- Et que dirais tu de : « La grande aventure du Capitaine Calico Jack » ? Ça en jette, hein ?
- Et que diriez-vous de vous taire pendant mes cours, Monsieur Rackham ? Cela serait sûrement plus instructif que de parler à votre voisine, non ?
Un petit sourire m'échappa pendant que Jack baissai la tête sur son cahier. Il l'avait bien cherché. À force de me parler, à chaque cours, de son livre qu'il voulait écrire, les profs en avaient plus que marre de lui. Les élèves aussi, d'ailleurs. Sauf moi. J'adorais sa façon de raconter ses histoires encore non écrites, qui sommeillaient dans un petit coin de sa tête. Il faut dire que c'était un assidu de la lecture. À ses 10 ans, il avait dû demander à ses parents de construire une petite bibliothèque dans leur jardin, car il n'avait plus de place dans sa chambre pour entasser ses livres. Et puisque ses parents ne voulaient pas voir leur maison envahie de livres jusqu'au plafond, ils avaient accepté. Il faut dire que la chambre de Jack ne ressemblait pas vraiment à une chambre avant que la bibliothèque ne soit construite. Même encore maintenant, on a dû mal à distinguer le lit dans tout son fouillis. Quand on entre, la seule chose que l'on voit c'est les livres. Du sol au plafond. Sur le bureau. Sur les étagères. Sous le lit, sur le lit... c'est dingue ! C'est lui qui m'a donner envie de lire. Avant je ne lisais que les bouquins ennuyeux qu'on nous donne à lire à l'école. C'est à dire deux ou trois pas ans. Et dire qu'avec Jack, c'est deux ou trois par jours !
- Mademoiselle Bony, vous n'allez tout de même pas vous y mettre vous aussi, enfin ! Encore à rêvasser ! Vous êtes irrécupérables, tout les deux !
Je sursautai. Oups... maintenant le prof nous avait tous les deux en grippe. Jack me souria en me faisant un clin d'œil. Je le lui rendit, non sans avoir jeter un coup d'œil au prof avant. J'essai de me remettre dans le cours, mais il est tellement ennuyeux que je crois que je vais mourir sur place si j'écoute une seconde de plus. Mes yeux dérive sur le cahier de Jack. Il dessine un bateau pirate. Un de plus. Il y en a sur chaque page de ses cahiers de cours. Les profs sont désespérés, donc ils ne disent plus rien. Il avait des remarques seulement quand il dérangeait le cours, sinon ils le laissaient dans son coin, à crayonner ou à écrire ses histoires. Je ne sais même plus quand je l'ai vu pour la dernière fois à une évaluation...
Jack a toujours été obsédé par les pirates. Depuis qu'il a appris que son nom et son prénom étaient le même que celui d'un pirate qui a vraiment existé, (c'est à dire, vers ses 5 ans) il saoulait tout le monde avec ses pirates. Beaucoup se moquaient de lui, mais il n'en avait rien à faire. Pour ça, je l'admirait énormément. On s'était connu vers la cinquième, au collège. Moi, je n'avais pas d'amis, donc je traînais toujours seule. Lui aussi. Lors de notre première rencontre, il était assis par terre, complètement désemparé, le regard au loin. Du coup, j'ai été le voir, pour savoir ce qu'il n'allait pas.
- M'suis fait chourer mon livre...
- Oh merde... bah après tu sais, les livres de l'école, ils sont nuls alors c'est pas trop grave. Tu pourras toujours dire au prof que tu l'as perdu.
Il a secoué la tête, l'air dépité.
- C'est pas un livre de l'école. M'en fous de ceux là. C'est un livre à moi... j'y tenais trop à ce livre.
- Tant que ça ?
- Oui...
Sur le moment, j'ai cru que c'était un livre hyper précieux, peut-être quelqu'un de sa famille qui lui avait donné avant de mourir, ou un truc tragique dans le genre. Mais ça c'était avant que je connaisse Jack. Pour lui, TOUS ses livres sont précieux. Donc j'avoue avoir agit un peu sur l'instinct. Et ça avait été ma meilleure idée, mais également la pire de ma vie...
- C'est qui, qui te l'as pris ?
- Pat et sa bande...
- Lève toi, on va leur reprendre.
Et c'est ce qu'on a fait. Mes parents m'ayant initié aux sports de combats et aux arts martiaux, reprendre le livre de Jack fut une partie de plaisir. Ses imbéciles avaient pour habitude de se moquer de moi à la sortie du collège, et j'ai appris par la suite que Jack subissait le même traitement. Alors leur montrer qu'ils n'étaient pas aussi invincibles qu'ils le croyaient avait vraiment été plaisant. Par contre la partie d'après fut moins sympathique. On fut purement et simplement renvoyé du collège. Tous les deux. J'ai failli aller dire au directeur que c'était moi, et moi seule qui avait « malencontreusement » cogner Pat et sa bande d'idiots, mais au regard de Jack, je su qu'il était bien trop content d'avoir enfin une excuse pour quitter le collège. Donc j'ai rien dit. Plus tard, Jack m'en a remercié. Depuis ce jour, Jack et moi, on ne se quitte plus. Moi, je lui étais reconnaissante de m'avoir donner une bonne excuse et assez de panache pour les remettre à leur place ; et Jack m'était reconnaissant de l'avoir aider à récupérer son bouquin.
Mais tout ça remonte à bien longtemps. Nous sommes maintenant tous les deux au lycée, en série littéraire. Le lycée, on nous l'a imposé. Bien sûr. Ayant passé nos dernières années de collège chez nous, avec des cours à distance, nos parents voulaient nous revoir retourner dans un établissement scolaire pour « nous remettre dans le droit chemin », selon eux. La série littéraire, c'est évidemment Jack qui l'a choisie. Puisque nous n'avions aucune idée de métier, on s'est dit que le général pouvait toujours être une option. Moi je ne savais pas où aller, donc j'ai suivie Jack. Comme pour pas mal de chose d'ailleurs. C'est souvent l'un qui choisi pour les deux. Par exemple, c'est moi qui ai choisi dans quel lycée on irait, et c'est Jack qui a choisi la filière. Mes parents trouvent ça désespérant. Ils essayent toujours de me fourrer avec d'autres ados mais ça ne colle pas. Je suis trop... « différente ». Parce que voyez-vous, nous sommes en 3045. Les Humains ont disparu de la surface de la terre depuis 2045. Nous les avons remplacés. Enfin,les loups-garous les ont remplacés. Moi... je suis une vampire. Je suis seule.
La sonnerie retentit, enfin. Calvaire terminé ! Je range mes affaires à la vitesse de l'éclair, et attends Jack en dehors de la classe. De l'air frais ! Rester deux heure assise, très peu pour moi.
- Alors, Nem, on y va, ou tu comptes rester ici, les yeux fermés ?
J'ouvre un œil, et tire la langue à mon ami.
- T'es si pressé que ça d'aller à la médiathèque ?! Répliquais-je.
Jack ne réponds rien, levant les yeux au ciel. Je lui emboîte le pas, et nous marchons en silence.
Nous passons toutes nos pause du midi à la médiathèque. Au départ, on se mettait dehors, on mangeait nos sandwichs et on rentrait à l'intérieur à attendre la fin de la pause déjeuner. Mais depuis noël, la bibliothécaire nous laisse manger dans la médiathèque. Je crois qu'elle avait pitié de nous, quand on se gelait dehors, en Novembre. Ou c'est qu'elle pensait qu'on était en couple et qu'elle nous trouvais mignon. Elle est fan de roman à l'eau de rose. Bien sûr, elle adore Jack. Ils peuvent parler de livres pendant toute notre pause (c'est à dire, deux heures). Elle est sympa mais je n'arrive pas à l'apprécier. Elle doit avoir seulement cinq ans de plus que nous, mais elle reste hyper possessive avec Jack. Comme si c'était son petit frère. Bien évidemment elle ne m'aime pas. Mais ce n'est pas la seule. Les gens savent que je ne suis pas loup-garou (de toute façon, c'est difficile de faire semblant de ne pas avoir remarqué que je suis trop différente pour être comme eux : peau blanche, yeux en amandes et de couleur rouges ou verts selon mon humeur, cheveux raides et fins coupés en un carré plongeant, de petite taille... on ne peut que me remarquer dans la rue ! À côté de moi, j'ai des loups-garous à la peau mate, les yeux marron et de grande taille...). C'est pour ça que je reste dans mon coin à lire. Ou à faire mes devoirs, au choix. Un jour, Jack m'a demander pourquoi je restait à l'écart quand des gens venaient nous voir. Moi qui pensait que personne ne le remarquait, j'ai été étonné que ce soit lui qui le voit, vu qu'il a toujours la tête plonger dans un livre. Ce jour là, je me suis contentée de baisser la tête, sans répondre. Il a eu l'air fâché mais n'a pas relevé. Peut-être a t-il compris que je ne voulais simplement pas en parler... en tout cas, la discussion n'est jamais revenue.
- Bonjour mon petit pirate ! S'exclama la bibliothécaire en nous voyant entrer. (Bien sûr le « petit pirate », c'est Jack. Des fois, je me demande si elle sait qu'il est accompagné.)
- Bonjour Lucy ! Notre table est libre ?
Elle lui lança un sourire éclatant et répondit tout en replaçant une de ses mèches blondes derrière son oreille.
- Oui, moussaillon ! N'hésite pas à fermer la fenêtre si tu as froid, je l'ai ouverte ce matin pour aérer !
Je me retint de lever les yeux au plafond. Elle risquerait de se fâcher. Jack sentit mon énervement et me pris le bras, jusqu'à la table. Juste avant de s'asseoir, il me souffla à l'oreille :
- Tiens toi tranquille, Nem. Elle est gentille, et elle ne voulait pas te mettre en colère.
- Désolé, mais elle m'agace avec ses surnoms débiles.
- Tu ne peux pas lui en vouloir d'aimer les pirates ! S'indigna t-il.
- C'est pas les pirates qu'elle aime, c'est toi ! Elle fait semblant d'aimer juste pour avoir une raison de te parler ! Répliquais-je, en faisant la moue.
Il leva un sourcil en l'air.
- Tu ne serais pas un tout petit peu jalouse, par hasard ?
Je n'eus pas le temps de répondre. La bibliothécaire revenait déjà, toute souriante, un livre à la main. Pour une fois, ça ne me dérangeais pas qu'elle vienne nous couper dans notre conversation, puisque je n'avais rien à répondre à Jack.
- Regarde ! Un nouveau livre est arrivé ce matin ! Sur les pirates ! Je ne l'ai pas mis en rayon tout de suite, je voulais le lire avec toi d'abord !
Jack oublia soudain notre conversation et regarda le livre avec envie.
- C'est vrai ? Viens donc te joindre à nous alors ! On va le découvrir ensemble !
Elle ne se fit pas prier. S'installant entre Jack et moi, elle posa le livre devant Jack. Celui-ci protesta.
- Mais, vous n'allez rien voir ! Mets le au milieu !
- Au contraire ! Vas-y lis le nous. Tu n'as pas ton pareil pour lire les histoires ! C'est tellement... passionnant.
Elle papillonnait des cils pendant que je bouillonnais à l'intérieur. Elle avait raison, mais la façon dont elle l'avait dit m'énervais. De toute façon, à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, je me retenais pour ne pas montrer ma colère. J'étais un peu jalouse, c'était vrai... Même si je ne l'aurai jamais avoué à Jack.
- Bon, si Nem est ok, je veux bien.
La bibliothécaire me fusilla du regard. Il était clair que si je disais non, je risquais gros. Je fis semblant de ne rien voir et souria à Jack en hochant la tête. Avec une délicatesse non dissimulée, Jack ouvrit le livre. Il se racla la gorge, et commença sa lecture :
« Cette histoire est véridique. Elle se déroule en 1719... »
Jack s'arrêta, les sourcils froncés.
- Pourquoi t'arrêtes-tu ? Demandais-je, étonnée.
- Il... il n'y a pas de suite... ce sont les seuls mots du livre. Me répondit-il en tournant furtivement les pages. En effet, elles étaient vierges.
Ravalant ma fierté, je me tourna vers Lucy et la questionna.
- Tu le savais ?
- Non, c'est étrange, ce matin le livre avait l'air complet, j'ai tourné les pages, pour voir un peu comment il était fait. Et je suis certaine d'avoir vu des écritures sur toutes les pages ! Il y avait même des illustrations !
- Étrange... vraiment très étrange... marmonna Jack.
- Hum...excusez moi ? Je cherche une bibliothécaire, mais je ne sais pas où elle est... pourriez-vous m'aider ? Nous interrompit une voix.
Nous nous retournâmes tous d'un coup. Un homme de taille moyenne se dressait devant nous. Il avait un regard doux, un sourire gêné, et quelques mèches brunes s'échappait de sa capuche. Mais il émanait quelque chose de différent... On le fixa, l'air ébahi, comme s'il venait de rentrer chez nous par intrusion (alors qu'il avait tout à fait le droit d'être ici). Lucy fut la première à réagir, et se leva en riant :
- Je suis désolée, c'est moi la bibliothécaire ! J'ai plutôt l'habitude d'être par ici le midi, puisqu'il y a moins de monde ! Que puis-je faire pour vous ?
Elle s'éloigna, suivi de l'homme.
- Lui, il est pas normal. Chuchotais-je à mon ami.
- Tu crois ? Il m'avait l'air plutôt normal, au contraire.
- Je te jure, il dégage quelque chose de différent de nous.
Jack fronça les sourcils. Il connaissait l'existence de mes« intuitions », qui se révélaient être souvent justes.
- Et tu penses qu'il est quoi, exactement ? Un voleur ? Me questionna t-il.
- Non, pas quoi mais qui. Je n'en suis pas certaine à cent pour cent, mais j'ai comme l'impression que ce n'est ni un loup-garou, ni un vampire.
- Alors, quoi ?
- Un Humain ? Proposais-je.
Les yeux de Jack doublèrent de volume. Je voyais bien qu'il se retenait de sourire.
- Quoi ? Sérieux ? Un vrai de vrai ? Un Humain ? Me chuchota t-il.
J'hochai la tête.
- Et il va bientôt se faire croquer, si quelqu'un découvre la vérité. Ajoutais-je.
- Je ne crois pas.
Étonnée, je me tourna vers mon ami.
- Comment ça ?
- Eh bien, déjà, pour venir ici, il a sûrement dû rencontrer quelques loups-garous. Et pourtant, le voilà. Qui sait ? Ça se trouve, cela fait longtemps qu'il vit par ici !
Je fais la moue. Comment cela aurait-il pu être possible ? Un Humain parmi tous ces loups-garous ? Franchement, j'avais dû mal à y croire.
- Écoute, de nous trois, tu es la seule qui est découvert que quelque chose clochait chez cet homme. Je ne sais pas si mon hypothèse est juste, mais il n'y a peut-être que les vampires qui peuvent découvrir l'identité d'une personne. Du moins, ce qu'elle est ou qui elle est. Et en sachant, qu'à notre connaissance tu es la seule vampire parmi nous, il est normal que personne ne se soit soucié de cet homme avant toi.
J'étais d'accord avec Jack. N'empêche que ça n'expliquait pas ce que faisait cet Humain ici.
- On fait quoi alors ? On ne va tout de même pas le laisser repartir, au risque que quelqu'un découvre sa réelle identité !
- On le retrouve et tu lui arraches les vers du nez ? Proposa Jack avec un sourire.
- Très drôle. Je ne lui arracherais pas les vers du nez. Mais je veux bien qu'on essaye de le retrouver et de lui parler pacifiquement. Okay ? Dis-je en insistant bien sur le mot pacifiquement.
- Okay, Vampire. Je te suis.
Je me levai et détecta l'odeur de son sang dans la plupart des rayons de la médiathèque. J'en informa Jack.
- Je crois que ça va être plus compliqué que prévu... son odeur est à peu près partout. Il a dû se promener un bon moment avant de nous trouver.
- Changement de plan, alors. Toi tu sens son sang, mais moi je sens son odeur générale. Elle est plus forte là où il est passé récemment. Suis moi.
Il regarda les deux adolescents passer devant lui, sans le reconnaître. Quelle bande d'imbéciles. Il finit sa cigarette, l'écrasa par terre et entra par la fenêtre encore ouverte de la médiathèque. Sans un bruit, il s'accrocha au rayon de livres, et descendit doucement, agile comme un chat. Une fois à terre, il se dirigea vers la table, qu'avait occupé les deux adolescents et la bibliothécaire quelques instants plus tôt. Le Livre était encore là.
Ils L'ont complètement oublié dès que je suis arrivé... c'est trop facile !
Un sourire se dessina sur ses lèvres. Ces gosses semblaient beaucoup moins dangereux qu'il le croyait...
•••
- J'ai perdu sa trace...
Jack fulminait autant que moi. Cet Humain avait l'air bien plus intelligent qu'ils ne l'auraient cru. Je sentais son sang partout dans la rue. Impossible de savoir où il avait filé.
- Il sait à qui il avait à faire, Jack. Je suis certaine qu'il a fait exprès de se promener partout pour que je ne puisse pas le retrouver.
- Et il a dû changer de vêtements et de parfum, pour que je ne le retrouve pas non plus. Ajouta Jack.
- Sûrement.
La cloche de l'église sonna treize heure. On devait retourner en cours. Mais en un seul regard échangé, Jack et moi étions d'accord sur le fait que nous n'y retournerions pas cette après-midi. On allait se prendre un avertissement, des heures de colles et des parents énervés en bonus, mais il fallait que l'on retrouve ce bonhomme. Quelque chose me disais que c'était important et Jack avait compris l'urgence. C'était le principal.
- Bon, on l'a perdu. On fait comment ? Demande Jack, me sortant ainsi de mes pensées.
- On retourne à la médiathèque chercher le bouquin que Lucy nous à montrer. J'ai l'impression que cet homme et le livre sont liés. Ces deux curieux événements ne se sont pas produits par hasard presque en même temps pour rien. L'homme en sait plus qu'il ne le montre, c´est certain.
- Ok, on y va.
Nous nous étions bien plus éloignés de la médiathèque que je ne l'aurais cru. Après quinze bonnes minutes de course effrénée dans la rue, nous étions de retour. En entrant, un silence pesant nous accueilli.
- Où est Lucy ?
La bibliothécaire, toujours présente à l'accueil, avait mystérieusement disparu.
- Et la dernière fois qu'on la vue, c'était lorsque l'homme voulait lui demander des renseignements... remarquais-je.
- Et ils ont disparu tout les deux... continua Jack. C'est louche. Tu as eu raison, on a bien fait de revenir ici, il se trame quelque chose.
J'acquiesçai.
- Cherche Lucy. Je m'occupe du livre. Ordonnais-je.
On partit chacun de notre côté. Arrivée à notre table que l'on occupe chaque midi, je sentis que quelque chose n'allait pas... le livre avait disparu ! Et l'odeur de l'homme était toujours présente. Anormal. Si l'homme était parti avec Lucy et était sorti par la porte, son odeur n'aurait pas été aussi forte. Sauf s'il était revenu... voler le livre. Levant les yeux, je vis que la fenêtre était toujours ouverte. Je m'approchai et examinai les bords. Il y avait des traces de doigts, discrètes certes, mais pas dissimulables pour un vampire. Notre voleur avait dû sortir de la médiathèque et attendre que l'on s'en aille pour pouvoir faire demi-tour et prendre le livre. Mais pourquoi passer par la fenêtre ? C'était insensé !
- À moins que Lucy était à l'accueil et qu'il ne voulait pas se faire voir... marmonnais-je.
- Tu as tout compris ma jolie !
Je n'eus pas le temps de faire un geste qu'un voile noir s'abattit devant mes yeux et une vive douleur à la tête me fit perdre connaissance.
•••
Il avait laissé Nem y aller toute seule, mais il aurait préféré qu'ils restent ensemble. Il avait failli protester mais il savait qu'elle était forte, et que c'était les autres qui devaient avoir peur d'elle, et non l'inverse. Pourtant, en passant la porte qui menait à la salle à manger de la médiathèque réservée au personnel, il regretta sa décision. Il devait se dépêcher pour la rejoindre au plus vite.
- Lucy ? T'es là ? C'est Jack ! Appela t-il en ouvrant toutes les portes des bureaux.
Mais pourquoi fallait-il qu'elle soit la seule à diriger la médiathèque le midi ? Ça ne l'avait jamais autant embêter. D'habitude, il aimait bien qu'ils soient un peu seuls au monde. Mais là, avoir des personnes qui connaissait Lucy, pouvait être utile. Où pouvait-elle être ? Disparaître comme ça ne lui ressemblait absolument pas. Bien sûr, le fait que l'Humain soit le dernier à l'avoir vu (a priori) n'arrangeait en rien la situation. Et s'il l'avait kidnappée ? Ou pire, tuer ? Il redoubla d'effort pour trouver la jeune fille.
- Alors, mon grand, on cherche sa copine ?
Jack se retourna, stupéfait d'entendre la voix de l'Humain.
- Vous ?! Ici ?!
- Eh oui, moi, ici. Ne prends pas cet air là, voyons...
- Qu'avez vous fait de Lucy ?!
Un mauvais sourire s'échappa de l'Humain.
- La bibliothécaire ? Oh... rien de bien méchant. Disons qu'elle est aux pays des rêves en ce moment.
- Dites moi où vous l'avez séquestré ! Sinon vous risquez gros... menaça Jack.
L'Humain n'avait aucune chance de le battre, il était trop faible. Son interlocuteur ne répondit rien. Jack tenta une autre approche.
- C'est vous qui avez volé le livre, n'est-ce pas ?
- Qui te dit que je l'ai volé ? Répliqua t-il, un sourcil en l'air.
- Nem n'aurait pas été chercher le livre si elle savait que vous n'auriez pas eu l'intention de le prendre.
- Nem ? La petite vampire ?
- Elle même. Et vous n'avez aucune chance contre elle.
- Tu es sûr de toi ? Demanda l'Humain.
La confiance de Jack chancela. L'Humain n'avait absolument pas l'air apeuré. Pourtant il savait que Nem était une vampire. Il devait donc être au courant qu'elle avait des capacités physique hors du commun. Même un loup-garou ne faisait pas le poids... alors un humain...
- Dis moi, jeune homme... tu n'as pas l'impression d'être un peu seul ? Relança l'Humain, une pointe de sarcasme dans la voix.
- Nem va arriver, vous verrez ! Riposta Jack, avec véhémence, pendant que l'Humain riait aux éclats.
- Tu as vraiment une foi sans borne envers elle ! Tu l'as crois invincible, n'est-ce pas ?
Jack sursauta. C'est exactement ce à quoi il venait de songer. Cet homme ne lui dit rien qui vaille, et plus il lui parlait, plus il avait cette étrange impression qu'il n'avait rien d'un Humain.
- En effet, je n'ai rien d'un Humain... puisque je suis un magicien !
Ce fut la dernière phrase que Jack entendit, avant de sombrer...