malade, voyons !
– Maman, arrête de le croire. Je comprends bien son jeu. Et d'ailleurs, quand on est malade, n'est-ce pas à l'hôpital qu'on va ? Alors pourquoi devra-t-il rester à la maison ?
– Pascal, appela tendrement la mère, mais c'est ton frère et tu as le devoir d'aller doucement avec lui !
– Maman, je te jure que tout ce qu'il fait là, ce sont juste des simagrées, ajouta-t-il, l'air sérieux.
Pendant tout ce temps, Anstea, tout comme s'il n'avait pas le temps de son frère, n'en disait mot.
– Pascal, reprit la mère, je ne sais pas pourquoi tu es contre ton frère. Il peut rester à la maison et nous, nous pouvons partir sans lui.
– Maman, je suis d'accord hein mais il faut qu'il aille à l'hôpital que de rester à la maison avec Odile.
Malgré les cris de Pascal qui troublaient le calme de la maison, Anstea feignit ne rien entendre.
Leur mère, ne pouvant imaginer une seconde la vraie raison qui se cachait derrière tout ce jeu, n'hésitait à calmer Pascal.
– Maintenant dis-moi, Pascal, pourquoi ne veux-tu pas que ton frère reste à la piaule en compagnie de la domestique ?
– Maman, je ne veux pas que Odile soit perturbée, c'est tout mon souci !
– Dis-moi, Odile est ta femme ? questionna la mère, amusée.
– Maman, elle ne l'est pas.
– Et pourquoi ne voudrais-tu pas qu'Anstea la pertur...
– Maman, appela cette fois Anstea, ignorez-le et partez ; quand il sera prêt, il vous rejoindra.
– Anstea ? Mais tu ne sembles pas à quelqu'un qui souffre d'un mal ! remarqua la mère.
– Comment ça ? s'enquit l'indexé.
– Ne le vous l'avais-je pas dit ? susurra Pascal, moqueur ; il ne souffre de rien, je vous le jure, maman, c'est un plan que j'en connais bien.
– Mais Pascal, appela calmement Anstea, un peu touché, de quoi je me mêle au juste, dis-moi ? Que vaut ton bonheur dans mon malheur ? ajouta-t-il, quelques gouttes de larmes perlant les yeux.
– Mais tu es mon frère et tes problèmes doivent me concerner ! s'exclama Pascal.
La mère, en ce moment, croisa les bras calmement et suivait les mises en scène pendant que Régina, ne voulant pas se mêler de l'affaire, avait donné sa langue au chat.
– S'il te plaît Pascal, dis plutôt que tu ressens quelque chose pour la fille plutôt que de tourner autour du plomb, fit Anstea.
– Jamais ! c'est plutôt qui éprouves des sentiments à la jeune fille !
– Pascal, ne me pousse pas à te haïr, d'accord ?
– Mais ça devient sérieux là ! s'exclama la mère ; si je dois bien comprendre votre jeu, c'est à cause de cette pauvre domestique que vous voulez vous battre ?
– Maman, plus jamais ne la traite de Pauvre, interdit Anstea, sérieux.
– Est-ce que vous entendez ce que j'entends, maman ? répartit Pascal, ironique.
La mère, devant ce tohu-bohu, ne savait plus que dire. Elle recroisa ses bras.
– Bien, maintenant, sous mon ordre, devancez-moi tous les deux, pour le terrain de sport car, votre père serait en train de nous espérer depuis.
– C'est vrai, maman, ajouta Damien, le benjamin.
Et sous l'ordre de la mère, tous les quatre montèrent à bord du véhicule pour le terrain.
***
Monique, depuis le matin, ne faisait que pleurer. Elle pleurait abondamment telle une vase. Malgré les mille et une questions que lui posait Armel son époux, la jeune mariée n'arrivait pas à contenir ses larmes qui lui coulaient à flot
– Mais Monique, peux-tu arrêter une seconde tes pleurs pour me dire la raison pour laquelle ils te coulent ?
– Armel, appela-t-elle, sais-tu que toi et moi ne nous étions pas entendus sur ce point ?
– De quel point s'agit-il ? Il est vrai que tu ne m'avais pas dit que lorsque tu arriverais sous mon toit, tu n'allais pas me faire d'enfants.
– Et c'est de moi de la faute ?
– Quelle réponse me veux-tu ?
– Dis-moi que je suis la fautive !
A cette exclamation, Armel ne put répondre. Il détacha son interlocutrice du regard.
– Réponds-moi, Armel !
– Bien, pour tout clore, fais-moi d'enfants, point.
Monique s'agenouilla entre les jambes de son interlocuteur et avec les larmes qui lui circulaient de partout sur le visage, chercha le visage de son homme.
– Dis-moi, Armel, pourquoi est-ce que tu me fais si souffrir ?
– Ah bon ? Donc je te fais déjà souffrir ? Alors dis-moi comment je te fais souffrir !
– Depuis six jours, je n'arrive plus à te reconnaître. Quand tu quittes la maison, tu reviens à l'heure que tu veux. Pourquoi tu me fais tout ça ?
– Et est-ce un crime de sortir et de revenir quand on veut ? Après tout, je suis homme et c'est moi qui commande dans cette maison. Si l'heure à laquelle je reviens du boulot ou de mes sorties ne te conviennent pas, tu es libre de rentrer chez toi.
La dernière partie de la phrase parut un coup de massue que la jeune femme reçut au plus profond de son cœur.
Ne pouvant pas supporter, elle se fondit en larmes de plus belle.
– Je n'ai plus envie de te voir sous mon toit puisqu'à chaque que je te vois, j'ai mal aux yeux.
Monique se laissa choir à même le sol avec des cris de détresse. Elle hurlait telle une lionne qui donnait naissance à un lionceau dans la forêt.
Monique, par terre, pleurait jusqu'au point où, même les larmes finirent par lui fausser compagnie. Sa voix se serrait dans sa gorge et même quand elle criait, nul ne pouvait l'entendre ; c'était du désespoir. Elle pleura pendant une trentaine de minutes pendant que son compagnon était déjà monté dans son véhicule.
La malheureuse, n'ayant personne pour la consoler, elle se calma, s'assit et leva le regard vers le ciel.
– Seigneur Jésus, c'est toi qui m'as créée et c'est toi qui as accepté que tout ce qui se passe actuellement avec moi ait raison sur moi. Si ça ne te fait pas mal, ça ne me fera non plus mal. Mais si ça te brise le cœur, alors fais-moi grâce. S'il te plaît seigneur, ôte-moi la honte et fais ta miséricorde. Fais quelque chose, je t'en prie, Seigneur.
***
Ce matin-là, le maître Hotegni a organisé une sortie familiale sur Cotonou. Seule Régina avait décidé à ne pas leur tenir compagnie. Et comme d'habitude, il allait rester Odile à la maison. C'était une occurrence pour Régina.
Tous montèrent dans le véhicule et partirent. Au salon, était assise Régina pendant que Odile faisait d'intermittents va-et-vient. Elle appela la domestique lorsque celle-ci passa une fois dans le salon pour débarrasser la table d'à manger. Celle-ci ne tint pas longtemps avant de venir à son appel.
– Que fais-tu ?
– Je cuisine !
– D'accord, vas-y, je vais te rejoindre à la cuisine.
Et Régina abandonna la télévision pour aller seconder la domestique en cuisine.
– N'es-tu pas étonnée de me voir ici, à la cuisine ? demanda-t-elle à l'adresse de la cuisinière.
– Bien sûr que oui ! Alors, que vaut l'honneur de ta présence dans mon atelier ?
– Atelier ?
Et les deux jeunes filles, ne pouvant se contenir une seconde, éclatèrent de rire.
– Tu vois Odile, toi et moi avons à dire et je pense que c'est le seul moment qui nous serait idéal.
A ces mots, une grande peur vint stopper l'enthousiasme d'Odile qui cherchait à demander à son interlocutrice ce qu'elle aurait pu faire pour qu'elle vînt la surprendre.
– Tu n'as rien fait, ma chérie, lui répondit Régina, tout sourire.
Le cœur de la jeune fille s'affaissa.
– Bien, reprit la fille des Hotegni, observe autour de nous, tu ne verras que nous les deux.
– Oui, oui, acquiesça-t-elle de la tête.
– Pour commencer, je voudrais te poser quelques questions.
– Quelques questions ? questionna la domestique en serrant les lèvres, lesquelles ? ajouta-t-elle.
– Promets-moi que tu me diras la vérité et rien que la vérité.
Odile baissa la tête, observa quelque instant les carreaux qui étaient dressés dans la salle et, levant la tête au ciel, dirigea enfin son regard vers sa compagne, finit par promettre ce que lui demandait l'autre.
D'une voix calme, Régina reprit :
– Alors dis-moi, qui d'entre mes frères t'a parlé de ses sentiments ?
Une grande expression d'étonnement s'afficha sur le front de la jeune fille. Elle s'attendait à tout genre de questions mais pas celui-là.
– Régina, appela-t-elle doucement, de quoi parles-tu ?
– Je suis sérieuse, ma chère ; et sache une chose : à partir d'aujourd'hui, tu pourrais faire de moi ta confidente et crois-moi, je te défendrai comme tu ne l'aurais imaginé. Je sais que c'est la peur qui t'empêche de me dire la vérité et n'oublie pas que tu as déjà promis de me dire la vérité. Alors, si tu veux que je te soutienne, dis-moi juste la vérité afin que je sache comment gérer la situat...
– Sœur Régina, je suis énormément désolée. Je vous jure que votre question me paraît nouvelle. Je ne sais d'où vous sortez cette histoire.
– Et c'est pour cela que tu changes de style ? Tu sais bien que je n'aime pas qu'on me vouvoie. Tu es donc sûre que ni Anstea, ni Pascal ne sort avec toi ?
– Je te le jure. Et de plus, aucun d'eux ne m'a jamais parlé de l'amour.
– D'accord. J'aimerai que tu fasses beaucoup attention ces derniers temps. Un d'entre eux viendrait te faire les avances. Sache comment gérer l'affaire. Au cas où elle dépasserait tes compétences, n'hésite pas de m'en parler.
– Et pourquoi présumes-tu qu'un d'entre eux me convoitera ?
– Belle question ! C'est parce que le week-end dernier quand tu étais sortie de la maison pour aller acheter du pain, les deux ont failli se fracasser la gueule ! Maman en était aussi témoin. C'est maman qui m'a demandé de rester à la maison pour t'aménager sur leur sort ; savoir si un d'entre eux t'aurait fait la cour sinon maman a comme l'impression que tu auras peur à lui avouer la vérité si elle t'en demandait.
– Excuse-moi, si je dois bien te comprendre, ça voudrait insinuer que tes frères me kiffent ?
Régina rit de plus belle et ne pouvant se maintenir debout, s'adossa contre le mur de la cuisine.
– Si, si, si ! Ils t'aiment tous les deux et peut-être qu'ils ne savent pas comment te l'avouer. Tu es chanceuse, toi.
– Hum ? C'est vraiment incroyable. Avec toutes ces belles femmes qui errent les pavés de la ville, c'est moi que préfèrent-ils ?
– Détrompe-toi, ma chérie ! Ce n'est pas le charme de la femme qui attire l'homme en premier mais plutôt, ses comportements. C'est après les caractères moraux que viennent ensuite ceux physiques. Et être par un homme, c'est d'abord une chance. Fais un tour sur la ville, tu verras qu'il y a plein de femmes avec lesquelles tu ne peux pas te comparer en beauté mais elles sont célibataires. Elles font tout pour que les hommes leur fassent la cour mais rien.
– Mais...je...je..., balbutiait la jeune fille sans savoir comment exprimer sa joie devant ces déclarations que lui faisait son interlocutrice.
En fait, Odile n'était pas enthousiasmée pour le fait qu'on la tenait informée de la réaction des enfants des maîtres de la maison, mais elle était plutôt contente des déclarations que venait de faire son interlocutrice. Elle aussi, elle pouvait se classer sur la liste de ces femmes qui ont le privilège d'être désirées par les hommes et encore plus, la liste de celles pour qui les hommes se fracassent des gueules.
– La seule chose que je voudrais te demander davantage ne serait que l'abstinence et la prudence, finit par dire Régina d'une voix autoritaire. Sache comment te comporter au moment où l'occurrence te serait offerte.
– C'est compris ! Mais je crains que cette histoire ne m'apporte pas le pire.
– Tu n'as pas à t'en faire, c'est surtout pour cela que je te demande d'être prudente sinon, tu seras traitée de meurtrière, ce que je ne te souhaiterais pas ;
– Merci pour ta dévotion et pour ton attachement à ma personne. Merci pour ta générosité et aussi pour ton aimable considération.
– Je t'en prie ma chérie et sache que tous ces compliments me vont droit au cœur. Vive serait ma joie que tu sois ma future belle-sœur. Et je te jure que tu ne manqueras de rien.
A ces mots, la jeune fille pouffa un rire.
– Tu m'en veux donc déjà pour un de tes frères ? finit par demander Odile.
– Que veux-tu que j'en dise ? Tu es celle qui gargouille et qui zigzague le cœur de mes frères et tu veux que j'en sois contre ? Mais c'est une joie !
– Merci !
– Et non seulement tu es belle, mais aussi tu as de très bons comportements.
– Merci pour les compliments, dit-elle, émerveillée.
– C'est plutôt moi qui te dois de merci, parce que tu seras bientôt pour ma fille.
Odile darda sa soi-disant future belle-sœur du regard et ne se lassait de rire.
– D'accord ! Et dis-moi, quand me montreras-tu ton charmant prince ?
– Mon charmant prince ? interloqua l'autre, avec toutes ces surveillances ? En tout cas, j'ai mon plan.
– Ton plan ? en parle moi.
– Je te le dirai mais pas maintenant !
La nouvelle habitude d'Armel devenait de jour en jour irréprochable. Les peines et stress de Monique s'amplifiaient. Ses paupières ne se fatiguaient point des gouttes de larmes. Elle ne savait plus quel Dieu ou divinité appelé au secours.
– Dieu, qu'attends-tu pour agir dans ma vie ? Veux-tu que le monde entier me traite de tous les mots avant de m'enlever cette honte ? Personne ne m'aime plus, que t'ai-je fait, Seigneur ?
Seule enfermée dans la chambre, vautrée dans le lit, les larmes comme d'habitude sur tout le visage, Monique se disait beaucoup de choses. Il n'accusait personne, sauf son créateur. Après chaque parole, les larmes lui descendaient le long des joues.
Soudain, son téléphone portable se mit à retentir. Elle l'arracha du chevet du lit, jeta un clin d'œil sur l'écran puis décrocha l'appel.
– Allô ! répondit-elle.
– Oui allô ma copine, comment ça va ?
– Je suis là.
– Qu'est-ce qui ne va pas encore ?
– Lanette, tu sais bien ce que j'endure depuis tant d'années.
– Mais Monique, je t'ai déjà à plusieurs reprises que l'heure de Dieu est la meilleure !
– Et à quand sonnera cette meilleure heure de Dieu ?
– Ne dis pas ça ! Tu sais quoi, c'est Dieu qui donne enfant.
– Je le sais mais le problème, c'est mon mari, il rejette tout le mal sur moi comme si c'est moi la fautive.
– Pourquoi les êtres humains sont si méchants et si ignorants ? Qui s'opposer aux ordres du Seigneur ?
– Ma chérie, je ne fais que pleurer tous les jours.
– Et que disent ses parents ?
– Avec toute franchise, je ne rends plus visite à ses parents. Le week-end passé, sa mère était venue ici. On dit souvent que les belles-mères sont mauvaises et compliquées, je n'y ai jamais cru, elle me l'a démontré.
– Qu'était-elle venue foutre ?
– S'il te plaît Lanette, oublions cette dame. Mon mari qui devrait me consoler, est devenu le pire. Ils ont chacun, raison. Mais le jour où le Seigneur me comblera de ses merveilles, ils comprendront que la vie, c'est la patien...
Sur ce, la jeune femme s'éclata en sanglots.
– Ne pleure pas ma chérie, tout ceci sera terminé un beau jour, disait l'autre au bout du fil.
– Lanette, faut-il que j'arrive à la ménopause avant que l'heure de ce Dieu ne soit sonnée ?
– Monique, je comprends bien tes peines et tes soucis. Donne-toi à la prière comme tu le fais déjà ; ne t'en lasse pas.
– Lanette, j'en ai marre. Regarde l'heure qu'il fait par exemple, vingt-trois heures quarante minutes, pourrais-tu imaginer que jusque-là mon mari n'est pas encore revenu à la maison ?
– Je comprends tes douleurs, ma chérie, mais garde la patience, je t'en prie.
– Ce n'est ni la première ni la deuxième et ni la troisième fois. Parfois il revient à quatre heures du matin. Quelle femme pourrait accepter ça ? Je suis fatiguée, je te le jure.
– N'essaies-tu pas à l'aménager ?
– Lanette, Armel n'est plus comme celui d'avant. Il a complètement changé. Il ne mange plus à la maison. Il ne reste plus à la maison. Il ne me chérit non plus comme auparavant. Lanette, je vie un calvaire dans cette maison.
Au bout du téléphone, Lanette pouvait une fois encore entendre son interlocutrice dans son entrain de larmes.
– Ma chérie, ne pleure plus ! Je vais essayer de le voir moi-même.
– Que comptes-tu lui dire ? Ne cherche même pas à le voir. Au cas où ça dépassera mes compétences, je retournerai voir mes parents.
-Non, ne fais pas ça, reste plutôt que de partir.
-Sous ces emmerdes ? Je te dis que la personne ne m'aime plus et que veux-tu que je fasse ? Je suis dépassée de ses humiliations.
-Je passerai te voir demain.
-D'accord, je serai là.
– Passe une sublimissime nuit.
– Merci et pareille à toi
Monique raccrochait le téléphone lorsque la porte claquait et s'ouvrait sur Armel.
– Bonne arrivée chéri, fit-elle en sursaut.
– Qui est ton chéri ? questionna l'autre, mine serrée. Et d'ailleurs, avec qui parlais-tu au téléphone ?
– Lanette !
– Donc, c'était à Lanette que tu racontais ma vie ?
– Je suis désolée !
– Il faut la fermer, d'accord ? Et une chose, plus jamais ne m'appelle plus chéri, c'est clair ?
– Et pourquoi ?
– Parce que tu n'es plus ma femme !
– Parce que ?
– Ne fais pas preuve de naïveté ! Tu sais bien de quoi je parle. Alors, tu ferais mieux de ...
– Attends Armel, tu ne m'aimes plus c'est ça ? questionna Monique en se redressant du lit.
– C'est bien ça ! Puisque les femmes de mes amis de service ne peuvent pas être en train de faire de beaux enfants à leurs maris pendant que toi tu serais un miroir dans ma chambre.
– Armel, est-ce que tu t'entends ? C'est moi qui suis devenue miroir sous ton toit ?
A cette interrogation, le nouveau venu ne répondit mot que de se diriger vers sa garde-robe. Monique le rattrapa de sa voix remplie presque de chagrin.
– Tu me demandes de plier mes bagages ? demanda-t-elle en larmes.
– Je n'aime pas qu'on me pose des questions qui n'en valent pas la peine. Tu sais déjà la réponse.
Comme si le matelas lui brûlait les fesses, Monique sauta du lit pour se rapprocher d'Armel de plus près. Arrivée à sa hauteur, elle chercha le visage de son compagnon.
– Armel, pourquoi toutes ces humiliations ? demanda-t-elle, désespérée. As-tu oublié ce qu'on s'était dit pendant qu'on s'était connus ?
– Je m'en fiche de tout !
– Armel, vraiment de ta bouche ?
L'homme ne répondit mot. Au contraire, il quitta la pièce pour se rendre sous les toilettes.
Monique, ne pouvant croire ses yeux, se mit à secouer désespérément la tête. Se dirigeant vers le lit, elle se laissa choir sur le machin, prit sa tête entre les mains. Aussitôt, les larmes se répandirent sur tout son visage. Prenant son courage à deux mains au bout de quelques minutes plus tard, elle fléchit les genoux par terre et fixa le ciel.
– Seigneur, à cause de mon infertilité, on m'humilie, on me juge de tout.
La malheureuse s'assit et s'empara de son téléphone puis y composa rapidement quelques chiffres. Elle patienta un moment et une femme la décrocha au bout du fil.
– Allô maman !
– Oui allô, ma fille ! Comment ça va et pourquoi ta voix est si triste ?
– Maman, je vais revenir à la maison.
– Tu vas revenir à la maison, mais pourquoi ?
– Maman, ne me posez pas trop de questions s'il vous plaît. J'en ai déjà trop supporté.
– Ma fille, on ne dit pas ça ; on reste malgré tout.
– Maman, je n'en peux plus et ce n'est pas d'ailleurs de ma volonté ! Celui que j'ai tant aimé durant toutes ces années n'a plus envie de me voir sous son toit, et que voulez-vous que je fasse ? Il m'a répudiée, maman.
– A-t-il ouvert sa bouche pour te dire qu'il ne veut plus de toi ?
– Maman, croyez-moi sur parole.
– D'accord, là tu peux revenir ! Tout le monde pourrait te haïr sauf nous qui sommes tes parents.
– Merci, maman.
Monique raccrocha le téléphone.
***
L'astre de la nuit venait de céder place à celui du jour. Anatole, comme d'habitude, attendait Régina dans la voiture avec son cure dent dans la bouche. Quelques minutes plus tôt, apparut celle-ci.
– Euh...je suis désolée, je recherchais dans la chambre le stylo qui m'avait servie à faire mes exercices hier nuit.
Le chauffeur accueillit la nouvelle d'un petit sourire.
– Anatole, tu peux maintenant démarrer, ordonna-t-elle.
Sur ce, le chauffeur conducteur mit le moteur en marche puis, dans un laps de temps, Agossou, le gardien de la maison ouvrit les deux battants et le véhicule s'engagea sur la route.
– Mais Anatole, appela Régina l'air gai, quand me montreras-tu ta petite amie ?
– Ma petite amie ? Veux-tu vraiment la connaître ?
– Si ! Puisqu'avec ton charme, ta chérie serait identique à une fée !
– Dommage que je n'en ai pas encore, répondit l'autre tout sourire.
– Arrête de me mentir et sois sérieux avec moi.
– Mais, je suis sérieux ! Tu sais pourquoi je n'ai pas encore de petite chérie ?
– Non, dis-le-moi !
– C'est tout simplement parce que les femmes de nos jours ne sont plus sérieuses ! Elles aiment de l'argent et quand elles finissent de te bouffer, elles continuent leur chemin avec d'autres hommes ! C'est cela que je crains, moi.
– Est-ce donc à cause de ça que tu ne voudrais pas en avoir une maintenant ?
– Si ! Je l'aurai mais pas maintenant ! Et toi, qui es ton prince, toi ?
– Moi ? Mon prince ? Avec toutes ces surveillances qui m'entourent ? Après l'école, me vois-tu aller quelque part ?
– Mais, tu peux être surveillée et pourtant en avoir un !
– C'est vrai, tu n'as pas tort et je projette l'en avoir d'ici peu.
– Ah bon ? Ton filet en a déjà capturé un ?
– Pas encore !
Et le Ranger finit à s'immobiliser devant le lycée.
– Bon, disons à ce soir n'est-ce pas ! s'exclama Régina.
– Oui, à ce soir ! Bonne journée à toi.
– Merci et pareille !
Et comme pour se taquiner, Régina et son chauffeur s'échangèrent de petits clins d'œil.
***
Monique, depuis son arrivée chez sa mère, ne faisait que pleurer. Elle pleurait telle une petite fille qui venait de perdre son père et sa mère, les deux à la fois. Elle pleurait sans s'en contenir.
– Attends Monique, sont-ce les pleurs qui résoudront ta situation ?
– Maman, je n'ai pas envie de quitter Armel, je l'aime, sans vous mentir.
– Je sais que tu l'aimes ! Mais voilà qu'il ne t'aime plus. Ou vas-tu le forcer à t'aimer alors qu'on ne force pas l'amour ?
– Non, il m'aime aussi ! A part lui, je ne veux plus qu'aucun autre homme voit ma nudité.
– Tu as peut-être raison ! Mais ma fille, je crois que mieux serait que tu l'oublies et que tu changes la page. Parfois c'est le destin qui nous met à l'épreuve des faits. Peut-être que vos destins ne sont pas faits l'un pour l'autre. Il y en a plein de ces cas. Et c'est lorsqu'ils se détachent l'un de l'autre qu'ils finissent par connaître le vrai bonheur.
– Maman, je t'ai bien entendue ; tu voudrais donc que je change la page d'Armel ?
– Si ! Tu devras commencer avec un autre homme, c'est très important. Et tu sais, aucune bonne mère ne va vouloir le pire pour son enfant. Plusieurs fois déjà, je t'ai déjà fait cette proposition mais tu ne m'as jamais écoutée. Peut-être que cet imbécile d'Armel n'est pas ton genre.
– Maman, s'il te plaît, ne l'insulte pas je t'en prie, reprocha Monique.
– Non, il mérite bien des injures. S'il t'aimait vraiment comme toi tu en penses, jamais il ne te renverrait de chez lui. Il va plutôt chercher à te motiver, c'est ça le bon couple.
– Maman, je sais que tu as raison mais s'il te plaît, s'il te plaît, sois gentille avec lui-même s'il estime que tout soit fini entre lui et moi.
– Ok, puisque tu ne voudrais pas que je contre lui, c'est entendu.
Tout à coup, le téléphone de Monique se mit à sonner.
– Allô Lanette, répondit-elle.
– Oui allô, je suis devant ta maison et je klaxonne mais tu ne viens pas m'ouvrir !
– Je suis actuellement chez mes parents.
– Tu leur as rendu visite, c'est ça ?
– Non, It m'a enfin renvoyée.
– Il t'a fait quoi ? Et pour quelle raison ?
– Pour la même raison, celle que tu n'ignores pas !
– Je ne peux pas y croire ! Tu me laisses le contacter, suggéra l'autre, vexé.
– Non s'il te pl...
Et plouf, l'autre avait interrompu l'appel au bout du fil.
Pendant que Monique tentait à rappeler son interlocutrice, celle-ci composait un numéro de l'autre côté pour joindre un correspondant.
– Allô Armel !
Au bout du fil, l'appelé fut ébahi de ce qu'il venait d'entendre en premier de la bouche de sa correspondante qui avait déjà l'habitude de l'appeler tonton, une expression qui incarnait la politesse et un grand respect.
– Et que puis-je pour toi ? lui demanda-t-il, déjà énervé.
– Je ne veux rien de toi, mon œil ! Je veux juste que tu me dises la raison pour laquelle tu as renvoyé ta femme de ton toit ?
– Puis-je connaître de la femme dont tu parles ?
– Tu en avais combien ?
– Ne me pose pas cette question, d'accord ?
– Armel, j'ai fini par te détester ; mais sache une chose : plus jamais tu n'auras une femme de son genre.
– Et moi-même je ne le souhaitais pas ! Je veux plutôt avoir celle qui me fera d'enfants et non une femme qui...
– Tais-toi ! Espèce de bon à rien !
– Et toi, espèce de prostituée !
– Écoutez-moi ce qu'il raconte, il n'a même pas honte ; crétin.
Sur cette dernière phrase, Lanette raccrocha le combiné et l'empocha dans son sac, frustrée.
***
Des jours passaient. De même que des nuits. Monique arrivait enfin à se débarrasser des pensées indélébiles de son mari raté même s'il lui en restait encore quelques-unes qui ne pourraient l'échapper.
– Ma fille, appela un jour Adora, sa daronne, tu es encore très jeune et je voudrais que tu entreprennes une activité. Qu'en penses-tu à propos ?
La jeune femme poussa un long soupire et, le regard enfouit dans celui de sa mère, elle répondit :
– Maman, j'y ai aussi pensé mais franchement, je ne sais quoi entreprendre.
– Sinon c'était ma mère qui me disait quelque chose quand elle était vivante : une femme vertueuse se bat pour deux choses.
– Et quelles en sont ces deux choses ? s'enquit Monique.
– La première des choses pour laquelle elle se bat est le son gagne-pain. Avec ça, même son homme de foyer la respecte et la considère que tout.
Un moment de silence vint aplanir les lieux.
– C'est vrai, maman, je partage son avis. Et quelle en est la deuxième ?
– Après le gagne-pain, vient ensuite l'homme de sa vie.
– Vraiment, ma grand-mère serait vraiment une personne domptée de sagesses. Mais maman, et voilà que moi je ne m'étais pas battue en premier pour mon gagne-pain.
– C'est en cela qu'on dit que les conséquences corrigent mieux que les conseils. Quand les voisins me parlaient de toi et de ton soi-disant mari dans ce pays et que je te criais dessus, si tu avais dû m'écouter, tu ne serais pas l'objet de ses emmerdements aujourd'hui ! Si tu m'avais écoutée dans le temps, je crois que tu aurais déjà décroché ton BAC comme Camelle, ta copine de tous les temps ! Voilà maintenant tu as tout perdu.
Ce rappel que venait de lui faire sa maman, la plongea dans une lourde nostalgie que Monique finit par regretter.
– Pourquoi est-ce que pleures ? Mieux te taire parce qu'on ne rattrape plus le temps passé.
A cette tirade, Monique s'agenouilla entre les jambes de sa mère et d'une voix abattue, commença à supplier celle-ci.
– Maman, daigne me pardonner s'il te plaît ; je ne savais pas que ça me rattraperait un jour.
– La vie est basée sur les lois du karma et quoique l'on fasse, tôt ou tard, il y a son prix. Ton père, paix à son âme, promettait te mettre dans le corps armé tout comme tes deux frères aînés. Mais à défaut de ton entêtement, il t'avait ignorée jouir de ta liberté ! Voilà enfin là où tu t'es retrouvée.
Monique, devant les déclarations de sa mère, n'arrivait pas à contenir pendant une seconde ses larmes qui lui ruisselaient le long des joues.
– Dans le temps, ajoutait la mère, lorsque je te menaçais et t'interdisais la compagnie de ce vaurien, tu me gardais rancune à longueur de journée et parfois, pendant des semaines comme si je tenais à te priver de ton précieux diamant. Alors que je faisais tout ça pour ton bien parce que je sais de quoi sont capables les hommes ; peu d'entre eux tiennent à leur promesse ; voilà que tu en as été victime.
– Tcho, maman, je te demande pardon, dit-elle, tout le visage maculé de larmes.
– Je t'ai déjà pardonnée ! Ce qu'il faut tout simplement savoir est que quand un parent reproche quelque chose à son enfant, pour éviter les éventuels risques, l'enfant a le devoir d'écouter ses parents puisqu'ils sont ses demi-dieux et savent comment l'épargner des dangers de la vie. Observe un peu Bintou, ta grande sœur. Elle a été dotée par son mari et les membres de sa belle-famille ! Imagine depuis qu'elle est partie, est-ce que tu l'as jamais vue revenir dans cette maison ? Elle ne reviendra jamais parce que son mari connaît sa valeur et la traite comme un ballon d'or ! Son mari ne va jamais oser lui faire du mal car, nous lui avions confiée notre fille sous un prétexte. Mais toi, parce que ton père et moi insistions que jamais tu n'allais pas te marier sitôt tant que tu n'aurais terminé tes études, alors tu as fui pour aller le joindre ! Maintenant, où es-tu revenue maintenant ? N'est-ce pas la même demeure d'où tu t'étais enfuie ? Tu sais ma fille, en notre temps, les choses ne s'étaient pas passées telles qu'elles se passent aujourd'hui ! Nous, en notre temps, on n'avait jamais désobéi à nos parents. On ne faisait rien qui allait contre leur volonté. Il faut que les parents soient fiers du mari qu'a choisi leur fille. Toi-même imagine un peu, depuis que tu es partie, penses-tu que ton idiot d'Armel nous a une seule fois rendu visite ? Même à la mort de ton père, tous les deux autres maris de tes sœurs étaient présents, mais lui non ! Tout simplement parce qu'il a trouvé une femme née d'un arbre et qui n'a aucun parent.
Pendant que maman Monique exprimait son désarroi et son mécontentement, Monique ne faisait que pleurer. Elle avait le visage plein de larmes telle une personne qui regrettait avec grande amertume, un acte très horrible. On dirait que la mère, de par ses paroles, lui infligeait des coups qui lui faisaient très mal.
En réalité, la mère l'avait pardonnée mais elle se rappelait encore de tout à chaque qu'elle fermait les yeux.
Et c'est normal d'ailleurs. Il est souvent difficile d'oublier certaines choses même si ce sont des actes pardonnés.
Monique, quant à elle, ne cessait de pleurer. Les larmes lui coulaient fortement.
– Mieux vaut te taire que de pleurer.
Certes, malgré tous les soulagements que lui léguait sa mère, Monique reconnaissait enfin d'avoir profondément blessé ses parents dont la mère en l'occurrence.
– Maman, appela-t-elle tout désespérée, pard...pardonne-moi s'il te plaît ; je ne savais que tout ceci allait arriver.
-Moi, je t'ai déjà pardonnée ! Quant à ton père, je ne sais pas. Il est vrai que ton père n'est plus de ce monde, sache que tu as aussi ta part parmi les raisons qui lui ont rendu la vie invivable. Tu lui as donné trop de soucis, il faut que je te l'avoue.
A ces paroles, Monique eut envie de s'étrangler. Et comme pour rejeter le tort sur Armel, elle commença par chuchoter. On pouvait l'entendre dire :
– Armel, je ne te pardonnerai jamais ! Jamais tu n'auras la paix dans ta vie. Si c'est bien toi qui m'as privé de ma virginité, jamais tu n'auras la paix dans ta vie. Cette maison que nous avions pris du temps à construire ensemble, tôt ou tard, tu la vendras et tu finiras par déambuler de rue en rue. Compte sur ma ferme volonté.
***
Ce matin, calme dans sa chambre, réfléchissant aux paroles de la veille, Monique ne savait comment se faire excuser de nouveau auprès de sa mère pour que plus jamais, elle ne se rappelle des torts qu'elle lui a posés. Dans sa cervelle, se déroulaient des films. Oui, des films du passé, non, plutôt de son passé. Elle voyait à travers ces images combien toute sa famille se fâchait après elle. Elle voyait comment son père la menaçait en lui réprimant de continuer ses études. Elle voyait également comment, un jour, elle-même s'était rendue à la police, apporter à ses parents une feuille sur laquelle on pouvait en lire en grand caractère, CONVOCATION.
Déprimée, elle baissa la tête puis commença par monologuer à nouveau.
– Armel, si jamais ta vie ne se transforme pas en calvaire, je...je...je ferai tout pour te nuire. A cause de toi, j'ai désobéi mes parents et maintenant tu m'as fait ça ? Non, tu vas le payer amèrement ! Compte sur ma bonne volonté.
Soudain, son téléphone se mit à sonner. Bien qu'elle fût triste, elle décrocha le combiné.
– Allô ?
– Oui, Lanette !
– Bonjour Monique, comment ça va ?
– Je suis là !
– Super, alors, j'ai une nouvelle à t'annoncer ?
– Laquelle ?
– Ton Armel s'est remarié.
– Ah bon, il s'est remarié ? Alors ça ne m'intrigue pas, ma chère. C'est ce qu'il attendait.
– Je ne peux que te soumettre à la patience.
– Oui, Dieu m'assistera, j'en suis certaine ! Je ne te disais pas qu'il revenait tard la nuit ?
– Si !
– C'était le plan.
– Les hommes sont trop méchants.
– C'est ma passion et je sais qu'il en a qui vivent le pire que moi.
– C'est vrai et crois-moi, ton Dieu ne t'abandonnera pas.
– Merci ma copine.
– Je t'en prie. Et dis-moi, comment se porte ta mère ?
– Elle se porte à merveille.
– D'accord, bien de choses à elle de ma part.
– Je ne manquerai pas.
– A bientôt.
– Oui, à tantôt.
Et ce fut sur cette formule de fin de communication que s'interrompit l'appel téléphonique.