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Épouse contractuelle de l'homme en fauteuil roulant

Épouse contractuelle de l'homme en fauteuil roulant

Auteur:: MAS
Genre: Moderne
Pour sauver sa grand-mère, Cherise accepte un mariage arrangé avec Damien Lenoir, héritier redouté, aveugle et cloué dans un fauteuil, autour duquel plane une réputation de malédiction. Dès la nuit de noces, l'accord rationnel se fissure : Damien n'est ni faible ni docile, mais lucide, dominateur, imprévisible. Chaque silence devient une épreuve, chaque geste une provocation. Cherise, candide et déterminée, tente de remplir son rôle d'épouse avec une sincérité désarmante, sans comprendre qu'elle a épousé un homme habitué aux trahisons et aux jeux de pouvoir. Entre jalousie muette, soupçons, désir brûlant et humiliations voilées, une tension dangereuse s'installe, nourrie par les secrets du passé de Damien et les regards hostiles de sa famille. « As-tu peur de moi ? » murmure-t-il - et Cherise réalise qu'elle ne sait plus si elle doit le fuir ou s'abandonner. Car derrière l'obscurité qui l'entoure, Damien semble voir trop clair... et ce mariage pourrait bien transformer Cherise à jamais, pour le meilleur ou pour la perte.

Chapitre 1 Chapitre 1

« Dois-je entrer la première sous les draps... ou préférez-vous que je vous aide ? » demanda Cherise Shaw d'une voix prudente. Elle se tenait devant la porte de la salle de bain, simplement enveloppée d'une serviette. C'était leur nuit de noces. L'homme assis dans un fauteuil roulant, le regard dissimulé derrière un bandeau de soie noire, était désormais son époux. Elle le voyait pour la toute première fois.

En vrai, il dépassait encore l'image qu'elle s'était faite à partir des photos : un visage harmonieux, un nez délicat, des sourcils marqués, une allure longiligne qui correspondait trait pour trait à l'idéal qu'elle avait toujours imaginé. Pourtant, cet homme était privé de la vue et de l'usage de ses jambes.

Autour de Damien Lenoir circulaient des rumeurs lourdes et persistantes. On disait qu'il portait la mort dans son sillage : ses parents avaient péri lorsqu'il avait neuf ans, sa sœur aînée quelques années plus tard. Quant à ses trois fiancées, elles n'avaient jamais survécu jusqu'au mariage. Ces histoires avaient glacé Cherise lorsqu'elle les avait entendues pour la première fois. Mais son oncle, Elvis Shaw, lui avait rappelé l'essentiel : la famille Lenoir prenait en charge les soins médicaux de Mary Dawson, sa grand-mère. Pour Mary, Cherise était prête à affronter n'importe quel destin.

Face au silence de Damien, elle pensa qu'il n'avait pas perçu sa question et la répéta doucement. Un souffle amusé, presque moqueur, rompit alors l'immobilité. L'homme porta la main à son visage et retira lentement le bandeau noir. Ses yeux, d'une froideur saisissante, se posèrent sur elle. Cherise sentit un frisson lui parcourir l'échine avant de se rappeler qu'il ne pouvait pas voir. Et pourtant, ce regard semblait d'une lucidité troublante.

« Sais-tu vraiment qui je suis ? » demanda-t-il.

Elle acquiesça sans détour. Damien fronça légèrement les sourcils. « La mort ne t'effraie donc pas ? » Son ton, plus posé, n'en était que plus oppressant. Le cœur de Cherise battait à tout rompre, mais elle se força à rester droite. « Non. Nous te sommes redevables. Tu as permis à ma grand-mère de vivre. Je respecterai mon engagement : je prendrai soin de toi et je te donnerai des enfants. » Sa voix était ferme, son expression résolue.

Il la fixa longuement avant de laisser échapper un rire sec, dénué de chaleur. « Dans ce cas... aide-moi à prendre un bain. » Après une brève hésitation, elle accepta. Elle n'avait jamais regretté sa promesse faite à Peter Lenoir, le grand-père de Damien. Assister son mari faisait partie de son rôle. « Je vais préparer l'eau. » Elle disparut dans la salle de bain.

Resté seul, Damien suivit ses mouvements du regard. Il connaissait déjà l'essentiel de son histoire : une jeune femme issue d'un village pauvre, prête à épouser un homme réputé maudit pour sauver sa grand-mère. Contrairement à ses précédentes fiancées, toutes riches et influentes à Adania, Cherise semblait n'avoir attiré l'attention de personne. Trop insignifiante... ou bien habilement dissimulée derrière une façade candide ? Cette question le hantait.

La porte s'ouvrit à nouveau. La vapeur enveloppait la pièce lorsque Cherise apparut, les cheveux assombris par l'humidité, quelques mèches collées à ses joues. La serviette mouillée épousait ses formes. « Attends un instant. » Elle s'accroupit pour tirer sa valise de sous le lit, en sortit une nuisette blanche, en retira l'étiquette et l'enfila sans gêne apparente, persuadée qu'il ne voyait rien. Aux yeux de Damien, ce geste innocent prenait une tout autre dimension. Testait-elle sa cécité ?

Une fois prête, elle revint vers lui et l'aida à se diriger vers la salle de bain. Elle commença à défaire sa chemise, méthodique, concentrée, sans la moindre trace de trouble dans le regard. Elle agissait comme si elle accomplissait une tâche nécessaire. Lorsqu'il ne resta plus que le strict nécessaire, sa main s'arrêta, hésitante. « Tu peux... te laver ainsi ? »

Un éclat ironique traversa le regard de Damien. « Ce ne sera pas très efficace. » Elle se mordit la lèvre, puis acquiesça et se détourna légèrement avant de tendre la main. Il tressaillit, surpris par son naturel désarmant. Aucune gêne, aucun calcul apparent. Était-elle réellement si naïve ?

Elle l'aida à entrer dans la baignoire avec précaution. Malgré ses efforts pour rester impassible, ses joues rosirent. Elle inspira profondément et demanda : « Tu supportes bien la douleur ? » Il répondit par un simple murmure. Elle chercha un gant, revint, puis entreprit de lui laver le dos sans attendre d'autorisation. « Dis-moi si ça te fait mal. Je ferai attention. »

Damien resta silencieux. Les gestes de Cherise étaient appliqués, patients. Depuis des années, elle s'occupait de sa grand-mère malade, et elle reproduisait les mêmes soins attentifs. Bientôt, une fine sueur perla sur son front. Damien observa cette dévotion avec un trouble grandissant. Avait-il mal jugé cette jeune femme ?

Lorsqu'elle arriva à une zone plus intime, Cherise détourna les yeux, rougissante. « Je... je dois aussi laver ici ? » demanda-t-elle à voix basse. Il soutint son regard, impénétrable. « Qu'en dis-tu ? » Après un court silence, elle hocha la tête et s'exécuta. Mais au moment où elle avançait la main, il lui saisit brusquement le poignet. La tension se fit immédiate.

Surprise, elle leva les yeux, sincèrement déconcertée. « Je ne peux pas continuer si tu me tiens ainsi... » Le regard de Damien se durcit, glacé. « Éloigne-toi. »

Chapitre 2 Chapitre 2

Cherise demeurait interdite, persuadée que Damien ne distinguait rien autour de lui. « Si je sors, tu pourras te laver ? » lança-t-elle d'une voix hésitante. Il ne répondit pas. L'air sembla se figer aussitôt. Devant ce silence pesant, elle devina son irritation possible, attrapa le flacon de gel douche avec précaution et quitta la pièce. « Fais attention, d'accord ? Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit... » Une fois dehors, l'inquiétude la gagna. Son regard revint machinalement vers la porte close. Le sol était humide.

Et s'il glissait ? Et s'il se blessait gravement ? À peine mariée, elle refusait d'imaginer un tel drame. Son esprit s'emballa, jusqu'à ce qu'une sonnerie de téléphone la tire de ses pensées.

Lucy Staber, sa plus proche amie, venait de lui envoyer une vidéo intitulée « Documents de révision ». Cherise fronça les sourcils. Les examens étaient encore loin. Pourquoi ce message maintenant ? Intriguée, elle lança la lecture. Des soupirs étouffés s'élevèrent aussitôt. Ses yeux s'écarquillèrent en découvrant une femme étroitement enlacée à un homme. La chaleur lui monta au visage jusqu'aux oreilles. Affolée, elle tenta d'arrêter la vidéo, mais son téléphone bon marché se bloqua net, refusant obstinément de s'éteindre.

À cet instant précis, la porte de la salle de bain s'ouvrit. Le son suggestif emplit la chambre. Les traits de Damien se durcirent. « Qu'est-ce que tu fais ? » Sur le qui-vive, Cherise sursauta et manqua de lâcher son téléphone. Dans un réflexe paniqué, elle le glissa sous la couverture. Le volume baissa, sans pour autant étouffer les gémissements de la femme à l'écran. « Tu... » Damien la fixa avec gravité. « Je... je regarde une vidéo de bain ! » balbutia-t-elle en tirant la couverture contre elle pour étouffer le bruit. Une expression indéchiffrable traversa le visage de Damien. « Une vidéo de bain ? » « Oui... » Elle s'assit lourdement dessus, essuyant la sueur perlant à son front. « Un homme faisait un massage à une femme. Elle avait l'air tellement détendue qu'elle gémissait... »

Il resta muet. Elle le croyait non voyant et, manifestement, aussi crédule. Un silence étouffant s'installa, seulement troublé par les sons étouffés provenant de sous la couverture. Vêtue de son pyjama, Cherise se retrouvait dans une position inconfortable. La lumière jaune diffusait sur sa peau claire, lui donnant une douceur troublante. La respiration de Damien se fit plus lourde, son regard s'assombrit. Des perles de sueur glissèrent le long des tempes de Cherise. Elle n'aurait jamais imaginé qu'écraser une couverture puisse être aussi éprouvant. Finalement, la vidéo s'acheva. Soulagée, elle récupéra son téléphone brûlant.

Damien s'assit au bord du lit, un léger sourire aux lèvres. « Tu as fini de regarder ? »

« C'est... terminé », répondit-elle avec un rire nerveux. « Oui, apparemment, il ne faut pas frotter trop fort sous la douche... » Il ne releva pas. Elle supprima la vidéo aussitôt et envoya un message furieux à Lucy. « Tu as failli me mettre dans un sale pétrin ! » La réponse arriva sans attendre. « Allons, je voulais juste t'aider ! » « Ton mari n'est pas aveugle ? J'ai choisi cette vidéo exprès pour toi. Tu l'as bien reçue ? » Cherise rougit violemment. « Dégage ! » Comme elle pensait Damien incapable de lire, elle ne se gêna pas. Pourtant, il suivait chaque mot sur l'écran. « Mon téléphone a buggué pile quand je voulais fermer la vidéo. Il a tout entendu ! » « Il m'a interrogée. J'ai réussi à improviser... » Damien demeura silencieux. « Haha ! J'en ris encore ! » « Sorcière ! » « Profitez bien de votre première nuit. Je vous laisse tranquilles, toi et ton séduisant mari aveugle ! »

Les sourcils de Damien se froncèrent. Séduisant mari aveugle ? Quelle formule déplacée. Cherise posa son téléphone, inspira profondément et le regarda. « Allons-y. » Il ne répondit pas. Elle serra les poings. Elle le connaissait depuis moins d'un jour et savait qu'il ne l'appréciait guère. Pourtant, sa tante Sarah Miles avait insisté : cette première nuit était essentielle, sans quoi leur union serait vouée à l'échec. Prenant son courage à deux mains, elle se jeta vers lui, passa ses bras autour de son cou et posa un baiser maladroit sur ses lèvres froides. Sa langue chercha la sienne avec une gaucherie enfantine. Le visage de Damien s'assombrit davantage. Cherise, concentrée et déterminée, semblait prête à aller jusqu'au bout. Il posa ses mains sur sa taille. « Tu ne regretteras pas ? » demanda-t-il. Elle secoua la tête, rouge jusqu'au cou. « Non. Tu es mon mari. » Une douceur inattendue traversa son regard. « As-tu peur d'avoir mal ? » murmura-t-il, la voix grave. « Non. » Elle avança, mais il la retint par le poignet. « Laisse-moi prendre l'initiative. »

Le lendemain matin, deux domestiques chargées du petit-déjeuner arrivèrent à la résidence Lenoir, encore engourdies de sommeil. « La nouvelle Madame Lenoir a l'air si candide, et Monsieur Lenoir est aveugle. Je me demande comment s'est passée leur nuit », chuchota l'une. « Les gardes ont dit avoir entendu des gémissements », répondit l'autre. « Au début, elle parlait fort, puis on aurait dit qu'elle se cachait sous la couverture, mais elle n'a jamais cessé... » « Sérieusement ? Elle semblait pourtant si innocente... » Elles échangèrent des regards entendus en rejoignant la cuisine.

« Bonjour ! » lança gaiement une jeune femme à lunettes, portant un tablier rose, en déposant deux tasses de boissons chocolatées sur la table. « Vous êtes déjà là ? » L'atmosphère se tendit. Après s'être assurées que Cherise n'avait rien entendu, elles s'approchèrent avec empressement. « Bonjour, Madame Lenoir. Vous êtes levée de bonne heure. » Souriante, Cherise consulta l'horloge. « Pas tant que ça. Il est déjà plus de six heures. » En réalité, elle s'était levée plus tard que d'ordinaire, épuisée par une nuit agitée. Les domestiques, prises de court, crurent qu'elle leur reprochait leur retard et s'activèrent aussitôt. Elles découvrirent alors que la table était déjà dressée : œufs durs, porridge, crêpes dorées. Elles restèrent stupéfaites. « Madame Lenoir, c'est vous qui... » « Oui, je les ai préparés. Je ne sais pas ce que Damien préfère, alors j'ai fait ce que je cuisine habituellement pour ma grand-mère. » Elle leur tendit ensuite les crêpes. « Je ne savais pas que vous arriveriez si tôt. Servez-vous, j'en préparerai d'autres. »

Chapitre 3 Chapitre 3

Cherise s'apprêtait à rejoindre la cuisine lorsque deux domestiques l'interceptèrent sans ménagement. « Ne vous inquiétez pas, Madame Lenoir », dirent-elles avec empressement. Leur rôle consistait à préparer le petit-déjeuner chaque matin, et si Damien découvrait que Cherise s'en était chargée, leur place serait menacée. « Frances et moi avons reçu des consignes très claires : c'est à nous de nous occuper des repas. Vous venez d'arriver et vous ignorez encore les habitudes de Monsieur Lenoir. Il vaut mieux que vous ne vous en mêliez pas », expliqua June d'un ton ferme.

Frances acquiesça aussitôt : « Exactement, Madame Lenoir, laissez-nous faire. Monsieur ne mangerait pas ce genre de petit-déjeuner. »

June lança alors un regard dépréciatif à la table dressée. « Un homme du rang de Monsieur Lenoir prend toujours un petit-déjeuner anglais complet. Vous ne trouvez pas ce repas un peu trop modeste ? » La surprise se peignit sur le visage de Cherise avant de se muer en amertume. Elle baissa les yeux et répondit à voix basse : « Vous avez raison. » Les gens fortunés avaient des exigences raffinées. À l'école, ses camarades issus de familles riches n'auraient jamais touché à un simple petit-déjeuner de cantine, alors encore moins quelqu'un comme Damien. Elle avait agi sans réfléchir.

Après un bref silence, Cherise releva la tête et afficha un sourire forcé. « Dans ce cas, je vais tout jeter. » Frances en resta stupéfaite. Les paroles de June étaient dures, mais Cherise semblait prête à se débarrasser de ce qu'elle avait préparé sans protester. Frances, prise de pitié en regardant la nourriture encore chaude, s'avança précipitamment. « Madame Lenoir, ce serait vraiment du gâchis. Si vous le permettez, nous pourrions le manger. Mais la prochaine fois, laissez-nous gérer. » Cherise hésita un instant, puis acquiesça. « Très bien. Je monte. » En se détournant, une oppression lui serra la gorge. Elle avait l'impression de ne pas avoir sa place dans cette demeure.

Dans la chambre, Damien dormait profondément. Agenouillée près du lit, Cherise contempla ses traits marqués et murmura, presque boudeuse : « Les citadins sont vraiment compliqués... Qui mange un petit-déjeuner anglais tous les jours ? Je n'en ai jamais mangé moi-même. Comment aurais-je pu savoir en préparer un ? » Avant le mariage, sa tante n'avait cessé de lui répéter qu'une épouse devait soit combler son mari dans l'intimité, soit veiller à ce qu'il ne manque jamais de rien à table pour garantir une union harmonieuse. En repensant à la nuit passée et à l'épisode de la cuisine, Cherise se sentit blessée. Elle venait à peine de se marier et redoutait déjà l'idée d'un mariage malheureux.

La veille au soir, Damien s'était arrêté après un long baiser. Inquiète pour sa santé, elle n'avait pas insisté, persuadée qu'elle saurait au moins le satisfaire par sa cuisine. Mais à présent, même cela semblait inadéquat. Si elle échouait aussi dans ce domaine, il ne lui restait plus que l'intimité pour remplir son rôle. « Hé... si tu ne te réveilles pas bientôt, je vais t'embrasser », murmura-t-elle en fixant son nez droit. Les longs cils de Damien frémirent sans qu'il ouvre les yeux. Le cœur de Cherise s'emballa devant ce visage à la fois froid et séduisant. Elle se pencha, hésita à effleurer ses lèvres, puis se ravisa et quitta la pièce, découragée. Peut-être que tante Sarah se trompait. Un mariage heureux ne reposait pas uniquement sur le désir. Malgré tout, elle se sentait abattue.

C'est à ce moment-là que son téléphone sonna. Elle se réfugia dans la salle de bain avant de décrocher. « Cherise, tout s'est bien passé hier soir ? » demanda Sarah sans détour. La porte étant entrouverte, leurs voix résonnaient clairement. « Pas vraiment », répondit Cherise. « Pas vraiment ? Vous avez consommé votre mariage ? » « Non... » La voix de Sarah se fit plus insistante : « N'oublie pas ta position actuelle. Tu es l'épouse de Damien Lenoir et ta priorité est de lui donner des enfants. Tu as promis d'en avoir un dans les deux ans ! » Cherise serra le téléphone. « Ne t'inquiète pas, tante Sarah, je m'en souviens. » C'était simplement son premier mariage, elle manquait d'expérience. « Je ferai tout ce que je peux pour lui donner des enfants. » Rassurée, Sarah soupira, puis ajouta : « Et maintenant que vous êtes mariés, tu devrais l'appeler "chéri". » Cherise rougit légèrement. « D'accord... »

À cet instant, la porte de la chambre s'ouvrit. Pensant aux domestiques, Cherise raccrocha précipitamment et sortit pour éviter qu'ils ne réveillent Damien. À sa stupeur, la chambre était vide, tout comme le fauteuil roulant. Elle dévala les escaliers et aperçut Damien, vêtu de noir, installé avec élégance à la table de la salle à manger. Un bandeau de soie sombre couvrait ses yeux, accentuant son allure distante et énigmatique. « Madame Lenoir, votre petit-déjeuner est prêt. J'espère qu'il sera à votre goût », annonça June avec une amabilité débordante, bien différente de son attitude précédente.

Cherise s'approcha en silence. Devant elle se trouvait un petit-déjeuner anglais complet, un repas qu'elle n'avait jamais goûté. Après ce qui s'était passé plus tôt, elle ne parvenait pas à avaler ce qui se trouvait dans son assiette. Soudain, elle se rappela le bol de porridge qu'elle avait mis au réfrigérateur le matin même. Damien n'aimait peut-être pas cela, mais elle, si. Elle retourna donc à la cuisine, récupéra le bol et s'installa pour le déguster tranquillement.

À l'autre bout de la longue table, Damien fronça les sourcils. « Qu'est-ce que tu manges ? » demanda-t-il. « Quelque chose qui ne te plairait pas », répondit Cherise d'un ton boudeur. Un léger sourire étira les lèvres de Damien. « Et comment peux-tu en être certaine ? » « June me l'a dit », répliqua-t-elle avec naïveté. June sentit un frisson lui parcourir l'échine. Damien porta son verre de lait à ses lèvres avec calme. « June a affirmé que je n'aimerais pas ça ? » « Oui. » « Alors pourquoi y aurait-il dans ce réfrigérateur quelque chose que je détesterais ? » demanda-t-il avec ironie.

Cherise murmura des excuses. « C'est de ma faute... J'ai préparé ce que je mange d'habitude, sans connaître tes préférences. Je ne savais pas que tu n'acceptais pas des choses aussi simples. » « Je vois », répondit Damien en reposant lentement son verre. Le tintement métallique sur la table glaça l'atmosphère, au point que June faillit s'effondrer. Sa voix devint coupante. « Même moi, j'ignorais que je n'aimerais pas ce que tu as fait. » Avant que Cherise ne comprenne, il attira le bol de porridge vers lui, tâta le bord avec sa cuillère et en prit une bouchée mesurée. La saveur salée, totalement nouvelle pour lui, le surprit. « Ce n'est pas mauvais. »

Il reposa la cuillère avec élégance. « Alors, comment June a-t-elle su que je n'aimerais pas cela ? » Il supposa que Cherise avait dû se plaindre de lui plus tôt, ce qui avait poussé June à critiquer sa cuisine. L'aura oppressante de Damien fit trembler June, qui se réfugia instinctivement derrière Frances. « June », reprit-il calmement, « pourquoi te tais-tu ? Penses-tu qu'il n'est pas nécessaire de t'expliquer devant un aveugle comme moi ? »

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