Dans ma première vie, j'étais Camille Dubois, une marionnette entre les mains de mes parents adoptifs, Paul et Hélène.
Ils m'ont forcée à épouser Antoine Lefevre, l'héritier charismatique, pour sauver leurs affaires.
Mais la nuit de noces, il m'a livrée à ses amis, me jetant aux chiens avec le sourire, sous les yeux cruels de cette vipère de Sophie Martin.
Humiliée, trahie, je suis rentrée dans ma prison dorée, portant l'enfant de mon bourreau, avant de mourir seule et dans le sang.
Puis, une lumière. Je me suis réveillée. De retour. Assise sur le vieux canapé, le jour où Paul et Hélène sont venus négocier mon mariage.
Cette fois, la marionnette avait des fils de fer.
Face à leur faux sourire et l'arrogance d'Antoine, un seul mot est sorti de ma bouche, clair et ferme : « Non. »
Leur stupéfaction était douce. Je n'étais plus la proie naïve, j'étais revenue de l'enfer avec une soif de justice.
Ils ont crié, menacé, Paul a hurlé que j'étais folle de gâcher ma chance et de nier ma "famille". Qu'est-ce que la famille pour ceux qui sacrifient leur fille ?
J'ai vu défiler le passé : le rire d'Antoine, la trahison de Sophie, la solitude, la douleur de l'accouchement... et la haine.
"Je n'épouserai pas Antoine Lefevre," ai-je répété, "je ne serai pas une marchandise."
Mais ils avaient besoin d'une alliance Lefevre. Alors, j'ai souri. "J'épouserai bien un Lefevre. Mais ce sera Nicolas."
Nicolas, l'oncle "handicapé", le reclus. Mon seul espoir. Mon plan était audacieux, inattendu. Cette fois, je serais la joueuse.
La famille Dubois traversait une crise financière grave, une tempête silencieuse qui menaçait de tout emporter sur son passage. Mon père adoptif, Paul Dubois, un homme dont le visage était habituellement un masque de contrôle et d'autorité, laissait désormais transparaître des fissures d'inquiétude. Ses affaires périclitaient, et avec elles, le train de vie luxueux et la réputation que ma mère adoptive, Hélène, chérissait plus que tout. La solution, ils l'avaient trouvée, non pas dans une stratégie d'entreprise, mais dans un sacrifice humain, le mien.
L'union avec la famille Lefevre, l'une des plus riches et influentes de la ville, était leur seule porte de sortie, et j'étais la clé. Antoine Lefevre, l'héritier charismatique, était mon fiancé. Je l'aimais, ou du moins, je croyais l'aimer. J'étais aveugle, une marionnette naïve dans leurs mains, et je ne voyais pas le fil de la cupidité qui tirait mes membres.
Cette vie, je l'avais déjà vécue. Et elle s'était terminée dans le sang et la trahison.
La mémoire de ma première vie était une blessure ouverte, une douleur si vive qu'elle me coupait le souffle même dans ce nouveau départ. Le souvenir de ma nuit de noces avec Antoine était gravé dans ma chair. Il ne m'avait pas emmenée dans notre suite nuptiale, mais dans une chambre d'hôtel sordide, où ses amis attendaient, leurs yeux brillants de convoitise et de cruauté.
« Amusez-vous bien avec elle », avait-il dit, son sourire charismatique transformé en un rictus monstrueux. « C'est juste la fille adoptive des Dubois, un pion pour obtenir leur argent. Elle ne vaut rien. »
Ces mots, je les entendais encore résonner dans le silence de mes nuits.
Sophie Martin, mon amie d'enfance supposée, l'amante secrète d'Antoine, était là aussi. Elle se tenait à ses côtés, son visage rayonnant d'une joie mauvaise, savourant mon humiliation. Elle m'a attrapée par les cheveux, me forçant à regarder Antoine l'embrasser passionnément.
« Tu vois, Camille ? » avait-elle murmuré à mon oreille, son souffle empoisonné. « Tu n'as jamais été à sa hauteur. Tu n'es qu'une Cendrillon sortie de la boue, et c'est là que tu vas retourner. »
Antoine riait.
« Elle a raison. Tu croyais vraiment que j'allais épouser une fille comme toi pour de vrai ? Mon cœur a toujours appartenu à Sophie. Toi, tu n'étais qu'un outil, un contrat. Et maintenant, le contrat est rempli. Tu n'as plus aucune valeur. »
La douleur de la trahison était pire que la violence physique qui a suivi. Ils m'ont laissée là, brisée, souillée, mon corps et mon esprit en lambeaux. Le lendemain, la nouvelle de ma « conduite honteuse » s'était répandue comme une traînée de poudre. Antoine et Sophie avaient tout orchestré, me peignant comme une femme infidèle et dépravée qui avait fui ses responsabilités. Mes parents adoptifs, Paul et Hélène, soucieux de leur réputation et de leur alliance avec les Lefevre, n'ont pas cherché à connaître la vérité. Ils m'ont crue coupable.
Ils m'ont enfermée, cachée aux yeux du monde comme une honte familiale. C'est dans cette prison dorée que j'ai découvert que j'étais enceinte. L'enfant d'Antoine, le fruit de cette nuit de cauchemar. J'ai cru, stupidement, que cet enfant pourrait tout changer, qu'il pourrait ramener un semblant d'humanité chez mon père adoptif. Je me trompais.
« Un bâtard », avait sifflé Hélène avec dégoût. « Tu oses porter le bâtard de ton amant et souiller le nom des Dubois ? »
Paul n'avait rien dit, son silence était une condamnation plus lourde que n'importe quelle parole. Ils m'ont laissée seule, pourrissant dans ma chambre, avec pour seule compagnie la croissance de cette vie non désirée en moi. La solitude était une torture lente, un poison qui s'infiltrait dans mes veines jour après jour. Personne ne venait me voir, personne ne me parlait. J'étais un fantôme dans ma propre maison.
Le jour de l'accouchement est arrivé. Seule, sans aide, dans la froideur de ma chambre. La douleur était insupportable, un feu qui consumait mon corps. J'ai crié, j'ai supplié, mais personne n'est venu. Je me suis vidée de mon sang sur les draps de soie, mes forces m'abandonnant peu à peu. Mon dernier souffle a été un murmure, le nom de mon enfant que je n'ai jamais pu tenir dans mes bras. Puis, l'obscurité. Une obscurité totale, froide, définitive.
Et soudain, une lumière aveuglante. Une voix.
« Camille, tu nous écoutes ? Monsieur et Madame Dubois sont ici pour discuter des détails de ton mariage avec Antoine. »
J'ai ouvert les yeux. J'étais assise sur le canapé en velours du modeste salon de ma famille biologique. Devant moi, Paul et Hélène Dubois me souriaient, leurs visages empreints de cette fausse bienveillance que je connaissais si bien. C'était le jour. Le jour où tout avait commencé. Le jour où ils étaient venus me chercher, me promettant un avenir radieux, un avenir qui s'était terminé en enfer.
J'étais revenue. J'avais une seconde chance. Et cette fois, je n'allais pas être le pion. J'allais être la joueuse.
Le choc de la résurrection était une vague glaciale qui a parcouru tout mon corps, figeant mes muscles et arrêtant ma respiration. Le tissu rugueux du vieux canapé sous mes doigts, l'odeur de thé bon marché flottant dans l'air, le sourire condescendant d'Hélène Dubois, tout était exactement comme dans mon souvenir. C'était réel. J'étais vivante, et j'étais revenue au point de départ.
Mon père biologique, un homme simple et usé par le travail, hochait la tête avec un sourire plein d'espoir, tandis que ma mère biologique essuyait discrètement une larme. Pour eux, c'était un conte de fées, leur fille épousant un prince. Pour moi, c'était la première scène d'une tragédie que j'avais déjà jouée jusqu'à son dénouement sanglant.
Paul Dubois a pris la parole, sa voix posée et pleine d'une autorité calculée.
« Camille, nous sommes ici aujourd'hui pour formaliser ton union avec Antoine. La famille Lefevre est très enthousiaste, et ce mariage sera bénéfique pour tout le monde. Il assurera ton avenir et, bien sûr, renforcera les liens entre nos familles. »
Dans ma vie passée, j'avais hoché la tête timidement, le cœur battant de gratitude et d'excitation. J'étais une idiote amoureuse, incapable de voir le calcul froid derrière ses paroles. Mais la Camille d'aujourd'hui n'était plus cette jeune fille naïve. La Camille d'aujourd'hui avait connu l'enfer.
J'ai levé les yeux, mon regard croisant celui de Paul. J'ai laissé un silence s'installer, un silence si lourd qu'il a effacé les sourires de leurs visages.
« Non. »
Le mot est sorti de ma bouche, clair, ferme, sans aucune hésitation. Un simple mot, mais il a eu l'effet d'une bombe dans le petit salon.
Ma mère biologique a sursauté. Mon père biologique a froncé les sourcils, confus. Hélène a laissé tomber son masque de bienveillance, révélant une expression d'irritation.
« Pardon ? » a-t-elle demandé, sa voix devenant soudainement plus aiguë. « Qu'est-ce que tu viens de dire ? »
Paul m'a regardé fixement, ses yeux se plissant. Il n'était pas habitué à ce qu'on lui résiste, surtout pas de ma part.
« Camille, ce n'est pas le moment de plaisanter. C'est une affaire sérieuse. »
« Je ne plaisante pas », ai-je répondu calmement, ma voix ne tremblant pas. « Je ne vais pas épouser Antoine Lefevre. »
Le silence est revenu, encore plus tendu cette fois. On pouvait entendre le tic-tac de la vieille horloge sur le mur, chaque seconde semblant étirer la tension à son point de rupture. Mes parents biologiques me regardaient avec des yeux ronds, choqués et effrayés par mon audace. Ils craignaient la colère des Dubois.
« Camille, tu es folle ? » s'est exclamée Hélène, se levant à moitié de sa chaise. « Sais-tu quelle chance tu es en train de gâcher ? Sais-tu ce que les gens diraient ? »
Paul a levé une main pour la calmer, mais son regard sur moi était devenu dur comme de la pierre.
« Explique-toi, Camille. Pourquoi ce changement soudain ? Hier encore, tu étais aux anges. »
Comment pouvais-je leur expliquer ? Comment pouvais-je leur dire que leur précieux futur gendre était un monstre qui m'avait livrée à ses amis, que leur alliance était bâtie sur ma destruction ? Comment pouvais-je leur parler de ma mort et de ma résurrection ? Ils me prendraient pour une folle.
Des images de ma vie passée ont défilé devant mes yeux, une succession de flashs douloureux. Le rire cruel d'Antoine, le regard triomphant de Sophie, la porte de ma chambre se fermant à clé, la douleur insoutenable de l'accouchement, le froid envahissant mon corps. La haine, une haine pure et glaciale, a monté en moi, me donnant la force de leur tenir tête.
Je me suis levée, faisant face à Paul et Hélène.
« Je n'ai pas besoin de me justifier. Ma décision est prise. »
« Tu n'as pas à prendre de décision ! » a crié Paul, perdant son sang-froid pour la première fois. « Nous t'avons sortie de ce taudis, nous t'avons donné une éducation, une vie que tu n'aurais jamais pu imaginer ! Tu nous dois bien ça ! C'est ton devoir de nous obéir et d'épouser Antoine pour le bien de la famille ! »
Le mot « famille » a résonné amèrement à mes oreilles. Quelle famille sacrifie sa propre fille pour de l'argent ?
« Le bien de la famille ? » ai-je répété, un sourire sans joie se dessinant sur mes lèvres. « Vous voulez dire le bien de vos finances. Vous ne vous souciez pas de mon bonheur, vous ne vous êtes jamais souciés de moi. J'étais un investissement, et aujourd'hui vous voulez encaisser les bénéfices. »
J'ai vu la surprise et la colère sur leurs visages. Ils n'avaient jamais entendu de tels mots sortir de ma bouche. L'ancienne Camille n'aurait jamais osé.
« Ce mariage avec Antoine », ai-je continué, ma voix se chargeant de tout le mépris que je ressentais, « est une transaction commerciale déguisée en conte de fées. Et je refuse d'être la marchandise. Alors non, je n'épouserai pas Antoine Lefevre. Jamais. »