Dorothy Lent se tenait devant la fenêtre sale de sa chambre à l'hôpital psychiatrique, observant le soleil se lever sur un nouveau jour. Le bâtiment délabré semblait étouffer la lumière naturelle, et l'air de la pièce était lourd, chargé d'une odeur de désinfectant et de médicaments. Elle soupira, résignée à une autre journée monotone et sans espoir. Quatre ans. Quatre ans passés dans cet enfer, internée pour des raisons qu'elle connaissait maintenant comme étant des mensonges orchestrés par sa propre famille.
Dorothy passa une main lasse dans ses cheveux courts, coupés sans soin par les infirmières de l'hôpital. Elle se souvenait encore de ses longues mèches soyeuses d'autrefois, et de la façon dont elles dansaient autour de son visage lorsqu'elle riait. Cette personne semblait être une étrangère, une image floue dans un miroir brisé.
Son regard se perdit dans le vide tandis qu'elle réfléchissait à la nuit qui avait changé sa vie. Une nuit où elle avait été dupée par sa sœur Diane et leur mère. Elles l'avaient poussée dans les bras d'un inconnu, une nuit de passion volée qui avait abouti à une grossesse. Mais ce n'était que le début de son cauchemar. Près de neuf mois plus tard, alors qu'elle pensait donner naissance à son enfant, elle avait été informée que le bébé était mort-né. Une fausse couche, disaient-ils. Mais les doutes ne l'avaient jamais quittée. Pourquoi ce sentiment persistant qu'on lui mentait ?
Ses pensées furent interrompues par le bruit sec de la serrure. La porte de sa chambre s'ouvrit, laissant entrer sa mère, Margaret Lent, suivie de près par Diane. Leur présence, toujours impeccablement présentées et arrogantes, contrastait violemment avec la décrépitude de l'endroit.
« Dorothy », dit Margaret d'un ton sec, « nous avons quelque chose à te dire. »
Dorothy se tourna lentement vers elles, ses yeux brillant d'une lueur de défi. « Qu'est-ce que vous faites ici ? »
Diane prit la parole, un sourire glacial sur les lèvres. « Nous avons trouvé une solution à ta situation, Dorothy. Tu vas sortir d'ici. »
Un éclat d'espoir traversa les yeux de Dorothy, mais elle le réprima rapidement. « Pourquoi maintenant ? Pourquoi après tout ce temps ? »
Margaret soupira avec exaspération. « Parce que Diane va se marier. »
« Se marier ? » La surprise était évidente dans la voix de Dorothy. « Avec qui ? »
« Tu te souviens de la famille Donte ? » demanda Margaret.
Dorothy hocha la tête. Les Donte étaient l'une des familles les plus riches et les plus influentes de la ville. « Oui, bien sûr. Mais qu'est-ce que cela a à voir avec moi ? »
Diane éclata de rire. « Tu vas prendre ma place, Dorothy. Tu vas épouser Carlos Donte. »
Le silence qui suivit fut palpable. Dorothy ne pouvait pas croire ce qu'elle entendait. « Quoi ? Vous voulez que j'épouse quelqu'un à votre place ? »
Margaret s'avança, son regard perçant fixé sur Dorothy. « Carlos Donte est gravement malade. Il n'a plus longtemps à vivre, et il est désespéré. C'est une opportunité en or pour nous, mais je ne peux pas laisser Diane gâcher sa vie pour cela. Toi, en revanche... »
« Moi, quoi ? » Dorothy serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans sa paume. « Vous pensez que je ne vaux rien, n'est-ce pas ? Que je suis juste un pion à utiliser à votre convenance ? »
Margaret soupira. « Dorothy, tu devrais être reconnaissante. Nous te donnons une chance de sortir d'ici, de te marier dans une famille prestigieuse. C'est plus que ce que tu mérites après ce que tu as fait. »
La rage bouillonnait en Dorothy. « Après ce que j'ai fait ? Vous m'avez trahie, vous m'avez menti et vous m'avez enfermée ici ! »
« Tu étais instable, Dorothy », répondit Diane avec un sourire condescendant. « Nous avons fait ce qui était nécessaire pour protéger la famille. »
Dorothy prit une profonde inspiration, essayant de calmer la tempête en elle. « Et qu'est-ce qui se passera si je refuse ? »
Margaret plissa les yeux. « Si tu refuses, tu restes ici pour le reste de tes jours. C'est aussi simple que cela. »
Dorothy resta silencieuse pendant un moment, ses pensées tourbillonnant. Elle avait toujours su que sa famille la considérait comme un fardeau, mais entendre leurs mots cruels confirmés était un coup dur. Pourtant, elle savait que cette proposition, aussi tordue soit-elle, était une opportunité. Une opportunité de sortir d'ici, de se venger, et de récupérer ce qu'on lui avait pris.
« Très bien », dit-elle enfin, sa voix ferme. « Je vais épouser Carlos Donte. Mais ne vous méprenez pas, ce n'est pas pour vous. C'est pour moi. »
Un sourire triomphant se dessina sur le visage de Diane. « Excellent. Nous te ferons sortir d'ici demain. »
Alors qu'elles tournaient les talons pour partir, Dorothy les regarda s'éloigner, une détermination froide se cristallisant en elle. Elles pensaient l'utiliser encore une fois, mais cette fois-ci, elle serait celle qui tirerait les ficelles. Elle se vengerait, et elles regretteraient amèrement de l'avoir sous-estimée.
Le lendemain matin, Dorothy fut libérée de l'hôpital psychiatrique. Elle quitta l'établissement avec un sac en toile contenant ses quelques affaires. Margaret et Diane l'attendaient dans une voiture luxueuse, prêtes à l'emmener dans ce qui serait sa nouvelle prison. Mais pour Dorothy, c'était le début d'un nouveau chapitre, un chapitre où elle écrirait sa propre histoire.
Assise à l'arrière de la voiture, Dorothy observa les rues défiler, ses pensées tournées vers Carlos Donte. Elle avait entendu parler de lui, bien sûr. Connu pour sa laideur et sa maladie incurable, il était souvent considéré comme un reclus par la société. Mais Dorothy savait que les apparences pouvaient être trompeuses. Si elle avait appris quelque chose de ses années de captivité, c'était bien cela.
« Nous y sommes », annonça Margaret alors que la voiture s'arrêtait devant une somptueuse demeure.
Dorothy descendit de la voiture, levant les yeux vers la maison imposante. Elle inspira profondément, ses doigts se crispant autour de la poignée de son sac. C'était ici que tout allait commencer. Elle suivit Margaret et Diane jusqu'à l'entrée, ses talons claquant contre le sol en marbre.
Un majordome les accueillit, les guidant à travers les couloirs opulents jusqu'à un grand salon où Carlos Donte les attendait. Dorothy fut surprise de voir un homme plus jeune qu'elle ne l'avait imaginé. Bien qu'affaibli par la maladie, il dégageait une certaine aura de force et de résilience.
« Carlos, voici Dorothy », dit Margaret avec un sourire forcé.
Carlos leva les yeux vers elle, ses traits marqués par la douleur mais aussi par une curiosité intense. « Dorothy. C'est un plaisir de vous rencontrer. »
Dorothy s'avança, tendant la main. « Le plaisir est partagé, Carlos. »
Ils se regardèrent un moment, chacun évaluant l'autre. Dorothy savait que ce mariage serait difficile, mais elle voyait en Carlos un allié potentiel, quelqu'un qui pourrait comprendre ses propres souffrances.
« Je sais que cette situation est inhabituelle », commença Carlos, sa voix rauque. « Mais je suis reconnaissant que vous soyez ici. »
Dorothy hocha la tête. « Nous avons tous les deux été poussés dans cette situation. Mais je crois que nous pouvons en tirer quelque chose de positif. »
Carlos esquissa un léger sourire. « Je l'espère. »
Les jours qui suivirent furent un tourbillon de préparatifs. Dorothy et Carlos passèrent beaucoup de temps ensemble, apprenant à se connaître. Malgré ses réticences initiales, Dorothy se rendit compte que Carlos était un homme bon, piégé par les attentes de sa famille tout comme elle. Ils partageaient des moments de sincérité et de vulnérabilité, créant lentement un lien fragile mais réel.
La veille de leur mariage, Dorothy se tenait devant le miroir de sa chambre, observant sa réflexion. La robe de mariée qu'elle portait était magnifique, mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir comme un agneau sacrificiel. Cependant, elle se rappela ses propres paroles : ce mariage n'était pas pour sa famille, mais pour elle. Pour sa liberté, pour sa vengeance, et pour son avenir.
Elle prit une profonde inspiration et se dirigea vers la porte. À partir de demain, elle serait Dorothy Donte. Et elle était déterminée à faire en sorte que ce nom signifie quelque chose de puissant et d'inflexible.
Le jour du mariage, le manoir des Donte était décoré de fleurs et de lumières scintillantes. Les invités affluent, curieux de voir la femme qui avait accepté d'épouser Carlos. Dorothy se tenait à l'entrée, son cœur battant à tout rompre. Elle vit Carlos de l'autre côté de la pièce, vêtu d'un costume élégant, mais
Visiblement épuisé.
Alors qu'elle s'avançait vers lui, elle sentit un mélange de peur et de détermination. Ce mariage était le début de sa nouvelle vie, et elle était prête à affronter tous les défis qui se présenteraient. En croisant le regard de Carlos, elle vit la même résolution dans ses yeux.
Ils échangèrent leurs vœux sous les regards attentifs de leurs familles et amis. Chaque mot prononcé résonnait comme une promesse non seulement de survie, mais de revanche et de renouveau. Quand Carlos glissa l'anneau à son doigt, Dorothy sentit un poids se libérer de ses épaules. Elle était libre, du moins en partie.
Cette nuit-là, alors qu'ils se retrouvaient seuls dans leur chambre nuptiale, Dorothy et Carlos parlèrent longuement. Ils partagèrent leurs espoirs, leurs peurs, et leurs plans pour l'avenir. Pour la première fois depuis des années, Dorothy se sentait comprise et acceptée.
« Nous sommes dans ce bateau ensemble », murmura Carlos en lui prenant la main. « Peu importe ce que les autres pensent, nous avons le pouvoir de changer notre destin. »
Dorothy serra sa main en retour, sentant une chaleur réconfortante se propager en elle. « Oui, Carlos. Ensemble, nous sommes plus forts. »
Ainsi commença leur nouvelle vie, pleine de défis et de promesses. Dorothy savait que la route serait longue et difficile, mais elle était prête. Avec Carlos à ses côtés, elle avait enfin trouvé une lueur d'espoir dans les ténèbres. Et elle était déterminée à saisir cette chance, à se venger de ceux qui l'avaient trahie, et à construire un avenir digne de son nom.
Les souvenirs de Dorothy tourbillonnaient dans son esprit alors qu'elle se préparait pour sa première rencontre officielle avec Carlos Donte. Elle se tenait devant un miroir orné d'or, dans une chambre somptueuse qui contrastait violemment avec les murs ternes de l'hôpital psychiatrique qu'elle venait de quitter. Chaque détail de cette pièce lui rappelait qu'elle n'était plus prisonnière de sa famille, mais une pièce maîtresse dans un jeu de pouvoir.
Elle se rappelait encore parfaitement le jour où tout avait changé. C'était une soirée d'été, chaude et étouffante, qui semblait presque prophétique du cauchemar qui allait suivre.
#### Flashback
Dorothy était rentrée chez elle après une longue journée de travail à la clinique où elle exerçait comme interne. Fatiguée mais satisfaite de ses progrès, elle se dirigea vers la cuisine, espérant trouver quelque chose de rapide à manger. Diane était là, assise à la table, l'air préoccupé. Leur mère, Margaret, était également présente, un regard mystérieux dans les yeux.
« Dorothy, assieds-toi, nous devons parler, » dit Margaret d'un ton qu'elle ne pouvait ignorer.
Intriguée, Dorothy prit place. « Qu'est-ce qu'il se passe ? »
« Nous avons une opportunité pour toi, » commença Diane avec un sourire faux.
Dorothy fronça les sourcils. « Quel genre d'opportunité ? »
« Un homme influent a manifesté un intérêt pour toi, » répondit Margaret. « Il pense que tu pourrais être une bonne épouse. »
Dorothy éclata de rire. « Une bonne épouse ? Vous plaisantez, j'espère. »
Diane prit la main de Dorothy, une expression de fausse inquiétude sur son visage. « S'il te plaît, écoute-nous. C'est une chance pour toi de sortir de cette vie ordinaire et de faire quelque chose de grand. »
Margaret hocha la tête. « C'est une opportunité que tu ne peux pas refuser, Dorothy. Tu dois rencontrer cet homme ce soir. »
Confuse et un peu méfiante, Dorothy accepta. Elle était curieuse de voir ce que sa famille avait concocté cette fois-ci. Mais rien ne l'avait préparée à ce qui allait suivre.
Le rendez-vous fut un désastre orchestré. L'homme en question, visiblement payé par sa famille, l'attira dans un piège. Une nuit de passion forcée, un acte sordide de manipulation et de trahison. Dorothy se réveilla seule le lendemain matin, la réalité de ce qui s'était passé s'écrasant sur elle comme une vague froide.
Quelques semaines plus tard, elle découvrit qu'elle était enceinte. La joie initiale fut rapidement ternie par la peur et la confusion. Sa famille ne montra aucun soutien, bien au contraire. Margaret et Diane la traitèrent avec un mépris calculé, la rabaissant à chaque occasion. Lorsqu'elle se rendit à l'hôpital pour accoucher, elle ne se doutait pas que ce serait la dernière fois qu'elle verrait son bébé. Les médecins lui annoncèrent qu'elle avait fait une fausse couche et que l'enfant était mort-né. Abattue, elle rentra chez elle, seulement pour être internée peu de temps après dans un hôpital psychiatrique sous prétexte de troubles mentaux.
#### Retour au présent
Dorothy revint à la réalité en sentant une main douce se poser sur son épaule. C'était une domestique, venue l'aider à ajuster sa robe.
« Vous êtes magnifique, mademoiselle Dorothy, » dit-elle avec un sourire sincère.
« Merci, » répondit Dorothy, appréciant la gentillesse dans un océan de manipulation et de mensonges.
Elle se regarda une dernière fois dans le miroir, ajustant les derniers détails de sa robe. Sa mère et Diane l'attendaient déjà dans le grand hall, prêtes à la conduire à son nouveau destin. Dorothy descendit les escaliers avec une grâce naturelle, malgré le tourbillon de pensées et d'émotions qui la submergeait.
« Tu es ravissante, » dit Margaret d'un ton qui se voulait chaleureux mais sonnait creux.
Diane hocha la tête, un sourire froid sur les lèvres. « Carlos sera impressionné. »
Dorothy les regarda, ses yeux flamboyant de détermination. « Je ne fais pas cela pour vous. Je le fais pour moi. Souvenez-vous en. »
Elles échangèrent un regard, quelque peu déstabilisées par la fermeté dans la voix de Dorothy, mais ne dirent rien. Elles montèrent toutes dans la voiture qui les attendait, conduites par un chauffeur silencieux. Le trajet se fit dans un silence tendu, chaque kilomètre les rapprochant de la demeure des Donte et du futur incertain de Dorothy.
En arrivant devant le manoir des Donte, Dorothy sentit une boule se former dans son estomac. Elle inspira profondément, rappelant à elle-même que c'était une chance de reprendre le contrôle de sa vie. Margaret et Diane la conduisirent à l'intérieur, où elles furent accueillies par le majordome qui les mena directement à Carlos.
Carlos Donte se tenait debout près de la cheminée, une silhouette imposante malgré sa condition physique affaiblie. Dorothy remarqua immédiatement les signes de sa maladie – la pâleur de son visage, la maigreur de son corps – mais aussi la détermination et l'intelligence dans ses yeux.
« Bienvenue, Dorothy, » dit-il en avançant pour lui serrer la main. « Je suis heureux de vous rencontrer. »
« Moi de même, » répondit Dorothy avec un sourire poli, bien que son cœur batte la chamade.
Ils s'assirent tous, un silence étrange s'installant avant que Margaret ne prenne la parole.
« Nous sommes ici pour discuter des arrangements, » dit-elle. « Dorothy est prête à honorer notre accord. »
Carlos hocha la tête. « Très bien. Je pense qu'il est important que Dorothy et moi ayons une conversation en privé. Après tout, nous serons bientôt mariés. »
Margaret hésita un instant, mais acquiesça finalement. « Bien sûr. Diane et moi serons dans le jardin si vous avez besoin de nous. »
Une fois seules, Dorothy et Carlos s'observèrent en silence. Carlos fut le premier à parler.
« Je sais que vous ne voulez pas être ici plus que moi, » dit-il doucement. « Mais je pense que nous pouvons faire quelque chose de bon de cette situation. »
Dorothy le regarda attentivement. « Pourquoi avez-vous accepté ce mariage, Carlos ? Vous savez aussi bien que moi que c'est un arrangement de convenance. »
Carlos sourit tristement. « Ma famille a des attentes. Et moi, je suis fatigué de lutter contre elles. Mais cela ne signifie pas que je ne peux pas trouver un moyen de faire de cette situation quelque chose de positif. »
« Et moi ? » demanda Dorothy. « Je suis ici parce que ma famille me l'a imposé. Mais je veux reprendre le contrôle de ma vie. Je ne veux pas être une simple marionnette. »
Carlos hocha la tête. « Nous avons peut-être plus en commun que nous le pensions. Si nous travaillons ensemble, peut-être pouvons-nous trouver un moyen de faire face à nos familles et de créer notre propre chemin. »
Dorothy sentit une vague de soulagement en entendant ces mots. Pour la première fois, elle voyait en Carlos un allié potentiel plutôt qu'un obstacle. « D'accord. Nous allons travailler ensemble. Mais il y a des choses que vous devez savoir. »
Carlos inclina la tête, prêt à écouter. Dorothy prit une profonde inspiration et commença à raconter son histoire. La nuit de trahison orchestrée par sa famille, la grossesse, la fausse couche, et finalement, l'internement. Carlos écouta attentivement, son expression devenant de plus en plus sombre à mesure qu'elle parlait.
« Je suis désolé que vous ayez dû traverser tout cela, » dit-il doucement lorsqu'elle eut terminé. « Mais cela explique beaucoup de choses. Je comprends maintenant pourquoi vous êtes si déterminée. »
Dorothy hocha la tête, les yeux brillants de larmes retenues. « Merci. Et maintenant, qu'allons-nous faire ? »
Carlos prit une profonde inspiration. « Nous allons nous marier, comme prévu. Mais à partir de ce moment, nous serons une équipe. Nous nous protégerons l'un l'autre et nous trouverons un moyen de surmonter tout cela. »
Dorothy sourit légèrement. « D'accord. Une équipe. »
Ils se levèrent, scellant leur alliance non par une étreinte ou un baiser, mais par une poignée de main ferme et déterminée. Alors qu'ils rejoignaient leurs familles dans le jardin, Dorothy sentit un nouvel espoir naître en elle. Ce mariage arrangé, qui avait commencé comme une autre manipulation sordide de sa famille, devenait une chance de reprendre le contrôle de sa vie et de se venger de ceux qui l'avaient trahie.
Le reste de la journée passa en un flou d'arrangements et de préparatifs. Dorothy et Carlos passèrent plus de temps ensemble, discutant de leurs plans pour le futur et de la meilleure façon de gérer leurs familles respectives. Ils se découvrirent des points communs inattendus, des intérêts partagés, et une compréhension mutuelle qui renforçait leur alliance naissante.
Le soir venu, alors que Dorothy se préparait à se coucher, elle se regarda dans le miroir et vit une nouvelle version d'elle-même. Une femme qui avait souffert, mais qui avait survécu. Une femme déterminée à reprendre sa vie en main. Et maintenant, elle
Avait un allié en Carlos, quelqu'un qui comprenait ses luttes et partageait ses objectifs.
Dorothy savait que la route serait longue et difficile, mais elle était prête. Avec Carlos à ses côtés, elle avait enfin trouvé une lueur d'espoir dans les ténèbres. Et elle était déterminée à saisir cette chance, à se venger de ceux qui l'avaient trahie.
La limousine noire s'arrêtait lentement devant le majestueux manoir des Donte, un édifice imposant en pierre grise entouré de jardins parfaitement entretenus. Dorothy prit une profonde inspiration en observant le domaine par la fenêtre, ressentant un mélange de curiosité et d'appréhension. Sa mère, Margaret, et sa sœur, Diane, étaient assises à ses côtés, silencieuses et stoïques.
« Souviens-toi, Dorothy, » murmura Margaret d'une voix froide. « C'est ta chance de racheter ton honneur et de faire quelque chose de bien pour cette famille. »
Dorothy acquiesça sans répondre, son regard fixé sur la vaste demeure devant elle. La porte de la voiture s'ouvrit et le chauffeur l'aida à descendre. Diane la suivit de près, son visage affichant une expression de satisfaction sournoise. Margaret fermait la marche, dirigeant le groupe vers l'entrée principale où les attendaient deux majordomes impeccablement vêtus.
En franchissant les portes en chêne massif, Dorothy sentit une vague de nervosité la submerger. L'intérieur du manoir était somptueux, avec des lustres en cristal suspendus au plafond, des tapis persans ornant les sols et des œuvres d'art anciennes accrochées aux murs. Chaque détail témoignait de l'immense richesse de la famille Donte.
« Veuillez nous suivre, » dit l'un des majordomes en s'inclinant légèrement. Ils les conduisirent à travers un long couloir jusqu'à une grande salle de réception où plusieurs membres de la famille Donte étaient déjà réunis.
Carlos Donte se tenait debout près de la cheminée, entouré de ses parents et de quelques proches. Dorothy sentit son cœur battre plus fort en posant les yeux sur lui. Carlos était effectivement loin de l'image idéale que l'on pouvait se faire d'un héritier de famille riche. Il était mince, presque émacié, avec des traits marqués par la fatigue et la maladie. Sa peau était pâle et tirait sur le gris, ses yeux étaient enfoncés et cernés de noir, mais malgré cela, ils brillaient d'une intelligence et d'une détermination indéniables.
« Bienvenue, » dit Carlos en avançant pour les accueillir. Sa voix était douce mais ferme, trahissant une force intérieure insoupçonnée. « Je suis Carlos Donte. Enchanté de faire votre connaissance, Dorothy. »
Dorothy sourit faiblement et hocha la tête. « Merci, Carlos. Je suis ravie de vous rencontrer également. »
Le père de Carlos, Alessandro Donte, prit la parole. « Margaret, Diane, Dorothy, soyez les bienvenues dans notre humble demeure. Nous espérons que cette union sera bénéfique pour nos deux familles. »
« Nous en sommes certaines, » répondit Margaret avec un sourire crispé.
Diane resta silencieuse, ses yeux fixés sur Carlos avec une expression de dégoût à peine dissimulée. Dorothy ne put s'empêcher de remarquer le contraste entre la froideur de sa sœur et l'apparente amabilité de Carlos. Elle se demanda comment cet homme, bien que malade et affaibli, pouvait rester si courtois face à tant de mépris.
« Puis-je vous offrir quelque chose à boire ? » demanda Carlos en se tournant vers Dorothy.
« Un verre d'eau, s'il vous plaît, » répondit-elle.
Carlos fit signe à un domestique, qui s'empressa d'apporter un verre d'eau. Dorothy le prit avec gratitude et s'assit sur l'un des fauteuils en cuir disposés autour de la salle. Carlos s'installa en face d'elle, ses yeux ne quittant pas son visage.
« Alors, Dorothy, » dit-il après un moment de silence. « Pouvez-vous me parler un peu de vous ? »
Dorothy hésita, cherchant ses mots. « Je... je suis médecin. J'ai travaillé dur pour devenir interne dans une clinique avant que tout ne change. »
« Vous avez des ambitions, » remarqua Carlos, une lueur d'admiration dans ses yeux. « C'est quelque chose que j'apprécie beaucoup. »
« Merci, » répondit Dorothy, touchée par sa sincérité. « Et vous, Carlos ? Pouvez-vous me parler de vous et de votre famille ? »
Carlos esquissa un sourire triste. « Il n'y a pas grand-chose à dire. J'ai passé la majeure partie de ma vie à lutter contre cette maladie. Mais je ne veux pas que cela définisse qui je suis. J'essaie de contribuer à la famille de toutes les manières possibles. »
Dorothy sentit un élan de compassion pour cet homme qui, malgré sa condition, essayait de trouver sa place dans le monde. « Je suis sûre que vous faites de grandes choses, Carlos. »
Leurs regards se croisèrent et, pendant un instant, il sembla qu'ils se comprenaient parfaitement. Cependant, la tension dans la pièce était palpable, alimentée par la présence de leurs familles respectives.
« Alors, Dorothy, » intervint Alessandro Donte, brisant le silence. « Que pensez-vous de cette union ? Êtes-vous prête à rejoindre notre famille et à soutenir Carlos dans ses efforts ? »
Dorothy prit une profonde inspiration avant de répondre. « Je comprends l'importance de cette union pour nos familles. Et je suis prête à faire de mon mieux pour que cela fonctionne. »
Margaret, Diane et Alessandro approuvèrent de la tête, mais Carlos sembla lire plus profondément en elle. « Je vous remercie, Dorothy, » dit-il doucement. « Je sais que ce n'est pas facile, mais ensemble, je suis sûr que nous pouvons surmonter les défis qui nous attendent. »
La rencontre se poursuivit avec des discussions formelles sur les détails du mariage, des arrangements financiers et des attentes des deux familles. Dorothy écoutait attentivement, mais une partie de son esprit restait focalisée sur Carlos. Il y avait quelque chose en lui qui la touchait profondément, une force intérieure qu'elle admirait et respectait.
Lorsque les discussions prirent fin, Carlos proposa à Dorothy une visite du manoir. « Si cela vous convient, j'aimerais vous montrer les lieux. Cela vous aidera peut-être à vous sentir plus à l'aise. »
Dorothy accepta avec gratitude. « Avec plaisir, Carlos. »
Ils quittèrent la salle de réception et commencèrent à se promener dans les couloirs ornés du manoir. Carlos lui montra les différentes pièces, chacune plus opulente que la précédente, mais ce fut la bibliothèque qui retint particulièrement l'attention de Dorothy. Les murs étaient recouverts de livres du sol au plafond, et l'odeur du cuir et du vieux papier embaumait l'air.
« C'est magnifique, » murmura Dorothy en parcourant les étagères du regard.
« C'est l'une de mes pièces préférées, » avoua Carlos. « J'aime passer du temps ici à lire et à réfléchir. »
« Vous avez de bons goûts, » répondit-elle avec un sourire.
Ils continuèrent leur visite, passant par les jardins luxuriants et les terrasses ensoleillées. Dorothy se sentit de plus en plus à l'aise en présence de Carlos, découvrant en lui un homme sensible et intelligent, bien loin de l'image que sa famille avait tentée de lui imposer.
« Carlos, » dit-elle enfin, s'arrêtant sous un grand chêne. « Je veux être honnête avec vous. Cette situation est nouvelle et difficile pour moi, mais je suis prête à faire des efforts. Je veux que nous travaillions ensemble, pas seulement pour nos familles, mais pour nous-mêmes. »
Carlos la regarda, une expression sérieuse sur le visage. « Je comprends, Dorothy. Je veux la même chose. Nous devons nous soutenir mutuellement et trouver un moyen de rendre cette union bénéfique pour nous deux. »
Dorothy sentit un poids se libérer de ses épaules. Pour la première fois, elle se sentait réellement écoutée et comprise. « Merci, Carlos. Je pense que nous pouvons y arriver. »
Ils se sourirent mutuellement, scellant leur entente tacite. Leurs familles pouvaient avoir des attentes et des motivations différentes, mais Dorothy et Carlos étaient décidés à créer leur propre chemin, ensemble.
Alors qu'ils retournaient vers le manoir, Dorothy ne pouvait s'empêcher de se sentir plus confiante. Ce mariage, qui avait commencé comme une simple transaction, prenait un tournant inattendu. Elle sentait qu'avec Carlos à ses côtés, elle avait une chance de se reconstruire et de se venger de ceux qui l'avaient trahie.
Ce soir-là, alors que le soleil se couchait sur le domaine des Donte, Dorothy se coucha avec un sentiment de paix nouvelle. Les tensions initiales étaient toujours présentes, mais elle savait qu'elle n'était plus seule dans cette lutte. Avec Carlos, elle avait trouvé un allié, un partenaire et peut-être, avec le temps, quelque chose de plus.
Les jours suivants furent marqués par une série de préparatifs frénétiques pour le mariage. Dorothy et Carlos passèrent de plus en plus de temps ensemble, apprenant à se connaître et à comprendre les forces et les faiblesses de chacun. Ils discutèrent de leurs rêves, de leurs peurs et de leurs espoirs pour l'avenir, créant lentement un lien de confiance et de respect mutuel.
Dorothy découvrit en Carlos un homme de grande culture et de grande sensibilité. Malgré sa maladie, il avait un esprit vif et une curiosité insatiable pour le monde qui l'entourait. Il lui parlait de ses lectures, de ses réflexions sur la vie et de ses projets pour aider les autres. Dorothy, de son côté, partagea avec lui ses expériences
En tant que médecin, ses luttes personnelles et ses aspirations à changer le monde.
Petit à petit, ils commencèrent à tisser une relation basée sur une compréhension mutuelle et un soutien sincère. Dorothy se rendit compte que, malgré les apparences, Carlos était bien plus qu'un homme malade et affaibli. Il était un être complexe et profond, capable de grandes choses si on lui en donnait l'occasion.
Un soir, alors qu'ils se promenaient dans les jardins, Carlos se tourna vers Dorothy avec une expression sérieuse. « Dorothy, je veux que tu saches quelque chose. Peu importe ce que les autres pensent ou disent, je crois en toi. Je crois en ta force et en ta capacité à surmonter toutes les épreuves. »
Dorothy sentit une chaleur envahir son cœur. « Merci, Carlos. Tes mots signifient beaucoup pour moi. Et je veux que tu saches que je suis là pour toi aussi, quoi qu'il arrive. »
Ils se regardèrent dans les yeux, et dans ce silence partagé, ils comprirent qu'ils avaient trouvé en l'autre un partenaire de vie, quelqu'un sur qui compter et avec qui affronter les défis à venir.
Le jour du mariage approchait à grands pas, et avec lui, la promesse d'un nouveau départ. Pour Dorothy, c'était l'occasion de prendre sa revanche sur un passé douloureux et de se forger un avenir meilleur. Pour Carlos, c'était une chance de prouver qu'il était bien plus que ce que les autres voyaient en lui.
Ensemble, ils étaient prêts à affronter le monde.